Dix années de clips, compilées dans ce bel objet, sans fioritures (entendez : bonus) ni pose marketing. De 1993 à 2003, Martin Wallace a confectionné neuf vignettes visuelles pour accompagner l’univers musical des Tindersticks : élégiaques, altières, sombres ou légères, en fin de compte profondément humaines, à l’image du groupe. Neuf clips, loin des clichés du genre, qui s’emparent de la poésie d’un Ken Loach (période « Kes ») et du Free Cinema. Neuf bonnes raisons d’aimer encore plus « Sometimes It Hurts », « City Sickness » ou « Bathtime ». Un couple mime l’acte sexuel, habillé, en surimpression (l’instrumental « The Art of Love Making ». Une attraction foraine, un « saladier » à la « 400 Coups », un motard acrobate, de l’amour (« Sometimes It Hurts »). Des rondes de nuit, un bébé dans son landeau, la nuit, Soho, l’errance (« City Sickness »). Du noir, du blanc, entre les deux de la grisaille, du shopping, Cassavetes, un couple (encore), et de l’amour (toujours ?) (« Travelling Night »). Le groupe en live, la caméra qui danse, au milieu avec Stuart Staples, d’une beauté ténébreuse. La classe (« Bathtime »). Des visages de femmes. Des yeux. Des bouches. Des décolletés. Et le groupe, spectateur de cette féminité dans toute sa splendeur, féconde, sensuelle et inquiète (« Can We Start Again ? »). Un étrange ballet à la Berkeley, des danseuses au galbe hypnotisant, une rengaine populaire, du music hall, des plumes, et Stuart Staples qui sourit, crooner (« Rented Rooms »). Une coiffeuse, l’attente sensuelle, la peur de l’inconnu, l’amusement d’un enfant (« Don’t Ever Get Tired »). Un split screen, Prague, un homme, une femme, se rencontreront-ils ? Quatre minutes de solitude, ici, ailleurs, le coup de foudre existe-t-il ? (« Can Our Love »). Neuf impressions fugaces d’un instant de bonheur, de doute et de sérénité. Neuf façons de voir les choses, de les mettre en musique. Un petit bout de vie, avec les Tindersticks.