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dEUS - 19/03/2026
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Stick To Your Guns

Crowdsurfing, stagediving, headbangings, pogos et circle pits à gogo…

Écrit par

Ce soir, votre serviteur va assister à son premier concert de 2025, une soirée metalcore ponctuée par les vétérans américains du genre, Stick To Your Guns, qui compte 20 ans d’existence. Il a emporté dans ses bagages, plusieurs supporting acts, dont les formations étasuniennes No Cure et Bodysnatcher ainsi que le groupe teuton, Elwood Stray. Presque sold out, la salle est bien remplie et le public plus qu’enthousiaste. Une belle soirée en perspective.

Début des hostilités à 18h45 précise. Originaire de Birmingham, dans l’Alabama, No Cure pratique un mélange de metalcore, de hardcore et de death metal. Fondé en 2021, il réunit le chanteur Blaythe Steuer, le bassiste Jake Murnane (NDR : pour l’anecdote, ils avaient tous les deux étés poignardés, à la fin d’un concert, en intervenant dans une bagarre ; mais les blessures n’étaient que légères), les guitaristes Aesop Mongo et Kyle Ray ainsi que le drummer Duncan Newey.

« Forced Coagulation », une plage extraite du second et dernier elpee, « I Hope I Die Here », paru en 2024, ouvre la prestation. Instantanément, les pogps endiablés et les headbangings se déclenchent dans la fosse. La seslist inclut de nombreux morceaux issus de cet opus, dont le public connaît déjà les paroles.

En perpétuel mouvement, les gratteurs libèrent une bonne dose d’électricité. Lorsque Blaythe ôte sa capuche et ses lunettes, c’est pour faire tourner sa longue crinière et se lancer dans un screaming aux paroles incompréhensibles. Lors du titre final, « No Cure Straight Edge Die Slow Fuck You », de nombreux fans tentent d’escalader les barrières, mais le personnel de sécurité veille au grain. Bonne prestation toute en énergie… (page ‘Artistes’ ici).

Setlist : « Forced Coagulation », « Embrace Death », « Laceration Divine », « Don't Need Your Help », « The Final Truth », « Hang Me From The Bible Belt », « Your Children Will Drown In The Burning River », « The Basement Beneath The Fountain », « Parasite (TWO SHOTS) », « No Cure Straight Edge Die Slow Fuck You ».

Après un changement très rapide de matos, place au combo allemand, Elwood Stray. Et la salle est déjà bien remplie lorsque le quintet grimpe sur le podium.

Le drummer possède une excellente technique. En compagnie du bassiste, il forme une solide section rythmique. Et les deux sixcordistes nous réservent des interventions de haut vol. Les parties de chant clair incitent l’auditoire à reprendre les refrains, en chœur.

La fusion unique de metalcore moderne et de hardcore classique, s’apparente davantage au punk qu’au metal, mais enflamme l’auditoire et la maintient en mouvement. Au fil du show, les circles pits s’agrandissent et occupent pratiquement la moitié de la fosse surchauffée. Drôle de coïncidence, mais le titre « No Cure » figure sur la setlist, une » compo caractérisée par de beaux riffs de guitare rappelant While She Sleeps. « Free Falling » lance l’exercice du plus grand nombre de crowdsurfeurs. L’enthousiasme que génère le groupe n’a d’égal que la timidité du public à effectuer des plongeons depuis l’estrade vers la fosse. Le concert s’achève par le fameux « Uncertain Me », au cours duquel le chanteur invite la foule à s’accroupir avant que tout le monde ne bondisse dans tous les sens. Faut dire que, très interactif, il parle un anglais parfait et focalise facilement l’attention des spectateurs.

Elwood Stray a libéré une telle énergie communicative que la barre a été mise très barre haute pour le reste du concert. Un band qui ne fera pas longtemps les petites salles. A revoir d’urgence… (page ‘Artistes’ )

Setlist : « Misery Business » (Paramore song) (enregistré) », « Evolve », « Playing Along », « Trespass », « No Cure », « Free Falling », « Negative »,  

Bodysnatcher embraie. Un quatuor floridien dont le deathcore est susceptible de vous décoller les tympans. Bruts, sévères et lourds, les morceaux remuent les tripes mais sont d’une clarté très appréciable. Le son qu’offre l’Ancienne Belgique est digne de sa réputation, ce qui met parfaitement en valeur les compositions du combo. Kyle Medina, le chanteur, arpente la scène en secouant la tête dans tous les sens et tente à plusieurs reprises de susciter des crowdsurfings. Mais le public préfère se déchainer dans un pit endiablé. La setlist privilégie des extraits de l’Ep 6 titres, « Vile Conduct », paru l’an dernier.

Bodysnatcher nous a réservé un grand moment de hardcore. Point d’orgue de la prestation, « Murder8 » nous parle de personnes disparues, victimes de la drogue (page ‘Artistes’ ici).

Setlist : « E.D.A. », « Behind The Crowd », « Take Me To Hell », « Infested », « Twelve/Seventeen », « Ego Killer », « Black Of My Eyes », « Murder8 », « Say Goodbye », « King Of The Rats ».

Les trois hors d’œuvre ont réussi à faire monter progressivement l’ambiance. La fosse est bouillante comme un chaudron et est prête à accueillir la tête d’affiche, Stick To Your Guns.

La salle est plongée dans l’obscurité, alors que « Take On Me » de A-Ha est diffusé dans les enceintes. Le tube norvégien cède ensuite le relais aux accords de « Against Them All », composition qui clôture habituellement les concerts du groupe californien. Un contrepied bien senti pour entamer le show. Le band est venu défendre son dernier opus, « Keep Planting Flowers », sorti ce 15 janvier, trois ans après « Spectre ». D’ailleurs la pochette de l’elpee est représentée sur une toile tendue en arrière-plan.

Stick To Your Guns donne tout ce qu’il a dans le ventre pour un public gonflé à bloc. Dans la fosse, c’est stagediving et crowdsurfing à gogo. La salle est quasi-pleine, et la foule, survoltée, ne rate pas une seule occasion de chanter à pleins poumons.  La plage d’ouverture du dernier long playing, « We All Die Anyway », a un petit air de « Hard Time » de Cro Mags.

Au cours du show, un des guitaristes se lance dans un crowdsurfing et l’autre prend le micro des mains du chanteur pour permettre à ce dernier de s’exécuter à son tour.

Lorsque des riffs saccadés créent une belle ligne mélodique, c’est pour mettre en exergue les paroles.   

En fin de set, un illuminé allume un feu de Bengale ou un engin pyrotechnique, qu’importe ; mas il le jette sur le sol et une grosse fumée noire commence à s’élever. Heureusement, le personnel de la sécurité intervient et éteint le foyer. Ce qui a quand même déclenché une grosse panique lors du dernier morceau, « Nobody ».

Au bout de 50 minutes, le concert prend donc fin. Un peu court mais excellent !

Setlist : « Against Them All », « Severed Forever », « Such Pain », « What Choice Did You Give Us ? », « More Than A Witness », « Amber », « We Still Believe », « Invisible Rain », « What Goes Around », « Nothing You Can Do To Me », « Keep Planting Flowers », « We All Die Anyway », « Spineless », « Married To The Noise », « Nobody ».

(Organisation : Live nation et Ancienne Belgique)

Pornographie Exclusive

Trouver la lumière dans les ténèbres…

Vous le savez : dans votre webzine favori, nous traquons sans relâche les nouveaux projets prometteurs avant qu'ils n'explosent. Musiczine a été parmi les premiers à vous parler de Whispering Sons et d'Eosine, pour ne citer que ces deux exemples. Eh bien, aujourd'hui, nous vous présentons une nouvelle pépite : Pornographie Exclusive. Ce projet est un duo, un couple aussi bien sur scène que dans la vie, composé de Séverine Cayron et Jérôme Vandewattyne. Sa musique fait voler en éclats les frontières entre les genres musicaux, en concoctant un mélange alchimique d'influences cold-wave, goth-rock, psyché, darkwave, shoegaze, krautrock, techno et indus, le tout sublimé par une dimension cinématographique. Les deux artistes sont également actifs dans le septième art : Séverine en tant qu'actrice et Jérôme, comme réalisateur (notamment, du film ‘The Belgian Wave’). Et, cerise sur le gâteau, Séverine joue merveilleusement du violoncelle, instillant aux concerts un souffle décidément épique, comme nous avons pu le constater 'de visu', au Café Central, il y a quelques mois. PE est, sans nul doute, l'une des grandes révélations de ces derniers mois en Belgique ; et 2025 sera l'année de son explosion sur la scène internationale. Musiczine a rencontré les deux musiciens, accompagnés par Yannick Franck, du label Antibody, qui produit le premier elpee, éponyme, du duo. L'interview a été organisée par l'émission de radio WAVES.

Merci de nous accorder cette interview ! Ma première question sera très simple. Pourquoi ce patronyme, ‘Pornographie Exclusive’ ?

Jérôme : D'abord parce que ce sont des mots antinomiques. Ils représentent bien la dualité de notre condition humaine. En plus, ça sonne très ‘cold wave’.

Oui : un nom commun plus un adjectif, c'est directement cold wave.

Séverine : Voilà. Ce sont deux mots qui sont sortis de façon un peu aléatoire. On aime bien la langue française, la sonorité des mots, même si on ne chante pas beaucoup en français. On a un faible pour les associations comme ça. On s'est dit : ‘Tiens, ça sonne bien ; c'est très fort.’

C'est presque un oxymore.

Séverine : Exactement. Et ce qui nous amuse, c'est de voir la réaction des gens alors que ce ne sont que des mots, des sonorités.
Jérôme : Les générations plus anciennes vont considérer 'pornographie' comme choquant, alors que pour les plus jeunes, ce sera plutôt...

Le terme 'exclusif', par opposition à 'inclusif' ?

Séverine : Oui, alors qu'on n'exclut personne.

J'avais ressenti le nom comme simplement une expression de votre duo : 'exclusif' vu que vous n'êtes que deux et 'pornographie' dans le sens où vous allez au bout des choses, sans limites.

Jérôme : C'est ça ! On est vraiment nus, l'un en face de l'autre et on ose tout. On est dans notre bulle et, comme tu dis, il n'y a aucune limite.
Séverine : Et en effet, on ne se cantonne pas à un style. On est extrêmement ouverts.

Dans un morceau comme “Cracks”, il y a un côté cold wave, même carrément gothic rock, et aussi un aspect shoegaze. En outre, on identifie une dimension cinématographique. C'est un mélange de dingue, en fait !

Jérôme : Oui, mais ce n'est pas calculé. On part d'une ligne de basse, puis on ajoute une suite d'accords et une envie de texte.
Séverine : Ce qui correspond aussi à un moment particulièrement intense de notre vie, lors d'un voyage à Berlin.

J'ai cru comprendre que l'album avait été composé dans des chambres d'hôtels ?

Séverine : C'est exact. C'était pendant le confinement. On ne pouvait pas sortir ; donc, à Berlin, on est restés confinés. Et comme on se déplace toujours avec notre mini-studio portatif, on a composé et enregistré le morceau dans la chambre de l'hôtel. 

Et c’est le sujet des textes ?

Jérôme : Non, les paroles parlent de la manière dont un être peut être toxique dans une relation ou même avec lui-même. La toxicité ne va pas que dans un sens. On parle toujours des pervers narcissiques, mais, en fait, la toxicité est quelque chose qu'on construit ensemble. Les textes traitent des fissures qui peuvent contaminer l'autre.

Je comprends bien ce point de vue. En fait, suivant l’adage : 'It takes two to tango'. Il faut être deux pour danser le tango. Et la fissure est l'endroit qui laisse passer la lumière...

Jérôme : Mais c'est exactement ça ! Notre projet, c'est précisément de trouver la lumière dans les ténèbres.

C'est le principe de l'alchimie...

Jérôme : Précisément.

J'ai aussi eu un énorme coup de cœur pour le morceau 'Kosmische Liebhaber', 'cosmic lovers' ! Comment est née cette compo et pourquoi l'utilisation de la langue de Goethe ? 

Séverine : On essaye toujours de capter un moment pour écrire et composer. Donc là, je voyageais en train pour me rendre en Suisse et c'était un long trajet. Aussi, comme j'étais en Allemagne, dans cet environnement germanique, j'ai eu envie d'écrire ces paroles pour mon amoureux en allemand. Comme un poème écrit à distance.

Les paroles commencent par ‘Du bist Das Feuer, ich bin der Ozean...’ Et ensuite ?

Séverine : ‘Wir kommen auf die Erde, Um liebe zu verströmenr L'idée, c'est que nous sommes des 'aliens' venus sur terre pour jouir, pour expérimenter la jouissance... C'est un poème sur le pouvoir de l'amour. A ce moment-là, à cause de la crise sanitaire, on avait vraiment l'impression d’appartenir à un autre monde. On se voyait comme deux amants qui viennent d'une autre planète et arrivent sur terre pour apporter de belles choses.
Jérôme : Et c'est ce morceau qui a inspiré le film devant lequel on joue maintenant lors de nos ciné-concerts.

Oui, c'est le long métrage ‘One-Way Ticket to the Other Side’...

Jérôme : Tout à fait ! Et le fil rouge des séquences du film, qui ont été tournées par différents réalisateurs, est représenté par deux personnages, des êtres intemporels qui traversent un monde apocalyptique.
Séverine : Ce sont un peu nos 'alter egos', qui portent des masques de vieillards. On ne sait pas qui ils sont vraiment. Tout est un peu dans un flou artistique. 

Précisons pour les lecteurs que chaque séquence du film correspond à une chanson et que les réalisateurs ne disposaient' que de 100 € de budget par clip.

Séverine : Oui, enfin, en théorie... 

Et ce concept, très intéressant, de jouer devant un écran, en formule ciné-concert, c'est une de vos trouvailles ?

Yannick : L'idée du ciné-concert n'est pas nouvelle. Mais l’originalité de celui-ci, c'est que le film ne préexiste pas, il n’appartient pas au patrimoine. Tout a été commandité et supervisé par le groupe. C'est une démarche tout à fait singulière mais qui lui correspond bien puisqu'ils sont à la fois dans la musique et le cinéma.
Jérôme : On va présenter ce concept le 8 février prochain à l'Espace Magh, à Bruxelles. (NDR : voir le lien en fin d'article).

Ce sera un événement à ne pas manquer ! Parlons maintenant un peu de votre background. Séverine, tu as commencé par un parcours classique.

Séverine : Totalement classique. Mon père est compositeur de musique néoclassique, contemporaine et ma mère est mélomane. J'ai commencé le violoncelle à huit ans et j'ai découvert énormément d'œuvres, que ce soit en solo ou au sein d'un orchestre. Et puis, j'ai arrêté. J'ai décidé de devenir comédienne. J'ai compris que je ne voulais pas continuer le violoncelle professionnellement. J'avais besoin d'un autre moyen d'expression. Donc, j'ai pris une pause dans ma pratique de cet instrument pour le retrouver, plus tard, comme moyen d'arrangement. Et au sein du duo, j'ai vraiment redécouvert le violoncelle.

Et le chant ? 

Séverine : Dans ma carrière, j’ai toujours chanté. Chez Valkø et auparavant, Auryn. C'était plus dans un style pop-rock. Les deux projets ont reçu pas mal de couverture dans les médias. Mais j'avais envie de quelque chose de plus rock, de plus énergique, de plus dansant.

Et de plus alternatif ?

Séverine : Absolument ! Et au sein de Pornographie Exclusive, j'ai tout cela. Et en plus, je rejoue du violoncelle.

Tu peux donc réconcilier le passé et le présent.

Séverine : Oui, et c’est ce qui fait notre différence.

L'idée de ne pas choisir l'un ou l'autre. De mettre tout sur la table et de tout mélanger.

Séverine : C'est venu petit à petit. Par exemple, dans la première version de “Icon”, il n'y avait pas de violoncelle. C'est en répétant, alors que le track était déjà mixé, qu'on a fait évoluer le morceau. D'abord, grâce à un riff de basse de Jérôme et ensuite, j'ai eu l'idée du passage au violoncelle. Et on en a conclu : ‘Mais il est là, le morceau !’

C'est vrai que la compo prend carrément une tout autre dimension à partir de deux minutes.

Séverine : D'habitude, on évite de remanier les morceaux, sinon, on ne sortirait jamais d'album. Mais dans ce cas-ci, on s'est dit qu'il fallait vraiment le retravailler.

Et en live, ce morceau déchire. Au Café Central, en mai dernier, c'était énorme.

Séverine : C'était épique, on va dire... (rires)
Yannick : Ce morceau a mis le feu ! Il y a une envolée lyrique, un souffle puissant.
Jérôme : D'où l'importance d’interpréter les compositions en 'live' avant de les bétonner définitivement.

Pour leur donner l'occasion de se développer ?

Jérôme : Lors du ciné-concert, on a un titre, “From Bridges View”, qui ne figure pas sur l'album. Et il a aussi beaucoup évolué. Au départ, il s’agissait d’une improvisation pour un interlude. Et un jour, alors qu'on tournait pour le film, du côté de Doel, en pleine nuit, un gang est arrivé, et ces types ont commencé à tout péter autour de nous. Après un certain temps, on a préféré partir. Mais plus tard, en regardant les images, on s'est dit qu'on avait filmé un vrai moment de cinéma, de façon imprévue. Conséquence, on a réécrit un dialogue et cet épisode nous a inspiré d'autres idées musicales. Sur cette base, on est reparti tourner d'autres séquences. Finalement, on a obtenu un moment audio-visuel magique.

Et ces morceaux-là, qui ne sont pas sur l'elpee, vous allez les sortir ?

Séverine : Oui ! On en a quatre qui sont déjà mixés. Ce sera un Ep bonus de “One Way Ticket...”

Cool. Grâce à ce film et à ce concept de ciné-concert, vous avez été sélectionnés pour des festivals, notamment en Allemagne, et à Montréal.

Jérôme : En fait, le film est une création en partenariat avec le festival d'Oldenburg organisé par Torsten Neumann et sa femme Deborah Kara Unger, l'actrice de ‘Crash’ de Cronenberg, et de ‘The Game’, de David Fincher. Ils nous ont donné carte blanche. On a donc travaillé en compagnie des réalisateurs liés à ce festival, certains qu'on connaissait, d'autres moins voire, pas du tout. L'idée était de réaliser ce projet en commun et on l'a mené à bien en quatre mois. Notre album constituait la base et ils ont tourné leurs séquences vidéo en s'inspirant de notre musique. 

Et comment avez-vous fait pour coordonner le tout ? Vous avez fourni un cahier des charges ?

Séverine : Non. Le lien est établi par nos deux personnages, les Cosmic Lovers. Jérôme a conçu tous les interludes entre les chansons. Ils présentent deux personnages masqués, qui sont dans une sorte de 'road trip'. Chaque morceau et chaque petit film propose un monde différent. Ce sont les interludes qui constituent le ciment du film et assurent la cohérence de l'ensemble.

Jérôme : C'est vraiment une expérience à vivre en 'live'. Justement, le public aura l’opportunité de découvrir le spectacle le 9 février prochain à 19h30, à l'espace Magh, à Bruxelles. A une certaine époque, à cet endroit, il y avait une boîte de nuit : le ‘Who's Who's Land’.
Séverine : A côté du Manneken-Pis.
Jérôme : C'est dans le cadre du festival 'Court Mais Trash', dont on assure le final. On combinera donc le 'release' de notre album via Antibody avec la première belge de notre spectacle et la clôture du festival.

Maintenant, on va parler de ton background, Jérôme. Ta famille était également très branchée musique, si je ne m’abuse.

Jérôme : Oui. Mon père était DJ amateur. Il passait tous ses week-ends à animer des soirées, principalement à l'Os à Moelle, à Schaerbeek.

Tiens ! Je participe régulièrement à des quiz musicaux dans ce cabaret.

Jérôme : J'ai grandi là-bas. C'est le plus vieux cabaret de Bruxelles. Il avait été créé par Jo Dekmine, du Théâtre 140. Les week-ends, on y passait beaucoup de temps, mon frère et moi. On a créé plusieurs groupes jusqu'à ce qu'on ait le nôtre, VHS from Space. J'ai commencé le solfège à cinq ans, mais j'ai très vite arrêté, car je n'aimais pas le côté académique… rigide. Au départ, je jouais du piano. Mais à douze ans, j'ai eu envie de me consacrer à la guitare électrique, pour jouer du rock'n'roll ou du punk. Ce qui est marrant, c'est qu'aujourd'hui, Séverine me ramène un peu vers la musique classique...

Vous vous êtes fertilisés l'un l'autre...

Jérôme : Oui, on s'est contaminés. Et pour un bien !  

Dans l'autre sens, Séverine, tu as découvert la musique plus 'dark' grâce à Jérôme.

Séverine : On partageait déjà des références. Surtout la BO de 'Lost Highway' de David Lynch. On avait été touchés par la musique, plus que par l'histoire. Ce sera le début de notre intersection musicale. Mais je connaissais quand même déjà des choses plus 'hard' comme Mr Bungle, Fantômas et des groupes comme Cure, les Pixies...

L'album Pornography” de The Cure, sans doute ? Ce n'est pas un hasard, ce mot 'pornographie' ? On suppose qu’il existe une filiation...

Jérôme : Oui, c'est quelque part grâce à l'album de The Cure qu'on a osé insérer le mot 'pornographie' dans notre nom. Mais ce n'était pas un hommage à ce groupe, qu'on aime beaucoup par ailleurs.

Le son de Pornography” est juste énorme. En imaginant un son pareil pour votre musique, ce serait encore plus impressionnant.

Séverine : Oui, on peut imaginer le résultat ! Nous, évidemment, on est totalement en autoproduction. Et puis, j’ai pu concrétiser un rêve, celui de produire un album. J'adore le côté geek / ordinateur / plug-ins, etc.

C'est étonnant. On s'imagine toujours que c'est l'homme qui incarne le geek du groupe.

Jérôme : Dans PE, c'est elle, la 'geekette'... (rires)

Voilà, le néologisme est déposé...

Séverine : Oui, dans notre cas, c'est vraiment mon truc, quoi. C'est mon dada ; je peux vraiment passer des heures à bidouiller...

Donc, vous n'êtes pas allés dans un vrai studio ?

Séverine : Si, pour le mixage. 

Mais vous n'avez pas réenregistré les tracks en studio ?

Séverine : Simplement les cordes pour “Invitation to a Suicide”.
Jérôme : Tout a été entièrement enregistré dans des chambres d'hôtel. Ce qui explique pourquoi c'est de l'électro-rock. Il aurait été impossible d'enregistrer une batterie dans une chambre d'hôtel.
Séverine : Tout est réalisé à l’aide de plug-ins, y compris les amplis, les batteries, et évidemment les synthés.

Justement, au début de Invitation To A Suicide”, une reprise de John Zorn, il y a des plug-ins synthés de dingue ! Ils me font penser à Tangerine Dream, à Popol Vuh... Il y a même des sons de mellotron.

Yannick : C'est très rare, de rencontrer un groupe à l’identité très 'wave' et qui, dans le même temps, est ouvert à une forme de psychédélisme et au côté répétitif du krautrock.
Jérôme : Tu cites Popol Vuh, et bien justement, certains de leurs morceaux ont été repris par Werner Herzog dans ses films. Ce genre de musique confère un élément, une atmosphère 100% cinématographique. C'est à nouveau un signe que l'on refuse les étiquettes. On a juste envie de voyager, de créer des sensations.
Yannick : C'est comme Tangerine Dream, dont la musique figure dans le film “Sorcerer” de Friedkin.
Jérôme : Tout à fait ! L'idée, c'est de ne pas imposer de limites. Et donc, par rapport à mon parcours, à côté de la musique, je fais également du cinéma. Et Séverine est comédienne. Donc, on transite toujours de l'un à l'autre. Le cinéma inspire notre musique et la musique reflète un côté cinématographique.

Pour les lecteurs, on précise que tu as réalisé ‘The Belgian Wave’, dont Yannick a créé la musique. Un long métrage qui a fait grand bruit au cours des derniers mois.

Jérôme : Il a été programmé au cinéma ‘Aventure’, à Bruxelles et, vu le succès, il a été 'prolongé' un nombre incalculable de fois.
Séverine : Si on n’avait pas dit 'stop', il aurait été programmé à l'infini (rires) !
Jérôme : Et juste avant, j'avais réalisé ‘Spit'n'split’, un film qui suivait la tournée de The Experimental Tropic Blues Band.
Yannick : À voir absolument. J'avais invité Jérôme dans l'école où je donne des cours, à l'ESRA à Bruxelles et les étudiants m'en parlent encore aujourd'hui. L'approche de Jérôme les a inspirés. On croit toujours qu'il faut des moyens énormes pour tourner des films. En fait, tu prends un vieux caméscope et tu filmes dans la rue, tout simplement, et tu testes un peu ton rapport au monde. Tu te confrontes à l'acte cinématographique et on voit très vite ce que tu as dans le ventre. On n'a pas besoin d'une tonne de matos, de 'steady-cam', de travellings. Il suffit d’adopter la méthode de Jérôme : réaliser un film à l'aide d'un appareil photo cassé.
Séverine : Et un objectif de caméra de surveillance...

A propos, le groupe existe encore ?

Séverine : Oui ! Il va sortir un nouvel album. On travaille un peu comme eux. On a aussi cette envie de DIY (Do it yourself) ... Être mobiles et surtout libres !
Jérôme : Faire les choses passionnément, sans avoir quelqu'un au-dessus de toi pour te donner des directives. Comme l'a dit Yannick : c'est là où on voit ce que tu as dans les tripes. C’est pourquoi j'adore les premiers films des réalisateurs. Quand ils sont débutants, ces films sont plus touchants et plus profonds. Par la suite, ils deviennent plus formatés. Par exemple, je joue sur une basse à 60€. Une basse chinoise.

Et pourtant, elle sonne super bien !

Jérôme : Le son, c'est surtout dans les doigts...
Séverine : Et dans l'intention. En ce qui concerne mon violoncelle, c'est différent. Pour qu'un violoncelle sonne, il doit être bon. Le mien, ça fait plus de 20 ans que je l'ai. On ne peut pas tricher. Il faut de la bonne qualité sinon ça sonne comme une casserole... On a également une bonne carte son. Les préamps sont bons. C'est une petite interface RME, mais elle donne de très bons résultats. On a enfin un micro-chant qui n'est pas cher, mais d'un niveau assez élevé : un Audio-Technica AT 2035. C'est un micro que Billie Eilish utilisait lors de ses premiers enregistrements, donc...
Jérôme : Il coûte environ 180 €, ce qui est très abordable. En blind test, il est comparable à un Neumann U87 à plus de 2 000 boules.
Séverine : Voilà, donc, en termes de qualité-prix, on a quand même du bon matos. Et puis, on a surtout un large spectre de ressources, car si Jérôme maîtrise la guitare, la basse, le chant et les claviers, je joue du violoncelle, du clavier et je chante. C'est une large palette !

Et ta guitare, Jérôme, a un son qui peut se révéler 'métal', un peu 'hard', mais souvent aussi très clean. Dans le genre des Shadows ou de certaines musiques de film. Elle sonne presque comme un glockenspiel.
Jérôme :
Mon éducation y est sans doute pour quelque chose. Mon père jouait dans un groupe de reprises des Shadows...

J'ai tapé dans le mille, apparemment...

Jérôme : Ce qui nous plaisait dans la soundtrack de “Lost Highway”, c'est la diversité. Lynch et Trent Reznor ont prouvé qu'il était possible de créer des BO comprenant aussi bien du Lou Reed ou du Marylin Manson, que du free jazz ou de la musique cubaine. Et je vois une cohérence dans tout cela. On adore écouter énormément de musiques, se nourrir des plus variées. Et après, on assimile le tout pour élaborer notre propre son.

Dans la palette, on a évoqué le côté classique et cold wave, mais il y a aussi la face Nine Inch Nails.

Jérôme : Oui, 'indus'. Trent Reznor est un grand monsieur. Je me réjouis de savoir qu’un gars pareil pouvait décrocher un Oscar pour la meilleure BO. Et tout en restant intègre. Il a même fait du Pixar ! Par exemple, la soundtrack du film ‘Soul’.

Oui ! Ce film est extraordinaire. Un pur chef-d'œuvre !

Yannick : Il y a aussi Lustmord, qui compose également des BO de films hollywoodiens.

J'aimerais qu'on aborde maintenant pour sujet, la reprise, que vous avez réalisée, de “Invitation To A Suicide”, de John Zorn.

Séverine : C'est un morceau tiré de la BO du film qui porte le même nom.

Ce qui m'a frappé, c'est le riff de guitare. Il me rappelle “Tubular Bells”, de Mike Oldfield, dans la BO de ‘L'Exorciste’. Il y a vraiment des dizaines de musiques de films qui sont basées sur...

Séverine : ...sur des ritournelles...
Yannick :  ...et des signatures rythmiques bizarres.
Séverine : On s'est un peu cassé la tête pour concrétiser ce projet.
Jérôme : On avait envie d'être prisonnier d'une mélodie-ritournelle comme celle-là, pour essayer de la comprendre, de la maîtriser, de la dompter. Donc, même quand la signature rythmique change, on essaie de conserver un beat...

Oui, le beat de la boîte à rythmes reste identique et il y a un décalage mais à la fin du cycle, il se récupère.

Jérôme : En effet. La ritournelle possède un côté mécanique et on voulait que les gens puissent continuer à danser dessus, à suivre le beat. C'est ainsi qu'on s'est approprié le titre. Au départ, c'était juste un exercice de style, mais à la fin, on en a conclu que le morceau méritait parfaitement sa place dans l'album. Et puis, Yannick nous a rappelé qu'il fallait qu'on ait l'autorisation pour sortir cette reprise. Et il a réussi à contacter John Zorn...
Yannick : En fait, je connaissais Martin Bisi, qui s'occupe du BC Studio, à New-York. Un studio culte où ont été enregistrés des albums célèbres de Sonic Youth, de Herbie Hancock, comme par exemple, le fameux “Rock It”. Pour la petite anecdote, un jour, je me retrouve dans ce studio, qui est situé dans le quartier Gowanus, à Brooklyn, et je vois des 'reel-to-reels', des bobines, qui trainent par terre dans des caisses. Je demande ce que c'est et on me répond que ce sont des impros de John Zorn. Plus tard, j'ai fait le lien et j'ai donc tout de suite demandé à Martin les coordonnées de John Zorn. Cinq minutes plus tard, il m'envoie l'adresse e-mail privée du réalisateur, lequel a répondu très vite à mon message, en écrivant : ‘Votre reprise est très belle, vous avez ma bénédiction. Envoyez-moi des exemplaires du disque quand il sort...’
Séverine :
C'était énorme de recevoir sa bénédiction.
Yannick : Séverine et Jérôme peuvent être fiers d'avoir été adoubés de cette manière par le Maître. Parce qu'il doit en recevoir beaucoup, des demandes de ce genre. Et c'est d'autant plus remarquable, que la composition originale a quand même été profondément retravaillée, dans un style plus alternatif.
Séverine : Si on avait juste reçu son accord, sans jugement positif sur le morceau, on aurait déjà été contents. Mais là, on ne s'attendait vraiment pas à un retour aussi chaleureux.
Yannick : C'est allé très vite et c'était très enthousiaste.
Séverine : On avait un peu peur parce qu'on avait quand même adopté un son très techno-psyché, basé sur un gros beat et des grosses montées de synthés.
Jérôme : Mais, vers la fin, les violoncelles reviennent et apportent une certaine douceur. Et puis, de toute façon, n'oublions pas que John Zorn, c'est aussi “Funny Games”. Il est aussi lié à Mike Patton, de Faith No More. Il représente une forme de liberté musicale qui nous correspond bien. Donc, nous semblait logique d’inclure la reprise sur l'album. Tout en démontrant aussi qu'on n'est pas seulement dans la cold wave...

L'opus est très varié ! On peut aussi épingler “Electric Blue” et le morceau chanté en français...

Séverine : “Pire que la Douleur”...
Yannick : C'est pour cette raison qu’il est sur Antibody. Ce n'est pas un label orthodoxe. Quand on sort de la cold wave, c'est de la cold wave produite par un Libanais ou un Marocain, des mélodies levantines et un mix de beaucoup d'influences. Ce n'est pas un label de puriste, au contraire. Donc, j'ai une certaine fierté de sortir l'album de PE. Comme on est amis, on s'est posé la question de savoir si c'était le bon choix. Et finalement, il s'avère que c'est le bon endroit, précisément parce que le projet est inclassable et dispose d'une véritable singularité. En parfaite adéquation avec leur nature en tant qu'êtres humains et qu'artistes.
Jérôme : Et c'est la même chose pour nous, dans l'autre sens. Il était judicieux de le sortir sur le label de Yannick et on est vraiment très fiers. Ça symbolise vraiment beaucoup pour nous.

D'autant plus que vous partagez aussi la passion du cinéma.

Jérôme : Tu sais, nous, on était prêts à le sortir seul, en mode indé et puis on l'a envoyé à Yannick et c'est tombé dans les oubliettes.
Séverine : Pendant un mois ou deux, pas de nouvelles... (rires)
Yannick : Je procède toujours de cette manière…
Jérôme : Vu qu'on est amis, on n'osait pas le relancer, en se disant que peut-être, il était gêné de nous avouer qu'il n'aimait pas. Et puis, mon téléphone a sonné. Il a déclaré : ‘Mais c'est incroyable ! Vous ne voulez pas le sortir sur Antibody ?’ On en a conclu que l’idée était géniale ! Et voilà, maintenant, on a ce côté 'team' et c'est hyper important aujourd'hui de se serrer les coudes. Donc, Yannick, je te renvoie la fierté que tu ressens. On est vraiment ravis d'être dans un label indépendant comme Antibody. C'est hyper important pour nous.
Séverine : C'est une forme de résistance.
Yannick : Dans un monde corrompu à ce point, il faut placer le cœur au centre de tout. La corruption des consciences est telle que si tu ne traces pas ton parcours avec des liens humains, qui ont du sens, ça ne vaut même pas la peine.
Jérôme : Le sang et le sens...

Voilà. Merci beaucoup pour l'interview ! C'était super et on vous souhaite beaucoup de chance. En tout cas, en ce qui me concerne, je connais déjà mon album préféré de 2025 dans la catégorie des productions belges.

Jérôme & Séverine : Merci beaucoup !

Pour écouter l'interview en podcast de l'émission WAVES (avec, en bonus, les sélections de PE), c'est ici.

Pour écouter et acheter l'album de PE, c'est .

Pour acheter les tickets pour le ciné-concert du 9 février à l'Espace Magh, à Bruxelles, c'est encore ici

Crédit photo : Olivier Donnet (Facebook et Instagram)

Les Tops de l’année 2024

Écrit par

Vous trouverez ci-dessous les différents ‘Tops’ confectionnés par les différents collaborateurs de Musiczine. Au fil des semaines et jusque fin janvier, ce bilan s’enrichira des avis de celles et ceux (rédacteurs et photographes) qui ne se sont pas encore prononcés à ce sujet

L’émission Inaudible du 8 janvier 2025 sera consacrée aux albums qu’elle a plébiscités pour l’année 2024.

RQC - 95 FM - DAB + 12 B - Radioplayer - www.rqc.be - podcasts : ACAST - Spotify - Deezer

(Facebook Inaudible)

En attendant, toute l’équipe vous présente ses meilleurs vœux musicaux pour l’année 2024.

 

Sébastien Leclercq

Top 5 concerts

(A band called) E  -Witloof bar Bruxelles

Viagra boys - InMusic Zagreb

Amyl and The Sniffers - Ancienne Belgique Bruxelles

Einstürzende Neubauten - De Roma Antwerpen

Fontaines DC - 3Arena Dublin

Top 10 albums

Amyl and the Sniffers - Cartoon Darkness

Arab Strap - I'm Totally Fine With It Don't Give a Fuck Anymore

Nick Cave & the Bad Seeds - Wild God

Yard Act - Where's My Utopia ?

Françoiz Breut - Vif !

Kim Deal - Nobody Loves You More

Porridge Radio - Clouds in the Sky They Will Always Be There for Me

St. Vincent - All Born Screaming

Crack cloud - Red Mile

Dominique A - Quelques lumières

 

Philippe Bauwens (Blackmarquis)

Top 30 albums

1. John Maus - Rarities For The Road (v1 & 2)

2. And Also The Trees - Mother-of-Pearl Moon

3. Beth Gibbons - Lives Outgrown

4. Chelsea Wolfe - She Reaches Out To She Reaches Out To She

5. Сруб (Srub) - Дни урожая (Days of Harvest)

6. The Cure - Songs of A Lost World

7. Kim Gordon - The Collective

8. Zanias - Ecdysis

9. The Chameleons - Tomorrow Remember Yesterday

10. Sylvaine - Eg Er Framand

11. Fontaines D.C. - Romance

12. Idles - Tangk

13. Eivør - Enn

14. Regan & Bricheno - Apparitions

15. Houses of Heaven - Within/Without
 
16. Sacred Skin - Born in Fire

17. Legowelt - A Field Guide to the Void

18. Lescop - Rêve Parti

19. Trent Reznor & Atticus Ross - Challengers (BO)

20. Gesaffelstein - Gamma

21. Broadcast - Spell Blanket (Collected Demos)

22. Molchat Doma - Belaya Polosa

23. The Radicant - We Ascend

24. Einstürzende Neubauten - Rampen

25. Nick Cave - Wild God

26. Underworld - Strawberry Hotel

27. MGMT - Loss of Life

28. TR/ST - Performance

29. Red Lorry Yellow Lorry - Driving Black

30. Alcest - Les Chants de l'Aurore

Top Albums/Eps Belgique

1. Catherine Graindorge - Songs for the Dead

2. Whispering Sons - The Great Calm

3. Eosine - Liminal

4. Double Darkness - City Scars

5. Der Mord - Northern Skies

6. Marc De Backer (Mongolito) - Self-Destruction

7. Ultra Sunn - Us

8. Thot - Delta

9. Moyen - MOYEN : Laurent1980

10. Aziza - Haouaz Gun EP

11. Turquoise - Avant Demain

12. The Names - Volume

13. Warhaus - Karaoke Moon

14. Sylvie Kreusch - Comic Trip

15. Mélanie Isaac - En Attendant Nico

M-xcloud Waves

 

Didier Deroissart

Top 10 concerts 2024 (groupes et artistes internationaux)

Soweto Gospel Choir - Cirque Royal - 23/11/2024

The Last Dinner Party - Cirque Royal - 28/10/2024

Seasick Steve - Ancienne Belgique - 23/10/2024

Joe Jackson - Cirque Royal - 22/09/2024

BlackBerry Smoke - Ancienne Belgique - 15/09/2024

Lauren Daigle - Ancienne Belgique - 08/07/2024

Billy Talent-Ancienne - Belgique - 03/06/2024

Elbow - Cirque Royal - 10/09/2024

MC Solaar - Ancienne Belgique - 25/04/2024

Hollow Coves - Ancienne Belgique - 13/04/2024

Top 5 Concerts (groupes et artistes belges)

Julie Rains - Théâtre Marni - 13/09/2024

Portland - Cirque Royal - 14/11/2024

Puggy - Ancienne Belgique - 28/09/2024

Ada Oda - AB Club - 14/02/2024

Mingawash - La Verrerie - 05/09/2024

Top 5 Albums 2024 :

Julien Doré - Imposteur

Angus & Julia Stone - Cape Forestier

The Black Keys - Ohio Players

Joe BeL- Family Tree

Liam Gallagher & John Squire - Liam Gallagher & John Squire

 

Ludovic Vandenweghege

Top 5 concerts

Sprints - L’Aéro Club Lille (FR)

Crows - L’Aéro Club f Lille (FR)

The Smile - Forest National (BE)

Slowdive - L’Aéronef Lille (FR)

Folly Group - Les Nuits Botanique (BE)

Top 10 albums

Girl and Girl - Call A Doctor

DEADLETTER - Hysterical Strength

Bibi Club - Feu de garde

The Smile - Cutouts

Crows - Reason Enough

SPRINTS - Letter to Self

Fontaines D.C. - Romance

Bright Eyes - Five Dive, All Threes

The Cure - Songs Of A Lost World

Morgan Harper-Jones - Up To the Glas

 

Guy Dagnies

Top albums 2024

Painted Vein - Dripping Only Black - 15/11/2024

Darksoft – Relativism - 31/05/2024

Mo Dotti - Opaque - 20/09/2024

Ghost Frog - Galactic Mini Golf - 5/11/2024

Sun Mahshene - A Place We've Never Been - 23/08/2024

A Shoreline Dream - Whitelined - 19/007/2024

Purs - Surr - 17/07/2024

So Totally - Double Your Relaxation - 17/05/2024

Supercaan - A Tiger Walks The Streets - 04/2024

Third Sound - Most Perfect Solitude – 26/04/2024

Deadletter - Hysterical Strengh - 13/09/2024

Crows - Reason Enough - 27/09/2024

Fontaine DC - Romance - 23/08/2024

Black Doldrums - In Limerence - 18/10/2024

Diffident Daffodils - Indifferent - 6/12/2024

 

Romain Ballez

Top 10 albums

 Julie Christmas - Ridiculous And Full Of Blood

 Dvne - Voidkind

 Múr - Múr

 Oranssi Pazuzu - Muuntautuja

 Ulcerate - Cutting The Throat Of God

Chat Pile - Cool World

Chelsea Wolfe - She Reaches Out To She Reaches Out To She

Insect Ark - Raw Blood Singing

Hippotraktor - Stasis

Thou - Umbilical

Top 10 concerts

Julie Christmas - Hellfest

The Ocean - Pelagic Fest

Botch - Botanique

Amenra - Paradiso

Opeth - 13 Poppodium Tilburg

Pothamus - Motocultor

Barones - Motocultor

Five The Hierophant - Soulcrusher

Russian Circles - Desertfest Antwerp

Chelsea Wolfe - Trix

 

Bernard Roisin

Top 10 albums

The Black Keys - Ohio Players

Kim Deal - Nobody Loves You More

Kaiser Chiefs - Kaiser Chiefs' Easy Eighth Album

Richard Hadley - In This City They Call You Love

Grandaddy – Blue Wav

J Mascis - What Do We Do Now

The Smile – Wall of eyes

Jesus And Mary Chain – Glasgow Eyes

Primal Scream - Come Ahead

St. Vincent - All Born Screaming

 

Bernard Dagnies

Top 25 albums

Deadletter - Hysterical Strengh - 13/09/2024

Crows - Reason Enough - 27/09/2024

Bibi Club - Feu de garde

Feeling Figures - Everything Around You

Wishy - Triple Seven

Gift - Illuminator

Jack White - No name

Thus Love - All plesure

Trauma Ray - Chameleon

Clarence - Smudge

Third Sound - Most perfect solitude

Bodega Our brand could be yr life

Omni - Souvenir 

Black Market Karma - Wobble

Topsy Turvy - Butt sore

Black Doldrums - In limerence

Orbiter - Distorted folklore

High Vis - Guided tour

Helluvah - Fire Architecture

Bryan’s Magic Tears - Smoke and mirrors

Fontaines DC - Romance

Silverbacks - Easy Being A Winner

The Jesus and Mary Chain - Glasgow Eyes

And Also The Trees - Mother-of-Pearl Moon

JuJu - Apocalypse Is God’s Spoiler

Top 5 albums Belgique

Delwood - Dis-location

Dead High Wire - Wasteland shadows

Green Crow Collective - Hard drive error

Lovelorn Dolls - Deadtime stories

Itches - Two flies in one clap

Top 3 Concerts

Sprints - Aéronef, Lille

Crows - Aéronef, Lille

Slowdive - Aéronef, Lille

 

Et pour la rédaction néerlandophone, c'est ici

 

Front 242

Clap de fin pour un groupe mythique…

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Annoncées un an à l’avance, et sold-out en 10 minutes, les trois soirées d’adieu à l’un des plus grands groupes belges (et sans doute le plus mythique) ont donc été programmés à l’Ancienne Belgique, ces 23, 24 et 25 janvier 2025. Logiquement, car c’est le fief du quatuor bruxellois qui y a notamment fêté ses 40 ans d’existence, en juillet 2022. Refusant également de se produire dans des salles plus grandes. Récit de la première de ces trois concerts d’adieu, empreints de bonne humeur mais aussi d’une émotion sincère, tant dans le public qu’au sein des membres de la formation.

La soirée débute très tôt pour la poignée de journalistes invitée par l’AB, et son nouveau partenaire, la brasserie Haacht. Au menu, une visite des coulisses de l’AB, un bref historique, des anecdotes et une rencontre des deux CEO. Le nouveau partenaire louvaniste semble avoir été préféré à l’ancien géant AB Inbev, vu son ancrage local (NDR : la brasserie n’est qu’à 22 km du centre bruxellois, sur la route vers Louvain) et d’autre part, ses valeurs. Ainsi qu’une volonté de disposer d’un ‘music café’ (Haacht en possède déjà deux, liés à sa marque, à Gand et Maastricht). L’AB café, après avoir connu différentes réorganisations, va donc rouvrir prochainement, doté d’une terrasse et d’un rooftop. Un lien plus proche de la salle et des heures d’ouverture plus longues sont dans le pipeline. On y apprend également que soixante personnes (dont 14 rien que pour la sécurité) seront réquisitionnées chaque soir de concert. Ou le déploiement d’une nouvelle logistique dont quatre grosses cuves d’une capacité de 4.000 litres de bières (prévus pour les 3 jours, les chiffres s’élevant à 1.400 litres lors d’un concert de métal). Le début des festivités, pour les hôtes, s’ouvre par une dégustation. A côté de sa marque phare Primus, la brasserie a développé sa gamme Super 8 (NDR : lisez ‘Acht’ en néerlandais, un jeu de mot(s) avec Haacht), dont une blanche au goût un peu épicé qui devrait plaire à notre rédacteur en chef.

Mais transitons de l’aspect marketing au côté musical. En ayant conscience que Front 242 s’est sans doute aussi bien exporté que les bières belges. Une notoriété noir-jaune-rouge jamais égalée. Que ce soit aux USA, en Amérique du Sud, en Allemagne ou encore dans les pays de l’Est. Et ce, sans compromission auprès des labels majors. Une forme d’intégrité jamais prise en défaut. Tout en devenant le fer de lance de l’EBM (NDR : l’Electro Body Music et un breuvage issu des anciens fûts de punk et post-punk ; un brassage précurseur, du début des 80’s, de la new-wave, de l’indus, de l’électro et même plus tard de la techno sous son aspect le plus dansant). Ajoutez-y une image et un graphisme imaginés par des membres du combo (professionnels dans le domaine, davantage que dans la musique encore). Ou encore un look (uniformes militaires) et un patronyme sulfureux qui leur a prêté à tort, un lien avec l’extrême-droite (Joy Division, New Order ou plus récemment les Slovènes de Laibach ont également provoqué des réactions similaires, mais ils les ont démenties formellement). Un marketing, tout comme une présence scénique au cours de concerts réguliers mais sans outrance. Ce qui explique pourquoi, il n’est jamais tombé dans l’oubli. Et ce, malgré le peu d’elpees sortis, et l’absence de nouvelles actualités musicales depuis plus de 30 ans. Ce qui permet d’affirmer que Front 242 est et restera un groupe mythique.

Dès 21h, le décor sombre et sobre est planté : deux micros au centre, une mini-batterie à gauche, le clavier à droite. Le logo sur le fond d’écran, le public vêtu de noir et/ou dont les fringues arborent l’effigie du band (encore que le noyau dur se retrouve rapidement torse-nu).

Une vidéo digne d’Anton Corbijn (qui a notamment contribué au succès de la formation grâce à son clip consacré à « Headhunter »), défile. On y voit les musicos sur une plage déserte du littoral belge s’avancer vers le public.  Et l’ambiance démarre au quart de tour dès le tube « W.Y.H.I.W.Y.G » auquel s’enchaînent, sans temps mort, des titres phares comme « Moldavia », « Body to Body », « Don't Crash », « U-Men » ou encore « No Shuffle », dont le final déclenche un premier moment de grande émotion. Pendant une bonne minute les musiciens interrompent le show et se penchent vers la foule pour recevoir les ovations. Comme d’habitude Jean-Luc reste en retrait mais ne semble pas moins touché par ces marques de reconnaissance. Alors, davantage en avant, il remercie le public dans toutes les langues.

Le concert repart de plus belle par « Soul manager » puis, entre autres, « Funkahdafi », « Tragedy for you » ou encore « Welcome to paradise » avant un court rappel. Lors du retour sur les planches, le public hurle à nouveau sa joie, et c’est le judicieux « Happiness » puis l’inévitable « Headhunter » qui ponctuent le set. Caractérisé par ce refrain repris en chœur par l’auditoire ‘One, you lock the target. Two, you bait the line. Three, you slowly spread the net. And four, you catch the man’, ce véritable hymne aurait sa place dans un grand stade de foot, comme l’a été le « Seven Nation » de White Stripes.

Il fallait s’y attendre la soirée a été intense, le show en forme de best-of, sans répit, comme si Front 242 voulait optimiser les 90 minutes accordées par l’organisation (NDR : les concerts à l’AB doivent toujours se terminer, au plus tard, à 22h30). Cependant, on imagine que l’ambiance montera encore d’un cran lors des deux dernières soirées (surtout celle du samedi). La date de ce soir ne s’était ajoutée que par la suite. Et alors que les plus grands fans, via une prévente prioritaire, s’étaient déjà rués sur les tickets du vendredi et samedi.

Pour être complet, il convient d’ajouter que Daniel Myer assurait le supporting act. Producteur, l’Allemand a notamment remixé Front 242, Depeche Mode, Covenant et plus récemment Eisbrecher. Sans oublier Front Line Assembly en compagnie duquel il a tourné. Tout comme Skinny Puppy ou Nitzer Ebb, d’autres figures du genre dont il a assuré la première partie. Seul sur le podium il a chauffé la salle, guère avare de commentaires et d’anecdotes sur son long parcours, accompli depuis la Hongrie vers l’Allemagne, en épinglant, notamment, l’achat de sa première cassette audio, « Some great reward » de Depeche Mode.

Photos Kristof Acke ici

(Organisation : Ancienne Belgique)

Mustii

The Maze

Écrit par

Agé seulement de 34 ans, Mustii traîne déjà une belle carrière derrière lui, multipliant les rôles au cinéma, au théâtre et dans les séries télévisées.

Après avoir rencontré un joli succès d’estime et critique lors d’un premier essai à dominante électro-pop, intitulé « 21st Century Boy », l’artiste s’est ensuite enveloppé dans un son plus électrique confortable tout au long d’« It’s Happening Now », un opus tramé sur fond de drame familial.

Trois ans plus tard, il revient en force en gravant un troisième opus sauvage, brut de décoffrage, mais d’une indéniable qualité.

Nettement plus torturé aussi, « The Maze » constitue le fruit d'un parcours initiatique long et difficile, induit par l’échec cuisant de sa prestation réalisée dans le cadre de l’Eurovision de la chanson, en 2024, au cours duquel il avait interprété « Before The Party’s Over »

Véritable laboratoire musical, cet LP serpente au sein du labyrinthe de la vie du jeune homme, empruntant au passage des directions artistiques très éclectiques entre post-punk, glam rock, pop ou encore électro.

Le pari est osé, mais globalement réussi, Mustii évitant le cloisonnement stylistique.

Il y a aussi ces références aux années 80 et notamment à Pet Shop Boys et Culture Club, Thomas assumant aujourd’hui pleinement son genre ‘queer’, depuis son adhésion à la communauté LGBTQIA+, il y a quelques années déjà.

Thomas Mustin, à l’état-civil, signe ici son œuvre la plus personnelle. Il y parle de lui-même, sans fard, tout en soulevant ses zones d’ombre, ses excès et ses addictions ; une soirée de fête qui n’en finit pas, de la pré-party à l’afterparty, servant de fil conducteur.

 

« The Maze » est énigmatique, sulfureux et d’une richesse musicale et artistique à couper le souffle. Un album clair-obscur, qui réussit le grand-écart entre l’amour, la colère (« Silly Boys ») ou encore la solitude (« Massive Love Infection »).

Si Mustii s’est préparé un terreau fertile pour le live, la scène constituant sa véritable vocation, il affiche fièrement une posture de dramaturge qu’on lui connaît fort bien. Pour le meilleur, pas pour le pire.

Et si la nuit est bien présente, le côté solaire l’emporte… toujours !

 

 

Meimuna

L’importance du calme, du silence et de l’introspection…

Écrit par

Si Meimuna est un genre d'insectes hémiptères de la sous-famille des Cicadinae (famille des Cicadidae, les cigales), c’est également le patronyme de Cyrielle Formaz, un choix destiné à illustrer au mieux le courant musical dans lequel elle se distingue aujourd’hui.

Après cinq Eps très remarqués, elle nous propose « C’est demain que je meurs », un premier album découpé en 10 chansons qui inspirent et s’inspirent de la vie de la jeune femme. Mais, pas que !

Alors qu’elle revient d’une tournée en Autriche et Allemagne, la jeune dame se livre à une interview d’une authenticité rare.

L’artiste y aborde son ouvrage ambitieux entre réconfort et douceur, depuis sa Suisse natale, mais tout en restant loin des diktats commerciaux de la société consumériste qui l’entoure.

Cyrielle, tu as opté délibérément pour le patronyme ‘Meimuna’, référence à cette cigale qui symbolise la renaissance ou encore la métamorphose dans de nombreuses cultures. J’imagine que cet idiome en dit long sur ton parcours de vie, de femme et d’artiste ?

Oui, effectivement, j’ai choisi ce pseudo en 2017. J’aime beaucoup cette symbolique portée par de nombreuses cultures différentes. La renaissance et la métamorphose reviennent souvent, effectivement. Cette cigale peut passer jusque 25 ans sous terre, à l’état de larve, pour ensuite sortir de terre et mourir en fin de journée.

Après 5 Eps, tu proposes un long playing étrangement intitulé « C’est demain que je meurs ». Et contrairement à ce que laisse sous-entendre ce titre, il célèbre le renouveau. Un paradoxe entre l’onirisme d’un rêve et la difficulté d’une vie qui mérite d’être vécue ?

Il s’agit d’un album qui parle clairement de la fin du monde. Ou plutôt de la fin des mondes. Cette chanson, en particulier, aborde pour thématique la fin de notre monde physique, affichant en filigrane une notion écologique. Les autres traitent d’autres types de fin, comme celle de l’enfance ou d’une relation au sens large du terme. Si le deuil est effectivement présent de manière protéiforme, cet album célèbre avant tout la renaissance, l’espoir et la réconciliation. Je souhaitais avant tout une direction lumineuse, pas du tout déprimante. Nous vivons suffisamment dans une société anxiogène et inquiétante. Moi-même, je suis très angoissée face au quotidien. En tant que musicienne, je me dois d’amener de la douceur, de l’espoir et du réconfort. Partant, je crois que l’objectif est atteint.

Un opus confectionné en compagnie d’une équipe hors du commun : Ella van der Woude, Randal Dunn au mix et Heba Kadry au mastering. Comment se sont déroulées ces rencontres ?

Randal Dunn et Heba Kadry sont deux techniciens qui n’ont pas du tout influé sur les choix artistiques. J’ai collaboré étroitement avec Ella van der Woude, une compositrice de musiques de film. Elle a habité durant quelques années à côté de mon domicile, et plus exactement à Sion, dans le canton du Valais, en Suisse. C’était une amie. On se voyait tous les jours pour faire de la musique. Je lui ai demandé de produire l’album, d’écrire les arrangements et de lui donner une couleur. L’écriture des chansons me revient. Ella m’a surtout aidée à fournir une texture aux chansons, à leur conférer une ambiance singulière. Travailler avec une personne qui bosse dans le milieu des musiques de film permet de transmettre, évidemment, une couleur cinématographique. Il était important pour moi de communiquer aux morceaux un coté sensoriel où l’imaginaire prend le dessus. C’était une coopération importante à mon sens car, comme j’ai réalisé mes Eps précédents, on rentre vite dans des automatismes. Cette grande dame m’a permis de sortir de la routine.

Un disque au cours duquel, tu te mets à nu, en proposant des textes personnels et introspectifs. L’intime est-il politique et doit-il être dévoilé ?

Je m’interroge beaucoup sur le positionnement politique. Est-ce que l’intime est politique ? Je le pense, oui ! Proposer de la musique calme, douce ou de niche et amener du silence dans notre quotidien grâce à des textes poétiques et introspectifs, est aujourd’hui une forme de posture et d’engagement qui va à contre-courant de ce dont on nous bombarde au quotidien. Il n’y a plus jamais de silence, de temps de réflexion ou de calme. Ça bouge tout le temps. Il suffit de regarder les informations, elles pullulent sans arrêt. La musique n’a de sens à mon égard que si elle est construite par des musiciens et avec des instruments organiques. En ‘live’, j’aime m’en entourer. Soit l’antithèse de ce que l’on constate le plus souvent sur les scènes musicales rivées à tous ces samples et musiques électroniques. Ce n’est ni une critique, ni un regret ; ce type de musique a une raison d’exister au même titre que n’importe quelle autre. Mais personnellement, je préfère de loin m’entourer de vraies personnes et de vrais instruments. Ce qui se traduit par plein d’aspects dans ce projet. J’aime aussi réaliser des choses à la main qui prennent du temps et exigent de l’application et du soin comme des dessins animés. C’est une forme d’engagement que j’aimerais défendre. Aujourd’hui, il faut reprendre du temps, accueillir du calme, du silence et de l’introspection au quotidien. C’est important !

Au risque de connaître cet effet pervers d’être perçue comme autocentrée…

L’album est hyper autocentré, c’est vrai. Mais ce sont des chansons qui parlent de moi et c’est ce que je sais faire de mieux ! Aborder d’autres sujet me cataloguerait comme impostrice, car je manquerais d’honnêteté. Je crois que dans l’intime, il y a quelque chose de très universel. On est toutes et tous traversés par les mêmes questions, les mêmes blessures avec différentes forces et des niveaux inégaux. A la fin des concerts, les gens viennent parfois me voir car ils se sont identifiés aux textes. Même si l’album est autocentré, il entre en résonnance avec le public.

Un album en français, à l’exception d’une petite incursion dans la langue de Shakespeare sur l’angélique « Lullaby for a satellite ». Pourquoi cette parenthèse inattendue ?

Elle est dédiée à mon chat et m’est très vite apparue, car je souhaitais qu’elle prenne une dimension universelle. Au début, je rencontrais des difficultés face à ce choix particulier. Je ne l’assumais pas. Une manière parmi tant d’autres de me cacher peut-être. C’est une berceuse, elle réconforte. C’est un animal qui sort beaucoup. Je ne compte plus les blessures qu’il s’est infligées, ni le nombre de fois où je l’ai amené chez le vétérinaire. Et quid de ses tentatives de suicides avortés ? Je lui conseille de rester à la maison, que tout va bien se passer en prenant soin de lui. Une chanson facilement exportable en réalité chez n’importe quel animal ou être humain parce que simplement écrite et facile à comprendre. Mais, je ne suis pas convaincue de réitérer l’opération, sous cette forme en tout cas, car l’anglais est une langue que je maîtrise un peu moins.

J’ai beaucoup aimé « Eve V. (battre des records) », un vibrant hommage rendu à une figure du show business des années 80 et 90, Lolo Ferrari, morte sans avoir jamais existé, malgré une vie passée sous les projecteurs. Alors que son décès date de près d’un quart de siècle, puisqu’elle est décédée en 2000, il faut admettre qu’aujourd’hui, la souffrance et les désillusions restent fort présentes. Quel est ton regard face à cette (sous)évolution sociétale ?

Lorsque Eve Vallois est décédée, j’avais 6 ans. A la maison, nous avions un livre de caricatures. Je me souviens aussi vaguement d’images diffusées à la tv de cette bimbo. Lolo Ferrari paraissait pathétique, à cause, notamment, de son énorme poitrine qui lui a d’ailleurs valu une mention dans le livre des records. On en riait beaucoup. Une situation à la fois drôle et gênante. En discutant avec des amis, nous nous interrogions un jour quant aux circonstances de son décès. L’idée de se plonger dans sa biographie m’est alors venue pour découvrir que sa vie était d’une tristesse abyssale. Une femme manipulée par son entourage, y compris par son mari qui avait endossé la casquette de manager et l’a forcée à commettre des actes horribles. Ce qui lui a causé un abandon total de sa famille. Une sombre histoire de rejet et de manipulation. Cette femme s’est donné la mort dans des circonstances très obscures alors qu’elle n’avait que 36 ans. Les soupçons se sont portés sur celui qui partageait sa vie, mais, faute de preuve, il a été relaxé. Elle repose désormais dans le cimetière de Roumiguières à Grasse, dans le sud de la France. Un journaliste du Monde a investigué. Elle est enterrée dans une tombe anonyme couverte de roses artificielles poussiéreuses. Imaginer cette femme qui, durant toute sa vie, a tenté d’être vue et aimée, sans y parvenir, m’a brisé le cœur. Alors que son seul souhait était de rencontrer un peu de gloire et d’amour dans le regard des autres. Je souhaitais lui rendre un hommage. Une chanson qui, pour une fois, n’est pas autocentrée, mais s’adresse au plus grand nombre puisqu’elle se réfère à la manière très actuelle d’objectifier les femmes, de les jeter en pâture aux médias ou d’espérer les voir tomber. A l’heure actuelle, certains se nourrissent encore d’événements atroces et s’en délectent. J’aime cette chanson par son prisme très actuel, universel et très personnel.

En défendant l’image des femmes de cette manière, ne risques-tu pas d’être taxée de féministe ?

La position des femmes dans la musique est une situation qui me préoccupe énormément. Je me produis parfois en ‘live’, soutenue uniquement de femmes. Je suis une fervente défenseur des femmes dans les musiques actuelles et sur les scènes.

Fille d'un professeur d'art et d'une musicienne, tu baignes dans l’art et la culture musicale depuis ta tendre enfance. Si j’imagine que le milieu dans lequel tu as évolué a permis cette carrière musicale, qui rêvais-tu de devenir enfant ?

A vrai dire, enfant, je n’aspirais pas spécialement à devenir musicienne. J’ai cependant toujours aimé écrire des histoires, des poèmes ou réaliser des bandes dessinées. Je rêvais de devenir globe-trotter également et plus particulièrement journaliste afin de pouvoir voyager dans le monde entier et raconter les histoires des autres. Et puis assez vite, je me suis mise à écrire mes propres chansons. L’idée d’en faire un métier est arrivée lorsque j’avais environ 18, 19 ans.

Très jeune, tu as connu un succès d’estime et critique chez Macaô, un quintet aux accents rock, qui lui permet d’assurer, notamment, les premières parties de Zaz, Patrick Bruel ou Polnareff. Le projet dont on parle aujourd’hui est très différent. Tout comme la manière dont tu fonctionnes, alternant les moments solos et le besoin de collaboration. Y a-t-il, en filigrane, une envie de sortir de ta zone de confort ?

Oui, peut-être. Mais en même temps, je me sens de plus en plus sécurisée lorsqu’en tournée, je suis accompagnée de musiciens. Honnêtement, jouer en solo est un exercice difficile, une formule que j’apprécie moins car elle est énergivore. La musique doit être partagée. Lorsque nous sommes plusieurs sur les planches, pouvoir se regarder, se sourire et porter ensemble un message me réconforte.

J’ai écrit seule pendant longtemps. Ici, je ressens le besoin d’écrire pour d’autres. Un jour, peut-être, mon album ne sera constitué que de featurings. Qui sait ?

Dans une société où pop ‘mainstream’, hyper lisse, surproduite et distribuée par les géants de l’industrie musicale est légion, comment parvient-on à imposer un style doux, ouaté et épuré ?

C’est une bonne question ! Je pense qu’aujourd’hui, non seulement les gens ont besoin de douceur. C’est un genre qui coexiste avec d’autres styles. Il y a peut-être dans cette quête, une volonté de revenir vers quelque chose de plus organique. Le folk est un style apprécié. Des artistes comme Pomme ou encore November Ultra récoltent un joli succès s’estime et critique. En ce qui me concerne, je n’imagine pas faire autre chose, même s’il s’agit d’une musique de niche. Tourner dans des stades n’a jamais été un objectif. Se produire dans de petits clubs à travers toute l’Europe me va très bien.

Finalement, si je résume le fond de ta pensée, la création est la prémisse de la liberté ?

Oui, bien sûr. Tu as parfaitement résumé les choses.

Tu as tourné en Chine au Canada, en passant par l’Allemagne et l’Europe de l’Est. Chanter en français exige le plus souvent de précision dans les textes. Comment le public étranger perçoit-il cet univers musical ?

Je rentre d’une tournée en Allemagne et en Autriche. Jouer sur des territoires non francophones permet de cerner le degré d’accueil du répertoire. Pour chaque compo, j’explique en anglais ce qu’elles signifient. Certains publics sont sensibles à la musique, aux ambiances ou à ce qu’ils devinent. Mais d’une manière plus générale, à chacun sa définition. Les choses ne nous appartiennent plus, une fois que nous les avons partagées. Si les gens s’approprient les chansons, tant mieux. La musique dépasse le langage, elle permet de se connecter les uns avec les autres et à se comprendre.

Il y a la musique, les textes évidemment, mais aussi une expression graphique très présente. Peux-tu me décrire l’artwork de cet opus ?

(Elle montre la pochette de son LP) On y devine une apocalypse. J’ai voulu une pochette très colorée, de façon qu’elle apparaisse vivante. On y voit des oiseaux voler en cercle, un loup-chien, une source, et en filigrane, cette notion de renaissance. Il y a aussi ce volcan qui, par définition, est très destructeur puisqu’il arrache tout sur son passage, mais dont le magma est extrêmement riche. Après un incendie, la nature revient plus belle et plus fertile. J’aime la puissance de cette image. Je me suis aussi dessinée dans un cercueil. Certains y verront une envie d’y rester, d’autres d’y sortir. Une métaphore pour dire ‘au revoir’, à bientôt pour de nouvelles aventures. Enfin, on y aperçoit également un florilège d’insectes et de fleurs. L’artwork évoque le deuil, mais pas seulement, puisqu’il s’agit surtout d’explosion de vie, de renouveau et de nouveau départ.

J’avais une interprétation différente pour les oiseaux. J’imaginais qu’ils allaient tout droit vers le feu pour s’immoler…

Oui, c’est possible aussi, chacun son interprétation finalement.

Je ressens chez toi cette volonté de faire les choses parfaitement. Mais à vouloir sans cesse améliorer les créations, ne risques-tu pas de perdre en spontanéité ?

Oui, complètement ! La perfection est parfois la pire des ennemies. A force de vouloir l’atteindre, le frais et l’instinctif finissent par se perdre. Pour y parvenir, j’essaie de me fixer des deadlines et d’être plus à même de maîtriser le travail. Je dirais aussi que l’imperfection donne de l’intérêt à ce que l’on fait. Comme tu le signalais, nous baignons dans des productions parfaites, surproduites, où le travail de l’humain est devenu tout à fait secondaire. L’émergence de l’intelligence artificielle accentue ce phénomène. Lorsque tu écoutes un morceau et que tu entends ces petits craquements et les cordes friser, c’est finalement ce qu’il y a de plus joli.

J’aime beaucoup la symbolique que renvoie ta première chanson, « Au temps des coquillages », une compo qui traite de la nostalgie de l’enfance lorsque, petit, on n’a pas de soucis et que tout va bien. Si tu pouvais parler à la petite fille que tu étais, que lui dirais-tu ? Et par extension, que dirait cette petite fille à la jeune femme d’aujourd’hui ?

Je crois tout simplement qu’elle n’y croirait pas du tout ! Si seulement, elle pouvait imaginer un seul instant que je lui dise que tout va bien se passer, que dans vingt ans elle fera de la musique son métier qui lui permettra de voyage dans le monde entier et d’y accorder des concerts.

Tu es suisse d’origine et tu as vécu en Belgique, comment une artiste étrangère perçoit-elle notre plat pays sous le prisme musical ?

Vivre dans un petit pays présente des avantages comme des inconvénients. Il faut composer avec les moyens du bord. Il y a moins de concurrence aussi, on sera donc peut-être propulsé plus rapidement. En Belgique, comme en Suisse, la difficulté majeure réside dans l’exportation de son talent vers l’ailleurs. A contrario, il existe une entre-aide plus importante. C’est d’ailleurs une constante depuis quelques temps. Auparavant, les gens se tiraient plus facilement dans les pattes.

Heliocentric Overdrive

Burn It Down (single)

Écrit par

Heliocentric Overdrive est un trio issu de Philadelphie, dont le single, « Burn It Down », constitue une aventure sonore psyché-rock aussi luxuriante qu’immersive.

Une batterie rythmique hypnotique et teintée de jazz associée à une ligne de basse épaisse et chargée de groove sous-tend des murs de guitare vertigineux, alors que des voix en cascade flottent au sein d’une ambiance rêveuse…

Enfin, grâce à sa mélodie éthérée, « Burn it down » nous transporte dans des galaxies lointaines, où les frontières de la réalité s'estompent et où l'imagination prend son envol…

« Burn it down » est en écoute ici

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Electric Lo FI Seresta

Use Your Delusion Vol 1 + 2 (Eps)

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Originaire de Rio de Janeiro, Guilherme Almeida est un personnage tout à fait étrange. Cet ex-The John Candy a monté un nouveau projet, qu’il a baptisé Electric Lo Fi Seresta, au sein duquel il joue à l’homme-orchestre.

Ainsi, non seulement il assure le chant, mais aussi toutes les parties de guitares, de basse et de drums, mais aussi la production.

Sa musique est onirique, lo-fi, accrocheuse et tour à tour optimiste ou plus sombre.

Pour laisser libre cours à sa janglepop inspirée des eighties à laquelle il intègre des accords mineurs de bossa nova, il se sert généreusement de pédales de réverbération.

De temps à autre, il ressort ses compositions archivées sur cassette.

Mais il vient d’avoir la bonne idée de nous réserver deux Eps, le même jour. Soit deux volumes de « Use your delusion ». Le premier recèle 5 plages e le second, quatre.

« La mésentente », issu du 1er volume de « Use your Delusion » est en écoute ici.

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Charles East

Dislocated

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« Dislocated » constitue le premier elpee de l’artiste sud-africain Charles East. Pour l’enregistrer, il a reçu le concours de du multi-instrumentiste Jo Ellis (guitare, basse, batterie) et de plusieurs invité(e)s dont la violoncelliste Lliezel Ellick et la vocaliste Eva O (Christian Death, Shadow Project, Eva O Halo Experience, Super Heroines) sur « Resting in my Blood ». 

Quelque part entre post punk, goth rock et doom metal, sa musique est à la fois viscérale et funèbre, oscillant de la tendresse au désespoir en passant par la fureur.

Toutes les plages sont tramées sur des accords de piano puissants et malaisants, sur lesquels il vient poser sa voix chevrotante, très susceptible de rappeler celle de Matthew Bellamy (Muse).

L’opus s’ouvre par l’excellent et lyrique, « It holds my viscera subtitulada » (le clip est disponible ici). Malheureusement, au fil du temps, le climat devient de plus en plus oppressant, avant de provoquer une forme d’exaspération…

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The Harrow

Cinderglow (Ep)

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Etabli à Brooklyn, The Harrow est un quatuor de dream pop.

Le single « Beyond star, remonte déjà à 2021. Depuis, le groupe a changé de line-up, en accueillant la chanteuse, LeeAnn Falciani.

Son Ep, « Cinderglow », propose trois nouveaux titres envoûtants et très différents les uns des autres, ainsi qu’une version revisitée du premier single, « The Fall ».

Au sujet de cet Ep, Frank Deserto, le bassiste, a déclaré :

‘« Cinderglow » était un véritable travail d'amour.

Après des années à expérimenter différents styles, instruments et collaborateurs et à voir ce qui colle, nous nous sentons enfin prêts à sortir de notre cocon.

L'absence rend le cœur plus tendre, et nous sommes ravis d'avoir retrouvé notre équilibre.’

« Vanishing point » est en écoute ici, une composition éblouissante qui libère des grooves de basse entraînants et se distingue par ses lignes de piano languissantes ainsi que son refrain accrocheur…

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