Fence n’en a rien à foutre…

Le combo rock limbourgeois Fence sortira son nouvel album, « Nobody Gives A Fuck », le 16 octobre 2026. Un titre qui laisse peu de place à l'imagination, quoique... Propulsés par un nouveau batteur, Wim Coppers, installé derrière les fûts, les musiciens de…

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Elena Tonra rompt le silence de son projet solo Ex:Re. La voix du combo indie-folk londonien Daughter annonce la publication de Save As, un nouvel elpee attendu pour le 30 octobre chez 4AD. Pour faire patienter l'auditoire, elle dévoile le single d'ouverture…

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Anticon Night : Caveman Speak + Sage Francis + Alias + Themselves

2002 aura été l'année de tous les dangers : d'abord, la Nouvelle Vague Rock'n'roll, qui nous aura réconcilié avec les grosses guitares, la règle des trois accords et les poses juvéniles ; Ensuite, et surtout, l'avant hop, entendez ce hip hop d'avant-garde, entre électronique savante et flow mitraillé, samples inventifs et attitude underground. Aux avant-postes de cette mini-révolution dans le paysage du rap à MTV, le label West Coast Anticon ; ou plutôt un collectif de joyeux touche-à-tout, pour qui le rap est plus proche de Boards of Canada, Can et Dr. Octagon que de Puff Daddy, Usher et Sisqo. Difficile d'énumérer tous les membres du collectif, d'autant plus qu'ils refusent toute étiquette réductrice, tout enfermement dans un carcan précis. Davantage une communauté d'idées qu'un posse de fiers-à-bras bouffeurs de minettes, les rappeurs d'Anticon ont pour ambition de changer un peu la donne, de faire un hip-hop en-dehors des sentiers battus. Pas étonnant qu'ils s'attirent les foudres des ambassadeurs du rap mainstream, qui voient en eux des petits nerds blancs (bec) trop bizarres pour être honnêtes. C'est pourtant dans leur musique brute et neuve que l'on peut envisager le futur du hip hop. Des noms ? Dose One, Boom Bip, Sole, Jel, Why ?, Odd Nosdam, Passage, The Pedestrian, Alias, Sage Francis, Moodswing 9,… Tous reliés les uns aux autres par un projet, un groupe, une entité (Dose One sévit chez Themselves, cLOUDDEAD, Deep Puddle Dynamics, Greenthink,… difficile même de s'y retrouver !), avec toujours le même mot de passe : foutre un bon coup de pied au c… des préjugés en matière de rap, faire avancer le schmilblick et entrevoir l'avenir sous un nouveau jour, plus électronique, moins gangsta. Entre autres.

Cocorico : Caveman Speak, le groupe qui ouvrait les festivités, vient du Limbourg, même si leur parfait accent anglais pouvait laisser penser qu'il s'agissait de nouvelles recrues du label de la Bay Area. Le premier groupe d'avant-hop belge ! Une fête, d'autant plus que leurs morceaux n'avaient rien à envier à leurs aînés d'Amérique. A suivre de près.

Avec ses airs de bûcheron mal embouché, Sage Francis aurait pu semer le doute. Il n'en fût rien, tant son flow déchaîné, son humour ravageur et ses gesticulations de forcené mirent tout le monde d'accord. Son « Personal Journals » s'écoute d'ailleurs avec l'émotion du type qui n'a jamais entendu de rap et qui se demande d'où de telles pépites peuvent bien surgir. De la tête de ce barbu, en forme olympique, et qui n'arrêtera pas de raconter, entre chaque morceau, ses mésaventures à l'aéroport : « My name is Sage Francis. I was Picked at the airport by a guy named Francis Lesage. That's weird ! ». Pas autant que sa musique, entre hip hop lo-fi, élucubrations à la Lewis Caroll et électro laptop à méninges.

Alias, lui, fait dans le « goth hop » : c'est comme ça qu'il aime appeler sa musique, un mélange de hip hop dantesque à plein volume, de flow ininterrompu et de samples… well, gothique. Ecouter son « The Other Side Of The Looking Glass » dans le noir peut en effet provoquer de sueurs froides : à déconseiller aux oreilles sensibles et peureuses.

La cerise sur le gâteau ? Themselves, alias Dose One et Jel, deux des membres les plus actifs d'Anticon (on les retrouve sur quasi tous les albums du collectif). Leur nouvel album s'appelle « The No Music », et c'est vrai qu'il s'agit d'un OMNI (objet musical non identifié) dans la monde aseptisé du rap, entre l'électronica warpienne et le hip hop le plus décomplexé, en tout cas loin, très loin, des canons en vigueur sur NRJ et MTV. Un seul morceau, « Good People Check », vaut déjà l'achat de leur album, d'une beauté à couper le souffle. Quant au flow nasillard de Dose One, il est reconnaissable entre mille, et devient, à l'heure actuelle, synonyme de bon goût chez tous les branchés de la terre (trop cool)… Une soirée qui valait en tout cas son pesant d'or, ne serait-ce que pour nous avoir permis d'entrevoir le futur du hip hop. Pas moins.

 

Festival Domino : 10-20 avril 2002

En ce début de mois d'avril, l'AB pouvait se targuer d'être la plaque tournante du rock le plus inventif, de l'electro la plus avant-gardiste et du hip hop le plus défricheur. En une trentaine de concerts, de labelshowcases (Constellation, City Slang, Chicks On Speed,…) et de performances à deux platines (The Wire, Herbert, Elf Cut,…), tout le gratin lo-fi du petit monde de la musique s'était donné rendez-vous à Bruxelles, suscitant l'échange d'idées, de disques et d'amitié. Bien qu'il fût impossible de tout voir, voici quelques moments passés à l'AB, entre claques magiques (Lambchop, GYBE !) et légères déceptions (Programme) :

Lambchop + Saint Thomas (dimanche 14 avril)

Pour la venue de Kurt Wagner et de ses potes de Nasville, la grande salle de l'AB avait été reconvertie en " Palais des beaux Arts " bis, les plâtres en moins. Pas que la musique de Lambchop soit propice aux grandes pompes et à la flemme, mais parce que son écoute mérite tous les honneurs et l'attention. Ce qui justifiait les places assises. En première partie, une découverte : Saint-Thomas. Un jeune Norvégien profitant de la popularité de ses amis Sondre Lerche et Kings Of Convenience pour venir nous dorloter de ses chansons à la douceur contagieuse. Pas triste pour un sou, heureusement, le Thomas en question ponctuera ses comptines acoustiques de commentaires potaches sur le public italien (aphone), la bière belge (ses taux d'alcool sans limites) et Jon Spencer Blues Explosion (sa bête noire). Le public, ravi, lui réservera une sortie digne d'une tête d'affiche, ses mélodies continuant à trotter dans la tête bien après leurs dernières notes.

Mais le clou de la soirée, le groupe attendu fébrilement par une AB bondée, celui qui sans doute a sorti, déjà, l'un des plus beaux albums de l'année, c'est évidemment Lambchop. Flanqué de 7 ou 8 musiciens, Kurt Wagner, la casquette vissée sur la tête, entame le concert dans un silence quasi religieux. Quelques cordes légèrement pincées, des notes de piano enchantées, et surtout, surtout, une voix feutrée s'insinuant dans nos veines, provoquant la chair de poule : la musique de Lambchop est magnifique. Le dernier album, " Is a woman ", sera largement passé en revue, devant un public séduit d'avance et attentif. L'émotion, palpable, se fera ressentir pendant tout le concert, à l'instar d'autres morceaux comme ce " You Masculine You " de l'album " Nixon ", intense et sacrement sexy, et une reprise des Sisters of Mercy en rappel (" This Corrosion "), du feu de dieu. A l'écoute de tant de splendeurs, on ne pouvait que sortir de là tout émoustillé, surtout qu'au stand près du bar, une charmante demoiselle vendait un bootleg limité à 1000 exemplaires d'un concert enregistré aux USA en l'an 2000… Mais leur meilleur concert ne venait-il pas de se produire ici, il y a quelques minutes ? Lambchop : groupe, album et concert de l'année.

Godspeed You Black Emperor ! + Do Make Say Think (mercredi 17 avril)

Le label canadien Constellation fait la part belle aux groupuscules post (ou avant)-rock, aux entités musicales hybrides, entre jazz dégénérescent et rock apocalyptique. Ses fers de lance s'appellent Godspeed You Black Emperor !, Fly Pan Am et Do Make Say Think. Leurs points communs : être copains comme cochons et manifester une furieuse envie d'en découdre avec les clichés du rock. En concassant les rythmes de la techno et les accords du rock le plus binaire, en broyant sous un déluge de larsens les bonnes manières de la pop music et les vieilles habitudes du free, ces groupes à géométrie variable proposent une musique en-dehors des modes, qui se nourrit des tendances pour mieux les malmener.

Do Make Say Think venait nous présenter son nouvel album, " & Yet & Yet " : avec plusieurs guitares et deux batteries, ce groupe de jeunes intravertis n'y va pas par quatre chemins, comme certains pourraient s'y attendre. Leurs morceaux, ni trop longs ni trop courts, se démêlent scientifiquement, laissant parfois la place à l'improvisation, voire à quelques poussées d'adrénaline qui relancent la machine. D'un déluge savamment étudié aux moments d'accalmie nécessaires pour reprendre ses esprits, le combo canadien inaugure gentiment la soirée, préparant le terrain aux fabuleux GYBE !, si rares en nos terres et par conséquent si précieux.

La musique des GYBE ! est difficile à décrire, tant elle appelle aux sens : cataclysme synesthésique de notes, de couleurs et de douleurs, elle prend à la gorge, paralyse nos instincts. Pas question ici de venir en touriste : la musique de GYBE ! demande une adhésion et une attention sans failles, un combat de tous les instants. Car emporté dans ce déluge dantesque de guitares caracolantes et de violons frénétiques, l'auditeur ne peut que constater les dégâts : c'est l'extase ou la fuite, la claque ou le méchant maux de tête. De ce chaos, on sort de toute façon KO, mais la plupart du temps heureux. Heureux d'avoir participé à une expérience musicale inoubliable, bien loin des rockeurs en pilotage automatique et des DJ's statiques, cachés derrière leur platines. Voir un concert de GYBE !, c'est donc assister médusé à une incroyable entreprise de redéfinition du rock et de tout ce qui va avec : fini les couplets/refrains (on parle plutôt ici de tensions/relâches), le cirque médiatique (qui sait à quoi ces Canadiens ressemblent ?), les rappels de 5 minutes (forcément : leurs morceaux durent tous au moins un quart d'heure…). Avec GYBE !, on s'en prend plein les yeux et les oreilles, c'est la fessée permanente. Pas prêts de recommencer ça (2h30 de concert), certaines personnes présentes partiront avant la fin… C'est mal connaître ce genre de musique, davantage " œuvre ouverte " que produit fini, rendant cocu tous les styles en n'en choisissant aucun. Ceux qui seront restés vaille que vaille pourront s'en vanter : GYBE !, c'est définitivement pas pour les poseurs.

Programme + Monguito (jeudi 18 avril)

D'accord, la soirée avait bien commencé : Stuart Braithwaite, le gnome de Mogwai, avait fait le déplacement d'Ecosse pour venir présenter son label Rock Action. Au programme, une séance de Djing surexcitée, durant laquelle le petit guitariste enchaînait de sacrés bons disques avec une dextérité confondante (Squarepusher, Stooges, Depeche Mode,…). Mais ensuite vint le documentaire " Take Me Somewhere ", sur la dernière tournée des hérauts du rock paroxystique : pas grand chose à se mettre sous la dent, si ce n'est que le petit est pétomane, son ami le flûtiste porte toujours le même T-shirt à la gloire des Super Furry Animals et le grand castard chauve aime bien Mayhem et les Misfits. Mouais… Léger, le clip… Et ce n'est pas Monguito, nouveau combo de Mauro, qui nous fera oublier les blagues potaches des Mogwai dans leur bus pourri (et puis de toute façon on n'y comprend rien, à leur accent) : Monguito, ça fait penser au nom d'un cocktail, ou d'une danse brésilienne. Pas de bol, on dirait plutôt du krautrock teuton qui aurait pété un plomb, ou du John Zorn se prenant pour Lou Reed période " Metal Machine Music ". Bref, ça casse la tête après trois minutes. Heureusement il y a Programme. Du moins c'est ce qu'on se dit en attendant le groupe débouler sur scène. Mais c'est mal connaître les deux zouaves qui, bien loin de nous faire oublier les facéties pathétiques de Mauro et les pets de Mogwai, vont nous asséner un sacré coup de poing dans les oreilles. En déversant leur haine du bourgeois acculé à vivre sa vie petitement, les deux bonhommes de Programme nous jettent nos défauts à la gueule, nous piègent dans nos propres illusions. Emporté par une rythmique glaciale (électro ou guitare), le chanteur déverse lentement ses crasses dans nos tympans, nous obligeant à écouter, à réagir, pointés du doigt comme des rats en quoi la société nous transforme. Ce concert, c'est donc " L'enfer tiède ", titre de leur deuxième album, car le public, coincé entre l'acquiescement (les applaudissements ne sont pas unanimes) et la culpabilité (être ou ne pas être le sujet de ces textes), ne sait sur quel pied danser. C'est peut-être ça, la force de Programme, en tout cas c'est implacable.

Le Tigre + Kevin Blechdom + Dat Politics + Peaches (samedi 20 avril)

Après Programme, un peu de finesse dans ce monde de brutes, avec la soirée Chicks On Speed, le label des trois délurées du même nom. A l'affiche ce soir-là, des filles, (surtout), du sexe (aussi), de l'electro punk bien barré (dans tous les cas). D'abord Kevin Blechdom, du duo Blectum From Blechdom, une fille, comme son prénom ne l'indique pas, qui sait parler aux machines. Son electro nature et sans complexe couplée à du spoken word nasillard (un peu comme Programme, mais sans l'accent toulousain) n'est pas sans charme, surtout quand la Kevin se prend pour Madonna, gigotant du popotin sur un beat soutenu, sorte de Liza Minelli branchée techno. Les Dat Politics, eux, viennent du Nord de la France. Pourtant, contrairement à leurs origines, leur nom pas drôle et leurs albums de bleeps durs à cuire, ces chirurgiens de l'electro se la jouent plutôt gaillards sur scène : gros son, beats un peu beaufs côtoyant sonorités d'avant-garde, duo avec Kevin, leur politique est de plaire, et c'est tant mieux. Sur leur dernier album, ils sont entourés de Kid 606 et des Matmos. En gros, le gratin de l'electronica la plus pointue, mais ouvert au format chanson. Certes, on est toujours très loin de Garou, mais quand même : ça fait plaisir de voir toutes ces bécanes et ses programmes (toujours eux…) s'emballer au contact de voix humaines. L'humain justement, Peaches elle connaît : courte vêtue et rasée de près, la Canadienne aime les hommes, voire aussi les femmes. Ses chansons, pleines de boum-boum et de gros riffs sexy, donnent la trique, flanquent des chaleurs. Hybride très hot de Kate Bush (pour la coiffure eighties), de Courtney Love (pour le côté " sale ") et de Debbie Harry (pour le côté disco-punk qui transpire), Peaches a de l'énergie à revendre, et de l'amour à partager. Accompagnée seulement de son Roland 505, elle chante avec du cœur (et du corps) à l'ouvrage, réveillant l'animal qui est en nous. Sacrée bitch, cette Peaches.

Place ensuite aux féministes du Tigre, dont l'une, si l'on en juge par ses rouflaquettes, est peut-être autre chose qu'une fille (mais quoi ?). Vous l'aurez compris : Le Tigre, c'est queer, et bas les pattes aux machos qui seraient venus pour se rincer l'œil. Un concert des Tigre, c'est donc la guérilla version électro-trash des chiennes de garde, une sorte de rassemblement de fans de punk version Suicide, mais avec un Alan Vega qui aurait changé de sexe. Tout cela aurait pu sentir le coup fourré (sans jeu de mot) si seulement la musique n'était pas furieusement excitante : des titres comme " LT Tour Theme " ou " F.Y.R. " mettent le feu au cul, entre l'électro-pop racée des productions International DeeJay Gigolos et le punk bâtard des Damned. " Please report to the front desk. Let's name this phenomenon. It's too dumb to bring us down ", chantent les trois énervées du Tigre, toutes griffes dehors, en parlant de leur cause féministe. Battons-nous bec et ongles pour ériger la musique du Tigre en slogan à entonner pour l'année 2002, car, oui, c'est un sacré phénomène.

 

Rock Werchter 2002 : vendredi 28 juin

Trois jours, plus de 50 groupes, 200.000 spectateurs : Werchter 2002 a tenu toutes ses promesses de plus grand festival rock de notre plat pays. La surenchère constante de ces dernières années étant devenue chose commune, c'est donc avec enthousiasme et détermination que le fan de musique planta sa tente igloo en pleine campagne de Brabant flamand, n'oubliant pas d'acheter des boules quiès et de remplir son frigo box avant le début de la grand messe. C'est qu'à 90 euros le combi-ticket, autant prendre ses dispositions : le "W" de TW ne veut pas dire Woodstock ; "It's not a free concert", malgré la bière gratuite pour 20 gobelets vides ramassés.

.calibre, justement, milite pour un monde plus juste, où tous les laissés-pour-compte auraient leur place (bref à moindre prix), où le métal noir jaune rouge aurait droit à davantage de reconnaissance. C'est que depuis Channel Zero, notre pays n'a plus vibré aux sons des guitares rêches… Heureusement, voilà .calibre et son nu-métal propre sur lui mais jamais ridicule. Avec leurs invectives bien corsées entre Limp Bizkit et Rage Against The Machine, les 4 métalleux auront ainsi séduit le public, certes encore épars et distrait à cette heure, mais lui rappelant cette époque où Franky D.S.V.D. et ses sbires faisaient office de réveil matin pour tous les festivaliers.

Au même moment sous la pyramide, The Notwist enfilait ses perles electro-rock sur notre corde sensible. Dommage que le son, très approximatif, gâcha notre fête : la voix de Markus Acher étouffée, la ligne de basse grésillante et le laptop en berne sur "Pick Up The Phone", le concert vira presque au mauvais rêve, tout juste sauvé par un "Pilot" magnifique en final. N'empêche, ce n'est pas terrible pour une première qualification des Allemands en finale de notre plus vieux festival… Mais la partie ne fait que commencer : avec Rammstein en renfort le lendemain, la balle est au centre.

Mais elle est vite en touche avec les Dropkick Murphys, auxquels l'ambiance graveleuse des matchs de fin de matinée (World Cup oblige) va comme un gant de keeper. Supporters d'un punk-rock sentant la Guinness, ces lads fans des Sex Pistols et de Ian Dury mélangent leurs riffs à la cornemuse, transformant les airs traditionnels d'Angleterre en hymnes de stades pour hooligans au cerveau ramolli.

Mieux vaut se vautrer dans le rock psyché des Black Rebel Motorcycle Club, trio costaud de garage baggy à la croisée du MC5 et des Stone Roses. "Whatever Happened to My Rock'n'roll ?" braillent-ils toutes guitares dehors, comme en réaction à ces rockers en kilt qui continuent leurs pitreries sur la main stage. Avec "Love Burns" et "Red Eyes And Tears", la réponse semble en tout cas évidente : il n'est pas mort étouffé sous des hectolitres de pinte, bien au contraire… Il suffit de rester sous cette tente en ce vendredi nuageux, pour s'en rendre compte. Car après les BRMC, il y a les White Stripes et Sonic Youth : autant les premiers séduisent par leur simplicité binaire à toute épreuve (une guitare-une batterie), autant les seconds font (toujours) preuve de maestria bruitiste. Le contraste est frappant mais prouve bien que le rock  est encore là, du plus simpliste au plus alambiqué, et que Werchter s'en est toujours fait l'étendard du plus tapageur.

Les White Stripes étaient sans doute le groupe le plus attendu du festival. Erigés hype de l'année 2001 avec les Strokes, les deux White eurent donc fort à faire pour préserver leur aura de groupe (déjà) culte auprès des festivaliers friands de crowdsurfing et de beats soutenus. Pari gagné, puisque leurs comptines blues enfiévrées se parent sur scène de la plus belle des couleurs – le rouge, symbole de fougue et d'énergie, que les deux ex-mari et femme (une rumeur) ont à revendre. Certes parfois lassant (on a vite compris leur recette miracle), le rock des White Stripes impressionne par son immédiateté et sa fraîcheur.

Moins directs mais tout aussi fougueux, les Sonic Youth étaient eux aussi attendus au tournant : il y  avait en effet belle lurette que ces as du manche trafiqué ne nous avaient plus impressionnés, coincés entre leurs derniers albums expérimentaux (un riff = une heure) et ceux "officiels", de moins en moins convaincants. En débutant leur concert par "Bull In The Heather", le ton est donné : retour aux sources soniques du songwriting, aux couplets-refrains pleins de tensions et de décharges électriques. Sans doute que l'arrivée de Jim O'Rourke au sein du groupe a permis aux New-Yorkais de redescendre sur terre et de nous livrer ce tout nouveau "Murray Street", un album mélodieux (voire classique), pour beaucoup le meilleur depuis "Experimental Jet Set, Trash And No Star". Le concert sera d'ailleurs surtout centré sur cet album, du single "The Empty Page" à ce "Rain On Tin" plutôt pop dédié à John Entwistle, bassiste des Who tout juste décédé. Ajoutez à cela des classiques comme "Drunken Butterfly" ou "Kool Thing", et vous aurez compris que Sonic Youth n'a décidément rien perdu de sa jeunesse.

Ah ! Les jeunes ! Venus par milliers pour bien pogoter, ils n'en oublient pas pour autant leurs classiques. En réservant un triomphe à ce vieux coquin d'Arno, le public se montra "magnifique" (en français dans le texte), comme notre Ostendais préféré, en pleine forme en ce début de soirée. Cela faisait presque 20 ans qu'Arno n'avait plus foulé les planches de TW – à l'époque avec TC Matic. Un tel come-back se devait donc d'être à la hauteur, et il le fût : en alternant nouvelles compos ("Je veux nager"), vieux tubes ("Putain Putain", "Olalala",…) et reprises imparables ("Les filles du bord de mer"), Arno mit le feu. "Merci Godverdomme", dira-t-il à la fin de cette heure intense, ému par l'accueil du public. Mais c'est qu'il le vaut bien, notre rocker national !

Le rock belge a encore d'autres idoles : dEUS. Depuis deux ans sans nouvelles, le public était impatient de revoir le groupe de Tom Barman sur scène, là où il a toujours été le meilleur. Le chanteur trop occupé à préparer son premier film et les autres partagés entre leurs projets respectifs (Vive La Fête, Millionaire,…), ce n'est pourtant pas pour demain que dEus donnera une suite au sublime "The Ideal Crash"… Mais peu importe, puisque l'essentiel pour l'instant se trouvait ici, à Werchter, sur la main stage. Dès les premières ondulations de "Via", la plaine s'enflamme, mais le son, trop brouillon, en refroidira rapidement plus d'un. La première partie du concert oscillera ainsi entre le tiède ("Roses") et le passablement raté ("Little Arithmetics"), mais un "Suds and Soda" ravageur remettra les pendules à l'heure. S'ensuit une heure d'un concert pro et au son bien meilleur, avec un Tom Barman bien remonté, qui avoue avec ironie "en avoir marre des ballades ». Un nouveau morceau, sombre et rock (cette ligne de basse !) viendra d'ailleurs confirmer ses dires, même si on sait que Tom est un grand romantique… « No more loud music », donc…

Et les bpm çà compte ? Parce que Luke Slater en a plein sa besace, bien que son dernier album, « Alright On Top », sonne très electro eighties. Avec le chanteur de The Aloof en guest et un son plus léché, fini les étiquettes techno trop réductrices : Luke peut se vanter d'avoir désormais plusieurs cordes à son arc. Putassier le Slater ? Que nenni : son electro comme sa techno feraient danser les plus récalcitrants, et tant pis si c'est à la mode,

Question fashion, Praga Khan assure : pourtant sa techno de kermesse est aussi fine et digeste qu'un cornet de croustillons. Big in Japan avec ses Lords of Acid et ses poupées gonflables, Maurice Van Engelen a pourtant du mouron à se faire : dans le monde de la mode le vent tourne vite, comme la chenille de la Foire du Midi.

Il est déjà minuit et les Chemical Brothers livrent un bon mix de leurs trois derniers albums, en tout cas bien meilleur qu'il y a deux ans. Du bestial « It Began in Africa » au fabuleux « Private Psychedelic Reel » (leur final habituel), Tom Rowlands et Ed Simons restent les maîtres d'une techno tourbillonnante, plus proche dans son esprit de l'acide rock des années 70, que des beats pompiers de Praga Khan. En prêchant le mélange des genres, les frères chimiques sont le meilleur antidote aux muscles ankylosés et aux mâchoires crispées.

« All is in the mix », insisteraient même les Dewaele de Soulwax – encore des frères -, devenus les rois de l'éclectisme sous le pseudo de Too Many Dj's. Leur marque de fabrique : entrelacer deux hits aux antipodes pour en faire une seule bombe de dance-floor,  sorte d'hybride inclassable réconciliant tous les gen(re)s, du rocker au techno-freak. Un exemple ? « No Fun » des Stooges avec « Push It » des TLC ou « Smell Like Teen Spirit » de Nirvana avec « Bootylicious » de Destiny's Child. Sacrement jouissifs, ces « bootleg » ou « bastard pop » ont le grand mérite de mettre tout le monde d'accord, faisant ainsi de ces « Fucking Dewaele » les dignes successeurs des inventeurs de la house et du disco … et surtout, des preuves vivantes que les a priori et les étiquettes sont réservés aux imbéciles – tous les autres se défoulant sur la piste extérieure de la pyramide.

 

Rock Werchter 2002 : samedi 29 juin

Venus de la baie de San Francisco, Hoobastank n'a pas fait bouger les foules, malgré son rock aiguisé mais bien trop prévisible. Malgré leur hit « Crawling In The Dark », on se dit que le métal venu d'Outre-Atlantique commence sérieusement à battre de l'aile – même Incubus, leurs voisins de palier, commencent à virer A-Ha…

Plus sympa, le hip-hop hollandais de Brainpower inaugura la pyramide sous les meilleurs auspices, mais c'est du côté du gothique qu'il faudra aller chercher les premiers vrais émois du festival, du moins au niveau de l'applaudimètre.

Pourtant, il y a quelques mois, Within Temptation n'était connu que des aficionados des colliers cloutés et des dentiers de vampire. Du métal gothique à Werchter ? En tout cas le public semblait ravi, réservant une ovation à Sharon den Adel, chanteuse électrifiante à la voix de soprano et au look de Comtesse Bathory. « Ice Queen » et « Mother Earth », en boucle sur toutes les radios flamandes, ont donc fait un tabac : on se serait presque cru au Graspop.

Rien à voir avec Ed Harcourt et son folk-rock à la Elliot Smith : Werchter est bien le festival de toutes les musiques, et c'est tant mieux. Pour beaucoup, ce fût la découverte du festival ; son album « Here Be Monsters » est d'ailleurs « een aanrader », comme diraient nos amis Flamands, en (très) grande majorité pendant ces trois jours de fête.

Sauf que la fête prend parfois des allures de recueillement - avec la néo-country de Lambchop et le rock ombragé de Madrugada par exemple -, bien que beaucoup profiteront de ces quelques moments de volupté pour dormir ou se remplir la panse. C'est qu'arrivent les gros morceaux rock du festival : Queens Of The Stone Age, Bush et Rammstein.

En plein milieu d'après-midi, le stoner des QOTSA tape dur, comme le soleil, d'autant qu'à la batterie, c'est Dave Grohl lui-même qui cogne. Au finish, une heure de métal lourd et costaud, d'une technicité incroyable : rarement le rock n'aura aussi bien porté son nom. Les morceaux de leur nouvel album à paraître, « Songs For The Deaf », auront en tout cas sonné tout le monde : ces gras-là assurent grave, et ce n'est pas l'ex-Screaming Trees Mark Lanegan (invité sur une chanson) qui viendra dire le contraire. Avec un telle formation, les QOTSA semblent être à leur zénith, et nous avec. Une vraie claque !

Le contraire de Bush, en somme. Autant Nick Oliveri et Joshua Homme composent de sacrées tapes rock'n'roll, autant Gavin Rossdale n'arrive pas à se débarrasser de cette étiquette de bellâtre néo-grunge qui lui colle  à la peau depuis des lustres. « Everything Zen », « Machinehead », « Glycerine », autant de tubes FM qui feraient retourner Kurt Cobain dans sa tombe - bref au niveau originalité, c'est la quille. Même leur reprise de « The One I Love » de REM, en hommage au bassiste des Who, tombe à plat…

Pour l'inventivité, mieux vaut aller voir du côté de Cornelius, le groupe du japonais Keigo Oyamada. Ses fusions improbables d'easy-listening electro, de rock ardu et de surf-pop sixties en a surpris plus d'un, des frères Dewaele au chanteur de Das Pop, tous au premier rang. Après les Allemands, les Japonais à Werchter : tout cela sent fort la pelouse et le ballon rond.

Balle au centre, nous disions-vous justement à propos des Notwist, cette fois-ci sur le banc de touche mais remplacés à l'attaque par leurs compatriotes sidérurgistes de Rammstein. Fort attendus par tous, les teutons pyromanes auront mis le feu à la plaine, au propre comme au figuré : leurs tubes métallos balancés à la chaîne sur une rythmique d'enfer, Till et ses copains mineurs (+ Dr Maboul) ont montré que le métal, même en allemand, continue parfois à transpirer l'émotion derrière ses riffs martiaux et ses cris gutturaux. Car Rammstein, quoi qu'on en dise, est un groupe romantique : les mélodies surnagent toujours derrière le martèlement des guitares et de la batterie, et les paroles évoquent davantage des jolies bluettes que des atrocités death ou black (NDR : cochez la mauvaise réponse). Certes, voir des milliers de jeunes gens lever le poing en criant « Du Hast » ou « Bück Dich » sur du métal hurlé par un mastodonte en haillons pourrait faire penser aux Jeunesses hitlériennes… Mais c'est parodier pour mieux condamner : Rammstein n'est pas un groupe de nazillons se passant les films de Leni Riefenstahl en boucle, non. C'est même le groupe de métal le plus novateur et entertainer (ce show pyrotechnique !) de ces dernières années. Ich Will !

Quant aux Red Hot Chili Peppers, c'est le groupe le plus mature de sa génération : s'étant fait connaître pour leur fusion funk-rock-métal au début des années 90, ils sont devenus de véritables stars de stades, à classer parmi les U2, REM et Metallica et quelques autres. Pourtant, leur dernier album, « Californication », brillait davantage par des ballades que par des tubes à la « Give It Away » : preuve que les Californiens et leur public ont mûri ensemble, pour le meilleur (le nouvel album, « By The Way »). C'est que depuis le retour de John Frusciante, mélodiste prodige, le groupe semble plus inspiré (et plus soudé) que jamais : en témoignent ces quelques nouveaux morceaux joués ici de mains de maîtres, sans aucun doute des classiques en devenir, tout comme ces « Scar Tissue », « Around The World » et « Road Trippin' » rentrés au panthéon des ballades rock qui tuent. En rappel, « Under The Bridge » finira d'achever un public de toute manière séduit d'avance, et ce malgré le volume sonore parfois trop faible – la house de Roger Sanchez dérangeant alors le fan transi, connaissant par cœur les paroles de ses idoles.

 

Rock Werchter 2002 : dimanche 30 juin

Si l'affiche du dimanche semblait au premier abord la moins intéressante, ce fût pourtant la journée des chouettes découvertes et des excellentes confirmations. Passons le rock amerloque des Hollandais de Kane et les refrains poussifs de Zornik, notre Muse national, pour se pencher sur un cas d'exception : Hawksley Workman. Dandy décadent mimant Roxy Music sur fond de Jeff Buckley, le Canadien au sourire carnassier aura confirmé tout le bien qu'on pensait de lui depuis sa première apparition en terre wallonne il y a plus d'un an, au Salon de Silly. Théâtral mais jamais ridicule, Hawksley Workman restera l'une des révélations de ce TW 2002, rugissant comme un lion lorsque les guitares lourdingues de Zornik viendront parasiter ses chansons de cabaret glam. Qu'à cela ne tienne, lui et ses potes (notamment Mister Lonely, sorte de Ray Manzarek mâtiné de Kurt Weill) auront tenu le public en haleine pendant une petite heure – cela méritait bien une belle ovation.

Les ex-Quicksand de Rival Schools avaient donc du pain sur la planche après cette tornade venue du froid : pas de problème, leur emocore aura rempli sa mission de divertissement public, grâce à quelques mélodies bien ficelées (« Used For Glue », leur hit) et des riffs malins et accrocheurs ? La pop musclée serait-elle en train de signer la mort du nu-métal ? A en écouter les albums de ces Américains, et ceux de Weezer, Hundred Reasons, The Vines,… il y a fort à parier que les casquettes rouges et les T-shirts Adidas se retrouvent bientôt dans les bacs à soldes.

Loin d'être un rapper de Prisunic, Michael Franti était fort attendu depuis son carton l'année passée au Pukkelpop. Rebelote : l'anti-mondialiste de la musique black aura de nouveau foutu un beau souk, transformant la plaine en giga-fête, ses « Sometimes », « Rock The Nation » et « People In The Middle » dynamitant l'ambiance à coups de bras en l'air et de refrains repris en chœur. Sur « Power To The Peaceful », Louise Rhodes, la chanteuse de Lamb, viendra même pousser la chansonnette, exhortant le public à reprendre les paroles. « We can bomb the world to pieces, but we can't bomb the world to peace » : voilà en quelques mots toute l'idéologie de Franti, pourfendeur des laissés-pour-compte et défenseur de la paix sur terre. Spearhead : une autre façon de manifester contre la haine et l'indifférence.

Après un quart d'heure de retard en raison d'une panne de sampler, les fous furieux de Millionaire auront prouvé encore une fois qu'ils sont nos meilleurs représentants sur scène : sexy et bombastic, les perles de leur album « Outside The Simian Flock » prennent leur véritavble envol sur scène, à l'image des gesticulations très Who (encore) du chanteur Tim Vanhamel (déjà présent deux jours plus tôt en renfort chez dEUS).

A côté de tant d'énergie, la prestation d'Heather Nova faisait bien pâle figure. A choisir parmi ces femmes qui embellissent le rock, autant jeter son dévolu sur Lamb, la délicatesse de Louise Rhodes n'étant plus à prouver. Comme d'habitude, le concert fut parfait, du classique « Gorecki » à ce splendide « I Cry », avec Michael Franti en guest-star. Un sans faute, même si le chapiteau aurait davantage collé à l'ambiance intimiste et fragile dégagée par le trip-hop de Lamb et sa chanteuse de charme.

Après tant de finesse et de classe, les Anglais de Coldplay avaient intérêt à se surpasser : c'était sans compter sur la solidité mélodique de leurs chansons et le charisme de Chris Martin. A quelques semaines de la sortie de leur deuxième album (« A Rush Of Blood In The Head »), les Britanniques ont joliment confirmé leur statut de dignes successeurs de U2 (rayon slows et tubes qui arrachent). Avec un « Everything's Not Lost » d'anthologie et un « In My Place » en beau final (le nouveau single, déjà dans tous les cœurs), Coldplay aura livré un bon concert, certes sans grosses surprises mais parfaitement maîtrisé : vainqueurs du trophée « meilleur espoir » il y a deux ans, les voilà bien partis pour gagner celui de « meilleure confirmation » pour 2002, à l'heure ou Radiohead, Oasis et Blur semblent perdus dans les limbes fumeuses du rock d'Outre-Manche.

Reste Faithless, tête d'affiche pompière mais fédératrice, avec lequel TW se sera terminé en beauté, ses hymnes boum-boum à deux notes ayant rempli leur rôle de catalyseur d'ambiance de fin de soirée (et de festival). A voir le public jumper comme un seul homme sur « God Is A DJ » et « We Come 1 », on se dit que la techno-rock de Prodigy et des Chemicals a pris de l'embonpoint auprès des jeunes, lui préférant maintenant les beats simplets de Rollo, Sister Bliss et Maurice Van Engelen. « This is my church, this is where I heal my hurts », prêche Maxi Jazz sur « God Is A DJ » : la plaine de Werchter transformée en terrain de prière techno pour des milliers de fidèles dévoués à la musique – voilà une image qui restera dans les mémoires, et un bel épilogue pour ces trois jours de fête sensationnels. Amen.

 

D Hiver Rock 2002 : vendredi 20 décembre

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Dyonisos ayant déclaré forfait, la Maison de la Culture de Tournai avait donc décidé de monter un mini festival regroupant 6 groupes en trois jours. C'est à dire Major Deluxe et Morning Star le jeudi 20 décembre, Raspoutistsa, Mud Flow et Yel le vendredi, et enfin Au Coin de La Rue le samedi. Et il faut reconnaître qu'hormis le samedi, le public a répondu présent.

Major Deluxe et Morning Star à la même affiche se comprenait aisément, puisque les deux formations tournent, depuis quelque temps, ensemble. Et que la plupart des musiciens de Major Deluxe servent de backing group à Morning Star. Enfin pour la tournée. Drivé par le chanteur/compositeur/guitariste tournaisien Sébastien Carbonelle, Major Deluxe aligne la bagatelle de 8 musiciens. Sur scène. Dont un trompettiste et une violoniste. Un line up renforcé épisodiquement par une fanfare de quatre cuivres. Le concept est original. Ce n'est pas tout à fait de l'easy listening. Ni tout à fait de la prog pompée dans la Canterbury School (NDR : pensez à Caravan). Et pas davantage du néo prop pop à la sauce Beta Band. Peut-être un peu des trois ! Le seul hic, c'est que l'osmose entre les différents musiciens ne se produit que trop rarement. Bref, la mayonnaise sonore ne prend pas. Elle reste à l'état d'ébauche. Manque de répétition ? Probable ! C'est une certitude dans le chef de la fanfare, qui n'a jamais si bien porté son nom. Et puis, je pense que pour optimaliser ce concept, il aurait fallu un ingénieur du son balaise. Ou alors deux ou trois complémentaires. 29 curseurs ouverts, faut pas non plus demander l'impossible ! Par contre, je suis convaincu qu'en studio, le groupe aura davantage le temps et la patience de tout bien mettre en place. C'est tout le mal que je leur souhaite…

Auteur d'un premier elpee plutôt bien ficelé (« In place in the dust »), Morning Star peut compter en la personne de Jesse D Vernon, sur un chanteur/compositeur particulièrement talentueux. Un gars de Bristol qui a des planches (NDR : au propre comme au figuré !). Avant de fonder Morning Star, il avait sévi au sein des Moonflowers. Pour la circonstance, son orchestre réunit la plupart des musiciens de Major Deluxe, dont Sébastien à la seconde guitare, une clarinettiste, la bassiste de Mellon Gallia… et parfois aussi la mini fanfare ( ?!?!?!). Objectif : frotter, mixer, confronter les genres, les styles, tisser minutieusement des lignes mélodiques, avant de les laisser s'effilocher au gré de l'inspiration, en prenant bien soin d'en capturer les moments les plus intenses… Malheureusement, si Jesse tire facilement son épingle de jeu, les moments d'intensité sont beaucoup trop rares pour véritablement envoûter. Encore une fois, le manque de communion entre les musiciens y est pour quelque chose…

 

D Hiver Rock 2002 : samedi 21 décembre

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450 personnes le vendredi pour les concerts de Raspoutitsa de Mud Flow et de Yel. On peut affirmer qu'il s'agissait d'un succès. Raspoutitsa ? C'est le groupe né des cendres de Larsen Lupin. Une formation tournaisienne qui a troqué le grunge contre du prog rock. Et je dois avouer que nonobstant le côté un peu revivaliste de leur musique, elle est plutôt bien jouée. Les musiciens sont irréprochables, excellents même, et se complètent comme des vieux briscards. Les ombres d'un Ange et de l'Archange (NDR : Gabriel ?) se mettent même à planer. Tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes s'il n'y avait la voix de Mathieu. Elle ne colle décidément pas à la musique. Et pourtant, elle est capable de changer d'octave. Ah oui, et les textes. A ses débuts le King Crimson avait eu recours à un parolier. Ne rigolez pas, dans le style, si le groupe parvient à progresser, il va devenir le chouchou de Marc Isaye. Et à l'issue de leur prestation, je n'étais pas le seul à partager ce point de vue…

Mud Flow ? Je ne connaissais que leur premier album. Très pop. Très clean. Très mélodique. Très radio. Quelle n'a pas été ma surprise d'assister à un set ravageur et sauvage, sans pour autant que le groupe ne néglige l'aspect mélodique des compositions. Le quatuor bruxellois nous en a mis plein la vue. Pas étonnant qu'il multiplie les clins d'œil à Placebo à Hüsker Dü, dEus, House of Love et aux Scabs. Et les oreilles, bien évidemment. Son chanteur possède le charisme d'un véritable showman. Le band possède le format international, c'est une évidence.  Et franchement, s'il passe près de chez vous, ne le manquez sous aucun prétexte…

Yel est une valeur sûre du rock belge et francophone, en particulier. Normal, puisque les chansons sont interprétées dans la langue de Molière. Partout où le combo se produit il fait l'unanimité. Il ne lui manque pas grand-chose pour monter d'une division. Sur scène, son style se révèle quand même moins britpop. Enfin, c'est ce que la presse avait décrétée à l'issue de l'écoute de son premier opus (NDR : désolé je suis dans l'incapacité d'apporter mon grain de sel, puisque la promo n'est pas arrivée jusque Musiczine…). Moins britpop et plus passionnel. Dans l'esprit de Noir Désir et d'Aston Villa. Les deux ensemble. Le groupe permet aussi à Claudia, la chanteuse de Starving, de partager l'interprétation d'une compo. Avec beaucoup de bonheur, il faut le reconnaître. En final, Yel montre qu'il est aussi capable de tâter du psychédélisme. Et puis en rappel, il a le bon goût de se libérer sous une forme de punk branché sur un numéro de Téléphone piqué chez lez Pixies.

 

D Hiver Rock 2002 : dimanche 22 décembre

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50 personnes pour assister au set d'Au Coin de La Rue, c'était quand même un peu vide. Les absents ont eu tort. Le trio franco-belge (deux Français et un Belge) expérimente une formule de rock/théâtre très au point, mais qui laisse paradoxalement une large place à l'improvisation. Beaucoup d'humour. De métier, aussi. Pas pour rien qu'il parvient à déplacer la plupart des spectateurs de leur siège vers le devant la scène. Pour s'y asseoir sur le plancher des vaches. Trois excellents vocalistes très complémentaires. Dont les harmonies vocales évoquent tantôt les Frères Jacques, tantôt les Négresses Vertes. Trois instrumentistes (un contrebassiste, un guitariste et un clarinettiste/accordéoniste) qui ne craignent pas de tutoyer tous les styles musicaux. C'est vrai qu'il y a un petit côté hybride dans la musique du combo. Une rencontre entre toutes les cultures qui peuplent l'Hexagone. Avec un sens de la fête, de la répartie, et du spectacle auquel le public est invité à participer (NDR : et participe). Franchement, les absents ont eu tort. Car leur spectacle m'a permis de passer un bon moment. Ce n'est pas non plus à négliger !

 

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