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DEADLETTER

La Caution

Brothers In Arms

Écrit par

J’avoue, le rap c’est pas trop ma came. Encore moins lorsqu’il s’agit de rap français. Mais il y a quelque chose chez La Caution qui rend ce duo plus captivant que les autres formations du genre. D’abord, à cause de ces textes plus raffinés que ceux de la plupart de leurs contemporains, puis de ses beats irrésistibles comme celui de « Thé à la menthe », leur plus gros tube publié à ce jour. Ce soir, La Caution mettait le feu aux planches du VK* sans la moindre allumette.

Arrivés sur scène après la prestation respectable de Azzili Kakma & Exodarap et celle un peu plus retentissante de Sidi Hoomam, les frangins Hi-Tekk et Nikkfurie prennent place sur la scène du VK*. La salle n’est comblée qu’à près d’un tiers de sa capacité ; ce qui n’empêche pas La Caution de chauffer à blanc l’assistance dès sa montée sur l’estrade. Le duo délivre un set partagé entre son double « Peines de Maures / Arc-en-ciel pour daltoniens » et des extraits d’un nouveau disque encore en préparation. Les deux gars, accompagnés d’un DJ, peignent, entre autres, le quotidien des jeunes et moins jeunes issus de la Seine-Saint-Denis à travers des morceaux percutants comme « Changer d’air », « Souvent », « Metropolis » ou encore « Je te hais », tout en évitant de tomber dans les clichés du genre. Et en servant d’un phrasé qui force le respect.

Pas besoin pour eux de se produire devant une salle comble pour assurer comme des pros. Les fans de TTC ou du Klub des Loosers étaient sans nul doute dans le coin tant les beats de la formation ne sont pas sans rappeler les débuts de ces derniers. Après une petite heure de show, La Caution effectue sa descente en rappel au son de leur fameux « Thé à la menthe », dégusté de la première à la dernière goutte par une assistance extatique. Le duo se retire alors après avoir délivré un show convaincant, même pour ceux qui n’adhèrent pas particulièrement au style.   

(Organisation : Back In The Dayz / Vk*) 

Tim Robbins

Un remake?

Écrit par

Pas d’homonyme ce soir sur les planches du Vooruit. C’est bien à Gand que l’immense acteur (« The Player », « Short-Cuts », « Mystic River »…), réalisateur et scénariste (« Bob Roberts », « Dead Man Walking »…) américain a finalement décidé de poser ses guitares. Une escale surprenante, entre Paris et Londres, au cours de laquelle le grand enfant de 52 ans s’est amusé à réaliser son rêve de gamin : jouer de la musique. Une occasion rêvée pour tout cinéphile fanatique de croiser le comédien sans devoir se farcir la montée des marches à Cannes. Pourtant, l’assistance était peu nombreuse ! Les absents auraient-ils écouté le premier long playing de Tim et son orchestre ? Visiblement, les âmes présentes s’étaient plutôt déplacées pour apercevoir l’acteur oscarisé que pour l’écouter murmurer. Une jonchée de zooms sur le parterre et les éclats incessants des flashs en témoignent amplement.

L’incursion de Tim Robbins dans le monde musical ne bouscule absolument rien. Dans la composition comme dans l’interprétation, le ton général reste neutre. Le charisme naturel sur grand écran s’efface, curieusement, sur scène. La voix est monocorde, les intermèdes introvertis. La prestation nous livre un americana sans aspérité et un country-folk maladroitement rabâchés. Imprégnés, tous deux, d’une profonde nostalgie de la musique américaine en col bleu. Quant aux lyrics, ils évoquent davantage de frêles poésies adolescentes dessinant les contours d’une Amérique paumée. Un folk politique, truffé de clichés, qui nous parlerait des Etats-Unis contemporains. 

Globalement, Tim Robbins and the Rogues Gallery Band vont livrer un set exsangue, paisiblement sous influence. Une influence décuplée. Exercice d’égo où la star du box office prendrait les formes d’un homme juke-box pour chanter ses idoles. Principale victime : Bruce Springsteen. Omniprésent. L’ersatz de la voix du ‘Boss’ voile la majorité des titres (« Book of Josie », « Toledo Girl », « Lightning Calls The Dawn »...) Certes, les idoles qu’il incarne (Steve Earle, Bob Dylan…) ne sont pas particulièrement touchées d’une voix divine ; mais elles brillent cependant par le caractère, la gravité et la chaleur. Malgré le soutien d’une équipe de musiciens d’élite (Kate St John, Leo Abrahams, Roger Eno, Rory McFarlane…), le ‘jeune’ mélomane souffre encore, manifestement, d’une carence de personnalité musicale.

Les sept musiciens se révèlent enfin plus inspirés lors des diverses covers. Instants où le grand cinéaste décide d’affronter les grands noms de la musique. Dès lors, le combo étasunien arpente agilement les chemins tortueux tracés par « All The World Is Green » de Tom Waits, ose une version negro spiritual sur le « If I Should Fall From Grace » de The Pogues et clôture le spectacle par « What A Little Moonlight Can Do » de Billie Holliday. Rien de transcendant en soi mais la sélection de versions audacieuses redonne quelques couleurs à une performance bien trop pâle.  

Epinglons finalement « Folsom Prison Blues ». Une reprise de Johnny Cash dont l’enthousiasme et la passion éclipsent un cadre général décidément trop linéaire et souvent démago. Un morceau qui recèle une introduction lugubre transpercée par une voix déchirée tissant une véritable atmosphère avant de sombrer dans un final rockabilly excité (NDR : moment particulièrement apprécié par de nombreux sexagénaires –et  plus ! – présents dans l’assistance. Ça bouge ! La salle danse, les têtes virevoltent, les hanches se balancent, les genoux tremblent. Ô doux souvenirs de notre enfance !

La maladresse du débutant, la timidité sur scène touchent indéniablement. Le musicien, lui, ne parvient jamais vraiment à convaincre.

Vraisemblablement victime du syndrome d’ubiquité touchant une multitude de personnalités publiques qui pensent que leur talent s’accorde à toute forme artistique, l’acteur américain a  emprunté, trop rapidement, des chemins qu’il ne maîtrise pas encore.

La performance laisse songeur. Et, soudain, nous sommes pris de vertige. Comme devant un miroir dont l’image réfléchie mystérieusement s’inverse, la carrière musicale de Tim Robbins reflète dangereusement celle, cinématographique, de David Bowie.

(Organisation Vooruit) 

 

Selah Sue

Hey, Soul Sister

Écrit par

En 1989 naissait dans la commune de Leefdaal (près de Louvain) une jeune fille répondant au nom de Sanne Putseys. A peine après avoir soufflé ses 18 bougies, la demoiselle entame une carrière musicale, sous le sobriquet de Selah Sue. Les réactions positives sont instantanées. Milow la prend sous son aile et lui propose d’assurer ses premières parties. L’Ancienne Belgique renifle, à des kilomètres, son talent naturel et lui propose un stage d’un an. Un stage qui se solde par des concerts à guichets fermés, aux quatre coins du pays. Elle arpente ensuite quelques uns des plus gros festivals belges cet été (Dour, Les Nuits Botanique, Pukkelpop, Couleur Café, Lokerse Feesten…), seule ou soutenue par ses potes d’Addicted Kru Sound, gonflant à l’hélium sa base de fans. Et quelques mois après avoir mis le feu aux planches de la Rotonde, la success story belge de l’année passe à l’étape supérieure en s’appropriant une Orangerie pleine à craquer.

Du haut de ses 21 balais, Selah Sue est un véritable petit ouragan scénique. Normal, quand on possède une voix pareille. Une voix qui évoque tour à tour Erykah Badu, Amy Winehouse voire même Nelly Furtado. Bref, la jeune Louvaniste semble née pour briller en ‘live’. Il suffit à ses cordes vocales d’émettre le moindre son pour parvenir à scotcher l’assistance, sans le moindre effort. A ce stade de sa carrière, elle a bien de la marge pour évoluer scéniquement ; mais son jeu est tellement spontané et décontracté qu’elle semble ne plus rien avoir à apprendre, à ce niveau. Et ce, avant même d’avoir publié sa première œuvre.

Sanne ‘Selah Sue’ Putseys démarre d’ailleurs le set par deux morceaux tirés de son premier disque, dont la sortie est prévue d’ici quelques mois. Deux compos qui, une nouvelle fois, évoquent distinctement Erykah Badu. A l’instar du titre suivant, « Black Part Love », issu de l’Ep du même nom, et qu’elle présente dans une version à la frontière du Hip Hop. Elle est flanquée de quatre musiciens ; mais vu sa prestance, on l’imagine sans mal se produire en compagnie d’un ‘full-live-band’ et d’une poignée de choristes. Après avoir pris la température de la salle, manifestement partagée à part égale entre néerlandophones et francophones, elle s’exprime dans la langue de Shakespeare pour ne pas faire de jaloux. Une initiative unaniment applaudie. Les nouveaux morceaux se mélangent aux plus anciens. Les mieux accueillis sont l’intense « Crazy Suffering Style », une version vitaminée de « Fyah Fyah », son ‘nouveau’ single « Raggamuffin » ou encore « Explanations » et « Mommy », qu’elle interprète seule à la gratte. Bien que la petite Sue soit une singer-songwriter à la plume affûtée, certains textes, comme celui de « Crazy Vibes », trahissent un peu son jeune âge. Un détail, vu la maturité déployée par la demoiselle qui offrira deux rappels en guise d’au-revoir.

Selah Sue deviendra, à coup sûr, l’artiste incontournable de 2011. Et, après ce concert, qui diffusait comme un avant-goût de ‘Couleur Café’, nul doute que les grands festivals du pays lui dérouleront le tapis rouge de leurs ’Main Stages’. On la tient à l’œil, ‘Selah’…

(Organisation : Botanique)

Tunng

Bienvenue dans ma bulle…

Écrit par

Paru courant de l’année 2010, le dernier album de Tunng, « …And Then We Saw The Land », constitue une étape décisive au sein du parcours de ce groupe anglais ; puisque l’un de ces membres fondateurs, Sam Genders, venait alors de quitter la formation, laissant ainsi une plus grande marge de manœuvre aux autres musiciens. Principal changement enregistré : la quasi-disparition des samples ; et puis une nouvelle ligne de conduite tracée par Becky Jacobs, même si le folk du combo est toujours teinté d’électronique.

Vers 20h, Alice Lewis monte sur les planches. Elle assure le supporting act. Pas de collaborateur. Elle s’accompagne aux claviers et puis tire parti de sonorités issues d’un ordinateur. La jeune artiste française est venue présenter les compos de son nouvel elpee « No One Know We’re Here ». Son univers sonore jouxte celui de Björk. Atmosphérique, il ne maque pas d’intérêt ; mais bien de relief. Si bien qu’au fil du temps, le public finit par décrocher. Et après une bonne demi-heure, elle se retire dans l’indifférence presque générale...  

A peine le temps de se réhydrater que le quintet londonien, Tunng, entre en scène. Au cours de l’après-midi, le combo avait accordé un mini-concert destiné aux enfants âgés de 3 à 12 ans, accompagnés de leurs parents ou de leur famille, dans le cadre de goûters-concerts organisés régulièrement dans les salles du Nord de la France. Une très belle initiative, sans doute destinée à familiariser cette génération à la culture musicale…

Le quintet se partage drums, percus, guitares acoustiques, un ordinateur et les vocaux. Les harmonies vocales –féminines et masculines– sont particulièrement suaves. Conjuguées en harmonie. Empreintes de douceur et de tendresse, les mélodies accrochent instantanément. Et la délicatesse des cordes acoustiques accentue cette sensation. Tout au long de ce set, on a l’impression de partager une bulle, au sein de laquelle le combo nous a invités à pénétrer. Excluant toute forme de violence pour nous communiquer une forme de paix intérieure. La setlist privilégie les plages issues du dernier opus ; et en particulier le single « Hustle » ou encore l’excellent « October ». Sans pour autant négliger leurs classiques, à l’instar de « Bullets ».

Après une bonne heure trente de spectacle, la formation prend congé de son auditoire. La foule se retire peu à peu. Mais elle quitte les lieux des rêves plein la tête. Un peu comme si elle n’était pas encore totalement sortie de cette bulle si réconfortante. D’ailleurs, si vous êtes soumis au stress, n’hésitez pas à vous enfiler une bonne tranche du dernier opus de Tunng. C’est idéal pour décompresser…  

Organisation Grand Mix

of Montreal

Spectacle total

Écrit par

Lors d’une interview accordée dans un magazine belge, Kevin Barnes, chanteur et tête pensante d’Of Montreal confiait, à propos de la prochaine tournée de son groupe, qu’il allait mettre sur pied une performance théâtrale assez complexe. La plus grande production de l’histoire de la formation. Et mettre en scène une multitude de marionnettes humaines, nécessitant une foule de costumes. Jugeant même ce projet formidable…’ Autant dire que ces déclarations ouvrent l’appétit, surtout lorsqu’on connaît les prestations ‘live’ complètement déjantées du groupe d’Athens (Georgie). D’ailleurs les spectateurs présents à la Rotonde, voici 2 ans, se rappellent sans aucun doute de leur show complètement barré.

Le concert accordé ce vendredi 16 octobre à l’Orangerie offrait une merveilleuse occasion de vérifier ses dires et de découvrir leur nouvel album, « False Priest ».

20h00 pétantes, la première partie s’apprête à monter sur la scène du Botanique. La salle est à moitié remplie, l’ambiance décontractée. Tape Tum est un duo belge, renforcé par un groupe réunissant Bruxellois et Gantois, en ‘live’. Il tente de chauffer la salle. Et leur tout premier morceau suscite manifestement l’enthousiasme. Malheureusement, l’intensité retombe aussi rapidement qu’elle s’est déclenchée. La concentration de l’audience s’étiole et les bavardages s’intensifient. Pourtant, le rock teinté d’exotisme de ce combo ne manque pas de charme, mais le mélomane lambda éprouve de grosses difficultés à suivre le fil du concert. Néanmoins, après une demi-heure, le band se retire, sous les applaudissements du public.

Vers 21h00, une partie de la troupe d’Of Montreal, tout de blanc vêtue, monte sur les planches. La salle est maintenant remplie. Un écran géant sert de décor. Les premières sonorités de guitare déchirent l’univers sonore. Il règne alors un climat lourd et malsain. Un homme-poisson, armé de fusils, les rejoint. Il est suivi, quelques instants plus tard, par le leader, Kevin Barnes. Maquillé (NDR : comme d’hab !) et vêtu d’une robe. Le combo ouvre alors les hostilités set par un des morceaux du nouvel elpee, « Coquet Coquette ». Les lumières scintillent, les musiciens s’en donnent à cœur joie et Barnes se tortille dans tous les sens, lorsque soudainement, un démon fait son apparition. Et entame alors un combat contre le poisson !!! En un seul morceau, Kevin Barnes est parvenu à nous entraîner au sein d’un univers surréaliste. Un monde des ténèbres en mode funky. Qui  dit mieux ? Les titres du dernier opus s’enchaînent. Le public est conquis. Impossible de quitter le spectacle des yeux. Chaque compo offre son lot de surprises. Lorsque les démons ne se chamaillent plus, les fantômes aux ailes dorées les remplacent. Tout est imaginé et exécuté à la perfection, tant au niveau musical que scénique. Mais lorsque Barnes revient déguisé, une corde autour du cou, pendant que des images de visages d’enfants et de vieillards qui se déforment au rythme de la musique sont projetées, l’Orangerie est comme pétrifiée. Si la majorité des plages du dernier long playing sont interprétées, la formation n’oublie cependant pas ses morceaux les plus ensorcelants, tels que « For Our Elegant Caste », « An Education Instance » ou encore « Heimdalgate Like A Promethean Curse ». Autant dire que les fans se régalent. Après une heure et demie, la troupe se retire.

A peine 5 minutes plus tard, l’équipe revient sur l’estrade et entame une série de reprises dont le « Thriller » de Michael Jackson. Of Montreal s’amuse et c’est visible. Plaisir communicatif au vu du nombre de spectateurs se déhanchant sur les rythmes entraînants. Que du bonheur donc… Kevin Barnes et ses comparses vident les lieux pour revenir quelques instants plus tard. Ils nous réservent alors ce qui constitue, pour votre serviteur, le meilleur morceau d’Of Montreal paru à ce jour: « The Past Is A Grotesque Animal ». Dépouillé de tout apparat, démaquillé, Barnes y révèle toute sa sensibilité à fleur de peau. Dix minutes qui s’achèvent dans un véritable bordel sonore. Le groupe se retire alors, définitivement. Respect !

Après deux heures de représentation, il faut reconnaître que Kevin Barnes a tenu parole. Car finalement, ce n’est pas à un concert que nous avons assisté, ce soir, mais à un spectacle total. Au cours duquel il apporte des tas de couleurs aux ténèbres. Lors de cette dernière date européenne, Of Montreal est allé au bout de lui-même et ce don de soi, le public l’a parfaitement perçu… 

Organisation Botanique

The Posies

Dead band can dance!

Écrit par

Décidément, l’industrie du disque souffre cruellement de la crise. Faute de temps, on préfère  jouer sur la fibre nostalgique du consommateur et ressortir les vieilles casseroles. Miroir aux alouettes qui a grisé plus d’un groupe, au cours de ces derniers mois. Excités par leur égo, ils arpentent les devants de la scène dans l’espoir, à peine dissimulé, de revivre leurs heures de gloire passées. Armés, pour certains, de nouvelles compos (Teenage Fanclub, The Pastels, The Posies, …) ou encore de simples reprises (Supergrass, My Bloody Valentine, …), ils ne sortent cependant pas tous indemnes de l’expérience délicate du come-back. Pourtant, les fans suivent, animés globalement du désir compulsif de revoir enfin leurs idoles d’antan. 

Ce soir, direction Anvers pour découvrir ou plutôt redécouvrir l’une des formations les plus respectées de la scène pop alternative de Seattle des 90’s : The Posies. C’est après cinq ans d’absence –dix sur les terres anversoises– que Ken Stingfellow et Jon Auer sont venus présenter leur dernier opus (« Blood/Candy ») devant une poignée de spectateurs. Trois dates consécutives en Belgique (Anvers, Bruxelles et Liège), fréquence vraisemblablement coupable de cette faible assistance.

L’admiration vouée à ce quatuor s’explique aisément. Elle provient essentiellement du choix artistique sciemment adopté par les deux leaders de la formation. Un choix consistant à nager systématiquement à contre-courant. Alors que la quasi-totalité de l’Etat de Washington s’embourbait dans les profondeurs marécageuses du grunge, Auer et Stingfellow naviguaient paisiblement aux antipodes, à l’abri des vents dominants qui soufflaient sur Seattle dans les nineties. Les deux provocateurs américains revendiquaient fièrement leur pop classique. Une ‘power pop’ et une ‘retro pop’ vintage balançant des mélodies pures et lumineuses diamétralement opposées aux beuglements rageurs et suicidaires poussés par toute une génération d’adolescents. 

Lyrics simples mais certes pas innocentes. Car la qualité des textes chez The Posies constitue également l’autre force majeure du groupe. Une ‘power pop’ qui ressemblerait davantage à un indie rock alphabétisé tant la qualité des paroles est remarquable. « Every Kind of Light » en est d’ailleurs le plus bel exemple. Un sixième ouvrage studio, finement politisé, truffé de métaphores, dénonçant les faiblesses de l’administration Bush et la guerre en Irak. « Blood/Candy », d’apparence plus sage, n’en reste pas moins subtil.

Sur scène, la magie de The Posies procède davantage de l’alchimie opérée entre Auer et Stringfellow que dans les mélodies elles-mêmes. Car malgré les nombreux désaccords qui les ont déchirés, dans le passé, ces deux hommes se connaissent parfaitement et se répondent en écho. Les voix s’épousent naturellement et les guitares s’entrechoquent machinalement. Une vieille complicité qui se manifeste également lors des longs breaks entre les morceaux. Les deux Gretsch s’accordent instantanément. Le silence résonne d’histoires croustillantes contées à deux voix. Le ton est ironique et s’amuse à taquiner le public d’anecdotes sur les Flamands et les conflits communautaires. Les Laurel et Hardy US provoquent et usent de leur expérience scénique pour créer l’interaction et séduire, en fin de compte, l’assistance de leur humour caustique. Moments intimes qui prendraient presque l’ascendant sur la musique. Car, à vrai dire, la performance musicale déçoit par une carence indéniable d’inventivité et nous livre une musique pop classique sans grande originalité. Avec le temps, The Posies ne serait-il pas simplement devenu un dead band ? Un groupe qui serait définitivement entré dans les annales du Nord-Ouest du Pacifique ? Et « Blood/Candy », la dernière page de l'un des catalogues les plus convaincants de la pop moderne ?

Toutefois, les deux routards expérimentés (NDR : accompagnés de leurs deux fidèles musicos : le bassiste Matt Harris et le drummer Darius Minwalla) vont nous offrir quelques surprises pop particulièrement agréables.

Soulignons tout d’abord l’efficace ouverture emmenée par « Plastic Paperbacks ». Un titre traçant des lignes power pop parfaites dont les harmonies vocales s’avancent dangereusement en terre électrique. « Licenses To Hide » nous surprend ensuite d’un mini opera rock aux vibrations queeniennes.

Les riffs énervés, la batterie solide et les voix version « Nada Surf » de « Take Care Of Yourself » fournissent pourtant un supplément d’énergie à la setlist. Instant fragile trahi rapidement par un « The Glitter Prize » nous rappelant que les guitares d’aujourd’hui sont résolument plus sages que celles du temps de leur splendeur.

Dès lors, les morceaux joués au clavier demeurent les éléments les plus convaincants. Ceux qui exposent au mieux le potentiel inépuisable d’écriture des deux songwriters. « Enewetak » et « For The Ashes » atteignent alors de nouvelles cimes dans l'émotion piano-ballade.

Trois rappels qui s’éteindront enfin sur le lourd et volcanique « Definite Door » et qui illustrent les deux atouts majeurs du groupe : son infinie générosité et sa boulimie scénique.  

(Organisation Trix)

Bernard Dolan

Un nounours tendre mais sarcastique…

Écrit par

Déjà près d’une décennie que Sage Francis pratique une forme de hip hop alternatif, nourri au slam et teinté de folk ou de rock. Natif de Providence (NDR : c’est dans le Rhode Island), il en est même devenu une figure de proue. A son actif, cinq albums, dont un en compagnie des Non Prophets. Il se produisait ce mardi 5 octobre à l’Orangerie du Botanique, pour défendre son dernier opus, « Li », lors d’une double affiche, puisque Dolan y était également programmé. Bernard Dolan est également issu du même Etat, mais de Hanton City. Un rapper, activiste, emcee et slammer réputé pour son spoken word profondément engagé, politique et cynique. C’est un pote à Sage. Il relève d’ailleurs de son label.

Vers 20h, la sonnette retentit. Elle annonce le début du spectacle. Ou plus exactement du supporting act. Mais c’est face à un auditoire encore clairsemé que le Bruxellois L.E.G. entre en action. Soutenu par deux acolytes aux manettes, ses yeux sont cachés derrière des lunettes de soleil et sa tête dissimulée sous une capuche. Le Belge donne tout ce qu’il a dans le ventre, en déambulant aux quatre coins de la scène. L’énergie est palpable. Son hip hop, au début bordélique, se fluidifie au fil du temps. Malheureusement, il est manifestement difficile d’assurer une première partie pour deux pointures de la trempe de Sage Francis et Dolan. Les  spectateurs sont amorphes. Après une demi-heure, la performance de L.E.G. s’achève et le public se retire. Si les esprits de la maigre assistance n’ont pas été marqués par ce premier groupe, le trio, lui, doit l’être. Et pour cause, ce n’est pas tous les jours qu’un artiste a l’opportunité de figurer à la même affiche que nos deux vedettes de la soirée. 

Juste le temps de prendre l’air et de s’hydrater le gosier et la deuxième sonnerie annonce déjà la montée sur le podium de B Dolan. Une véritable armoire à glaces ! Il porte la barbe. Il s’accompagne uniquement d’une machine. Directement, le grand gaillard entre dans le vif du sujet. Son flow est incisif et véloce. Et ses samples efficaces. En un morceau, l’Américain met le feu à une Orangerie déjà plus remplie. Après un morceau, l’Américain s’asperge du contenu d’une bouteille et tente de reprendre sa respiration. Débute alors un dialogue avec le public qui ne s’achèvera que lorsqu’il videra les lieux. Sarcastique, Dolan vante la suprématie de l’Amérique républicaine, et n’hésite pas à la comparer à notre petite Europe. A l’instar de l’excellent morceau consacré à Sarah Palin. Multipliant les traits d’humour, il introduit chaque titre, comme un véritable chauffeur de salle. Et c’est efficace ! Mais le gros nounours sait également se faire tendre ; et tout particulièrement lorsqu’il interprète « Marvin ».  L’émotion est à son paroxysme et un frisson nous parcourt l’échine. Après une bonne demi-heure, c’est sous des applaudissements bien mérités que Dolan quitte le podium. Première étape réussie !

A peine le temps de nous remettre de nos émotions et de finir notre petite mousse que la dernière sonnerie retentit. C’est désormais dans une salle pleine à craquer (ou presque) que Sage Francis va se produire. Apparaît alors la bête. Un drapeau sur la tête, il est également barbu. Mais aussi chevelu. Il ouvre le bal en interprétant des extraits de ses tubes. « Escape Artiste », notamment. Rien de tel pour se rendre compte du talent du rappeur. Sage démontre qu’il n’a pas décroché de nombreux trophées, lors des concours de Slam, pour rien. Chauffeur de salle dans l’âme également, on le découvre guilleret. Et puis, il est en pleine forme. Il accomplit même des pas de danse à faire pâlir plus d’un boys band. La majorité de ses morceaux sont déformés. Pas question ici de rejouer les morceaux de l’album. Tous les styles musicaux y passent ; que ce soit le disco, le rock ou le jazz ; en témoigne sa reprise jazzy de « Jah Didn’t Kill Johnny ». Après une demi-heure de set, Sage Francis se décoiffe en retirant sa perruque (très réaliste soit dit en passant !) et dévoile sa réelle personnalité. Finie la rigolade, le ton devient plus agressif et plus tranchant. Après ces morceaux plus virulents, l’Américain laisse la place à l’émotion, et nous confesse ses problèmes de cœur. S’engage alors un monologue a cappella, tout bonnement impressionnant. Une trentaine de minutes plus tard, le Sage quitte la scène, sous les applaudissements. Respect !

Vient alors le moment du rappel. Sage est alors accompagné de Dolan. Les deux comparses se chamaillent et interprètent tour à tour leurs morceaux. Trois de rap bien lourds, bien américains, comme on les aime. Idéal pour conclure une soirée en tous points parfaite.

Organisation Botanique

 

Sage Francis

Une bête de scène…

Écrit par

Déjà près d’une décennie que Sage Francis pratique une forme de hip hop alternatif, nourri au slam et teinté de folk ou de rock. Natif de Providence (NDR : c’est dans le Rhode Island), il en est même devenu une figure de proue. A son actif, cinq albums, dont un en compagnie des Non Prophets. Il se produisait ce mardi 5 octobre à l’Orangerie du Botanique, pour défendre son dernier opus, « Li », lors d’une double affiche, puisque Dolan y était également programmé. Bernard Dolan est également issu du même Etat, mais de Hanton City. Un rapper, activiste, emcee et slammer réputé pour son spoken word profondément engagé, politique et cynique. C’est un pote à Sage. Il relève d’ailleurs de son label.

Vers 20h, la sonnette retentit. Elle annonce le début du spectacle. Ou plus exactement du supporting act. Mais c’est face à un auditoire encore clairsemé que le Bruxellois L.E.G. entre en action. Soutenu par deux acolytes aux manettes, ses yeux sont cachés derrière des lunettes de soleil et sa tête dissimulée sous une capuche. Le Belge donne tout ce qu’il a dans le ventre, en déambulant aux quatre coins de la scène. L’énergie est palpable. Son hip hop, au début bordélique, se fluidifie au fil du temps. Malheureusement, il est manifestement difficile d’assurer une première partie pour deux pointures de la trempe de Sage Francis et Dolan. Les  spectateurs sont amorphes. Après une demi-heure, la performance de L.E.G. s’achève et le public se retire. Si les esprits de la maigre assistance n’ont pas été marqués par ce premier groupe, le trio, lui, doit l’être. Et pour cause, ce n’est pas tous les jours qu’un artiste a l’opportunité de figurer à la même affiche que nos deux vedettes de la soirée.  

Juste le temps de prendre l’air et de s’hydrater le gosier et la deuxième sonnerie annonce déjà la montée sur le podium de B Dolan. Une véritable armoire à glaces ! Il porte la barbe. Il s’accompagne uniquement d’une machine. Directement, le grand gaillard entre dans le vif du sujet. Son flow est incisif et véloce. Et ses samples efficaces. En un morceau, l’Américain met le feu à une Orangerie déjà plus remplie. Après un morceau, l’Américain s’asperge du contenu d’une bouteille et tente de reprendre sa respiration. Débute alors un dialogue avec le public qui ne s’achèvera que lorsqu’il videra les lieux. Sarcastique, Dolan vante la suprématie de l’Amérique républicaine, et n’hésite pas à la comparer à notre petite Europe. A l’instar de l’excellent morceau consacré à Sarah Palin. Multipliant les traits d’humour, il introduit chaque titre, comme un véritable chauffeur de salle. Et c’est efficace ! Mais le gros nounours sait également se faire tendre ; et tout particulièrement lorsqu’il interprète « Marvin ».  L’émotion est à son paroxysme et un frisson nous parcourt l’échine. Après une bonne demi-heure, c’est sous des applaudissements bien mérités que Dolan quitte le podium. Première étape réussie !

A peine le temps de nous remettre de nos émotions et de finir notre petite mousse que la dernière sonnerie retentit. C’est désormais dans une salle pleine à craquer (ou presque) que Sage Francis va se produire. Apparaît alors la bête. Un drapeau sur la tête, il est également barbu. Mais aussi chevelu. Il ouvre le bal en interprétant des extraits de ses tubes. « Escape Artiste », notamment. Rien de tel pour se rendre compte du talent du rappeur. Sage démontre qu’il n’a pas décroché de nombreux trophées, lors des concours de Slam, pour rien. Chauffeur de salle dans l’âme également, on le découvre guilleret. Et puis, il est en pleine forme. Il accomplit même des pas de danse à faire pâlir plus d’un boys band. La majorité de ses morceaux sont déformés. Pas question ici de rejouer les morceaux de l’album. Tous les styles musicaux y passent ; que ce soit le disco, le rock ou le jazz ; en témoigne sa reprise jazzy de « Jah Didn’t Kill Johnny ». Après une demi-heure de set, Sage Francis se décoiffe en retirant sa perruque (très réaliste soit dit en passant !) et dévoile sa réelle personnalité. Finie la rigolade, le ton devient plus agressif et plus tranchant. Après ces morceaux plus virulents, l’Américain laisse la place à l’émotion, et nous confesse ses problèmes de cœur. S’engage alors un monologue a cappella, tout bonnement impressionnant. Une trentaine de minutes plus tard, le Sage quitte la scène, sous les applaudissements. Respect !

Vient alors le moment du rappel. Sage est alors accompagné de Dolan. Les deux comparses se chamaillent et interprètent tour à tour leurs morceaux. Trois de rap bien lourds, bien américains, comme on les aime. Idéal pour conclure une soirée en tous points parfaite.

Organisation Botanique