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Epica - 18/01/2026
Hooverphonic

Goldfrapp

Retour vers le futur

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Saviez-vous qu’Alison Goldfrapp avait vécu en Belgique ? A la sortie de son adolescence. Avant de devenir ‘backing vocalist’ chez Tricky et Orbital. Elle a même participé à l’enregistrement de quelques uns de leurs disques. Ce n’est qu’en 1999, que Will Gregory et Alison fondent le duo Goldfrapp. Responsable de 5 albums à ce jour, dont le dernier, « Head first », fait un peu pâle figure au sein de leur discographie, Goldfrapp se produisait donc à l’Aéronef de Lille, ce mardi 28 septembre. On se demandait donc si la formation était capable de donner une autre dimension à des titres pas vraiment folichons…

En arrivant dans la salle, un chansonnier interprète son répertoire dans la langue de Molière. Ce genre de spectacle serait tout à fait indiqué pour animer les fêtes de famille ou un piano bar. Anecdotique. Embraie un certain Wagner. Non, non, par Richard, il est mort en 1883. Mais Yan. Un franco-américain qui chante dans celle de Goethe en s’aidant de machines. Tout un programme ! Mais au bout du compte, pas vraiment de quoi s’enflammer.

Il est déjà 9h30 lorsque le large rideau tendu tout au long de la scène tombe. On aperçoit un énorme cylindre au fond du podium, duquel s’échappe un brouillard de fumée. Un décor qui me fait penser à la célèbre série B de science-fiction, programmée à la TV, au cours des seventies, ‘A cœur du temps’. Pour les plus jeunes, ils penseront sans doute davantage à ‘Blade Runner’, voire à ‘La guerre des étoiles’, mais les comparaisons me semblent moins judicieuses. A cause de l’esprit ‘vintage’ que semble véhiculer le groupe. Bref, on est en plein univers intergalactique. Mais d’une autre époque. « Voicething », le dernier morceau du dernier album de Goldfrapp, « Head first », est diffusé en fond sonore. Puis les musiciens entrent par ce tunnel. Outre Alison, ils sont six. Une drummeuse, qui s’installe, au fond de la scène, à droite. Un bassiste, planté du même côté, mais plus en avant. Côté gauche, une claviériste et Will Gregory, plus centré, mais en retrait, tous deux à l’AX-Synth, lorsque la première ne se réserve pas les synthés et le second le violon ou circonstanciellement la guitare. Ces deux derniers sont vêtus d’une combinaison zébrée, couleur noir et blanc, mais en oblique. Alison s’approche du bord de l’estrade. Elle a revêtu une sorte de poncho fabriqué à l’aide de bandes de cassettes. Et face au ventilateur, placé au sol, l’effet est assez saisissant. Les bandelettes s’agitent dans tous les sens et scintillent à la lumière des spots. Il souffle en même temps les boucles dorées de ses cheveux. Collants noirs, yeux hyper-maquillés, son look colle parfaitement à la mise en scène particulièrement kitsch, glamoureuse, si vous préférez. Elle possède un charisme fou. C’est une star et elle le sait. Enfin, elle jouit d’un timbre de voix assez exceptionnel. Tour à tour opératique, cristallin, éthéré, sensuel ou puissant. Le set s’ouvre par « Cristalline Green » (NDR : ben tiens !) et embraie par « Supernature », avant de concentrer l’essentiel de son répertoire sur le nouvel opus, « Head first », dont les inévitables singles « Rocket » et « Alive », en n’oubliant pas d’y inclure un de leurs plus anciens tubes, « Number 1 ». La prestation est énergique, passionnée, flamboyante, mais un peu trop linéaire à mon goût. Et puis ces références pompées chez ABBA ou dans le disco ne me bottent pas vraiment. Il faut attendre la seconde moitié de set, pour enfin vibrer. Tout d’abord lors d’un des derniers morceaux de « Head first », soit le ‘robotique’ « Shining and warm » (NDR : oui, c’est une plage du dernier opus, mais une des meilleures). Puis « Train » (NDR : il figure sur Black Cherry), dont la version proposée ici est absolument époustouflante, digne du « I feel love » de Donna Summer (NDR : oui, je sais c’est du disco, mais quand c’est bon, il faut le reconnaître). La voix d’Alison atteignant alors vraiment le sommet de son art. Et enfin, lors de la finale, l’inévitable « Ooh la la », dont le tempo imprimé sur un boogie, réminiscent du « On the road again » de Canned Heat, met littéralement le feu à la salle.

Rappel inévitable. Alison a changé de look. Elle a enfilé une parure scintillante, couleur chrome et noir. Le combo se lance dans « Little bird » (NDR : extrait de « Seventh Tree »), une compo atmosphérique, construite en crescendo, à la croisée des chemins de Spiritualized et de Cocteau Twins. Epatant ! Et de terminer par « Lovely head », morceau ‘enniomorriconesque’, sifflements samplés à l’appui. Acclamations soutenues.

Et le public en veut encore. Ce soir Goldfrapp est généreux. Alison a encore changé de look. Elle porte une autre parure en longs poils colorés d’orange, de rose et de jaune. Le show s’achève par un titre plus rock. D’ailleurs, Will a alors repris sa guitare. Chouette concert qui contraste avec leur dernier album, « Head first ». Ce sont d’ailleurs les plus anciennes compos qui ont fait la différence, même si le public lambda a sans doute aimé se trémousser, sur les titres les plus contagieux et à caractère disco. Fallait s’en douter.

(Organisation A Gauche de La Lune)

Blonde Redhead

Atmosphère, atmosphère…

Écrit par

Blonde Redhead revenait en Belgique, ce samedi dernier, à l’Ancienne Belgique, afin d’y présenter son nouvel opus –très réussi par ailleurs– « Penny Sparkle ». Après 20 années de parcours, une évidence s’impose : le trio cosmopolite n’a toujours pas vécu de baisse de régime et encore moins de panne d’inspiration, même si le ton se fait de plus en plus paisible et le feeling romantique… Moins expérimentale que par le passé, la musique de Kazu Makino et des jumeaux italiens, Simone et Amedeo Pace, s’est adoucie et revêt, depuis la confection du chef-d’œuvre « Misery is a Butterfly », de très heureux accents pop.

Ce soir, le public semble conquis d’avance bien qu’il ne soit pas très nombreux. L’ambiance est bon enfant et un climat paisible semble baigner la salle bruxelloise. A l’instar du décor planté sur la scène, aménagée en jardin japonais parsemé de parapluies dorés et de torches électriques. Kazu est affublée d’un masque blanc arborant de mystérieuses… moustaches félines ! L’influence de CoCorosie ? Dès les premières notes, on se rend compte que leur musique sera essentiellement atmosphérique. Faut dire aussi que la présence d’un quatrième musicien, un claviériste, accentue cette impression, tout en apportant davantage d’amplitude aux compos. Des titres comme « Here Sometimes » ou « Dr. Stangeluv » transportent l’audience au cœur d’un univers sonore voluptueux alors que les morceaux plus énergiques (« SW », par exemple), nous rappellent que Blonde Redhead était, à ses débuts, influencé par Sonic Youth. Amedeo et Kazu alternent au chant mais notre préférence va, bien entendu, à la voix suave de la petite Japonaise. Le clou du concert sera atteint lors du magnifique « Spring and by Summer », parfaitement exécuté. Un bémol, s’ils ont alternés les ambiances les plus calmes et les belles, mais trop rares, montées bruitistes, les New-yorkais se sont contentés de ne jouer quasiment que des plages issues de leurs deux derniers elpees.

Retour néanmoins réussi pour ce groupe aventureux et attachant, dont l’expression sonore originellement minimaliste, évolue de plus en plus vers une forme quasi-ambient…

(Voir aussi notre section photos)

Organisation AB, Bruxelles 

Part Chimp

Puissance 4

Écrit par

Fuyant le stress d’une journée comme tant d’autres et mettant fin à une semaine d’errance dans les limbes de l’ennui, je me rends au temple pour recevoir la part obscure du son des ténèbres. Bouhouhou!!! Ou comment s’accoquiner avec le diable en chemise à carreaux. Part Chimp ne dérogeant pas à son précepte qui fait du bruit un langage à part entière, Tim Cedar et sa bande s’arrêtaient ce 17 septembre entre les murs du Magasin 4, qui à l’heure actuelle doivent encore trembler des assauts subis. C’est que les Londoniens ne font pas dans la dentelle et les bouchons d’oreilles sont vivement recommandés.

Ecrasant de tout son poids de mastodonte nos neurones acquis à leur cause, le quartet assure ce vendredi un set costaud et viril, ponctué de cris sauvagement jouissifs poussés comme autant de salves à l’encontre des mièvreries du quotidien. Puisant leur énergie dans un bain stoner bouillonnant, la fièvre dans le son, Part Chimp est une déferlante de lave incandescente, un tsunami de larsens, un maelström de noisy sauvagement orchestré. Aiguille dans le rouge et pied au plancher, l’heure passée s’est désintégrée dans un fracas assourdissant et électrisant.

Emmené par l’hymne « 30 billion people », le rappel finit de mettre à genoux les derniers réfractaires à la prosternation face à ce monstre hybride et hirsute, lointain cousin de Satan ou d’une de ces bestioles poilues, croisées au détour d’un bestiaire insolite. Et se répandant en écho dans la nuit, les dernières notes s’éteignent dans le bruit diffus.

 

Josh Ritter

The Bird & The Bee

Écrit par

L’air de rien, Josh Ritter grappille du terrain. Qualitativement, la discographie du singer songwriter ne cesse de prendre de l’ampleur, malgré un passage à vide qui a forcé le trentenaire à s’écarter de la scène. Il revient aujourd’hui en grande forme, après avoir publié « So Runs The World Away », un cinquième album qui s’avère être sa meilleure œuvre à ce jour, et accompli une tournée extensive du Vieux Continent en compagnie de son backing band, The Royal City Band, mais également de sa ravissante moitié. Une tournée qui passait par l’Orangerie du Botanique, ce 16 septembre.

Dawn Landes, alias Mrs Ritter, assure les premières parties de son cher et tendre. Et ce n’est pas le public qui va s’en plaindre. Du haut de ses 28 ans, la demoiselle compte déjà quatre œuvres à sa discographie. Accompagnée ici de The Hounds, son propre groupe, elle présente ce soir « Sweetheart Rodeo », son dernier bébé. L’Orangerie est loin d’être pleine à craquer. Il y règne une atmosphère apaisante, que les douces litanies de la demoiselle ne font qu’accentuer. Aaah que c’est bon d’être de retour dans cette sympathique petite salle !

Josh Ritter est plutôt un habitué des scènes belges. Il compte déjà, à son actif, un passage en solo à la Rotonde, à l’ABClub et sur de plus grandes scènes, lorsqu’il assurait les premières parties de Damien Rice, il y a quelques années et, plus récemment, The Swell Season. Si ces premières apparitions étaient restées assez confidentielles, tant le jeune homme avait l’air discret et timide, celle-ci le définit enfin comme un artiste sur lequel on peut enfin compter. Tout sourire, Ritter semble avoir pris de l’assurance. Et il va le démontrer ce soir en parcourant le meilleur de son répertoire en pas moins de 2h10 de show ! Un peu long quand on a une semaine de boulot éreintante dans les jambes mais un seul regard au sourire indélogeable du mec et t’oublies tout le reste. Sa bonne humeur ultra-communicative, il la partage en compagnie des membres de The Royal City Band, parmi lesquels figure un certain  Zachariah Hickman, un bassiste au look bien classe.  Derrière sa moustache parfaitement travaillée, il semble sortir tout droit d’un croisement génétique entre Elvis Costello et Salvatore Dali.

Josh Ritter est un mec généreux et s’adresse au public tout au long de son spectacle marqué du ‘grand sceau de l’état d’Idaho’, déployé aux deux extrémités de la scène. De la vingtaine de morceaux exécutée, certains se seront sans aucun mal distingués du reste. A commencer par « Folk Bloodbath », probablement la meilleure plage de son dernier ouvrage, dans lequel le poète emprunte différents personnages issus de ‘murder ballads’ classiques et les vouent à un destin bien plus funeste que d’origine. Autres moments forts du set, « Long May You Run », reprise en solo du classique de Neil Young, de toute évidence l’une des idoles de Ritter, ainsi que « 500 Miles Away From Home » de Hedy West, qu’il interprète en duo avec sa dulcinée, et un « Wait For Love » final pour lequel The Hounds opèrent une dernière apparition sur le podium. Au terme des 2h10 de concert, Ritter semblait encore dans une forme olympique et aurait certainement pu continuer au moins une bonne heure, si la politique de couvre-feu ne l'obligeait pas à s'arrêter là. Une chose est claire, la saison démarre plutôt bien !

Organisation : Botanique.   

Massive Attack

Ame de distraction massive

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Ce vendredi, se déroulait dans le Sportpaleis d'Anvers, l'un des plus grands spectacles de prestidigitation de tout les temps. Hypnotisé, transcendé, emmené à la lisière des rêves et de la réalité par l'incroyable machine à remodeler le temps, les spectateurs présents en ont eu pour leur argent.

Si d'aucun s'étonnaient d'un deuxième passage en l'espace d'une année du désormais duo exponentiel de Bristol, beaucoup se réjouissaient du retour en nos contrées d'un des groupes les plus visionnaires et influents de l'histoire de la musique contemporaine. Votre serviteur en premier. C'est donc avec une grande excitation matinée d'impatience juvénile, que j’ai pris place dans les strapontins.

Le soin d'ouvrir le bal des songes était laissé à la gracieuse Martina Topley-Bird, qui comme membre émérite du cercle Massive Attack, répond régulièrement à l'invitation. Emmenées par les boucles dorées de sa loop station, motifs synthétiques joués du bout de ses doigts, ses chansons bien qu'un peu perdues dans le champ de cette grande salle accaparent l'auditoire à défaut de le subjuguer totalement. L'ancienne muse de Tricky se fendant d'une reprise élégante du « Karmacoma » de ses hôtes et d'un final électrique énergique. La suite s'est avérée de moins bonne facture. Remplaçant un DJ Shadow, qui, sans nul doute aurait enflammé les planches et fait vibrer les murs, le jeune K'Naan (celui dont l’hymne « Waving flag » nous a saoulé tout la durée du mondial de football) a délivré un set dont le vibe Jamaïcan old school roots teinté de variété world a laissé quelque peu sceptique. Mou du genou et franchement pas emballant, son flow Hip-Hop lorgnant du côté de la Pop a manqué singulièrement de saveur. Dommage. Mais la suite allait bien vite effacer cette légère déception.

Massive Attack est une bête de scène monstrueuse, de nos jours. Si le show de ce vendredi ne se différence pas tellement du concert d'octobre dernier, force est de constater son efficacité.

Musicalement d'abord. Par ce que son et le groove sont dantesques. Visuellement ensuite. A cause d’un lightshow magistral et d’un concept pour le moins épatant. Au fil des succès qui égrènent la carrière du groupe, messages alter mondialistes, anticonsuméristes et à caractère informatifs (dans nos deux langues nationales, s'il vous plaît) se mêlent dans une orgie stroboscopique. Pas de place à l'approximation. La machine est bien huilée.

Indomptables, rebelles dans l'âme, Grant Marshall et Robert Del Naja assènent quelques vérités bien senties, qui apparaissent en projection sur un mur d'écrans horizontaux placé à l'arrière plan. L'humour étant aussi présent au rendez-vous, sous la forme de quelques clins d'œil à notre mère patrie (encouragements à Justine Henin et actualités régionales, entre autres). Et de cette pluie de lumière et de décibels, ce qui se dégage, c'est la force même des chansons.

Décliné sous forme de Best of, le répertoire des Anglais n'a pas pris une ride. « Angel » porté par la voix du fidèle Horace Andy, « Unfinished Sympathy » emmené par une Deborah Miller sensuelle, « Risingson » sombre et venimeux ou « Teardrop » repris par Martina Topley-Bird, se conjuguent magistralement aux plus récents « Babel » ou encore à l'hypnotique « Atlas Air ». Dans un final somptueux, le classique « Karmacoma », clôt ce qu'il serait convenu d'appeler un grand spectacle. Standing ovation, chapeau bas. Massive Attack étaient précurseurs dès les années nonante, ils gardent une longueur d'avance en 2010.

(voir également notre section photos)

 

And Also The Trees

Récréation acoustique…

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Doucement le cercle solaire descend des cieux, et une multitude de corbeaux envahit les pelouses de la cour intérieure de l'abbaye. Taches noires éparses et clairsemées. Puis vient la nuit, et avec elle, l'invitation à l'abandon... Je lisse mes plumes de jais et m'engouffre à la suite de mes comparses dans le tunnel conduisant à un escalier étrangement moderne pour ce genre d'endroit. A l'étage, la salle s'offre à mon regard. Haute et sertie d'une magnifique charpente en poutres du plus beau bois. Je suis convié à prendre place dans un des confortables sièges de velours disposés en gradin. Puis la lumière décline. Recueil et silence de mise. Accueil et applaudissements timides.

Première partie : Seesayle. Seule sur scène. Tour à tour aux claviers, à la guitare, au violon, la demoiselle envoûte l'auditoire grâce à de subtils arrangements, sa voix, ses grands yeux qui vous happent, mais surtout grâce à de véritables chansons. Perles de rêves dans un écrin de velours. Tour à tour déclinées en anglais, français, hongrois ou dans une langue imaginaire aux accents slaves. Même confrontée à l'obscurité totale (orage ou mystérieux visiteurs ?) la belle garde son aplomb. Seesayle ou la clé d'un songe éveillé.

And Also The Trees quant à eux déploient leur majestueuse musique intemporelle depuis le début des eighties, mais jamais pourtant elle n'est parue datée. Classieux et loin des canevas des modes, les deux frères Jones traversent les années dans leur machine à remonter le temps sans se soucier de leur époque. Avec intégrité. Et pour se ressourcer, ils s'offrent depuis un moment une récréation acoustique. Qui s'arrête ici ce soir. Avant une date autrichienne et une autre Italienne. C'est dire si nous sommes chanceux. Bien sûr, le côté électrique et électrisant de la guitare de Justin se fait désirer sur la longueur du set. Mais offertes ainsi dans une version boisée, les chansons du répertoire de AATT se découvrent telles des naïades au sortir du bain. Belles et fragiles. Le dépouillement opère en tant que catalyseur des émotions. Mais tout en retenue. Subtilement. Et accentue le côté théâtral de leur musique. Je devrais dire dramaturge. Hanté par ses fantômes, Simon Huw Jones habite les compositions et les vit véritablement sur scène, tel un acteur qui soir après soir s'habille de la personnalité de ses différents personnages. Mentions spéciales aux morceaux issus de « Green is the sea », au classique « A room lives in Lucy » et à l'imparable « Virus meadow ».

Le manteau de la nuit a recouvert l'abbaye. Quelques oiseaux aux atours de ténèbres s'attardent encore ci et là. Mais moi, je regagne mon nid. Tomorrow the sun will shine...

(Organisation : Soirées Cerises)

Caetano Veloso

L'étoile du Brésil

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Ce mercredi 7 juillet, alors qu'une demi-finale de football attire les foules dans les bars du centre-ville, l'Ancienne Belgique accueille le tout grand chanteur brésilien Caetano Veloso. Censuré et interdit au temps de la junte militaire brésilienne au pouvoir jusqu'en 1985, rejeté par la gauche socialiste qui lui reprochait son goût pour les musiques nord-américaines, exilé en Angleterre, Caetano Veloso est aujourd'hui une fierté nationale adulée bien au delà de la terre brésilienne.

Auteur, compositeur, et interprète de grand talent, il a été révélé par chez nous grâce à ses collaborations aux B.O. de films, notamment le sublime "Cucurrucucu Paloma" du "Parle avec elle" de Pedro Almodovar. Et son concours à celle, non moins superbe, du long métrage "Frida" a contribué à sa popularisation en Europe. Veloso est aujourd'hui un familier de la scène, et c'est sans difficulté que celle de l'Ancienne Belgique s'est remplie pour ce concert.

Ce soir, le public est cosmopolite et multi-générationnel, d'une moyenne d'âge de trente-cinq ans. Les conversations polyglottes se mêlent dans une atmosphère chaude ; des bribes de mots en espagnol et portugais s’échappent ça et là. Caetano Veloso se fait attendre et réclamer à plusieurs reprises, à grand renforts de sifflements. A 20h35, le rideau s'ouvre enfin sur un bonhomme aux cheveux blancs, mais toujours aussi charismatique. Souriant, il est vêtu en toute simplicité. Il entame la soirée par "A voz do morto", un morceau enjoué chaloupant déjà le public. Quelques titres plus tard, entre rock et bossa nova, l'étincelle Veloso gagne l'assistance qui s'embrase du parterre au deuxième balcon. Sa voix douce, capable de monter très haut, envoûte tout un chacun. Sans frime, mais pas sans humour, Veloso danse avec sa guitare, tape dans les mains des spectateurs du premier rang, regarde les visages éclairés par les spots le temps d'une chanson apparemment très populaire (les paroles sont connues très précisément par la foule). Par rapport à Veloso (NDR : il affiche 67 balais au compteur), les trois musiciens qui l'accompagnent sont jeunes. Sa présence scénique ne se laisse heureusement pas éclipser par une projection vidéo (si tendance !) présente le temps de quelques chansons, images sans queue ni tête du Brésil, vagues en pagaille et Christ de Rio. La fierté nationale est palpable dans l'assistance qui brandit un drapeau vert et jaune à chaque applaudissement.

Les morceaux, très différents les uns des autres, font preuve d'une grande liberté d'écriture, d'une inventivité et d'un intérêt continu pour les musiques actuelles. Veloso et ses musiciens (NDR : le guitariste Pedro Sa, le percussionniste Marcelo Callado et le bassiste Ricardo Dias Gomes) aiment puiser dans les musiques traditionnelles latines, et les déstructurer. Ainsi, un tango se métamorphose, grâce à des guitares électriques, sur "Volver". Chanté en anglais, le détonnant " Maria Bethania", écrit lors de son exil en Angleterre en hommage à sa sœur (également musicienne), rappelle le groupe français Dynonisos. On y retrouve l'influence, revendiquée par Veloso, des Beatles. Tous les muscles de son visage s'animent pour exprimer les sentiments humains, et l'homme nous apparaît fragile, touchant.

Après dix-huit morceaux énergiques, et un bis conséquent, les sifflements reprennent et les spectateurs tiennent dix bonnes minutes la barre des décibels pour un second rappel. Mais déjà le rideau rouge se referme. Celui qui s'est fait siffler se fait maintenant huer. Le rideau s'arrête in extremis ; on croit au miracle, mais quelques furtifs allers-retours indiquent qu'il est simplement bloqué ! L'auditoire déçu manifeste sa frustration, le concert n'a duré qu’1h45. Mais alors que la salle désemplit, restent les fans, les vrais, qui arrachent la tracklist collée au sol et la brandissent comme un trophée (NDR : de quoi faire des envieux ?), en ayant au moins la satisfaction de rentrer chez soi en emportant une photo souvenir (d'une liste de titres !)

De son vrai nom Velloso, auquel il a ôté un l (NDR : ce qui signifie ‘duveteux’), Caetano Veloso a malgré tout ravi son public de sa voix si douce, de ses yeux malicieux et de l'énergie contagieuse avec lequel l'on repart.

(Organisation: Greenhouse Talent, Gand)

 

Charlotte Gainsbourg

Pari gagné !

Écrit par

C’est après avoir publié « IRM », son troisième album, composé par le génial bidouilleur californien Beck Hanson, que Charlotte a enfin décidé de monter sur les planches, exercice de style qu’elle redoutait tout particulièrement. Loin de la pression parisienne, la fille de Jane et Serge a rôdé son set aux Etats-Unis, lors d’une petite quinzaine de dates, en avril dernier. Son concert lillois n’est que le quatrième de sa première tournée française, entamée le 14 juin ; elle se produisait la veille, à Bruxelles. Et pas de première partie pour ce spectacle programmé à l’Aéronef.

20h15 précise, les lumières de la salle s’éteignent. Suivis par ses cinq musiciens, la sylphide Charlotte fait son apparition. Elle s’excuse presque de déranger l’assistance, et entame son set par le titre maître de son denier opus. Son timbre vocal est certes fragile, mais il s’intègre parfaitement à l’ensemble, porté par une section rythmique de haute volée. Le band fait montre d’une grande cohésion ; l’aspect dépouillé et sobre du light show ajoutant à la magie, d’entrée de jeu. Si au cours des quatre ou cinq premiers morceaux, la voix de Charlotte semble se fondre dans le collectif, c’est à partir de « Heaven can wait », son nouveau single, que son timbre va prendre toute son expression. Une perception confirmée par le plus rock « Trick Pony » ainsi que « The song that we sing », extrait du précédent opus « 5.55 », paru en 2007 (NDR : sous la houlette du duo versaillais Air). Passé ce moment plus enlevé, la belle se réapproprie le « Just like a woman » de Bob Dylan, une adaptation tout en délicatesse, quelle accorde juchée sur un tabouret.

« IRM », dont la plupart des compos servent d’ossature au tracklisting, reprend ensuite ses droits, avant de laisser place à la première reprise, tant attendue, ‘du meilleur, du plus grand, du plus beau’, comme elle se plait à qualifier son père… Mais pas évident d’opérer un choix dans l’immense répertoire de Gainsbourg. Elle s’attaque donc à « L’hôtel particulier », un extrait de « L’histoire de Melody Nelson », édité en 1971. Sous-estimé à sa sortie, cet elpee est devenu culte depuis. Une œuvre qui nous démontre combien l’homme à tête de chou était en avance sur son temps et puis son art à transcender les genres. Composé il y a près de 40 ans, ce morceau d’une modernité étonnante est magnifié par sa fille et ses cinq musiciens, alors, en véritable état de grâce. On ne pouvait rêver plus bel hommage. La boucle semble donc bouclée. Bien qu’en plein apprentissage de la scène, la belle peut-être fière de l’honneur qu’elle vient de faire à ses parents (« L’histoire de Melody Nelson », sur lequel Jane Birkin chante, a également été porté à l’écran).

Le spectacle se clôture, de façon magistrale, par un festif « Couleur café » repris en chœur par la foule. L’air de ne pas y toucher –tout au long des 90 minutes qui ont passé trop vite– ‘la Gainsbourg’ a parfois flirté avec le sublime. Conquis, le public lui a réservé une ovation bien méritée qui s’est même prolongé bien longtemps après que les lumières ne soient rallumées…

A l’âge de 38 ans, Charlotte Gainsbourg a merveilleusement réussi l’épreuve de la scène. Un pari qui n’était pas gagné d’avance. En outre, elle dispose encore d’une belle marge de progression. Ce qui augure du meilleur encore, pour la suite.  

La manière dont elle mène sa barque suscite le respect. Et pour cause, non seulement ses choix de carrière, tant cinématographiques que musicaux, sont judicieux. En outre, elle est toujours parvenue à s’entourer de collaborateurs compétents (NDR : le Gainbarre pour "Charlotte For Ever" en 86, Air, Jarvis Cocker et Neil Hannon pour "5.55" en 2008, Beck pour "IRM" en 2009). De quoi démontrer, s’il le fallait encore, qu’elle n’est pas que la fille DE… mais aussi une artiste complète. En osant l’exercice du ‘live’, elle vient d’accomplir une étape importante dans sa carrière, pourtant déjà bien remplie.

Charlotte accomplit actuellement une tournée européenne, qui passe, bien sûr par la France ; mais qui reviendra également par la Belgique, puisqu’elle se produira lors du festival des Ardentes de Liège, ce 10 juillet…