Claud et la musique

Claud sortira son troisième opus studio, « Me and the Music », ce 23 octobre 2026. Ce long playing succède à Supermodels paru en 2023. Pour accompagner cette annonce, il a partagé le single « She Doesn't Love Me », sous forme de clip (et il est disponible…

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Aucun remboursement de prévu pour les Lambrini Girls

Le duo punk Lambrini Girls sortira son deuxième album, « No Refunds », le 15 janvier 2027 chez City Slang. En attendant, il a partagé un tout nouveau single, « Bang Bang Bang », accompagné d’un clip vidéo. Successeur de leur premier elpee, « Who Let The Dogs…

Enregistré sous Ex:Re

Elena Tonra rompt le silence de son projet solo Ex:Re. La voix du combo indie-folk…

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Les Nuits Botanique 2006 - La Nuit de la Fnac

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Première grande soirée des désormais traditionnelles 'Nuits Botanique', 'La Nuit de la Fnac' a fait le plein de spectateurs et de bons moments…

Régie par un principe fort agréable (un ticket donnant accès à toutes les salles), cette nuit Fnac n'a pas déçu… Déjà bondé d'ordinaire en pareille occasion, le Botanique a cette fois-ci menacé d'exploser, vomissant son trop plein de spectateurs dans des jardins saturés de poussière, d'effluves de kebabs, de couscous, de nems et de frites en tous genres. Mais alors que dehors les felafels volaient au milieu d'une foule proche de l'émeute, c'est dans une Orangerie quasi déserte que les membres de Two Star Hotel ont commencé leur concert sur le coup de 20h00…. Manifestement peu impressionnés par l'ambiance glaciale régnant dans l'enceinte, les Liégeois ont offert un set carré, rock and roll et bondissant à souhait. Tenants originels d'un disco-punk entre-temps devenu hype, serrés dans leurs désormais traditionnelles combinaisons de latex, les 5 membres ont sué sang et eau pour finir vainqueurs aux points d'un maigre public conquis par tant de conviction…

Une fois le concert fini, direction la Rotonde où Troy Von Balthazar était censé se produire 5 minutes plus tard. Arrivé à l'entrée, un constat s'impose : il va falloir se battre pour pénétrer dans ce qui ressemble désormais plus à une boite de Pilchards aux tomates qu'à une salle de concert. Prenant appui sur les épaules du molosse gardant l'entrée, il faut ensuite se hisser sur les gradins au moyen de contorsions dignes des gymnastes d'ex-RDA pour enfin finir par apercevoir ce sacré Troy qui, c'est un comble, a déjà commencé. Grrrrr… Néanmoins, il ne faut pas bouder son plaisir. L'ex chanteur de Chokebore assure et on retrouve déjà, après 30 secondes, les ambiances séduisantes de son premier album solo. Plaisantant avec le public, usant et abusant du petit séquenceur lui permettant de jouer seul ce qui nécessiterait 4 musiciens dans une autre configuration, Troy Von Balthazar alterne petites ballades pop et titres plus bruitistes pour finir par quitter, après 40 minutes, un public compressé mais néanmoins heureux.

Kids are alright

Retour à l'Orangerie et début d'hallucination. On n'est plus aux Nuits du Botanique ? Docteur Spok, vous nous avez transférés chez Jacques Martin ? Mais qui sont donc ces jeunes prépubères s'échinant sur leurs instruments comme des clones mal embouchés de Stephen Malkmus ? Spinto Band ? Ils sont américains, vous dites, et ils ont déjà sorti… Combien ? 7 albums ?! C'est pour rire ou quoi ? Ils n'ont même pas 20 ans… Et puis, au fil du concert, il faut se rendre à l'évidence : la révélation de la soirée, c'est eux… Oui, ces petits boutonneux en chemise à carreaux mal ajustée sont en train de donner la leçon aux aînés. Le public, d'ailleurs, ne s'y trompe pas et offre une véritable ovation à ces gamins tenants d'une indie pop ultra mélodique et diantrement énergique. Les rumeurs dans la salle laissent entendre que, sur album, c'est moins bien… Peut être… Mais quel concert…

Enfin, pour clôturer la soirée après cette orgie de déflagrations sonores, quoi de plus naturel que d'aller s'envoyer un bon petit Stuart A. Staples sous le chapiteau. Echappé pour un petit moment de ses désormais légendaires Tindersticks, l'homme à la voix la plus maniérée de la scène pop/rock nous offre ainsi l'occasion d'apaiser nos oreilles et, par la même occasion, notre cœur, à l'écoute de ses chansons tristes et romantiques. Bien sûr, il y aura quelques voix chagrines pour nous répéter que 'Stuart, c'est chiant en concert…!' Nous, on s'en fout… Si la beauté est chiante, eh bien oui, c'était un concert chiant au possible… Il suffit de jeter un œil aux couples amoureusement enlacés, un sourire aux lèvres, pour comprendre que notre homme, passablement saoul par ailleurs, a marqué les esprits, durablement….

Festival Rock the City 2006

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Pour la deuxième édition du sympathique festival bruxellois, les organisateurs sont restés fidèles au joli cadre du parc de Woluwé qui, pour la circonstance, a été épargné par les incessantes pluies de ce début de mois d'août.

Les groupes se succèdent à partir de 13h00. Pour notre part, nous arrivons au moment où la formation gantoise Waldorf effectue son soundcheck. La foule est pour l'instant clairsemée, maigre fréquentation qu'on mettra sur le compte de ce temps gris rappelant la Toussaint. Auteur d'un album éponyme publié l'année dernière pour le compte du sympathique label gantois Kinky Star (NDR : il est également responsable des premiers efforts de Vive La Fête), ce combo pratique un rock fortement inspiré par les années septante. Un rock musclé mais sans imagination et encore moins d'humour. Les titres laissent peu de traces dans l'esprit et le volume sonore élevé provoque la fuite d'une bonne partie de l'audience qui décide alors d'aller se réfugier vers la portion de gazon la plus éloignée possible des diffuseurs.

Tandis que des petits malins ont trouvé le moyen d'assister au festival sans bourse délier, Montevideo investit à son tour la scène. Considéré depuis longtemps comme le secret mieux gardé de la capitale,  ces quatre jeunes gens ont écumé les scènes bruxelloises et wallonnes pendant quelques années, avant de voir leur réputation croître grâce à leurs concerts énergiques et ludiques. John Stargasm (chanteur de Ghinzu) les a tirés des limbes de l'underground pour produire leur premier album éponyme. Un disque paru début juin ! Comme d'habitude, leur disco-funk-punk-noisy démarre sur les chapeaux de roue et recueille l'adhésion du public présent. 45 minutes au cours desquelles, Jean Waterlot, chanteur particulièrement goguenard, communique à merveille avec le public entre les petites bombes rock dancefloor assénées par la formation : " Groovy Station ", " Sluggish Lovers ", " Liberation for Women " ou encore " Sunshine ". Malgré l'une ou l'autre petite baisse de régime, Montevideo est sûrement un des meilleurs groupes de scène en circulation de ce côté-ci de la frontière linguistique ; statut qui a également l'air de convaincre le guitariste de Das Pop, qui battra du pied pendant une bonne partie de la prestation des Bruxellois.

Il y a quelques années que Das Pop (NDR : encore des Gantois !) n'a plus donné signe de vie. Jusqu'ici, sa pop richement texturée a rencontré davantage de succès à l'étranger qu'à l'intérieur de nos frontières, où les choix esthétiques délibérément kitsch les ont un peu isolés du monde rock ; mais ne leur a toujours pas permis de toucher un plus large public. Réduit à un trio (Tom Kestens est parti fonder Lalalover), D.P. pratique une musique bien plus directe que dans le passé. Plus de pistes play-back ni de synthés eighties, éléments qui ruinaient substantiellement leurs prestations voici encore quelques années. Ils viennent présenter un nouvel album qui devrait paraître tout prochainement. Une plaque produite par les frères Dewaele (Soulwax, 2 many Dj's), frangins qui avaient déjà mis la main à la pâte sur le magnifique " Electronica for Lovers ", un des premiers single de Das Pop. C'est donc un public un peu plus consistant qui assistera à ce set mené tambour battant, entre nouveautés et classiques de la formation ; mais réarrangés sous une formule plus rock. Bent Van Looy chante et joue (très bien) de la batterie et son timbre vocal évoque toujours autant celui de David Bowie. Niek Meul et Reinhard Vanbergen assurant le tandem basse-guitare tout en se concentrant sur les secondes voix. Un beau concert, malgré une communication sommaire et l'impression que le groupe cherche à enchaîner les titres le plus vite possible.

C'est à Rhesus qu'incombe la lourde tâche de clôturer le festival. Peu connu en Belgique, ce trio français pratique un pop-rock constellé de tentations noisy qui font penser aux Pixies. En 2005, il a remporté le concours 'Ce qu'il faut découvrir', mis sur pied par les Inrockuptibles. Leur premier album " Sad Disco " est paru cette année chez Pias ; mais leur notoriété procède d'un pub consacrée à un cosmétique. Un spot au cours duquel ils apparaissent lors de l'interprétation de leur " Just Let Go ". Une chanteuse et un chanteur se partagent le micro sur des compos électriques qui hésitent entre sonorités sans concession et tentations pop-rock très (trop) classiques. L'ensemble mérite le respect ; mais on se demande quand même pourquoi ce band était tête d'affiche, alors que sa place se situait nettement plus bas…

 

Concours Circuit - Pop Rock 2006 - Finale

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A vos marques, prêt, parti ! Entraîné par la foule qui s'élance et qui danse une folle farandole, le Botanique n'accueille pas ce soir Edith Piaf mais un défilé de concerts haut en couleurs locales. Une sélection qui se veut pop rock au sens le plus élargi du terme du fait de formations issues d'autres scènes (hip hop, funk & electro). Un quiproquo qui laisse perplexe. On se contentera de passer à table.

Le duo trash acoustique We Are Not Flowers entame l'ouverture et cuisine un set théâtralisé où l'excentricité est de mise sur un répertoire chanson française tzigano rock jazzy expérimental. Rien que ça. Difficile de résumer en un mot ce spectacle abracadabrantesque qui éblouirait volontiers petits et grands sur le pont d'Avignon. Accompagnés d'une salade aux lardons, les deux gargouilles fanfaronnent des textes insolites sur une guitare et un sax balancés d'une grosse caisse. Ca rappelle Aurillac et le tumulte des troupes de farfadets qui s'exclament sur le pavé.

On continue la route d'ailleurs direction Verviers et ses rappeurs Bern Li. Chaussé d'un DJ qui envoie sa sauce et ses breaks aux platines, d'un bassiste/guitariste qui alimente l'instru et d'un beatmaker (MPC/KORG) qui met la main à la pâte, Bern rappe et se déshabille au sens propre et figuré. Le plat manque malheureusement d'ingrédients et le show n'apparaît pas vraiment folichon. Les textes recuits aux sempiternels aboiements étatiques, risquent de griller le combo. Un manque de prestance aussi est rattrapé en justesse par des beats électro applaudis en final.

Prochain carrefour : William Street et sa guitare. Tel Jack Johnson sur la plage, ce jeune Alsacien de 29 ans comble la salle ultra bondée et euphorique à la seule idée de faire chalouper son cœur. De belles compos, des interludes comiques et une intimité s'installent à la Rotonde. Le songwriter séduit et s'aventure dans de multiples effets (loop station, sampling vocal & rythmique) mais se perd dans ses divagations techniques. Loin d'assister à une belle  performance scénique, on se contente d'un one man show acclamé par une foule (NDLR : composée d'une belle brochette de fans) assoiffée de rappels. Il reste encore du chemin à faire et 3 groupes à voir.

The BigHat Band fait parler de lui. Normal quand on a fait la première partie de The Kooks, joué sous le chapiteau de Babyshambles et qu'on est applaudi par la critique. Normal. Sauf que l'on a davantage l'impression d'assister à un concert des Babyshambles justement. Il y a un hic dans le bazard. A force d'ingurgiter ses influences on finit par leur ressembler. Jusque dans l'attitude blouson de cuir, jeans serrés et décoiffage capillaire. Manque plus que l'indigestion d'alcool, les groupies et autres dark stories du rock 'n roll. A part son mimétisme, le combo s'affiche dans un répertoire stagnant. Les fans slamment sur une fosse improvisée devançant un public figé et emplissant de leurs énergies juvéniles une salle qui sonne un peu le vide.

Il est temps de s'aérer. Ca tombe bien, Fractionnal martèle son ordi sur des beats technoïdes amoureux. Ca tombe bien et ça fait du bien aux yeux. Sur des délires démembrés rappelant Chris Cunningham, les projections  fleurissent la scène et décorent un son organo érotique. Déconstruisant comme le pionnier du genre Aphex Twin, ce n'est pas pop rock pantoute mais c'est beau comme une B.O de film biomécanique. Une musique intelligente qui galope dans les veines.

Tout juste le temps de se faire une transfusion sonore qui nous remet d'aplomb, les Peas Project appellent à table. On connaît la chanson et c'est par pur plaisir que l'on essaie de se frayer une place dans une foule devenue bloc. Le funk peut alors prendre toute sa dimension dans autant de bras qu'il y a de musiciens et c'est parti pour le réchauffement climatique. Un son qu'ils portent bien, des titres accrocheurs et bourrés d'énergie scandés par des gigolos qui maîtrisent leur plat. Et malgré une instrumentation des plus complètes et un public convaincu, The Peas Project ne remportera pas la satisfaction de tout le monde. A croire qu'il ne suffit plus d'être bon pour se faire un nom et que l'usage des oreilles devient ardu. Tandis que les guitares de The Big Hat Band pourront scintiller au grand public et que les mélodies de William Street envahiront les ondes de Pure Fm, on ne peut que rester dubitatif sur les critères de sélection. Derrière cette interrogation se cache un autre point à débattre: celui de savoir si la loi du marché pourra à long terme détrôner le talent.

 

Invité à faire partie du jury, je me suis retrouvé - par hasard - comme représentant des websites pour participer aux délibérations relatives à la remise des prix. Et je dois avouer que les débats ont été, quoique courtois, particulièrement âpres. En fait, lors du dépouillement, The Big Hat Band et The Peas Projet comptabilisaient le même nombre de points. Mais après un deuxième tour de table, certains délégués de groupe ont curieusement changé d'avis. Et le premier prix de s'en aller chez TBHB. Comme la Sabam avait déjà arrêté son choix sur la même formation, j'ai jugé le processus inéquitable. Avis partagé par le représentant des labels. D'autant plus que le nom de William Street est soudainement revenu à la surface. En bref, les deux producteurs qui faisaient partie de la commission ne voulaient pas entendre parler de The Peas Project. Motif invoqué : les musiciens étaient médiocres (nous n'avions donc pas vu le même concert et Pierre Vreven a quand même signalé qu'ils sortaient, pour la plupart, du conservatoire). Motif réel : le groupe ne compte pas de 'chanson' et n'est donc pas commercialisable. Finalement, le prix Pure Fm ayant été décerné à William Street, il me semblait normal de trouver un consensus. Les discussions ont cependant repris de plus belle, chacun restant sur ses positions. Finalement la situation s'est débloquée, William Street récompensé par la radio, le prix de la Communauté française pouvait revenir à The Peas Project. Une décision accouchée dans la douleur, faut-il le préciser. Et malgré toutes ces tractations, une certaine équité a ainsi pu être respectée. D'autant qu'il faut l'avouer, hormis TPP, la finale du concours n'a pas été d'un niveau très élevé. Et pour votre info, sachez que Bern Li se produira à Dour l'an prochain. (Bernard Dagnies, rédacteur en chef)

 

D Hiver Rock 2006 / Trop de piliers de comptoir...

On a beau être au beau milieu de l'hiver (NDR : le cinglant -5° affiché dehors nous le rappelle d'ailleurs), ce festival organisé à la Maison de la culture de Tournai sent déjà aussi bon que ces grands frères d'été. Il s'agit d'ailleurs déjà de la 4ème édition. Tous les ingrédients, hormis le soleil, sont là pour nous le rappeler : plusieurs scènes sans temps mort, un public éclectique qui frôle les 7 à 77 ans - même si pour ce vendredi on y rencontre une majorité de 14/16 ans - et une affiche riche et variée. Rien qu'à l'entrée, l'accueil des charmantes organisatrices est déjà à lui seul, enthousiaste et chaleureux.

Il revenait à Pulsur, vainqueur de la 3ème édition du concours 'open stage', organisée en 2005 (Prix du jury professionnel et prix jeunes) d'ouvrir le festival. Une formation tournaisienne au sein de laquelle on retrouve Ludovic Notebaert, un excellent bassiste qui avait accompagné, à une certaine époque, Pierre Surquin. Et nonobstant son style un peu suranné, qu'on pourrait situer à la croisée des chemins de Soundgarden, Rage Against The Machine et Stone Temple Pilots, il faut reconnaître que le combo ne se débrouille pas trop mal ; d'autant plus que le chanteur (NDR : Louis Prest) ne manque ni de voix ni de présence…

Issu de la région de Lille, Costa Gravos revendique des influences qui oscillent du jazz au métal en passant par la salsa, le trash, la techno, le drum'n' bass, le ragga, le reggae, le grindcore, la musette, le disco, le dub, la valse et une foultitude d'autres styles. Si l'éclectisme est donc de rigueur, on ne peut pas dire que leur prestation fut transcendante. On devrait y voir plus clair lors de la sortie de leur premier elpee, dont la sortie est prévue pour ce mois de mars.

Les choses sérieuses commençaient donc en compagnie d'une des valeurs montantes du rock français : les Hush Puppies. Dès les premiers accords, leur 'rock garage' est facilement reconnaissable. Le son est (volontairement ?) un peu crade. Le look classe et rétro rappelle les Hives. Bref, on nage en plein revivalisme sixties, même si le quintet n'hésite pas à tirer parti d'une boîte à rythmes. L'énergie libérée par la formation rappelle tantôt les Strokes, tantôt Ed Harcourt ; et la fougue du vocaliste celle du regretté leader de Penthouse. C'est d'ailleurs lui qui focalise toute l'attention du public. Et pour cause, il déménage littéralement sur les planches ; ce qui ne l'empêche pas de maîtriser son chant. Et la plus belle démonstration procède de cette jolie ballade attendrissante, qui nous fait penser à l'adorable chien, effigie de la même marque de chaussures. Si le groupe manque encore un peu de cohérence, il ne manque pas de talent. Et ce retour en force du garage offre de belles perspectives d'avenir aux Hush Puppies. Maintenant, il reste au combo à se faire connaître. C'est sans doute la raison pour laquelle Olivier Jourdan, clame régulièrement, tout au long de son set : 'Nous sommes les Hush Pupies'. Ils se produiront à Bruxelles dans le cadre des Nuits du Botanique.

Enchaînement et changement de décor, mais aussi d'ambiance pour Guerilla Poubelle. Un groupe d'Outre-quiévrain qui commence aussi à se forger une réputation, dans un tout autre style. Si leur punk primaire est agréable à écouter sur disque, en 'live' c'est autre chose. L'attitude juvénile, les discours simplistes ('la chanson suivante, c'est contre la violence, et ça s'appelle « La bagarre c'est trop nul »') et certains titres de 30 secondes emballent les ados ; mais les vieux fans de GBH ou autre UK Subs font plutôt la grimace, et abandonnent rapidement la partie. Appartenant plutôt à cette deuxième catégorie, je dois vous avouer ne pas être resté plus de 20 minutes pour assister au set de Guerilla Poubelle…

Flexa Lyndo figure parmi les formations wallonnes les plus en vogue aujourd'hui. Pratiquant, à l'origine, une pop mielleuse, il faut reconnaître que le groupe a complètement changé de style. Responsable d'un excellent album l'an dernier (« Slow club »), le combo a également chamboulé son line up. Avec pour résultat une musique qui navigue aujourd'hui dans un univers psychédélique, réminiscent de My Bloody Valentine. Même les voix sont au diapason. Des harmonies vocales soulignées par le très joli timbre de la très jolie claviériste (NDR : Ben quoi chez MBV, il y avait deux filles ! Une bassiste et une guitariste… Qui a dit qu'elles étaient moches ?). Dommage que la salle était à moitié vide. Drôle d'idée d'aller se rincer le gosier lors d'un des moments les plus forts du festival.

En fait, il y a autant de monde au bar que de spectateurs dans les salles. Si pas plus ! L'ambiance y est conviviale ; mais on se demande si une partie du public n'est pas venue pour faire la fête plutôt que d'assister aux concerts. D'ailleurs, il faut user de la ruse pour éviter les 'guets-à-pintes'. Notamment avant d'aller applaudir Parabellum. Un des derniers survivants de la grande vague de rock alternatif qui avait balayé la France, fin des eighties/début des nineties. Ce n'est d'ailleurs pas pour rien que les Wampas leur rendent hommage dans une leurs chansons. Parabellum reste bien une des références de cette époque, au même titre que Ludwig Von 88, Bérurier Noir et autre Garçons Bouchers. La voix rauque et puissante du leader n'est d'ailleurs pas sans rappeler Pierrot Sapu et son physique rustre celui de François Hadji-Lazaro. Soutenu par une rythmique semblable à celle de Trust, les chansons à textes et les refrains trottent rapidement dans votre tête. D'ailleurs, tous les ingrédients sont réunis pour faire revivre, sans tomber dans le 'has been', les ambiances bon enfant que ce genre de groupe peut dégager. Alignant ses grands classiques comme « Saturnin », « La bombe et moi » ou la traditionnelle chanson paillarde « Cayenne » (reprise en chœur par tous les punks dans la salle), la soirée s'est clôturée en beauté (même si on aurait pu attendre plus de sympathie et de communication de la part de Parabellum).

La soirée, musicale du moins, est terminée ; mais au bar de la maison de la culture les réjouissances se sont prolongées jusqu'aux petites heures…

Couleur Café 2007 : du 29 juin au 31 juillet

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Couleur Café, chapitre XVIII ou 18 ans pour un festival assez unique en son genre. Comparé à son petit frère devenu grand Werchter, qui vise un public jeune sur un site pitoyable, se transforme en marécage à la moindre drache et dont le prix d’entrée est devenu exorbitant, Couleur Café (qui pourrait soit dit en passant se redonner un nom un peu moins gnangnan) est un festival devenu adulte. L'heure des bilans? Peut être mais la recette continue de prendre. Il n'y a que très rarement des têtes d'affiche, on ressort des vieux groupes comme UB40 du placard à balais, un petit coup de hip hop, on mélange le tout et on obtient l'activité à inscrire chaque année dans son agenda pour tout Bruxellois réticent à l’idée d’avaler des kilomètres pour se rendre à un festival. Devant faire face à une météo capricieuse, Couleur Café a dû aussi composer à un autre coup du sort samedi soir : l'incendie impressionnant d'un entrepôt qui a conduit les autorités à évacuer 20 000 personnes du site vers 19h. Heureusement, il a rouvert quelques heures plus tard alors que les médias (RTL-TVI en tête) avaient quasi exclu toute possibilité de reprise ce soir là.

Mais venons-en à la programmation: dès vendredi, on a pu voir Live from Buena Vista, autrement dit une version light du Buena Vista Social Club, privé des regrettés Ibrahim Ferrer et Ruben Gonzalez, mais quand même du beau monde, comme Omara Portuondo et Julio Alberto Fernández au chant et 'Rubalcaba' Gonzales et Daniel Ramos Alayo, membres des 'Afro Cuban All Stars', en bonne forme. Bien que les musiciens ont visiblement du plaisir à jouer, la ‘salsa’ ne prend plus tant les regrettés papys faisaient du sacré bon boulot.

La présence de UB40 nous a ramenés 20 ans en arrière. L’indémodable "Food for thought" a entamé le concert de ce groupe phare du reggae blanc britannique. Pour le reste, on aura droit à tous les hits au goût de réchauffé (« Kingston Town », « Red red wine »). Sur scène, on remarque les visages sans âge des deux frangins Campbell, un peu fatigués. Ceux-là devraient rendre les armes fissa sous peine de terminer dans un bal de bourgmestre l’année prochaine…

Un peu plus tard, sur la scène Univers, on jette un coup d’œil sur Kelis et sa coupe de cheveux en avance de cent ans (rasée d’un coté, pas de l’autre). La New-yorkaise se la joue extra-terrestre mais balance ses tubes imparables (« Milk Shake ») à un public chauffé à blanc.

Minuit, et c’est l’heure du Gotan Project sur la scène Titan. Costard blanc impeccable pour Philippe Cohen-Solal et Christoph Muller, entourés de ravissantes violonistes, le concert démarre par « Diferente », tiré du nouvel album qui fait son effet quand le morceau s’emballe sur une boucle rythmique imparable. Des accents kraftwerkiens traitent la voix sur « La Viguela ». Mais le groupe communique peu avec son public, et malgré un dispositif vidéo plutôt impressionnant, l’intérêt s’estompe rapidement. En cause ? Certainement l’heure tardive de passage et le côté plus expérimental du dernier album comparé à la « Revancha del Tango ».

Le lendemain, Rachid Taha ouvre le bal ou plutôt du thé à la menthe dansant, compte tenu de l’heure plus que sage de son passage ( ?!?!?). Tirant profit des nonante minutes qui lui sont accordées, le chanteur envoie la sauce tout au long de son arab’n’roll pas piqué des hannetons. Entre deux chansons, il harangue la foule, semble quelquefois prendre son public de haut et transforme son concert en tribune politique pour défendre la cause des immigrés qui se noient pour entrer aux portes de l’Europe ou pour dédier ses chansons ‘aux pédés, aux lesbiennes, aux Roumains et aux Bulgares’. Voilà qui change des messages politiquement corrects et infantilisants égrenés pendant toute la soirée par les chauffeurs de public de Coul’Caf.

Le reste de la soirée on le connaît. Il y a l’incendie, puis la réouverture des portes à 21h. Ayant été informé d’une annulation quasi-certaine du concert, j’ai quitté les lieux et n’ai pas pu assister au concert de Ziggy Marley, ni à celui de Daan, qui ont reçu des échos positifs dans la presse national belge.

Le lendemain, un trou béant sur un toit et un périmètre de sécurité installé sont les seuls témoins de l’incendie de la veille.

Evènement de la journée, le show de Johnny Clegg. Malheureusement un peu tombé dans l’oubli, le Sud-africain ne déçoit pas. Sa musique évolue toujours entre folk, pop et danse traditionnelle sud-africaine. Il prend aussi à témoin le public, réfugié sous le chapiteau pour fuir la pluie torrentielle, pour dénoncer la situation dramatique dans son pays : tant sur le plan de la criminalité et du sida, malgré une réussite économique toute relative. 

Un peu plus tard, dans la salle de presse de l’espace VIP, j’entends une confrère téléphoner son article : ‘Après le feu, la pluie…’ Un peu cliché mais vrai. Je me démène comme un beau diable afin de renégocier mon photopass afin que celui-ci me donne accès en front-stage lors des derniers concerts de cette édition 2007.

J’obtiens l’autorisation de photographier Horace Andy et ses magnifiques tresses blanches. Apparu sur la scène reggae au début des années 70, son falsetto suave est une des plus belles voix de la Jamaïque. Massive Attack lui dresse un piédestal dans les années 90 en lui permettant de participer à de nombreux morceaux de son premier album et surtout chef-d’œuvre, « Blue Lines » ; notamment « One Love », une compo reprise dans la setlist, ainsi que « Skylarking ». L’artiste se montre généreux à l’égard des photographes qui ont la permission de photographier l’intégralité du concert.

Un peu plus loin, les Belges de Joshua retiennent mon attention. Très énergique, sa prestation mêle électro et hip-hop.

Sur la Petite Rue du Bien Manger (Pas Brûlé s’il vous plaît) j’avale un couscous cher et peu savoureux.

Les conversations attrapées au hasard sous-entendent que nombreux sont ceux qui attendent la venue de The Roots sur la scène Univers. Pour un groupe de rap, la présence de tant d’instruments (tuba, guitare, basse, batterie, percussions) impressionne. Leur musique, d’ailleurs qualifiée de hip-hop orchestral, révise les préjugés liés à ce style en alliant mélodie, rock et soul.

La soirée s’achève sur le reggae dancehall de Sean Paul et un set très réussi de DJ Mehdi.

La voie est ouverte à une nouvelle génération de musiciens et moi à vrai dire, je me sens un peu largué en affichant mes 37 ans…

 

 

D Hiver Rock 2006 / Cerise sur le gâteau : Zita Swoon - A band in a box...

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Cerise sur le gâteau, la troisième et dernière journée du festival D'hiver Rock accueillait Zita Swoon dans le cadre de sa tournée « A band in a Box ». Un concept dont le principe repose sur le désir de vouloir abolir la distance entre l'artiste et les spectateurs, en se produisant au milieu du public, avec le minimum de matériel possible. Une amplification réduite, quelques moniteurs et un light show limité à sa plus simple expression, au travers duquel la musique est proposée sous sa forme la plus dépouillée.

C'est entouré d'une foule en majorité assise sur le sol (NDR : on se serait cru revenu à l'époque des groupes prog du début des seventies) que Stef Kamil Carlens se présente, armé de sa guitare. Il est alors seul pour interpréter sa première chanson, « Hey you, whatsdoing ». Une ballade feutrée, intimiste, qui donne le ton de ce début de set. Le groupe entre ensuite en scène : Aarich Jespers aux drums, Bjon Erikson à la guitare ou aux claviers, Tomas de Smet à la basse ou à la contrebasse, Tom Pintens (un bonnet sur la tête) à la guitare, aux claviers ou à la clarinette, ainsi qu'un percussionniste disposant d'une panoplie d'instruments insolites. Sans oublier, bien sûr, les trois choristes. Les sœurs Gijsels. De jolies métisses, élégantes et sexy dans leurs longues robes fleuries et dont les voix gospel apportent une coloration savoureusement exotique à la musique de Zita Swoon. Bref, un régal pour les yeux et les oreilles. D'autant plus que le son est absolument parfait… Et toute cette équipe nous entraîne dans une ambiance soul, nightclubienne à travers « Intrigue », un morceau chanté dans la langue de Voltaire. Et c'est encore en français que Stef interprète « De quoi a besoin l'amour », une compo flamboyante au cours de laquelle Tom est passé à l'accordéon. A cet instant, Carlens a déjà abandonné sa six cordes depuis un bon bout de temps. Nonobstant l'alternance des climats, qui oscillent du jazz au rock en passant par le r&b, le swing et la pop, on sent que l'ambiance commence à  monter. Et ce n'est pas la cover acoustique du « By the rivers dark » de Léonard Cohen, plus proche d'un Peter Hammill que du poète canadien ou Stef jouant du mélocica à la manière du joueur de flûte d'Hamelin, qui tempère la montée de fièvre. Une fièvre communiquée par les vahinés qui invitent le public à se lever et à danser. Une invitation à laquelle il se plie de bonne grâce lors de l'inévitable « My bond with you and your planet : disco ». Stef tourne parfois autour du band en se servant d'un tambourin oriental (NDR : assez mal en point, il faut le reconnaître). Et c'est la fièvre lorsque le band s'attaque aux deux morceaux de Moondor Jr, « Jintro » et « The Ricochet », ce dernier s'achevant sur un tempo tribal digne de Santana. Le groupe retrouve alors une certaine quiétude pour attaquer les covers dont « You're a big girl » de Dylan, et en rappel le « Raining pleasure» des Triffids ou encore « The night » de Morphine. Le public est conquis par la prestation en tous points remarquable de Zita Swoon. Et dire que ce n'était pas sold out !...

 

Rock Werchter 2006 : jeudi 29 juin.

On ne pèse pas grand-chose dans ce bas monde, à voir le peuple qui vous submerge de tous côtés, sous un soleil de plomb, sur une plaine perdue près de Leuven, à regarder Brian Molko chanter ses simagrées. Il en faut du courage pour braver la fatigue, la déshydratation, les décibels, la file d'attente pour boire une douche, et 1h30 de Muse. Oui, se taper quatre jours de Rock Werchter s'avère un sacré challenge. Météo : 30 degrés en moyenne. Et 80000 personnes par jour, assises, couchées, debout, partout. Ajoutez à cela la somme d'argent exorbitante à dépenser pour y participer, et 'l'événement rock de l'année' ressemble de plus en plus à un élevage en batterie de poules pondeuses. Heureusement, il n'y a pas eu de morts à Werchter, et ce grâce à la générosité des organisateurs qui ont bien voulu mettre cinq (…) robinets d'eau à disposition de leur très cher public. 'Eat your money and die !' : voilà qui ferait un bon T-shirt de festival, en taille « Girly », XS, S, M, L, XL et XXL. Espérons que Live Nation y pense pour l'année prochaine, et d'ici là…

… Bon vent à toi, la jeunesse qui fout le camp ! Il est à peine 18h00 en ce premier jour de festival que déjà le soleil tape plus fort que l'intégrale des Deftones. Chino, de plus en plus obèse, peine à éructer son mal-être juvénile. Normal : il n'est plus jeune. Le poids de l'âge l'empêche de sautiller comme en 95, à cette époque où le 'nu-metal' régnait en maître sur les charts. D'« Adrenaline » il lui en reste assez pour chanter du Deftones, mais sur le mode du pilotage automatique. Il est probable que les Américains changent leur fusil d'épaule à court ou moyen terme, et ralentissent leur musique (l'inédit joué ce soir, à l'ambiance très spongieuse, tiré d'un nouvel album qui sort à l'automne). Le side-project de Moreno, Team Sleep, en était le signe avant-coureur… Après, c'est une question de tubes, enchaînés vite fait bien fait pour satisfaire tout le monde (« Passenger » en ouverture, sans Maynard James Keenan, puis « Feiticira », « My Own Summer (Shove It) », Root, Nosebleed, Be Quiet and Drive (Far Away) », « Change (in the House of Flies) » et le grandiose « 7 Words »,…). Du bon boulot, sans plus.

… Bon vent à toi, le rock progressif ! Si Maynard James Keenan n'était pas présent aux côtés de Chino lors de « Passenger », c'est sans doute parce qu'après les Deftones il y avait Tool, dont il est le chanteur. Quand on est le 'frontman' d'un des groupes de rock les plus puissants de la planète, faut-il à tout prix se préserver avant chaque concert, se concentrer et faire une prière, éviter de boire un casier de bières et de se faire renverser par une voiture ? Y a-t-il un secret ? Aiment-ils les premiers Yes ? Toujours est-il que « 10,000 Days », le dernier album de Tool, sonne durablement à nos tympans comme un Panzer lancé à toute allure dans un champ de mines adverse. C'est de la grosse artillerie, du matos de pro : on parle ici de metal 'crimsonien', et ça pète dans tous les sens à coups de frappes chirurgicales. Maynard a le torse nu, une crête sur le crâne dissimulée par un Stetson, une colonne vertébrale tatouée sur sa colonne vertébrale, et des lunettes à la Starsky et Hutch. Les trois autres ressemblent étrangement à des métalleux middle-class qui cachent bien leur jeu… Et de fait : une basse, une guitare, une batterie et une voix suffisent pour évoquer l'Enfer, le Jugement Dernier, l'Apocalypse. En huit titres d'une fureur métronomique, Tool rappelle aux infidèles qu'on peut faire (et écouter) du metal sans avoir l'air ridicule, et qu'en plus ça rapporte (« 10,000 Days » cartonne ici et ailleurs). « Stinkfist » ouvre le bal (des damnés), et le ton est donné. Du coup le soleil fait moins le malin, et tout le monde lève le poing en cadence, sur « The Pot », « Forty Six & 2 », « Jambi », « Sober », « Lateralus », « Vicarious » et « Aenema ». Fin des affrontements, victoire de Tool par KO.

… Manu, Chao à toi ! Le jeu de mot est facile, mais il fallait le faire. Bien qu'aucune actualité discographique ne soit au programme de l'ex-Mano Negra, l'idée de l'inviter sur la Main Stage pour faire péter l'ambiance n'avait rien de saugrenu. Comme d'habitude, Manu Chao et son Radio Bemba Soundsystem ont donc mis le feu sur la plaine de Werchter, en toute grâce, sans se forcer. Avant l'entrée en scène de Manu, son groupe déjà s'échauffe, devant un public attentif qui le regarde jouer sans l'entendre. Etrange bal populaire, augurant un décollage sonore d'une grande intensité. 'Et c'est parti pour le show, et c'est parti tout le monde est chaud' : Manu déboule, monte le son et balance les hits sans temps morts. Ses musiciens assurent côté guitares et basse, même si la formule est désormais connue de tous. Ici, aucun mystère : c'est l'équilibre parfait entre ballades reggae-salsa-pop et footings ska-punk, qui s'emboîtent comme des pièces d'un puzzle. Ces ruptures de rythme finissent évidemment par agacer, d'où l'incident en fin de concert : 'et je coupe le son !', comme le chante Katerine, sauf qu'ici personne n'aura songé à le remettre, et Manu de faire un doigt d'honneur aux caméras et de se casser sans dire au revoir. Quand c'est l'heure, c'est l'heure, et tant pis pour le rappel, qui aurait dû se composer des titres suivants : « Mala Vida », « Makina », « Elegir », « Bobby Lent » et « Sidi H Bibi ». Forcément, il y a de quoi se fâcher tout rouge. 

… Bon vent à toi, le tueur de coyotes ! Des stars, ouaip. 'Le plus grand groupe de rock du monde', titrait le Mojo il y a plus d'un an, en parlant des Red Hot Chili Peppers. Ce soir en tout cas, ils n'auront assuré que le strict minimum syndical : « en roue libre » comme on dit, et à regarder de plus près les textes de Kiedis, on se dit que le bonhomme ne l'a pas inventée (la roue). Ce soir, plus que d'habitude, c'était lui le maillon faible : petite voix, présence effacée, et une chemise qu'il gardera quasi tout le concert (NDR : or, un concert des Red Hot sans un Kiedis torse nu n'est pas vraiment un concert des Red Hot). Peut-être n'avait-il même pas envie de monter sur scène, ce qui explique sans doute pourquoi Frusciante, Flea et Smith auront tricoté pendant 10 minutes en attendant que leur chanteur se pointe. « Can't Stop » en ouverture, puis « Dani California » et « Scar Tissue » démarrent les festivités, sous un ciel moite qui calme les ardeurs. Le soleil aurait-il eu raison, déjà, de la fougue des plus intrépides ? La mollesse est communicative, et l'on bâille à l'écoute de ces nouveaux morceaux (« Charlie », « Warlocks », « Snow », « Wet Sand », « Tell Me Baby ») aux relents funk rock à peine audibles. Une vieillerie (« Me And My Friends », 1987), deux-trois tubes (« Parallel Universe », « Californication » et un « By The Way » à rallonge), mais pas de « Give It Away » ni de « Under the Bridge »… Constat amer ou amusant : le meilleur moment du concert est à mettre sur le compte des Bee Gees et de leur hit « How Deep Is Your Love ? », interprété par un Frusciante en solo, terriblement touchant.

… Bon vent à toi, la mondialisation ! N'ergotons pas sur l'avenir de notre planète, et laissons donc les Black Eyed Peas nous donner leur version de la globalisation… Ou comment s'approprier le « Misirlou » de Dick Dale (« Pump It »), Bollywood (« Don't Phunk With My Heart »), l'électro-hop à la N.E.R.D. (« My Humps »), le reggae, la rumba, la pop, le rock, etc., pour en faire des tubes certifiés platine, sans se fouler le cul. Que ceux qui aimaient les Black Eyed Peas avant le polissage FM (l'album « Bridging the Gap ») passent ici leur chemin : on ne parle plus du même groupe. Ambiance aussi du côté du Marquee, avec Roger Sanchez, DJ housy au poil, mais pas original. Les gens dansent en cadence sur le plancher qui rebondit. Un peu de beat après tant de riffs, c'est quasi l'oasis. « Let's Get Retarded », comme le gueule Will.i.am, mais ne soyons pas dupes : c'est du divertissement, rien d'autre. Et c'est pour ça qu'on paie.

Rock Werchter 2006 : vendredi 30 juin

On ne pèse pas grand-chose dans ce bas monde, à voir le peuple qui vous submerge de tous côtés, sous un soleil de plomb, sur une plaine perdue près de Leuven, à regarder Brian Molko chanter ses simagrées. Il en faut du courage pour braver la fatigue, la déshydratation, les décibels, la file d'attente pour boire une douche, et 1h30 de Muse. Oui, se taper quatre jours de Rock Werchter s'avère un sacré challenge. Météo : 30 degrés en moyenne. Et 80000 personnes par jour, assises, couchées, debout, partout. Ajoutez à cela la somme d'argent exorbitante à dépenser pour y participer, et 'l'événement rock de l'année' ressemble de plus en plus à un élevage en batterie de poules pondeuses. Heureusement, il n'y a pas eu de morts à Werchter, et ce grâce à la générosité des organisateurs qui ont bien voulu mettre cinq (…) robinets d'eau à disposition de leur très cher public. 'Eat your money and die !' : voilà qui ferait un bon T-shirt de festival, en taille « Girly », XS, S, M, L, XL et XXL. Espérons que Live Nation y pense pour l'année prochaine, et d'ici là…

… Bon vent à toi, le clonage FM ! Les 'Interpol anglais' : c'est un peu ce qu'on dit à propos des Editors. Même allure (habits noirs, sourire figé), même voix (sépulcrale, profonde, à la Ian Curtis – cette figure tutélaire), et quasi le même genre de tubes (« Blood », « Munich », etc.) mais en moins percutants. Autant d'éléments qui augurent un prochain triomphe, à moins que le vent ne tourne et que le post-punk/no/cold wave revival devienne rapidement ringard. On parle de soussous, de covers du NME, de compiles Rough Trade et de dossiers dans les Inrocks. Des rumeurs courent d'ailleurs que la coupe 'mulet' devrait bientôt revenir à la mode, tout comme la musique de Fleetwood Mac et de Blue Oyster Cult (cfr. The Raconteurs).

… Bon vent à toi, l'amateurisme qui fait mouche ! La meilleure idée d'Alec Ounsworth est d'avoir nommé son groupe Clap Your Hands Say Yeah, comme ça plus besoin de gueuler le nom avant le concert ou au rappel : il suffit de 'taper des mains et de dire Ouais !' Même Guy Debord ou Gilles Deleuze n'y auraient pas pensé… Il faudrait donc, pour bien faire, applaudir en cadence pendant tout le concert. Sauf qu'en live, les CYHSY sont loin de convaincre, tant leurs faits et gestes s'avèrent emprunts d'une nonchalance rébarbative. Si sur disque la voix étranglée d'Ounsworth et les mélodies bancales parviennent à faire mouche, sur scène c'est tout le contraire : on se croirait presque à un concours rock amateur, d'autant que le groupe n'a pas beaucoup d'allure… Pour l'ambiance, il fallait donc aller voir du côté de la Main Stage, où Kanye West faisait péter son hip hop de première classe devant un parterre pour une fois échaudé. Accompagné d'un quatuor à cordes, d'un DJ et d'un garde du corps, l'Américain s'amuse (sur « Take on Me » d'A-Ha), joue au chef d'orchestre (le « Bitter Sweet Symphony » du Andrew Oldham Orchestra) et brocarde gentiment les organisateurs du festival pour leur manque d'éclectisme. C'est un fait (et un scandale) : le hip hop est le parent pauvre de l'affiche, mangé tout cru par le rock, qui se taille la grosse part du gâteau… Un constat d'autant plus alarmant que le concert de Kanye West était l'un des meilleurs de ces quatre jours de déluge sonore. Des hits (« We Don't Care », « Get 'Em High », « Heard 'Em Say », « All Falls Down », « Gold Digger », « Jesus Walks », et, en apothéose, « Touch The Sky » et son sample de Curtis Mayfield), de la bonne humeur, et un mec qui ose dire ce qu'il pense sans jouer les fiers-à-bras. Big up !

… Bon vent à toi, l'Angleterre de Coldplay ! Sans doute n'ont-ils pas les tubes FM de leurs compatriotes humanitaires, mais les cinq types de Elbow, eux, ne se prennent pas la tête et gardent le sourire. On peut parler ici de véritable humanité, de gentillesse, et ça n'a rien de péjoratif : quand Guy Garvey dédicace « Newborn » à ses deux collègues Craig Potter et Richard Jupp, papas depuis peu, c'est fait avec tellement de sincérité qu'on ne peut qu'applaudir… Surtout que le titre en question, le dernier de la setlist, s'avère l'un des meilleurs du groupe, tout en montée et en intensité. Pour le reste c'est du pop-rock aux atmosphères dilatées, sans tambours ni trompettes, autrement dit parfait pour reprendre ses esprits avant la tempête Mogwai. Une belle grosse tempête, ponctuée de moments d'accalmie, d'éclairs de chaleur et de coups de tonnerre imprévisibles. Mention spéciale à Stuart Braithwaite, qui s'est planté à un moment crucial de l'hénaurme « Mogwai Fear Satan » : en balançant trop tôt sa partie de riff (un glissement ? une faute d'attention ?), le guitariste aura brisé toute la chaîne noisy patiemment tricotée par lui et ses potes depuis plusieurs minutes. La cathédrale sonique ainsi réduite en cendres, l'effet voulu (et tant attendu) sonnera finalement comme un pétard mouillé… Dommage ! Mais à part cette bourde innommable, les Ecossais nous auront quand même gratifié de quelques-uns de leurs meilleurs morceaux : « Yes ! I Am A Long Way From Home » en ouverture, « Ithica 27 o 9 », « Helicon 1 », « Friend of the Night »… Un grand moment de rock'n'roll, malgré l'éjaculation précoce de « Mogwai Fear Satan ».

… Bon vent à toi, la new beat ! Du beat, du vrai, enfin, qu'on satisfasse cette envie pressante de plier du genou en pointant du doigt les étoiles comme autant d'éclats d'une immense boule à facettes. C'est l'heure de la grosse nouba, sponsorisée par les frères Dewaele, alias les 2Many DJ's, alias la moitié de Soulwax, alias les producteurs du « Sexor » de Tiga, alias les mecs qui ont fait découvrir Vitalic au monde entier (sur leur mix-bootleg « As Heard… Part 2 ») : toute une bande de potes qui se retrouvent ici ce soir, pour transformer la pyramide en chaudron bouillant, et la plaine qui l'encercle en fourmilière au cœur unique, battant la mesure sur le poumtchak salvateur. C'est une heure en avance sur le programme que Pascal Arbez s'empare de ses laptops et séquenceurs divers, devant une foule qui s'extasie dès les premiers retentissements de sa techno cow-boy. Dehors, il fait très chaud. Sous la tente circulaire c'est bien pire : il pleut des gouttes de sueur. C'est « La Rock 01 », comme d'habitude, qui remporte la palme de l'ambiance : un hymne techno de la trempe d'un « Da Funk », d'un « Spastik » ou d'un « Southside », qui rend les gens fous et la croix rouge alerte. Malgré les titres mixés comme un sacré bourrin par le Français (des pistes qu'il lance - mal - sur son ordi), personne ici ne s'en inquiète et c'est normal : dans une telle ambiance, on pardonne allègrement ce genre de détails crispants. D'autant qu'à la fin de son set, Vitalic gratifie l'assemblée d'un bon vieux « Sound of C », de nos gloires nationales… les fameux Confetti's. La new beat, ce trésor national, s'avère de plus en plus une influence majeure chez les DJ's et musiciens techno, de Derrick May à la clique de DJ Hell (International DeeJays Gigolos). De la 'new new beat' ? A voir le costume de Tiga (tout en blanc, chapeau compris), il est certain que les eighties restent d'actualité. Qu'il balance ses propres tubes (dont une version mixée incroyable de son « Hot in Herre » - en fait de Nelly - avec le « Rollin' and Scratchin' » de Daft Punk) ou ceux des autres (à noter : le « Blue Orchid » des White Stripes passe très bien mixé à de l'électro), c'est la fête, l'extase océanique, ce sentiment toujours précieux de ne faire qu'un avec les gens qui dansent auprès de vous. Et ici ils se comptent par milliers. Que dire alors de la prestation des 2Many DJ's, si ce n'est qu'une fois dans le bain c'est si bon d'y rester ? Après le concert « Nite Versions » de Soulwax (combis blanches, prénoms-néons, beats efficaces), les 'Fucking Dewaele Brothers' ont prouvé encore une fois qu'ils ont un sens incroyable du DJing tout-terrain, mixant futurs tubes planétaires et vieilles scies au lustre à chaque fois redoré. Une soirée mémorable, sous le signe de toutes les musiques, mixées à l'encontre de tout purisme réducteur.

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