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Le parfum de vie de Goudi

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Kreator - 25/03/2026
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Festival les Inrocks : jeudi 9 novembre

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Enormément de monde pour ce deuxième jour des Inrocks de Lille. Le premier s'était déroulé la veille à la Maison des folies de Wazemmes. Et beaucoup d'Anglais et surtout d'Anglaises avaient traversé la Manche pour assister au set des Kooks. De très jeunes britanniques ! Depuis tôt le matin elles étaient collées à la grille d'entrée pour pouvoir pénétrer dans la salle et s'installer le plus près possible du podium. Un engouement que l'on rencontre rarement sur le Vieux Continent. Par contre, le service de sécurité a confondu festival rock et meeting politique voire syndical. Le syndrome Sarkozy continue de faire des émules. Admettre les spectateurs frigorifiés au compte-gouttes m'a semblé quelque peu déplacé. Mais on peut le comprendre au vu des fouilles minutieuses réservées à la carte. Séparer ceux-ci en deux files : une pour les filles et l'autre pour les garçons m'a donné la nausée. Un comportement peu accueillant, c'est le moins que l'on puisse dire. On était même à la limite du déni de démocratie ! Faisant remarquer cette situation aux organisateurs, ce service d'ordre m'a même intimé l'ordre de la fermer. Qu'ils fassent leur boulot, d'accord ; mais faut pas prendre les gens pour du bétail. Ni pour des imbéciles. C'est sans doute ce qu'ils pensent des journalistes. A leurs risques et périls…

Il revenait à Mumm-Ra d'entamer la soirée. Six très jeunes insulaires issus de l'est du Sussex. De Bexhill-on-Sea, très exactement. Leur musique ? De la britpop dans la lignée de Snow Patrol, mais en plus brouillon. Le claviériste essaie bien de rendre l'expression sonore la plus homogène possible, mais il ne peut manifestement colmater toutes les brèches. James Arguile n'est pas un mauvais chanteur et son jeu de scène quelque peu théâtral rappelle parfois Jarvis Cocker. Mais leur style redondant finit par lasser. Franchement, sur la scène belge, il y a des groupes qui leur sont dix fois supérieurs…

La bonne surprise nous est venue de Boy Kill Boy. Enfin, pas tout à fait une surprise puisque ce quatuor londonien puise manifestement ses influences dans la musique des eighties. Et en particulier chez les Smiths et Julian Cope. Un peu comme The Killers, Bloc Party et Maxïmo Park. Chris Peck, le chanteur, possédant d'ailleurs un timbre fort proche de Paul Banks. Pourtant, BKB n'a pas trop bonne presse en Grande-Bretagne. La formation était-elle dans un état de grâce ? On n'en sait strictement rien. Une chose est sûre, leur set est très précis et libère une énergie pure. Les riffs sont efficaces et les mélodies hymniques, mélancoliques, contagieuses. En outre, le claviériste, qui assure également les backing vocaux, apporte une petite touche new wave à l'ensemble, de manière à alléger et surtout équilibrer une expression sonore susceptible de basculer à tout instant dans un climat ténébreux. Et heureusement, ce n'est jamais le cas.

Toute la presse branchée crie au génie en parlant de Spinto Band. Un combo américain issu de Willington, dans le Delaware, qui existe depuis déjà une bonne dizaine d'années. Un méga hit à leur actif : « Oh Mandy ! », que la formation va d'ailleurs interpréter au beau milieu de sa prestation. Une prestation guère convaincante, il faut l'avouer. Pourtant, leur power pop insouciante, sucrée, mélodique, contagieuse possède tous les atouts pour faire la différence. Evoquant même parfois les Posies voire Weezer. A moins que ce ne soit les Talking Heads. A cause de la voix nasillarde de Nick Drill, proche de David Byrne. En outre, les musiciens déménagent sur les planches. Parfois un peu trop. De petite taille (NDR : heureusement, ils ne sont que six !) ils usent et abusent de clichés : poses semi-convulsives, conjugaison de choeurs sur un même micro, etc., au point d'en oublier l'essentiel : la musique. Et finalement on en prend plein la vue, alors qu'il n'y a pas grand-chose à se mettre dans le tuyau de l'oreille. En résumé, Spinto Band est à Talking Heads ce que Clap Your hands Say Yeah est à James. Des hypes tout simplement ! Vous n'avez pas rencontré Blanche Neige ?

La tête d'affiche revenait incontestablement aux Kooks. Ils jouissent d'une incroyable popularité aux Iles Britanniques. Ce qui explique pourquoi l'Aéronef avait été envahi par l'Albion lors de cette soirée des Inrocks. Et surtout par des filles. Honnêtement en plus de 35 années de concerts, je n'avais vu ni entendu une telle hystérie émanant de fans. Peut-être lors d'un concert de T Rex. Mais c'était il y a bien longtemps. J'avais l'impression de revoir les images si souvent passées à la TV, en noir et blanc, des Beatles au milieu des sixties. Etonnant ! Ces aficionados connaissent toutes les chansons de leurs idoles par chœur, et les interprètent en même temps que Luke. Ah oui, mais le concert alors ? De bonne facture, sans plus. Les Kooks possèdent un énorme potentiel, mais ils sont encore très jeunes et doivent encore apprendre à le maîtriser. Luke passe successivement de la guitare électrique à la sèche. Le son est puissant. Même pour les compos les plus intimistes. Ce qui rend la prestation un peu trop linéaire. Coiffés de superbes chapeaux, Hugh Harris, le guitariste soliste et Max Rafferty, le bassiste, sont postés respectivement à gauche et à droite de Pritchard. Les tubes (toutes les compos sont des tubes !) s'enchaînent. Et manifestement, c'est en 'live' qu'on se rend compte de l'influence exercée par Police, époque « Regatta de Blanc », sur le groupe. Blanc comme le funk blanc ! En fin de set, l'intensité monte d'un cran. Et la ferveur du public n'y est pas étrangère. Conclusion, les Kooks accordent un rappel au cours duquel il interpréteront leur inévitable cover, « You make me crazy ». Et puis Luke de terminer son show debout sur les barrières 'nadar' devant un public conquis (NDR : celui des premiers rangs, of course…)

Inrocks Indie Club # 7 / Une construction de pop électrique

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La paisible bourgade de Tourcoing s'endort ce soir au rythme d'une soirée placée sous le signe de l' « Inrocks Indie Club # 7 ». L'affiche proposée compromet cependant toutes perspectives de repos… 

Dès l'ouverture des portes, l'assistance se masse aux pieds de la blonde Vanessa. Accompagnée des O's, la belle bénéficie des échos du concours CQFD 2006. Dernière lauréate de ce tremplin échafaudé par le célèbre magazine français, Vanessa & The O's propose un clash entre Le Velvet et Brigitte Bardot. La prestation est intrigante, pas bouleversante. La Blonde se déhanche, chante aussi bien que BB (traduisez : pas forcément juste) et traîne les clichés au gré de ses comptines folk désabusées, faussement allumeuses. 

En provenance de Sunderland, à quelques enjambées de Newcastle, Field Music est emmené par les frères Brewis, un groupe qui entretient un répertoire pop aventureux. Une chanson de Field Music, c'est autant de tiroirs à ouvrir. Pour découvrir des mélodies décomplexées. Sur scène (comme sur disque), Field Music semble avide de perfection. Au risque de se perdre dans des enchevêtrements symphoniques alambiqués, la formation s'attache à atteindre la mélodie qui se cache sous la mélodie. En substance, le band parvient à ses fins. Pourtant, le public peine à suivre l'ouverture d'esprit prônée par le trio insulaire…

La fête, la vraie, survient dans un déluge de synthés, basses, guitares, trombone, batterie, trompette, clarinette, triangle et autres objets farfelus. Pointus ou obtus, les instruments d'Architecture In Helsinki ont une mission commune : nous éblouir, nous aveugler de mélopées joyeuses. De grands airs de fanfares sous de petits airs espiègles, Architecture In Helsinki entame sa tournée multi instrumentale. En deux temps trois mouvements, « Neverevereverdid » met le feu aux poudres publiques. Le Grand Mix tourbillonne, tape dans ses mains et se secoue le bas des reins. L'orchestre atypique de Cameron Bird (encore un oiseau !) enchante l'assistance de ses bricolages dadaïstes. L'electronica, le rock, le folk et le psychédélisme s'emberlificotent les pinceaux au cœur d'une œuvre baroque étincelante de naïveté. Entre « Tiny Paintings » et « Wishbone », les huit membres de la chorale australienne (un jour, le monde saura  que ces hurluberlus ne sont guère finlandais) revisitent leur charpente discographique. « Fingers Crossed », le précédent album est ainsi de sortie. Le public européen découvre alors autant de tubes potentiels : « The Owls Go », « Fumble », « Kindling ». Au sein de cette architecture contemporaine, chaque composante s'avère essentielle. Les instruments passent de mains en mains. Les membres de cette insatiable fanfare tournicotent sur scène, attirant les regards, rendant toutes distractions hors propos. Et puis, tout à coup, l'assistance exulte dans un bain d'euphorie trempé par « Maybe You Can Owe Me » et « Do The Whirlwind », un hit empli de folles exubérances. Le public a donc vécu à l'heure du Grand Mix humain... celui d'Architecture In Helsinki. 

Architecture In Helsinki + Vanessa & The O's + Field Music

Les Inrocks-Black XS

Pour la deuxième journée du festival, l'accent avait été placé sur la nouvelle vague de groupes post punk qui sévit actuellement aux Iles Britanniques. Responsables d'une musique rafraîchissante et énergique, ils marchent allègrement sur les traces de Bloc Party et de Franz Ferdinand, grosses pointures qui leur ont tracé la voie…

Du quatuor londonien Hard Fi, le public connaît surtout le single « Hard to beat », une chanson pop/rock mélodique, contagieuse, aux sonorités de guitares chatoyantes, diffusée régulièrement sur les ondes radiophoniques. Pourtant, le band se réclame davantage du Clash ou d'un Blur adolescent que de la pop post Prefab Sprout. Tout en s'intégrant parfaitement dans ce mouvement post punk britannique contemporain. Le set a débuté en force par "Middle Eastern holiday" et "Unnecessary trouble", avant d'atteindre sa vitesse de croisière. Le répertoire n'a évidemment pas oublié les inévitables "Cash machine", "Tied up to tight", "Living for the weekend" et le hit single. Mais ce qui a surtout frappé, c'est l'habileté du chanteur à communiquer avec le public. Et la faculté du groupe à mettre de l'ambiance. Pas étonnant que leur tournée soit une réussite. Et que le public était déjà bien chaud à l'issue de leur prestation.

Les compos de The Futureheads sont brèves et puissantes, mais aussi mélodieuses et énergiques. Puisant allègrement dans la musique de la fin des 70's et en particulier chez Jam et les Buzzcocks, ce quartet n'a pas failli à sa réputation en dispensant un set vivifiant et excitant ; dans un style bien soutenu par la qualité de leur interprétation, mais aussi par la perfection de leurs harmonies vocales. Certains morceaux comme "Decent days & nights", "Robot" ou encore "Meantime" avaient même adopté le fameux tempo 1, 2, 3, 4 des Ramones. Jouant de plus en plus vite, écrasant tout et implacablement sur son passage, le combo avait même enclenché la surmultipliée pour conduire "Beserker". Dans un autre style, "Danger of the water" et "He knows" ont bénéficié d'un traitement a cappella. Mais le point culminant de leur spectacle a été atteint lors de leur version du « Hounds of love » de Kate Bush, une chanson reprise en chœur à tue-tête par les spectateurs. Le groupe n'a guère eu de difficultés pour mettre le public dans sa poche, et à mon humble avis, s'est montré encore plus performant que lors de son passage au dernier Pukkelpop…

J.M. (Traduction Suzanne, adaptation B. Dagnies)

Aperçu en salle et lors de festivités estivales, les naufragés de Newcastle ont accumulés quelques kilomètres de tournée dans leur escarcelle. Et cela se sent. Les guitares retentissent, plus directes, maîtrisées et fulgurantes. Un show solide, branché à l'adrénaline, sans jamais oublier de puiser dans le cathéter à mélodies. Une part du public avale d'ailleurs les paroles de Paul Smith comme d'autres avalent des pilules. La sueur perle (enfin) sur les fronts de cette incorruptible assistance. Un noyau dur se forme, masse compacte divaguant au gré des tubes maxïmiens : « Graffiti », « Limassol », « The Night I Lost My Head » ou l'inépuisable « Apply Some Presure ». Si Alex Kapranos veut faire danser les filles, Paul Smith veut faire bondir les garçons. Dommage pour les filles ! De toute façon, sa coupe de cheveux gélatinée ne semble pas vraiment affrioler la gente féminine. Assemblage capillaire lissé sur la tête, chemise rouge pour cravate noire, notre homme saute comme un 'Homme-Machine', fixe des points invisibles et déclame les textes visibles de son fameux livret rouge. Parler de Paul Smith, sans évoquer ces acolytes, c'est comme converser du Bauhaus sans invoquer le Constructivisme. Archis Tiku, le bassiste surnommé 'Apu Nahasapeemapetilon' par une cohorte minimaliste de fans aguerris, se déchaîne. Notre ami 'Apu' frappe violement ses cordes. Va-t-il changer de crémerie dans la demi-heure ? A ses côtés, Lukas Wooller s'acharne sur les touches de son clavier et balance rigidement ses membres comme dans un ballet inspiré par 'Astro le petit robot'. Reste le paisible Tom English (ce nom, pour un Anglais !), force tranquille, qui fracasse ses fûts à l'insu des observateurs obnubilés par les facéties de son compère de chanteur. A la guitare, Duncan Lloyd a marqué le coup. Vivace, précis et incisif, il force le respect là où il traînait la patte lors des premiers shows du groupe. Le groupe culmine finalement par l'entremise de « The Coast Is Always Changing » et d'un « Kiss You Better » définitif. Il n'en faudra donc pas plus aux garnements de Maxïmo Park pour mettre les points sur les i.

Les princes du rock onomatopéique emportent la tête d'affiche du festival. 'Facile', diront certains. 'Trop facile', répondront les autres. La musique de Kaiser Chiefs fonctionne en mode binaire sur des textes patauds, à chanter à la bonne franquette, dans un pub, un bureau ou, comme c'est le cas aujourd'hui, dans une salle de concert, entièrement acquise à leur cause. Elle sera bientôt conquise. Il faut être honnête, le coup de Ricky Wilson et de sa bande ressemble au dernier caprice de gosses de riche. N'empêche, on se laisse prendre volontiers au jeu de leur premier album : « Employment ». Dès le riff de guitare initial, la foule sursaute, bondit et hulule les paroles entonnées par un Wilson monté sur ressort. Chaque chanson, étiquetée 'single', cause son lot d'effervescence dans la fosse. Poseur intrépide, Ricky paie une tournée de hits à son public : « Every Day I Love You Less and Less », « Modern Way », « Oh My God », la liste est intarissable. Vient alors le moment tragique, l'instant décisif où le chanteur effronté lance « I Predict a Riot », en trouvant le moment idéal pour un bain de foule. Ben tiens, en pleine vague de soulèvement urbain, le garçon 'prévoit une émeute'. C'est parfait, inattendu. Le public n'en demandait pas tant. Embarqué dans une bataille sans merci, Ricky Wilson doit ferrailler sévère pour sauver sa peau de rock star ! De retour sur scène, il se tourne vers cette foule belliqueuse, visiblement émoussé : 'It's a fucking rock show ! A rock show : nothing less, nothing more !', précise-t-il. Quelle idée aussi ne pas regarder la télé, de ne pas appréhender l'impact de ces insurrections, de ne pas remettre en question la réalité urbanistique, la Prude Albion esquissée par Tony Blair et ses copains. Fâché mais pas rancunier, Ricky Wilson reviendra régler ses comptes avec son public le temps d'une sympathique reprise de Marvin Gaye et d'un « Time Honoured Tradition ». Et ce n'est rien de l'écrire !

N.A.

 

Dour Festival 2005 : samedi 16 juillet

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La foule est moins dense que la veille. Le public semble encore plus dispersé et éclectique que les jours précédents... Parfois, lorsqu'on s'écarte des scènes, on se demande si on participe encore à un festival rock ou si on traverse les allées d'une grande foire. Mais Dour, c'est ça aussi ! Celles et ceux qui n'ont plus participé à ce type de manifestation depuis des lustres seraient sans doute très surpris de son évolution… Bref, en se faufilant entre stands de sponsors, échoppes de magasins et en évitant les corps étendus de jeunes 'cuves psycho-narcotiques', on atteint finalement le but ultime: The Last Arena.

Là-bas, les Anglais de Help She Can't Swim pulvérisent la plaine à grands coups de riffs et de cris stridents. Coïncidence qui ne trompe pas: la plaine de la Machine à Feu n'a jamais aussi bien porté son nom. Les guitares virevoltent et la voix de Leesey Francis, la chanteuse, extermine les moindres temps morts du concert. Les hits s'enchaînent et se déchaînent: "Fermez La Bouche" (ce titre !), "My Own Private Disco" ou "What Would Morrisey Say ?" alimentent la tension vitale de cette décharge en règle. Un set puissant pour un quintet à tenir à l'œil.

Quelques mètres plus loin, c'est l'effervescence. En compagnie de son fidèle batteur, l'étrange Scout Niblett rabote la Petite Maison dans la Prairie. Le couple est une version renversée du duo rouge et blanc de Detroit. C'est un style particulier: Scout Niblett est fringuée comme une caissière Carrefour signalant la route à des chauffards paumés en plein Alabama. On sent la fougue Albini traverser les titres surpuissants de ces White Stripes du pauvre. Pourtant, le compte en banque du mélomane s'enrichit: "Fuck Treasure Island", "Valvoline" et "Good To Me", tombent dans son escarcelle pour ne plus jamais en ressortir. Un pur moment de découverte!

Sous la Club Circuit Marquee, Modey Lemon se chauffe à l'ancienne. Derrière son micro, Phil Boyd éructe la panade rock'n'roll favorite de son trio. Venus défendre "The Curious City", leur dernier opus, les Américains dévoilent une rage sirupeuse qu'on ne leur connaissait pas. Les gaillards sortent leur rock du garage et l'envoient promener sur les chantiers du grunge et du punk. A ce titre, "In the cemetery" et "Trapped rabbits" résonnent encore comme d'indéniables réussites.

Sur le coup de 16h50, Daniel Darc débarque sur la Red Frequency Stage. L'ancien leader des Taxi Girl reste une curiosité à lui seul. Il se déhanche continuellement. Son chant est aussi saccadé que celui de Miossec, lorsqu'il n'est pas très proche d'un Gainsbourg des mauvais jours. Cet homme est un écorché. D'ailleurs, il ne faut pas longtemps pour s'apercevoir que la vie de Darc a cramé par les deux bouts. Sa gueule de névrosé tatoué est à peine masquée par des lunettes noires. Dans la rue, on le prendrait facilement pour un chanteur SDF qui fait la manche. En découvrant son show, on a la conviction qu'il vit dans son propre monde. Il nous raconte - entre autres - ses mésaventures avec la police belge (sa détention pour consommation (abusive?) de cocaïne) à une certaine époque de sa vie. L'impression globale est pitoyable voire pathétique… Et pourtant, la magie opère. Soutenu par d'excellents musiciens, Daniel Darc déballe une sensibilité rare dès les premiers titres de son set. Ressassant souvent les mêmes thèmes : le suicide ou la perte de (ses ?) repères. Toujours sur le fil du rasoir, Darc dégage un 'je ne sais quoi' qui ne laisse pas indifférent. S'il était un peu plus respectueux de son entourage (il s'énerve un peu trop souvent sur son pied de micro, allant jusqu'à le briser), il pourrait rejoindre, bien malgré lui, la vague des artistes étiquetés 'nouvelle chanson française'. On aimerait le revoir en meilleure forme…

Sur la scène principale, une accalmie (toute relative) règne par rapport à la journée du vendredi : le métal lourd de la veille cédait le relais à du hardcore… On regrettera néanmoins que des groupes du même style se produisent au cours d'une tranche horaire identique. Dilemme donc pour choisir entre l'école française (ETHS et Watcha) et la new-yorkaise (25 Ta Life et Murphys' Law). Si ce sont principalement les ados qui se déchaînent sur les sets vitaminés mais sans surprise d'ETHS et Watcha, c'est finalement sous la chaleur étouffante de la Popbitch Tent que les vrais amateurs de hardcore se sont donné rendez-vous. Après une époque de gloire vécue au début des 90's, le hardcore new-yorkais semble être un peu passé de mode. Mais bon, le public de Dour n'est pas aussi pointu que celui du Graspop. Ainsi, sous le chapiteau, on ne dénombre qu'une centaine de personnes. Mais l'ambiance est bonne et l'esprit vraiment underground. Malgré l'accumulation des concerts (ne se contentant pas des grands festivals, ces formations jouent un peu partout lors de leurs tournées européennes: même dans des salles plus étriquées), les artistes américains sont loin de se la jouer "grandes stars" et ne se prennent pas la tête. Aussi les New-yorkais ne font-ils pas la fête en backstage, se mêlant généreusement à la foule ou dressant carrément un stand improvisé d'autoproduction sous le chapiteau.

Il est malheureusement un peu trop tard pour admirer les irréprochables 25 Ta Life. Autour du charismatique Rick Healey (encore un tatoué de partout), un gros turn-over s'est opéré dans le line-up (NDR : Oups… A force de côtoyer des Américains, on finit pas y perdre son langage) du collectif. Sur scène, tout porte à croire que c'est encore ce bon vieux Rick qui tire son groupe vers le haut.

Pour le retour de Murphy's Law, quelques fans s'étaient donnés rendez-vous. Mais au début du concert, on a l'impression qu'il y a autant de monde devant le podium qu'en backstage. Tant leurs copains de 25 Ta Life que d'autres musiciens aficionados du genre se regroupent sur les côtés de la scène pour participer à la grande fête. Car si vous ne les connaissez pas, ne vous fiez pas à leur nom (la célèbre loi du capitaine Murphy envisage toujours une issue pessimiste), ni à celui de leur dernier opus (« The party's over »). La fête n'est, en effet, jamais finie chez eux. Nos quatre gais lurons gagnent donc la scène. Le line-up des Murphy's a également changé au fil des décennies, mais le frontman original Jimmy 'G' Gestapo répond toujours présent. Il est même bien entouré. Et en particulier par l'ex- Demonspeed Sal Villaneuva. Look de catcheur, il aurait pu incarner le vengeur masqué. Il ne faut pas plus de deux titres pour que Jimmy fasse monter l'ambiance. Face à une telle animation, des tas de curieux viennent se mêler aux fans. Le public s'embrase au simple contact de l'énergie communicative des sympathiques New-Yorkais. Une spirale délirante fait rapidement de ce concert un grand moment festif et convivial. La scène est sans doute trop petite pour le chanteur déjanté qui bondit dans le public dès le troisième morceau, électrisant davantage la foule. Le groupe invite alors le public à créer le traditionnel 'circle'. (NDR : pour les non-initiés, cette invitation consiste à former un cercle au sein duquel les spectateurs courent et pogotent de plus en plus vite, sur un rythme tribal, cadencé par la musique). Et quand on vous dit que ces Américains savent faire la fête: ils ne sont pas avares de libations et ne tarissent pas d'éloges à propos de notre bière belge ('You have the best beer in the world'). Le groupe se montre généreux, distribuant ses canettes dans le public. Jimmy G s'amuse à les ouvrir de côté avec les dents (quelle mâchoire !) et asperge le public du breuvage. Musicalement, l'éclectisme est de rigueur : on passe du punk US made in NOFX au bon vieux hardcore à la Sick of it All, le tout épicé d'une pointe de ska et de reggae (de ce côté, le bassiste s'en donne d'ailleurs à cœur joie). C'est sûr Murphy's Law n'usurpe pas sa renommée légendaire de groupe de scène. La formation prend clairement du plaisir à jouer. Leur joie est communicative et entre littéralement en communion avec le public. Espérons qu'on puisse les revoir bientôt chez nous, dans un cadre plus adéquat.

Napalm Death leur succédait sous la Popbitch Tent. Les fans gardent certainement le mauvais souvenir de leur annulation 1998. Le dimanche 12 juillet très exactement, moment de gloire pour la France qui remportait la coupe du monde de football. Ce même jour, Immortal et Louise Attaque (dans un autre genre mais aussi en dernière minute) déclaraient forfait. La pluie et l'absence (prévue celle-là) de Rammstein avaient rendu la soirée vide et maussade. Cette année, Napalm Death n'a pas fait faux bond et était plus décidé que jamais à nous balancer sa purée sonore à la figure. A l'instar d'Anthrax, Napalm Death n'a guère de lien avec l'univers terroriste et demeure un des noms incontournables en matière de trash. Le groupe n'a pas non plus échappé à la loi des changements de line-up. Mais sur scène, son authenticité reste intacte.

Comme nombre de nos compatriotes à l'affiche, Jeronimo a recueilli un énorme succès. Aussi bien avant qu'après son show; et en particulier pour la séance de dédicaces (NDR : ce stand Humo est encore une nouveauté à Dour, une initiative que l'on retrouve depuis longtemps dans les festivals flandriens) au cours de laquelle les fans faisaient la file. Des compositions très personnelles, de belles chansons à texte et de longues balades bien agréables que l'on préfèrera revoir et écouter dans une ambiance plus nocturne (NDR : il n'est que 18h30). De plus, cette grande Red Frequency paraît tellement démesurée lorsque l'artiste chante en solo.

Et ce n'est pas en solo, ni en version DJ, mais bien entouré d'un authentique groupe rock qu'Alec Empire prend le relais sur la Last Arena. Ses allures et attitudes ne sont pas sans rappeler Iggy Pop. Plus jeune et torse nu, tel l'iguane du rock, Alec Empire s'exhibe véritablement, se dépense sans compter, avant de se lancer dans un slam et de prendre un petit bain de foule. Entouré d'une jolie claviériste (NDR : Cette dernière avait probablement oublié ses sous-vêtements au vestiaire. Un spectacle d'autant plus apprécié du côté de l'écran géant, sur le côté de la scène), il nous livrera un set solide ; nous remémorant parfois d'inoubliables instants passés en compagnie d'Atari Teenage Riot, son ancien groupe. On se rappelle d'ailleurs du gracieux concert offert par le bonhomme quelques années auparavant, sous une chaleur tout aussi étouffante.

Malheureusement, il a fallu se résoudre à quitter les lieux après un bon quart d'heure. Non que le style soit peu accessible mais parce qu'un zapping s'imposait. Le rendez-vous avec Mickey 3D est fixé. En fait, les préjugés ont la vie dure. C'est ainsi sans grande conviction et plutôt par curiosité que l'option se porte sur les Français. D'autant plus que les occasions seront rares d'aller les applaudir cette année. Pour preuve: Dour est la seule date belge prévue à ce jour par le trio. Les tubes simplets comme « Respire » ou « Yalil » trottent inévitablement dans toutes les têtes. Mais sur scène, le groupe semble vouloir casser cette image à tout prix. Résolument rock, dans l'attitude et dans le rythme, Mickey 3D surprend et impressionne. Finalement plus proche de Noir Désir que d'un piètre groupe de variété française. A l'instar du dernier album, « Matador », le collectif hexagonal ne prend pas une mauvaise direction. Même le mégatube « Respire » est joué de façon très rock, presque speedé. Et si « J'ai demandé à la lune » est repris dans une version toute aussi révoltée en rappel, c'est sans doute une façon pour Mickey de montrer qu'il est également un artiste à part entière (NDR : Un excellent parolier du moins. C'est lui qui a écrit les lyrics de cette chanson, popularisée par Indochine).

Dans la même lignée, Saian Supa Crew (NDR : après un premier passage annulé à Dour) manifeste également un certain talent (dans un registre rap/hip hop cette fois). Ici également, le tube « Angela » et son clip vidéo sont très présents dans les esprits. Mais sur scène c'est une autre histoire : accompagnés d'un DJ, les cinq rappeurs attirent la grande foule. Il manquait même de place sous le Dance Hall. Celui-ci débordait de monde jusqu'à plusieurs dizaines de mètres à l'extérieur du chapiteau… on n'avait plus vu un tel enthousiasme depuis le passage de…Kyo ! Bref, un peu comme pour Vive la Fête la veille, Mickey 3D et Saïan Supa Crew ont mérité un statut de 'têtes d'affiche' dans un festival qui n'en propose plus vraiment. La place est laissée aux surprises et aux découvertes et c'est tant mieux!

A Dour, une part belle est faite aux revenants! Le reste de la soirée en atteste : Television, Young Gods et Front 242. Rien que ça ! Et décidément, un problème persiste cette année : la répartition des artistes sur les scènes en fonction du public ciblé.

Pendant que Saian Supa Crew faisait le plein au Dance Hall, Television n'attirait que quelques centaines (à peine) de spectateurs devant la scène principale. Installés au premier rang, les vrais fans pouvaient se compter sur les doigts d'une main. Peu de jeunes: logique, ce groupe mythique est né en 1975. A l'époque, de nombreux festivaliers n'étaient pas nés. Peu importe, Tom Verlaine et ses acolytes ont un classique à défendre: "Marquee Moon". Alors, jouera, ne jouera pas ? Dans la fosse, le respect a remplacé l'hystérie et le recueillement s'impose. Dans une ambiance clinique et rétrograde, les New-yorkais retracent l'histoire du rock. Si Television a réellement participé à l'épopée du punk, Tom Verlaine demeure sans aucun doute le moins bon guitariste de cette idéologie révolue. Ce mec est une véritable bête, un animal 'pince-sans-rire' et 'sans voix' mais un admirable guitariste quand même. Moins d'une heure après l'entame du concert, les premiers échos de "Marquee Moon" retentissent enfin. L'instant est fort, vibrant. On se rend à l'évidence: ce groupe a influencé ses pairs à jamais. Et soudain, c'est la fin. L'illusion perdue se retire en coulisses. Un dernier regard en direction de la maigre assistance en guise de remerciement, Tom Verlaine s'évapore dans l'obscurité. S'agissait-il d'un adieu à la Belgique ?

Pour leur part, les Young Gods avaient choisi Dour pour fêter leur 20ème anniversaire. En 1992, ils nous avaient accordé un concert époustouflant. A l'époque, la formation suisse partageait la tête d'affiche en compagnie des Négresses Vertes (NDR : depuis le décès d'Helno, le groupe n'est jamais parvenu à remonter la pente). L'excellent album "TV Sky" succédait alors à un autre chef d'œuvre "L'Eau rouge". Treize ans plus tard, la potion magique des jeunes dieux a toujours le même goût. Mais cette fois, elle est concoctée par un trio chant/batterie/synthé. En effet, les Young Gods sont surtout des divins du sampling. Il est toujours aussi troublant d'entendre ces riffs de guitare détonants (particulièrement sur le tube "Skinflower"), sans voir le moindre guitariste en action. Originaire de Genève, la formation parvient toujours à agrémenter son subtil mélange d'electro-noisy d'une touche industrielle ou de post-punk. Les Young Gods sont capables de se muer en ensemble philharmonique (on se souvient aussi de leur album hommage à Kurt Weill). Franz Treichler se démène toujours autant. Bénéficiant d'un joli 'light show', la prestation est unanimement appréciée. Aussi bien chez les connaisseurs postés aux premières loges que chez les curieux reculés. Comme le bon vin, les Young Gods ont bien vieilli. Reste à voir et surtout à écouter ce qu'ils nous proposeront à l'avenir. La sortie d'une compilation est annoncée. Mais elle ne présentera qu'un seul nouveau titre.

Un petit vent de douceur et de jeunesse n'est jamais désagréable à rencontrer. Dans la Petite maison dans la Prairie, le duo de charme Electrocute peut nous offrir ce rafraîchissement. Kitsch au premier coup d'œil, les deux chanteuses - vêtues de minishorts hyper racoleurs –relancent les deux choristes d'Abba (en plus sexy !) sur le dancing. A priori, les mélodies génèrent une 'nouvelle sensation' d'électro-clash réchauffé et superficiel. Mais force est de constater qu'Electrocute passe au-delà des clichés et nous séduit au fil de son répertoire. Les deux 'front-women' jouissent d'un physique identique et leur voix se complètent à merveille. Les divers instruments balancés ci et là forment une bonne alchimie. Au final elles nous livrent un mélange hybride, bien travaillé et pour le moins atypique. Les 70's dominent le set. Mais les deux beautés nous invitent à traverser un succédané d'époques alambiquées.

Dans un autre style, Front 242 nous propose de revisiter les 80's, une période plus actuelle que jamais. Une époque dans laquelle nous replongent d'ailleurs des groupes en vogue comme Interpol ou The Editors. Vers 1h30 du mat' (NDR: on s'habitue vite à ne plus avoir de retard dans les festivals. Toutefois, les Young Gods ont un peu débordé sur l'horaire), le groupe belge prend possession de la grande scène. Alors que l'écran vidéo, situé en arrière plan, nous plonge dans un kaléidoscope d'images électroniques, les deux premiers membres du groupe s'acharnent sur leurs boîtes à rythmes. Et puis, Jean-Luc déboule pour attaquer un "Body to body" entraînant. En fait, les Bruxellois ont opté pour la bonne recette: mener de front (NDR : elle était facile celle-là) l'alignement de leurs tubes légendaires, tout en conservant l'intensité de leur set. On a l'impression que les morceaux new-wave sont actualisés par une techno profondément ancrée dans le nouveau millénaire. Front 242 évite la facilité et l'impression de déjà-vu. Malgré la bonne ambiance et un show mené tambour battant par Jean-Luc et Richard, la fatigue commence à se faire sentir. 'On n'a plus 20 ans', ironise d'ailleurs un fan de la première heure. Ainsi, sur le coup de 2h30, l'heure de rentrer chez soi et de se reposer les tympans a sonné…

(Merci à Nicolas Alsteen)

 

Festival des Inrockuptibles : dEUS + Graham Coxon + 22-20's + Joanna Newsom

Le magazine le plus branché de la sphère parigo-cultureuse organise chaque année son festival itinérant, l'occasion pour une foule postmoderne en délire de faire la fête à la bonne musique, pour autant qu'elle allie élégance et sophistication. La preuve par Joanna Newsom, première invitée de cette soirée, qui cache mal derrière sa harpe une certaine dose de timidité tout à fait… excitante. S'agrippant à son mât cordé telle une naufragée de l'amour, l'Américaine (frusquée comme une gitane de 'La Petite Maison dans la Prairie') fît chez les spectateurs un effet bœuf. Mais quelle est cette mormone harpiste chantant comme une scie musicale ? Cette naine à l'air louche ferait-elle l'amour avec son instrument ? Le résidu de ses amygdales aurait-il servi à remplacer une corde cassée ? Toujours est-il qu'auprès du bar, la foule indifférente se bouscule, encore trop dissipée pour se préoccuper du mirage visuel et sonore qui vient d'apparaître sur scène. Coupée en deux par sa harpe géante qu'elle peine à caler entre ses jolies hanches, Joanna Newsom chante ses berceuses épurées de cette voix si espiègle et enfantine qu'il faut se frotter les oreilles pour en croire ses yeux (ou vice versa). C'est beau, même si tout le monde s'emmerde. La preuve que cette bouffée d'air régressive (jusqu'au fœtus, comme dans « 2001 ») demande du courage et de la volonté : pour apprécier ce folk de petite anorexique, il vaut mieux être psychologiquement préparé (surtout entre deux gorgées d'Heineken). La harpe, c'est le monolithe noir qui se dresse entre notre fantasme de pucelle et sa matérialisation. Tel le doigt de Dieu pointant nos péchés inassouvis, elle entrave notre envie soudaine de sauter sur la robe de sa maîtresse et de crier 'Maman !', dans un grand éclat de rire. Un rêve fœtal, donc, celui de l'éternel retour, d'une quête métaphysique, celle de la femme abstraite, telle que l'a vue Nietzsche comme pont et non comme but, comme une « corde tendue entre la bête et le surhumain, une corde sur l'abîme ».

(soupir)

'Oh Mama', chante Nick Cave sur la chanson-titre de « Lyre of Orpheus », mais Orphée s'est retournée au bar chercher une bière et a croisé le regard de Desdémone, résultat : il est resté quatre heures coincé devant le zinc, ou plutôt pétrifié comme un lamentable caillou de la carrière de Quenast. C'est qu'il fallait pas mal d'adresse et de patience pour attraper une pinte au vol, d'où cette chronique du concert de 22-20's atrophiée d'au moins 10 lignes (traduction : 25 minutes). Sous les effluves du houblon macérées de sueur masculine, l'oreille s'embue mais croit capter au loin du rock'n'roll. Tout ce qu'il y a de plus conventionnel. Un truc plutôt burné, aux relents blues du bayou, un peu comme quand on garde son slip trois jours d'affilée et qu'il reste collé à l'épiderme. Pas du blues de l'Abattoir (pour en revenir à Nick Cave), parce qu'en Angleterre les vaches ont beau être folles, elles ne jouent pas de la guitare et n'écoutent pas Skip James. Non, elles broutent de l'herbe, comme plein de types dans cette salle, sauf qu'eux ils la fument et qu'ils ont l'air vachement défoncés. Parce que le rock des 22-20's vous tanne tellement sur le cortex que même au bar, vous avez piqué deux gobelets déposés sur une table pour vous recouvrir les oreilles (et vous avez l'air con). C'est sans doute la faute au volume, plus lourd qu'un sac d'enclumes. Les pieds traînent, mais il est temps de regagner l'arène pour voir le plus mauvais chanteur ex-guitariste de Blur du monde.

(soupir)

Il chante comme une casserole, Graham Coxon (et ça rime presque). Il a de bonnes chansons, mais dès qu'il l'ouvre c'est le carnage, d'autant que le volume, lui, n'a pas lâché l'affaire. D'où cette impression d'avoir été piégé dans une sombre histoire de recyclage de tympans : un type aurait volontairement foutu les V.U. dans le rouge pour nous exploser le petit marteau dans notre tête. Maintenant il n'a plus rien sur quoi taper, même si dans la salle tombent toujours des enclumes, par les enceintes, la porte, les escaliers, partout. Dommage qu'aucune n'ait dévalée par surprise (et par derrière) sur Graham Coxon trucidant sa guitare, on aurait eu la paix. Damon, fais quelque chose.

(soupir)

Mais ce soir, c'était surtout la soirée de Barman. Celui qui chante dans dEUS, mais aussi celui qui prend trois-quarts d'heure pour servir deux cocas, à moins que ce ne soit son collègue. Quand on est une star, on boit des verres gratis : c'est là tout l'intérêt de faire de la musique en société, parce qu'au moins t'es pas tout seul à te murger. Y a plein de monde avec toi, et en plus tout le monde applaudit comme après un concours d'à-fonds pirouette. Enchaînement facile : la pirouette de ce concert, c'est évidemment la présence de Mauro au sein du groupe, en remplacement définitif de Craig Ward. Ils restent amis, puisqu'ils jouent ensemble dans The Love Substitute, en compagnie de Rudy Trouvé. Décidément, la famille dEUS a beau connaître des tensions, elle finit toujours par se réunir autour d'une dinde, de Noël par exemple. Sans doute fourrée à la cocaïne, à voir le sourire éclatant de Barman, celui qui fait fondre les filles, surtout si entre la maxillaire et l'incisive se cache un bouquet de roses, comme dans la chanson. Jouée ici à fond les ballons, comme tous les nouveaux titres, plus rock'n'roll et noisy, mais aussi plus pelants. 1h15 : pas bien long pour une soi-disant apothéose, le climax d'une soirée gâchée par des histoires d'enclumes, si encombrantes qu'elles auront fini par nous plonger dans un sommeil profond.

(long soupir)

‘Alors c'était bien hier ?’

(bruit d'acouphènes)

 

Pukkelpop 2002 : jeudi 22 août

Malgré le déluge, ce Pukkelpop 2002 n'aura pas failli à la règle qu'il s'est toujours fixée, à savoir proposer tout ce qui se fait de meilleur en musique alternative (pop, rock, rap, électro…). Des vieux monolithes du rock (Guns n' Roses, les frères Asheton des Stooges, voire Jane's Addiction) aux gloires en devenir (Sparta, The Music, Interpol,…), le Pukkelpop n'a décidément plus rien à envier à Glastonbury ou au Reading. Dommage que la boue soit venue un peu gâcher la fête… Qu'à cela ne tienne : les éclaircies musicales auront été nombreuses. (GE)

La journée du jeudi aura eu son lot de groupes qui tachent, tombés dans la marmite du rock'n'roll quand ils étaient petits, et prêts à nous en resservir une louche, jusqu'à la lie. Pas que le rock nous ennuie, loin de là : seulement les amplis trois tonnes à la Nickelback, c'est bon pour le Guiness Book, pas pour nos oreilles.

Prenez The Spirit That Guide Us, le groupe de jeunes furibards qui démarra les festivités sous la tente club : sous leur larsens en boucle, dur de trouver son compte. Leur emocore à la Fugazi n'aura ému que les plus hardis, trop contents de commencer le festival sous de tels chapeaux de roue : on aurait pourtant préféré une autre mise en jambe…

Dommage pour nos oreilles, encore un peu engourdies par un tel vacarme – et surtout tant pis pour Ikara Colt et son rock à la mode, tout aussi teigneux mais pas plus inventif.

En matière de rock féroce et incisif, mieux valait prendre d'assaut le Château, à l'entrée du site : McLusky en dignes hôtes d'une demi-heure, on comprit très vite ce qui manquait aux deux groupes précédents - de la folie, du jusqu'au-boutisme, de la hargne. Produits par Steve Albini, qui n'a sans doute pas su s'en remettre, les Anglais de McLusky dégagent une fureur rare, comme si les Pixies s'étaient transformés en groupe de covers de Slayer. Portés par une ambiance feutrée et bouillonnante, ces rockers sur la corde raide auront été la première bonne surprise de ce Pukkelpop. Leur dernier album s'intitule « McLusky Do Dallas » : pour l'occasion, on le rebaptisera « Do Pukkelpop ».

Changement de registre avec la délicieuse Dot Allison, compagne de Death in Vegas et belle-sœur électro d'Andrew Weatherall et de Keith Tenniswood (en duo, les Two Lone Swordsmen) : sa techno-pop aura fait chavirer le plancher et nos oreilles – quelques grammes de finesse dans un festival de brutes (Nickelback, Puddle of Mudd, A, NOFX,…). « We Are Science » murmure-t-elle au public, clairsemé mais séduit : si tous les profs de chimie pouvaient s'appeler Dot Allison, sûr qu'on ressortirait nos vieux tableaux de Mendeleev.

Pendant leur concert enfiévré, les McLusky nous conseillèrent d'aller voir les Trail of Dead : même sans leur conseil, on se serait de toute façon jeté sans réfléchir dans la fosse de ces jeunes loups, tant leur musique désencrasse plus de trente ans de rock'n'roll circus affligeant. Vêtus de noir (la classe) et les yeux rivés sur leurs instruments, les Trail of Dead n'ont rien de ces poseurs qui font exploser leurs pétards (mouillés) plutôt que de se concentrer sur leurs accords (Nickelback, par exemple) : ici, on a affaire à de vrais rockers, entièrement servis à la cause d'une musique rebelle et pas crétine, qui ose se renouveler plutôt que singer les gloires MTV du passé (Nirvana, Soundgarden, Pearl Jam). Malgré un début de concert au son assez mauvais (une constante pendant ce festival), les Trail of Dead mettront rapidement la purée (riffs déchaînés, voix d'outre-tombe, refrains explosifs), de quoi faire jaser plus d'un – en premier lieu, Jon Spencer et son Blues Explosion, qui, après un album raté, nous fait le coup du concert à bâiller. Les rois du « wockenwol » auraient-ils pris un coup de vieux ? Jon Spencer aurait-il une dent de sagesse qui pousse ? Serait-il en train de devenir un clone de Mick Jagger ? Est-ce un concert de charité pour toutes les pauvres victimes du business qui ont acheté « Plastic Fang » et s'en mordent les doigts ? Après tout, on s'en f… Et comme le dit John à longueur de ces concerts, Whow, baby », « Rock'n'roll, yeah, motherfucker ».

Plus drôle et plus juvénile, l'emo-pop de Jimmy Eat World, certifié « Blinkerie » de l'année après leur hit fabuleux, « The Middle ». Le Marquee envahi par toute une horde d'ados au cou bardé de colliers de perles en bois, on se serait cru dans une foire de skateurs, le groupe servant de vitrine promotionnelle aux stands vendant des casquettes rouges « Flawless Records » (le label de Fred Durst) et des répliques miniatures des Twin Towers s'effondrant sous l'impact d'un boeing loué à Ben Laden. L'album des Jimmy Eat World s'appelle d'ailleurs « Bleed American »… Une coïncidence ? Que nenni : ces boutonneux sont moins bêtes qu'ils en ont l'air, et c'est pour ça qu'on les aime. Peu fiers d'être les représentants fashion du gros Oncle Sam, ils n'hésiteront pas à casser la baraque avec leur punk gentil mais pas con. Chouette, de la musique de djeunes qui s'écoute sans honte – tout le contraire de Puddle of Mudd, sorte d'Ugly Kid Joe lobotomisés qui auraient arrêté d'écouter de la musique après 1992. « She's fucking hate me » est leur nouveau hit : on leur rendrait bien la pareille.

Avec sa réputation de groupe sulfureux, à la limite hystérique, Cave In a longtemps drainé un public friand de hardcore. Depuis deux bonnes années, le quatuor bostonien a diamétralement changé son fusil d'épaule. Son dernier album, « Jupiter » s'était révélé beaucoup plus mélodique. Et son dernier single (« Lost in the air ») est franchement romantique. Maintenant, fallait voir sur scène. Première constatation, le quatuor bostonien joue beaucoup trop fort. Et il a fallu glisser des morceaux de mouchoir en papier dans les oreilles pour apprécier le set à sa juste valeur. Car valeur il y a eu. Le groupe dispensant en 40 petites minutes un long périple électrique rafraîchissant, pétillant, fruité, raffiné par le timbre vocal très pur de Steve Brodsky. Pas pour rien que le groupe vient d'être signé par BMG… (BD)

Il y avait plus ou moins 350 âmes au Club pour assister au set de The Music, quatuor dont tout l'Albion dit le plus grand bien depuis quelques mois (NDR : certains appellent cela, un hype !). N'ayant eu l'opportunité, à ce moment là, de n'écouter que le denier single, je m'imaginais assister à un concert plutôt planant, psychédélique dans l'esprit des débuts de The Verve. C'est vrai que Robert Harvey, le chanteur, arbore une chevelure aussi abondante que celle de Richard Ashcroft. Et qu'il a l'air aussi illuminé. Pour la circonstance, il a même revêtu un maillot de la squadra azzura (NDR : la prochaine fois qu'il vient en Belgique faudra lui offrir une vareuse des diables rouges…). Mais le timbre de Robert est beaucoup plus aigu, voire même strident. Et puis plutôt que de s'élever dans la stratosphère, l'esprit de Robert reste bien sur le plancher des vaches. Sur lequel il saute, bondit, rebondit, un peu comme s'il était branché sur le courant. Mais un courant continu, pas alternatif. Electrique, le concert l'est assurément, The Music mélangeant habilement funk, house, psyché et rock avec une intensité viscérale hors du commun. Et pour clôturer ce chouette set, la formation nous a livré une composition instrumentale de toute beauté, avec Robert à la seconde guitare pour épauler le talentueux Adam Nutter. Petite frustration : il n'y a pas eu de rappel. Faut dire que de l'autre côté, Jane's Addiction aller entamer les hostilités… (BD)

Vous voulez une star, une vraie ? Prenez Richard D. James, alias Aphex Twin : personne n'a jamais vu sa tête, si ce n'est dans des clips affreux où le bonhomme sourit comme un beau diable. Mais, surtout, personne ne l'a jamais vu mixer… Et pourtant, tous les fans d'électro lui vouent un véritable culte (ceci explique cela) : pas étonnant dès lors que la Boiler Room était pleine comme un œuf pour le set de l'enfant prodige de l'electronica la plus torturée, l'ambassadeur warpien le plus secret, le plus admiré et le plus imité, le représentant ultime d'une certaine idée technophile (l'anonymat, la manipulation des médias). Bizarrement, peu de gens dansaient, préférant regarder l'artiste, comme si c'était la dernière fois qu'il apparaissait en public (qui sait ?), comme si c'était Dieu, ou Jésus, en tout cas un icône, celui d'une pop culture complètement décadente. Après un tel choc (ce gars est normal), il est certain que de nombreuses personnes présentes iront se retirer dans une grotte toute leur vie pour méditer là-dessus. Beaucoup, en tout cas, n'en reviendront jamais.

S'il y a justement des revenants, c'est bien les Jane's Addiction : pas d'album prévu, pas de compile pour Noël, juste le plaisir de se reformer pour garder la patate – après tout, on ne va se plaindre, leur rock n'ayant pas trop vieilli et les costumes de Perry Farrell étant toujours aussi jolis. Décadence, quand tu nous tiens : ce festival est bien celui des vieux punks en perte de vitesse, échaudés par les Nickelback et compagnie qui leur piquent tous leurs riffs et se barrent avec la caisse. Non mais ! Restent ces chansons d'une époque révolue, quand Farrell et Navarro étaient encore de jeunes stars prêtes à changer la face du rock… Sauf qu'on est en 2002, et que leur dernier bon album (« Ritual De Lo Habitual ») date de 1990. Quand on voit la moyenne d'âge des festivaliers (environ 18 ans), on se dit que Perry Farrell aurait pu faire ce qu'il voulait (se mettre tout nu, haranguer la foule, cracher du feu, mettre un masque ou une casquette rouge à l'envers), personne ne l'aurait remarqué… Ah ! Non mais quel monde !

 

D Hiver Rock 2005 : vendredi 11 février

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Pour sa troisième édition, le festival D'Hiver Rock avait décidé d'élargir son programme à la musique électronique ainsi qu'à la 'lomographie'. Un courant underground de la photographie que nous propose Chad, professionnel de cet art visuel, à travers son exposition intitulée  « Une ville, deux jours, trois boîtiers » Pas de numérique, mais des instantanés qui immortalisent ( ?!?!?) notre époque avec un œil différent. Pour celles et ceux qui veulent en savoir davantage, je vous invite à vous rendre sur les sites www.lomographie.net , http://mybeautifullomo.free.fr ou encore www.lomography.com  (NDR : ce dernier en anglais). Et la liste n'est pas exhaustive. L'exposition se déroule du vendredi 11 au dimanche 20 février. Mais revenons au festival qui a donc enregistré un sold out le vendredi et une très belle assistance le samedi. Avec deux programmes bien différents, puisque si le premier jour réunissait des valeurs confirmées (Ghinzu, Hollywood Porn Stars et Austin Lace), le second a surtout valu par la découverte de nouveaux talents (Bacon Caravan Creek, Malibu Stacy). Mais nous y reviendrons au cours de ce compte-rendu.

Vendredi 11 février 2005

Il revenait au local Nil Obstat d'ouvrir le festival. J'avais eu l'occasion de le voir en concert, il y a un peu plus d'un an au Centre Marius Staquet de Mouscron. Et il faut avouer qu'il n'avait pas laissé un souvenir impérissable. Depuis, Nicolas a fait de nets progrès. A l'instar d'un Dominque A, il est seul sur scène. Et joue de la guitare en se servant de multiples pédales de distorsion, tout en s'appuyant sur un programmateur de boîtes à musique. Qu'il maîtrise aujourd'hui à la perfection. Et puis il chante. Dans la langue de Molière. Ce qui n'est pas un problème. Là où le bât blesse, c'est sa voix. Un peu trop déclamatoire, elle ne parvient que trop rarement à donner du relief à sa musique. Et Nicolas a eu beau essayé de se démener sur ses six cordes, le set ne décollera jamais.

Auteur d'un chouette deuxième album, Austin Lace pratique une pop légère aux mélodies rafraîchissantes et contagieuses. Après avoir écouté leurs chansons, on a envie de les siffloter. Et pas seulement sous la douche (NDR : faut dire que dehors, il faisait un temps de chien !). Une musique qui vous donne envie de prendre la vie du bon côté. Bien loin de tous les tracas de la vie quotidienne. Et quoique sans grand éclat, leur prestation a un côté ensoleillé qui fait du bien en cette période de l'année. Et puis, il y a Fabrice. Le chanteur/guitariste. Une très très belle voix, dont les variations de timbre sont tout bonnement impressionnantes. Et lorsqu'elle se conjugue en harmonie aux backing vocals de Fred (le drummer) et de Lionel (le guitariste), je ne puis m'empêcher de penser aux Papas Fritas. Un regret : sur les planches, les fioritures jazzyfiantes qui émaillent leur elpee (« Easy to cook »), passent pratiquement inaperçues.

Crumble Lane doit avoir beaucoup écouté Green Day pour dispenser un semblable style musical. Qu'on a qualifié de noisecore, de skate-punk ou de harcore juvénile suivant les époques. Malheureusement, Crumble Lane n'est pas Green Day. Et leurs mélodies ont beau être soignées, elles sembles toutes calquées dans le même moule. Aussi après dix bonnes minutes, j'ai préféré m'éclipser…

Issu de la région de Liège, Hollywood P$$$ Stars avait laissé une excellente impression lors de son passage à l'édition 2004 du D'Hiver Rock. Une bonne raison pour les réinviter cette année. Et puis, leur premier véritable elpee, « Year of the tiger » est un régal. Un disque où si la forme est encore et toujours de l'emo et de la pop, le fond flirte avec du bon rock mélodieux et fougueux, teinté parfois d'électronique. On y recèle même des titres plus calmes, mais l'essentiel réside dans ces solos aux guitares incisives qui se cherchent des noises. Et pendant la moitié du set, H.P.S. va démontrer tout son savoir-faire, développant sa sensibilité pop tout en imposant un son rageur. Toutes guitares dehors. Puis, la formation s'est lancée dans un trip semi psychédélique, semi métallique. Une défonce au cours de laquelle elle s'est fait plaisir c'est une certitude. Personnellement, ce type de voyage ne me dérange pas trop. Pourvu que l'on sache où l'on va. Or j'ai la nette impression que le groupe ne le savait plus trop lui-même. Vu les capacités d'H.P.S., l'important est peut-être qu'ils s'en soient rendus compte. Ce qui n'a pas empêché une bonne partie du public d'apprécier l'escapade…

Flatcat doit avoir beaucoup écouté Green Day pour dispenser un semblable style musical. Qu'on a qualifié de noisecore, de skate-punk ou de harcore juvénile suivant les époques. Malheureusement, Flatcat n'est pas Green Day. Et leurs mélodies ont beau être soignées, elles sembles toutes calquées dans le même moule. Aussi après dix bonnes minutes, j'ai préféré m'éclipser… Paraît que le groupe s'est quand même illustré en invitant une partie du public sur scène.

Ghinzu était bien la tête d'affiche du festival. Et avant même de monter sur les planches, la formation bruxelloise avait mis le public dans sa poche (NDR : faut dire que leur deuxième album, "Blow", est tout bonnement impressionnant). Très concentrés, costards/cravate à la Tarentino, les musiciens font monter l'intensité. Morceau après morceau. Un peu à la manière de Radiohead circa « OK Computer ». Calfeutré derrière son instrument, John, le chanteur/claviériste se lève épisodiquement, un peu comme s'il était secoué par une décharge d'adrénaline, avant de se rasseoir. Et puis, soudain l'adrénaline est trop forte, et John abandonne ses ivoires pour empoigner une six cordes. Histoire de faire encore monter la pression. A partir de cet instant, le set va littéralement s'enflammer. Mais avec une maîtrise digne de vieux pros. Même lorsque le guitariste se laisse porter par le public (NDR : oui, oui, comme Peter Gabriel !). Un guitariste qui passe même aux drums pour un titre de trash funk metal absolument dantesque, le batteur ayant de son côté troqué ses baguettes pour le clavier. En rappel, Ghinzu se lance dans une version particulièrement glamoureuse du « Purple Rain » de Prince. John ne tient plus en place. Il décide d'empoigner un porte-voix et vocifère à tue-tête pendant que ses comparses gesticulent dans tous les sens. Ovation ! Alors que le groupe s'est déjà tiré. Les mauvaises langues diront qu'ils commencent à attraper la grosse tête. Des bruits confirmés par certains organisateurs. N'empêche, quel concert !

 

Lokerse Feesten 2007 : dimanche 12 août

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Pour cette dernière journée des 33èmes Lokerse Feesten, les organisateurs avaient choisi l’éclectisme en programmant à la même affiche le folk irlandais des Pogues, le grunge US des Lemonheads et le punk batave des Heideroosjes.

Chez les Pogues il faut s’attendre à toutes les surprises. Parfois aussi bonnes que les sensations d’une bonne Guinness portée aux lèvres dans la chaleur moite d’un pub irlandais. Mais souvent aussi mauvaises que les dépressions centrées au-dessus de l’île verte. Ainsi, la dernière fois qu’ils se sont produits au complet en Belgique, c’était en 1991… au Pukkelpop. Probablement la pire prestation accordée par leur chanteur Shane MacGowan. Quelques mois plus tard, son propre groupe n’hésitait d’ailleurs pas à le virer. Les fans se souviendront longtemps de ce show, au cours duquel les musiciens n’avaient de cesse de fusiller du regard un MacGowan imbibé d’alcool et sous l’emprise de substances illicites. Soutenu par son pied de micro, c’est à peine s’il pouvait encore fredonner l’une ou l’autre bribe de chanson. Le combo a ensuite poursuivi sa route sans son chanteur/compositeur. Plusieurs années de suite. Et circonstanciellement, Joe Strummer est venu leur prêter main forte. Comme lors d’un festival gantois auquel votre serviteur avait assisté. De son côté, Shane avait tenté péniblement de continuer en solo. Puis flanqué d’un nouveau groupe : The Popes. Sous cette formule il s’était produit au Vooruit en 1996, lors du Schwung festival à Roulers en 1998, mais avait annulé également à deux reprises : au festival folk de Dranouter (où les Pogues auraient pu être plus logiquement programmés cette année) et lors des Nuits de l’entrepôt du Luxembourg. Il est dès lors tout à fait compréhensible que la présence des Pogues (réunis) sur notre sol belge reste un événement attendu mais en même temps très hypothétique. Hypothétique, d’autant plus que la bande de joyeux lurons irlandais sont programmés à 23h45. Ce qui leur laisse beaucoup de temps pour déguster notre bonne bière nationale en coulisses… Alors viendra (et dans quel état ?), viendra pas ? Jamais deux sans trois ! Après les deux forfaits déclarés par Shane MacGowan, à la dernière minute… D’autre part, c’est la 13ème fois que j’assiste à un de leurs sets, ce soir. Ce chiffre devait bien me porter chance…

Sur le coup de 23h45, on a de quoi être rassuré : le band débarque et son chanteur suit, titubant à peine. Dès le début du show, il est évident que toute la troupe, y compris son leadeur, est en grande forme ! Le show débute par les traditionnels « Streams of Whiskey » et « If I should fall from grace with god ». De quoi faire bouger la foule. Mais aussi fredonner en chœur les « Broad majestic Shannon » et autre « Pair of brown eyes » qui s’ensuivent. Preuve de sa vitalité, Shane MacGowan ne s’assied jamais sur le tabouret sis derrière lui, si ce n’est pour y déposer son précieux breuvage ; et il ne quitte la scène que pour céder le relais à Spider Stacey pour « Tuesday morning » ou Terry Woods dans « Young ned of the hill ». Les pogos et autres farandoles s’enchaînent, entraînant jeunes et moins jeunes, Wallons et Flamands, fans belges et venus parfois de loin… Après une bonne heure de concert, et un « Sick bed of Cuchulainn » au cours duquel l’ambiance monte encore d’un cran, le band prend congé du public. Sans trop y croire, celui-ci réclame pourtant un rappel. Les Pogues sont dans un bon jour. Et ils vont même se montrer très généreux à l’égard de l’assistance en leur réservant un bon lot de surprises. Les musiciens changent tous de rôle. Shane passe au backing vocal, et c’est le batteur Andrew Ranken qui se réserve le micro pour interpréter « Star of the county down ». Deux titres plus tard, chacun y met du cœur sur un « Fiesta » clôturant définitivement un des meilleurs concerts accordé par The Pogues à ce jour. (NDR : avis unanimement partagé sur les forums de ses fans).

Les spectateurs de Lokeren, et son cadre bucolique, n’ont rien eu à envier ce soir à la Brixton Academy et aux précédentes réunions de Noël ou de Saint-Patrick. Et les nombreux aficionados venus d’outre-Manche garderont un tout bon souvenir de leur mini-trip en Belgique, d’autant plus que le show en Suède deux jours auparavant avait été qualifié d’exécrable. En outre, la prochaine date prévue dans un festival folk anglais était déjà pressentie comme annulée. Quand je vous disais qu’avec The Pogues il fallait s’attendre à tout ! Les absents de Lokeren ont manqué ce qui risque, à chaque fois, d’être la dernière bonne occasion (vu l’état de santé de Shane Mac Gowan) de revoir le groupe de référence de punk/folk irlandais.

Set List : “Streams of whiskey”, “If i should fall from grace with god”, “Broad majestic shannon”, “Turkish song of the damned”, “Young ned of the hill”, “A pair of brown eyes”, “Boys from the county hell”, “Tuesday morning”, “Kitty”, “Sayonara”, “Repeal of the licensing laws”, “Sunnyside of the street”, “Body of an american”, “Lullaby of London”, “Dirty old town”, “Bottle of smoke”, “Sick bed of Cuchulainn”

Encore : “Star of the county down”, “Sally MacLenane”, “Rainy night in Soho”, “Fiesta”

Plus tôt en soirée, ce sont aussi des survivants que l’on n’attendait plus : Evan Dando et ses Lemonheads ont foulé les planches flandriennes. Après avoir connu une période de gloire fin des années 80 et début des années 90, ponctuée par la sortie de l’incontournable album « It's a shame about ray », le groupe avait fini par s’éteindre vers 1996. Faut dire qu’il avait longtemps surfé sur la vague grunge. Evan Dando de son côté avait entrepris une carrière en solitaire. Dix ans et quelques changements de line up plus tard, Dando a reformé son band pour graver un opus sobrement intitulé « The Lemonheads ». Sur scène, le combo arbore (consomme) un look (style) grunge. Comme à ses débuts. Les influences de Nirvana et même de Dinosaur Jr (Jay Mascis a d’ailleurs collaboré à la confection de leur dernier opus) sont très palpables tout au long du set. Si sur disque les guitares laissent parfois la place à l’acoustique et aux ballades pop-folk, ce soir, à Lokeren, le ton est définitivement noisy/grunge voir punk. Epinglant quelques tubes comme « Into my arms » ou « It's a shame about ray », mais interprétés sous une forme plus que sauvage, les Lemonheads parviennent à capter l’attention de leur public… jusqu’à une certaine heure... Car visiblement, Evan Dando a sympathisé avec les Pogues en coulisses, et semble avoir abusé de l’apéro en leur compagnie. Et autant l’ancienne bassiste responsable des backing vocals, Juliana Hatfield, était agréable à regarder et à entendre jouer, autant son remplaçant chante manifestement faux. Au fil du temps, le show devient de plus en plus brouillon. Etait-ce voulu ou pas, une chose est sûre, cette détérioration du son a gâché ce qui aurait pu être un bon concert. Evan Dando a pourtant voulu revenir sur le podium en solo ; mais les organisateurs l’en ont empêché. Une situation plutôt fâcheuse lorsqu’on tente un come-back et que cette tentative se solde par un cuisant échec…

En tout début de soirée, la prestation de Heideroosjes ne m’a pas particulièrement bottée. La formation jouit d’une réputation qui va bien au-delà de leurs Pays-Bas et du Nord de la Belgique. Une preuve ? Ils sont signés par le célèbre label yankee Epitaph aux côtés de grosses pointures du genre comme Nofx, Bad Religion ou Millencollin. L’écoute de quelques titres suffit pour comprendre que leur punk navigue encore très loin de celui pratiqué par leurs compagnons de label. Et il manque surtout de finesse. A l’instar du vocaliste qui pense avoir trouvé la bonne punk-attitude en rotant entre chaque morceau… Heureusement, si lors de certains festivals, le public est obligé d’attendre (im)patiemment la suite des événements, Lokeren offre de multiples alternatives. De nombreuses festivités connexes sont organisées au cœur de la ville. Et si vous voulez vous éloigner quelque peu des décibels, il vous est loisible de visiter la ville, de vous promener le long du canal (Durme), de fréquenter ses pubs, sa foire ou encore d’assister à d’autres concerts gratuits sis à quelques pas du site. De quoi se reposer quelque peu les oreilles, avant de revenir vous plonger dans le vif du sujet, frais et dispos…

De Heideroosjes + The Lemonheads + The Pogues

Organisation : VZW Lokerse Feesten, Lokeren

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