La première ébauche de Beguiling Junior

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Le fossé à franchir par Snake Mountain Revival

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Festival Domino 2003 : du 7 au 16 avril.

Pour sa septième édition, le Festival Domino organisé par l'Ancienne Belgique aura fait le plein et proposé une belle brochette d'artistes atypiques en marge de la pop. De la cold wave tamisée d'Interpol à l'électro-jazz tarabiscoté du big band norvégien Jagga Jazzist, dix jours de musique inclassable et moderne, d'effervescence salvatrice et d'expérimentations sonores sans complexes. Malgré quelques temps morts et de légères déceptions, Domino n'aura donc pas failli à sa réputation : celle d'un festival incubateur de nouvelles tendances, plate-forme tête chercheuse du meilleur de la pop, du rock, du hip hop et de l'électro d'aujourd'hui et de demain.

C'est un groupe belge, et wallon de surcroît, qui aura ouvert les festivités (lundi 7 avril) : Girls In Hawaii, dont on attend avec impatience le premier album. En conjuguant mélodies bien ficelées et chant anglophone sans accent, ce tout jeune groupe de musiciens déjà aguerris aura séduit le public, pourtant majoritairement néerlandophone. C'est qu'il s'agit là d'un exploit : de mémoire, on n'avait plus vu de groupe wallon sur la scène de l'AB depuis belle lurette… Pour l'occasion, le chanteur n'aura de cesse de remercier le public en flamand dans le texte : sympathique. « Found In The Ground », leur premier single, est déjà diffusé en boucles sur les ondes… francophones. Sûr que leur passage à l'AB leur ouvrira d'autres portes, d'autant qu'on les compare déjà à dEUS… signés eux aussi, alors que personne ne voulait d'eux, sur un label « wallon » (Bang !, en l'occurrence). Un seul hic : les chansons laissent un goût d'inachevé, comme s'il manquait un couplet/refrain pour vraiment nous accrocher. Une affaire de temps et de répétitions, mais d'ores et déjà on tient, avec Girls In Hawaii, un futur grand groupe.

Ed Harcourt, lui, n'a plus grand chose à prouver : ses deux albums (« Here Be Monsters » et « From Every Sphere ») sont d'une qualité irréprochable – de la pop orchestrée à la manière d'un Brian Wilson, céleste et envoûtante. Pourtant, son concert n'aura pas répondu à toutes nos attentes, en cause sa voix un peu rauque et fatiguée (« C'est parce que j'ai léché des chats hier, à Amsterdam… »), et surtout ces conditions live, qui noient la finesse habituelle des arrangements dans un volume sonore plus qu'approximatif. En ouverture, un vieux morceau au piano, « Whistle of A Distant Train » augurait pourtant du meilleur. « All of Your Days Will Be Blessed », certes plus pop-rock, confirmait cette belle entrée en matière… Mais déjà l'on sentait, après le premier refrain, un certain essoufflement : Ed Harcourt aurait pu faire de ce titre un tube sur lequel remuer la tête et taper gaiement du pied… Il le chanta avec une telle paresse qu'on applaudit poliment, au lieu de crier « Encore ! », un grand sourire barrant notre visage. La suite fût du même tonneau, avec quand même quelques éclairs de génie : « Apple of My Eye » et « Late Night Partner » (une nouvelle chanson, jouée en solo) en rappel, l'amusant « Ghost Writer » aux allures de ballade à la Tom Waits, « Something In My Eye » et « She Fell Into My Arms »,… Bref que des anciens morceaux, ou presque. Les titres de « From Every Sphere » manquaient soit de punch, soit d'élégance. On avait déjà connu Ed Harcourt plus en forme, même si le bonhomme aime toujours autant prendre le public à partie et faire le pitre, comme lors du titre « Jetsetter », à la fin duquel il demanda aux gens d'aboyer au lieu d'applaudir. Décidément, ce type fait une fixation sur les animaux domestiques : ce soir, il fût davantage bouledogue que lévrier.

Le lendemain (mardi 8 avril), autre soirée pop-rock, en fin de compte pas plus marginale que celle de la veille : le festival Domino, si l'on s'en tient à sa volonté de défrichage hors-pistes, débute donc gentiment, sans vraiment remplir son cahier des charges. Qu'importe : Interpol et Dead Man Ray restent suffisamment originaux pour faire semblant d'être ‘en marge de la pop’, le credo de Domino. C'est aux Anglais (Brighton) de British Sea Power qu'il revint la tâche, difficile, de débuter la soirée. Leur rock déjanté quoique balourd n'aura pas fait de vagues : imaginez The Beta Band et Motörhead batifolant en plein Summer of Love, mais sans leur classe. Anecdotique, si ce n'est leur accoutrement (cagoules, casques, oiseaux empaillés,…).

Dead Man Ray, comme d'habitude, aura laissé planer une impression douteuse : entre élans soniques indomptables et impros blues-rock impénitentes, les Anversois auront soit subjugué, soit ennuyé. Parce que pour les apprécier, il faut aimer le bitume, la grisaille urbaine, le blues des grandes métropoles. Parce que leur rock moderne semble taillé pour l'écoute en voiture, « Sur la route ». Pour ce concert, Dead Man Ray aura surtout joué des morceaux de « Cago », en égratignant au passage Studio Brussel, qui refuse de passer leur nouveau single, « Need », sous prétexte qu'il n'est pas radiophonique… Daan était en méchante forme, dédiant leurs chansons aux « chevaux dans la salle » (« Horse »), « à ceux qui croient à demain mais pas à après-demain », « à Maurice (Pialat ?) qui est mort », tout en se félicitant de ne pas avoir évoqué l'Irak (une gageure il est vrai). Voir Dead Man Ray sur scène, c'est toujours une expérience intéressante…

Tout comme Interpol, dont c'est déjà la troisième venue chez nous en quelques mois. On a déjà dit ce qu'on pensait de leur musique : une féroce relecture de Joy Division, des Smiths et de Television, des refrains imparables, une classe mortelle,… Encore une fois les cinq New-Yorkais auront fait mouche, surtout qu'on sent maintenant la machine bien rodée. Même le français de Paul Banks (le chanteur) s'améliore. Côté musique, que du bon, entre colère rentrée (« Roland » en ouverture, « PDA ») et envolées vers les anges (« Untitled », « Hands Away »). Certains leur reprocheront ce style trop appuyé : une marque de fabrique qui les sert autant qu'elle les ligote. Nous, on aime, et tant pis si leur cold wave/post-punk sent parfois le renfermé. Ils n'inventent rien, ce qui ne les empêche pas, bien au contraire, de nous impressionner. Pour finir cette soirée, un peu d'électro gentillette avec Tujiko Noriko, énième émule, cette fois nippone, de Björk. Pas de bol : son laptop en berne, on n'aura pas retenu grand chose. Quelques bribes de Fennesz (ces clicks and cuts), des mélodies colorées et une voix retravaillée en direct : bien sympa, mais quand la machine déraille, l'électronicien se trouve toujours bien dépourvu.

Jeudi 10, soirée hip hop avec le label Definitive Jux : d'abord Cavemen Speak, combo avant-hop de Courtrai (trois Belges, deux Suédois) aux rimes intelligentes et au tapis de beats subtils et soyeux. Leurs albums (« Wooden Cast » et le récent « Shadowanimalssolos ») se composent de longs épisodes rappés qui se suivent comme autant de chapitres d'une même histoire, peuplés de personnages fantasques aux noms biscornus (dAn&theiDIOt, Homesick Nomad, The Boring Siaz, Spleenventer, Radical,…). A suivre de près.

Quant à Beans, échappé en solo de (feu) Anti-Pop Consortium, son électro-hop squelettique aura davantage interloqué que convaincu. Seul avec son lecteur CD portable, le rappeur n'eut en effet pas peur du ridicule : plus DIY que ça, tu meurs. Au moins, ça évite les notes de frais en roadies : suffit d'appuyer sur « Play » et de rapper tranquille, comme sur le disque. Plus fort encore : sans musique, genre spoken word sans chichi. Extrême, sans doute. Un peu facile aussi.

Heureusement pour les amateurs de hip hop grognard et plus scénique, il restait El-P et Murs (+ le Dj de Cannibal Ox aux Platines), qui se partagèrent le show avec poigne et une bonne dose d'humour noir. Sans cesse sur la corde raide entre rap couillu et beats de haut vol, les deux compères de Def Jux réussirent à mettre le feu au public de l'ABBOX, pourtant clairsemé. Au programme : diatribes anti-Bush, exhortations bombastic et « battles » violentes, dans le plus pur esprit old school. Amusant mais déconcertant : on croyait assister à un concert de hip hop aventureux (écouter les disques)… On a eu droit à du gros son plus festif que vraiment inventif.

Pendant ce temps, au Club : Erlend Oye et son « Ful Effect Show », bref accompagné de vrais musiciens, venus tous ensemble défendre l'album du jeune blanc bec de Kings Of Convenience, « Unrest ». Contrairement à son récent passage à Namur, Erlend s'est donc donné pour tâche ici de rendre le plus fidèlement possible les chansons électro-folk qu'il a composées à travers le monde ces deux dernières années, de New York à Berlin. Au final, on retiendra pourtant une envie furieuse d'orienter encore davantage ses morceaux du côté du dance-floor : des titres comme « Sudden Rush » ou « Like Gold » faisaient ainsi la part belle aux gros BPMs, s'étirant sur plus de cinq minutes pour laisser le loisir au public (ravi) de se lâcher « à donf ». Mais celui qui s'amusait le plus, c'était encore Erlend, sautillant comme un ado attardé, sur scène ou dans la salle. Le concert, à maintes reprises, prenait alors des airs de surboum d'annif, avec le Norvégien en clown à grosses lunettes (mais cette fois sans moustache). Quelques inédits, une version allumée de « Remind Me » et un « Everybody Party Has A Winner And A Loser » seul à la guitare en clôture, et Erlend pouvait rentrer chez lui satisfait : la fête a battu son plein, tout le monde s'est bien marré, il pourra revenir l'année prochaine.

Samedi 12, rendez-vous était pris avec The Mars Volta, le nouveau groupe d'Omar Rodriguez et de Cedric Bixler, ex-At The Drive-In. Leur album sort en juin, et l'on peut déjà dire qu'il sera une vraie bombe, à en juger par les morceaux joués ce soir, d'une puissance et d'une inventivité au-delà de tous soupçons. The Mars Volta joue du rock apocalyptique, sans cesse sur le fil du rasoir, avec violence et emphase. Mais pas seulement : dans des titres comme « Drunkship of Lanterns » (téléchargeable sur leur site, www.themarsvolta.com), on entend aussi du dub, du krautrock, du prog, de l'électro, du hardcore, du punk. Comme si King Crimson, Led Zeppelin, Fugazi, Captain Beefheart et Pink Floyd s'étaient réunis dans un même studio et avaient tapé le bœuf pendant des heures. En live, c'est encore plus fracassant : Bixler et Rodriguez sautent comme des dératés, tandis que les trois musiciens qui les accompagnent (un batteur molosse, un claviériste possédé, un bassiste concentré) tentent à peine de calmer le jeu. Sans doute que Mars Volta est la plus impressionnante artillerie live qu'on ait vu depuis belle lurette… Jamais stagnante, leur musique ne souffre d'aucun temps mort, la rapprochant en cela d'une certaine définition du free jazz. Fantastique !

Juste avant, à l'étage, Radian déroulait ses rythmiques hypnotiques et cliquetantes devant un parterre de fidèles. Ce trio (basse/batterie/laptop) originaire d'Autriche était déjà venu à la soirée Thrill Jockey des Nuits Botanique : à l'époque, on était resté sceptique. Cette fois, notre impression fût toute autre : rares sont en effet les groupes qui peuvent se targuer d'être tout à fait marginaux, presque seuls au monde… comme Radian. Le plus incroyable chez eux, c'est ce perpétuel décalage des résonances : le batteur frappe, et l'impact se ressent quelques secondes plus tard, filtré d'abord par le laptop. Sorte de post-rock plein de loops, la musique de Radian semble mourir à chaque instant pour mieux renaître, tourner sur elle-même mais pas tourner en rond, comme une implosion sonore capturée live et rembobinée à l'envers.

Hangedup est un duo canadien abrité par le label Constellation, maison de Godspeed You ! Black Emperor. Geneviève Heistek (violon) et Eric Druven (percussions) font d'ailleurs presque autant de bruit que leurs compagnons, et seulement à deux… Mais de bruit, Hangedup ne retient que la puissance, le retentissement : ainsi leurs pièces néo-baroques sonnent comme de véritables cathédrales de sons, construites sur la répétition et la surenchère (toujours plus vite, toujours plus fort), jusqu'à l'explosion, libératrice. Devant de telles montées d'adrénaline, difficile de rester calme. Comme on dit, « ça fait du bien par où ça passe ».

Un festival qui s'appelle « Domino » ne pouvait qu'accueillir le label du même nom pour une soirée-événement (dimanche 13) : les dix ans de cette maison londonienne toujours à l'affût des nouveaux talents, au catalogue impeccable et à l'esprit frondeur et conquérant. Au programme : Clearlake, Stephen Malkmus et Four Tet.

Les Brightoniens de Clearlake, malgré la très bonne tenue de leur deuxième album « Cedars », n'auront pas retenu l'attention du public. Dommage : leurs mélodies balèzes et leurs refrains accrocheurs rappellent le meilleur Go-Betweens, croisé avec la puissance de feu de QOTSA et la fraîcheur de la brit-pop d'il y a 7-8 ans. D'abord calme et timide (« The Mind Is Evil », « Keep Smiling ») puis davantage rouleau compresseur (« Come Into The Darkness », « Can't Feel A Thing »), la power-pop de Clearlake ne sait, en live, sur quel pied (nous faire) danser : voilà sans doute la raison de l'indifférence des gens présents ce soir, plus attentifs à l'heure qui passe qu'aux perles jetées en pâture par ce quatuor d'exception.

C'est que Stephen Malkmus traîne derrière lui une cohorte de vieux fans élevés à l'indie-pop, du temps où le chanteur dégingandé faisait encore de bons disques. Pensez donc que les « support acts », comme on dit, ces gens-là s'en lavent les mains… Pourtant, osons le dire, au risque de nous faire des ennemis : Malkmus sans Pavement, c'est comme du pain sans levure : ça ne prend pas. Son deuxième album solo, « Pig Lib », le confirme : finies les mélopées nonchalantes, vive les soli à la Eagles… Heureusement, l'ex-Pavement a gardé son humour (noir) : pendant tout le concert, on aura ri avec ses blagues à deux balles et ses prises de becs (avec sa compagne-bassiste Joanna Bolme), sans parler des pitreries de John Moen (le batteur). Entre chaque morceau, place donc à la discussion entre potes, de l'éloge de la Zélande (« Zeeland is lekker ») aux explications surréalistes des titres. Côté musique, « Jenny and the Ess-Dog », « (Do Not Feed the) Oyster », « Dark Wave » et l'inédit « Troubbble » auront été les plats de résistance.

Quant au reste… Four Tet, alias Kieran Hebden, termina la soirée en beauté, avec son électro-folk de haut vol. Son troisième album, « Rounds », sort début mai : un mélange réussi d'instruments acoustiques, de beats impressionnistes et de bruits du quotidien, servi ici sous la forme d'un mix abrasif plutôt dance-floor. On en reparle.

La soirée du mardi 15 fût sans doute la plus consistante, du moins si l'on s'en tient au discours en marge prôné par Domino (avant-gardisme et découvertes). Si Kim Hiorthoy était présent in fine durant tout le festival, à travers une expo de ses travaux réalisés pour les labels norvégiens Smalltown Supersound et Rune Grammofon, c'est en live qu'il frappa le plus notre esprit et nos oreilles. Parce que ce Scandinave aux allures de nerd n'est pas qu'un designer de talent : c'est aussi un électronicien doué, dont les deux albums (« Hei » et « Melke ») n'auraient pas à rougir d'une comparaison avec, au hasard, Boards of Canada. Sur scène pourtant, Hiorthoy n'hésite pas à durcir le ton, rajoutant à ses vignettes bucoliques de sautillants BPMs, jusqu'à parfois se lancer, hilare, dans une drum'n'bass incendiaire.

Mais la grande claque vint de Jagga Jazzist, un big band (10 musiciens !) électro-kraut-jazz (avant-lounge ?) d'une classe inouïe. Et d'une technicité époustouflante, à l'image du batteur-leader Martin Horntveth, au jeu de baguettes complètement déjanté. Du côté des influences, on pourrait citer Tortoise, Aphex Twin, John Coltrane, Squarepusher, Motopsycho, Herbie Hancock,… Mais on serait encore loin de la réalité. A la fois organique et sophistiquée, la musique de Jagga Jazzist ne cesse de surprendre, ne prévenant jamais l'auditeur de la tournure que prennent, à chaque instant, les beats, les cuivres et les percussions. Sans arrêt en déséquilibre et en renouvellement, les dix musiciens de cet orchestre extra-terrestre semblent ne faire qu'un, tout en laissant le hasard, fruit des plus belles idées, enrayer la machine. Jagga Jazzist est le seul groupe du festival à s'être fait ovationné pendant plus de dix minutes, laissant le public émerveillé : la preuve qu'il est encore possible d'emprunter des sentiers musicaux jusqu'ici vierges de toute empreinte humaine, sans pour autant laisser l'auditeur sur le bord de la route.

La soirée de clôture (mercredi 16) aura plutôt déçu : terminer par de la musique triste (mais pas sinistre) n'était sans doute pas une bonne idée. On aurait préféré fêter ça dans la joie et l'allégresse ! Mais non… Le blues, donc. Comme un lendemain de veille. D'abord avec Friends of Dean Martinez, trois gaillards aphones frappant leurs guitares (et leur batterie) dans l'autisme le plus obscur, pour qu'en sortent de longues plaintes instrumentales, entre Ry Cooder et Calexico, mais sans le soleil et la tequila. Un peu tannant… Surtout que dehors, il fait beau.

Et ce n'est pas Jackie-O Motherfucker qui va soigner nos maux de tête, et calmer cette envie tenace d'aller voir ailleurs (sur la terrasse d'un café, pour tout dire). Pourtant, à y écouter de plus près, on s'accroche à ce post-rock arthritique plus qu'expérimental, presque silencieux. En une heure et trois morceaux, ces Américains auront repoussé avec langueur les limites du rock, tout d'un coup plus proche de Sun Ra et de Steve Reich que de n'importe quoi d'autre.

Dehors, il commence à faire noir. Les nuages finissent par cacher le soleil. Le moment idéal pour savourer la sublime country-rock de Songs : Ohia, dont le dernier album, « The Magnolia Electric Co », est un chef-d'œuvre. Que s'est-il donc passé lors de ce concert, d'une banalité affligeante ? Les bières 33cl du bar de l'AB auraient-elle engourdi nos neurones, ou celles de Jason Molina, pour que celui-ci nous balance ses morceaux comme de vulgaires pastiches de Willie Nelson ? Entre les splendeurs de l'album et leur interprétation sur scène, on cherche encore le rapport… Certes, Songs : Ohia s'est parfois fendu de quelques riffs forts en gueule, et Molina n'a pas son pareil pour décocher des paroles d'une noirceur éclatante, mais il manquait à ce concert la foi et l'ardeur, comme sur les disques. Sans parler de l'ambiance, mortifère. Faut dire qu'avec Molina et ses sbires, on ne pouvait s'attendre au concert le plus folichon du festival. Mais au plus habité, oui. Domino s'est donc terminé sur une fausse note, au grand dam de ses organisateurs. Qui nous ont quand même fait découvrir de sacrés bons groupes, comme d'habitude. Rendez-vous est déjà pris pour l'année prochaine, avec une soirée de clôture on l'espère autrement plus printanière. 

Festival Les Inrocks 2003 : vendredi 7 novembre / The Sleepy Jackson + Martina

Chaque année, l'Aéronef de Lille accueille le Festival des Inrocks, pour le plus grand bonheur des mélomanes et de leur portefeuille (4 groupes pour le prix d'un). Cette année, beaucoup de rock'n'roll, revival oblige… sauf ce soir, où l'on aura pu voir à la fois de la soul-trip hop sensuelle, de la pop décervelée, du psychédélisme enfumé et du ska-northern-soul-rock-pop-et-quoi-encore-difficile-à-dire-avec-ces-types-de-The-Coral.

The Sleepy Jackson : en fait un type, Luke Steele, entouré pour l'occasion de tout un groupe au look improbable (un bassiste qu'on croirait échappé d'un groupe de métal, un choriste chevelu sorti de nulle part). Steele, lui, a une belle moustache, mais c'est aussi à la mode (cfr The Darkness et Kings of Leon). Quant à sa musique, elle est sympathique, à défaut d'être originale : de la pop joliment troussée, emprunte parfois de folk, de country et d'envolées hippies, preuve que notre ami a passé beaucoup de temps dans sa chambre à faire des Top 5 en écoutant des tonnes de vinyles. Parce que sa musique, donc, n'a rien d'exceptionnel : du recyclage, encore une fois, de Gram Parsons aux Flaming Lips, de Midnight Oil (il est australien) au Velvet Underground, des Beatles à Iron Butterfly. C'est bien emballé, cela dit, et sur scène ça en jette : « Good Dancers », Vampire Racecourse », « Miniskirt »,… Le reste n'est qu'une question de setlist, dont il est toujours difficile de se souvenir, surtout après deux heures de route, quelques bières et une mémoire de plus en plus défaillante à force de concerts et de décibels. Pfft ! C'est pas bien ce que je dis, mais c'est ce que m'inspire ce pseudo-groupe super chouette dont la destinée semble déjà toute tracée : on en parle partout, mais dans un an on ne s'en souviendra même plus, parce qu'il y en aura bien d'autres, des moustachus, avec des chansons cool et tout le reste.

Martina Topley-Bird, elle, peut au moins se reposer sur une carrière déjà bien remplie aux côtés de Tricky, son ex qui a viré rock'n'roll comme tout le monde et y a perdu son âme. En fin de compte, elle a bien fait de tenter sa chance en solo (« Quixotic »), tranquillement et sans esbroufe : toujours reléguée au second plan d'un univers moite et sordide qui lui devait pourtant beaucoup (« Maxinquaye », « Pre-Millenium Tension », deux chefs-d'œuvre), la voilà qu'elle se révèle à nous d'une autre façon, plus soul, plus languide, plus féminine. Sur scène, Martina n'a en tout cas rien perdu de son mystère, de cette aura sensuelle qui attise les regards et trouble nos hormones. Si ses compositions s'offrent à nous telles de douces sucreries, elles n'ont rien perdu, une fois déchiré l'emballage et le caramel fondu dans la bouche, de leur intrigante noirceur. On danse, mais sans joie, plutôt portés par un réflexe moteur qui réagit aux basses… Comme si cette fille usait de ses charmes vocaux (et physiques) pour nous hypnotiser, avant de nous sucer le sang et de nous étreindre dans un dernier soupir. Brrr ! Vite, au bar, qu'on reprenne ses esprits après telle dérive hallucinatoire. Quelqu'un n'aurait pas du hachisch ? Ben oui, après c'est les Warlocks…

G. E.

Une claviériste, un bassiste, deux drummers et trois guitaristes dont un chanteur : les Warlocks montent sur scène dans un halo de fumée et sous un light show de couleur rouge. Un peu comme lors d'un concert de Cure. Si bien que tout au long du set, on ne distinguera pratiquement que les silhouettes des musiciens. Dont les longues chevelures retombent sur des tenues sombres, probablement en cuir. Et les premières compositions surprennent par leur accessibilité. On se croirait presque à un concert des Dandy Warlocks. Pardon, des Dandy Warhols, tant les mélodies sont hymniques. Mais progressivement, les sonorités s'épaississent et font alors place à un univers cosmique, ténébreux, psychédélique, hallucinatoire. Un trip dense, intense, hypnotique, auquel il est impossible de résister. Seule, la voix nasillarde, gémissante, sorte d'hybride entre Shaun Ryder, Iggy Pop, Tim Booth et Mark E. Smith s'élève de cet éther sonique au cours duquel l'électricité ondoie, oscille, se consume, scintille ; bref nous envoûte. A charge de Corey Lee Garnet, le soliste, de jouer de ses pédales pour nous tourmenter, nous torturer davantage l'esprit. Tour à tour les images du Velvet Underground, de My Bloody Valentine, de Jesus & Mary Chain, de Joy Division et de Slowdive traversent votre subconscient. Et en apothéose le groupe déposera la cerise (NDR : cerise ?) sur le gâteau, en interprétant un « Hurricane heart attack » absolument dantesque. Le bonheur ! Et dire que le son était pourri !

Curieux, alors que j'avais assisté au set de The Coral, en première partie de Blur, à l'Ancienne Belgique, j'éprouve encore quelques difficultés à cerner leur style musical. Faut dire qu'entre leurs deux albums, la différence est sensible. Et que sur les planches, on a l'impression que leur premier opus éponyme sert davantage de ligne de conduite. Pas que le groupe écarte les plages issues de son nouvel elpee (« Magic & medecine »), mais parce qu'il les interprète avec l'esprit du précédent. C'est à dire un psychédélisme teinté de New Mersey Sound. Pensez aux mythiques Teardrop Explodes et à Wah ! (NDR : à vos encyclopédies !). Encore que parfois, on a l'impression que leur musique est hantée par l'excentricité 'scally' des Charlatans, voire d'Inspiral Carpets. Donc mancunienne. A cause de ce recours aux claviers rognés. Etonnant pour un groupe issu de Liverpool. Et lorsque ce psychédélisme se teinte de country/folk, c'est plutôt aux Bluetones qu'on se met à penser. Maintenant revenons au set. Etonnant de maturité pour un groupe aussi jeune. D'ailleurs, derrière ce vernis espiègle et juvénile, ils affichent une technique irréprochable. Mais empreinte de fraîcheur. Epaulé par de superbes harmonies vocales angéliques, acidulées, James Skelly impose son timbre de crooner. Capable même d'épouser les inflexions de Neil Diamond. Encore plus étonnant pour ce visage de poupon ! Parfois il empoigne les maracas, puis ferme les yeux, comme s'il était sur pilotage automatique. En final, The Coral s'aventure dans un périple sonore interstellaire, magique, tempétueux, hallucinatoire. Un peu comme si leur voyage dans le passé était réalisé à l'aide d'une machine à remonter le temps. Mais nonobstant ses incessants clins d'œil au passé, leur musique se conjugue bien au présent. C'est sans doute la raison pour laquelle, il n'y a pas eu de rappel…

B.D.

Festival Les Inrocks 2003 : samedi 8 novembre

Écrit par

Ayant déclaré forfait à la dernière minute, les Black Keys ont été remplacés par les Domestics, une formation issue de la région lilloise qui jouit d'une certaine réputation sur la scène locale. Un emploi du temps trop chargé ne m'a pas permis d'assister à leur set. Mais d'après les échos recueillis, ils se sont plutôt bien débrouillés. A voir ou à revoir donc…

Les Bellrays s'étaient produits à l'Aéronef en février dernier. Une prestation dévastatrice qui m'avait agréablement surpris. Depuis le quatuor californien a changé de drummer et commis un nouvel album (« Grand Fury »). Mais en prenant soin de ne rien changer à sa musique. On y retrouve toujours l'urgence et la fulgurance de leur soul punk. Un cocktail aussi étonnant que détonnant, fruit d'un croisement hypothétique entre MC5 et Tina Turner. Parce que les Bellrays possèdent une chanteuse noire au timbre vocal exceptionnel : Lisa Kekaula. Un timbre qui évoque tour à tour Janis Joplin, Aretha Franklin et bien sûr Annie Mae Bullock. Elle est un peu plus enveloppée, mais son jeu de scène est aussi sauvage, félin, sensuel et instinctif. Derrière le trio de blancs déverse sa lave de rock'n'roll basique, lorsqu'il ne manifeste pas des accès de blues tribal, venimeux. Lisa en profite alors pour agiter son tambourin, un peu comme si elle voulait reproduire le sifflement du serpent à sonnettes… 

Pour accomplir leur tournée, les Raveonettes ont engagé un second guitariste et un drummer. Si le premier s'est beaucoup déhanché tout au long du set, le second a surtout brillé par son efficacité. Pas seulement parce qu'il conserve constamment un casque sur les oreilles. Mais parce que son drumming robotique (NDR : et son look kraftwerkien !), irréprochable, correspond parfaitement au style pratiqué par le duo danois. Un style fondamentalement noisy, hypnotique (NDR : les mauvaises langues diront répétitif), glacé (NDR : …glacial), monocorde (NDR : … monotone), ténébreux (NDR : … nébuleux) qui doit autant à Jesus & Mary Chain que My Bloody Valentine. A cause de cette électricité constamment distordue, trempée dans le feedback, angulaire. Puis de ces harmonies vocales atonales, échangées entre Sune Rose Wagner et Sharin Foo. Enfin de ce fil mélodique attaché viscéralement au si bémol. Parce que l'attitude est totalement différente, visiblement inspirée de films de série B tournés au cours des fifties et des sixties… Enfin, c'est le message que les Raveonettes essaient de faire passer. Et la reprise du « C'mon everybody » d'Eddie Cochran en est la plus belle démonstration. Mais l'attention du public (NDR : masculin, bien sûr !) est surtout focalisée sur Foo. Elle est très belle. Comme on colle aux affiches ! Aussi belle que Debbie Harry aux débuts de Blondie. C'est peu dire. Bon et le concert alors ? Ben, je confesse avoir partagé une même polarisation que le public… masculin, bien sûr !…

Il appartenait à Hot Hot Heat de clôturer le festival des Inrocks, édition 2003. Un quatuor canadien. De Victoria, très exactement. Un groupe qui a commis son premier album cette année (« Make up the breakdown »), mais dont le succès procède essentiellement de son hit single : « Bandages ». Et la formation a eu le bon goût de ne l'interpréter qu'en fin de concert. Histoire de démontrer que son répertoire ne se limite pas à un single. Steve Bays, le frontman, est un personnage assez pittoresque. Très mince et pourtant à l'étroit dans ses jeans trop serrés, la chevelure abondante et bouclée, il se réserve à la fois le chant et les claviers. Le plus souvent il en joue de la main droite en tenant son micro de la gauche. Parfois il se balance au-dessus de son instrument, lorsqu'il ne se cache pas derrière. Mais lorsqu'il n'en joue pas, il arpente la scène de long en large en haranguant le public, pour l'inviter à danser. Ou à frapper des mains Parfois aussi, tous ses membres tremblent, un peu comme le Prince du début des eighties. Et en chantant ou plus exactement en opérant ses arabesques vocales, il lui arrive de tirer la langue. Un peu comme dans les marionnettes du Muppets Show. Pendant ce temps, les trois autres musiciens assurent leur rôle. Très sobrement, mais surtout très efficacement. Dans un style new wave/power pop contagieux, convulsif réminiscent d'XTC, même si parfois les mélodies ne sont pas sans rappeler Dexy's Midnight Runners. Alternant morceaux issus du dernier opus et de leur précédent EP, Hot Hot Heat accordera même un rappel, au plus grand bonheur du public définitivement conquis par leur prestation.    

Pukkelpop 2003 : jeudi 28 août

On avait dit qu'il ferait chaud cette année à Kiewit, vu la canicule qui frappa notre plat pays pendant presque deux mois… C'était bien entendu une prédiction d'amateurs, puisque durant ces trois jours de fiesta musicale, il y a eu de la pluie… La première nuit, ce fût la tornade : heureusement, notre tente n'en aura pas trop souffert… Pas comme celles de certains (environ 600 campeurs), qui auront du dormir tant bien que mal dans un entrepôt des usines Phillips. L'année prochaine, promis, on ne jouera plus aux apprentis météorologues ! Il n'empêche qu'on s'est bien amusé, et qu'avec chance la boue ne transforma pas le terrain en merdier impraticable.

Pourtant, tout commença dans l'ambiance la plus estivale, le soleil au rendez-vous et The Coral sur les starting blocks : les six gamins (le plus vieux n'a que 21 ans) d'Angleterre n'auront pourtant pas convaincu les quelques centaines de festivaliers venus les applaudir, sans doute agacés par ce jam à rallonge pendant " Goodbye ", qui dura 15 minutes sur un set… d'une demi-heure. Avant cette démonstration en roue libre de leur talent d'instrumentistes hors pair, The Coral aura juste eu le temps de bâcler quatre chansons (" Bill McCai ", " Calendars & Clocks ", " Skeleton Key ", " I Remember When "). C'est un peu fort de café pour un groupe qui avait la dure tâche d'inaugurer les festivités sur la Main Stage… Les fans de " Dreaming of You " en auront eu pour le frais. A ceux-là, on conseillera de revenir les voir en première partie de Blur dans deux mois (mais, hum, c'est déjà complet).

Après les jeunes, les moins jeunes : avec DAF dans le Dance Hall, on pouvait s'attendre à quelque chose de puissant, malgré la nostalgie. C'est que Gabi Delgado Lopez (le bras dans le plâtre) et Robert Görl (caché derrière son synthé) ne sont pas nés de la dernière pluie : leur électro-pop tourne dans nos lecteurs depuis vingt ans, surtout depuis que l'elektroklash les a rappelés à notre bon souvenir. Normal qu'avec tous ces pilleurs de tombe, le duo allemand revienne au devant de la scène pour montrer qui sont les chefs. Un nouvel album, et ce concert-événement, bien que d'un ennui profond : à part " Der Mussolini " et " Alles Ist Gut " (et encore), ce live de DAF n'aura eu pour seul impact que nous convaincre d'une seule chose – que la langue allemande c'est bien moche et que l'EBM c'est pour les ringards.

En ces temps de rock'n'roll revival, mieux valait se taper Electric Six, les seuls Américains qui osent se moquer de Bush (le clip de " Gay Bar ") et pratiquer du disco-rock sans tomber dans le ridicule. " Fire ", le disque, est une vraie bombe. En concert, c'est pareil, même si le son est rarement à la hauteur de leurs compos farfelues. Dick Valentine hurle comme un Mike Patton castré, et ces copains moulinent comme des dératés. Dans le public, la sauce prend bien, surtout lors des fameux " Danger ! High Voltage " et " Gay Bar ". Le feu, la guerre nucléaire, les femme, la danse, les gays, le rock : Electric Six, c'est le mauvais goût pratiqué avec classe. Une autre preuve ? La reprise de " Radio Gaga " de Queen, même pas pathétique. Ces gars-là sont très forts.

Quid de Alien Ant Farm, Damien Rice, The Teenage Idols, Donna Summer ? 1/ Ces blaireaux d'Alien Ant Farm ont bien de la chance d'avoir pour ami un certain Michael Jackson : sans cette reprise rigolote de " Smooth Criminal ", sûr que ces tâches n'auraient jamais connu le succès. Leur musique est laide, le chant est atroce, les refrains d'une pauvreté insondable. Suivant.

2/ Damien Rice, pas vu. De loin, en passant. Cet Irlandais chante des chansons tristes, à l'instar d'un Tom McRae ou d'un Ron Sexmith. C'est beau, mais sous une tente à moitié vide (le Marquee, trop grand, faute de Club cette année), ça fout un peu les chocottes. On n'est pas venu ici pour se taper une grosse déprime (et d'ailleurs ce genre de folk intimiste se prête rarement aux festivals). Suivant.

3/ Sur album, The Teenage Idols impressionne, bien que leur garage-rock n'ait rien d'exceptionnel… Sur scène, c'est autre chose : avec ses rouflaquettes et son ventre bedonnant, le chanteur donne plus l'impression d'être un clone bon marché d'Elvis qu'un rockeur scandinave fan des Hellacopters. Et puis ces ululements font tellement penser aux Cramps et au JSBX qu'on préfère aller voir ailleurs, là où ça sent moins le papier carbone et l'arnaque marketing. Suivant.

4 / Donna Summer. Ce type (Jason Forrest, en fait) est fou. Il mixe tout et n'importe quoi sur de la drum'n'bass assourdissante (un peu comme DJ/Rupture), en bondissant comme un taré. Chaud. En même temps, il y avait DAF. La prochaine fois, on saura qui aller voir. Suivant.

Cex : l'un des grands moments de ce festival. Vous l'avez raté ? On vous en a sans doute parlé… C'était ce grand échalas en slip kangourou qui sautait dans tous les sens au milieu d'un public éberlué, les yeux noircis de Rimmel et les cheveux en pétard. Sans parler de ses platform boots à grosses tûtes, qu'il balançait ça et là avec un rictus de dément. La musique ? Du hip hop coriace débité à la mitraillette, sur un tapis de beats électroniques à la limite de l'industriel (certains morceaux ressemblaient à du NIN). Pendant trois-quarts d'heure, Cex (Riyan pour les intimes) sera resté dans le public, à provoquer les plus récalcitrants. Grandiose ! Voilà un type qui ne se pose pas de questions et rétablit l'équilibre entre l'artiste et ses spectateurs, sans se prendre pour une star indigeste qui toiserait son monde avec son grunge-métal de merde (qui a dit Staind ?). Big up !

L'élément scénique, voilà le problème du Pukkelpop : si certains se l'accaparent avec humour et sans aucune gêne, d'autres s'y perdent faute d'habitude et de repères. Que faisaient les Texans de Sparta sur la Main Stage ? Certes, leur prestation de l'année dernière en avait soufflé plus d'un… Mais leur place était-elle sur cette grande scène, devant un public de fans de Staind ? Qu'importe, finalement, parce que les Américains auront de nouveau prouvé, par leur puissance et leur rage, qu'ils valent (plus) que ces têtes d'affiche à la noix pour ados attardés. Malgré les nuages, malgré l'indifférence générale, Jim Ward et ses potes auront fait de leur mieux pour acquérir leur " Artist Pass Unlimited " au Pukkelpop. Rendez-vous est déjà pris pour l'année prochaine, avec normalement un nouvel album à défendre, que l'on espère aussi bon que ce " Wiretap Scars " de haute volée. Seul bémol : s'ils étaient venus deux jours plus tard, on aurait pu rêver en la reformation ponctuelle d'At The Drive In… L'espoir fait vivre, non ?

Après la ‘Gigolo Review’ et juste avant DJ Hell, Ladytron avait plutôt intérêt à réchauffer l'atmosphère, un peu triste sous ces nuages pesants et cette pluie par intermittence. Difficile quand on fait de l'électro-pop un peu figée et maniérée, malgré les hits (" Seventeen ", " Blue Jeans ", " Playgirl "), malgré le joli minois des deux chanteuses. Ces refrains synthétiques n'auront finalement que refroidi davantage l'ambiance, mais qu'ils soit tous pardonnés : n'est pas Electric Six qui veut (et d'ailleurs ça n'a rien à voir).

Pour être vraiment surpris, c'est au Château qu'il fallait encore une fois se rendre : après Cex et Super Numeri (des Russes mélangeant Jagga Jazzist à Tortoise), c'était au flamand Arne Van Petegem, alias Styrofoam, de nous séduire sans peine avec son indietronica splendide. Signé chez le prestigieux label Morr et copain de tournée des Notwist, Styrofoam a sorti cette année le merveilleux " What's There to Show That Something's Mising ", notre " Neon Golden " à nous. Sur scène, il est entouré d'un batteur et d'un guitariste (le chanteur d'Orange Black), voire d'un rappeur, qu'on a déjà pu entendre chez Pole (Fat John). En mélangeant shoegazing à la Slowdive et bleeps bucoliques à la Fennesz, Styrofoam mérite sans peine le titre de " meilleur ambassadeur électro " de Belgique. L'avenir nous le dira, mais après tel concert…

Mais voilà qu'est venu le temps d'aller voir les bêtes de foire de ce festival (pas Jackass, ils ont annulé), l'happening pop à la Warhol (le fameux " 15 minutes of fame " revu à la sauce elektroklash), la plus belle arnaque médiatique (et musicale) de ces dernières années (mais revendiquée comme telle) : tadaaaaa….. Fischerspooner ! ! ! Eh bien oui, c'était donc vrai : les deux zouaves, dont l'un (Casey Spooner, le chanteur) déguisé en grande folle peroxydée, font bien du play-back, leurs danseuses aussi, la " choré " est digne de celle d'un " prime " de la Star Ac', et " Emerge " reste le plus grand tube pop à avoir… émergé de la scène elektroklash. Tout le concert tendait vers cet instant ultime : " Emerge ", grandiose, magique, démentiel. Les confettis volent. La folle se lâche (après un stage diving grandiloquent). Le public exulte. " Me-dio-cri-ty " ! ! !, gueule-t-il avant de perdre le contrôle de ses membres et de se trémousser sans retenue devant ce spectacle ahurissant (d'artificialité) mais tellement jouissif. Mémorable, même si les puristes de la chose " live " auront sans doute crié au scandale. C'est qu'ils n'aiment pas danser et donc qu'ils n'aiment pas " Emerge ", bref qu'ils sont soit fous, soit sourds.

Changement radical avec les six " lads " de Mogwai, tête d'affiche du Marquee alors qu'il y a six ans ils jouaient à 12h00 dans le Dance Hall. Depuis cette époque, beaucoup de choses ont changé pour les Ecossais : érigés en maîtres d'un post-rock cyclothymique dont ils sont pratiquement les seuls survivants, ils sont depuis passés par tous les stades de la dépression musicale… Du classique " Young Team " aux de plus en plus calmes " Come On Die Young " et " Rock Action ", la discographie de Mogwai témoigne d'une homogénéité exemplaire, sans surplace ni changement de cap bouleversants. Leur dernier né, " Happy Songs For Happy People ", laisse ainsi la place à davantage de synthés et d'ambiances cold wave, se rapprochant petit à petit du Cure période " Faith ". Dommage qu'en festival, il s'avère souvent impossible d'apprécier leur musique à sa juste valeur : trop de bruit, trop de gens… Une ambiance qui se prête difficilement à ces tempos lents et ces explosions inattendues, qu'il faut écouter avec attention et confort pour en profiter pleinement.

Mieux vaut dans ces cas-là privilégier les trucs plus lourds et sans prétention, genre ces Fat Truckers et leur électro-punk bon marché : au moins ça dérouille les guiboles et ça fait rire les plus crevés. Fat Truckers, donc : trois rigolos de Sheffield dont l'objectif est de faire du Cabaret Voltaire version clown, avec synthés gras et refrains niais (" Anorexic Robot ", " Superbike ", etc.). Drôles et je-m'en-foutistes, ces types ne vont certes pas révolutionner le langage musical… Mais pour terminer la soirée, c'était plutôt bienvenu…

Et Massive Attack, alors ? Eh bien le groupe (sic) avait l'air plus en forme qu'à Werchter (rythmique plus ciselée, ambiance plus électrique… Même Horace Andy semblait revigoré). Tant mieux pour tout le monde, mais il est clair que ce n'était pas bien difficile…

Pukkelpop 2003 : vendredi 29 août

Malgré la pluie qui s'abattit sur le site toute la nuit, on échappa au déluge boueux de l'année dernière… Cette journée fût clairement placée sous le signe du rock, avec une affiche sans faute au Marquee, d'abord avec les Soledad Brothers : trois mecs de Detroit qui connaissent la discographie des Stones sur le bout des doigts, mais qui sont encore jeunes et ne s'habillent pas en collant de fitness. Très chouette, même s'il est clair qu'ils n'ont pas inventé l'eau chaude.

Ensuite, dans une veine plus blues, The Black Keys : un chanteur-guitariste et un batteur… Tiens, ça ne vous dit pas quelque chose ? Ben tiens ! Signés sur l'excellent label de (néo-) blues Fat Possum (RL Burnside), ces deux jeunots sonnent comme un bon vieux disque de Robert Johnson, sauf qu'ils sont blancs et qu'il leur arrive aussi de péter un câble façon Black Sabbath. De sacrés musiciens, en tout cas, à ne pas rater lors de leur prochain passage chez nous, à l'Ancienne Belgique.

Les gars de Cave In nous ont quant à eux laissé plus de marbre : il faut dire que leur dernier album, " Antenna ", nous a laissé comme un sale goût, celui de la trahison. Sorti chez une major et tristement limé aux entournures, " Antenna " n'a pas la rage de ses prédécesseurs, bien plus hardcore et sans concessions. Maintenant, c'est de la power pop à la Foo Fighters (" Antenna " a été produit par… Dave Grohl), bref c'est un peu lisse. D'où ce drôle de concert, alternant nouvelles compos pour midinettes et machins trash d'une autre époque, comme si sur scène se tenait devant nous un groupe complètement schizophrène. Bizarre.

Mais pas plus que Hot Hot Heat, qui finalement nous pompe un peu l'air (voir chronique du concert au Bota) : à force de singer Robert Smith tout en prenant des poses springsteeniennes, la chanteur de ce combo canadien finit par agacer. Ce côté " Eye of the Tiger " version pop-cold wave a certes ses bons côtés (" Bandages ", " Get In or Get Out "), mais pas non plus de quoi crier au génie. Dans un an, on n'en parle plus.

Tout comme The Raveonettes, d'ailleurs : la bassiste Sharin Foo est charmante, c'est vrai… Mais quelle monotonie ! Forcément, quand on compose seulement avec trois accords, toujours en " si " bémol majeur et sans cymbales, ça restreint le champ d'attaque. Le public ne s'y est pas trompé, boudant les Danois, que l'on aurait de toute façon mieux vus au Marquee… Seuls " Attack of the Ghost Riders " et " Beat City " (en final), bref leurs titres les plus corsés, nous auront fait tapé du pied.

Le vrai pied, justement, c'est avec The Kills qu'on l'a pris : exécutant leurs chansons à la structure rythmique squelettique (une boîte à rythmes, une/deux guitares) et leur morgue splendide, VV et Hotel incarnent le rock à l'état pur. Entre eux, le courant passe, électrique, extatique : rarement aura-t-on vu un couple aussi soudé par l'amour et la musique, aussi tendu vers le même objectif – celui de vivre, tels Bonnie and Clyde, en brûlant la vie par les deux bouts. " Fuck The People " est une de leurs magnifiques rengaines : cette " fuck attitude " est d'une beauté troublante, surtout quand il n'y a plus de pudeur, juste de la colère, des nerfs à fleur de peau. VV et Hotel sont beaux, et leur musique est l'une des seules aujourd'hui qui prend ainsi aux tripes.

Si le rock est partout en cette journée maussade, c'est aussi parce qu'il y a des changements d'horaire qui nous ont fait rater pas mal d'autres trucs : Danger Mouse & Jemini par exemple, qu'on a juste vu 5 minutes parce qu'ils n'ont pas joué à l'heure indiquée… Pas cool : ces Américains ont sorti un des meilleurs albums de l'année.

Tout comme The Majesticons, même si ce qu'on en a vu n'était pas vraiment à la hauteur… Après l'électro d'hier, c'était donc au tour du rap d'envahir le Château (exception faite du Youngblood Brass Band, une fanfare concédant devant plus à Frank Zappa qu'au tonton de Marcinelle jouant du trombone à l'Amicale des Zèbres). Demain, le punk funk.

Entre-temps, The Polyphonic Spree semait sa bonne parole (" Smile ! ! ! ") au Marquee, et Gus Gus, en retard, balançait son trip-hop fade à un public qui de toute façon n'en avait rien à foutre.

Parce qu'à côté, à la Boiler Room, il y a avait LFO, mythique groupe de techno du début des années 90, aujourd'hui réduit au seul Mark Bell, plus connu pour son travail récent de producteur chez Björk et Depeche Mode. Une chose est sûre : LFO n'a rien perdu de sa force de frappe, malgré les années (sept ans qu'on attend un nouvel album ! Il arrive fin septembre). L'ambiance est torride, le son est bien corsé, les BPMs martelés. Du délire !

Moins délirant : la nouvelle coupe de cheveux de Beck, sorte de permanente à la David Hasselhof qui ferait presque passer le petit génie de la pop pour le sosie " djeune " d'Helmut Lotti. Dans ces conditions, dur dur de rester objectif : la moumoute était telle qu'on ne voyait plus que ça, et la musique de paraître bien fade face à ce système pileux sponsorisé par Loréal. Mais qui est responsable de ce relookage façon Tom Jones ? Résultat : " Mixed Bizness ", " The New Pollution ", " Loser " et " Devil's Haircut " auront eu du mal à nous convaincre une fois chantés par un type arborant une coupe de tarlouze ignoble… comme si les cheveux du songwriter le plus accompli de sa génération nous empêchaient d'émettre le moindre avis distancié. Que les choses soient claires : les trois morceaux de " Sea Change " étaient magnifiques, tout comme ce " Nobody's Fault But My Own " fragile et bancal… Même le reste, interprété plus " à la coule " qu'auparavant, n'était pas mal non plus. Mais Beck a vieilli, et ses goûts capillaires avec. Et ça, c'est pas cool.

Après telle surprise (surtout visuelle), Alison Goldfrapp se devait de nous remonter le moral : y a-t-il une vie après la permanente ? Attifée telle une diva gothique, jouant avec son theremin comme avec son clitoris (véridique), la Goldfrapp nous aura mené par le bout du nez, jusqu'à nous faire oublier tous nos problèmes d'apprentis coiffeurs. Le dernier album de Goldfrapp, " Black Cherry ", profite du revival eighties avec sans doute trop d'arrivisme… Mais pourquoi bouder notre plaisir face à ces tubes en chaîne (" Train ", " Twist ", " Tiptoe ",…), mélanges coquins d'électro rétro et de parfait glamour ? Alison, quand tu nous tiens !

Décidément, Suede n'a pas de bol : après avoir joué la " première partie " des Guns 'n' Roses l'année dernière, voilà que le groupe de Brett Anderson se retrouve à nouveau en seconde tête d'affiche, devant des milliers de fans de Foo Fighters qui n'attendent plus que Dave Grohl. Brett a beau se démener comme un beau diable, balancer son micro et haranguer la foule, rien n'y fait : la britpop, dont Suede était l'un des plus fiers étendards, n'intéresse plus personne. Un best of sort bientôt. S'agit-il d'un signe avant-coureur de séparation ou de remise en question ? A voir la réaction du public, mieux vaut pour Anderson qu'il s'intéresse à cette question, et fasse le bon choix. Parce que dans l'optique actuelle, Suede ne passionne plus que les fans purs et durs. Et ils sont de moins en moins nombreux.

Avec " Sumday ", les modestes skateurs de Grandaddy n'ont certes pas réitéré l'exploit de " Sophtware Slump " (mais comment auraient-ils pu ?)… Toujours est-il qu'en concert ils restent une valeur sûre : le show est bien rôdé, les morceaux s'enchaînent avec naturel, Jason Lytle est bien sympathique (et remercie le public pour son accueil formidable). Un bon concert, équilibré, où il y a autant de chouettes trucs à voir (l'écran) qu'à écouter (les hits)…

Mais les plus attendus de cette journée, c'était bien sûr les Foo Fighters, numéros 1 en Flandre, grands gagnants du référendum (tout le monde pouvait envoyer, via le site, un top 5 des artistes qu'il souhaitait voir à l'affiche), bref des gars qui cartonnent, mais restent étonnamment humbles et sympas. Autre fait remarquable : Dave Grohl a chanté. Pour de vrai ! Parce que d'habitude, il gueule comme un taré, à se demander si finalement c'est vraiment lui qui enregistre les parties vocales sur chaque album du groupe (le fameux syndrome " Milli Vanilli "). Ca commence fort par un " All My Life " dantesque, malgré la pluie qui tombe maintenant depuis une bonne demi-heure. Les hits s'enchaînent : " The One ", " Times Like These ", " My Hero ", " For All The Cows ", " Learn To Fly ", " Low ", " Everlong ", " Tired of You " (un slow ?), " Breakout " (repris en cœur par des milliers de fans),… Incroyable comme ces types-là ont composé des hits : à la pelle. En final, l'excellent " Monkey Wrench ", ponctué de deux/trois bons " Oh Yeah ! ! ! " dont seul Dave Grohl a le secret… La pluie tombe de plus belle, mais qu'à cela ne tienne, il y a Richie Hawtin à la Boiler Room, et comme d'hab', ça déchire (un album de Plastikman est prévu pour octobre). Aaargh, cette pluie ! Demain, c'est le rhume assuré.

Pukkelpop 2003 : samedi 30 août

Dernière ligne droite, et à peine le nez qui coule : heureusement, Arsenal devrait rapidement nous réchauffer avec son trip-hop limite lounge de très bonne tenue (le beau " How Come ? " en clôture). " Mr. Doorman " ramène même le soleil, malgré le fait que la chanteuse et le rappeur aient déclaré forfait (à la place, des samples).

Mais la première vraie bonne surprise du jour, et même du festival, viendra juste après, au Château, avec les Américains d'Ima Robot (prononcez " I Am Robot ") : du punk funk comme on l'aime, avec des musiciens de Beck et un chanteur au beau bagout. Ca groove, tendance PIL (la voix) et Gang of Four, et le répertoire recèle quelques tubes en devenir comme ce " Dynomite " dansant à souhait. L'album sort mi-septembre, et c'est clair qu'il faudra y jeter une oreille…

Entre le rétro-futurisme d'Apparat Organ Quartet (des synthés cheap à la Add N To X), les relents stoniens (encore) de The Vue et le nu-métal sans odeur d'Adema (" le groupe du frère du chanteur de Korn "), on n'aura pas choisi… Préférant attendre Matthew Herbert et son Big Band, parce qu'on aime l'originalité du bonhomme, et sa démarche : cette fois, pas de morceau housy à base de samples de boîtes de Coca concassées et d'hamburgers broyés (Herbert n'aime pas l'impérialisme), mais un orchestre de cuivres et d'autres musiciens, live, avec l'artiste aux laptops… Le résultat ? Intéressant, en rien tape-à-l'œil, quoiqu'un peu statique.

Dans un tout autre genre, The Blood Brothers, programmés au dernier moment, auront eux aussi fait très fort : leur mélange de guitares hardcore, de ruptures rythmiques proches du free jazz et de vocaux hystériques n'est certes pas des plus reposants, mais peu importe, ça défoule… Ecoutez leur " Burn, Piano Island, Burn ! " tous les matins au saut du lit, ça vous met la patate pour le restant de la journée.

A contrario de South San Gabriel, sous peine de rester au pieu jusqu'au coucher du soleil… Si l'Américain brille dans un registre " alternative country " proche de Sparklehorse et de Lambchop, difficile de rester éveillé à l'écouter marmonner des histoires tristes seul sur scène…

D'autant que sur la Main Stage, les affreux Pennywise martèlent leur punk bourrin avec une sacrée énergie, poussant les V.U. dans le rouge, et le vice jusqu'à en remettre une couche (les jeunes aiment ça, et ils en redemandent).

Mais la palme de la ‘couche de trop’ est attribuée à Michael Franti ! Ce type joue tellement les gars ‘positifs’ qu'il finit par paraître ridicule : le pire, c'est quand il s'en prend à Bush et sa guerre contre le terrorisme (ok), en prônant plutôt la guerre contre le militarisme (sic)… Euh, oui mais Michael, ça reste quand même une guerre, non ? Et c'est pas bien non plus, comme les gens qu'on enferme dans des cachots, parce que eux aussi ils " méritent de la musique " (" Everyone Deserves Music "), et mon voisin aussi, qui m'emmerde le dimanche quand il tond sa pelouse, et même ce con de Bush, tiens, parce qu'il faut s'aimer et s'entraider, c'est même pour ça qu'à un moment t'as demandé aux gens de se tenir par l'épaule, comme à un grand rassemblement hippie, en chantant " Taxi Radio ", ton nouveau tube qui s'appelle comme ça parce que " c'est deux mots que tout le monde comprend dans le monde entier ". Merci, Michael ! Parce que grâce à toi, tout le monde il est content et heureux de vivre, et c'est le principal. Trop cool, quoi !

Plus costaud, Radio 4 au Château : pour leur troisième passage en Belgique, les New-yorkais ont frappé fort – rythmiques d'enfer, riffs tournoyants, percus extatiques, tubes à la pelle… Devant un public surchauffé, ils auront prouvé une fois pour toutes qu'ils comptent bien rester, malgré la hype qui les entoure, malgré ce machin (le " punk funk ") auquel ils sont sans cesse affiliés. C'est vrai que leur musique groove comme un bon vieux PIL, rocke comme du Clash, transpire comme du Section 25. Ce concert fût le meilleur des trois : nos gars sont bien en place, balançant la sauce avec maîtrise et habileté. Même les titres de leur premier album, passé inaperçu faute d'être " tendance ", sonnent comme de vrais hymnes à la danse, et n'ont pas à rougir face à ces tueries que sont " Our Town ", " New Disco ", " Save Your City " et bien entendu l'immense " Dance To The Underground ", qui clôtura ce concert avec panache, sous un déluge d'applaudissements amplement mérités.

Tout le contraire des Mars Volta, qui pourtant furent eux aussi à l'origine d'un des meilleurs live de ce Pukkelpop : les 5 Texans (dont deux d'At The Drive In, rappelons-le) n'ont certes laissé aucune place aux manifestations bruyantes (sans blanc, pas de " hourra ! "), mais leur prestation n'en fût pas moins des plus époustouflantes. Sur une heure de concert, seulement deux morceaux : " Roulette Dares (The Haunt Of) " et " Cicatriz Esp ", de leur excellent album " " De-loused In The Comatorium " (l'un des albums de l'année). Sur le CD, ça dure en tout 20 minutes (pile !)… En live, ça dure une heure. Comprenez : The Mars Volta ne fait pas de l'emocore (At The Drive In est une bien vieille histoire), mais du punk progressif (du " Punk Floyd "). Un peu comme au temps de Yes et de King Crimson, la rage en plus. Certes, Cedric Bixler (le chanteur) singe parfois Jim Morrison ou Robert Plant, et Omar Rodriguez-Lopez (le guitariste) lui aussi en fait trop (quel virtuose du manche !)… Mais ces gars-là sont dans un trip total, façon seventies et tout le toutim ! Ne pas prendre le temps de comprendre leur démarche et de les accompagner dans leur délire peut évidemment très vite agacer. Ce qui expliquait les mines décaties de certains spectateurs pas habitués à ce genre de spectacle. La musique de Mars Volta ne se zappe pas : elle s'écoute de l'intérieur, et ça passe forcément par une attention sans failles, malgré ces quelques digressions théâtrales, malgré ce décorum prog parfois pompeux…

Ceux qui préféraient moins se casser la tête (nous ça va, merci) n'avaient qu'à aller voir PJ Harvey, qui ne sort pas de disque mais venait juste pour chanter qu'elle existe toujours. Ca commence fort avec le splendide " To Bring You My Love ", du tout aussi splendide album du même nom. Puis " Rid Of Me ", " 50Ft Queenie ", " Big Exit ", " Good Fortune ", " Me-Jane ", " The Whores Hustle And The Hustlers Whore ", " Working For The Man ",… Autant de tubes qui rappellent que la PJ fait partie des plus grands songwriters de ces 15 dernières années. Vêtue d'une robe blanche " elvisienne " plutôt courte et entourée de ses fidèles compagnons Mick Harvey (basse) et Rob Ellis (batterie), PJ Harvey n'aura levé le voile (c'est une image) sur son nouvel album (à paraître cet hiver) qu'un seul instant, le temps d'une petite bombe punky à la " Dry " qui parle de ses… cheveux. En final (10 minutes trop tôt), un " Man-Size " d'une puissance impressionnante achèvera de nous convaincre que PJ Harvey est bel et bien de retour, et qu'elle n'est pas contente. Chouette !

Mais le summum de cette soirée déjà parfaite, c'était du côté du Château (encore !) qu'on allait le connaître, avec les quinquagénaires punks de Wire. De retour après plusieurs années d'absence avec un album incendiaire (" Send "), les quatre Anglais ont mis le public, composé à la fois de vieux fans et de nouvelles recrues un peu ‘fashion victims’ (punk funk revival oblige…), à genoux. Ce mélange d'électronique hypnotique, de guitares incisives et de lyrics post-situ, interprété avec une rage 100 fois supérieure à celle de tous les groupes de la Skate Stage réunis, aura prouvé que l'âge dans le rock n'entre pas en compte, et qu'on peut toujours sonner actuel malgré une carrière déjà bien longue. Terrible !

Après une telle claque, Limp Bizkit n'avait qu'à bien se tenir… Après Axl Rose l'année dernière, Fred Durst, la plus grande tête à claque du music business, que personne n'aime, parce que : 1/ Pour les puristes nu-métal, ce gars-là est un vendu ; 2/ Il se tape Britney Spears ; 3/ Il a tellement la grosse tête que son guitariste, qui tenait le ménage et composait presque tout, s'est barré. En live, cela se traduit par : 1/ des canettes balancées avec vigueur sur sa tête de gros frimeur ; 2/ des doigts levés et des gens qui dorment (ou vont voir Pretty Girls Make Grave, excellent combo rock de Seattle, entre Magnapop, The Slits et les Strokes). Il n'empêche que Limp Bizkit, à une époque pas si lointaine, incarnait avec Korn le futur du métal, avant d'être récupéré par des marques de casquettes et de boissons pétillantes. Fred Durst était alors notre compagnon (de beuverie, de baston, de déprime) fidèle, et des titres comme " Nookie " et " Break Stuff " rythmaient notre quotidien de leurs riffs puissants et de leurs scratches hip hop. Aujourd'hui, Limp Bizkit n'est plus que l'ombre de lui-même, malgré les derniers hits de " Chocolate Starfish… " (" Hot Dog ", " My Generation ", " My Way ", " Take A Look Around ", tous joués ici), malgré le fait qu'en live, cela reste une belle machine rock bien huilée (décor, pyrotechnie, show de Fred Durst, dont l'égocentrisme vire tout doucement à la mégalomanie). " Faith " (la cover de George Michael) en final (20 minutes trop tôt !) et dédicacé à " toutes les filles ", c'est avec amertume qu'on tire un trait sur ce Pukkelpop grande cuvée. Il y a eu la pluie. Il y a eu Fred Durst (aurait-il voté pour Bush ?). Il y a eu des annulations (Aaah, Jackass…). N'empêche, c'était quand même drôlement bien. Rendez-vous l'année prochaine, avec on l'espère, le grand retour d'Axl.

 

Convention Prog-résiste 2003 : Plackband + Galahad + High Wheel + Magenta

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Les 4 et 5 octobre avait lieu la Convention annuelle du magazine 'Prog-résiste'. L'événement était, comme d'habitude, organisé au fameux 'Spirit of 66' de Verviers, petite salle d'environ 350 places qui, mine de rien, se forge peu à peu dans le monde une réputation de club mythique. L'équipe organisatrice avait, cette année, fait le pari d'inviter 8 groupes en deux jours. La volonté affichée était d'offrir à ces formations, appréciées par les chroniqueurs du magazine, mais par ailleurs peu connues, une audience plus digne de leur talent. Démarche audacieuse et sympathique. Par bonheur, le public a suivi. La journée du samedi a attiré plus de 300 personnes, dont votre serviteur.

Les Hollandais de Plackband ouvrirent les festivités. Ce groupe, assez récemment reformé pour ré- enregistrer et interpréter en public ses compositions des années 80, pratique un néo- progressif  gentil et aimable, résolument ancré dans le passé, et teinté de Genesis (un peu) et de Marillion (beaucoup). Le nouveau chanteur souffrait de la gorge et ne put révéler toute la mesure de son talent. Qu'importe, le public, indulgent et solidaire, fit au groupe bien mieux qu'un accueil poli, et Plackband dut accorder un rappel. 

La tête d'affiche de cette journée était Magenta, groupe anglais pour la première fois  en concert hors de ses frontières. Le combo propose un Prog mélodique de facture très classique au travers de plages systématiquement longues où guitare et claviers remplissent l'espace sonore dans une belle connivence en se partageant les soli. Le tout est agrémenté par une bonne et belle chanteuse ainsi qu'un un enthousiasme perceptible et communicatif. Un peu trop conventionnel, peut-être? Cela n'empêcha pas le public, malgré l'heure avancée, de faire à Magenta une ovation et lui réclamer force rappels. Ou alors ces manifestations de bonheur saluaient l'ensemble de la journée. Car les meilleures surprises se situèrent en milieu de programme.

Galahad, tout d'abord. Le groupe anglais vient de sortir un album tout bonnement excellent (NDR : chroniqué sur le site). Et pour notre bonheur, la prestation scénique, très énergique et menée tambour battant par un chanteur charismatique et théâtral, fut tout à fait à la hauteur. Galahad privilégie la cohésion et la fluidité et nous a ainsi offert un set très festif, exempt de toute démonstration. A signaler toutefois, le très jeune (18 ans) et fort prometteur bassiste. Le public ne fut certes pas avare d'applaudissements et le groupe parut même surpris de faire un tel tabac. Il faut dire que lors d'un précédent passage au 'Spirit of 66', Galahad avait attiré à peine 50 personnes. Galahad: un nom à retenir!

Vint ensuite High Wheel. A vrai dire la grande claque de cette journée. Fort de deux CDs très intéressants, ce quatuor allemand propose un Prog-Rock très riche et éclectique, tantôt complexe, tantôt mélodique voire symphonique. Sur scène, la virtuosité des musiciens crève les yeux et les oreilles. Les claviers sont omniprésents, mais toujours en nappes ou au second plan. Le batteur se démène très efficacement derrière ses fûts. Mais les meneurs de jeu, d'évidence, sont le guitariste/chanteur et le bassiste. Etablissant un contact chaleureux avec son public, High Wheel a offert un concert intense et pêchu, très efficace tant dans ses harmonies vocales parfois complexes que dans ses longues séquences instrumentales, le plus souvent prodigieuses. Indescriptible, le set développa notamment quelques climats très tendus, à la King Crimson, d'autres plus ludiques, à la Gentle Giant, et fut ponctué de véritables explosions guitaristiques, de soli très 'métal' évoquant carrément Michaël Schenker. Dans le public, le délire succéda à la surprise. On ne s'est pas ennuyé une seconde. Et les commentaires unanimes d'après concert désignèrent en High Wheel un très grand groupe de scène.

Avec deux excellentes surprises et deux prestations honnêtes, qui plus est dans des registres variés, le bilan de la journée était donc largement positif. Bravo à 'Prog-résiste' d'avoir eu le nez creux pour sa programmation. A l'année prochaine, les gars!

 

Dour Festival 2004 : jeudi 15 juillet

Pour sa seizième édition, Dour aura de nouveau bien rempli sa mission de « festival le plus alternatif » de notre plat pays. Comme d'habitude on aura fait pas mal de découvertes, et vécu de grands moments… 120.000 visiteurs (15.000 de plus que l'année dernière), 200 groupes, 25° à l'ombre : autant d'ingrédients qui auront participé à faire de ce seizième Dour une bonne édition, à défaut de véritables têtes d'affiche et de la présence (encore) renforcée des forces de police.

C'est qu'à peine sorti de l'autoroute, le festivalier lambda se voyait contrôlé par une horde de flicailles en quête d'un peu d'herbe à se mettre sous le museau. Ce n'est pas nouveau : Dour, ce serait le festival des drogués, une plate-forme franco-belge des dealers de ganja et d'ecstasy, un paradis de la défonce sur fond de rock, d'électro, de hip hop et de reggae… Ce serait oublier l'essentiel : la musique. Parce que si on croise à Dour quelques arrachés de la vie, n'occultons pas le fait qu'il s'agit d'abord d'un festival rock (au sens large), où on vient pour voir des artistes confirmés ou en plein essor. Il y en aura toujours à Dour qui s'en tapent éperdument, de voir Quannum, ! ! !, les Bérus ou The Skatalites… Le camping leur suffit, et bien qu'ils y restent. En ce qui nous concerne, il y avait fort à faire dès jeudi soir, avec pour bien débuter le festival, le concert de la Canadienne Feist, la nouvelle petite protégée de Gonzales. Son premier album (« Let It Die »), sorti l'année dernière, est une petite merveille de folk-pop-disco-cabaret. Sur scène, c'est tout autre chose : seule avec sa guitare, Feist ranime ses chansons à la lumière du blues le plus écorché. A tel point qu'à certains moments, on croirait voir PJ Harvey en goguette, chantant des berceuses (des « bersuces ? », comme elle prononce) en plein bayou.

Belle entrée en matière (le public est encore frais et dispos), juste avant Laetitia Sherrif, qui pourrait elle aussi être comparée à la PJ du Dorset… Originaire de Lille, la chanteuse-bassiste propose un rock bien secoué mais guère original. A noter la présence d'Olivier Mellano à la guitare (ex-Miossec, Mobiil, etc.).

Sous la Magic Tent (et son plancher !), les furibards de Zeke nous conviaient en même temps à leur trip sous acides, tendance Motörhead en plus punk (gasp). Ca tronçonne déjà sec, et il est 17h à peine.

Mieux vaut réserver ses forces au Français Avril, qui lui n'a rien du type white trash : au contraire on croirait avoir en face de nous un jeune cadre en plein pétage de câble… On croyait aussi qu'Avril était plutôt un bidouilleur de laptop : ce soir, c'était pourtant guitares. En plus des beats certifiés F Com et d'un batteur en grande forme, on a donc eu droit à de l'électro-rock limite « rinôçérôse ». Parfois franchement pelant, Avril sait aussi s'improviser furieux entertainer : sur le tubesque « Be Yourself », c'était donc la fête dans l'Eclectik Dance Hall, l'un des premiers grands moments de ce festival.

On ne pouvait pas en dire autant du concert de Mellow, qui pourtant a sorti il y a quelques mois un deuxième album schizopop des plus recommandés (« Perfect Colors »). Dans une configuration identique à celle de leur compatriote Avril (musiciens live), les deux Français n'auront pas réussi à contenter un public clairsemé. « Fantastic », déclare l'une de leurs chansons : peut-être, mais surtout sur disque. De toute façon, on avait un peu la tête ailleurs…

Déjà tournée vers la Red Frequency Stage, où dans quelques minutes allait débuter le concert tant attendu des Californiens de ! ! ! (prononcez « Tchik Tchik Tchik »), sans doute LA révélation de l'année. Quoique… Déjà l'année dernière était sorti chez Warp leur excellent single « Me and Giuliani… », et avant ça un premier album, passé malheureusement totalement inaperçu. Mais cette année semble être leur année, grâce à un nouvel album, le déjà fameux « Louden Up Now », une claque disco-post-punk qui ne cesse de tourner sur nos platines. Pour beaucoup de fans de musique, le concert des ! ! ! était donc l'affaire du jour, le truc à voir pour le croire, le must absolu qu'il ne fallait pas rater sous peine de passer pour un idiot. Ils sont sept, et s'agitent dans tous les sens. Nic Offer, le chanteur, harangue la foule tel un Axl Rose de la cause trash-dance (pardonnez-moi cette comparaison stupide). Tels des diablotins sortis de leur boîte multicolore, ces types portent décidément bien leur nom : « ! ! ! », c'est la réaction du quidam qui pour la première fois se prend cette musique en pleine tronche. Démentielle, groovy à mort : on n'avait plus dansé comme ça (= avec le sourire, les bras en l'air et le cul parcouru de spasmes) depuis le dernier Radio 4. Le set débute par « Pardon My Freedom », le single qui tue. Les premiers rangs s'extasient. La machine tourne à plein régime, même si le son reste brouillon, en cause trop d'instruments (batterie, basse, guitares, percus, cuivres, séquenceur) et de folie – ces types n'ont pas peur de partir en vrille, et c'est ça qui rend leur musique essentielle. « They don't give a fuck » : une philosophie qui sied bien à l'ambiance nonchalante de Dour, à son public détendu, venu ici pour faire la fête pendant quatre jours, voire perdre la tête. Et ça continue : « Hello, Is This Thing On ? », « Shit Scheisse Merde », « Me and Giuliani… »,… John Pugh, le batteur, se joint au chant, tandis que derrière les autres se contorsionnent. « Tell the FBI put me on the list/coz Lennon wasn't this dangerous » : ces mecs font peur tellement leur son est bon. Ovation, délire. Comme le dit le dicton : ‘Si tu ne danses pas sur ! ! !, c'est que t'es mort’. Ajoutez donc ce disque sur votre liste de fin d'année, parce que c'est déjà un classique.

Après ça, difficile de croire qu'en ce jeudi estival, on verra à Dour d'autres concerts encore meilleurs... Surtout qu'il est 21h, et que les premiers DJ-sets débutent un peu partout : Matthew Herbert (un set plutôt house, plutôt mou), Richard X (comme prévu, électro eighties),…

Puis ce sont les Audiobullys et leur « hooligan house » : efficace mais répétitif, en fin de compte anecdotique. D'autant que les deux Anglais n'auront même pas joué leur tube « We Don't Care », une grosse déception. Autre constatation : l'utilisation pour un rap du « Rocker » d'Alter Ego, sans doute le morceau techno le plus mixé de ce festival (avec le « Drop The Pressure » de Mylo). Les 2 Many DJ's, Magnus, James Murphy,… : tous les ont insérés dans leur mix, hymnes de l'été oblige…

Et il fait chaud à Dour, surtout dans les tentes : tandis que Dr. Lektroluv nous refait le coup du Fantômas EBM (masque vert, lunettes noires), une autre surprise nous attend à la Petite Maison dans la Prairie : le duo Dead Combo. Des types de Scandinavie, signés sur Output (Playgroup, The Rapture, Colder, Blackstrobe,…), et qui se prennent pour Suicide : perfecto noir, morgue rock'n'roll, l'un au synthé et au chant, l'autre à la guitare… C'est drôle un moment, mais très vite ça lasse.

Pareil pour Vitalic, qui s'il est l'auteur du fameux « La Rock 01 » (tube techno impitoyable), n'est pas à l'abri de la 'beaufitude' de type « Apaches à La Bush, un vendredi soir dans le Tournaisis ». Traduction : avec l'Ukrainien ça tabasse, mais c'est tout sauf subtil.

Mieux vaut aller jeter un coup d'œil (et de hanche) au set de James Murphy, Mr. LCD Soundsystem, moitié de la paire DFA, à qui on doit le son à la fois groovy et punky de Radio 4 et de The Rapture. Avant son mix avec les 2 Many DJ's samedi, l'Américain s'est donc fendu de deux heures de pousse-disques éclectiques, à défaut d'être fédératrices. C'est qu'il n'y avait pas grand monde pour apprécier les talents d'un des DJs les plus branchés du circuit : dommage, parce que Murphy a le mérite de proposer des mixes fourre-tout et jouissifs, loin des canons du genre (pouet pouet).

A croire que les festivaliers préféraient voir Ghinzu… Un bon concert, paraît-il. On les a déjà vus (cfr reviews AB et Nuits Bota). On les verra encore. Et puis le jeudi à Dour, c'est fait pour danser, non ?

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