La terre fissurée de Daffo

À seulement 20 ans, Daffo, artiste indie-rock basée à Brooklyn, transforme le tumulte intérieur en chansons brutes et poétiques, d’une étrange beauté. Entre l’énergie DIY et des arrangements délicats, sa musique oscille entre fragilité et intensité. Révélée…

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Miossec simplifie…

Miossec, le poète du Finistère, reprend la route avec "Simplifier", un album vibrant de…

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The Soundtrack Of Our Lives

Des Vikings impressionnants...

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Journée de grande effervescence au Bota ce mardi 16 novembre ; puisque si l'Orangerie accueillait Ash et Hitch, la Rotonde proposait trois groupes : The Soundtrack Of Our Lives, The Detroit Cobras et The Radiation Kings.

The Radiation Kings nous viennent d'Allemagne et jouissent d'une popularité certaine dans leur pays. Un groupe de garage qui se réclame ouvertement des Stones, du Velvet Underground et des Stooges. Fondé en 1997, cet ensemble compte quelques albums à son actif et a même déjà eu l'honneur de participer à l'émission de la WDR, 'Rockpalast'. Pour le peu que j'ai pu les apercevoir, leur prestation n'a guère soulevé l'enthousiasme. Brouillonne pour ne pas dire bâclée, elle s'est même achevée dans l'indifférence générale. Et le chanteur a eu beau se démener comme un beau diable (NDR : physiquement on dirait une sorte d'hybride entre Ian Brown et Mick Jagger), son groupe n'est parvenu qu'à patauger allègrement dans la choucroute…

The Detroit Cobras est un quintet dont la plupart des membres viennent de Detroit (NDR: vous vous en doutez!). Une formation fondée en 1995 par le guitariste Steve Shaw, et qui compte dans son line up deux filles. Tout d'abord la guitariste Maribel Restrepo ; et puis la chanteuse Rachael Nagy, sorte d'Amanda Lear qui aurait rajeuni de 30 ans. Moulée dans son jeans, cette blonde hyper sexy fume comme une cheminée, boit comme un cosaque et (NDR : non je n'ai rien dit…). Bref, une chose est sûre, son timbre vocal rauque sied particulièrement bien à la musique du groupe. Une musique basique, garage, inspirée par le R&B, le gospel et le rock'n roll des années 50. Leur set est essentiellement composé de reprises obscures. Des titres souvent très brefs imprimés sur un tempo 4/4 qui me rappellent les Ramones. Et le look des mâles (NDR : rouflaquettes, cheveux longs en bisbille avec leur shampooing depuis belle lurette !) corrobore ce point de vue. Si leur prestation reste plutôt agréable, elle ne décollera jamais. En cause : Rachael. Qui a plutôt l'air de s'en foutre comme de l'an 40. De cette soirée, elle ne retiendra probablement que le goût de la bière belge…

Auteur d'un quatrième opus remarquable (« The origin vol. 1 »), The Soundtrack Of Our Lives, se produisait pour la première fois, en Belgique. Pas les membres fondateurs, puisque le chanteur Ebbot Lundberg et le guitariste Ian Person s'y étaient produits en compagnie de Union Carbide Productions, leur précédent groupe. Dès l'entrée le premier titre, on est complètement noyé par la puissance du son. Tel un prédicateur évangéliste, Ebbot s'installe au centre de la scène. Viking barbu, vêtu d'une robe noire, il ressemble à un Brian Wilson (NDR : le leader des Beach Boys !) des seventies. Les deux guitaristes virevoltent d'un côté à l'autre de la scène. Une rivalité qui ressemble presque à une compétition. Imaginez un peu une joute entre Bernard Butler et Bernard Butler, et vous aurez une petite idée de la scène en présence. L'un d'entre eux se prend même parfois pour Pete Townshend, en faisant tournoyer son bras. En fin de concert, il sort sa guitare à deux manches. Bien soutenu par un solide bassiste, le drummer – habillé comme un joueur de base-ball - dynamise la solution sonore. Des drums qui comptent deux grosses caisses. Excusez du peu ! A gauche de la scène, le claviériste chavire au gré de ses interventions rognées. C'est limite qu'il ne grimpe sur son orgue. Dans l'esprit de Ray Manzarek ! Paraît même qu'il fait chavirer les cœurs… Le combo aligne la plupart des compos de son dernier elpee. Même « Midnight children ». Un tracklist qu'il entrecoupe de nombreux titres issus de « Behind the music », le précédent opus. Véritable gourou, Ebott impressionne par son charisme. Il orchestre même les improvisations. Ce qui ne l'empêche pas de descendre ans le public. Ou d'aller vider toutes les bières qui jonchent le sol près du drummer. (NDR : qui a dit rentrez-le ventre ?). Un seul bémol, le public. Trop réservé pour un tel spectacle. Ne se libérant qu'en fin de concert, pour finalement obtenir deux rappels, dont le second n'était normalement pas prévu. Impressionnant !

 

Peaches

Un show visuel et sensuel...

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Kissogram est un duo allemand qui pratique une musique largement inspirée par les groupes électro des eighties. Et je pense tout particulièrement à DAF et Suicide. Un style qu'il mélange allègrement à de la trance, de l'acid et de la new beat. Enfin, tout au long de la première partie du concert. Le tandem tente même un pseudo pastiche du « Superstition » de Stevie Wonder. Jusqu'alors le set m'a laissé de marbre. Dans le style, Vive la Fête a au moins le mérite de mettre l'ambiance. Puis le vocaliste a commencé a délaissé son synthé pour se consacrer à la guitare. Et l'expression sonore de prendre une toute autre dimension. Plus aride, plus expérimentale, plus violente, plus punk… Plus intéressante, quoi ! D'autant plus que le type derrière le pupitre est enfin entré dans son trip. Et les morceaux de lorgner vers l'univers de Wire…

Alias Merrill Nisker, Peaches est avant tout une 'showwoman'. Un petit bout de femme qui n'a pas froid aux yeux (NDR : normal elle est canadienne) en balançant un spectacle original, coloré, divertissant, qui transpire l'humour, danse, le sexe, le sexe et le sexe. Mais plantons de suite le décor. Avant de monter sur les planches, la sonorisation diffuse le « Peaches » des Stranglers. Une introduction qui témoigne de son attitude résolument punk. Qui me fait parfois penser à celle de PJ Harvey. Elle empoigne alors une guitare pour en libérer des sonorités distordues, noisy. Un geste qu'elle va reproduire épisodiquement au cours de la soirée. Parce que d'instruments, il n'en est guère question. Toute la solution sonore préenregistrée, est sculptée dans l'électro-punk. Parfois aussi dans le glam réminiscent de Gary Glitter. En fait, c'est un spectacle à dévorer davantage avec les yeux et les tripes, qu'avec les oreilles. Et la présence des deux filles dont la taille doit frôler les deux mètres en est la plus parfaite démonstration. Une chorégraphie qui accentue l'aspect visuel, sensuel, sexuel, du show. Pas pour rien qu'au départ, elles apparaissent affublées de fausses barbes. L'une d'entre elles nous fait cependant une démonstration époustouflante de cerceaux. A croire qu'elle est issue du monde du cirque ! Excellent moment, lorsqu'un écran est installé sur scène pour projeter une vidéo d'Iggy Pop qui échange un duo avec Peaches pour « Kick it ». Elle démontre également son talent de comédienne, lorsqu'elle fait croire à un accident en se relevant ensanglantée, d'une chute sur les planches, avant de recracher l'hémoglobine factice sur le public. Et puis de son art de la mise en scène, en invitant une personne du public à monter sur scène pour chanter un autre duo, en essayant de nous faire croire qu'il s'agissait d'impro. Si tous ses standards y sont passés (« Fatherfucker », « I U she », « Hot rod »), elle n'a pas oublié de nous dispenser la cover du « Gay bar » d'Electric Six ; et en rappel, l'inévitable « Kiss, kiss, kiss » de Yoko Ono. Et franchement, le public s'est vraiment amusé ce soir.

 

Yves Ghiot

Un petit bijou à l'état brut...

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Yves Ghiot est issu de la région de Tournai. Un tout jeune auteur/compositeur/chanteur/guitariste qui manie la langue de Molière avec beaucoup de verve. Que ce soit à travers les textes poétiques, parfois polissons, de ses chansons que de la manière très humoristique de les présenter. Nul doute qu'il doit beaucoup apprécier Brassens et Léo Ferré. Un petit bijou à l'état brut qui ne demande qu'à être poli. Ce grand timide manque d'assurance sur scène, donc forcément de présence. On s'en rend d'ailleurs compte, lorsqu'il abandonne sa six cordes, ne sachant plus que faire de ses mains. Mais cet aspect de la théâtralisation se travaille. Cet artiste a du talent. Il sait donc ce qui lui reste à faire. Pour la circonstance, Yves s'était entouré d'un trio. C'était la deuxième expérience de ce type. En l'occurrence un certain Thomas à la basse, Wilfart à la guitare et Benoît Chantry à la batterie (NDR : désolé, je n'ai pas retenu tous les prénoms !). Excellents par ailleurs. Mais pensez donc, en les présentant, Yves n'est pas passé à côté du jeu de mots. Un Benoît qui s'assied derrière le piano pour accompagner Yves lors d'une des plus belles et poignantes chansons de son répertoire. L'autre grand moment, « On a volé ma cravate », trempant dans un blues rock que n'aurait pas renié Fred Lani. A suivre, et même de très près…

Dîne à Quatre constitue le nouveau projet de Guillaume Ledent. Au sein de son nouveau line up figure un percussionniste, une flûtiste et une violoniste. Guillaume se réservant la guitare, le piano et le chant. Ces excellents instrumentistes vont malheureusement, tout au long de leur set, oublier qu'ils jouent au sein d'un groupe. Individuellement leur performance est parfaite. Collectivement, elle suscite rapidement l'ennui. Avant de pourvoir dîner à quatre, il y a donc encore beaucoup de pain sur la planche…

Il ne restait plus qu'une grosse centaine de personnes pour assister à la prestation de Vincent Venet. Et je dois avouer que j'étais fort curieux et surtout sceptique de voir comment il allait se débrouiller en 'live'. D'autant plus que son premier elpee, « 70cl », m'avait laissé mi-figue mi-raisin. Et bien, il faut avouer que je me suis royalement planté. Car ce soir, Vincent Venet et ses musiciens nous en ont mis plein la vue et les oreilles. Depuis la présentation originale de chaque musicien, avant le concert proprement dit, jusqu'au second rappel électro-gothique, au cours duquel la scène s'est transformée en piste de danse. Depuis « Boomerang » à  l'étonnante reprise-traduction d'« Enjoy the silence » de Depeche Mode, en passant par l'inévitable digression sur l'amour et le chewing-gum « Les amants de la chlorophylle », dans une version incisive, très électrique, réminiscente d'Indochine, au cours de laquelle, il vient rejoindre le public le micro à la main, la cover de M, « Le complexe du corn flakes », mise à la sauce funk blanc (Gang of Four ?) et un inédit, « La petite sorcière malade ». Un set hanté tour à tour par les spectres de Daho, Murat et Berger. Une guitare dont les tonalités empruntent régulièrement à la new wave du début des eighties (And Also The Trees, Chameleons, U2). Mais surtout un Venet en super forme, très complice avec le public, parlant même quelques mots en picard ; et qui surtout face à une salle à moitié vide est parvenu à tirer son épingle du jeu. Car si la salle avait été comble, il aurait mis le feu ce soir, c'est une certitude ! Selon la formule consacrée, les absents ont eu tort !

 

Vincent Delerm

Etre bien habillé et écouter Delerm...

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Le temps est plutôt désagréable en ce mois d’octobre. Enrhumé, j’ai néanmoins dû me motiver pour aller voir et écouter Vincent Delerm. Si ses disques – et en particulier son dernier album « Kensington Square » - me laissent mi-figue mi raisin, j’étais très curieux d’assister à son spectacle. D’autant que ses dernières prestations ‘live’ avaient reçu d’excellents échos. Une critique unanimement positive. Première surprise, en arrivant vers 20h15, le concert est déjà commencé. Or, les affiches programmées au Cirque Royal sont réputées pour leur ponctualité. Mais comme les deux premières parties ont été annulées, l’horaire a été chamboulé. Difficile, dans ces conditions, de se plonger dans l’ambiance d’un spectacle ; d’autant plus que sur scène, l’artiste est seul derrière son piano. Pour briser la monotonie, Delerm se double cependant en interlude d’une bande son humoristique (NDR : dont une interview accordée par Agassi à Roland-Garros). Il se lève (enfin) de sa chaise pour prendre la température du public, pendant que la bande son défile. Après avoir formulé un sobre « Bonsoir », il attaque « Deauville sans Trintignant », puis embraie par « La vipère du Gabon ». Au cours de ce dernier titre, le public commence à s’enflammer ; puis conquis, reprend en chœur le refrain « Ah bon ! » pendant que Vincent improvise ou l’adapte. Et Delerm grimace et s’amuse (NDR : et nous aussi, par la même occasion). L’humour est d’ailleurs souvent au rendez-vous. Il modifie les paroles, du style « faire des concessions, comme aller voir le dernier Besson » ou du dilemme pour enregistrer des émissions télé, sur le morceau « Tes parents ». Finalement, malgré la formule minimaliste (NDR : je rappelle qu’il est seul derrière son piano), son set n’est jamais monotone. Et l’excellent éclairage dont il dispose n’y est pas étranger. Il se lance dans un medley de Mylène Farmer (le « Sans contrefaçon ») aux ivoires, au beau milieu d’«Anita Pettersen». Et en finale, son public chauffé à blanc reprend en chœur « Les filles de 1973 ont 30 ans ». Une osmose s’est alors créée entre notre chanteur et son public. Il joue littéralement avec lui. Se moque ou soupire lorsque le chœur est un peu défaillant. Arrive alors le moment des rappels ; et là aussi Delerm n’est pas chiche. Lors du premier, il revient rapidement interpréter « Fanny Ardant et moi »,  « Le monologue shakespearien » et « Natation synchronisée ». Plus ringard, le second épingle une reprise dérisoire mais tout aussi ridicule du « Lundi au soleil » de Claude François. Jamais 2 sans 3 espère alors l’assistance qui doit cependant attendre un peu plus longtemps, avant de voir l’artiste remonter sur les planches pour accorder un tout dernier morceau. Visiblement exténué - et on le comprend après plus de 2 heures d’une telle performance -, Delerm salue alors courtoisement l’assistance qui le remercie par une standing-ovation. En général, Vincent Delerm on aime ou on n’aime pas. Il est même adulé par les uns et détesté par les autres (NDR : le chroniqueur caustique Stéphane Guillon a avoué sur Canal + s’endormir à chacun de ses concerts). Pourtant, ce soir Vincent m’a convaincu. Certes ses textes abusent de noms propres et de clichés parisiens ; mais à l’instar d’un Thomas Fersen (qui l’a lancé sur scène) ou d’un Benjamin Biolay, Delerm insuffle un vent nouveau à la chanson française. A l’issue du concert, je me suis quand même posé quelques questions. Tout d’abord, en découvrant  le « public type » de Delerm : dans un style plutôt ‘bourgeois’ et ‘parisien’ la plupart de ses fans s’échangent leurs impressions sous des airs de vrais faux intellos. Merde alors, c’est vrai je suis aussi né en 1973. Je suis âgé de plus de 30 ans, maintenant. Je suis devenu cadre. Ce soir je suis bien habillé et… j’écoute Delerm !

-M-

M ou l'abc du gimmick

La tournée triomphante de M touche à sa fin, et déjà on rêve en secret de le revoir au plus vite, parce que ses concerts sont une fête insubmersible, une communion de l’ordre du fantasme exaucé, un rêve d’entertainment malin et pas grossier, qui surprend à chaque fois malgré les « gimmicks » de mise en scène, les rituels sacrés auxquels se plie le fan bonhomme. C’est qu’un concert de M s’aborde avec folie, mais précaution : quid du type (comme moi) qui ne connaît pas les gestes et les refrains à répéter ? Parce qu’un concert de M, c’est certes de la musique (du genre variété rock de bon goût, en rien inavouable dans l’oreille du mélomane), mais aussi un jeu impliquant des règles. A respecter pour avoir l’air d’y croire. On évitera de toutes les énoncer : le fan de M les connaît toutes par cœur. Il n’empêche que ces milliers de bras qui s’agitent comme des feuilles à l’automne (« Mama Sam »), ce silence d’une minute dans une salle comble et massive (au hasard : Forest National), ces briquets par centaines, ce délire warholien (le « gimmick » du mec ou de la fille invité(e) sur la scène), cette empathie contagieuse,… On a beau dire, ça laisse coi. Quoi ? M, tiens, ce petit homme à la mèche conceptuelle (l’‘icône’ M), au costume clownesque et à la guitare qui s’envole (pour de vrai). « Bigger than life », même si on le sent si proche, s’il nous parle comme à ses amis, qu’on soit 200 (il y a 8-9 ans, à la rotonde du Botanique) ou 8000 (en novembre dernier, à FN). Le plus fort chez M, c’est qu’en concert il reste cet homme sincère, pour qui la notion de respect ne semble pas galvaudée : avec lui on se sent comme chez soi, il a le don de mettre à l’aise. Peu importe les soli à la Hendrix (son idole) : M, en plus d’être un showman hors pair et un guitariste de feu, reste avant tout un type sensible et humain, à l’échelle de chacun. Un type bien, en somme, qui malgré le succès garde l’esprit clair et son indépendance, sans courir derrière la gloire et la reconnaissance, à tout prix. Pour tout cela, Mathieu Chedid est l’étoile la plus étincelante du paysage musical français, qui brille tout au-dessus mais ne projette pas d’ombre. Y a de la place pour tout le monde dans les chansons de M. A l’intérieur tout resplendit, comme dans le cœur quand il est amoureux. « M » ? Mieux qu’une lettre : un sentiment essentiel, une quête existentielle. « J’aime donc je suis » ? C’est le souhait de quiconque.

Sophia

En période de rodage...

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Voir Sophia une veille de la Saint-Valentin. Se faire bercer par leurs douces mélodies, si tendres… Un rêve, n'est ce pas ? En première partie, Gamine, une chanteuse des pays de l'Est, interprète au  premier degré, des titres tels que 'It is so beautiful to be married'. Influencée par les romans Harlequin, elle nous remet directement les pieds sur terre…

En effet, même si les critiques (des magazines commerciaux) sont dithyrambiques, je n'aime pas vraiment le nouvel album de Sophia. Il ne possède ni le désespoir de son premier opus, ni la plénitude du second, mais reprend plutôt tous les ingrédients pour en faire un panachage. Résultat des courses, le soufflet retombe rapidement à plat. Bref, Sophia avait fort à faire sur scène, vendredi dernier, pour me convaincre. Et il faut avouer que sa mission n'a été qu'à moitié remplie. Robin est en effet un vrai showman, qui interagit avec son public, après nous avoir fait croire que les membres du groupe se promènent nus dans les couloirs des hôtels. Il nous propose même de les louer pour n'importe quel Bar Mitzvah, d'ici 10 ans (NDR : et là, je ne peux qu'applaudir sa lucidité). Pourtant, il y eut de réels moments de grâce ; et en particulier au début de son répertoire : « So slow », « Are you happy now », « River song » (d' « Infinite circle ») ; mais aussi de longs moments d'ennui. Et en particulier après le single « Oh my love », lorsqu'il s'est mis à interpréter trois chansons du nouvel album. Robin nous explique au cours du concert qu'il s'agissait du premier concert de leur tournée et que la formation rodait la set list. Peut-être seront ils parfaits le 3 juillet a Werchter ?  Et oui, la nouvelle vient de tomber…

 

 

Ghinzu

Le bénéfice du doute...

Cette soirée avait tout de l'événement : trois groupes wallons qui remplissent la grande salle de l'AB, temple culturel flamand, un mois à l'avance ! Une première, qui symbolise à elle seule l'excellente santé de notre rock. Un rock de qualité que bon nombre de néerlandophones continuent pourtant à bouder sous prétexte de… Sous quel prétexte ? L'accent francophone ? John de Ghinzu a été élevé en anglais, et Sharko a séjourné longtemps aux Etats-Unis. L'amateurisme ? Il est bien loin le temps où le rock wallon n'arrivait pas à la cheville de dEUS, Zita Swoon, enzovoorts… Aujourd'hui, des groupes comme ceux présents ce soir, et bien d'autres (Hollywood Porn Stars, Mud Flow, Showstar, Hank Harry, Austin Lace,…), n'ont aucun mal à rivaliser avec leurs pairs flamands. Quid alors de l'indifférence nordiste ? Peu importe, puisque ce sold out sonne déjà comme une première reconnaissance à l'échelle nationale. Il était temps ! Le disque de Girls in Hawaii est même encensé dans la presse néerlandophone, et commence à tourner sur Studio Brussel. La nouvelle génération des songwriters wallons pourrait donc faire de l'ombre aux illustres kadors pop de l'école flamande. Tom Barman se lance dans la house pour contrer l'offensive (Magnus). Danny Mommens grogne en français et crie son amour pour les chansons de Gainsbourg (Vive la Fête). Ne reste plus qu'à Studio Brussel de rebaptiser son émission « Brussel Vlaams » « Wallonie Vlaams », pour rétablir la balance et respecter les nouvelles règles en vigueur. Parce que le rock wallon ne compte plus rester bien longtemps dans l'ombre. Suffit qu'il sorte du bois en file indienne, et le voilà sur scène à l'AB, devant 2000 personnes en folie, qui crie son nom, pour qu'il revienne. Pas de panique : il est bien là, et il compte bien rester, jusqu'au triomphe, jusqu'aux disques d'or, jusqu'à la première place du hit parade de VT4.

Pour Girls in Hawaii, c'est donc plutôt bien parti. L'accueil que lui réserva le public de l'AB en est la preuve irréfutable. Il faut dire que l'acoustique de l'AB est exceptionnelle : dans de telles conditions, la pop élégiaque des Girls ne pouvait que faire mouche. Une claque, qui augure d'une belle carrière, aussi bien nationale qu'internationale (ils viennent de signer un deal de distribution avec Sony France).

Sharko, lui, est déjà un habitué des planches. C'est donc avec décontraction qu'il aborda la soirée, jamais avare d'une petite blague ou d'une galipette. Son set, marqué par quelques baisses de régime, prendra son véritable envol lors d'un lâcher de ballons colorés, qui transformera la salle en joyeux bordel digne d'un concert des Flaming Lips.

Quant à Ghinzu, dont c'est le grand retour après trois ans d'absence, il vaut mieux leur laisser le bénéfice du doute : après à peine trois quarts d'heure d'un concert nerveux mais plutôt monocorde, John et sa bande quitteront brusquement la scène, sans offrir de rappel à un public pourtant toujours chaud. On aurait aimé, pour marquer le coup, un final grandiose avec les trois groupes jammant jusqu'à l'épuisement, brûlant un épouvantail à l'effigie de Ducarme et reprenant la Brabançonne avec juste ce qu'il faut d'ironie. Mais non : alors que la fête battait son plein, les lumières se rallumèrent et le public, penaud, de sortir en rang serré dans le froid de la nuit bruxelloise. Il n'empêche que ces quelques heures d'intense énergie nous auront réchauffé le cœur, et prouvé à quiconque que notre rock se porte à merveille. Ce n'est que le début. Aujourd'hui l'AB, demain Werchter. Un brin d'orgueil régional ne peut pas faire de mal, de temps en temps… Même si la question, bien sûr, n'a guère d'importance. De toute évidence, le rock n'a que faire des querelles linguistiques. Qu'il soit flamand ou wallon. Vous lisez trop la presse écrite, à demain bonsoir.

 

Sun Kil Moon

Dr Jekyll & Mr Hyde...

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Avant de fonder sa propre formation, Adem Ilhan a joué au sein du groupe post rock anglais Fridge aux côtés de Kieran Hebden et de Sam Jeffers. Auteur d'un excellent premier elpee (NDR : voir chronique), Adem est venu se produire en  duo ; son partenaire se consacrant le plus souvent au xylophone et aux percussions minimalistes qu'à la guitare sèche. Minimalisme : le mot est lâché, pour définir la musique d'Adem. Mais un minimalisme chatoyant, enrichi par une panoplie d'instruments acoustiques particulièrement ample utilisés par Adem. Conventionnels ( six cordes acoustique, banjo) ; mais aussi insolites dont une mini harpe à laquelle il va recourir en toute fin de set. Et toutes ces sonorités chatoyantes, délicates, pastorales, chaleureuses servent d'écrin à de petites perles mélodiques, berceuses hymniques que chantent nos deux compères avec un ensemble bouleversant. Même lors des deux nouvelles compositions. Point d'orgue ; le single « Everybody needs some help sometimes », que le public avait encore en tête à l'issue de leur prestation…

Il y a plus de dix ans qu'on attendait le passage de Red House Painters en Belgique. Et R.H.P. n'est toujours pas revenu. En fait Kozelek a fondé un nouveau projet : Sun Kil Moon. Responsable d'un elpee remarquable, au début de cette année (NDR : voir chronique), S.K.M. figurait, au départ, à l'affiche des Nuits du Botanique. Mais lorsqu'il a décliné l'invitation, on s'est dit qu'il allait encore nous faire faux bond. Bref, je dois avouer, que la veille même du concert, je n'étais pas vraiment sûr qu'il soit présent. Avant que la formation ne monte sur les planches, on se rend compte qu'il n'y aura pas de batteur. Et que les musiciens seront assis sur des tabourets de bar. Cinq en tout. Pour deux violonistes et trois guitaristes dont Kozelek qui change, pratiquement à chaque morceau, de gratte. Acoustique, électrique ou à douze cordes. Un Kozelek qui s'est coupé les cheveux. Mais dont le timbre vocal falsetto, légèrement reverb, touche toujours au sublime. Autour de lui, son backing band tisse la trame sonore. Tantôt en picking, tantôt en plaquant les accords, les deux guitaristes rivalisent de virtuosité. Et que dire des deux violonistes ? Un couple asiatique dont les interventions vous flanquent des frissons partout. Tout au long du concert, on semble submergé par un océan de mélancolie douce. Parfois aussi consumé par l'intensité et la luxuriance des instruments, un peu comme sur le 3ème album du Led Zeppelin. Ou alors bercé par des mélodies ensoleillées, presque méditerranéennes. Pas de covers. Pas de titres issus du répertoire de Red House Painters. Mais uniquement des chansons de Sun Kil Moon. En rappel, seuls les trois guitaristes reviennent sur scène, l'un d'entre eux se consacrant à la slide. Puis Marc termine en solo armé de sa 12 cordes. Pour trois titres. Enfin presque, puisque en fin du dernier, il se rend compte qu'il fait fausse route, plante sa guitare et se taille. Un final à l'image du personnage…

 

I Monster

Daydream...

I Monster, c’est du délire gothico-pop sur fond d’électro rétro-futuriste, avec la distance qu’il faut pour en rire, et les mélodies sucrées pour pouvoir fredonner. Dean Honer et Jarrod Gosling, les deux cerveaux dérangés qui se cachent derrière I Monster, viennent de Sheffield, terre promise de Warp, The Human League et Cabaret Voltaire. La différence chez ces fossoyeurs du rythme mécanique, dont l’inspiration prend racine là où d’autres travaillèrent à la chaîne, c’est que les deux zigues d’I Monster voient davantage la vie en rose, surtout après avoir fumé d’énormes spliffs. Leur musique bric-à-brac pourrait ainsi être taxée de « növö psychédélisme » qu’on applaudirait de nos mains moites, un sourire idiot aux lèvres. Parce qu’il est vrai qu’en écoutant ce « Neveroddoreven », on voit parfois des trucs bizarres, en plus d’en entendre.

Sur scène, l’imagination est forcément tenue en laisse, puisque voir des types jouer leur musique réduit de moitié le mystère qu’on pouvait ressentir à les écouter sur disque. Accompagnés des Lovers, deux Frenchy amants dans la vie (d’où leur nom), Honer et Gosling prennent leur temps pour distiller leurs ambiances de série Z… Même qu’au début tout le monde reste assis, d’abord parce que la rotonde se prête à l’écoute lascive, ensuite parce qu’il faut bien le dire, c’est un peu mou du genou. Mais dès que les deux Anglais, chacun à leur tour, entonnent « Hey Mrs. » et « Everyone’s a Loser » à travers leur inséparable vocoder, le public se lève et tape du pied en chœur. L’ambiance est tellement sympa qu’Honer et Gosling les rejoueront en (second) rappel, parce qu’ils « n’ont pas bien répété toutes les chansons et qu’ils ne savent donc pas en faire d’autres » (dixit Fred, le guitariste de Navarre). Sinon Marianne, la copine de Fred, était plutôt mignonne dans ses bas-résille. Sa jolie voix mutine nous aura même fait apprécier un titre comme « Who Is She ? », qui sur l’album agace par son côté « musique de l’espace chantée par Jay-Jay Johanson » (hips). Et puis que serait I Monster sans les Wallace Collection ? C’est « Daydream In Blue », joué en rappel sur le ton du murmure (Marianne, encore), qui leur valut tous les honneurs. Or, ce tube est d’abord un tube belge. Autrement dit : sans nous, I Monster n’existerait pas. Même Fred, un Français, remercia la Belgique pour la « culture française ». Parce que comme il le dit, la culture française, c’est « 50% de culture belge ». Rien que pour ça, on les aime bien, ces types. La prochaine fois, on leur fera écouter « Ca plane pour moi »… Sûr qu’avec leur goût du kitsch savamment dosé, ils décideront d’en faire un de leurs nouveaux tubes. C’est fou quand même, « comme on est trop modeste ».

 

 

 

Kissogram

Dans l'ombre de Wire...

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Kissogram est un duo allemand qui pratique une musique largement inspirée par les groupes électro des eighties. Et je pense tout particulièrement à DAF et Suicide. Un style qu'il mélange allègrement à de la trance, de l'acid et de la new beat. Enfin, tout au long de la première partie du concert. Le tandem tente même un pseudo pastiche du « Superstition » de Stevie Wonder. Jusqu'alors le set m'a laissé de marbre. Dans le style, Vive la Fête a au moins le mérite de mettre l'ambiance. Puis le vocaliste a commencé a délaissé son synthé pour se consacrer à la guitare. Et l'expression sonore de prendre une toute autre dimension. Plus aride, plus expérimentale, plus violente, plus punk… Plus intéressante, quoi ! D'autant plus que le type derrière le pupitre est enfin entré dans son trip. Et les morceaux de lorgner vers l'univers de Wire…

Alias Merrill Nisker, Peaches est avant tout une 'showwoman'. Un petit bout de femme qui n'a pas froid aux yeux (NDR : normal elle est canadienne) en balançant un spectacle original, coloré, divertissant, qui transpire l'humour, danse, le sexe, le sexe et le sexe. Mais plantons de suite le décor. Avant de monter sur les planches, la sonorisation diffuse le « Peaches » des Stranglers. Une introduction qui témoigne de son attitude résolument punk. Qui me fait parfois penser à celle de PJ Harvey. Elle empoigne alors une guitare pour en libérer des sonorités distordues, noisy. Un geste qu'elle va reproduire épisodiquement au cours de la soirée. Parce que d'instruments, il n'en est guère question. Toute la solution sonore préenregistrée, est sculptée dans l'électro-punk. Parfois aussi dans le glam réminiscent de Gary Glitter. En fait, c'est un spectacle à dévorer davantage avec les yeux et les tripes, qu'avec les oreilles. Et la présence des deux filles dont la taille doit frôler les deux mètres en est la plus parfaite démonstration. Une chorégraphie qui accentue l'aspect visuel, sensuel, sexuel, du show. Pas pour rien qu'au départ, elles apparaissent affublées de fausses barbes. L'une d'entre elles nous fait cependant une démonstration époustouflante de cerceaux. A croire qu'elle est issue du monde du cirque ! Excellent moment, lorsqu'un écran est installé sur scène pour projeter une vidéo d'Iggy Pop qui échange un duo avec Peaches pour « Kick it ». Elle démontre également son talent de comédienne, lorsqu'elle fait croire à un accident en se relevant ensanglantée, d'une chute sur les planches, avant de recracher l'hémoglobine factice sur le public. Et puis de son art de la mise en scène, en invitant une personne du public à monter sur scène pour chanter un autre duo, en essayant de nous faire croire qu'il s'agissait d'impro. Si tous ses standards y sont passés (« Fatherfucker », « I U she », « Hot rod »), elle n'a pas oublié de nous dispenser la cover du « Gay bar » d'Electric Six ; et en rappel, l'inévitable « Kiss, kiss, kiss » de Yoko Ono. Et franchement, le public s'est vraiment amusé ce soir.

 

Elbow

De quoi faire la moue...

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This Beautiful Mess est une bonne grosse soupe flamande. Voila la façon précise de décrire le groupe, ses influences et le concert. Bref, pas déplaisant, mais pas vraiment plaisant non plus.

J'en viens à la prestation d'Elbow. C'est vrai qu'ils avaient beaucoup à défendre sur scène. Humo avait élu leur dernier opus, « Cast of Thousands » meilleur album de 2003. Ce même cd avait été unanimement encensé, aussi bien par nos copains les fanzineux que par les magazines spécialisés, tels que le NME. Mais je dois dire qu'hormis deux ou trois morceaux, nos attentes n'ont pas vraiment été comblées. Quoique fort sympathique, le chanteur (NDR : Guy Garvey) n'est pas un monstre de charisme. Son humour mancunien (et l'accent qui le grève) évoque davantage nos compagnons de beuverie au pub qu'une rock star. De plus, et pour rester gentille, il me semble que son esprit avait l'air assez 'enfumé'. Quant au répertoire, je me demande encore pourquoi il a été choisi parmi les titres les plus mous (et c'est peu dire !). C'est-à-dire les moins crédibles de leurs deux albums. Triste ! Car ces elpees regorgent de petites perles mélancoliques. Et c'est assez déçue que je suis rentrée chez moi…

 

Yeah Yeah Yeahs

Il y a loin de la coupe aux lèvres...

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Cette soirée s'annonçait chaude ! En effet, les reviews consacrées aux passages de la dame Karen O m'intriguaient au plus haut point. Selon ces échos, le côté déjanté de son réel talent artistique épouse une sensualité à fleur de peau…

Programmé en première partie, Entrance est une véritable insulte à la musique. Seul sur scène, le chanteur imagine, dans son trip acidifié, réincarner à la fois les fantômes de Jimmy Hendrix et de Jim Morrison. En fait, il n'est que la pâle imitation de ces deux icônes…

Vu le supporting act, la présence des Yeah Yeah Yeahs ne pouvait que relever le niveau. Pourtant, mes attentes sont loin d'avoir été comblées. L'arrivée sur scène de Miss O ne pouvait pourtant que confirmer ce qu'elle est devenue à force de sautillements dégingandés et de couinements excités: une star. Quand elle parle, chante, crie ou gémit, on l'écoute. Ou tout du moins, on essaie. Car elle ressemble plus à une majorette qu'à un réel objet de désir. A dire vrai, son personnage semble monté de toutes pièces. Totalement superficiel, sans réel talent, elle tente de compenser la piètre prestation de ses musiciens (NDR : qu'elle embrasse goulûment) et la médiocrité des compositions, par l'un ou l'autre coup d'éclat. A l'instar du single « Maps », un des rares moments au cours duquel le niveau de la soirée s'est quelque peu relevé. Pourtant, j'avais écouté l'album en boucle depuis quelques jours. Et il me trottait toujours dans la tête. En fait, leur cocktail de rock et de garage, préparé  à la sauce eighties, est toujours resté à l'état embryonnaire ; y compris lors des deux rappels que la Miss O a essayé de rendre les plus incandescents possibles. Dommage! Je l'aimais bien.

 

The Hives

Le concert rock'n'roll de l'année...

Pour faire comme tout le monde, nous pourrions vous rappeler combien les Hives sont gracieux, sexy, arrogants, furieux et costumés. C'est vrai, nous pourrions. Mais nous pourrions également vous conter l'histoire d'un spectateur guidé par une gueule de bois, barbouillé et fatigué, venu assister au concert des Hives en ce jour de convalescence. Pour ce genre de spectateur (comme pour les autres, d'ailleurs), les Hives demeurent sans compassion, aucune. Histoire d'un concert qui aurait très bien pu être le dernier…

Arrivé sur les lieux en temps et en heure, malgré un mal de crâne persistant et insistant, le jeune homme tente de retrouver ses amis (heureux propriétaires du précieux ticket) et de se frayer une place dans l'antre de l'Ancienne Belgique. Une méchante fouille corporelle aux entrées constitue déjà un premier obstacle aux objectifs affichés du pauvre garçon. Quelques minutes plus tard, c'est face à la scène que l'attente devient douloureuse. Des compatriotes des Hives se chargent de la première partie. Les jambes tremblantes, la vue trouble, le spectateur tente désespérément de retrouver ses esprits au son de ces compositions déstructurées servies en guise d'apéritif. Burps…

Subitement, un gros néon rouge perché derrière la scène s'allume : « The Hives », peut-on lire. Le délire de la foule atteint son comble. Evidement, à cette heure-là, personne encore ne sait que les cinq guignols costumés qui débarquent vont électrocuter tout être vivant dans un rayon de trente mètres…en moins d'une heure. Le grand show commence, mené tambour battant par Howlin'Pelle Almqvist, mélange hybride entre un Jim Carrey sous cocaïne et un Mick Jagger à l'aube de ses vingt printemps. Le spectateur malade est alors terrassé par un tourbillon, qui s'interrompt et recommence sans cesse, le réveillant en sursaut. Les coups de basse du Dr Matt Destruction engendrent ainsi les premiers dégâts. Dans la fosse, chacun cherche la bouffée d'air rédemptrice. Mais sans faiblir, les Hives enchaînent les tubes de leurs trois albums. Par moment, Pelle Almquist harangue la foule gisant (encore) debout à ses pieds, ruisselant de sueur. L'estomac noué, l'esprit entièrement perdu dans cette mise en scène sans faille, le malheureux spectateur serre les doigts, prie pour que Nicolaus Arson ne balance du bout de ses doigts surchauffés un des riffs incisifs et fulgurants dont il détient le secret. Mais les Hives sont sans pitié. Ils ne laisseront aucun répit au pauvre spectateur déjà meurtri, supportant de plus en plus mal le poids d'un corps devenu trop lourd pour ses jambes.

Derrière sa batterie, Chris Dangerous entre au panthéon des batteurs les plus coquets de l'histoire du rock. Les cheveux gominés, ce dernier n'hésite jamais à se repeigner (!) entre deux titres assénés à tous ses inconscients, venus applaudir la performance la plus survoltée de l'année. Dans cette sitcom millimétrée, les Hives jouent un rôle hollywoodien. Avec sa tête d'enfant joufflu et sa taille pachydermique, Vigilante Carlstroem, le deuxième guitariste, ne cesse d'accélérer la cadence. En moins d'une heure, les Hives auront réussi à calmer les excités, à ressusciter les malades (celui de l'histoire a survécu. A ce jour, il ne voit plus la vie de la même façon), à susciter  l'admiration. Messieurs, il ne nous reste plus qu'à vous tirer notre cravate, s'agenouiller et laisser tomber le nœud pap', vous êtes les plus forts!

N.A.

Pas la peine de tourner autour du pot : c'était le concert rock'n'roll de l'année. Dans une AB pleine comme un œuf, les Suédois des Hives ont provoqué un tremblement de terre qui sur l'échelle de Richter devrait avoir battu tous les records. Blues Explosion, The Libertines, les White Stripes, The Stooges : qu'ils aillent se rhabiller, la queue entre les jambes. Les Hives sont les plus forts, point barre. Question d'attitude, de jeu de scène, de technique, de frime, de sexe : du chaud bouillon, comme la température ce soir, presque insoutenable. On ne vous parlera pas de la première partie, parce qu’on n’avait pas la tête à ça. Des types qui singeaient Hot Hot Heat et Ima Robot, pour aller vite. Et les Hives, justement, jouent très vite : une heure, et la plèbe rock est KO. Chaos : dès les premières mesures de " Abra Cadaver ", une minute trente de furie punk'n'roll, le public devient fou. Jeune, le public. Et très féminin. On ne va pas se plaindre. Habillés de pied en cap en noir et blanc, les Hives ont la classe. A peine arrivé sur scène, Howlin' Pelle Almqvist lâche un cri guttural à faire pâlir le pantalon rouge de Jack White. C'est parti, donc, pour une heure de rock'n'roll sauvage et braillard. Et ça suffit : après 40 minutes tout le monde est déjà mort, mais tente de survivre à ces incroyables décharges d'adrénaline. Les titres s'enchaînent sans qu'on ait le temps de crier ouf. De " Tyrannosaurus Hives ", les cinq Suédois joueront tout, ou presque (ne manque à l'appel que le très post-punk " Love In Plaster ") : autant dire que du bon, du foufou, du grand art. Pelle parle mais on n'y comprend rien : tel un Mick Jagger shooté à la testostérone, il exhorte le public à sortir de ses gonds. Qui le prend au mot, même si le corps ne suit pas toujours. C'est qu'il faut le faire, pogoter pendant une heure non stop. Mais comment rester stoïques face au bonheur d'enfin voir sur scène les Hives jouer " Main Offender " et " Hate To Say I Told You So " ? Ces types ont la gnaque, et c'est magique. Sur scène ils font preuve d'un incroyable magnétisme, jouant leurs classiques au millimètre près : on reste cois. Quoi ? Les Hives, mec. Le concert de l'année. " AKA Idiot " pour assommer les derniers irréductibles. Une classe inattaquable. The Hives, mon vieux. The Hives ! ! ! ! ! Ils sont venus, ils ont vu, ils ont vaincu. Que ceux qui ont raté ce concert se mordent les doigts, et tout le reste : ils ne sauront jamais ce qu'est un vrai concert de rock. The Hives ! The Hives ! ! The Hives ! ! ! (PS : si quelqu'un a trouvé une tête par terre après le concert, qu'il écrive à Musiczine. C'est sûrement la mienne)

G.E.

Boredom ! Amis blasés du Rock and Roll, spécialistes du 'oui, mais…', adulescents gavés de concerts et de CD's en tous genres, ce concert était pour vous. Si comme beaucoup de vos congénères vous vivez avec la nostalgie d'une époque révolue, celle de vos 16 ans où la moindre décharge de guitares électriques vous donnait envie de démonter pièce par pièce tout ce qui vous tombait sous la main (la commande à distance de votre chaîne, le lit Ikea, la poupée de la petite sœur), vous ne pouviez pas rater ça. Parce que ce qui s'est passé ce vendredi 29 octobre à l'AB dépasse l'entendement. Parce que lorsque les Hives sont montés sur scène vers 21h30 ce jour-là, c'est une espèce de monstrueux Léviathan suédois a pris directement les nombreux spectateurs de tous âges à la gorge pour ne les relâcher qu'une heure plus tard, complètement hébétés. Une heure de folie Rock and Roll, de décharge électrique maniaque orchestrée par Howlin' Pelle Almqvist, véritable dandy hystérique aux yeux de déments, petites billes gonflées d'adrénaline à l'étroit dans leurs orbites. Son crâne aurait éclaté qu'elles auraient continué à se dandiner aux quatre coins de la scène. Emmenés par cette hybridation entre Iggy Pop et le Mick Jagger des belles années (celui de 1964-1970), les autres membres du groupe aux noms aussi jouissifs que 'Dr Mass Destruction' ou 'Chris Dangerous' ne furent pas en reste. Un petit coup de peigne entre deux morceaux pour le batteur (qui se devait d'entretenir sa belle coiffure rockabilly), un petit crachat tout ce qu'il y a de plus punk pour Nicholaus Arson (guitariste de son état), splendides rouflaquettes 'à la Spinal Tap' pour le docteur (à la basse chirurgicale), tout y est passé. Inutile dès lors de vous cacher que 'The Hives' incarne tous les clichés Rock and Roll possibles et imaginables. Mais contrairement à beaucoup de groupes associés au revival garage actuel, on sent que chez cette bande de scandinaves dégénérés, c'est du vécu…La pose se double ici d'un état d'esprit qui, pour peu, nous ferait croire à un retour quarante ans en arrière, à une époque où le rock était encore neuf et excitant, où il n'avait pas encore perdu de son pouvoir de subversion. En un peu plus de 60 minutes, temps nécessaire au groupe pour parcourir son nouvel album ainsi que quelques extraits de ses deux précédents opus (dont un " Aka I.D.I.O.T " dantesque), The Hives nous a prouvé que tout cela était encore possible. Ce groupe est un majeur tendu à la morosité ambiante, à l'intégrisme religieux renaissant, aux yuppies triomphants. Les Libertines, Strokes et autres The Kills peuvent aller se coucher, les Hives sont le plus grand groupe live actuel ! Nom de dieu, THE HIIIIIIIIIIIIIIIIIIVES ! ! ! ! ! ! ! !

J.W.

 

Pretty Girls Make Graves

Dans le vif du sujet...

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‘Andrea Zollo a de la fièvre !’, lance-t-elle à la fin d’un set qui ne nous a laissé aucun répit pour souffler un peu. Et en effet, elle nous a plus qu’enfiévré ce soir. A mi chemin entre Blondie et Courtney Love, sa voix se fond dans la complexité et la lancinance du son extrêmement puissant de ces Pretty Girls Make Graves. Forts de deux albums studio plutôt réussis, même si leur distribution est restée plus que limitée, elle nous a promenés une heure et demie au travers d’un concert qui aurait laissé pantois n’importe quelle autre rockeuse en devenir. Leurs influences tellement vastes se mêlent et explosent sur scène. On est transporté entre grunge de Seattle (NDR : parfait, ils en viennent !) pour les premiers morceaux (NDR : dans un style proche de Sleater Kinney, pour ne rien vous cacher) et punk. A l’instar de « Chemical, chemical », par exemple. Avant d’être carrément catapulté, en fin de parcours, au début des années 80 ; pour un titre qui aurait pu être emprunté à Siouxsie. Le plus étonnant est que si plusieurs écoutes sont nécessaires avant d’apprécier leur nouvel album, « The new romance » (NDR : un opus plus noir et plus novateur que le précèdent), en ‘live’, on entre directement dans le vif du sujet. Et on ne peut que se réjouir de les revoir… en festival, cet été, deux ans après leur première apparition en Belgique, au Pukkelpop.

The Detroit Cobras

Une absence flagrante de motivation...

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Journée de grande effervescence au Bota ce mardi 16 novembre ; puisque si l'Orangerie accueillait Ash et Hitch, la Rotonde proposait trois groupes : The Soundtrack Of Our Lives, The Detroit Cobras et The Radiation Kings.

The Radiation Kings nous viennent d'Allemagne et jouissent d'une popularité certaine dans leur pays. Un groupe de garage qui se réclame ouvertement des Stones, du Velvet Underground et des Stooges. Fondé en 1997, cet ensemble compte quelques albums à son actif et a même déjà eu l'honneur de participer à l'émission de la WDR, 'Rockpalast'. Pour le peu que j'ai pu les apercevoir, leur prestation n'a guère soulevé l'enthousiasme. Brouillonne pour ne pas dire bâclée, elle s'est même achevée dans l'indifférence générale. Et le chanteur a eu beau se démener comme un beau diable (NDR : physiquement on dirait une sorte d'hybride entre Ian Brown et Mick Jagger), son groupe n'est parvenu qu'à patauger allègrement dans la choucroute…

The Detroit Cobras est un quintet dont la plupart des membres viennent de Detroit (NDR: vous vous en doutez!). Une formation fondée en 1995 par le guitariste Steve Shaw, et qui compte dans son line up deux filles. Tout d'abord la guitariste Maribel Restrepo ; et puis la chanteuse Rachael Nagy, sorte d'Amanda Lear qui aurait rajeuni de 30 ans. Moulée dans son jeans, cette blonde hyper sexy fume comme une cheminée, boit comme un cosaque et (NDR : non je n'ai rien dit…). Bref, une chose est sûre, son timbre vocal rauque sied particulièrement bien à la musique du groupe. Une musique basique, garage, inspirée par le R&B, le gospel et le rock'n roll des années 50. Leur set est essentiellement composé de reprises obscures. Des titres souvent très brefs imprimés sur un tempo 4/4 qui me rappellent les Ramones. Et le look des mâles (NDR : rouflaquettes, cheveux longs en bisbille avec leur shampooing depuis belle lurette !) corrobore ce point de vue. Si leur prestation reste plutôt agréable, elle ne décollera jamais. En cause : Rachael. Qui a plutôt l'air de s'en foutre comme de l'an 40. De cette soirée, elle ne retiendra probablement que le goût de la bière belge…

Auteur d'un quatrième opus remarquable (« The origin vol. 1 »), The Soundtrack Of Our Lives, se produisait pour la première fois, en Belgique. Pas les membres fondateurs, puisque le chanteur Ebbot Lundberg et le guitariste Ian Person s'y étaient produits en compagnie de Union Carbide Productions, leur précédent groupe. Dès l'entrée le premier titre, on est complètement noyé par la puissance du son. Tel un prédicateur évangéliste, Ebbot s'installe au centre de la scène. Viking barbu, vêtu d'une robe noire, il ressemble à un Brian Wilson (NDR : le leader des Beach Boys !) des seventies. Les deux guitaristes virevoltent d'un côté à l'autre de la scène. Une rivalité qui ressemble presque à une compétition. Imaginez un peu une joute entre Bernard Butler et Bernard Butler, et vous aurez une petite idée de la scène en présence. L'un d'entre eux se prend même parfois pour Pete Townshend, en faisant tournoyer son bras. En fin de concert, il sort sa guitare à deux manches. Bien soutenu par un solide bassiste, le drummer – habillé comme un joueur de base-ball - dynamise la solution sonore. Des drums qui comptent deux grosses caisses. Excusez du peu ! A gauche de la scène, le claviériste chavire au gré de ses interventions rognées. C'est limite qu'il ne grimpe sur son orgue. Dans l'esprit de Ray Manzarek ! Paraît même qu'il fait chavirer les cœurs… Le combo aligne la plupart des compos de son dernier elpee. Même « Midnight children ». Un tracklist qu'il entrecoupe de nombreux titres issus de « Behind the music », le précédent opus. Véritable gourou, Ebott impressionne par son charisme. Il orchestre même les improvisations. Ce qui ne l'empêche pas de descendre ans le public. Ou d'aller vider toutes les bières qui jonchent le sol près du drummer. (NDR : qui a dit rentrez-le ventre ?). Un seul bémol, le public. Trop réservé pour un tel spectacle. Ne se libérant qu'en fin de concert, pour finalement obtenir deux rappels, dont le second n'était normalement pas prévu. Impressionnant !

 

 

 

 

Limp Bizkit

Poudre à canon ou poudre aux yeux?

Le dernier album de Limp Bizkit, « Results May Vary », est une sacrée daube. La reprise du « Behind Blue Eyes » des Who suffit pour s'en convaincre : de la soupe FM d'une laideur sans nom, reprise pourtant en chœur ce soir par 8000 gamins en folie. Ils ont 15-16 ans. C'est leur « Nothing Else Matters » à eux. L'« Hotel California » de toute une jeune génération, qui a grandi au son du nu-métal, vénère Papa Roach (repris par Janez Dted en première partie) ainsi que Linkin' Park, Sum 41, Slipknot et Avril Lavigne (pour les plus fleur bleue). Et pour qui Fred Durst est un modèle… Pour beaucoup d'autres, le leader de Limp Bizkit est un crétin fini, « l'homme le plus haï du music business », parce qu'il frime, qu'il a vendu son âme de jeune rebelle à Nike et MTV. Parce qu'il s'est fait Britney Spears. Peuh ! Mais Limp Bizkit, c'est aussi « Significant Other », un des albums fondateurs du genre néo-métal (avec « Around the Fur » des Deftones et les deux premiers Korn) : une sacrée claque, bourré de tubes essentiels (de « Nookie » à « Break Stuff »). Un mélange de grosses guitares et de flow rap, qui en 'live' casse la baraque. Parce qu'on a beau dire, Limp Bizkit en concert reste une redoutable machine de guerre : dès les premières notes de « My Generation » (presque un slogan), c'est le délire. 8000 kids pogotent. C'est moins qu'il y a trois ans au Sportpaleis : il faut dire que Wes Borland, guitariste masqué et principal compositeur, s'est entre-temps fait la malle, sans doute un peu saoulé par le comportement mégalo de son pote au micro. Et puis il y a cet album, une belle crasse quand même : heureusement Fred Durst et ses sbires n'insisteront pas, en évitant de trop se la ramener avec leurs ballades de tapettes (« Eat You Alive », rock ?). A la place, que des tubes : « My Way », « Take A Look Around », « Nookie », « Break Stuff », « Hot Dog », « Re-Arranged »,… Et même deux titres du premier album : « Counterfeit » et la reprise de George Michael, « Faith », au cours duquel Fred Durst exhorte les filles à monter sur les épaules de leur voisin mâle. C'est que Fred Durst est un entertainer né. Une fois au milieu de la foule, une fois au fond, une fois sur les escaliers : il ne reste pas en place. Parce qu'il faut bien donner aux fans du spectacle, surtout à 35€ le ticket. En rappel, l'ineffable « Behind Blue Eyes » consacre ses briquets en bonus ; et puis seul sur scène, Fred Durst chantonne à la guitare qu'« il aimerait tant vivre en Belgique, parce que c'est comme sa maison, et puis il y a tant de haine chez lui, même si parfois c'est cool de haïr », et bla bla bla. Sacré Fred : à peine démago, et plus subtil à lui tout seul que tout un club de fans de Manowar. Deuxième (ou troisième ? enfin bref) rappel : lumières allumées, et « Rollin' » achève en apothéose ce concert drôle et défoulant, malgré l'esbroufe, les ballades FM et la preuve évidente que Fred Durst est le plus fier symbole d'une Amérique impérialiste et puante. Ce n'est ni très malin ni très méchant, bref c'est de l'entertainment. Dans un monde où les puissants sont des bouffons, Limp Bizkit joue bien son rôle de punching-ball. The show must go on, isn't it ?

Franz Ferdinand

Jubilatoire...

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My Second Skin est un groupe bruxellois. Il accordait son premier concert, ce soir. La voix du chanteur est calquée sur celle de Mathew Bellamy. Je déteste Muse…

Une chose me turlupine depuis la première écoute du somptueux cd de Franz Ferdinand: il y a une fausse note dans l'intro de « Jacqueline ». Est ce volontaire ? Pour casser le rythme, par exemple ? Ou s'en sont-ils rendu compte trop tard ? Une chose est sûre, en live, la fausse note est jouée. Véritable ouragan, les Franz dévastent tout sur leur passage, un peu à la manière des White Stripes. Il existait déjà une réelle hype derrière eux, même avant la sortie de leur premier ep, paru en décembre. Dès leur entrée sur scène, leur jeunesse étonne, contraste avec la maturité naïve de leur album. Durant tout leur set, le quatuor écossais reste admirablement soudé. Le chanteur, Nick Kapranos, se réjouit de voir des Ecossais s'être déplacés spécialement pour les applaudir  Il les sollicitera de nombreuses fois au cours du concert. Musicalement?? De la folie furieuse. Ils passent du post punk au disco. Leur musique mêle The Fall à New Order, en passant par Adam Ant et même… Blondie. Ils affichent une réelle présence, une attitude propre. Parfois elle me fait penser à Gene Vincent, pour leur façon de plier leurs genoux en jouant de la guitare. C'est totalement jouissif ! Et on se prend au jeu. On exulte lorsque commence « Take me out ». On crie de joie aux premières notes de « Darts of pleasure » (leur prochain ep). On jubile sur « Michael ». Un nouveau grand groupe vient de naître. On les a vu éclore ce soir, devant une salle qui peut accueillir 300 personnes…

 

Sophia

Comme à l'époque d'un certain God Machine?

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Pour cette longue soirée, l'ordre de passage avait été modifié, suite à des problèmes de transport rencontrés par la formation danoise Under Byen. Au lieu d'entamer les festivités, celle-ci allait donc les clôturer.

Drivé par Miles Kurosky, chanteur dont le vocal campe, nonobstant un timbre plus clair, des inflexions fort proches de Stephen Malkmus, Beulah compte déjà la bagatelle de 4 albums à son actif ; le dernier, « Yoko », étant paru au début de cette année. Un sextuor californien qui pratique une pop plutôt allègre, contagieuse, mais parfois un peu trop dissipée. Pourtant, la moitié des musiciens sont multi instrumentistes et possèdent suffisamment de talent pour faire décoller un set. Et en particulier le trompettiste, dont les interventions cuivrées, parfois rythm'n blues, donnent une coloration plus chaleureuse aux chansons. Et puis les harmonies vocales sont impeccables, rappelant même parfois tantôt les Beach Boys, tantôt ELO. Mais les moments de pure intensité ne sont pas suffisamment développés pour ne pas perdre le fil du sujet. En fin de parcours, le groupe invite deux spectatrices à monter sur scène pour essayer de reprendre une chanson des Beach Boys. Une catastrophe ! Et les gesticulations des deux filles agitant des maracas ou un tambourin, lors du final, faisaient franchement tarte. N'importe quoi !

Les concerts accordés par Sophia, dans le cadre de leur dernière tournée n'ont pas trop eu l'air de plaire à la presse spécialisée. Même Lina, qui avait assisté à leur concert lors de leur passage au Bota, n'est pas repartie emballée par leur prestation. C'est donc avec beaucoup de prudence que je suis allé voir ce qu'il en était réellement. Première constatation, le groupe semble détendu. Il s'agit du dernier concert de ce périple destiné à promotionner leur album, « People are like seasons ». Et en montant sur les planches, Robin Proper Sheppard se rend compte qu'un nombre important de Belges a fait le déplacement. Et leur demande de lever la main. Il a raison… Le set s'ouvre sur un ton semi acoustique, countryfiant (bottleneck oblige !) ; puis le climat s'électrifie progressivement épinglant une version particulièrement réussie d'« Every day » et une de « The see », découpée dans les guitares bringuebalantes. Tout est bien mis en place, mais c'est la prestation du drummer qui, au fil du set, va impressionner. Son style chatoyant, chaloupé, mais bigrement efficace, canalise la prestation du groupe. Et sous le flux d'électricité maintient parfaitement le navire à flots. Après un bref retour acoustique en rappel, Sophia va achever sa prestation par un rock'n roll particulièrement enlevé et un « River song » au cours duquel cette électricité se mue en intensité blanche. Et pour cause, Robin et le claviériste ont alors respectivement troqué leur sèche et leur clavier pour une gratte bien électrifiée. De quoi se délecter d'une bonne dose de décibels, comme à l'époque d'un certain God Machine…

Il était très tard lorsqu’Under Byen s'est mis à jouer. Et pour cause, il devait d'abord régler les balances. Et lorsqu'un line up se compose de huit musiciens, il y a du boulot. En l'occurrence deux drummers (dont une percussionniste), un claviériste/pianiste, une pianiste, une bassiste, un violoniste, une violoncelliste et une chanteuse. Dont la voix me rappelle Björk, sans les inflexions énervées et furieuses. Une formation qui mélange allègrement pop, folk, jazz, classique et électronique, dans un univers trip hop brumeux, empreint de mystère, qui aurait pu naître d'une rencontre hypothétique entre Sigur Ros et Portishead. Les problèmes de mixage rencontrés au cours de ce set n'ont pas empêché d'entrevoir l'émergence d'un groupe fort intéressant. Mais je dois avouer que j'étais beaucoup trop fatigué pour pouvoir réellement apprécier leur musique. Ainsi, après une bonne demi-heure, je me suis éclipsé. A revoir dans d'autres circonstances : mais à suivre de très près…

 

Vincent Venet

La super forme...

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Yves Ghiot est issu de la région de Tournai. Un tout jeune auteur/compositeur/chanteur/guitariste qui manie la langue de Molière avec beaucoup de verve. Que ce soit à travers les textes poétiques, parfois polissons, de ses chansons que de la manière très humoristique de les présenter. Nul doute qu'il doit beaucoup apprécier Brassens et Léo Ferré. Un petit bijou à l'état brut qui ne demande qu'à être poli. Ce grand timide manque d'assurance sur scène, donc forcément de présence. On s'en rend d'ailleurs compte, lorsqu'il abandonne sa six cordes, ne sachant plus que faire de ses mains. Mais cet aspect de la théâtralisation se travaille. Cet artiste a du talent. Il sait donc ce qui lui reste à faire. Pour la circonstance, Yves s'était entouré d'un trio. C'était la deuxième expérience de ce type. En l'occurrence un certain Thomas à la basse, Wilfart à la guitare et Benoît Chantry à la batterie (NDR : désolé, je n'ai pas retenu tous les prénoms !). Excellents par ailleurs. Mais pensez donc, en les présentant, Yves n'est pas passé à côté du jeu de mots. Un Benoît qui s'assied derrière le piano pour accompagner Yves lors d'une des plus belles et poignantes chansons de son répertoire. L'autre grand moment, « On a volé ma cravate », trempant dans un blues rock que n'aurait pas renié Fred Lani. A suivre, et même de très près…

Dîne à Quatre constitue le nouveau projet de Guillaume Ledent. Au sein de son nouveau line up figure un percussionniste, une flûtiste et une violoniste. Guillaume se réservant la guitare, le piano et le chant. Ces excellents instrumentistes vont malheureusement, tout au long de leur set, oublier qu'ils jouent au sein d'un groupe. Individuellement leur performance est parfaite. Collectivement, elle suscite rapidement l'ennui. Avant de pourvoir dîner à quatre, il y a donc encore beaucoup de pain sur la planche…

Il ne restait plus qu'une grosse centaine de personnes pour assister à la prestation de Vincent Venet. Et je dois avouer que j'étais fort curieux et surtout sceptique de voir comment il allait se débrouiller en 'live'. D'autant plus que son premier elpee, « 70cl », m'avait laissé mi-figue mi-raisin. Et bien, il faut avouer que je me suis royalement planté. Car ce soir, Vincent Venet et ses musiciens nous en ont mis plein la vue et les oreilles. Depuis la présentation originale de chaque musicien, avant le concert proprement dit, jusqu'au second rappel électro-gothique, au cours duquel la scène s'est transformée en piste de danse. Depuis « Boomerang » à  l'étonnante reprise-traduction d'« Enjoy the silence » de Depeche Mode, en passant par l'inévitable digression sur l'amour et le chewing-gum « Les amants de la chlorophylle », dans une version incisive, très électrique, réminiscente d'Indochine, au cours de laquelle, il vient rejoindre le public le micro à la main, la cover de M, « Le complexe du corn flakes », mise à la sauce funk blanc (Gang of Four ?) et un inédit, « La petite sorcière malade ». Un set hanté tour à tour par les spectres de Daho, Murat et Berger. Une guitare dont les tonalités empruntent régulièrement à la new wave du début des eighties (And Also The Trees, Chameleons, U2). Mais surtout un Venet en super forme, très complice avec le public, parlant même quelques mots en picard ; et qui surtout face à une salle à moitié vide est parvenu à tirer son épingle du jeu. Car si la salle avait été comble, il aurait mis le feu ce soir, c'est une certitude ! Selon la formule consacrée, les absents ont eu tort !

 

Jeffrey Lewis

Une bonne surprise...

Après de longs et pénibles détours pour trouver la salle, toujours aussi profondément enfouie dans le fin fond du Nord de la France, quelle joie d'apprendre qu'en première partie de Cocorosie et de Devendra Banhart jouait notre vieil ami Jeffrey Lewis ! Pour rappel : l'antifolk, les comics, tout le bazar, en direct de New York, bref un bon petit apéro à cette soirée placée sous le signe du folk hybride et déjanté, tendance Incredible String Band et Linda Perhacs. Il y a du monde au bar, mais Jeffrey et son frère n'en ont cure : ils balancent la sauce et parviennent même à séduire un public pas conquis d'avance (rappel : nous sommes en France – c'est tellement vrai que ça rime, ndr). Grâce à son bagout post-pubère et sa coupe de cheveux complètement ridicule, Jeffrey le bienheureux nous aura rappelé qu'il ne faut ni savoir chanter ni savoir jouer pour donner des concerts (et des bons, en plus). Poète beatnik au verbe acidulé mais drôle (Réf. : Chester Brown, Joe Matt, loosers magnifiques de la BD nord-américaine), Jeffrey Lewis était présent ce soir par surprise, et c'était plutôt une bonne nouvelle.

Mais déjà les sœurs Sourire du revival psyché-folk débarquent avec leurs camions jouets et leur beatbox humaine, un black francophile ayant la triste tendance à parodier MC Solaar, lui-même étant déjà une belle grosse blague (même pas belge, en plus). Mais dès que les sœurs Coco et Rosie (à moins que ce ne soit le contraire ?) commencent à chanter, là c'est le bonheur. Nous sommes dans la Maison de Leur Rêve, à prendre le thé avec une jouvencelle en robe XIXe. Elle nous sourit de sa bouche féline, et entame son chant de sirène : charmés dès les premières roucoulades veloutées qui se glissent en travers de ses lèvres, nous ne pouvons que lui demander encore un peu, euh… oui…, de cet aphrodisiaque sucré. Heureux en amour, malheureux au jeu ? Il en vaut pourtant la chandelle. Et dans cette ambiance on se croirait au grenier, à fricoter sous les bougies, dans le silence interdit d'un rendez-vous coquin. Au début la belle se veut chaste, n'osant murmurer à nos oreilles qu'un souffle léger à faire frémir notre braguette, mais très vite elle se détend, tandis que l'autre, manque d'exploser sous la pression. C'est dans un râle de plaisir que cette histoire aurait dû se conclure. Des gens tapent des mains, à la porte de la Maison : notre union se consume, il est temps de rallumer.

Et d'aller chercher une bière, pour se rafraîchir les idées. Le temps qu'il faut à Coco et Rosie de remballer leur bric-à-brac, pour laisser la place au génie folk de ce siècle nouveau, « the revelation of the year », le gentil gourou du finger picking au poil pachydermique, la réincarnation en éphèbe tatoué de Vashti Bunyan, le plus beau spécimen de 'music freak' en captivité sur cette planète : Devendra Banhart. Fort de deux albums magnifiques sortis en l'espace de six mois (« Rejoicing in the Hands » - album de l'année - et « Nino Rojo »), Devendra Banhart peut se targuer aujourd'hui, chers terriens, d'être l'élu envoyé par le Saint Verbe Acoustique pour nous sauver de la perdition et de la surdité marketée. Ouvrons les yeux, et surtout les oreilles : ce type au look de bédouin white trash shooté à la lavande pourrait bien être notre salut, notre épée de Damoclès face à la médiocrité qui nous assaille tous les jours sur la bande FM. Et comme un beau Jésus, Banhart a invité ses apôtres. Des types aussi barbus que lui (du groupe Vetiver), parce que c'est dans la barbe que crèchent la force et la jeunesse (écouter « This Beard », et pleurer). Sauf que les apôtres parfois se mettent à déconner (rappelez-vous les trois cris du coq – comme chez Coco Rosie d'ailleurs), et c'est Jésus qui trinque. En bref on avait adoré Devendra Banhart en solo ('Mirage au Pukkelpop : des individus en short baggy couverts de boue affirment avoir vu le Christ'), mais entouré d'une bande de saoulards qui auraient bu tout le pinard à la messe, notre sauveur aura bien eu du mal cette fois à prêcher sa bonne parole. Imaginez La Compagnie Créole reprenant Bob Dylan entre deux culs secs au vin rouge (qui a crié 'Judas !' ?) : l'hostie, tout de suite, reste en travers de la gorge. Evidemment, quand en plus c'était - semblait-il - la dernière date de la tournée européenne de Devendra Banhart, on pouvait s'attendre comme de coutume à de longues jams entre musiciens défoncés jusqu'à l'os. A la fin, donc, c'était la fête sur Cène (avec Jeffrey, Coco, Rosie et tout le cirque), mais moins dans la salle : qui aura vraiment tenu jusqu'au bout ? Les derniers seront-ils toujours les premiers ? Qui a lancé la première pierre ? Sans doute que cette soirée restera pour beaucoup un mystère. 

 

Enhancer

En osmose avec son public...

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Vegastar?? Ce nom ne vous dit probablement rien ; mais suite à leur prestation accomplie ce soir, ils semblent promis à un bel avenir. Ainsi vous avez écumé le rayon métal/pop/rock de la Fnac et vous n'avez rien trouvé?? Normal. Ils n'ont qu'un EP 5 titres à leur actif. Et c'est là que leur talent prend toute son ampleur. Pour un si jeune groupe, ils affichent une maturité extraordinaire. Leur fusion, qui lorgne plus vers le rock que vers le rap, surprend par sa fraîcheur et ses mélodies.

Venons en à Enhancer. Ils ont livré le concert parfait. Pourtant, et je l'avoue, je ne suis pas une érudite de ce style musical. Mais pour la circonstance, on a eu droit à la totale. A de l'énergie. Principalement. Et ça fait du bien. A de la fougue. A de la hargne aussi. Leurs compositions sont extrêmement péchues. Ils sont 8 sur scène. 3 chanteurs (David, Bill et Tony), 2 guitaristes (Fred et Matthieu), un bassiste (Marc), un batteur (John) et un DJ. Et aussi le public, qu'ils laissent allègrement les saluer au détour d'un stage diving. Enhancer est littéralement porté par son public et a besoin de lui pour montrer la pleine mesure de son talent. Un exemple? Fabuleux, alors... A l'image de ce chanteur qui grimpe au balcon d'un Bota enflammé, exhorte ses fans à s'amonceler en dessous de lui… avant de faire un sublime saut de l'ange. Oui, il l'a fait. Un autre exemple?? Je vous préviens, il y en a encore quelques uns, malgré la brièveté du moment. David nous demande de nous asseoir pour pouvoir se reposer un peu avant d'attaquer les derniers morceaux. Entonne une chanson douce. Se promène dans la foule, et s'assied auprès d'un ado pour achever l'interprétation du morceau. Et un dernier vrai beau moment qui m'a rappelé d'où on vient et pourquoi on est là, ce soir. Pour les profanes, Nolwenn de la starac jouait à Forest au même moment. Le groupe nous demande de faire du bruit pour elle. Alors que le public crie, David nous demande de la huer. Car c'est Rock And Roll. Comme eux. Ils nous reviendront le 8 mai à Durbuy