Winter adults only ?

Winter, une artiste issue de la nouvelle génération de shoegaze, a annoncé la sortie de son nouvel album, « Adult Romantix », prévue pour le 22 août via son nouveau label Winspear. Cet elpee, inspiré par des textes de la période romantique comme…

Le rire de Will Paquin

Will Paquin sortira son premier elpee, « Hahaha », ce 12 septembre. Orienté guitare,…

logo_musiczine

Wholes passe son chemin…

Wholes (ex-The Van Jets, Hypochristmutreefuzz, Pink Room, Elefant, etc.) a partagé une première chanson torride. Brute, non filtrée et chargée d’émotion. "Till We Don't Meet Again" est une collision de guitares tordues, de rythmes implacables et de voix qui…

Trouver des articles

Suivez-nous !

Facebook Instagram Myspace Myspace

Fil de navigation

concours_200

Se connecter

Nos partenaires

Nos partenaires

Dernier concert - festival

dEUS - 19/03/2026
Stereolab

Manowar

Défendre le ‘vrai’ heavy-metal...

Écrit par

Ne parlez surtout pas de metal fusion, de crossover aux mecs de Manowar. Ils vous dévisseraient la tête! Non, sans rire, à une époque où on met le hard rock ou le heavy metal à toutes les sauces, eux, ils veulent, envers et contre tout, défendre une approche du heavy rock (ainsi tout le monde est content ?) en manifestant un maximum de conviction et de simplicité. Selon leur point de vue, tous les Nirvana, Alice ln Chains et autres Pearl Jam qui font joujou avec leurs petites guitares n'ont rien à voir avec le heavy metal.

Pas de la gnognote

Qu’ils viennent seulement nous voir en concert et ils verront de quel bois on se chauffe. Le heavy metal, c'est du sérieux, c'est pas de la gnognote. Quand je pense qu'aux States on assimile ces groupes grunge au mouvement heavy, j’en suis malade…

En quelques mots, Eric Adams, chanteur de Manowar, vient de résumer toute la philosophie du band. Une philosophie qui nous reporte assez loin, il y a près de 20 ans déjà, lorsqu'un type nommé Ted Nugent pratiquait le même genre de discours, assénant des vérités telles que ‘if it's too loud you're too old’ (‘si c'est trop fort, c'est que vous êtes trop vieux !’), Nugent –qui se faisait alors surnommer ‘Guitarzan’ (rigolo, pas vrai ?)– a sans doute eu plus qu'une influence sur Manowar. Un Manowar qui vient récemment, de signer chez Geffen (le label de Nirvana...), et dont les deuxième et troisième albums ("Into Glory Ride" et "Hail to England", originellement sortis en 83 et 84) ont été réédités en cd (un peu contre le gré du groupe, un ‘best: of’, intitulé "The Hell Of Steel", vient aussi d’être remis sur le marché par son précédent label, Atlantic/Warner).

J’ai appris la sortie de ce cd en regardant ‘Headbangers ball’ sur MTV, raconte Eric Adams. Je ne savais même pas qu'Atlantic en avait eu l’idée. Après avoir regardé cette émission, j'ai appelé Joey (NDR : DeMaio, le bassiste.et cofondateur du groupe) et on a vérifié le contrat. En fait, il y est mentionné qu'Atlantic a le droit de sortir deux ‘best of’ du groupe quand ils le souhaitent. On ne peut donc rien faire. Ils ont profité lâchement de notre départ en tournée pour publier ce disque. Bon, il est bien présenté, les chansons sont bien les nôtres, mais cette situation nous fait quand même un peu chier. Enfin, c'est le genre de trucs auxquels les musicos sont fréquemment confrontés.

Quand prévoyez-vous de graver un prochain vrai cd ?

Bah, pas tout de suite en tout cas. On va d’abord achever ce circuit et puis on s'y mettra. On a besoin de décompresser un peu et puis vraiment d’être dans le truc pour bosser, pour écrire des chansons. Chez nous, c'est pas vraiment automatique, tu vois : on a besoin d'être dans le mouvement".

10 albums ‘live’ par mois

Vous qui êtes des spécialistes de la prestation ‘live’, pourquoi ne pas publier un album enregistré en public?           

T'en fais pas, après chaque concert qu'on donne, on sort dix albums ‘live’ dans le mois qui suit! Sans blague, on doit être le groupe le plus piraté au monde. Ce qui doit aussi être un record (retenez le terme record, on y reviendra). Mais c'est vrai qu'on pense à sortir un véritable ‘live’, un officiel celui-là. Histoire d'au moins proposer un bon disque à tous ceux qui veulent y retrouver l'incroyable dose d'énergie proposée en concert. Ce sera sans doute pour après notre prochain cd studio.

Il y a quelques mois, vous comptiez fermement battre votre record (nous y voilà!) homologué par le Guinness Book du groupe qui joue le plus fort au monde...

On l'a fait ! En Allemagne. On l’a battu et on y tient beaucoup. Et je n'imagine pas qu'un groupe autre que Manowar puisse jouer plus fort encore. Même nous, sur scène, on portait des protections aux oreilles, mais c'était génial. On en est très fiers.

Que réponds-tu aux médias qui prétendent que Manowar est incapable de faire autre chose que du bruit et d'évoluer?

Qu'ils aillent se faire foutre! On ne joue pas pour les médias. Nous, on se décarcasse pour les mecs qui achètent nos disques qui paient leur ticket de concert, qui nous permettent d'être là, de plus en plus forts, depuis 13 ans. C'est pour eux qu'on fait tout ça. Avec notre public, on forme une grande famille, unie. On amène des kids sur scène pour bien leur faire faire comprendre. On maintient les contacts avec nos fans, on lit les lettres, on les appelle au téléphone. On a bâti Manowar en se produisant beaucoup, à peu près partout. On a donc convaincu notre public petit à petit. Il y a maintenant une fidélité réciproque. Le reste, on s'en tape…

(Article paru dans le n° 23 du magazine Mofo de mai 1994)

 

Soundgarden

Pas un cirque !

Écrit par

Soundgarden a le vent en poupe. Et plutôt deux fois qu’une. Aux States, le groupe devient même carrément énorme. Phénomène confirmé par le gros père Tad Doyle (de Tad), tout heureux d’apprendre, le jour de leur concert belge, que Tad assurerait près de deux mois de tournée d’été US pour la bande à Chris Cornell. « Chez nous, Soundgarden est très populaire », confesse le leader de Tad et ajoute : « Leur cote augmente sans cesse et leur dernier cd, ‘Superunknown’, marche très fort. Tourner avec eux signifie jouer chaque soir devant six à dix mille personnes. C’est géant ! »

En Europe, Soundgarden n’a pas encore atteint le même niveau de popularité, mais on sent bien que la mayonnaise est en train de prendre. Les médias rock européens ont été quasi unanimes à louer les qualités de ‘Superunknown’ et la tournée du groupe sur le Vieux Continent se passe plutôt bien, elle aussi. Le ‘Brielpoort’ de Deinze était, en tout cas bourré comme un œuf, l’autre soir, pour accueillir les quatre de Seattle en qui certains voient le futur du rock, en compagnie des Alice In Chains et autres Pearl Jam.

« Il y a tout dans Soundgarden » explique un fan, barbichette en avant, tee-shirt ‘Louder than love’ usé jusqu’à l’étiquette et jeans-gruyère délavé et d’une extrême pâleur. Il justifie d’ailleurs cet enthousiasme par une déclaration plus que flatteuse : « Il y a la puissance des guitares, un son fort et une force intérieure indéfinissable. Moi, je trouve que c'est le meilleur groupe de rock du moment ». Et ‘Flip’ –c'est son surnom– de s'en retourner admirer un show d'une intensité inouïe mais aussi d'une belle simplicité, d'un grand dépouillement, au sein duquel le jeu des musiciens semble se suffire à lui-même.

Soundgarden paraît en effet être un groupe intègre qui n’apprécie que fort peu, les règles du business. Attitude qu’on retrouve dans leur musique. Quelques heures avant le concert, Kim Thayil, ‘lead guitarist’ de Soundgarden, corroborait ce point de vue…

Presque logiquement

KT : nos concerts ne ressemblent pas à un spectacle de cirque ; nous n'avons pas besoin de ces artifices. Nous communiquons avec notre public à notre manière: franchement, directement, je dirais presque logiquement.

« Superunknown » marche très fort aux States. Et la presse européenne lui a réservé d’excellentes critiques. Confiant pour la suite des événements ?

KT : je ne sais pas encore tout à fait comment les Européens réagiront par rapport à « Superunknown ». Mais je suis très curieux de voir comment le public va l’assimiler, à long terme. Je suis persuadé que ce disque aura un rayonnement de longue durée. Ce n’est pas le genre de truc qu’on écoute et sur lequel on danse, on s’agite, on se défoule et puis basta. C’est plutôt un album dont on s’imprègne et à propos duquel on réagit sans doute plus ‘mentalement’. Il y a beaucoup à découvrir sur ce disque. Nous évoluons sans cesse, et c’est cette évolution qu’on a voulu mettre d’abord en exergue sur « Superunknown ».

Estimes-tu cet elpee tellement différent de « Louder than love » ou de « Badmotorfinger » (NDR : les deux précédents opus parus respectivement chez Polydor en 89 et 91 ?) ?

KT : « Superunknown » ne rompt rien, ne casse rien, mais il va beaucoup plus loin. Il a, à mon sens, plus de profondeur, plus de liberté, dans pas mal de domaines. Les textes de Chris, par exemple, sont les meilleurs qu’il n’ait jamais écrits. Ils sont plus précis, plus intenses. Chris s’exprime aujourd’hui bien mieux qu’il ne le faisait, il y a quatre ou cinq ans. Et musicalement, le groupe a suivi le même tracé.

Marginaux, OK, si tu assimiles le rock à Garth Brooks…

Tu dis que ce disque est plus ‘libre’. Est-ce parce que vous avez accompli des expériences que vous n’auriez pas tentées auparavant ?

KT : En partie. Nous avons, de fait, laissé courir certaines idées que nous n’aurions peut-être pas osé développer dans le passé. Ce qui nous a encore permis d’élargir notre rayon d’action. Tu vois, nous fonctionnons toujours, à la base, de la même manière ; à savoir que nous ne retenons une chanson que si elle nous plaît vraiment. Tout le monde, dans le groupe, compose des chansons et tout le monde a le droit de s’exprimer. Par ce biais, le groupe, dans son intégralité, a fait un pas en avant. Je ne sais pas au juste pourquoi. C’est ainsi.

Les expériences ‘solo’ des différents musiciens du groupe auraient-elles favorisé cette évolution ? Ben Shepherd (bassiste) et Matt Cameron (batteur) se sont bien amusés au sein du projet Hater. Chris a écrit un truc pour la B.O. de ‘Singles’. Il y a eu aussi, avant ça, le projet Temple of The Dog, au sein duquel Chris et Matt étaient accompagnés de Stone Gossard, Eddie Vedder et Jeff Ament (de Pearl Jam). Ces événements, ont-ils, en définitive, servi la cause de Soundgarden ?

KT : Je remarque en tout cas que la musique du groupe est de plus en plus riche. Pas que nous ayons pris une décision consciente de prendre telle ou telle décision. Nous posons des choix en parfaite harmonie, tout naturellement. Bien sûr, ils sont toujours précédés d’une réflexion ; c’est tout de même normal. Mais Soundgarden a toujours fonctionné de façon très émotionnelle, à l’instinct. Et cela continue ainsi.

Si votre musique échappe aux normes, aux clichés, c’est peut-être que votre instinct, comme tu dis, vous y pousse. Vous sentez-vous dans la peau de marginaux ?

KT : Quelle question ! Est-on encore marginal aujourd’hui parce qu’on joue de la musique rock ? Je te dirai que si tu associes Garth Brooks ou MC Hammer au même contexte que nous, alors nous sommes certainement marginaux. De toute manière, est-ce important ? Ce qui compte, c’est de faire ce dont a envie. Nous devons certainement indisposer notre label parce que ses patrons ne parviennent pas à déterminer combien de nouveaux disques on va vendre ! Ils ne savent pas non plus ce qu’on va faire pour le prochain album. D’un point de vue commercial, ils détestent cette situation. Mais on n’est pas là pour faire du chiffre. Cela n’a jamais été notre ambition.

Soundgarden correspond-t-il à la vision que tu avais du groupe lorsque vous avez commencé à enregistrer, il y a 6 ans ?

KT : Pas tout à fait ; et c’est tant mieux. Et j’espère bien que dans six ans elle sera différente. En mieux, bien sûr…

(Article paru dans le n° 23 de mai 94 du magazine Mofo.)

Died Pretty

Privilégier le présent sur le passé?

Écrit par

Depuis la sortie de "Doughboy Hollow" en 1991, Died Pretty semble avoir quelque peu délaissé les climats ténébreux, sulfureux, psychédéliques qui régnaient sur ses premiers elpees au profit d'un style aux REMiniscences pop tendres et veloutées. En passant sur un label major, le groupe kangourou ne pouvait que confirmer cette nouvelle orientation. Et de fait, "Trance" affiche les mêmes caractéristiques que son précédent opus. Et pourtant, la formation continue d'exercer la même fascination, la même magie, la même intensité électrique sur les planches. Brett Myers, le guitariste, et Robert Warren ont accepté d'élucider ce paradoxe...

A vos débuts, vous étiez considérés comme un symbole de la musique indépendante australienne. Or, vous venez de signer sur un label major. En l'occurrence, Sony. Auriez-vous renié votre philosophie originelle?

Brett : Non, pas du tout. Notre doctrine n'a pas changé. Mais nous nous sommes fixés de nouveaux objectifs. Et pas seulement celui de nous faciliter l'existence. Nous voulions que nos disques soient mieux distribués. Bénéficier d'un budget plus conséquent destiné à financer nos tournées. Pour réaliser ces projets nous devions inévitablement décrocher un contrat auprès d'un label major.

Est-ce la même raison pour laquelle, depuis quelques années, de plus en plus de groupes australiens désertent les labels indies?

B. : Je pense que le processus est naturel. Lorsque tu viens de former un groupe, ton ambition première consiste à sortir un disque. Et il est plus facile et plus prudent de le réaliser sur un petit label. Un engagement qui ne met pas en péril ton identité. Tu y es libre de concevoir ta création sans devoir subir la pression de l'extérieur. Pas besoin de décrocher un hit à tout prix ou de devoir vendre un certain nombre de disques. Et lorsque tu estimes avoir suffisamment pris de la bouteille, tu peux alors tenter l'aventure. Died Pretty a attendu dix ans pour se décider. Nous n'avions donc pas grand chose à craindre. Ce n'est pas le cas de certains néophytes qui s'engagent aujourd'hui sans discernement. Avec pour seule motivation l'aspect financier. Le résultat est souvent catastrophique...

La plupart de vos albums ont été produits par Rob Younger. Mais depuis "Doughboy Hollow", vous avez décidé de confier cette tâche à Hugh Jones. Pourquoi?

B. : Il existe plusieurs explications. D'abord, Rob Younger a son propre groupe, et son emploi du temps est de plus en plus chargé. D'autre part, nous avons voulu tenter une nouvelle expérience. Pas que nous étions mécontents de son travail, mais nous étions curieux de voir ce qu'un autre producteur pouvait apporter au groupe.

Mais pourquoi Hugh? A cause de la réputation qu'il s'est forgée en compagnie des groupes qui ont vécu le New Mersey Sound"?

B. : En quelque sorte. J'ai toujours eu énormément de considération pour ce personnage. Et mon admiration pour ce qu'il a réalisé pour Echo, Teardrop Explodes et quelques autres groupes est toujours demeurée intacte. Ces disques occupent d'ailleurs toujours une place importante dans ma collection personnelle... En fait, à l'origine, nous avions reçu une proposition d'un producteur américain. Mais sa vision des choses ne correspondait pas exactement à notre objectif. Nous nous sommes alors adressés à Hugh. Il a compris tout de suite ce que nous voulions faire. Il a manifesté à cet égard un enthousiasme auquel nous ne nous attendions pas. Et finalement les deux collaborations que nous avons concrétisées ont été très fructueuses; et le résultat à la hauteur de nos espérances.

Oui, mais cette production rend votre musique plus douce, plus polie, plus pop. Est-ce que tous les membres du groupe partagent ce point de vue?

B. : Absolument! Ceux qui parviennent le plus difficilement à s'adapter sont les nostalgiques de "Free Dirt". Depuis, nous avons évolué. Notre musique est devenue plus pop. Et nous avons estimé tout à fait naturel que la production épouse les nouveaux desseins du groupe.

Robert : Nous ne pouvions éternellement végéter dans la zone crépusculaire de la musique indie. Je pense qu'il était grand temps de se convertir à une musique plus clean, plus pop...

Est ce la raison pour laquelle sur le titre "110 BPM", vous avez tenté d'opérer une rencontre entre Happy Mondays et les Stooges?

B. : En plein dans le mille! C'est une bonne analogie. C'est effectivement un croisement entre Happy Mondays et les Stooges. Cette chanson était au départ un moment de récréation. Une jam quoi! Pas d'idée très précise, mais deux cordes et un rythme fort. A un certain moment, nous avons décidé d'allumer l'enregistreur pour en saisir l'intensité...  Le titre illustre parfaitement ce moment particulier que nous avons vécu en studio pour nous détendre...

Tous ces changements ne signifient quand même pas une volonté délibérée de faire une croix sur votre passé, j'espère?

B. : Non. D'ailleurs, nous continuons à interpréter des morceaux de "Free Dirt", de "Lost" ou de "Brillant Eye" sur les planches. Mais notre répertoire de scène est d'abord composé de chansons récentes. Issues de "Doughboy Hollow" et de "Trace" plutôt que des autres disques. Il nous semble normal de privilégier le présent sur le passé. Ce qui ne veut pas dire que nous négligions pour autant les compositions plus anciennes...

Vu le succès de groupes sombres, atmosphériques comme Afghan Whigs, American Music Club et Cell, n'avez-vous pas l'impression que Died Pretty est apparu dix ans trop tôt?

Robert : Je le pense sincèrement!

B. : Moi pas! Afghan Whigs est un ensemble fantastique. Cell est un excellent groupe. Mais... la question est trop complexe pour pouvoir y répondre correctement...

R. : Je pense qu'aujourd'hui de nombreux groupes affichent toutes les spécificités que nous manifestions à nos débuts. C'est pourquoi j'ai répondu affirmativement à ta question. En fait, je me rends compte que ce style est beaucoup plus adapté aux nineties...

N'auriez-vous pas voulu appartenir au 'Paisley Underground', surtout lorsqu'on a ses racines plongées dans le blues, le garage et le psychédélisme ?

B. : Non, pas du tout! Plutôt la scène qui a sévi à New York à la même époque. En l'occurrence celle qui a donné naissance à des formations comme Television, Pere Ubu, James Chance & The Contortions, Suicide ou les Feelies. Nous nous sentons plus proches de ces groupes, voire des ensembles de garage américains qui ont marqué les sixties, plutôt que du 'Paisley Underground' de la fin des seventies, début des eighties...

R. : En ce qui me concerne, le Velvet Underground et Sonic Youth correspondent davantage à ma sensibilité...

Pourtant, en général, les artistes australiens se réfèrent à des formations légendaires comme Radio Birdman, Birthday Party ou les Saints?

B . : C'est probablement vrai. Personnellement, les Laughing Clowns m'ont davantage marqué que les Saints. Les Go Betweens aussi. Mais d'une manière générale, Birthday Party, Laughing Clowns et les Go Betweens symbolisent, à mes yeux, les pierres angulaires du rock aussie.

Sachant que les musiciens de Died Pretty et de Celibate Rifles sont d'excellents amis, comment expliquez vous leur split?

B. : Quoi? Première nouvelle!

C'est en tous cas ce que la bio de leur compilation "Sofa" mentionnait clairement!

B. : C'est un bobard! Ils sont occupés d'enregistrer un nouvel album.

Une bonne nouvelle. Mais je ne comprends pas l'utilité d'une telle désinformation?

B. : A mon avis, c'était un solide coup de pub...

Version originale de l'interview parue dans le n° 22 (avril 94) du magazine MOFO

Pavement

Combien connais-tu de gens réellement drôles ?

Écrit par

Tous ceux qui avaient été déçus par le concert de Pavement, en première partie de Sonic Youth, s'ils étaient ce 19 mars au VK, ont pris une sacrée claque. Finies les approximations maladroites : ils s'amusent toujours autant mais, cette fois avec nous. Et comme c'était la dernière date de leur tournée en compagnie de Stereolab, ils ont terminé ensemble lors d’un final inoubliable.

Quelques heures plus tôt, Scott (ou Spiral Stairs, guitariste et membre fondateur avec Steve Malkmus) et Bob (le percussionniste/vocaliste) parlent de ce premier album enregistré pour la première fois comme un ‘vrai’ groupe, "Crooked Rain, Crooked Rain". Un ‘vrai’ groupe qui a subi un changement de personnel. Le line up aux deux batteurs a en effet dû en remplacer un...

Scott : Les deux disques représentent assez fidèlement l'état du groupe à ces deux périodes très différentes. Pour le premier nous étions trois, pour celui-ci cinq. Il a fallu tenir compte de beaucoup plus d'opinions sur le son du futur album. Mais en même temps, les changements ne sont pas vraiment marquants. Rien de fondamental, en tout cas.

Après le départ de Gary Young (NDR : l'ancien drummer), vous auriez pu vous contenter d’un seul batteur...

Scott : Bob ne s’est jamais contenté de pallier aux ‘absences’ de Gary. Parfois, il était à peu près incapable de jouer et on n’entendait que la seule batterie de Bob.
Bob :
Ce sont deux configurations distinctes. Maintenant qu'on dispose d’un batteur fiable, je peux me concentrer sur des tas de percussions comme le tambourin ou les maracas et davantage chanter, aussi. Et puis enrichir la rythmique. Dès le début, on savait qu'il fallait un nouveau batteur. Il n’y avait aucun doute à ce sujet. Je ne voulais pas me limiter à la batterie. Et puis, c’est différent des formations habituelles. Et plus amusant.

Et comment avez-vous recruté Steve West (le nouveau drummer)?

Bob : Nous avons été à l’école ensemble. Je le connais depuis mes 13 ans. Il a déménagé à New York un an après nous. Il travaillait comme Steve Malkmus au Musée d'Art. Comme garde. Ils sont devenus amis et ont commencé à jouer ensemble. Maintenant, ils partagent le même appartement.
Scott :
Comme il était batteur, la suite s'imposait.

Avez-vous toujours vos boulots hors de l’aventure Pavement?

Bob : On travaille tellement cette année qu'on n'a pas le temps de rentrer à la maison. Donc, à part la vaisselle, on ne fait rien de plus. Difficile de trouver quelqu'un qui t'engagerait pour trois semaines...
Scott :
Parfois, c'est un problème quand on est chez soi pour trois mois. Que faire pendant cette période ? On peut dire que maintenant, Pavement, c'est notre boulot. On n'a pas pour autant changé : depuis deux ans, on a toujours les mêmes amis, on va toujours dans les mêmes bars. Et je pense que ce mode de vie ne variera pas. Ce serait peut-être le cas si quelqu’un au sein du band commençait à s'en foutre ; mais je ne l'imagine pas. Cette situation se produit lorsqu'un de ses membres commence à devenir paresseux ou ne prend plus ses décisions lui-même.

Le succès –même dans un circuit indépendant– est perturbant, non?

Scott : C'est vrai qu’il est troublant d’enregistrer un disque pour soi, entre amis, et de le voir acquérir un tel retentissement! Qu'un travail qui nous a demandé une telle énergie soit aimé, c’est réconfortant. Mais, en même temps, on le considère comme une œuvre d'art. C'est sérieux pour nous mais encore plus pour ceux qui écrivent à notre sujet ou nous écoutent! C'est bien, mais bizarre... Le succès de "Slanted ar Enchanted" ne nous a pas affectés. On a juste enregistré un autre disque parce qu'on disposait de nouvelles chansons. Il n’y a pas de pression. On s'amuse, alors...

Y avait-il une volonté que le deuxième ne soit pas une redite du premier?

Scott : "Slanted and Enchanted" compte deux années d’existence. Normal que notre musique ne soit plus la même aujourd’hui, puisque nous avons évolué. Même l’Ep "Watery, Domestic", sorti un an plus tard, est fort différent. Il y avait une volonté consciente de ne pas se répéter, mais ce n'est pas la même raison. Quand on a tourné un an et demi avec les mêmes chansons, on finit par ne plus pouvoir 1es supporter. Donc, on veut entendre autre chose.

Vous reprenez encore les anciens titres?

Scott : Oui. Mais le nouveau batteur refuse de les jouer! On doit donc le rémunérer pour chaque ancien titre interprété.
Steve West :
C'est vrai. 10 dollars par ancienne chanson. Parfois, je rentre à la maison avec 30 dollars d'extras gagné chaque soir. C'était ma condition pour rejoindre le groupe. Tant pis si ça paraît excessif. C'est pour cette raison que je demande au public s'il veut entendre certains titres…

L'instrumental "5 - 4 = Unity" est assez inattendu.

Bob : Oui, bizarre, plutôt jazz. C’est à cause de ce qu’on écoutait à l'époque. Cette compo et "Newark Wilder" évoquent davantage Roxy Music que The Fall.

"Unfair" pourrait presque rendre un hommage à Sonic Youth...

Bob : Ou au grunge...

Et c'est quoi, le grunge?

Bob : Le grunge, incarne les premiers moments qui ont marqué la scène de Seattle. Comme les premiers Soundgarden, Tad, les groupes de chez Sub Pop, Mudhoney, Skinyard, Babes In Toyland... De 1987 à 1990, essentiellement. Ces groupes aux guitares noisy, poisseuses. Sonic Youth et Dinosaur Jr ont été catalogués grunge. Ce qui était absurde. Les journalistes ont besoin de mettre des étiquettes ; et, à cette époque, Sonic Youth était sans doute plus proche du grunge que de n'importe quelle autre catégorie. Jesus Lizard, dans cette optique, pourrait aussi être qualifié de grunge. Pas de problème, si on nous étiquette ‘grunge’…

De quoi parle "Here"  sur "S & E" ?

Bob : C'est une chanson qui parle de blagues totalement nulles. Combien connais-tu de gens réellement drôles, dont les sarcasmes sont brillants? La plupart d’entre eux sont seuls à rire de leurs plaisanteries. Steve a écrit cette chanson en pensant à ces vieux gardiens de musée qui passent leur temps à débiter des histoires épouvantables. Leur sens de l'humour lamentable pouvait devenir irritant pour lui... Mais il vaut mieux côtoyer quelqu’un qui raconte des mauvaises blagues qu’un personnage mal dans sa peau. Je préfère écouter une plaisanterie nulle qu'un déprimé qui se plaint de sa solitude.

Vous aimeriez composer davantage pour le groupe?

Scott : Toutes les chansons ne sont pas écrites par Steve Malkmus. Chaque membre de la formation essaie de composer ses propres chansons de Pavement. Ensuite, nous bossons pour n’en retenir que les meilleures. C'est d'abord un travail d’ensemble. Si Steve (West), Mark (le bassiste) ou moi le voulions, nous pourrions participer davantage à l’écriture. D’ailleurs, quand elles sont valables, elles sont retenues pour figurer sur le disque. Mais je ne suis pas sûr d'avoir envie d'écrire des chansons pour Pavement. J'aime les jouer, moins les écrire.
Bob:
Il n'existe aucune hiérarchie, chacun apporte beaucoup. Mais on peut vite voir qui est le plus doué pour l'écriture. Il serait idiot de ma part de vouloir disputer Steve sur ce point : il écrit des chansons nettement meilleures que les miennes. Peut-être serait-il intéressant de tenter une expérience à la Sebadoh où tous apportent leur collaboration ?
Scott :
Disons qu'on voudrait plus être davantage plutôt comme R.E.M. que comme Dinosaur Jr. Quand j'ai entendu leurs disques, au début, je trouvais le groupe génial. Et puis j'ai lu plein d’articles sur Dinosaur Jr. ; tous relataient que Jay Mascis était omnipotent. J’apprécie toujours le band, mais j’ai un peu été déçu.
Bob :
On a beaucoup appris de notre tournée accomplie en compagnie de Sonic Youth. Bien que Kim Gordon et Thurston Moore soient les plus connus, les plus reconnaissables, on a pu voir l'importance de Steve Shelley. Ou du sorcier des guitares qu'est Lee Ranaldo.
Scott:
Je les admire mais perso, je ne pourrais pas continuer aussi longtemps qu'eux. A 30 ans, j'arrête. Plus que trois ans! Mes 20 ans, c'était pour faire le con un maximum. Après, j'ai bien l'intention de retourner étudier. Mais qui sait? Peut-être qu'à ce moment-là, j'aimerai tellement ce mode de vie, que poursuivre cette aventure serait inévitable. Je pense que le rock doit rester une histoire de jeunes. Et continuer à 35 ans me paraît absurde. Sonic Youth, c'est l'exception. A 15 ans, quand tu découvres le rock, tu as envie de te révolter. Mais contre quoi veux-tu te révolter à 35 ans?

(Article paru dans le n° 22 du magazine Mofo d’Avril 1994)

 

Perverted

Du finnois dans un bouge de Molenbeek...

Écrit par

Etait-ce prémédité? Atterrir dans un bouge de Molenbeek pour faire l’interview de Perverted By Desire relevait du fantasme. C’est pourtant l’aventure (ou la mésaventure, si vous préférez) que nous avons vécue en compagnie des deux tiers de l’ensemble limbourgeois, en l’occurrence Guy (alias Genis) et Bo Lemaître.

Le titre de votre album est plutôt curieux : « Kuvun Huuto ». Vous ne trouvez pas ???

Guy : C’est du finnois ! Il traduit le spleen et la nostalgie que l’on éprouve lorsque loin de chez soi, on désire rentrer au bercail. Comme l’enfant qui veut revenir dans le ventre de sa mère. Comme l’être humain qui veut retrouver son passé, sa jeunesse. Mais plutôt que d’aborder le sujet sérieusement, nous l’avons traité tantôt par l’absurde, parfois avec ironie. Et humour.

« Kesytetty » est une chanson dans la même langue ?

G. : Oui, c’est un extrait du ‘Petit Prince’ de St Exupéry (la serveuse vient réclamer le paiement des consommations). Le passage où le Petit Prince commence à dialoguer avec le Loup (la serveuse insiste). Le morceau est interprété par une chanteuse finlandaise qui a une très belle voix (la musique d’ambiance monte d’un cran). On paye et puis on nous boycotte… le finnois et le néerlandais possèdent des caractéristiques semblables. Peu usités, ils dégagent une même atmosphère, un même mystère (le flux sonore s’amplifie encore). Nous essayons de combiner des styles, des genres, des cultures (les clients commencent à se déhancher en compagnie de deux serveuses au milieu du bistrot : fou rire).

Vous êtes polyglottes ? Combien de langues pratiquez-vous ?

G. : Six, mais je ne les maîtrise pas toutes : néerlandais, anglais, finnois, espagnol, français et allemand.
Bo : moi seulement quatre !

C’est pour ça qu’on retrouve souvent dans vos chansons des mots étrangers ?

G. : Le monopole de l’anglo-saxon dans le rock est une absurdité. La langue la plus pratiquée sur la planète, c’est le chinois. Je prends souvent pour exemple Arno qui combine les langues avec beaucoup de talent. Lorsqu’il a recours au français, c’est parce que la chanson est plus adaptée à ce mode d’expression ! Le finnois a un certain exotisme, et même si peu de gens comprennent les paroles, il se dégage parfois une atmosphère unique.

Vous dites cultiver l’ironie, l’humour dans vos textes. Pourtant, les thèmes on l’air contemporains et même profonds : la religion, le mysticisme, la mythologie, le nationalisme, la peine de mort. Dans le livret, on retrouve même une grande tirade en néerlandais sur la mort…

G. : Ce passage a été écrit par un écrivain flamand qui est capable de faire passer des émotions dans ses textes semblables à celles que nous essayons de mettre dans notre musique…

Par quel hasard êtes-vous entrés en contact avec Kramer ?

G. : C’était au VK, voici trois ans, lors du concert de Galaxie 500 : il assurait le mixing. Nous lui avons refilé notre premier disque. Nous l’avons revu au Lintfabriek à Kontich où il se produisait avec son groupe, Bongwater. Là, il nous a dit avoir apprécié l’album : il envisageait de produire notre disque suivant. Il a tenu parole, puisqu’entre 91 et 92, on est entré en studio à Amsterdam pour enregistrer « La Sigla » sous sa houlette. Et quelques mois plus tard, nous renouvelions l’expérience pour « Kuvun Huuto »…

Ce n’était plus à Amsterdam. Pourquoi ?

G. : Le studio n’existait plus. L’immeuble avait été squatté et la police a flanqué tout le monde dehors. Nous avons cherché un autre studio en Europe. Mais ce n’est pas facile à dénicher un tel endroit, à la fois bon marché et de qualité. Kramer venait de monter son ‘24 pistes’ à New Jersey. Le coût semblait raisonnable. On y est donc allés.

Vous y êtes restés longtemps ?

G. : Non, seulement une semaine. On a dû rentrer pour reprendre le boulot.
B. : On n’a rien vu de New York. Rien du tout !
G. : Je comprends que Bo et Karel se sentent frustrés. Moi, j’y étais déjà allé il y a 10 ans… Et puis nous avons logé chez Kramer, dans un très beau site, à une demi-heure de NY. La région était recouverte de neige. On a évité les frais d’hôtel et de restauration ; en outre, l’atmosphère était très chouette… Tout a été très vite : l’album a été enregistré et mixé en cinq jours. Si nous étions de véritables perfectionnistes, nous aurions eu besoin de plus de deux mois pour le terminer. Ce n’est pas qu’un choix pécuniaire : lorsque tu gamberges trop longtemps en studio, tu commences à accorder trop d’importance aux détails. Ca se fait au détriment de l’émotion et de la sensibilité.  
B. : Si nous avons pu mettre en boîte l’album en si peu de temps, c’est que les chansons étaient prêtes. Il ne restait plus à Kramer qu’à remodeler le son.
G. : C’est un personnage ambitieux, mais qui relativise les événements. Il veut gagner de l’argent en s’impliquant dans des projets à la fois insolites et créatifs. Il a joué un peu de claviers, de basse et de congas, aussi.

Le timbre vocal de Guy est proche de Johnny Rotten, non ?

G. : Au cours des cinq premières années, Bo assurait le chant. Depuis qu’il s’est converti à la basse, il se contente des backing vocaux (on vient de tirer les rideaux !)
B. : il est trop difficile de se concentrer sur le chant et de jouer de cet instrument, en même temps. Mais c’est un bordel ici (grands éclats de rires) !
G. : C’est parce qu’il se complique l’existence. Avec un peu plus de simplicité, il y arriverait (rires). Au début ce rôle ne me bottait pas trop, mais aujourd’hui, je commence à bien le maîtriser (dans la pièce, il n’y a plus que les jeux de lumières pour nous éclairer…)

 
Pourquoi vous produisez-vous si peu ‘live’ ?

G. : Notre musique n’est pas suffisamment commerciale pour séduire les organisateurs de concerts. D’un autre côté, nous ne courons pas après les concerts. Nous nous limitons à dix/quinze prestations par an dans le Benelux. Bien sûr, on participe à l’un ou l’autre périple hors-frontières. Comme cette tournée européenne que nous commençons en ami prochain (le son couvre maintenant complètement nos voix ; le temps de vider ses consommations et nous vidons les lieux, un peu louches, il faut le reconnaître…)

Article paru dans le n°21 du magazine Mofo de mars 1994.

 

 

The Afghan Whigs

Fan des Supremes…

Écrit par

Groupe marginal au sein de l'écurie grunge Sub Pop, Afghan Whigs a publié un album superbe, profond, un brin cérébral et surtout totalement hors mode. Intitulé "Gentlemen", il est salué partout comme une des réussites de 1993. Une oeuvre qui relève presque exclusivement de Greg Dulli, chanteur, guitariste et leader du quatuor de Cincinnati. Fan de soul-music, il voue un culte aux Supremes : il a même poussé le détail jusqu'à copier le logo et le label de Tamla Motown sur les T-Shirts du groupe. Greg Dulli fait le point entre deux bouffées de Camel…

On raconte que lorsque vous avez terminé l'enregistrement de l'album, le bassiste a crié au suicide commercial...

Je crois que c'était une plaisanterie, mais il est vrai que sur ce disque, on laissait tout à fait tomber notre côté grunge pour nous lancer sur une piste très personnelle et complètement différente. Et je dois avouer que je suis surpris par le succès de l'album! J'imaginais que ce serait plutôt un disque culte. Il y a beaucoup de chansons lentes, plutôt du genre à écouter attentivement, assis. J'en avais un peu marre comme chanteur d'être en compétition avec les autres instruments ; je voulais un album où les textes aient plus d'importance. J'y ai toujours accordé beaucoup d'attention ; mais ici je voulais qu'ils soient cette fois le plus intelligible possible.

C'est un album autobiographique?

Certaines chansons ont été inspirées par le film "One from the heart" de Francis Ford Coppolla. Le reste vient de mon imagination et aussi de ma vie ; dans certaines chansons, il y a des histoires qui me sont à peu près arrivées.

Tu as enregistré cet album dans une période assez dure, une période de déprime?

Oui un hiver particulièrement froid. Le groupe était en stand-by et je sortais d'une longue relation amoureuse. J'ai passé l'hiver enfermé dans ma chambre à écrire des chansons et à boire. J'ai aussi lu ce bouquin "The lost Week-End" de Charles Jackson, un livre plutôt sombre. Cette histoire d'alcoolique qui ne parvient pas à décrocher et qui vit une histoire d'amour assez difficile, m'a beaucoup touché.

Y vois-tu une nouvelle preuve que les meilleurs oeuvres sont créées dans les périodes les plus douloureuses ?

Oui et non, d'un côté je le crois mais d'un autre, j'ai entendu tellement de bons disques qui ne sont pas marqués par la douleur. Comme "Neverrnind" de Nirvana par exemple ou "Last Splash" des Breeders. Ce ne sont pas particulièrement des disques sombres. Il en existe des tas qui sont inspirés par la joie et le bonheur. Ceux des Staple Singers ou d'Al Green par exemple. Mais il est probable qu’écrits dans des périodes sombres, ils soient plus profonds. Il doit y avoir une voix au fond de toi-même qui te dit d'analyser ta vie.

Es-tu tenté par l'écriture d'un livre ou d'un scénario?

Je suis plus tenté par l'écriture d'un scénario que par un bouquin. Cet exercice me prendrait trop de temps et je suis un peu trop paresseux. Un film exige beaucoup de temps également, mais là j'ai une petite expérience : j'ai écrit quelques scripts et réalisé quelques courts métrages quand j'étais au collège et à l'université. J'ai réalisé trois courts métrages l'an dernier et j'ai co-dirigé la plupart des vidéos que nous avons tournées.

Te sens-tu proche du nouveau cinéma underground américain, de gens comme Hal Hartley ?

J'aime beaucoup Hal Hartley mais je suis surtout très fan des frères Cohen. Ils sont les plus doués de leur génération et sont quelques têtes au dessus de tout le monde.

Avant de rejoindre Elektra, vous apparteniez à l'écurie Sub Pop où vous étiez un peu atypiques…

Ils étaient les seuls à vouloir nous signer! (rires) Nous avons sorti notre premier disque nous-mêmes, en 88. Après, en 89, Sub Pop et Rough Trade nous ont appelés. On a choisi Sub Pop car on savait que Rough Trade rencontrait des problèmes financiers. Et aujourd'hui, on est chez Elektra, parce qu'ils ont toujours signé des gens un peu bizarres, hors normes, comme les Stooges, MC5, Love, les Doors, Joni Mitchell, Television et maintenant les Breeders, Frank Black, Ween... C'est un label plutôt aventureux. Bien sûr, ils hébergent aussi Metallica et Motley Crüe... pas vraiment mon truc ! Quoique les autres membres du groupe soient tous fans de Metallica. On n'a pas toujours les mêmes goûts. Je suis plus r'n'b ou dance-music que mes partenaires qui écoutent surtout du hard-rock. C'est peut-être ce qui explique la particularité de notre son.

Tes références, ta culture musicale sont assez différentes de la moyenne des artistes rock. Tu cites plus volontiers les Supremes que les Rolling Stones…

Oui, les Supremes sont sans doute mon groupe préféré de tous les temps. On a repris deux de leurs chansons sur un mini-LP et on les joue de temps en temps sur scène... En fait, à Cincinnati, la scène soul et rhythm’n'blues était assez développée et ma culture musicale s'en ressent évidement. J'ai grandi en écoutant les radios locales qui diffusaient beaucoup de r'n'b et de soul, impossible d'y échapper. Le punk est arrivé très tard à Cincinnati, très, très tard. Ma mère m'emmenait chez le disquaire, quand j'étais môme, et le premier disque que j'ai acheté était un single des Jackson 5.

Dans ces conditions, comment en es-tu arrivé à t’intéresser au rock ?

Quand je me suis fait jeter du collège, je suis parti en Californie pour étudier la comédie. Je travaillais en même temps dans un magasin de disques, ce qui m'a permis de découvrir pas mal de trucs. Je ne jouais pas de guitare, ni quoi que ce soit à l'époque ; je n'ai commencé à m’y consacrer que vers 19/20 ans. C'est la scène de L.A. qui a provoqué le déclic. J'allais voir beaucoup de concerts et des gens comme Dream Syndicate ou Rain Parade m'ont impressionné. Je n'avais pas du tout connu le mouvement punk et j'ai découvert cet esprit sur le tard grâce à Hüsker Dü, Violent Femmes ou The Replacements. Hüsker Dü me rappelait les Who, dont j'étais très fan lorsque j’étais gamin. J'ai senti la connexion et j'ai accroché.

C'est toi qui reprends la voix de John Lennon dans la B.O. du film "Backbeat" qui raconte l'histoire de Stu Sutcliffe, le premier guitariste des Beatles. On y retrouve la crème du rock américain. Comment as-tu fait pour te retrouver dans ce projet?

Don Was m'a appelé pour me proposer de reprendre la voix de John Lennon. J'ai d'abord cru que c'était une blague. Et puis quand il m'a précisé la liste des figurants qui allait participer au tournage, je n'ai pas pu refuser, j'étais fan de tous les autres: Mike Mills de R.E.M., Dave Grohl de Nirvana et Thurston Moore de Sonic Youth. On s'est vraiment bien marrés à le faire. En général on s'asseyait derrière un gros K7, on écoutait la chanson, on buvait un coup. Puis, on allait en studio pour l'enregistrer. On revenait écouter une autre chanson et ainsi de suite. L'idée était de retrouver la spontanéité et la naïveté des Beatles à leurs débuts. Ce qui comportait quelques risques ; mais qui refuserait de tenter un telle expérience ? J’ai ainsi pu jouer avec quelques-uns des types que j'admire le plus: il y avait aussi Henry Rollins, Don Flemming de Gumball et Dave de Soul Asylum. Une sacrée expérience. Et puis le film est vraiment très bien, je suis fier d'y avoir participé.

(Article paru dans le n°20 du magazine Mofo de février 94)

 

ZZ Top

Toujours peur qu’on mette le feu à ma barbe…

Écrit par

Ils figurent, à l’instar de Léopold Il, le capitaine Haddock et Leonard de Vinci, parmi les barbus les plus célèbres de la planète. A tel point même que les barbes respectives de Dusty Hill et de Billy F. Gibbons sont devenues quelque chose comme des griffes, des images de marque, à la façon du cheval cabré de Ferrari ou de l'étoile de Mercedes Benz. Ces barbes, elles symbolisent peut-être, en fait, toute l'intelligence de ce trio (NDR : n'oublions tout de même pas que malgré son nom, Frank Beard n’est que moustachu) ; car conscient de l’impact grandissant de l’image, le combo s’est mis en tête, au début des années 80, de se servir de l’énorme impact planétaire provoqué par MTV…

ZZ Top a donc, alors, déclenché le mouvement, l'incroyable mouvement qui va l'emporter au sommet. Le duo de vieux guerriers (c'était déjà le cas à l'époque) et le batteur imberbe devenaient des monstres de popularité. "Antenna" –le titre de leur tout nouveau Cd– c'est un peu cette histoire. Une histoire qui traite d'une bande de joyeux rockers mangeurs de blues devenus célèbres en un rien de temps. Dusty Hill, le bassiste de Harley Davidson, s’est plié de bonne grâce à notre interview…

- Pour une fois, notre nouvel album est sorti en diffusion mondiale le même jour. Tant à Bruxelles, Buenos Aires ou encore Sidney. Un peu comme une antenne radio hyperpuissante qui diffuserait ses ondes sur toute la planète à la même seconde. Le phénomène de la radio nous a toujours captivés autant qu'il nous a d'ailleurs servis. C’est aussi la radio qui nous a appris, à Frank, Billy et moi-même combien nous pouvions être proches l'un de l'autre. Lorsque nous étions gosses, nous écoutions, sans le savoir bien sûr, la même radio mexicaine. Elle proposait des émissions très particulières et surtout des chansons que les autres stations ne diffusaient pas. Je me souviens encore de ces programmes blues que j'écoutais religieusement en pleine nuit. A l'époque, c'était mon paradis. Plus tard, j'ai découvert que c'était aussi celui des autres.

"Antenna" semble être un Cd un peu moins exubérant qu'"Eliminator". C'est un disque très mûr, très sûr, très posé. On a l'impression que depuis "Eliminator", vous pensez plus votre musique...

- C’est une fausse impression. Nous veillons justement à ne pas trop analyser le produit de notre création. Analyser son travail est utile, à partir du moment où on est capable de garder une certaine distance et de conserver sa personnalité. Notre musique doit continuer à véhiculer du plaisir, du fun, de la chaleur. Tu me dis qu"'Antenna" est un album mûr. OK, mais il est aussi un album naturel et direct. Nous avons utilisé moins la technologie pour ce cd que pour "Afterburner", par exemple. Nous voulions créer quelque chose de très frais, de très spontané. Néanmoins, nous avons beaucoup préparé, beaucoup lustré les chansons de l'album. Nous avons laissé, repris, relaissé, re-repris certaines chansons un bon nombre de fois. Tout simplement parce que nous estimions qu'il fallait qu'il en soit ainsi. Peut-être finalement, avons-nous mélangé spontanéité et réflexion?

Comment définirais-tu "Antenna"?

- Comme un disque de pur rock & roll très influencé par la musique blues. Mais c'est toujours l'aspect rock qui prime. "Antenna" est un Cd très guitare, très net.

Tu crois qu'il contient l'un ou l'autre gros hit?

- Impossible à dire ! Je ne suis jamais parvenu à prévoir ce type de phénomène. A l'époque où "Eliminator" est sorti, j'estimais seulement que "Legs" était un titre qui devait bien passer en radio. J'étais loin de me douter du tabac qu'il ferait et quelques autres chansons dans la foulée. Sérieusement, nous sommes incapables de nous installer confortablement et d'écrire avec certitude un hit single. Dès lors, pourquoi se compliquer la vie ?

Trois bonnes années entre chaque album, c'est devenu votre rythme depuis "Eliminator", vous avez vraiment besoin d'autant de temps pour enregistrer un long playing ?

- Tu rigoles? On n'arrête pas un jour ou presque. Bon, c'est vrai qu'on est lents, mais le truc c'est qu'on a toujours le chic de se lancer dans des tournées gigantesques. Nous avons accordé près de 240 concerts depuis la sortie de "Recycler". OK, on adore ça, on ne vit que pour ça. On prend un pied du tonnerre. Pour te dire: on ne se lance jamais dans une tournée parce qu'on a sorti un album, on sort un album pour pouvoir partir en tournée. C'est vraiment ça l'essence de notre vie.

Vingt-cinq années de carrière n'ont donc pas fait de vous des robots du business...

- Ha, ha ! Sûrement pas. On est restés les mêmes musicos amateurs. Comme il y a vingt ans. Sauf qu'on est un peu plus à l'aise financièrement.

ZZ Top était-il, à ton avis, tellement différent avant "Eliminator"?

- Pas du tout. On a accompli une très longue tournée en 76 et je me souviens m'être fait la remarque récemment : à l'époque, on était déjà prêts à connaître tout ce que nous avons vécu depuis "Eliminator". L'habillage de notre rock a quelque peu évolué mais c'est surtout l'aspect ‘image’, le côté visuel qui est devenu crucial. Mais nous sommes loin d'être le seul groupe qui ait connu cette évolution.

Au niveau visuel, vous avez élaboré quelque chose de spécial pour "Antenna"?

- Evidemment. Mais je ne peux pas en parler. Vous verrez bien.

Quelle serait ta définition du bon concert?

- Un concert où le public entrerait dans la salle, le sourire aux lèvres et l'envie de s'amuser ; et la quitterait avec le même sourire et le sentiment de s'être bien amusé. C’est pas plus compliqué que ça. On n'est pas là pour faire la morale ou éduquer les gens. Nous sommes des entertainers, des guignols, des mecs qui traversent des villes pour y mettre de l'ambiance.

Vous avez dû jouer "La Grange" et "Tush" des milliers de fois. Vous parvenez encore à les interpréter  sans vous ennuyer?

- Mais bien sûr. On le fait pour le public qui nous demande invariablement ces chansons. Et aussi pour nous puisqu'elles font partie intégrante de notre existence. Ces titres sont pour moi comme des chapitres de ma vie ; ils vivent en moi comme des organes.

Comment perçois-tu vos relations avec le succès, la réussite commerciale. Comment gérez-vous cette situation ?

- Nous ne sommes pas des flambeurs. On n'a jamais déconnecté. On a de la pression sur les épaules chaque fois qu'on pose nos fesses en studio mais c'est normal. Le musicien prétendant ne pas ressentir cette pression doit être un type qui n'a pas le sens des responsabilités. Parce que bon, à chaque fois, tu remets tout de même certains acquis en cause. Tu ne sais jamais vraiment comment les événements vont se dérouler.

Vous jouez très rarement en compagnie d'autres musiciens ; pourquoi?

- Bah, il faut qu'on en ait vraiment envie. On l'a fait avec Clapton. Trois concerts. En Angleterre. En faveur du mouvement SHARP (NDR : le ‘Self Help Addiction Recovery Program’) ; mais cela reste une exception. On était en studio quand Eric nous a appelés. Il nous a expliqué le projet et on a dit: ‘OK’. C’est tout !

Jamais, non plus, eu l’envie d'une escapade en solo?

- Pour quoi faire? Je me sens, pour ma part, à 100%, comblé par ZZ Top, alors pourquoi chercher ailleurs? J'exprime tout ce que j'ai envie d'exprimer au sein du groupe. Rien n'est plus important pour un musicien.

Tu peux décrire ta maison?

- J'en ai plusieurs. Je vais t'en décrire deux de manière à illustrer un aspect important de ma personnalité. Je possède une maison, en ville, qui est bourrée de technologie. Une maison très très moderne avec toutes les nouveautés en appareillages électroniques et gadgets divers. J'en ai aussi une autre en pleine campagne, à une heure de route de là. Une maison presque vide, au bord d'une baie très calme et douce, en bordure d'une route peu fréquentée et proche des terres où je peux faire galoper mes chevaux. Je m’y rends pour faire vrombir ma Harley, loin du trafic et des flics. Lorsque je suis en ville, je travaille. Mais je suis incapable de bosser à la campagne. Ces deux maisons sont très complémentaires. Je pense que la vie, en général, est comme cela pour beaucoup d'entre nous et chacun l'exprime, le matérialise à sa façon.

Tu t'occupes beaucoup de ta barbe?

- Non. Je la coupe juste assez pour éviter qu'elle gonfle trop (il se tâte les joues !) et qu'elle m'empêche de jouer de la guitare. Je n'ai pas de très longs bras !

Tu prends des précautions?

- Je ne demande jamais à personne d'allumer la clope qui me pend au bec. J'ai toujours peur qu’un inconscient foute le feu à ma barbe !

Tu as une basse fétiche?

- Ouais, une Telecaster qui date de 68, par là. Une merveille de basse géniale. Je dois en avoir 40 ou 50 ; mais c'est celle-là que j'aime !

Avant d'engloutir un bon cognac, Dusty nous dira encore que ZZ Top viendra jouer en Belgique en juillet. Il ne sait pas encore ni ou ni comment mais ce sera en juillet.

Article paru dans le n° 20 du magazine Mofo de février 1994

Black Sabbath

On prend les mêmes et…

Écrit par

Black Sabbath vit actuellement une situation paradoxale. D'une part, ce dinosaure n'est plus trop sacré dans le monde du heavy-metal (même s'il ne faut tout de même pas oublier tout ce qu'il a apporté au genre depuis ses débuts en 69). Mais d'autre part, il est actuellement crédibilisé par les pointures les plus imposantes de la vague grunge déferlante –les Nirvana et compagnie– qui vouent à Tony Iommi et ses acolytes un vrai culte et l'avouent publiquement.

Cependant, d'un point de vue strictement commercial, Black Sabbath accumule les pirouettes et les échecs commerciaux avec une sidérante régularité : pas moins de cinq chanteurs différents ont occupé le poste de front-man du groupe depuis 82! Il y a eu Ian Gillan, Glenn Hughes, Ray Gillen, Tony Martin, Ronnie James Dio (2ème épisode) et, enfin, Tony Martin pour un retour, lui aussi ! On ne compte pas l’‘épisode Ozzy’, annoncé de retour au bercail, avant que l'histoire –est-ce réellement étonnant ?– ne tourne à la confusion et au ridicule. Résultat : B.S. ne cesse de voir son étoile pâlir aux yeux d'un public heavy qui semble se désintéresser de son cas. A la fois ‘in’ et ‘out’, le combo vit actuellement, un épisode (un de plus !) crucial dans sa carrière. Possède-t-il les moyens de mener ce défi à bien ? Sans doute, si on s'en réfère uniquement aux critères musicaux et, donc à son nouvel opus. ‘Cross Purposes’ vient de sortir chez EMI, et il est réellement fort bon. Pour le reste, l'avenir nous apprendra si le quatuor peut tirer un maximum de bénéfice de cette ‘bonne œuvre’ et si le public choisira de redonner un peu de crédit à un ensemble qui a, depuis 10 ans, pas mal joué avec ses nerfs.

« La situation n'a pas été très claire au sein du band, au cours de ces dernières années », admet Tony Martin, chanteur méritant réintégré après le second départ de Ronnie James Dio (auquel il avait été contraint de laisser sa place, il y a trois ans). Et d’ajouter : « Je peux comprendre que les gens aient été un peu perturbés. Néanmoins, je pense aussi qu'il ne faut pas tout voir négativement. Black Sabbath a, au moins, eu l'occasion d'expérimenter quelque peu en travaillant en compagnie de chanteurs différents (NDR : cinq en dix ans!) Pour le public, ce n'était pas tout à fait inintéressant… »

Admettons. Mais il ne faut tout de même pas prendre les gens pour des idiots! Si Dio est revenu (pour l'album ‘Dehumanizer’ sorti en 92), ce n'était pour aucune autre raison que de tenter de renouveler le coup de ‘Heaven and Hell’. Si un rapprochement avec Ozzy a été entamé, après l'échec du second épisode Dio, c'était là encore, pour redonner une bouffée d'air frais à un groupe manquant cruellement de souffle. « Effectivement, je ne peux qu'admettre cette vision des choses » reconnaît Tony. « Mais ce sont des événements qui se produisent sans cesse et dans tous les groupes. Lorsque j'ai quitté Black Sabbath après l'album ‘Tyr’, c’était sous la pression de Tony Iommi et de Geezer Butler qui souhaitaient tenter l'aventure Dio. Que pouvais-je faire d’autre ? Bien sûr, je n'avais pas l'impression d'avoir démérité ; mais je comprenais leurs motivations. Et je n'avais pas le choix! En réintégrant le groupe, récemment j'ai fait table rase du passé et je me suis remotivé pour repartir du bon pied. »

Mais quelle est la situation actuelle au sein de Black Sabbath? La réponse était évidente : « Excellente (ben tiens!). Nous brûlons d'envie de repartir en tournée et nous espérons vraiment que notre nouveau cd recueillera le succès qu'il mérite. C'est à mon sens le meilleur que Black Sabbath ait produit depuis un bon bout de temps. » Alors que peut-il bien apporter de bien positif par rapport aux réalisations précédentes? Tony argumente : « ‘Cross Purposes’ perpétue bien la lignée entamée par ‘Headless Cross’ et ‘Tyr’ jadis. J'estime aussi que ce disque affiche une formidable force mélodique et baigne dans des atmosphères puissantes. Je suis terriblement fier d'un titre tel que ‘Dying for love’ (NDR : effectivement excellent). Il est, en outre, la démonstration que Black Sabbath est toujours un très bon groupe. Je souhaite que le public s'en souvienne! » Pourvu que le statut de groupe-référence pour le mouvement grunge les y aide? Notre interlocuteur y croit : « Ben, pourquoi pas? Ce serait bien. Un juste retour des choses, en somme. Je souhaite en tout cas que cela donne envie aux jeunes amateurs de rock actuel de nous écouter. Black Sabbath a été une formation essentielle. Sincèrement, je pense que sur un plan musical, nous sommes toujours et même plus que jamais un groupe important. Je souhaite vraiment que nous soyons appréciés sur notre valeur intrinsèque. Bien sûr, la période complexe que nous avons traversée a un peu perturbé la confiance du public, mais j’affirme qu’il n’a pas nécessairement perdu au change ; et aujourd'hui on a l'occasion de redresser la barre. »

(Article paru dans le n°20 de février 94 du Magazine Mofo)

 

Page 31 sur 51