Fence n’en a rien à foutre…

Le combo rock limbourgeois Fence sortira son nouvel album, « Nobody Gives A Fuck », le 16 octobre 2026. Un titre qui laisse peu de place à l'imagination, quoique... Propulsés par un nouveau batteur, Wim Coppers, installé derrière les fûts, les musiciens de…

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Aidan Moffat (Arab Strap) en featuring sur le nouveau single de ĠENN

ĠENN dévoile aujourd'hui « Jaguar Sun », un nouveau single en collaboration avec Aidan Moffat d’Arab Strap. Le titre sort au format digital ainsi qu'en 12’’ sur le label Rock Action Records, fondé par Mogwai, et accompagne l’annonce d’une tournée européenne…

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Dour festival 2007 : samedi 14 juillet

C’est un pur plaisir d’entamer la soirée dans l’ambiance soul-funk de Nicole Willis et son backing-band The Soul Investigators, des Finlandais funkysants rencontrés dans la patrie de son compagnon Jimi Tenor. Vêtue d’une robe bain de soleil, la peau dorée et envahie par une agitation sensuelle, la diva est irrésistible. Sa voix chaleureuse aux teintes Aretha Franklin glisse fluidement sur les rythmiques efficaces et maîtrisées des Soul Investigators. Dans la lignée des Meters, les instruments à cordes ont des accents sixties, les percussions sont chaloupées, et les instruments à vent (saxophone, trombone, trompette, flute) respirent un blues ensoleillé. Délicieusement anachronique, ce son nous transporte à l’âge d’or de la ‘motown’. Dour a créé la pyramide à remonter le temps, et on l’en remercie de toutes nos oreilles. On y comprend aussi pourquoi Gilles Peterson fait de « Keep Reachin’Up » son album de l’année, tandis que Ninja Tune et le New Musical Express couvre ce troisième opus de louanges. Non, la soul n’est pas révolue.

Ecouter les Two Gallants, c’est aussi pénétrer dans un autre espace-temps. Une guitare et une batterie suffisent aux deux compères de San Francisco pour se créer un univers bien à eux. Le soleil au zénith, la terre craquelée et rocailleuse ; au loin résonne un harmonica vagabond. Mais il en faut peu pour que le ciel se couvre, et que la ballade ébauchée explose d’un coup en riffs orageux. Car c’est là toute la spécialité des Two Gallants : acheminer le caractère brut et roots du folk en nervosité punk ultra contemporaine. Contrairement à leur tournée acoustique (succédant à l’E.P. « The scenery of farewell »), ils ont retrouvé ici leur rage électrique. Leur ‘pulk’ - pour reprendre la contraction de punk et folk qui les hérisse tant depuis que, soustraite d’une plaisanterie en interview, les journalistes en usent et abusent à souhait. Et cette émotion fiévreuse n’est pas hasardeuse. Elle est le ton qui convient pour décrire une Californie érodée par l’oisiveté, l’alcool et la déchéance. L’horizon n’est ni radieux ni désespéré, ce qui rend profondément cohérent leur son à la fois sensible et écorché.

A la tombée de la nuit, la fièvre du samedi soir retombe légèrement ; la programmation est mitigée jusqu’à l’heure de la métamorphose en citrouille. Minuit sonne, et les loups sortent enfin hurler à la lune. Hurlements intériorisés d’abord travers l’électronica déconstruite d’Autechre. Comme d’habitude, le public est plongé dans l’obscurité. Les curieux de passage en viennent à se demander si le concert a déjà commencé. Les autres sont déjà loin ; entraînés par un beat syncopé qui restera en apparence identique du début à la fin. Mais dans les tréfonds de la conscience, tel un kaléidoscope, il se fait, se défait, s’allonge, s’écaille, se dédouble pour finir par exploser en miettes dans un cerveau habité. Une fois encore, et fidèle à sa réputation scénique, le fier disciple du label Warp ne cherchera pas le consensus, encore moins la conciliation. Contrairement à leur set exceptionnellement accessible du Reset festival (mars 2007), Autechre a préféré ici exhiber ses formes sans complexes ; à travers des reliefs parfois ingrats, d’incessants décalages sonores et des rythmes scandés à l’infini. Et si un live est rarement idéal pour découvrir sans initiation les étranges robots d’Autechre, des milliers d’yeux brillent néanmoins dans l’obscurité, fixes, profondément captivés par ce son ultra-expérimental en quête incessante du choc sonore. Niché au creux d’un savant calcul mathématique, leur son alimente ainsi une électro en mode free-jazz, profondément introspective. Autechre se vit en transe, ou ne se vit pas.

Aussi instantanément que s’évanouit l’univers tortueux et fascinant d’Autechre, s’élèvent les beats jouissifs de Justice. Les deux Dj puisent immédiatement dans leur registre  incontournable pour être sûr de saisir tout le public d’un coup de main. Mais pas de maître. On aurait pu faire plus en finesse, mais il est 2h, la soirée a mis du temps à démarrer, alors on se plonge dedans jusqu’au cou, sans réfléchir. On passe juste l’inévitable moment karaoké quand surgit l'hymne tant attendu « You are my friend, you’ll never be alone again ». Come on! Impossible d’échapper au remix de Simian, mais puisque l’ambiance est à son comble… Et profondément communicative vu la proximité des corps. On respire l’air et l’enthousiasme du voisin. Dans cette mare humaine, les réserves et snobismes tombent. Ca fait boumtchak, ça prend, ça ravit. Ca flirte entre la house et le disco, l'électro et le funk. Si on n'y a pas spécialement vu ‘se tenir dans la main les gothiques et les fluo kids’ (comme le promettait le dossier de presse), il faut avouer qu'ils font consensus, crête rose ou pas. Plus de raison de cacher sa joie face au jeune duo anglais qui comble 10 000 personnes de son terrible "Let There Be Light" et son incontournable "D.A.N.C.E.". ; qui remixe autant pour Britney Spears que pour Soulwax, Franz Ferdinand et Daft Punk ; qui remplit le Recyclart, gonfle le Botanique et fait littéralement exploser la Red Frequency à Dour. Respect.

Pas le temps d’oser se montrer exténués, car Vitalic prend la relève sur le même ton. On ne boudera pas son plaisir, sous prétexte que le Français est prévisible et que les mixes ne sont pas toujours impeccables. Dans le brasier, on n'y voit que du feu. Car il pleut des tubes. Et c’est parfaitement jouissif de se laisser transporter par la techno confortable de Pascal Arbez et ses laptops. Surtout sur "Poney part 1","La rock 1" ou "My friend Dario", où la foule en sueur atteint l'extase. Ca danse et ça transpire aussi des sourires. Tout « Ok Cowboy » y passera, et c’est tant mieux pour retrouver ses repères. Judicieux pour un troisième jour de festival, où les oreilles ont déjà goûté aux expériences sonores les plus incongrues, aux visions les plus invraisemblables (merci le coup du parapluie entre les fesses). Vitalic ajuste les esprits dispersés et, de son électronique fédératrice, convainc une fois de plus un public en furie.

Pour ceux qui, de cette électro souriante, avaient conservé l’esprit bon enfant, autant dire sans détour qu’ils le perdront instantanément à l’écoute d’Otto Von Shirach. A mille lieues de la niaiserie candide, l’Américain dispose de tous les instruments de torture pour transformer un set en monstruosité sonore. Mais jamais la folie n’avait été d’aussi bonne facture. Signé sur l’excellent label de Mike Patton (Fantomas, Mister Bungle, etc), Jack l’éventreur ne découpe pas les petits enfants au marteau-piqueur, mais opère un dépeçage soigneux et sélectif de bons morceaux, baignant dans la coupe nette breakcore, la sueur hardcore et le goût du metal. Jamais horreur n’avait été aussi proprement perpétrée, aussi savamment maîtrisée. Pour y parvenir, le possédé viole une guitare électrique, scalpe un punk, égorge un laptop, et fout une grosse fessée à tous ceux qui n’ont pas encore pris assez de psychotropes. Parce qu’il en faut, et en quantité, pour apprécier le meurtre collectif qui, contre toute apparence, est aussi un vrai coup de génie.

C.P.

 

Et qu’ont retenu Sébastien et Bernard de cette journée ?

Tout fan de Fugazi qui se respecte ne peut manquer, sous aucun prétexte, Joe Lally. Si le bassiste reste habituellement en retrait de son groupe, Guy Picciotto et Ian McKaye se partagent le devant de la scène. Mais aujourd’hui, son aisance étonne. Après l’intro a capella, les choses sérieuses commencent. Si la technique de basse est reconnaissable entre mille, le duo guitare-batterie demeure plutôt discret. Par contre un surprenant saxophoniste apporte une touche jazz-rock à la cover de « Morphine ». Les nostalgiques du groupe trop tôt disparu, victime du décès inopiné de Mark Sandman, retrouvaient ainsi ce savant mélange de basse et de saxo.

A l’instar de Sick Of It All la veille, Walls of Jericho est parvenu à faire vibrer l’Eastpak tent, tel un château moyenâgeux pris d’assaut par des barbares remontés. Il faut bien dire (et écrire) que le Borinage regorge ( ?!?!?) de groupes hardcore et autres aficionados du style. Si la chanteuse Candace Kucsulain rappelle Shirley Manson pour son dynamisme et son physique (les tatouages en plus), elle possède nettement moins de finesse, et sa voix sonne comme un bûcheron québécois à l’ouvrage. Quoiqu’il en soit, l’énergie est au rendez-vous, et l’on se demande comment le chapiteau tient encore en place alors que la moitié du public s’agite comme des possédés. Les ‘circle pits’ s’étendent d’ailleurs bien au-delà de la table de mixage !

Et cela ne s’arrange pas vraiment lors de la prestation de Punish Yourself. Les Français évoluent dans un registre davantage métal-indus. Leur public est conquis d’avance, et ceux qui ne les connaissent pas sont rapidement impressionnés par leur show toujours aussi sensuel, coloré et énergique.

Michael Gira a dû se demander ce qu’il avait fait au bon Dieu pour jouer devant 200 personnes. Au sein du mythique Swans, formation qui s’est séparée en 1997, il s’est produit régulièrement devant des milliers et parfois même des dizaines de milliers de spectateurs. Son nouveau groupe, Angels of Light, évolue dans la zone crépusculaire de l’underground. Mais en solo, il semble prêcher dans le désert. Et pourtant, c’est lui qui a découvert Devendra Banhart. Alors, allez comprendre ? En fait, il faut croire qu’il paie aujourd’hui son attitude imbuvable vis-à-vis de la presse, attitude qu’il a entretenue jusqu’il y a dix ans. Pourtant le personnage semble avoir changé. A l’issue de son set, il vient à la rencontre du public, en profite pour vendre quelques albums mais signe aussi des autographes et taille une bavette avec quelques fans. Aurait-il changé ou aurait-il enfin un peu plus de plomb dans la tête ? A mon avis, vu sa situation, difficile de faire autrement… Mais venons-en à son concert. Un superbe chapeau blanc (de type Dallas) vissé sur la tête, il joue assis en s’accompagnant à la guitare sèche électrifiée. Une six cordes qu’il réaccorde régulièrement. Son timbre vocal est toujours aussi intense et puissant, même si parfois, on a parfois l’impression qu’il n’est pas tout à fait en phase avec la mélodie. N’empêche, ces ballades obscures, ces mélopées incantatoires et hypnotiques, ces émotions brutes et arides, vous frappent en plein cœur. Et difficile de ne pas être fasciné par cette musique à la fois belle et douloureuse… Gira se produira à plusieurs reprises en Belgique au cours des prochains mois. A mon avis, il aura alors rôdé les chansons de son nouvel opus, « We are him ». Et dans l’ambiance feutrée d’une salle, il est encore capable d’envoûter…

Le prix de la démesure sonore est revenu à Motorpsycho. Sans la moindre contestation ! Impossible de rester à proximité du podium. A moins peut-être de porter des boules Quiès et de ne pas connaître de problèmes cardiaques. A 200 mètres de la scène, le son était encore bien puissant, mais supportable. A croire que le groupe cherche à battre le record de décibels établi par un certain Grand Funk Railroad, début des seventies. C’est vrai que musicalement, le trio s’inspire de plus en plus des seventies. Quelque part entre prog, psychédélisme, métal, krautock et noisy, leurs longs morceaux sont particulièrement élaborés et jouent autant sur les climats que les tempos. Une référence ? Peut-être le chaînon maquant entre Amon Düül et Iron Butterfly ; mais chez Motorpsycho, il n’y a plus de claviériste depuis 2003. Et encore, il n’apportait sa contribution qu’en studio.

Griots & Gods feat. The Young Gods & Dälek : en voilà une idée qui n’était pas bonne. Lorsque les musiciens des Young Gods se lancent dans de longs développements atmosphériques, on prend un plaisir certain à se laisser bercer par ces envolées visionnaires ; mais lorsque Dälek vient poser sa voix de rapper, c’est la cata. Et je me suis tiré, vite fait, bien fait. Quel massacre !

Lorsqu’on évoque Notwist, on ne peut s’empêcher de parler de toute une pléiade de groupes qui gravitent autour d’eux : Console, Lali Puna, Ms John Soda, Tied & Tickled Trio, Couch, des formations ou des projets qui relèvent de ce qu’on appelle l’indietronica, soit un mélange d’indie pop et d’électro (fallait s’en douter). Là, je ne vous apprends rien, toutes les bios consacrées à la formation allemande sont sur la même longueur d’ondes. Sur disque, je dois avouer que leur création se révèle plutôt agréable mais sans grand relief. Live, leur prestation m’a plus qu’agréablement surpris. L’électronique est mise au service d’une musique particulièrement électrique, mais également mélodique. Drivés par les frères Acher, le quintet prend une toute autre dimension sur les planches, évoquant tour à tour Radiohead, House Of Love, Tool et même le Pink Floyd ; et en particulier sur une des plus longues plages interprétées ce soir, furieusement réminiscente du célèbre « Set The Controls For The Heart Of The Sun »… Et comme dirait notre rédacteur en chef néerlandophone Johan, on est vraiment curieux d’entendre leur nouvel opus…

Pour arriver sur la plaine de la Red Frequency, il a fallu près d’une demi-heure. Moralité, je n’ai pu assister qu’aux trente dernières minutes du set de Girls In Hawaii. Une foule incroyable déambulait alors sur le site ; et une grande majorité d’entre elle voulait assister à leur prestation. Il devait d’ailleurs y avoir au moins 20 000 personnes. Juste le temps d’écouter deux ou trois nouvelles chansons. Très pop, très mélodique, très studio. Et puis l’une ou l’autre issue de leur premier opus, dont l’inévitable « Flavor » en rappel. Toujours une belle et solide décharge d’adrénaline libérée dans l’esprit du célèbre « You really got me » des Kinks…

Le big problem, à l’issue de ce concert sera de sortir de la Red frequency. Certains voulaient en sortir, d’autres y entrer pour participer au show du Peuple de l’Herbe. Et pas assez de place pour laisser passer ce flux et ce reflux ressemblant de plus en plus à un goulot d’étranglement. Des impatients et des inconscients se sont mis à pousser exagérément. Et la situation a failli tourner au drame. Des spectateurs ont tout simplement failli être écrasés. Et d’autres étaient au bord de l’évanouissement. J’étais au beau milieu du jeu de quilles, et franchement je n’en menais pas large. Heureusement, dans la nuit, le chemin d’accès a été élargi de 5 mètres. Mais quelle frayeur ! Je ne parvenais même plus à situer où je me trouvais et j’ai bien mis 20 minutes avant de rejoindre la sortie… (B.D.)

S.L. & B.D.

 

Les Nuits Botanique 2007 : samedi 30 avril 2007.

La sonnette retentit vers 20h00 alors qu’on vient à peine de tremper nos lèvres dans un gobelet de mousse, et surprise : c’est Keren Ann qui déboule sur la scène du Cirque Royal, en robe H&M et tongs brésiliennes. A peine un ‘Bonjour’ plus tard et voilà les trois premiers titres emballés et pesés, « In Your Back », « The Harder Ships of the World » et « It Ain’t No Crime ». Trois morceaux tirés du nouveau disque de l’Israélienne, plus rock, moins intimistes : il semblerait que l’exil de la chanteuse en Amérique l’ait poussé à rogner un peu les angles, à limer tout particularisme. Finies les cocasseries ambient-folk à la Lady & Bird, Keren Ann joue désormais du rock country à la sauce Emmylou. « Sailor & Widow » suivi de « Nolita » nous rassurent pendant 10 minutes : le public, attentif, ose enfin lâcher un premier râle de satisfaction. Le nez dans son Fender, Albin de la Simone remplit correctement son contrat de travail, tout comme Thomas Semence (du backing band de Jean-Louis Aubert) à la guitare et (parfois) à la basse. Soupirs et bâillements dus à la position assise, et à ces nouveaux titres (« Where No Endings End », « Lay Your Head Down ») qui souffrent d’une nonchalance conservatrice. Keren Ann n’interprétera aucun de ses morceaux ‘en français dans le texte’, même si elle est à Bruxelles et non pas à New York, nouveau terrain promotionnel. Heureusement « Chelsea Burns », « Not Going Anywhere » et « Spanish Song Bird » rappelleront à notre bon souvenir que la Française d’adoption a sorti par le passé de bons petits disques. Depuis lors la roue a tourné et Keren Ann n’occupe plus le devant de la scène… D’ailleurs il est 21h00 et c’est déjà fini : comme apéro on espérait quelque chose de plus fort.

Auréolé du Prix Constantin et boosté par une presse dithyrambique, Abd Al Malik entretient une relation des plus fécondes avec la Belgique : c’est ici qu’il a eu l’idée de son premier album solo (« Gibraltar »), et c’est sûrement pour ça qu’il est si souvent dans la place. ‘Bruxelles… Je t’aime !’ seront d’ailleurs ses derniers mots à l’égard du public, debout pour l’acclamer. Entouré du jazzman Laurent De Wilde et d’autres musiciens acquis à sa cause humaniste et rebelle, le slammeur raconte ses histoires avec une belle persuasion et un sens chaloupé du groove. « Soldat de Plomb » démarre les festivités, suivi de « M’Effacer » mais sans le support vocal de Keren Ann, ‘partie rejoindre son amoureux’, dixit Abd Al Malik : dommage, l’occasion était belle et franchement attendue… En matière d’effacement la chanteuse aura prouvé une heure plus tôt qu’elle sait de quoi elle parle, mais en fin de compte peu importe : la vedette, ce soir, c’est Abd Al Malik, un type vraiment sympa. Après « 12 Septembre 2001 » notre homme se fait grave (« La Gravité »), avant de balancer un « Gibraltar » fiévreux qui emballe l’assemblée. Un hommage à Jacques Brel plus tard (« Ce grand rappeur »), Abd Al Malik entonne « Les Autres », « Céline » et « L’Alchimiste ». Le public est conquis par ce mix de jazz, de hip hop et de chanson française, même si l’on cherche des yeux les b-boys de service. ‘Vive la Belgique arc-en-ciel et débarrassée de toutes ses peurs’, lancera le jeune homme cagoulé en début de concert : en programmant sur la même scène Keren Ann, Truffaz et Malik, le Botanique a bien compris le message. Relever le défi de l’ouverture d’esprit, voilà une belle bataille à laquelle nos salles de concert devraient plus souvent se résoudre. Le Botanique l’a fait, le public a suivi : on ne pouvait rêver mieux pour le démarrage de ces Nuits.

Keren Ann + Abd Al Malik (Cirque Royal)

 

Les Nuits Botanique 2007 : samedi 5 mai. Revenge of the Nerds.

Écrit par
Soirée internationale sous le chapiteau des Nuits Botanique. D’un côté, Alex Gopher pour la France, de l’autre Just Jack pour la Grande Bretagne et, cerise sur le gâteau, The Whitest Boy Alive pour la Norvège et l’Allemagne. Et les ‘twelve points sont revenus incontestablement à ces derniers.

 En ouverture de la soirée, un Alex Gopher faiblard s’est contenté d’enchaîner essentiellement les titres de son disque éponyme. Son electro-pop n’a d’ailleurs l’air de ne produire ses effets que sur quelques rares membres de l’assistance. Même son excellent « The Child », reprise de la grande Nina Simone, a eu droit à un traitement ‘guitaristique’ des plus futiles. Une belle déception.

 Ensuite, place à Just Jack pour lequel la majorité du public était manifestement présente. Responsable d’un set quasi similaire à celui présenté au Witloof Bar quelques semaines auparavant, Jack et ses potes ont prouvé une fois de plus que lorsque l’on passe sur Pure FM et Mint, il ne faut pas grand-chose, sur scène, pour satisfaire le public…

 Apparu sur scène quelques minutes après le départ de Just Jack, Erlend Øye se fera happer presque instantanément par une horde de groupies. De quoi donner de l’espoir à tous les nerds de la planète. Après une séance de dédicaces et photos forcées (non pas que monsieur Øye ait eu l’air de s’en plaindre, au contraire), The Whitest Boy Alive au grand complet débarque sur scène et balance un set magistral introduit par « Inflation ». Entre quelques singeries et impros (« Harder Better Faster Stronger » de Daft Punk glissé entre deux titres), Erlend se montre aussi en forme qu’au festival de Dour 2006, si pas plus. Après avoir dédicacé le maladroit « Above You » à la Wallonie, la formation termine sa prestation par un remarquable « Burning », repris en chœur par quelques fans des premiers rangs. Encore un 10/10 pour le garçon le plus blanc du monde.

 Alex Gopher + Just Jack + The Whitest Boy Alive

 

Dour Festival 2007 : dimanche 15 juillet

Ce dimanche, le soleil cogne aussi dur sur la Plaine de la ‘Machine à Feu’ que les coups droits assénés par Federer sur le court central de Wimbledon, une semaine auparavant. D'ailleurs, les festivaliers semblent fatigués en début d'après-midi, cherchant le petit coin d'ombre rafraîchissant au pied des arbres ou des tentes. Résultat des courses : le public est plutôt clairsemé face aux podiums…. (S.L.)

Un coup d’œil furtif à The Van Jets, pour comprendre qu’il restera furtif à jamais, à moins d’un terrible retournement de situation. Le son saturé, les paroles désespérément criardes et les mélodies tranchantes heurtent de front nos esprits enveloppés dans la torpeur de fin de festival. Peu importe que les Ostendais se réclament de la descendance de Bowie et des Who, ou que leur album soit né du même producteur que Neil Young et Death Cab For Cutie. Leur glamrock gratuitement anguleux aux indigestes interludes hard rock ne trouvera ici que des oreilles assommées et des pensées déjà envolées vers d’autres horizons.

On s’accommodera bien mieux du reggae arrondi et conciliant de Beenie Man. Sous un ciel sans nuages, une température abrutissante, les corps ne sont plus programmés que pour de tels rythmes chaloupés de la Jamaïque. Les visages sont souriants, surtout à l’écoute de « No mama no cry », sa version personnalisée de « No woman no cry ». Fort de l’héritage de son oncle (percussionniste de Jimmy Cliff), les jambées martèlent à souhait et, presque hypnotiques, il en faut peu pour régner en maître sur un public béat, que les résistances ont depuis longtemps désertées.

Un dernier brin de lucidité pour s’émoustiller de la venue de Midlake. Sous la pyramide, on distingue aisément la poignée de visiteurs de la majorité d’admirateurs. Il suffit de sentir les remous d’excitation et les sourires ébauchés lorsque les Texans barbus entrent en scène. L’ambiance bienveillante et mélodique de leur pop seventies agit comme une enveloppe de douceur. Roscoe illumine nos pensées décharnées. Head Home séduit en profondeur. Young bride désarme littéralement. Rien n’est à jeter sur « The trials of Van Occupanther ». Midlake enfile ses morceaux comme les perles d’un collier et on n’a pas le temps d’en ressentir toute la mélancolie et la profondeur, que c’est déjà fini. Légère frustration que ce live standard pour dépeindre un album qui frise la perfection. Peut-être car les émotions nichées dans la dentelle du songwriting ne se dévoilent pas en tout temps et en tout lieu. Peut-être car la plaine désincarnée de Dour évoque difficilement l’imaginaire charmant et rustique de l’album. On aurait pu en effet rêver plus en finesse pour faire honneur à la révélation 2006. En même temps, aussi instantanément que s’évanouit le mirage, surgit l’envie pressante de retrouver son doux foyer, plonger dans un fauteuil et se fondre sans réserves, cette fois, dans la féerie de « The trials of Van Occupanther ».

C.P

 

Et qu’ont retenu Sébastien et Bernard de cette journée ?

Les Tournaisiens de Skarbone 14 sont en nage sous la Eastpak tent. Il faut dire que la température doit bien avoisiner les 30 degrés et que ce chapiteau ne bénéficie pas d’une aération idéale. Qu’importe, leur fidèle public hennuyer, auquel s’est ajouté de nombreux flamands qui les découvrent, se laisse entraîner dans l’une ou l’autre farandole.

Et l’on s’attarde au rayon ska en compagnie Tokyo Ska Paradise, quoique le groupe y ajoute une touche nettement jazzyfiante. Ce collectif japonais sera sans doute le premier à déplacer autant de monde ce dimanche. Vêtus de costards d’un blanc éclatant, ils ne passent évidemment pas inaperçus. Leur set est bien rythmé, et l’on ne tombe jamais dans la lassitude comme c’est parfois le cas chez d’autres ensembles du style. Il faut dire qu’en bénéficiant d’un line up d’une dizaine de musiciens, difficile de laisser l’un ou l’autre temps mort. Une section de cuivres (trompette, trombone, saxo,…) est alignée comme à la belle époque des sixties. Et l’harmonie est parfaite. Parfois la solution sonore dérape dans le rythm’n’blues. Pourtant nous ne sommes pas en présence d’un band issu de la Nouvelle-Orléans mais bien asiatique. A la mine sympathique, en plus ! Et rien que le contraste établi entre leur musique, leur look et leur couleur de peau vaut le détour. Après un premier passage remarqué en 2005 sur la même scène, on les reverrait avec plaisir l’an prochain ; histoire de respecter l’adage : jamais 2 sans 3.

Bref crochet via la Petite Maison dans la prairie où se produisent les Thermals. Un trio issu de l’Oregon. De Portland, très exactement (comme les Dandy Warhols), mais qui pratique un punk pop sauvage et énergique. Hutch Harrison, le chanteur/guitariste, possède un superbe timbre vocal. Redoutable, profond, proche de Peter Murphy. Et la bassiste, Kathy Foster, petite pile électrique, également responsable des backing vocals, tisse des lignes de basse particulièrement toniques. Malheureusement, si les compos sont assez brèves, elles se suivent et se ressemblent. Et un sentiment de lassitude vous envahit après un bon quart d’heure. Il est donc préférable, à cet instant, de s’éclipser…

Grosse surprise pour 65daysofstatic : là où l’on s’attendait à de longues textures atmosphériques proches de Mogwai, leur post-rock dégage une énergie formidable, à la fois libérée et maîtrisée où se mêle sonique et électronique. Une musique primale, mais ni simple ou organique. L’univers sonore de ce quatuor britannique est une porte large ouverte à l’imaginaire. Un univers presque post industriel tour à tour construit et déconstruit traversé par des compos intenses, élaborées, suscitant dans votre esprit des images tantôt belles, malveillantes ou même violentes…

De larges sourires illuminent les visages des musiciens composant les 1990s. Ces Ecossais ont l’air heureux de se produire sur la Last Arena. Responsable d’un premier album début de cette année, le trio joue une power pop mélodique, contagieuse et allègre, comme les Franz Ferdinand. Ce qui n’est pas surprenant, quand on sait qu’Alex Kapranos et Paul Thomson ont sévi chez Yummy Fur, au même titre que le bassiste Jamie McMorrow et le chanteur/guitariste Jackie McKeown, aujourd’hui impliqués chez les 1990s. Un McKeown qui aurait pu (physiquement) être le petit frère de Jane Birkin ! Leur set est sympa, bien fait, mais pour l’originalité, faudra repasser…

Les Ogres de Barback réunissent 4 frères et sœurs (des jumelles, en plus) : la famille Burguière ! Des multi-instrumentistes qui se partagent accordéon, guitare, violoncelle, piano, percussions, épinette des Vosges et une multitude de cuivres dont la trompette, le trombone à coulisse et le tuba. Ils sont manifestement influencés par les grands auteurs de la chanson française et tout particulièrement son cabaret, mais également par les fanfares des pays de l’est (Emir Kusturica, en tête) et puis par le punk rock latino de La Mano Negra. Des tas d’échafaudages, parfois amovibles, permettent aux musiciens de multiplier les situations aussi bien insolites que burlesques (le vélo à percussions !) Et comme chaque membre du groupe est aussi bon instrumentiste que show(wo)man, on ne s’ennuie jamais tout au long d’un spectacle que je vous invite à aller applaudir, dès que vous en aurez l’occasion : vous en aurez plein la vue…

Philippe Katerine avait privilégié l’esprit rock voire punk lors de sa précédente tournée. " Robots après tout ", son nouvel opus, semble marquer un tournant davantage kitsch et électro... Une impression confirmée par son show accordé sur la Red Frequency Stage, au cours duquel il a préféré mettre en exergue des majorettes plus ou moins sexy (nos ‘Vedettes’ belges ont bien failli représenter la France à l'Eurovision. Elles auraient même défendu l’Hexagone en interprétant une chanson écrite par… Katerine) plutôt que de Little Rabbits. Pourtant, j’éprouve d’énormes difficultés à apprécier le spectacle à sa juste valeur. Est-ce parce que le festival touche à sa fin ? Que la fatigue commence à m’envahir ? Est-ce la conséquence d’avoir couru pendant 4 jours d’un podium à l'autre tout en respectant les consignes imposées aux photographes ? Soit dit en passant, des consignes qui diffèrent d'une scène à l'autre ou d'un concert à l'autre. Pourtant, au départ, elles ont été briefées au stand presse. En ce qui concerne ce show, suivant les directives prévues, nous arrivons en front stage avant l’heure prévue. Mais nous devons rebrousser chemin, car de nouvelles dispositions ont été décrétées ; en l’occurrence, l’autorisation de prendre des clichés après seulement 22h30, soit plutôt en fin de parcours… Et quand on coince un tel concert entre 65daysofstatic et Wilco dans le programme, difficile de se plonger dans l'univers déjanté de Katerine. Tout au plus apprécie-t-on le visuel scénique et en particulier l’armada de majorettes qui passent en revue toute leur garde-robe, tenues de mariées y compris. Katerine laisse rapidement tomber la chemise. Et torse nu, il arbore fièrement son torse velu... Il se confie en anecdotes et s’autorise de multiples délires ; mais sans vraiment donner l'impression d'improviser, clôturant par un « Je vous emmerde » et bien entendu « Louxor ». Je laisserais donc à Katerine la palme de la chanson française décalée et déjantée de cette édition de Dour, même si dans le style j’ai davantage apprécié Didier Super, lors d'une édition précédente de Dour, un Super qui manie beaucoup mieux l'improvisation et l'humour cynique.

Après avoir commis un album de folk blues (« Howl »), le Black Rebel Motorcycle Club en est donc revenu à son garage rock ténébreux semi noisy/semi psychédélique directement inspiré par Jesus & Mary Chain, sur son dernier opus (« Baby 81 »). Sur scène le trio californien est parfois rejoint par un quatrième larron qui apporte son concours aux claviers ou à la rythmique. Sans quoi, Peter Hayes, Robert Levon Been et Nick Jago nous ont proposé, tout au long de leur set, des compos extraites de leurs trois elpees  classiques (« B.R.M.C », « Take Them On, On Your Own » et bien sûr le tout dernier). Ils entament cependant les hostilités par « Love burns », la plage qui ouvre l’opus éponyme. Basse palpitante, drums implacables, vocaux nonchalants ainsi que riffs de guitares torturés et bourdonnants entretiennent un climat proche de l’envoûtement. Un concert vraiment chouette auquel la plupart des spectateurs ont réagi par la plus grande indifférence. Manifestement les cerveaux sont saturés… (Setlist : “Love Burns” – “Berlin” – “Stop” – “Spread your love” – “Took out a loan” – “Ain’t no easy way” – “Weapon of choice” – Punk song – “666” – “US Governement” – “Six barrel shotgun” – “All you do is talk”)

Et pour votre serviteur, le festival s’est achevé par Wilco, dont le dernier album, « Sky blue sky », est paru, il y a quelque semaines. Un disque qui baigne dans une quiétude country/folk/rock assez classique ; à la limite réminiscente du Band. Par contre, sur les planches, c’est une toute autre histoire. Les premiers morceaux reflètent parfaitement ce climat de sérénité propre à l’americana dite classique. Mais au fil des plages, l’électricité prend de plus en plus de place. Et balayé par un light show aux teintes dominées par le jaune et l’orange, leur solution sonore s’enfonce de plus en plus dans le psychédélisme. Les ballades de Jeff Tweedy prennent alors une toute autre dimension. Trop longtemps contenus, les drums de Glenn Kotche ne tiennent plus en place. D’une précision chirurgicale au début, les interventions du guitariste, Nels Cline, s’émancipent et s’aventurent dans de savoureux dérapages contrôlés. Et le reste de la formation se met au diapason. Tweedy peut alors poser son timbre vocal déchirant sur ces mélodies empreintes d’une grande passion tout en dessinant ses propres arabesques sur sa six cordes. D’ailleurs, le final « Spiders » constitue à cet égard une véritable apothéose. Onze minutes dignes du meilleur Neil Young flanqué de son Crazy Horse. Quand Wilco revient-il chez nous ? (Setlist : “Shot in the arm” – “Side with the Seeds” – “You are my face” – “I Am Trying To Break Your Heart” – “Handshake drugs” – “Impossible Germany” – “Via Chicago” – “War on  war” – “Jesus Etc” – “Walken” – “I’m the man who loves you”– “Spiders”)

S.L. & B.D.

 

 

 

 

Festival Les Inrocks 2007 : vendredi 9 novembre

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La vingtième édition du festival des Inrocks passait donc par Lille ces 9 et 10 novembre. Comme d’hab’ me direz-vous. Ben non, puisque l’an dernier elle s’étalait sur quatre jours et impliquait également la Maison des folies de Wazemmes. Gros embouteillage sur Lille en soirée ; ce qui explique sans doute pourquoi, lors de l’ouverture des hostilités, à 19h30, le public était plus que clairsemé. Et que votre serviteur est arrivé un bon quart d’heure en retard. Mais si la salle se remplira au fil du temps, il faut reconnaître qu’il n’y a jamais eu la grande foule pour applaudir les quatre groupes programmés ce soir (New Young Pony Club, Yelle, Jack Peñate et The Go Team !), à l’Aéronef.

Le set de New Young Pony Club est déjà commencé depuis 15 bonnes minutes, lorsque je rejoins un parterre de spectateurs plus que clairsemé. La formation londonienne semble ne guère se soucier de cette situation et manifeste un enthousiasme qui fait plaisir à voir et à entendre. Un quintet réunissant trois filles et deux garçons. Une chanteuse de petite taille habillée de rose bonbon (Tahita Bulmer), une claviériste dont les sonorités ‘vintage’ semblent avoir été empruntées aux B52’s et une drummeuse qui a la pêche. La basse (tenue par Igor Volk, elle dessine des lignes ténébreuses, probablement inspirées de Peter Hook) et la guitare -souvent funkysante- sont dévolues aux mecs. Musicalement, leur expression sonore oscille entre le punk funk et la ‘new rave’. Des références ? Les B52’s (je l’ai signalé ci-dessus,) Talking Heads, Blondie et Salt’n Pepa. Hormis un petit problème de basse, plus du tout en harmonie avec la mélodie en fin de parcours, le NYPC peut être crédité d’une prestation ensoleillée, pétillante et très excitante. A revoir, c’est une certitude…

De son véritable nom Julie Budet, Yelle est française. Elle est née à Saint-Brieuc en Côtes-d'Armor, et a été découverte par le biais de MySpace. Pour ce set, elle est accompagnée d’un drummer et d’un programmateur/bidouilleur/claviériste. Ils sont vêtus de vêtements identiques. Et notamment de chemises sur lesquelles sont reproduits des dessins d’os. Yelle joue la carte de la féminité décomplexée. C’est ce qu’elle déclare. Mais franchement, manifester cet engagement sur ce type d’électro basique est totalement ridicule. Je me suis même demandé si on n’avait pas transféré le Club Dorothée à la ‘Bush’ d’Esquelmes (NDR : si vous ne connaissez pas, c’est que nous ne sortez jamais en boîte). Oser comparer ce groupe de bal à Lio ou à Air serait même faire injure à ces derniers. En plus, je n’ai jamais trop aimé les chansons d’Alain Chamfort. Alors pensez, une reprise d’« A cause des garçons » dans la set list… D’autant plus que, comble de l’infantilisation, le trio nous a offert en finale, une démonstration de langage des signes. Mais on n’a rien compris…

Franchement, en le voyant accoutré ainsi, on pourrait imaginer que Jack Peñate est un Yankee issu de l’Amérique profonde. Imaginez un type plutôt trapu portant une casquette de base-ball et une chemise à carreaux. Un article de presse insulaire le comparait même à un pasteur branché. Pourtant, c’est un Londonien de descendance britannique et espagnole. Deux musiciens l’accompagnent sur les planches : le drummer Alex Robins, placé à la gauche de la scène et le bassiste Joel Porter. Et dès le premier morceau, « Spit at stars », auquel il joint l’expectoration à la parole, Peñate entame une danse aussi excentrique que spasmodique. Un titre imprimé sur une sorte de tempo skiffle. Il ne l’interrompra que lors de l’interprétation d’un titre un peu plus lent, intitulé « Run for your life ». Jack sourit constamment, comme si un rictus était figé sur son faciès. Il s’adresse au public entre les chansons et semble heureux d’être là, alignant les « Second, minute or hour », « Torn on the platform » ou encore la cover de « Dub be good to me » du Beats International, pour le plus grand plaisir de l’audience enchantée d’une telle prestation. Swing, rockabilly, groove et funk blanc semblent faire bon ménage au sein du trio qui me rappelle quand même parfois Orange Juice (NDR : oui, oui, celui d’Edwyn Collins), surtout dans l’approche la plus postcard de ses compos.

The Go ! Team s’était déjà produit dans le cadre du festival des Inrocks. En 2005. A cette époque, Nicolas avait beaucoup apprécié. Moi pas. C’est donc avec beaucoup de méfiance, que j’ai assisté à leur retour sur les planches de l’Aéronef. Le groupe se présente toujours sous la forme d’un sextet. Mais avec deux batteurs. Enfin un drummer et une drummeuse. Tout un petit monde, dont trois anglo-japonaises, qui se partage une foule d’instruments : les guitares, le banjo, la basse, les claviers, le mélodica, la flûte, l’harmonica, les samplers et bien sûr les drums. Même la chanteuse attitrée, Ninja, siège parfois derrière les fûts. C’est d’ailleurs à cet endroit que je la préfère, car elle a beau gigoter dans tous les sens et mettre l’ambiance, sa voix de rappeuse old school fait un peu tache d’huile dans l’ensemble. Par contre, le timbre vocal de Kaori Tsuchida est absolument superbe et d’une précision chirurgicale. Et puis, lorsque les interventions aux six cordes de Ian Parton (c’est le leader, et il est partagé entre cet instrument et la batterie) décollent, on frôle l’univers de My Bloody Valentine. Cette formation issue de Brighton est bourrée d’idées ; en outre elle, a fait d’énormes progrès. Mais son cocktail d'électro, de jazz, de psychédélisme, de rock et de je ne sais tout quoi est encore trop bordélique pour faire la différence. Un peu plus de discipline et surtout une meilleure attribution des rôles devrait leur permettre de faire la différence. Tout en continuant de faire la fête. C’est très important pour The Go ! Team…

Organisation FLP et Aéronef

 

Festival Les Inrocks 2007 : samedi 10 novembre

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Il y a déjà bien du peuple pour assister au premier set programmé lors de la deuxième soirée des Inrocks à Lille. Un public qui va gonfler au fil du temps, pour finir par remplir (NDR : ça rime !) complètement la salle, lors de la prestation des très attendus Editors. Mais auparavant, place à Elvis Perkins, Los Campesinos et The Noisettes.

Elvis Perkins n’est pas un rigolo. C’est le moins qu’on puisse dire. Faut dire qu’atteint du SIDA, son père (Anthony Perkins, célèbre acteur américain) est décédé d’une pneumonie, alors que sa mère est disparue tragiquement lors des attentats du 11 septembre 2001, à New-York. Photographe, Berry Berenson était à bord du deuxième avion qui s’est précipité sur les Twin Towers. On peut donc le comprendre. Physiquement, il ressemble à un Mark Oliver Everett (NDR : alias E, c’est le chanteur d’Eels), mais barbu et en plus négligé. Il monte seul sur le podium et interprète sa première compo, en s’accompagnant à la guitare acoustique et à l’harmonica, qu’il a posé sur un rack. Une connaissance, derrière moi, lance un ‘Encore un clone de Bob Dylan’. Puis un trio de musiciens le rejoint sur les planches : The Dearland. C'est-à-dire Brigham Brough à la contrebasse, Wyndham Boylan-Garnett à la guitare et aux claviers ainsi que Nicholas Kinsey, un sosie de Régis Laspalès (mais portant des lunettes épaisses), aux drums. Toute une équipe qui va prendre un malin plaisir à changer d’instruments tout au long du set et même à en ajouter : l’harmonium, l’orgue, le piano, les cloches, la trompette et les percus. Ils sont même tous capables d’assurer des backing vocaux. Mais le boute-en-train du spectacle est assurément le batteur. Il vient régulièrement jouer du tambour en bandoulière, arpentant toute la largeur de la scène, tout en agitant des percussions qu’il a enfilées autour du cou, comme un collier, lorsqu’il ne cumule pas fûts et harmonica en même temps. Et sans jamais esquisser le moindre sourire, à la manière d’un Buster Keaton. Un véritable pince-sans-rire doué pour mettre une ambiance de feu. En fin de set, on n’était d’ailleurs pas loin d’entamer une farandole, à la manière des Pogues. C’est dire ! Et la musique alors ? Chouette, très chouette même. Pourtant, malgré son talent, Elvis a tendance, à refroidir l’ambiance, en intercalant des chansons introspectives et mélancoliques. Une chose est sûre, si sur disque (l’album « Ash Wednesday »), la musique de Perkins évoque Nick Drake, Dylan ou encore Vic Chesnutt, en ‘live’ le cocktail de styles est totalement explosif. Le répertoire glisse ainsi indifféremment du folk au jazz, en passant par le rock, la country, le dixieland et même le flamenco. Et on a même eu droit à un rappel. La meilleure surprise du festival !

Los Campesinos n’est pas une formation issue de la péninsule ibérique, mais du Pays de Galles. De Cardiff, très exactement. Sept jeunes qui semblent sortir tout droit de l’université. Mais qui ont probablement troqué leurs bouquins contre des instruments. Le premier album sortira début 2008 et un EP 6 titres, produit par Dave Nefeld de Broken Social Scene (« Don’t tell me to do the math(s) », est paru en avril dernier. Le line up implique un chanteur (Gareth) et une chanteuse (Aleksandra). Le premier (il porte un t-shirt à la gloire de Sleater-Kinney) possède une voix proche de Jarvis Cocker. La seconde (NDR : sa chevelure est d’un roux flamboyant !), un timbre d’une limpidité bouleversante. Les deux se partagent également claviers et xylophone. A droite de la scène, Harriet se charge du violon, parfois des claviers. Deux guitaristes, un drummer (torse nu !) et une très jolie bassiste vêtue d’une robe rouge à pois blanc (elle pourrait poser pour les magazines de mode !) complètent le line up. Leur set est allègre, contagieux, amusant, très rafraîchissant, mais un peu brouillon ; à la croisée des chemins de Magic Numbers, Pavement, Yeah Yeah Noh et New Model Army (la touche gaëlique !). Bref, si la prestation est plus qu’encourageante, le groupe doit encore bosser pour passer en première division…  

Avant que The Noisettes ne monte sur scène, un roadie prépare le terrain. Montage du matos, soundcheck et câblage : il fait tout absolument seul. Un véritable homme-orchestre. Et durant le show, il est attentif au moindre détail. Un homme très précieux, assurément. The Noisettes ? Un trio constitué d’un drummer (NDR : ce n’et pas Hagrid, dans Harry Potter, mais Jamie Morrison), un guitariste (Dan Smith) et une chanteuse (Shingai Shoniva). De peau noire et de petite taille, vêtue d’une robe échancrée (NDR : en cuir et de couleur jais) et de collants jaune, la tête surmontée par un chapeau de plumes (brésilien ? maya ?), elle joue aussi de la basse (souvent) et de la guitare (parfois), mais surtout se révèle une showwoman d’exception. Mélange de sensualité et de sauvagerie, elle bondit d’un côté à l’autre de la scène. Et chante, hurle, gémit, d’un timbre qui peut rappeler tantôt Billie Holiday, tantôt Siouxsie Six. Le guitariste est techniquement très doué. Il a manifestement bien assimilé la technique des Hendrix, Page et consorts. De temps à autre, il participe aux backing vocaux. Enfin, le drummer pilonne ses fûts avec une dextérité et une violence inouïes. Il doit casser une vingtaine de baguettes par set. Le show est très physique et impressionnant et la musique rappelle quelque part les White Stripes, mais en plus frénétique. Pas la voix, bien sûr. The Noisettes récolte un franc succès, mais on n’entre jamais dans un véritable climat, parce que trop absorbé par les prestations individuelles de chaque musicien.

La tête d’affiche était bien sûr les Editors, et la salle était pleine à craquer lorsque le quatuor de Birmingham monte sur les planches. Tom Smith, le leader, possède un baryton (peut-être proche du leader de Tea Party, Jeff Martin) à vous flanquer des frissons partout. Il présente très souvent ses chansons dans la langue de Molière. Parfois, il s’assied derrière son piano (NDR : pour les chansons les plus romantiques), tournant même autour de cet instrument, tout en entraînant son micro avec lui, sur « When anger shows ». Le guitariste, Chris Urbanovicz, déchire l’univers sonore de ses notes tintinnabulantes à la manière de Mark Burgess (The Chameleons) ou de Simon Huw Jones (And Also The Trees), pendant que la section rythmique impose ce tempo ténébreux et manifestement cold wave. Et les dénégations du groupe à ce sujet, ne changeront pas mon point de vue. Le light show composé de lasers jaune et bleu colle parfaitement leur musique dont les mélodies mélancoliques et contagieuses entraînent très souvent les spectateurs à fredonner ou à chanter en même temps que Smith. Lors du rappel, Tom, monte sur son piano tout en brandissant sa râpe comme une arme. Puis, la formation quitte la salle complètement conquise. Et votre serviteur également, même si ce que les Editors proposent n’est pas vraiment neuf, leur manière de le dispenser est tout à fait convaincante. Ils reviennent le 25 novembre au Rockhall de Luxembourg, le 9 mars au Hof ter Lo d’Anvers, et le 10 du même mois au Vooruit de Gand.   Setlist : Lights – Bones – Bullets – An end has a start – The weight of the world – Blood – Escape the nest – All sparks – When anger shows – The Racing rats – Munich
Rappel : You are fading – Smokers outside the hospital door – Fingers in factories

Organisation FLP et Aéronef

 

Les Nuits Botanique 2002 : du 18 au 29 septembre

Treize jours de musique tous azimuts, pas mal de découvertes, quelques grands moments, mais aussi des déceptions : les Nuits Botanique 'cuvée 2002' n'auront pas failli à leur réputation de dernier grand festival de l'été, les oreilles bien au chaud et l'ambiance au beau fixe. Certes, le festival bruxellois n'est pas du même tonneau que ceux des plaines flamandes, en plein air et pleine campagne: ici on paie sa place pour chaque concert, dans des salles au confort acoustique indéniable, et sans bracelet camping au poignet… C'est la ville, messieurs dames, avec ses bouchons, sa pollution et ses klaxons. Au milieu de ce capharnaüm, le Botanique, oasis de fraîcheur musicale et dernière escale du festivalier en manque de décibels. Il y mangera à tous les râteliers, de l'électro-folk de Beth Orton au terrorisme bruitiste d'Alec Empire. Car c'est ça aussi, les Nuits Botanique : un éventail fabuleux d'artistes connus et moins connus, une palette incroyable de talents de tous bords, un cocktail détonant d'influences et de genres. Les Nuits Bota, c'est la nouba.

Folk et BPMs : l'amour du risque

C'est Terry Callier qui ouvre les festivités à l'Orangerie, en première partie de Beth Orton. Ses chansons langoureuses empruntent leurs couleurs jazz à Billie Holiday, leur patine folk à Nick Drake et leur sensualité à Marvin Gaye. Mélange exquis qui met notre âme à vif, la musique du vieux crooner soul se déguste comme un bon vin : savoureux et enivrant.

Beth Orton n'a d'ailleurs d'yeux que pour Callier. A la fin de son concert, elle l'invitera sur scène pour partager un duo magique en interprétant « Pass In Time ». Un grand moment d'émotions qui restera dans les annales du festival. Le concert de la belle sera d'ailleurs chargé de cette atmosphère vaporeuse qu'aura laissé le set brillant du grand maître soul : pendant 1h30, Beth Orton jouera ainsi la plupart des morceaux de son dernier album (« Daybreaker ») dans une totale déliquescence de nos sens… Comme un sort jeté à nos oreilles, ces effluves électro-folk nous emporteront dans d'étranges limbes musicales… Difficile de se réveiller une fois les derniers accords de « Concrete Sky » s'évaporant dans la lumière éblouissante de l'Orangerie : a-t-on vécu ce beau moment ou n'était-ce qu'un rêve tout à fait charmant ?

Le lendemain, à peine remis du mirage Orton (qui était cette grande fille aux mélodies douce-amères, qui racontait des blagues potaches à longueur de concert ?), nous voilà replongé dans une atmosphère embaumée… Mais d'où nous viennent ces odeurs de déjà-vu ? De Polar, ce grand Suisse qui pourrait être le frère de Beth, tant ses chansons parlent le même langage que celles de l'Anglaise : de timides BPMs, des guitares acoustiques (mais de plus en plus rebelles), une voix caressante, des choses de l'intérieur dites avec des fleurs (du Mal). Eric Linger, en tout cas, semble plus épanoui qu'il y a quelques années, quand il se baladait la rage en bandoulière avec ses histoires extraordinaires à la Poe, l'œil noir et la grise mine. Aurait-il trouvé l'amour ? (Beth ?) Pas que ses chansons respirent la joie de vivre, mais quand même : on sent une embellie des sentiments. Ses pulsions de mort à reculons et les idées noires ayant pris l'air, Eric Linger semble heureux de vivre. Le polar (et le damard) au placard, ses chansons s'habillent maintenant d'espoir. Et d'envergure : avec trois musiciens pour donner vie à ses nouvelles chansons sans démons, Eric Linger peut enfin s'exprimer pleinement, c'est-à-dire avec fougue et panache. Et quand Polar se lâche, ça donne une reprise furieuse de « Eisbär », tube électro-pop eighties du groupe suisse Grauzone (dans lequel on retrouvait Stephan Eicher). Polar en digne successeur des Young Gods ? Puisqu'on vous le dit.

Tout aussi étonnant, le duo Bumcello : Cyril Atef et Vincent Ségal sont connus pour leur collaboration avec M, Bashung ou l'Orchestre National de Barbès. Cette fois, il se lance dans la house et l'asian sound : compositions à quatre mains, quatre pieds et une petite dizaine de pédales-samplers. Exemple : Ségal joue un riff, le sample, et puis le modifie selon son bon vouloir. Jeux de mains, jeux de malins : rien qu'à deux, ces Français-là sonnent comme « rinôçérôse ». Comme quoi, avec trois fois rien mais beaucoup d'imagination, il y a moyen de foutre le souk dans la Rotonde.

Le vendredi 20 septembre, c'est la soirée du label Labels. Direction le Cirque Royal pour le grand retour sur scène de Lee Hazlewood, éminence grisonnante de la folk-country la moins paillasse, à l'origine de bon nombre de carrières musicales, de Belle and Sebastian à Tindersticks. Sans parler des Nashvilliens de Lambchop, de nouveau en grande forme après leurs passages remarqués à l'AB (voir chronique) et à T/W ; et qui livreront, comme d'habitude donc, un grand concert tout en finesse. Décidément, ce Kurt Wagner est un génie, et « Is A Woman » un sacré disque. Quelques grammes de finesse dans un monde de…putes. Excusez ce langage ordurier : pas que Lee Hazlewood soit une vieille bique pleine d'arthrite musicale (ses chansons tiennent toujours la route, 30 ans après leur composition) faisant le tapin pour racler une dernière fois le fond de notre portefeuilles. Mais de là à dire qu'on fut estomaqué… Où est la légende ? Certes, le vieil homme a de la répartie, et ses tubes sixties restent de véritables perles (« These Boots Are Made For Walking »), mais quelle mouche l'a piquée lors du recrutement de ses musiciens ? High Llamas, Stereolab, d'accord… Mais pourquoi avoir décidé de remplacer les cordes, les cuivres (et l'harmonica !) par des nappes de synthé servies à la louche par un type sans doute bigleux (et sourd) ? Un massacre : imaginez de superbes chansons destinées à l'orchestration transformées en bouillie infâme par des nappes de synthé dégoulinantes. Heureusement, toutes les chansons du grand producteur ne seront pas sacrifiées sur l'autel de la facilité (un synthé, c'est moins encombrant qu'un quatuor de violoncellistes) : restent ces quelques pépites impérissables (« Dirtnap Stories », « The Girls In Paris », etc.) qui n'en finissent pas de nous parcourir l'échine tels de merveilleux frissons country-folk. L'honneur est sauf, mais à la sortie de ce Cirque se lit quand même sur bien des visages une certaine déception : ce n'était pas le concert auquel on s'attendait.

Les empêcheurs d'écouter en rond

Deux jours plus tard, autre soirée dédiée à un label, Thrill Jockey : connu pour ses tendances post-rockeuses à fort quotient intellectuel, le label de Chicago investit toutes les salles avec la plupart de ses ambassadeurs – 10 groupes gravitant autour de la nébuleuse Tortoise. Dès 17h et muni d'un pass, le festivalier pouvait ainsi se balader d'une salle à l'autre et découvrir le rock seventies de Bobby Cohn, la country féminine de Freakwater ou le post-rock grésillant de Radian. Un seul mot d'ordre au programme de tous ces groupes (la Post Rock Academy) : proposer une musique libérée de tous les carcans, revendiquer une singularité forcément salvatrice dans un paysage musical parasité par le nu-métal et la lounge à deux balles. Le meilleur : Chicago Underground Duo, du Miles Davis dégénérescent en roue libre, basé sur l'improvisation et l'explosion des cuivres et des percus. Et Tortoise, feu d'artifices électro-post-rock de cette soirée placée sous le signe de l'exigence mais pas de l'hermétisme. En véritable maître de cérémonie (John McEntire, leader du groupe, fait partie de pratiquement tous les groupes présents ce soir), Tortoise aura ébloui la foule amassée au Cirque Royal par un concert en forme de best of. Ovationné après chacun de ses morceaux épiques, John McEntire et ses comparses auront prouvé que le post-rock n'est pas mort… Même si l'on attend toujours d'eux un nouvel album depuis le décevant « Standards » sorti il y a deux ans chez Warp.

Après tant de « jolies choses » (dixit Raphy), pourquoi ne pas se faire un peu violence avec un bon p'tit live d'Alec Empire ? De quoi se décrasser les oreilles une bonne fois pour toutes, sortir toute cette haine que l'on garde en soi et qui nous empêche d'être nous-mêmes. Pris en otages par le Teuton hardcore et ses sbires aux mines patibulaires, nous voilà réduits au rôle ingrat de victimes abasourdies, maltraitées par ces beats déchaînés et ces cris inhumains. « Quel masochisme auditif ! », diront les mauvaises langues. Mais n'est-ce pas justement dans le mal que l'on trouve le plus de plaisir ? N'aime-t-on pas se faire peur ? Alec Empire cristallise à merveille notre colère et notre désespoir, et c'est pour ça qu'on l'aime (sauf quand il se jette sur nous après s'être tailladé les avant-bras avec un tesson de bouteille…). Vive Alec, avec ou sans boules quiès !

Tant qu'à parler de ces artistes qui conspuent le capitalisme sauvage de notre société, n'oublions pas Mobiil, sorte de Programme moins revendicateur (et sans l'accent toulousain) qui aura davantage surpris par ses installations visuelles et ses happenings (un fonctionnaire à mallette sort de l'écran pour venir nous interpeller) que par sa musique, plutôt ennuyeuse (mais sans doute était-ce partie intégrante de leur message). Mouais.

Ceci n'est pas du rap (ni du rock, ni de la BO)

Sans aucun doute la tête d'affiche rock de ces Nuits Bota, Badly Drawn Boy aura livré un concert en demi-teinte, un peu trop long et décousu. Son nouvel album, « Have You Fed The Fish ? », sort fin octobre, quelques mois seulement après la BO d'« About A Boy », déjà une belle réussite alors qu'on n'en attendait pas tant du Mancunien aux gros bonnets. Les grands moments : l'aérien « Silent Sigh », le splendide « Pissing In The Wind » (sans doute son meilleur morceau), et quelques nouveautés qui laissent augurer du meilleur. Mais décidément, ce Cirque Royal en configuration assise n'est vraiment pas une bonne idée : l'ambiance s'en ressent à chaque concert, comme si le fait d'être calé dans un fauteuil avait des incidences sur le moral du public. Sûr qu'en étant affalé sur un siège, difficile de ne pas piquer du nez à un moment ou à un autre. A revoir pour l'édition prochaine (un retour au bercail avec le chapiteau devant les serres ?)

Après le rock, le post-rock, l'électro, le hardcore, etc. : le rap. Avec TTC à la Rotonde le vendredi 27 septembre, c'était bien la fête de la Communauté française, tant ces rappers manient la langue de Molière avec brio et légèreté. Calembours, cadavres exquis, écriture automatique, jeux de mots surréalistes (hommage à nos compatriotes Matisse, Topor et consorts ?), les Parisiens de TTC ont prouvé qu'il existe une alternative au rap de plus en plus aseptisé qui courent les ondes de l'Hexagone et de Belgique. De « Leguman » à « De Pauvres Riches », Teki Latex, Tido et Cuizinier malaxent la culture pop à coups de plume forts en gueule et de samples Géo Trouve-tout. Jubilatoire !

Tout comme The Raptures, nouveau groupe new-yorkais à la mode qui fait se croiser rock, funk et new wave dans un délire kaléidoscopique total. Chez ces jeunes surdoués, on croise The Clash, The Specials, Gang of Four, PIL et The Stooges, tous invités à jammer les yeux bandés au milieu d'une grande chaise musicale. Produits par le nouveau messie du rock James Murphy (LCD Soundsystem), à la tête du label DFA (pour beaucoup le futur du rock), ces Raptures devraient devenir énormes. C'est en tout cas ce qu'on leur souhaite.

Et ce ne sont pas les McLusky, avec leur rock tendu entre Pixies et Nirvana (voir chronique Pukkelpop), qui viendront calmer le jeu : les Nuits Bota se terminent sous forte influence rock'n'roll, à l'image d'une année 2002 qui met les bouchées doubles pour redonner du lustre à ce genre que l'on donne mort tous les six mois. Mais qu'importe le genre, pourvu qu'on ait l'ivresse. Cela, les Nuits Bota l'ont toujours bien compris.

G.E.

Une histoire de chaises…

Le 25 septembre, Pierre Surquin ouvrait donc le concert de Dominique A, au 'Musée'. Devant un peu plus de 300 personnes… assises. Drôle d'idée d'installer des chaises ! Encore que le premier album de Pierre, qui vient juste de sortir, s'intitule « Une affaire d'état » ; et qu'une partie du public, y tenait à sa chaise… Bref, le Tournaisien s'est plutôt bien débrouillé dans un style que je ne lui connaissais plus. Très électrique, comme à ses débuts. Mais dans la langue de Molière. Faut dire que ses musiciens allient sobriété et efficacité ; encore que son drummer soit plus efficace aux percus qu'aux drums. Le temps de rôder la balance (NDR : Pierre, arrête de vouloir manger le micro, il n'est pas comestible…), et la machine a carburé au quart de tour. Oscillant entre atmosphère  'eitzeilienne', 'kozelekienne' (NDR : pour votre info, sachez que Mark Eitzel était le leader du défunt American Music club et que Mark Kozelek est toujours à la tête du trop méconnu Red House Painters), folk pop, psychédélisme, lo fi et rumba (« Et ça en est là » est digne d'un Bernard Lavilliers !), ses compositions au lyrisme et aux lyrics baroques troublent, déconcertent, mais finissent toujours par séduire. Une prestation que le public a beaucoup appréciée. Pour preuve les applaudissements nourris auxquels Pierre a été très sensible. Comme quoi, le travail finit toujours par payer.

Dominique A, franchement je n'ai jamais trop aimé sur disque. J'ai donc eu le tort de manquer les premiers instants du spectacle. Sorry, il faisait soif. Et puis lorsqu'on met des chaises, on pense aussi à la sonnette, comme au théâtre. Aussi, en rentrant dans la salle, il faisait noir comme à l'intérieur d'un lieu que la décence m'interdit de décrire. L'artiste avait sans doute prévu de piéger les retardataires… A l'issue d'un poème récité sur fond sonore post industriel, la lumière (et l'artiste) apparaît (apparaissent). Il est seul. Enfin, seul au milieu d'une multitude de pédales, dont il se sert avec brio. Un véritable homme orchestre ! Il crée même ses propres boucles, bondissant d'une pédale à l'autre avec une dextérité pas possible. Son concert oscille de l'acoustique à l'électrique, du tendre au ténébreux, variations qu'il agrémente d'humour (NDR : Dominique, peux-tu virer les chaises. Bisous !), de lo fi, de flamenco, de rockabilly (en anglais), d'un pastiche des Smiths (toujours dans la langue de Shakespeare), et qu'il ponctue en finale d'un très beau « Je sais que tu ne viendras jamais », et en rappel, d'une formidable reprise de Barbara (« J'ai tué l'amour ») ainsi que d'un paso doble particulièrement impressionnant. Le tout canalisé par une superbe voix qui me fait penser de plus en plus à celle de Léo Ferré. Dominique A : le Léo Ferré des temps modernes… à méditer !

B.D.

Nuits du Soir : mercredi 26 septembre 2007

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La sixième édition des Nuits du Soir se déroulait, à nouveau, au Cirque Royal de Bruxelles. Organisé conjointement par le quotidien Le Soir et le Botanique, cet événement est destiné à mettre en avant le talent d’artistes ou de groupes belges. Et il était à nouveau sold out !

Lourde tâche d’ouvrir ces ‘Nuits du’ Soir devant une salle encore à moitié vide. Début de programme, donc, face à un public clairsemé ; mais il en faut plus pour impressionner les dIPLOMAT. Distribution de flyers de présentation, ouverture remarquée par une bande de petites hôtesses habillées tout en blanc. Les dIPLOMAT proposent un rock brut et énergique pimenté d’une voix aux accents pop ; et même si le set est ‘un peu court’ -aux dires de Fabrice, leur chanteur- il ravit le public du Cirque Royal. La salle finit quand même par se remplir, et les retardataires accrochent immédiatement. Groupe à suivre pour la qualité de ses prestations scéniques, et sur album, puisque la rumeur colporte qu’ils ont désormais signé un contrat chez un label.

Après l’excellent accueil réservé à leur premier album, les Tellers continuent à tourner. Sur scène, les deux guitaristes sont rejoints par un drummer et un bassiste pour donner plus de rythme à leurs compos, et par Fabrice, le ‘grand frère’ ; sans oublier la chorale de potes conviée lors du morceau qui clôt le concert. Attitudes de jeunes stars Rock ‘n’ Roll ce soir pour Charles et Ben, qui nous avaient habitués à plus de désinvolture. Le public est constitué, en majorité, d’adolescents. Profitant du congé du lendemain, celui-ci étonnamment calme par rapport à la réaction suscitée par certaines prestations précédentes du combo. Le nouvel album « Hands Full Of Ink » complète cependant très bien les titres de l’EP qui a fait connaître les Tellers : les chansons « More » et « Second Category » sont déjà des classiques de la formation.

Depuis la sortie de ”Music and chocolates”, un large public commence à s’intéresser à Joshua. Présentant leur spectacle comme une invitation à danser (mais ils devraient davantage montrer l’exemple…), leur prestation programmée à la suite des Tellers ne peut que faire bouger le Cirque Royal, maintenant plein comme un œuf. Un show enlevé, comme toujours, ponctué d’une reprise du « Riders on The Storm » des Doors, et qui s’achève, comme il se doit, par le hit « Kill Your Own Army » scandé devant une foule de bras levés. Les sons funky et hip-hop de Joshua ne renient jamais le caractère rock qui est à la base de leur musique.

Arid se trouve, aujourd'hui, à la veille d'une nouvelle aventure : après une séparation et la reformation suite au concert 0110 de Gand, le premier single « Words » vient d'être édité, et il précède la sortie prochaine d’un nouvel elpee. Ensemble à la croisée des chemins, Arid propose un tracklisting composé de nombreux tubes. Leur énergie et les envolées vocales de Jasper Steverlinck sont maîtrisées de bout en bout, et le public ne s’y trompe pas : il est conquis par le groupe ‘belge’ de la soirée. Et il se surprend même à danser au son de leur pop-rock, qui par moments évoque Keane. Surtout en ‘live’ ; ce qui, pour ceux qui ont pu les voir, signifie un compliment…)

Hollywood P$$$ Stars constituait manifestement le clou de cette Nuit du Soir. Comme ils le définissent eux-mêmes, leur style passe du ‘pop-indie’ au ‘rock guitare’. Il capture immédiatement l’audience. Forts de leur dernier album « Sattelittes », les Liégeois ouvrent dans une relative douceur avant d’asséner leurs hits les plus énergiques. Puis ils laissent retomber la pression, le temps que le public reprenne son souffle ; mais ce calme augure la tempête, car ils terminent en force. Excellents sur disque, les Hollywood P$$$ Stars n’en demeurent pas moins des bêtes de scène. A voir absolument en ‘live’.

Org: Botanique et Le Soir, Bruxelles

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