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dEUS - 19/03/2026
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Dour festival 2025 : vendredi 18 juillet

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Il fait très chaud en ce vendredi. Cette seconde journée de festival risque cependant d’être non seulement riche, sur le plan de la découverte, mais aussi intense sur le plan physique.

Lorsque votre serviteur foule la plaine, elle est encore relativement clairsemée, les festivaliers accusant déjà la fatigue des deux jours précédents.

Il en faut du courage et de l’énergie à revendre pour couvrir un festival comme celui-ci dans son intégralité, car, pour la plupart, les scènes sont distantes de plusieurs centaines de mètres l’une de l’autre. Un kilomètre à pied, ça use, ça use, deux kilomètres à pied, ça use les souliers…

Si lors de certaines éditions, les détracteurs les plus virulents stigmatisaient la propreté du site, cette année absolument aucun déchet ne traîne sur sol. Les poubelles sont en nombre et bien réparties et largement présentes ; en outre, l’équipe de bénévoles accomplit un travail formidable, soulignons-le. On peine à croire que des dizaines de milliers de personnes passent quotidiennement ici…

Direction la main stage, toute proche de l’une des entrées du festival. Par chance, c’est Last Train qui s’y colle.

Il s’agit d’un groupe de rock français, originaire d’Altkirch, en Alsace. Il s’est formé en 2007, alors que Jean-Noël Scherrer (chanteur et guitariste), Julien Peultier (guitare.), Timothée Gerard (basse) et Antoine Baschung (batteur) sont encore au collège.

En 2015, la formation sort son leur premier Ep, puis en 2017, son premier album.

Last Train vient tout juste de graver un nouvel opus, simplement intitulé « III ».

Scherrer monte sur planches, accompagné de ses joyeux drilles. « Home » y est balancé à la figure au public, peu nombreux, mais curieux. Dès les premières notes, un constat s’impose : la musique de Last Train est le fruit d’un savant mélange de volume, de consistance, de précision et d’émotion, sans oublier cette dose de créativité qui fait la différence.

Les guitares rugissent de plaisir, la rythmique frénétique de Baschung apporte de la densité au morceau et Gerard fait gronder sa basse de ses grosses cordes. Une belle entrée en matière.

Le ton est donné. Très vite, les chansons filent à la vitesse éclair, à l’instar de « The Plan » ou encore « Way Out », des morceaux caractérisés par cette énergie que le band dispense depuis ses débuts.

Les compos sont denses et saturées. On est bien en présence d’un des groupes de rock les plus percutants et les plus prometteurs de la scène française contemporaine.

Scherrer impose sa voix rauque et ses riffs tranchants. Ses acolytes jouent de leur instrument de manière impétueuse, quasi-autistique.

« On Our Knees » pourrait constituer l’effervescence même du set, tant la dramaturgie sonore est au centre des débats.

Le public est vissé au sol, comme hypnotisé, le quartet livrant un concert sans concession, crasseux et sans fioriture, seul le son se révélant la valeur dominante.

Mais c’est sans conteste « The Big Picture », compo hybride naviguant entre ballade plaintive et rock assumé, qui marque les esprits grâce à ses ritournelles immersives.

Comme souvent lorsqu’une formation brille, le set est forcément de trop courte durée. Last Train pourrait très vite devenir le successeur de Noir Désir et pourquoi pas des Strokes.

Entre sueur, bruit et émotion, le dernier train a livré ce qui se fait de mieux dans le milieu.

Votre serviteur se laisser guider par la foule la plus jeune (et la plus vive) vers La Petite Maison dans la Prairie. A défaut d’y voir Charles Ingalls, personnage fictif de la série, ce sera Wallace Cleaver qui est annoncé. Et lui est bien réel.

Le gars milite dans l’univers du rap, un courant que fuit souvent votre serviteur. Et quitte à critiquer une ligne artistique, autant le faire objectivement.

Bonnet sur la caboche et lunettes rondes vissées sur le nez lui conférant un côté intellectuel, le lascar a en tout cas le souci du détail. L’estrade est en effet joliment enrichie d’un fauteuil, de plantes vertes, d’ustensiles divers et variés. Il y a même une porte blanche qui trône au milieu de l’estrade. Où mène-t-elle ? L’endroit a des allures de cabinet d’un psy.

Une batterie et un clavier y ont également été casés au beau milieu. Preuve que cette disposition n’a rien de médical.

Le chapiteau est bien rempli. Il faut dire qu’à cette heure, le soleil castagne sec. Et si les gens étaient ici davantage pour s’abriter que pour l’artiste ?

Très en verve, il distille un flow de mots que seuls les maîtres du genre ont le secret. S’il n’échappe pas aux écueils du style, sa musique épouse une direction intéressante, des pointes électro venant se mêler intelligemment aux samples. Certaines compos présentent aussi des aspects intéressants dans la manière d’aborder les thématiques, même si elles ne sont pas, il faut bien le dire, toujours très subtiles.

Le rappeur est loin d’être un idiot. De son vrai nom Léo Gond, il est originaire de Saint-Laurent-Nouan, dans le Loir-et-Cher. En 2023, le jeune homme a soutenu une thèse et obtiendra d’ailleurs un doctorat en droit (spécialité : droit des contrats spéciaux). Ce qui explique, sans doute, l’angle artistique et la manière de construire ses chansons.

Entre douceur et brutalité, Wallace se raconte à travers les histoires de son quotidien, aidé par un préposé au backing vocal.

Il émeut lorsqu’il est soutenu par un batteur et un pianiste et tout particulièrement sur « Pleurer pour nous », une belle compo engagée sur fond d’introspection. On comprend vite que celui qui se livre est un écorché vif qui (s’)exprime pour se libérer, sans être plaintif pour autant.

WC livre un set intelligemment structuré, épuré et d’une précision efficace, ses chansons regorgeant de véritables punchlines.

Très objectivement, un concert dont on ne se sort pas indemne, le gaillard se questionnant sur l’amour dans « Est-ce que je l’aime ? », une compo issue de l’album « Baiser ». Tout est dit…

Le bonhomme deviendrait-il le porte-drapeau d’un rap propre, sans animosité envers les femmes et les keufs (NDR : traduisez agents de police) ?

Le public dourois semble se satisfaire ce qui reste un live d’une qualité certaine.

Wallace se retire doucement… sans Gromit !

Affaire à suivre…

Après avoir déambulé de scène en scène, retour à la Petite maison dans la prairie. Au loin, on entend des sonorités de world music.

Fulu Miziki s’y produit. Il s’agit d’une formation née dans le quartier de Ngwaka, véritable labyrinthe de rues dans Kinshasa, capitale de la RDC.

Elle pratique une nouvelle musique, baptisée ‘Twerkanda’, une sorte d’afro disco-house, post soukous explosive, jouée uniquement à l’aide d’instruments fabriqués dans des matériaux que les musiciens ont eux-mêmes recyclés et assemblés.

Le concert est vraiment très intéressant. Les musicos s’investissent, la musicalité est légère, festive et pleine de sens. Le live est relativement rempli de toutes ces effluves qui sentent bon l’Afrique.

Les festivaliers qui se sont pressés à cet endroit sont essentiellement là pour danser au gré de ces sons venus d’ailleurs. Les autres préfèreront investir d’autres lieux. Et d’autres ambiances.

Justement La Femme s’apprête à livrer son set sur la main stage.

Quand on évoque l’étrange patronyme, on pense immédiatement à une icône plantureuse aux formes généreuses. Et pourtant, à l’origine, le projet était réduit à deux hommes, Sacha Got et Marlon Magnée.

Après avoir goûté à différents styles, la jeune fille est passée de l’adolescence à l’âge adulte. On pourrait même ajouter, en deux temps trois mouvements ! Elle a non seulement grandi (le line up recèle des gars et des filles, aujourd’hui), mais elle a surtout gagné en maturité. Surtout depuis la publication de son premier essai, « Psycho Tropical Berlin ». Ce qui lui a valu une récompense aux Victoires de la musique, dans la catégorie ‘album révélation de l’année’.

Depuis, on peut dire que le combo est sur le velours. Il a gravé un nouveau format. Qui s’intitule « Rock Machine », sorti l’année dernière.

Le concert est attendu pas une fan base. A l’heure dite, le set commence. Verdict ? Un condensé de compos décomplexées, insouciantes, délurées et fêtardes qui bouleversent les codes figés de la chanson française. Antithèses d’un Dominique A ou d’un Miossec, elles lorgnent plutôt vers Philippe Katerine !

Des chansons qui baignent au sein d’une forme de cold wave synthétique. Un brin rétro, elles sont saupoudrées, ci et là, d’un zeste de punk spasmodique…

Le mélomane lambda aurait tendance à se laisser bercer par une absurdité rafraîchissante où se mêle vrai/faux second degré. Le plus averti devrait y déceler en filigrane un message plus profond, davantage psychanalytique.

La prestation est tonitruante et envoie valser au placard cette sinistrose ambiante qui nous dévore au fil d’une actualité guerrière et politique bien trop présente. Ici, on est à Dour. Ça rime avec troubadour !

Cette gonzesse à six têtes est certes désinvolte, mais possède le don de plonger les aficionados dans une dimension propice à la schizophrénie.

Les thématiques abordées parlent du quotidien avec une légèreté frémissante, mais sans langue de bois. On y parle de tout et de rien à la fois. Les festivaliers sont après tout ici pour passer du bon temps et non pour philosopher.

Sur son dernier opus, La Femme revient à ses premiers amours new-wave de « Psycho Tropical Berlin (Machine) » qu’il fusionne avec un son rock anglo-saxon des années 80/90. Cet LP rend un hommage au rock, à son efficacité et à son intemporalité. La Femme fait du rock à l’aide de machines.

La Femme continue de développer un univers intemporel et multidimensionnel en se servant de son propre son et sa propre esthétique. Et ça fait mouche auprès du public.

Sur des titres comme « Ciao Paris » ou encore « Sacatela », derrière cette Femme mystérique, se cache une vraie musicalité. Comme quoi, la culture musicale a encore des chaumières à visiter !

Durant près d’une heure, La Femme s’est livrée, prostituée comme jamais, pour dévoiler un corps d’une beauté et d’une exceptionnalité rare. Un concert digne de ce nom !

Le temps de se désaltérer que la Last Arena accueille maintenant SDM, de son vrai nom Leonard Saddam.

Un rappeur lui aussi. Votre serviteur hésite. Mais puisque Mister Wallace avait réussi à arrondir les angles, autant prêter une oreille attentive à ce garçon.

Il se plante au milieu du podium, tel un shérif devant le bandit. Physiquement, il en jette. Black, bâti comme un bœuf, chaîne autour du coup, le gaillard a des allures de bad boy.

Après avoir aligné toute une série de chansons, un constat s’opère, ça ne vole pas bien haut. Très vite, le live devient d’un ennui sidéral, parsemé (trop souvent) de sons de kermesse. Quant à l’approche lexicale du gars, ponctuée de ‘frérot’ et de ‘ouais’ toutes les quatre secondes, elle est du même acabit.

Bref, écouter du SDM, c’est comme manger une tartiflette en pleine canicule. C’est indigeste !

Retour au Garage, lieu des découvertes inattendues et subtiles. Enfin, presque, Gustaf évoluant loin des codes du politiquement correct.

Il s’agit d’un groupe d’art punk de Brooklyn. Ils sont cinq sur scène. Un seul mec. Le veinard !

Lydia Gammill se pointe, godasses à franges de couleur verte. Elle ne passe pas inaperçue.

Très vite « Statue » annonce une suite d’accords tonitruants. C’est bruitiste à volonté !

Lydia captive. Par sa beauté évidemment, mais aussi et surtout par sa présence scénique. Lorsqu’elle se positionne en tant que femme, il est angélique. En tant qu’artiste, elle est démoniaque. Une Dr Jekyll et Miss Hyde a elle toute seule.

Pendant « What Does It Mean », « Starting + Staring », mais surtout « The Motions, le band nous gratifie de belles envolées forgées dans une énergie post punk expressive et rythmée. Le public, enjoué, s’en délecte.

Mais le plus surprenant reste l’attitude de Tarra Thiessen postée à droite du podium. Vêtue de rouge, elle est particulièrement sexy. Mais ce qui fait la beauté du set, c’est qu’elle dynamise le set à l’aide d’instruments spontanés (cornichons, poulet en caoutchouc, vibras lap) et joue avec un filtre ‘audio drag’ glissé dans sa voix, qui emprunte une dimension tantôt démoniaque tantôt comique.

Les chansons s’enchaînent sans temps mort sur fond de fantaisie, de légèreté et de profondeur.

Très rarement, un concert n’avait livré une telle intensité, le second degré constituant le fil rouge d’un moment qui restera ancré dans la mémoire des Dourois.

Et ce n’est certainement pas « Liquid Frown » qui démentira cette impression.

Après avoir déambulé au gré des différentes scènes, votre serviteur se rend une nouvelle fois au Garage, un endroit qu’il commence à connaître comme sa poche.

Ici, c’est Lambrini Girls qui est programmé. Trois gonzesses, démontrant ainsi que la parité est de plus en plus réelle dans l’univers rock indé du 21ème siècle.  

Il s’agit d’un groupe britannique formé à Brighton en 2019–2020, fondé par Phoebe Lunny (chant, guitare) et Lilly Macieira-Boşgelmez (basse).

Après avoir gravé son premier single en 2021 et signé chez Big Scary Monsters en novembre 2022, le groupe sort, en mai 2023, l'Ep « You're Welcome », qui reçoit un accueil critique positif de la part de la presse musicale. Le band défraie ensuite la chronique en se défendant contre les militants anti-transgenres. Paru en 2025, son premier elpee, « Who Let the Dogs Out », atteint la 16ème place des ‘UK Albums Charts’.

Son patronyme s’inspire de Lambrini, une marque de cidre de poire.

Autant le dire, ici aussi, on est loin des normes du genre. C’est brutal et sans filtre. Exagérément même !

Alors que « Big Dick Energy » ouvre les hostilités, très vite la chanteuse saute par-dessus les barrières de sécurité (au grand dam des agents censés maintenir le calme) et se mêle au public lui assénant une série de directives à suivre scrupuleusement, sans quoi les conséquences risquent de jouer en sa défaveur. Et pour n’allez pas le croire, mais le peuple suit. Ce que femme veut…

« God's Country » et « Company Culture », aux contours punk/noise/noir, embraient.

A vrai dire, pratiquement chaque chanson est ponctuée d’une intervention de Phoebe, qui ne peut s’empêcher d’en faire des tonnes afin de capter l’attention d’un auditoire pourtant très réceptif à ses frasques.

Globalement, le trio puise ses influences chez Bikini Kill, Amyl & The Sniffers et Idles ; et le résultat n’est pas avare de rythmes percutants, d’intensité et d’énergie tranchante.

Un des points fort des filles est sans conteste cette volonté d’impliquer la foule dans le show. Et puis cette approche tout autant politique que féministe.

Et ce qui devait arriver, arriva. Très vite, de nombreux pogos (NDR : danse énergique apparue dans les années 1970, notamment dans le milieu punk, caractérisée par des sauts désordonnés, souvent accompagnés de bousculades entre les danseurs) sont déclenchés par les plus... déjantés.

Une chouette découverte, hors du temps. C’est ça le Dour festival !

Ce concert signera le clap de fin d’une journée particulière, faite de découvertes utiles et futiles.

Le lendemain s’annonce tout aussi intéressant, sans doute un peu plus pop.

(Organisation : Dour festival)

Dour festival 2025 : jeudi 17 juillet

Écrit par

Si en 1989, date de la première édition limitée à sa scène unique, qui avait notamment programmé Bernard Lavilliers en tête d’affiche, Dour était un festival, les choses ont drôlement évolué depuis, puisque les festivités se déroulent maintenant sur 5 jours, au cours desquels 230 artistes sont répartis sur 7 scènes. Sans oublier évidemment les 6 campings. Bref, d’un improbable festival artisanal, une machine industrielle s’est imposée aujourd’hui.

Le décor est à l’image de la Belgique ! Surréaliste ! Le site est entouré d’éoliennes gigantesques.

Le festival de Dour traîne, depuis ses origines, une mauvaise réputation : drogue, viols, décès, etc. A tort, évidemment, les services de police et de sécurité veillent au grain. Il n’y pas plus de problèmes ici qu’il n’en existe ailleurs. Ce n’est d’ailleurs pas l’évènement qui crée le problème, mais les individus, tout simplement.

Dour est synonyme de découvertes. A vrai dire, il y a peu de têtes d’affiche connues, surtout ces jeudi et vendredi. Le festival mise avant tout sur un concept unique en son genre, le concept se résumant à flâner entre les différents podiums, s’imprégner de ce qui existe en matière musicale, mais surtout de garder de bons souvenirs, dans la joie et la bonne humeur.

Outre ‘The Last Arena’, la plus grande scène qui peut accueillir 20 000 âmes, ‘De Balzaal’ consacrée à la musique électronique, la ‘Boombox’, qui fait la part belle au hip-hop, à la musique soul, au r’n’b et au swing, il reste ‘La Petite Maison dans la Prairie’ destinée aux fans de musique indie. Sans oublier le ’Garage’, scène mythique pour les amateurs de rock et de rock and roll. On a fait le tour du propriétaire. Enfin, presque, puisque de nombreux endroits proposent encore et encore du son aux potentiels insatisfaits.

Hormis la main stage, toutes les autres sont couvertes. Si la météo est agréable ce jeudi, elle risque de changer les prochains jours, notamment ces samedi et dimanche. Dour, victime d’un acharnement météorologique ? On pourrait le penser. Si certaines années, les pompiers ont dressé leurs lances pour arroser le public, à d’autres, ils sont intervenus pour empêcher la formation de torrents de boue.

Si depuis quelques années, la musique électronique, le hip hop et le rap étaient devenus la clé de voute du festival, le line-up est quelque peu revenu à ses fondamentaux depuis peu, puisque sous l’impulsion de vieux briscards, de temps à autre, des ensembles ‘guitare-basse-batterie’ ont à nouveau voix au chapitre.

Les festivités ont commencé la veille. Seules quelques scènes ont décidé de laisse tomber le rideau afin d’y servir de la musique… électronique aux plus fervents. Une mise en bouche en quelque sorte, puisque le repas et le dessert risquent d’être riches eux aussi.

Autant le dire, la journée du jeudi ne s’annonce pas spectaculaire pour autant ! Dour est par excellence un lieu de compromission à toute épreuve !

Question people, ici, on voit de tout. Tout et son contraire d’ailleurs. Inutile de vous mettre en quête de famille en emmenant un bambin. Au DMF, on ne badine pas avec les looks les plus exubérants : crêtes colorées et gonzesses à moitié à poils déambulent aux côtés de gars déguisés, tantôt en panthère, tantôt en ours. Bref, une style faunistique propre à cette région du centre. Mais toujours dans le respect, précisons-le.

Il faut s’y faire, les badauds vocifèrent ‘Douuuurreeeeehhhhhh’ à n’en plus finir. Un signe distinctif dialectal quel seuls les initiés comprennent.

Comme le système économique est au centre de toutes les préoccupations, les stands de boissons et de bouffe fleurissent comme des pâquerettes sur les pelouses. Le constat est sans appel, les prix deviennent excessifs. Il faut débourser au minimum entre 4€ et 5€ pour une boisson. Même chose pour la nourriture. Et que dire des parkings à trente balles ?

Votre serviteur, tel un explorateur, arrive sur le site, aux alentours de 16h30. Lovelace se produit sur la main stage.

Une sacrée belle expérience pour celle qui vient seulement de goûter aux joies des festivals. En effet, ingénue, elle avoue partager ce genre d’expérience depuis seulement 4 ans.

Elle nous vient de Bruxelles et appartient à la nouvelle scène pop alternative.

La demoiselle est fort sexy. Habillée d’un petit short et d’un corset, elle fait des envieux. Des jalouses également !

Un grand drapeau noir sur lequel est imprimé de grandes calligraphies trône en toile de fond, histoire qu’on se souvienne de cette artiste.

Elle n’est accompagnée que d’un guitariste, le reste de l’enveloppe musicale étant créée par des samples. C’est un peu dommage.

Le parterre est assez clairsemé, l’artiste ayant sans doute encore un peu de mal à se faire un nom alors que sa musique tourne pourtant en boucle sur les ondes radios, grâce à une collaboration avec Saule sur « Petite Gueule », un titre plein d’entrain.

Elle se plait dans une pop sucrée à décortiquer son existence (encore jeune), alternant murmures et envolées vocales.

A tendre l’oreille, sa tessiture vocale est proche de celle de Billie Eilish (NDR : une auteure-compositrice-interprète et actrice américaine) lorsqu’elle scande au public, les yeux dans les yeux ‘Ça te dirait bien qu’on s’aime’, un refrain tout droit issu de « Corps », une jolie balade émouvante. S’agit-il d’une invitation ?

Trop gentillette et manquant de relief, tant dans l’univers que de l’approche musicale, la musique de Lovelace souffre probablement d’absence d’aspérités pour ce genre de festival, raison pour laquelle elle peine à fédérer.

Trop de love et de mélancolie, tue l’expression musicale en quelque sorte…

Au ‘Garage’, se positionne les membres de Dog Race, un groupe dont la musique a adopté une configuration rock.

Les quatre membres sont prêts à en découvre. Le personnage qui drive la formation est une gonzesse, tout aussi sexy que la précédente.

Lunettes noires vissées sur la caboche, elle est vêtue d’un petit short et de collants noirs, de quoi affrioler même les plus fidèles compagnons.

Il y a peu de monde à cette heure, les festivaliers préférant prendre un maximum de plaisir en soirée.

Même si les patronymes riment, Dog Race est l’antithèse de Lovelace. Ici, c’est de l’énergie à l’état pur, des guitares cinglantes, une atmosphère tour à tour joyeuse ou claustrophobique et onirique.

Cette course de chien est venue présenter le dernier Ep, « Return The Day », un disque faussement mélancolique aux allures foutraques.

Dès la première compo, un constat s’impose : des guitares abrasives, une basse pénétrante et une rythmique implacable. La musique de Dog Race aurait pu naître d’une rencontre entre le profil grave voire gothique de Joy Division et les envolées pop lyriques d'Arcade Fire.

Le chant spectral de la jeune dame trahit parfois des intonations à la Sheryl Crow, lorsqu’elle vocifère ce qui semble être, a priori, des cris guerriers.

Des morceaux comme « The leader » ou encore « It’s The Squeeze » naviguent quelque part entre post-punk inclassable et new wave contemporaine.

Une musique particulièrement vivante à l’image de la vocaliste qui en fait des tonnes afin d’amuser son public.

Direction ‘La Petite maison dans la prairie’, un endroit situé à une encâblure de la précédente scène. L’endroit est parfaitement reconnaissable, grâce à ses couleurs vives et son inscription visible des kilomètres à la ronde.

C’est Nilüfer Yanya qui s’y colle, une autrice-compositrice-interprète britannique.

Son nom est étrange, tout comme ses origines. Elle est née à Londres, en 1995, d'un père turc et d'une mère d'origines irlandaise et barbadienne.

Elle débute en publiant des démos sur Soundcloud dès 2014, refusant un projet produit par un membre de One Direction pour rester indépendante dans sa création.

Son premier elpee, produit chez ATO Records, a reçu un accueil critique très favorable. Il fusionne indie rock, soul, jazz, grunge et trip hop, tout en laissant libre cours à son imagination introspective.

Ils sont cinq sur les planches. Mais c’est elle qui drive le band. Elle est très sexy. Décidément, un des éléments marquants lors de cette première journée de festival pour votre serviteur.

Le style est assurément différent une fois encore. Alors que les ‘portugaises’ de votre serviteur souffrent d’acouphènes, le style de Nilüfer Yanya pourrait y remédier.

Ici, pas d’exagération ni dans la forme, ni dans le fond, juste une musique douce et amère, épanouie, relativement épurée, explorant les tensions émotionnelles à travers des guitares semi-nerveuses, des interventions de saxophone et d’électronique dispensés avec une précision chirurgicale, et des paroles qui traitent des anxiétés contemporaines.

Une des particularités du band est de mêler acoustique et électrique afin d’obtenir un son gracieux, propre et glamour, laissant entrevoir de belles envolées sauvages grâce au saxophone joué magistralement par la dame plantée à gauche (qui se consacre également aux ivoires).

Si le set manque cruellement d’énergie, cette situation est largement compensée par la créativité artistique dont on se laisse bercer au gré des compositions, issues notamment du dernier album en date, « My Method Actor » (septembre 2024) ainsi que de l’Ep récemment tombé dans les bacs, « Dancing Shoes ».

Yanga brasse les genres et les sons, de manière presque poétique, voire cinématographique.

Son expression sonore est souvent comparée à celle de Siouxsie and the Banshees. Notamment à cause des riffs de guitare subtils ; et puis de ces sonorités inventives, surprenantes, mais ô combien intéressantes. Et le tout baigne au sein d’‘un univers feutré.

Une ouverture sur le monde de demain, un univers immersif qui sort des sentiers battus et une curiosité belle à entendre. C’est ça l’esprit du festival de Dour.

Retour au ‘Garage’, non pas pour y faire réparer sa bagnole, mais pour y assister au set de Marcel. Le déjanté de service. Enfin, plutôt LES déjantés de service, Marcel ne se cantonnant pas à une seule personne.

Ce sont des (presque) voisins, ils viennent d’Arlon.

Sur l’estrade, trône une inscription rappelant l’idiome de la formation, fabriquée dans une matière qui, à s’y méprendre, ressemble à de la frigolite.

Formé en 2021, ce groupe belge propose une musique hybride, entre post-punk, garage bruitiste et indie rock, tout en affichant une identité visuelle et sonore à la fois décalée et percutante. On est une nouvelle fois loin du style précédent. On a intérêt à se protéger correctement les feuilles de choux, si on ne veut pas, à nouveau, martyriser ses tympans.

A l’heure prévue, des cloches sonnent, comme dans une cour de récréation. Des bruits fusent en backstage. On entend crier froidement ‘Dourrreehhhhh’ repris (évidemment) en masse par le public qui s’est pressé massivement devant le podium.

Les premiers riffs de guitare ne laissent planer aucun doute. La musique immersive de Marcel est un savant mélange, presque improbable, entre celles de Dead Kennedys, Talk Talk, Nina Hagen, Jacques Dutronc, ; et le tout est ponctué de textes poético-horrifiques et d’instruments singuliers (kazoo, darbouka, sifflets).

Le style néo garage rappelle les heures de l’énergie Punk (is not dead), essentiellement dispensée par les Sex Pistols, connus pour être des pionniers dans le genre.

Derrière son micro, Amaury Louis remplit l’espace scénique à lui seul. Dynamique et espiègle, il livre une prestation de manière brute et sans équivoque.

Le combo est venu présenter son dernier né, « Ô  Fornaiz », un opus tout au long duquel instrumentation et bonne humeur font bon ménage.

Que ce soient sur des titres comme « Basho Basho Basho », « Six Seconds » ou encore « The Digger », Maxime d’Hondt (guitare), Benjamin d’Hondt (basse) et Ulysse Wautier (batterie) prodiguent un son qui oscille entre violence percussive, humour absurde et ruptures rythmiques constantes, tout en conservant une cohésion post‑punk extrêmement marquée d’un bout à l’autre du set.

Les titres s’enchaînent de manière irrévérencieuse. Le public est excité voire exalté.

A l’issue de ce concert, votre serviteur déambule de scène en scène pour y encaisser, la plupart du temps, des beats électroniques. Facile et pas cher…

On y croise une majorité de jeunes, en général torses-nus, en quête d’ambiance. La nuit risque d’être longue pour eux…

Le précepte ‘Sex and drugs and rock and roll’ serait-il en train de disparaître ?

La question mérite d’être posée.

A demain !

(Organisation : Dour Festival)

LaSemo 2025 : dimanche 13 juillet

Écrit par

Clap de fin pour cette dix-huitième édition du LaSemo.

Un festival qui, bien que devenu grand, a gardé son âme d’enfant.

Une majorité qui signe un tournant dans l’histoire aussi, les organisateurs ayant obtenu l’accord de la Ville pour occuper le Parc d’Enghien durant encore au moins trois années, laissant entrevoir de belles surprises à venir.

De grands noms de la chanson française pop sont annoncés. Ce qui explique pourquoi il y a du monde, très tôt dans l’après-midi. Bien plus que lors des deux jours précédents.

Il fait très doux, les badauds déambulent à travers les nombreuses allées ombragées largement réparties sur le site.

Lorsqu’à 16 heures, votre serviteur arrive manu militari, deux artistes se produisent quasi en même temps, Vendredi sur Mer, côté prairie, et Coline BLF, côté guinguette. Le choix se portera vers l’endroit le plus rafraîchissant. Va donc pour la seconde option.

Comme de juste, de nombreux spectateurs ont envahi l’espace. Il fait noir de monde et se frayer un chemin n’est pas une sinécure.

La petite effarouchée se produit devant un parterre, davantage attiré par la soif que par l’artiste, avouons-le ! Mais, surprise, la demoiselle assure. Et son assurance a de quoi faire rougir les plus téméraires, alors qu’elle affiche à peine un quart de siècle.

Elle est originaire de Namur. L’univers musical aussi sein duquel elle baigne, oscille entre Bedroom pop et French pop.

Chantant seule dans sa chambre depuis son plus jeune âge, armée de sa guitare, ce n'est qu'à ses 18 ans qu'elle dévoile son goût pour le chant. Après une année passée en Californie, Coline se lance et travaille sur un premier Ep, « Blue Nostalgia », qui verra le jour en septembre 2022.

Sa musique vintage et solaire est d'abord influencée par King Krule, Clairo et Mac Demarco, mais aussi par de nombreux artistes francophones tels que Lewis Of Man ou encore Claire Laffut.

Ses compos sont parfaitement engagées. Elle s’interroge sur le monde et le devenir de la planète. Ses textes adoptent des opinions idéologiques, sociétaux et politiques. Elle ne mâche pas ses mots lorsqu’il s’agit de balancer du lourd, comme sur cette « Drôle d’Histoire », une compo subtilement chargée de mélancolie.

Parfois doux ou teinté d’une pointe rock, l’univers de Coline BLF sent bon l’été et l’herbe fraîche (celle que l’on sous nos pieds, pas celle que l’on fume). Quand il ne se transforme pas en véritable plaidoyer à l’égard de l’inaction des politiques, tout au long de ce « Feu », bouillonnant de colère et caractérisé par son refrain entêtant, au cours duquel elle clame ‘Soyons heureux avec que le monde brûle’, véritable hymne repris en chœur par l’auditoire.

Coline BLF appartient à cette catégorie rare d’artistes qui se servent de la musique comme son champ de bataille pour mener des combats, tout en promouvant un mode de vie épanoui et en phase avec les enjeux de notre époque.

Mais, elle sait aussi lâcher prise en dispensant des compos aux sonorités eighties, à l’instar de « Luna », personnage fictif qui invite le peuple à se déhancher.

Bref, Coline BLF est assurément une artiste au sens noble du terme qui mérite amplement que l’on s’y intéresse.

La scène du Château est à une encâblure d’ici. Et pourtant, il faut aller vite, le concert de Santa risque d’être pris d’assaut.

Inutile de préciser que l’icône de Hyphen Hyphen est attendue de pied ferme !

A moins d’avoir passé ces deux dernières années sur une île déserte, personne n’a pu échapper au succès fulgurant (presque inattendu) de Samantha Cotta (NDR : c’est son vrai nom !). Et confidence pour confidence, en solo, la demoiselle est impressionnante.

A 18 heures 30’ pétantes, des écrans de fumée envahissent la scène. Impossible de distinguer quoi que ce soit. S’ensuit presque immédiatement un décompte qui semble s’éterniser. Et lorsque ce ‘fog’ se dissipe, il laisse entrevoir une Santa, haute perchée, la tête en bas, pour descendre peu à peu, aidée de filins métalliques, entre des colonnes de feu qui jaillissent. Quelle richesse dans le souci du détail !

Après nous avoir bercé de sa douce ballade en mode piano-voix sur « Popcorn salé », une compo écrite dans l’urgence, presque par égarement, qui paraîtra sous l’impulsion et les encouragements de ses comparses Laura Christin, alias Line (basse, percussions), et Romain Adamo, aka Adam (guitare, synthé), la jeune dame s’émancipe et grave un premier album sobrement intitulé « Recommence-moi ».

Alors que la pop anglophone constituait jusqu’à présent sa ligne directrice, notamment au travers d’HH, la Niçoise prend un virage à 180 degrés en réalisant un très réussi premier essai solo, chanté dans la langue de Voltaire.

Toute de noire vêtue, elle est chaussée de grandes bottes qui lui confèrent un air très glamour. Soutenue par un batteur au drumming corrosif et une bassiste qui n’est autre que sa meilleure amie – Line, elle entame son tour de chant par un spectaculaire « Chanter le monde », une compo aux couleurs vives qui émeut par sa richesse sonore.

Vivant depuis peu de temps dans le plat pays, elle dit aimer se retrouver parmi les siens.

Multi-instrumentiste, elle alterne, au gré des compositions, piano et guitare, ses deux instruments de prédilection, qui viennent soutenir sa voix puissante. Qu’elle met parfaitement en exergue sur « Eva », une magnifique chanson qui s’impose sur fond d’appel à la résilience. Des cris d’amour fusent. Comme elle ne parvient pas à cerner leur origine, elle les rend, mais en plus fort encore.

Et comme le temps presse, elle lance, tout de go, sa gratte au crew (mot qui se traduit en français par ‘équipage’, ‘équipe’ ou ‘bande’, selon le contexte) posté à sa gauche. Le gars la rattrape in extremis à la grande surprise de tous et … surtout de l’artiste elle-même. Un risque démesuré…

Un concert ponctué de surprises ! Et tout d’abord lorsque, posée devant ce piano noir, elle entame « Les larmes ne coulent pas », qui a bénéficié, lors des sessions d’enregistrement, de la complicité de Christophe Willem, un artiste devenu aujourd’hui son ami. Il s’invite le temps d’une chanson, entre simplicité et fausse grandiloquence, lors d’un duo uni par des larmes amères. Mais n’y a-t-il pas larmes plus amères que celles qui ne coulent pas ? Quoiqu’il en soit, elle finit ce titre, le sourire et le regard sereins, debout sur les retours posés à front de scène.

Elle compte se jeter aujourd’hui à corps perdu dans un univers où règnent l’intime, la retenue et la douceur.

Pour ce faire, rien de tel que dénoncer « La différence », sorte de manifeste sur le bien vivre ensemble avec, en filigrane, cet espoir latent de tolérance, d’insouciance et de communion. Pour marquer le coup, elle enfile un drapeau dont les couleurs se réfèrent à l’arc-en-ciel, emblème de l'homosexualité. Le drapeau arc-en-ciel, créé par Gilbert Baker en 1978, est devenu un symbole international de la communauté LGBTQIA+. Il représente la diversité des orientations sexuelles et des identités de genre au sein de cette communauté. Chaque couleur du drapeau a une signification spécifique, comme le rouge pour la vie, le vert pour la nature, et le violet pour l'esprit.

Fidèle à son style unique et son spectre lyrique hors du commun, Santa se regarde ensuite dans le miroir avec introspection durant sa séance de « Popcorn salé » et le désir de recommencer son histoire, à l’instar d’une césure sur le temps. Entre ambition, espièglerie et qualité rare, l’artiste s’était essayée au métier de cascadeuse en interprétant ce premier titre, perchée à plus de 40 mètres de haut ! C'était à Bruxelles, sur la place de la Bourse. Un « Popcorn salé » à son apogée, en quelque sorte !

Et pour rappeler cette spectaculaire ascension, elle n’a rien trouvé de mieux que de jouer du piano en lévitation, grâce à un système de treuil, sous les yeux ébahis des spectateurs qui ont rarement vu un show rythmé digne de ce nom. C’est moins spectaculaire que dans la capitale, mais quand même…

L’émotion est grande. Elle en même oublie les paroles. Et pour se convaincre d’avoir encore toute sa tête, elle embraie dans un mashup, en associant le « Paradis blanc » de Michel Berger et Désenchantée de « Mylène Farmer ». Pour un résultat plus que convaincant !

Elle s’éclipse alors le temps de quelques secondes pour revêtir une cape de vampire. Assoiffée de sang, elle souffle le chaud et le froid lors d’un « Je brûle » qui n’est pas sans rappeler certaines sonorités pop/rock contemporaines qui ont fait les beaux jours de Hyphen Hyphen.

Et puis, dans une parfaite communion, les milliers de festivaliers se transforment en chorale parfaitement synchronisée, pendant « Dis-moi oui », une toute nouvelle compo annonciatrice, sans doute, d’un futur nouvel album. Un magnifique teaser !

Le set touche doucement à sa fin. Alors qu’elle s’apprête à s’éclipser pour une séance de ‘hugs’, des câlins posés délicatement à une poignée de chanceux, elle est vite portée par le public qui l’emmène, comme feuille portée par le vent, jusqu’à la régie, pour un « « Recommence-moi » tonitruant. Et en guise de ‘Happy end’ des canons propulsent des dizaines de milliers de confettis, rappelant les joyeusetés des festivités du carnaval.

Durant près d’une heure trente, Santa a une nouvelle fois démontré qu’elle méritait amplement la distinction du public et de la presse.

Dans l’univers de la chanson française, la jeune peut être assurément considérée comme une grande artiste. Et en livrant un concert d’une telle intensité et générosité, elle a emmené le public dans un tourbillon émotionnel et onirique d’une intensité rare.

MC Solar se produit à 22 heures 30’. Dans l’attente, il faut tuer le temps. Direction donc vers la scène de la prairie pour y découvrir Acid Arab.

Il s’agit d’un groupe français de musique électronique formé en 2012 par deux DJs, Guido Minisky et Hervé Carvalho, immédiatement rejoints par Pierrot Casanova et Nicolas Borne, puis par le claviériste Kenzi Bourras.

La formation est considérée comme pionnière de l'électro-orientale en France.

Vu son goût pour la musique électronique, votre serviteur préfère se nourrir, plutôt que de mourir… d’ennui.

La fin de soirée approche, la nuit a tiré son drap de lit pour s’endormir au côté d’un prodige de la chanson française, en la personne de MC Solaar.

C’est d’un pas résolu qu’il débarque sur l’estrade. Le podium est relativement épuré, une étoile géante trônant en fond de toile.

Vingt-six ans après avoir gravé « Bouge de là », la musique de Claude Honoré M'Barali n’a pas pris une ride et sa verve pointue et naturelle est demeurée intacte.

Son « Intronisation », plage titulaire d’un succulent elpee intitulé « Géopolitique » et dans lequel on entend une dame s’écrier ‘Mc Solar’, laisse entrevoir une musique solaire et positive où on apprend que ‘tout a commencé là-bas, dans la ville qu'on appelle ‘Maisons-Alfort/En jean, en short ou en djellabah’...

Alors qu’à « A dix de mes disciples » laisse dubitatif, « Qui sème le vent récolte le tempo » relève le tout. Ce titre issu du premier LP, paru en 1991, rappelle combien le flow transgresse le poids des âges…

Son obsession… textuelle laisse transposer des suggestions profondes et légères à la fois. Un véritable travail d’orfèvre pour ce… chercheur de phrases.

Mister Claude n’échappe pas à cette règle immuable. Il est également, lui aussi, une « Victime de la mode », comme sans doute les milliers de festivaliers amusés par la facétie de cette poésie urbaine. Dans un foutraque indéterminable, il scande haut et fort à un type « Bouge de là ». Pas une invective, mais une superbe chanson datant des débuts des années 90. Et afin de faire durer le plaisir, après une césure qui tombe à pic, la seconde partie du morceau mythique est jetée aux plus fervents.

Sa musique et la qualité littéraire de ses proses sont le fruit d'inspirations diverses, allant de Serge Gainsbourg – à qui il rendra hommage à travers « Nouveau western » et son sample mythique de Bonnie and Clyde - et aux musiques africaines (ivoiriennes, maliennes, tchadiennes), en passant par les classiques noirs américains (jazz et rap US).

MC Solar est un vrai « Dingue » et son « Da Vinci Claude », titres-phares, ravivent pas mal de souvenirs au sein de l’auditoire…

Alors que Bambi Cruz, de son vrai nom Gabriel Hoareau et par ailleurs rappeur lui aussi, « Ouvre les yeux », la douce et belle « Caroline » vient susurrer dans nos oreilles de jolis refrains pour le meilleur, pas pour le pire.

Le public semble ravi. Cependant « Solar pleure ». Des larmes de joie plus que d’amertume, sans doute. Car l’artiste n’a rien perdu de ces années. Sa plume est intacte, sa verve est plus tenance que jamais et ses textes sont d’une intensité rare.

Le spectacle s’achève, laissant des étoiles dans les yeux. On peut dire que ce soir, MC Solar était… solaire !

Après quatre jours de folie, de spectacles, de concerts d'anthologie et de détente, le festival familial et durable situé dans le parc d’Enghien se clôture ce dimanche soir.

Une édition marquée par un joli succès à tous niveaux. Une fois de plus, le LaSemo a tenu toutes ses promesses.

Gageons que l’édition 2026 sera, quant à elle, au minima aussi intéressante et riche que cette année. Les paris sont ouverts et les premières places déjà disponibles…

(Organisation LaSemo)

LaSemo 2025 : samedi 12 juillet

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Le soleil brille de mille feux en ce samedi, troisième journée du LaSemo, les festivités ayant débuté dès ce jeudi.

Le site est propre, les festivaliers de la veille ont eu à cœur de le conserver comme tel pour les suivants, mais également pour celles et ceux qui reviennent sur les lieux.

Si les activités se veulent familiales, le line up du jour risque de décevoir les plus jeunes, la direction artistique, bien que pop, est davantage élitiste que la veille. Et pour cause, Mika est en tête d’affiche. Enfin, le site semble aussi un peu plus aéré que la veille.

Les quelques précautions d’usage remplies, comme la fouille obligatoire avant de pénétrer à l’entrée du périmètre, votre serviteur arrive ‘franc battant’ aux alentours de 16 heures 30.

Le soleil est encore fort généreux ce jour. Toutefois, les températures sont davantage agréables que caniculaires. Excellente initiative, les organisateurs ont disposé ici et là des points d’eau, histoire d’étancher sa soif.

Warhaus est prêt à en découdre sur la scène du Château.

Warhaus, c'est le patronyme du projet solo de Maarten Devolder, un compositeur, chanteur et multi-instrumentiste, mais également un auteur-compositeur-interprète et producteur belge. Excusez du peu !

Il a entamé sa carrière en 2010, à 22 ans, au sein du groupe Balthazar. Ce n’est qu’en 2015, qu’il s’est également lancé en solitaire.

Après avoir sorti « We Fucked A Flame Into Being » (2016) - inspiré d'une citation du roman ‘Lady Chatterley's Lover’ (‘L'amant de Lady Chatterley’) de D.H. Lawrence, « Warhaus » (2017) et « Ha ha heartbreak » (2022), Marteen et son backing group sont venus défendre leur dernier né, « Karaoke Moon ».

Alors que ses musiciens sont déjà installés sur l’estrade, Maarten avance d’un pas décidé.

Il est habillé de manière classieuse, tout en blanc. Comma le décor de la scène où trône d’ailleurs un énorme rond blanc suspendu (NDR : Jean-Jean - qui rempile (une fois de plus) cette année afin de donner de la joie et de la bonne humeur - le compare à une pastille géante pour la gorge).

Très vite, Devolder empoigne une trompette et le batteur d’un trombone pour attaquer « I’m Not Him ». Le ton est donné.

Sur « Popcorn » ou encore « Jim Morrison. », des compos chargées de spleen et de sensualité, le leader chante à la manière d’un crooner à la voix grave. Le spectre de Nike Cave se met à planer. Et ce sont ceux de Leonard Cohen, Tom Waits voire Lou Reed qui rôdent tout au long de « Zero One Code » ou encore « Where The Names Are Real », des morceaux qui ne manquent pas de charme.

Warhaus crée la surprise auprès des mélomanes. Les yeux écarquillés, le sourire aux lèvres, les spectateurs sont littéralement médusés par la douceur et l’enveloppe musicale d’une forme de jazz langoureux qui baignerait au sein d’une ambiance ‘gainsbourgienne’.

Sur des compos à l’atmosphère feutrée, la formation explore étrangement l’ombre et la lumière de l’âme humaine, les textes de la formation évoquant, de temps à autre, l’Amour et ses affres, comme sur ce langoureux « Loves A Stranger ».

Grâce à des arrangements particulièrement soignés, l’impression de climat ouaté et empreint de nostalgie est accentuée. Une atmosphère qui sied bien à l’esprit du LaSemo.

De son timbre caverneux au phrasé nonchalant, Devoldere livre des chansons profondes et sombres, partagées entre l’amour ou la haine, avec une telle empathie, que l’aspect émotionnel dépasse le spectacle. Une communion s’établit alors avec l’auditoire.

Warhaus est à l’image d’un encéphalogramme, dispensant tantôt des morceaux doux et amers, tantôt plus électriques, à l’instar de « Beaches », stimulé par une ligne de basse grondante. La tension devient palpable et le concert entre dans sa phase la plus intense.

C’est alors que Marteen annonce à la foule qu’il va interpréter une chanson en français. Il s’empare d’une grosse caisse en bois, descend dans la fosse, comme un lion prêt à dévorer une antilope, grimpe sur le caisson, et de la main droite saisit une télécommande pour allumer un vieux téléviseur avec tube cathodique placé sur le côté de scène. C’est alors qu’il entame façon karaoké, sur fond d’une bande-son, un tube de Christophe paru en 1979, « Aline ». Foi de festivalier, jamais une chanson n’avait fédéré autant de spectateurs (NDR : des milliers !) s’épanchant sur une chanson pratiquement disparue de la circulation.

Le set prend doucement fin. Sur « Mad world ». Maarten se détache du personnage statique qu’il incarnait en début de parcours pour se lâcher en virevoltant.

Et en apothéose, « Open Window » clôture le show.

Les musicos saluent chaleureusement le public, alors que l’orgue de barbarie boucle leur sortie. A défaut d’adieu, un au revoir, qui, espérons-le, sera de courte durée.

D’un bout à l’autre de la prestation, un constat : l’instrumentation du band est riche. Trompette, trombone, clavier, violon, guitare électrique et sèche, batterie ainsi que flûte. En outre, chaque musicien est un virtuose…

Direction la Guinguette pour y découvrir Uwase, une artiste talentueuse et polyvalente, originaire de Bruxelles.

Bien qu'encore nouvelle sur la scène indie pop belge, elle s'est déjà distinguée par sa maîtrise de la production et de l'écriture, construisant un univers musical intimiste qui reflète ses pensées et émotions les plus profondes. C’est cette singularité qui a attiré l’attention de Jasper Segers (Sylvie Kreusch, Jaguar Jaguar), avec qui elle a collaboré pour coproduire son nouvel Ep.

Avant l’été, Uwase a dévoilé un premier aperçu de cette coopération à travers le single "Chorus Baby", suivi de "Fine", à l’avant-goût prometteur.

Elles sont trois sur scène. Des blacks. Une préposée au chant, une à la batterie et la troisième à la basse.

Elles sont relativement jeunes, la trentaine à tout casser. Il va donc falloir jouer des coudes et bousculer les codes, afin d’assurer une crédibilité artistique auprès d’un public qui n’est pas forcément venu pour les découvrir. C’est ça aussi la force et la faiblesse des festivals, métisser le plus grand nombre pour satisfaire la franche la plus large.

Après quelques couacs techniques ayant entraîné environ quinze minutes de retard, « Pls Don’t Take It Away » confirme le style dans lequel s’inscrit l’artiste. Un univers sonore empreint de sensibilité, une forme de dreampop mélancolique traversée d’instants groovy.

« Surprise », « Rover » ou encore « On My Cloud » mettent en exergue l’organe vocal de la demoiselle qui respire l’authenticité, mais manque encore d’assurance.

Poursuivant son concert intelligemment, elle alterne chansons douces et languissantes et compos un peu plus énergiques, tout en se frottant au blues et la soul, à l’instar de « Perfect Blue », qui fait mouche auprès de l’auditoire.

La connivence entre les musiciens est belle à voir, au vu des regards complices qu’ils s’échangent fréquemment.

Débordant d’énergie, la dame embraie par « Pedestal, un morceau d’une puissance équivalente à la droite décochée par un boxeur dans les gencives de son adversaire. Une chanson à laquelle elle accorde une certaine importance. Elle y raconte le moment où elle s’est retrouvée à courir après quelqu'un, presque à mendier d'être aimée et prise en charge. Un hymne qui doit parler à la plupart d’entre nous et qui l’a catapultée en tête des charts.

Durant environ quarante-cinq minutes, la formation aura livré un set rempli d’humanité, de douceur, de paix.

Un concert simple et sobre, mais d’une puissance artistique étonnante. Bref, de l’extase et le paradis à portée de main.

Retour à la scène du Château pour le tant attendu Ghinzu. Le peuple s’est déplacé en masse. Il faut dire que le groupe assure seulement deux concerts cet été, dont un ce soir.

Chaussé de lunettes fumées, John Stargasm grimpe sur le podium. Il a pris un sacré coup de vieux, ventre légèrement bedonnant et cheveux grisonnants. Il est suivi par une bande de joyeux drilles. En l’occurrence le bassiste Mika ‘Nagazaki’ Hasson, le guitariste Greg Remy, le drummer Antoine Michel et le claviériste/guitariste Jean Montevideo, également préposé aux backing vocaux.

Le batteur est installé en retrait, de manière surélevée, comme souvent dans cette configuration live.

Le bassiste a opté pour une position à l’extrême gauche (NDR : la position sur le podium, pas l’orientation politique). Lunettes de soleil vissées sur le nez (lui aussi), il porte un costume ‘classique’ de couleur noire. Il ressemble à Kévin Bacon, un acteur, producteur, réalisateur et compositeur américain notoire pour son film musical ‘Footloose’ ou encore pour avoir endossé le rôle de méchant dans une kyrielle de longs métrages, dont ‘Sleepers’ et ‘Hollow Man’.

Le look du sixcordiste ne passe pas inaperçu, non plus ! Il porte de longs cheveux. De dos on pourrait le confondre, soit avec Jésus Christ, soit avec une belle demoiselle. Une illusion ! Car lorsqu’il se retourne, c’est sûr, on est effectivement bien en présence d’un mec.

Le set débute par « Wowa », un nouveau morceau qui annonce la sortie d’un quatrième long playing studio. En tout cas, une compo toute droite tirée de l’univers énergisant de la bande à Stargasm.

Mais c’est encore « Cold Love », issu de « Mirror Mirror », aux riffs de guitare tranchants et à la rythmique schizophrénique, qui recueille tous les suffrages au sein de la foule. L’ambiance en est déjà à son paroxysme alors que le concert vient de commencer.

Très inspirés, « Jet Sex », « Cockpit Inferno » ou encore « Dragon » maintiennent la pression.

Le set ne manque certainement pas d’énergie. Punk dans la démarche, des titres emblématiques tels que « Do You Read Me ? » ou « The Dragster Wave » ne sont pas oubliés.

Alors que le sixcordiste a habituellement tendance à en remettre une couche, il parait bien calme ce soir, ne (s’)accordant que l’une ou l’autre rare pitrerie. Presque aussi sage qu’un enfant de chœur. On le surprendra cependant, couché sur le sol, tout en triturant ses cordes.

La tension monte d’un cran lorsque le quintet interprète le trépident « 21st Century Crooners », le frontman se laissant aller à quelques pas de danse osés. Il semble en transe parfois, les yeux révulsés et la langue pendante. A ce moment, le guitariste posté à droite de la scène, fou furieux, s’empare de sa gratte et la torture afin d’en faire jaillir un son crasseux, dense et intense. C’est jubilatoire et sans vergogne.

John accuse visiblement le coup de ses fantaisies lunaires. Le front dégoulinant, il prend place devant le clavier Roland placé à front de scène et dès les premières notes, on comprend rapidement qu’il s’agit de « Blow », plage d’ouverture de l’elpee éponyme. Rien d’étonnant puisque le combo vient de célébrer le vingtième anniversaire de sa sortie. Toujours aussi punchy, cette compo conserve une place de choix dans le répertoire de la formation.

Le concert prend fin. Reste à savourer ce qui constituera un dessert de choix. En l’occurrence « Mine », un titre explosif pour lequel Stargasm s’empare de la basse de son acolyte, lui-même se chargeant désormais des six cordes électriques. Un cross-musical en quelque sorte qui prouve, une nouvelle fois, que les artistes, souvent, sont de vrais virtuoses.

La fin est digne de l’apocalypse, les musiciens se livrent à fond pour marquer de leur empreinte une prestation qui restera dans les annales. Après plusieurs minutes d’exaltation, le chanteur finit par balancer, sous le regard médusé de l’auditoire, l’instrument de son comparse. C’est spectaculaire, mais honteux, lorsqu’on connait le prix d’un tel instrument. Et elle a dû morfler sec…

Le public, quant à lui, peu habitué à de telles frasques, est sorti ravi. Et c’est finalement, ce qui compte le plus.

Malgré le poids des années, Stargasm n’a ni perdu de sa verve, ni de son énergie. Plaisir intense, satisfaction immense : et si Stargasm avait cette faculté de provoquer des orgasmes ?

Votre serviteur déambule ici et là, en quête de bonheur musical. Les scènes proposent désormais un style convenant peu à votre vieux serviteur qui préfère soigner ses lombaires, plutôt que d’encore le faire souffrir…

A demain !

(Organisation : LaSemo)

LaSemo 2025 : vendredi 11 juillet

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Il faut se rendre à l’évidence, le modèle économique des festivals tel que nous le connaissons aujourd’hui atteint un niveau de saturation critique. Les raisons sont multiples : le cachet des artistes, le nombre de ces événements, les mesures de sécurité importantes à mettre en œuvre, les conditions climatiques aléatoires – qui ont un impact direct sur les ventes de dernière minute – et sans aucun doute les dommages causés par les crises sanitaires.

Et si le LaSemo vivait ses dernières heures comme bon nombre de ses confrères ? Si la question a été évoquée lors d’une récente conférence entre les responsables des plus grands festivals belges, cette fin (inéluctable) n’a pas (encore) été décidée. Selon l’adage, qui vivra, verra…

En tous cas, il semble désormais opportun de définir une vision globale sur le long terme. Et si l’une des solutions était de promouvoir plus simplement des artistes émergents ? Sur ce point, le LaSemo fait office de figure de proue ; car si l’affiche programme des artistes confirmés, elle laisse une large place à celles et ceux, en devenir…

Le site a été réorganisé afin d’aérer l’espace, passant de 4 à 10 hectares. Si la scène du Château n’a pas bougé d’un pouce, comme figée par le temps, une autre, d’une envergure identique et identifiée comme ‘La scène de la prairie’, a été échafaudée sur une parcelle décentrée. Une configuration déjà présente l’année dernière. Seul bémol, le passage d’une scène à l’autre devient parfois un exercice fastidieux.

LaSemo a la particularité de proposer des spectacles culturels riches, conviviaux et bienveillants. Un festival à taille humaine comme il en existe peu aujourd’hui.

Les food-trucks, nombreux, permettent aux festivaliers de se restaurer correctement ; mais l’objectif avoué est de disposer d’emplacements où sustenter sans forcément assister à un concert. Il y a même un stand qui permet d’acheter des fruits.

Le festival a de nouveau invité petits et grands à faire la fête. Si de nombreux concerts sont programmés, les bambins ont également de quoi faire. Il y a même pléthore de représentations qui leur sont destinées.

Une des spécificités majeures de ce rendez-vous annuel est son caractère durable. Entendez par là toilettes sèches, décors en palettes et ballots de foin disséminés un peu partout, afin de se reposer un peu entre deux escapades. Bref, un endroit hors de tout et… surtout du temps.

Même Jean-Jean, l’habituel géant givré de service chargé d’introniser avec humour, décadence et légèreté les artistes, est à nouveau de la partie. Que demander de plus ?

Et une surprise en cachant une autre, la talentueuse, préposée au langage des signes persiste et… signe.

Si en 2024, l’accès au site avait connu quelques couacs, cette année, le plan de circulation a été revu afin d’éviter tant que possible l’engorgement de la ville d’Enghien, en disséminant les parkings.

Lorsque votre serviteur pointe le bout de son nez, aux alentours de 17 heures, Charles est celle qui va proposer son set. Vu le patronyme, on s’attend à découvrir un papy, moustache à la Freddie Mercury, ventre bedonnant et cheveux grisonnants.

Pas du tout ! Il s’agit d’une jeune dame en pleine fleur de l’âge !

Charles (référence à son papy dont elle vouait une admiration sans faille) est vêtue d’une jupe assez courte, d’un long T-Shirt et chaussée de grandes bottes noires, lui conférant un petit air d’écolière effarouchée.

Ses cheveux coiffés en chignon, on dirait à s’y méprendre la Princesse Leia, personnage fictif de la saga Star Wars.

Pas intimidée pour un sou, elle se présente en conquérante devant les centaines de badauds qui se sont pressés pour découvrir cette ancienne candidate de The Voice. Cocorico, c’est une artiste ‘noir-jaune-rouge’, puisqu’elle crèche à Braine-le-Château.

Elle explore un univers qui lui est propre et ne ressemble à aucun autre. Des chansons pop, sensuelles, qui observent la courbe de son existence. Des titres qui racontent ce qu'elle vit ou qu'elle observe dans son entourage. Vu son jeune âge, cette conception risque évidemment d'évoluer rapidement.

Après un premier Ep et un premier album, tous deux remarqués, deux disques dont le son fascinant nous plonge au sein d’univers dark-pop alternatif, Charles revient avec une esthétique punk et pourpre pour présenter un projet audacieux, au cours duquel, elle raconte ses histoires captivantes en français.

Son nouvel Ep, baptisé « Sabotage », s’érige comme le récit initiatique chaotique et formateur d’une nouvelle femme forte, nourrie par les expériences et les mélodrames de sa petite vingtaine. Il lui permet d’enfin éclater sa bulle pour la faire sauter à nos visages et à nos cœurs.

La grande nouveauté de ce disque procède au recours, aussi bien la langue de Molière que de Shakespeare. Un défi fou et laborieux, mais surtout un exercice formateur pour celle qui a toujours douté de ses capacités dans sa langue maternelle.

Pour Charles, le choix de l’idiome a toujours été purement affinitaire, et l’introduction du français sur « Sabotage » découle surtout d’une envie d’explorer d’autres horizons.

Elle entame donc son tour de chant par un « Never Fair », figurant sur l’elpee « Until We Meet », afin de mettre tout le monde d’accord sur son potentiel.

Loin du mythe selon lequel on traduit plus facilement ses secrets dans une langue étrangère, Charles affronte ses vices et ses histoires avec la même hargne, en français. En témoigne ce texte fort sur les abus de la drogue, « Le Marbre ». Une compo qui désarçonne un peu les fans de la première heure.

Mais, très vite, les craintes se dissipent dès « Without You » qui constitue le moment solennel de cette après-midi. Prise d’émotion, elle avouera avoir écrit cette chanson pour une personne présente dans l’assemblée aujourd’hui.

Son set durera une heure. 60 minutes de bonheur, de plénitude, d’introspection et de délice.

Autre style, autre lieu en compagnie de Feu ! Chatterton sur la scène du Château. Il s’agit d’un groupe français de pop/rock, originaire de Paris. Le patronyme du band est né de la juxtaposition de l'expression Feu ! et de Chatterton, en hommage au poète Thomas Chatterton.

Le quintet est composé d’Arthur Teboul (chant), d’Antoine Wilson (basse), de Clément Doumic (guitares & claviers), de Raphaël de Pressigny (batterie) et de Sébastien Wolf (guitares & claviers).

C’est la seule date belge de la formation. Autant dire que la plaine est particulièrement bondée pour ceux dont la prose poétique est hors du commun.

Le combo est réputé pour ses prestations jouissives, solaires et impeccables. Et ce n’est pas « Compagnons », un titre figurant que le long playing « Parais d’Argile », paru en 2021, qui va déroger à la règle. Les guitares sont cinglantes et lancinantes. Arthur Teboul n’est pas en reste. Sur les planches, il affiche une présence charismatique et théâtrale.

Feu ! livrera un répertoire de titres riches et solides, résumé d’une carrière d’une intensité forte entre rock/pop et poésie engagée, tels que « Allons voir » ou encore « Mille Vagues » dédié à tous ceux qui ont perdu quelqu’un. Une compo qui laisse beaucoup de place aux guitares électriques et à la basse, les autres musiciens se sont alors effacés le temps d’une seule chanson, pour enfin revenir en force sur « Libre ».

Grâce à des arrangements soigneusement calibrés, capables de passer de l’énergie brute à une émotion feutrée, Feu ! Chaterton est assurément LA grande surprise de ce jour.

« Monde Nouveau » apporte soudainement beaucoup de fraîcheur. Sa dimension en live est une performance particulièrement habitée et portée par la voix charismatique du chanteur, belle à voir et écouter…

Le set tire doucement à sa fin. Depuis plus d’une heure, le groupe navigue aisément entre ambiances rock et jazz, traversées de spoken word et de touches électro, offrant un show multidimensionnel et jubilatoire. « La Malinche », morceau identitaire, qui alternera à de nombreuses reprises, moments de césures et de reprises, comme pour faire durer le plaisir encore longtemps, n’échappe pas à cette règle immuable qui fait que Feu ! Chaterton est décidément bien bouillant dans une une mise en scène maîtrisée, entre intensité rock et poésie lumineuse.

Alternant énergie brute, puissance vocale, émotion et passages introspectifs, les comparses de Chaterton ont assuré un concert d’une énergie folle, porteur d’une communion forte entre le groupe et la foule.

Néanmoins, certains regretteront que le set ait été interrompu de manière abrupte, empêchant l’ultime final, la jolie reprise de Nino Ferrer, « Le Sud », pourtant jouée lors de certaines prestations live…

Direction la Guinguette, l’endroit le plus atypique du site. Sans doute aussi l’espace qui se prête le mieux à l’esprit et à la culture de ce festival unique en son genre.

La scène est constituée de palettes de bois. De vieux vinyles ont été cloués sur le pourtour du site, afin de feindre un espace cosy.

Le podium bénéficie d’un bel espace naturellement ombragé car il se situe au milieu d'arbres. Et au vu de la chaleur encore bien tenance, inutile de dire que l’endroit est prisé…

The Haze s’y produit. Il s’agit d’un duo réunissant Stéphanie Bertrand et Maximilian De Vos. Le style brasse de la pop-house, une forme de r&b chaloupé, aux beats groovy et hypnotiques, et le tout est parcouru par des interventions de flûte.  Bref, une solution sonore prête à vous exploser à la figure.

Tandis que Miss Bertrand apporte une touche soul/jazz au chant et à la flûte, Mister De Vos se charge des arrangements house downtempo bien calibrés.

Le duo est intéressant, mais cadre peu avec les goûts de votre serviteur.

Après une pause dinatoire bien méritée, direction la scène du Château pour y assister au show de Mika.

Devenu populaire depuis sa participation à The Voice, en 2014, l’artiste n’a cessé d’attiser la curiosité auprès des plus jeunes.

Des milliers de spectateurs se sont pressés en front stage. Il y fait noir de monde. Il faut dire qu’il s’agit de la seule date belge du trublion.

Epuré, le podium paraît gigantesque. Seuls trônent quelques instruments ; notamment des guitares posées ci et là et une batterie légèrement surélevée sur la gauche.

Alors qu’il est 22 heures, Mika débarque. Tel un Phoenix, il a enfilé un costume à ailes de couleur bleue. Et dès les premières notes de « We Are Golden / Origin of Love », il libère une énergie folle. Le public, dès ce début, est conquis et participe immédiatement à la fête.

Le chanteur est particulièrement communicatif. Le lien entre l'artiste et son public est palpable, notamment lorsqu’il aborde « Lollipop » et « Relax (Take It Easy) », deux de ses standards les plus notoires.

Mika offre un spectacle digne de ce nom, employant de gros moyens sur la scénographie, jouant entre tableaux lumineux et projections.

Proposant une setlist de titres plus foutraques les uns que les autres, Mika alterne tubes classiques (« Lollipop », « Grace Kelly », « Love Today ») et nouvelles compositions en français (« C’est la vie », « Jane Birkin », à qui il rend hommage, « Underwater », « Good Guys »), en leur insufflant une belle dose d’émotion. Une sensibilité à fleur de peau qu’il manifeste aussi bien lors des morceaux électriques qu’acoustiques, à l’instar de ces instants piano/voix.

« C’est la vie », une des rares chansons en français du set, provoque une belle communion entre la foule et l’artiste, et tout particulièrement lorsqu’il déclare qu’il s’agit d’une chanson qui appartient à la Belgique.

Flamboyant et théâtral, le show, bénéficiant d’une scénographie à couper le souffle, peut cependant se révéler kitsch et stéréotypé, pour les esprits chagrins, mais en vérité généreux, Mika nous a réservé un spectacle endiablé et jouissif.

Il est minuit lorsque les réjouissances se terminent. La plupart des festivaliers regagnent leur véhicule, tandis qu’une poignée d’insatiables préfèrent poursuivre leur parcours vers l’une ou l’autre bar encore ouvert.

Une nouvelle édition qui tient ses promesses...

A demain !

(Organisation : LaSemo)

 

Festival au Carré 2025 : vendredi 4 juillet 2025

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Alors qu’elle avait été sacrée Capitale Européenne de la Culture en 2015, la Ville de Mons n’a pas perdu pour autant depuis de son éclat lorsqu’il s’agit de promouvoir la culture au sens large du terme.

Et comme chaque année depuis 1989, à la douceur de l’été, le ‘Festival au carré’ tient ses promesses en matière de réjouissance post Doudou.

En ce début juillet, les rayons du soleil sont plutôt généreux, de quoi vaguer au gré des nombreuses activités proposées. Les badauds déambulent ici et là à la recherche du bonheur absolu.

Et pour être tout à fait transparent, il ne faut pas marcher des kilomètres pour trouver de quoi se satisfaire, les échoppes et autres stands en tout genre se révélant nombreux : fanfare loufoque sur la Grand-Place, acrobates voltigeurs·euses dans les parcs, promenade musicale dans les rues, grands noms de la musique, du théâtre ou de la danse dans les salles et guinguette familiale et artistique au Jardin du Mayeur.

C’est à ce dernier endroit que votre serviteur file tout droit, un site notoire, un peu iconoclaste, sis à deux pas de la Grand Place.

C’est tout simplement féérique. De nombreux arbres plantés dans les années 30 s’imposent comme Maîtres des lieux afin d’y apporter un brin d’ombre providentielle. A moins qu’ils ne soient là pour veiller au grain étant eux-mêmes témoins, parfois depuis plusieurs décennies, des vicissitudes du temps. En tout cas, quel que soit le prisme choisi, entouré de bancs métalliques, l’endroit est propice à la détente et à la réflexion.

Il est environs 19 heures, lorsqu’un groupe étrangement baptisé Wazofou (prononcez oiseau fou) grimpe sur un podium flanqué en fond de parcelle, l’autre, au milieu, étant destiné à la ‘jam’ qui va suivre.

Celui qui drive ce projet n’est autre que Kevin Cools, ancien chanteur des groupes Niitch et Feel, une figure emblématique montoise puisque, non seulement c’est une des chevilles ouvrières du festival, mais il a également pris le relais de Mario Guccio chez Machiavel, à la suite de son décès, en 2018. Et pour la petite histoire, la voix et la personnalité de Cools avaient déjà tapé dans l’oreille de Guccio qui disait de lui qu’il était son ‘fils spirituel’.

Wazofou est né sur les cendres d’un trio fondé en 2014. À l’époque, Kévin avait créé le groupe Feel, en compagnie de Martin Moreau et François Hantson. Grâce à des compos certifiées dans la langue de Shakespeare, et au sommet d’une gloire naissante, la formation s’était même produite dans le cadre du Ronquières Festival. Après une longue séparation, le besoin et l’envie de se replonger dans la musique s’est à nouveau manifesté pour le plus grand bonheur de tous.

Il est accompagné de trois acolytes, un batteur, un bassiste et un autre guitariste. A noter que le drummer originel, Martin Moreau (par ailleurs préposé aux fûts chez Lemon Straw), s’est cassé le bras quelque temps auparavant. Il a donc dû déclarer forfait. La formation l’a remplacé au pied levé par un certain Théo. Et de souligner qu’en seulement trois répétitions, il a assuré une prestation du feu de Dieu.

Si le côté (pop)rock est toujours bien présent, le chant s’exprime en langue française. Parfois, même, en dialecte, le chanteur avouant lui-même parfois ne pas comprendre ses textes, à l’instar de « Le niliste », une compo écrite en 40 minutes seulement mais qui se distingue par une belle et longue intro au piano.

Wazofou, c’est de l'énergie 100% rock à l’état pur, qui navigue quelque part entre projet bien pensé, énergie délurée et esprit rebelle à peine refoulé.

Cools est à la voix ce qu’est le chirurgien au bistouri, un instrument parfaitement maîtrisé. Il y a évidemment l’enveloppe musicale, le plus souvent pétillante et joyeuse, mais également et surtout la personnalité de ce trublion de la (nouvelle) chanson française qui en fait des tonnes afin d’amuser le public, comme sur ce « Tout va bien » et cet orgue en filigrane. Une chanson dans laquelle groupe et public dansent en parfaite osmose.

Il y aura aussi des moments plus calmes et solennels, à l’instar de « Exister », une ballade aigre-douce aux relents poisseux ou encore « Terre », permettant à Cools de montrer toute la puissance de ses vocalises dans les aigus.

Le set n’a duré qu’une petite heure. Suffisant pour les uns, se satisfaisant d’une exploration musicale sans fond. Quant aux autres, gangrenés par la frustration d’un sentiment d’inachevé, il faudra là aussi malheureusement s’en contenter.

« C’est la vie » prend alors le relais d’une fin annoncée, une chanson qui permet aux guitaristes de belles envolées d’accords et de gammes en tous genres.

On retiendra aussi la spectaculaire reprise de « Requiem pour un con » du regretté Gainsbourg. Un moment de grâce, le chanteur s’affranchissant ouvertement d’insultes (second degré) à l’égard d’un public médusé. Mais pour la bonne cause évidemment !

Incarnant un groupe local complètement déjanté, Wazofou tient les promesses d’un rapace avide de sens et d’espace…

(Organisation : Surmars)

 

Tropical Fuck Storm

Le chaos organisé…

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Quatuor australien majoritairement féminin, très potes avec leurs prolixes compatriotes de King Gizzard and the Lizard Wizard, Tropical Fuck Storm est moins fécond. Et pour cause, « Fairyland Codex » constitue ‘seulement son cinquième opus en neuf ans d'existence.

Un disque au sein duquel figurent les ingrédients typiques de son maelstrom musical - indie rock, punk, reggae, jazz et blues - qui semble, pour la circonstance, naviguer dans l’œil plus calme du cyclone. Un elpee ‘presque’ apaisé donc, au chaos apparemment plus structuré, dont nous parle le seul membre masculin : le guitariste et chanteur Gareth Liddiard.

Qu’évoque la chanson « Joe Meek Will Inherit The Earth » dont le refrain est ‘Charity Begins At Home’ ?

Ce titre possède des références bibliques, à l’Apocalypse, au Livre de la Révélation, à l’agneau aux sept yeux et sept cornes…

Tout le monde manifeste aujourd’hui, que ce soit le 6 janvier en Amérique dans le cas de la droite extrême, voire des ‘black blocs’, pour la gauche radicale, toujours dans une atmosphère apocalyptique. Tous se comportent comme des moines-guerriers, prêts à combattre. 

Cette chanson proclame que le chemin vers l’enfer est pavé de bonnes intentions, chacun défendant une vision utopique de la société, à partir d’un point de vue particulier…

Mais, finalement, nous avons juste tenté d’écrire une chanson qui ressemble au « Smooth Operator » de Sade. Y a-t-il un meilleur sujet pour se référer à l’apocalypse (rires… jaunes) ?

Quelle est la signification de « Dunning Kruger’s Loser Cruiser », single qui figure sur cet elpee ?

‘A loser cruiser’, c'est un mot d'argot australien pour désigner un bus... C'est une supplique pour se procurer un peu de solitude, dans une société où désormais tout est public dans l'existence.

Votre portefeuille est sur votre téléphone, tout comme votre identité. Le monde vous scrute. Cette chanson exprime le souhait d'être oublié, ce qui est désormais un luxe. Juste être un ‘non-existant’ et ne pas être jugé.

Être ‘down under’ vous permet-il d’accomplir des acte renversés et renversants, lorsqu’on a la tête en bas (head over heels) ?

(Il rit) Oui, jusqu'à un certain point. Il existe une excellente citation de Tom Waits relative à la création musicale. Il recommande à peu près ceci : ‘Ce que tu fais doit être unique et, pour y parvenir, apprends d'abord à voler. Ensuite, apprends à voler à l'envers !’

Notre musique sonne un peu comme celle de Tom Waits ou Captain Beefheart, voire, dans un autre style comme celle des B-52's.

Par ailleurs, vu que nous vivons en Australie, nous sommes éloignés de tout. A Bruxelles ou Paris, vous êtes dans le monde, contrairement à nous. Nous n'allions pas assister aux concerts der Stan Getz, des Rolling Stones, des Beatles ou du Led Zeppelin...

Nous ne nous nourrissons de rien et sommes forcés de nous alimenter nous-mêmes. On peut se sentir frustrés d'être ainsi éloigné de tout ; puis, dépasser son désespoir en réalisant que l'on peut tout se permettre, y compris les approches musicales les plus extravagantes...

Ce que vous proposez est une sorte de chaos organisé ?

Le meilleur des chaos, parce que nous le plaçons dans une structure, comme on insère une photo dans un cadre. Nous mettons ce chaos au milieu du rythme de la charpente d'une chanson pop. Elle se transforme en quelque chose d’intéressant, intégrant de la folie et du... chaos. De la même manière que Sade peut adopter des airs suaves comme « Smooth Operator » ... (rires)

Vous paraissez obsédé par Sade.

Nous l'étions en enregistrant ce dernier album, ce qui était assez amusant. Sade est tellement attirante... Il est difficile de l'être à ce point.

Vous pouvez interviewer un large éventail de groupes ou d'artistes, ils seront tous d'accord sur ce point. Si vous interrogez Slash ou d'autres musiciens du style, ils vous répondront à quel point il est difficile d'être extrêmement heavy. Mais ils seront unanimes pour affirmer qu'il est pratiquement impossible d'être aussi attirante que Sade, de l'être à un point qui conduit à un art raffiné.

Plus sérieusement, le cancer du sein de Fiona Kitschin, bassiste et cofondatrice du groupe, a-t-il eu un impact sur votre musique ?

Oui. Si nous avions été plus jeunes, nous l'aurions évoqué dans nos chansons. Mais nous nous sommes retrouvés dans l'urgence ; nous avons pris beaucoup de temps pour nous occuper de Fiona, de son traitement. Et le temps est l'essence même, puisqu'il n'est pas infini.

C'était vraiment chiant, parce que nous sortions à peine de la pandémie. Nous avions ce nouveau projet Tropical Fuck Storm dans lequel nous voulions totalement nous impliquer, tourner après la COVID, profiter du bon temps... Bref, être actifs !

Le cancer de Fiona se déclenche et soudain, nous sommes de retour à la case départ. Et bien entendu, cette tumeur se révèle d'un autre calibre que cette grippe, même si elle était sévère.

Cette maladie a affecté notre production, depuis que nous avions vraiment goûté le moment de jouer en groupe.

Ce nouvel album est d'ailleurs moins foutraque et complexe, plus direct, parce que nous voulions juste prendre nos instruments et profiter d'être tous ensemble. Nous souhaitions donner l'impression d'être en live... prouver que nous étions en vie.

Tropical Fuck Storm est composé de trois filles et un garçon. Qu’est-ce que ça change ?

C'est différent. Les filles sont différentes des garçons dans la manière dont elles communiquent leurs émotions. Elles les affrontent et les expriment plus franchement ; ils les abordent indirectement. Ce qui ne signifie pas que la communication directe et émotionnelle féminine pacifie tout.

D'autre part, les femmes sentent différemment et meilleur que les hommes... mais se droguent autant qu'eux (rires).

Les filles sont de même tout aussi amusantes que les garçons. Leur humour est un peu différent. L’humour des hommes se pratique aux dépens des autres. Pas forcément celui des femmes. Ce qui ne les empêche pas d'être drôles.

Par ailleurs, les filles sortent autant que les mecs...

Finalement, elles sont tout aussi épuisantes et ont autant de mauvaises habitudes... Par exemple, lorsqu'il est préférable d’aller se coucher parce qu'il y a un concert le lendemain, les filles restent debout jusque 4h du mat' à boire et fumer.

Bref, elles sont différentes, mais, au bout du compte... c'est la même chose (rires) !

Tropical Fuck Storm : album « Fairyland Codex » (Fire Records), paru ce 20/06/2025

En concert

Reflektor (Liège) - 4 septembre

Wintercircus (Gand) – 6 septembre

 

Sparks

Audacieux, au risque de ne pas toujours provoquer des étincelles…

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Sparks, le duo américain formé par les frères Ron et Russell Mael, voit le jour à Los Angeles en 1968. Après avoir été l’un des groupes clés du glam rock, Sparks décide d’évoluer vers la synthpop et la new wave, s’inspirant notamment des productions disco. Produit par Giorgio Moroder, son huitième album, « No. 1 in Heaven », devient un succès critique et commercial en 1979. Toujours en constante évolution, changeant de style à chaque nouvel elpee, le tandem continue de sortir des disques avec régularité et se produit toujours sur les planches, plus de cinquante ans après ses débuts. Ron, impassible derrière son clavier, vêtu de son éternel costume noir, n’a pas changé à 80 ans. Son frère Russell (77 ans) est réputé pour sa voix impressionnante ainsi que ses prestations scéniques flamboyantes et hyperactives, contrastant fortement avec la rigidité de Ron Mael. Il arbore toujours des tenues excentriques et colorées.

Malgré une actualité pesante, notamment aux États-Unis, les frères Mael ont donc gravé un vingt-huitième opus, baptisé « Mad ! », ce 23 mai 2025, dont ils vont aujourd’hui nous présenter de larges extraits. » Un disque qui joue habilement sur la polysémie du mot : à la fois synonyme de folie et d’une colère sourde - un reflet juste de notre époque troublée. Le contexte est tendu : les incendies qui ont ravagé Pacific Palisades, leur quartier natal à Los Angeles, et la présidence controversée de Donald Trump nourrissent leur inspiration.

Comme en 2023, lorsqu’elle était venue présenter son avant-dernier long playing, « The Girl Is Crying In Her Latte », la paire revient au Cirque Royal, pour défendre son dernier opus. Il s’agit peut-être de sa dernière apparition en Belgique : Russell Mael signale lors d’une interview qu’aucun nouvel album n’est prévu pour l’instant. Le duo préfère désormais se concentrer sur la sortie et la production de son film « X Crucior ». 

Aucun supporting act n’est prévu. De nombreuses lampes leds à l’intensité lumineuse puissante sont insérés dans des énormes box rectangulaires entourés de barrettes de petites leds placées en hauteur par quatre et neuf rangées à l’arrière, entourent les artistes.

Une musique orchestrale symphonique intense résonne dans la salle et marque l’entrée du groupe. Sur une estrade surélevée au fond de la scène, prennent place en ligne : deux guitaristes, un bassiste et un drummer. Ron s’installe en front de podium, assis devant son clavier. Russell Mael s’adresse alors au public bruxellois en français, comme d’habitude : ‘Bonjour Bruxelles, est-ce que nous pouvons commencer le show ? Nous sommes les Sparks. Je vous présente mon frère Ron, et moi, je suis Russell ‘ avant d'entamer le très approprié « So May We Start », extrait de la musique du film « Annette », qui a été primé au Festival de Cannes.

Mais, c’est le très nerveux « Do Things My Own Way » qui donne le ton : un véritable cri du cœur, une déclaration d’indépendance artistique. En concert comme en studio, une chose est sûre : les Mael restent fidèles à eux-mêmes et ne cessent d’innover.

Le groupe prend une direction radicalement différente dès « Reinforcements », un virage audacieux mais fidèle à l’esprit de sa discographie, qui regorge de ces ruptures inattendues. Cette compo nous entraîne dans une sorte de vaudeville décalé, contrastant vivement avec l’explosion de tempo de « Academy Award Performance ».

« Goofing Off » est porté par un délicieux riff de guitare, évoquant des instruments venus tout droit du Moyen Âge. Un contraste saisissant, surtout à cause de ces cordes enregistrées sur bande en introduction. Un choix aussi étrange qu'intrigant. Sparks revient ensuite à l’univers de « No. 1 Song In Heaven », caractérisé par ses rythmes dansants et ses synthétiseurs entraînants, sur l’énergique « Beat The Clock ».

« Suburban Homeboy », déclamé par Ron Mael, s’avère d'une ironie cinglante et « All You Ever Think About Is Sex » est tout simplement hilarant. On a également droit à la célèbre marche robotisée de Ron ; ce moment où il se lâche brièvement, pour ensuite retourner bien sagement vers ses claviers, impassible comme toujours.

Certaines des nouvelles compositions du dernier LP passent mieux en ‘live’ que d’autres. « Running Up A Tab At The Hotel For The Fab » sonne différemment de la version studio, et il faut un certain temps pour s’y habituer. Et que ce soit sur « MAD » ou en public, « JanSport Backpack » reste un peu agaçant. Il n’est pas facile à facile à digérer en concert, même si l’interprétation live s’avère légèrement supérieure.

Cependant, parfaitement choisi, « Music That You Can Dance To » fait littéralement exploser la fosse en une joyeuse ébullition dansante.

Le set, brillamment construit, accompagne l’ambiance avec des sonorités électroniques irrésistibles, notamment sur « When Do I Get To Sing "My Way” ». Même le stoïque Ron Mael se laisse emporter, esquissant quelques-uns de ses meilleurs pas de danse sur « The Number One Song In Heaven », pour le plus grand plaisir du public. Un moment aussi hilarant qu’inattendu. D’autant plus que ressentant des bouffées de chaleur, il a besoin d’un ventilateur pour se rafraîchir.

Grâce à l’énergie entraînante propre à la formation et à la voix toujours remarquable de Russell, « The Girl Is Crying In Her Latte » rallie, une nouvelle fois, tous les suffrages.

A l’instar des trois shows précédents accordés en Belgique, « All That » sert de clap de fin. Un ultime adieu livré avec intensité et une émotion palpable.

Sparks a présenté, au Cirque Royal, plusieurs morceaux inédits, inégalement appréciés. Mais pour le reste du concert, le duo a exploré sa vaste discographie, proposant, une nouvelle fois, une sélection de chansons largement différente de celle des tournées précédentes…

Setlist : « So May We Start », « Do Things My Own Way », « Reinforcements », « Academy Award Performance », « Goofing Off », « Beat The Clock », « Please Don’t Fuck Up My World », « Running Up A Tab At The Hotel For The Fab », «  Suburban Homeboy » (lead vocals by Ron), « All You Ever Think About Is Sex », « Drowned In A Sea Of Tears », « JanSport Backpack », « Music That You Can Dance To », « When Do I Get to Sing "My Way" », « The Number One Song in Heaven », « This Town Ain't Big Enough For Both Of Us », « Whippings And Apologies « ,  « Lord Have Mercy ».

Rappel : « The Girl Is Crying In Her Latte », « All That »

(Organisation : GRACIA LIVE)

Hellfest 2025 : du jeudi 19 au dimanche 23 juin

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Un bilan s'impose après quatre jours passés au Hellfest, un festival qui a bien mérité son nom cette année ! Entre la programmation enflammée et une chaleur digne des enfers, l'édition 2025 a été mémorable.

Le festival a subi une véritable métamorphose. L'entrée a été entièrement repensée et accueille désormais les festivaliers sous une arche gigantesque, défendue par la désormais célèbre Gardienne des enfers. Cette imposante machine donne le ton dès l'arrivée.

Parmi les autres nouveautés notables, on découvre le restaurant ‘Hellcity’, parfait pour une pause gourmande loin du tumulte des scènes.

Nouvelle zone nichée près du Metal Corner, la Purple House abrite une scène à 360° en forme de cage.

L'ancien emplacement de la gardienne a laissé place aux anciens très appréciés brasiers, parfait pour s'isoler de la foule des main stages ou pour se réchauffer si toutefois on en ressentait le besoin lors des températures caniculaires.

Heureusement, l'organisation est parvenue à gérer cette chaleur extrême en proposant des aménagements bienvenus : arrosage des festivaliers, gourdes autorisées, et points d'eau en libre accès, même si on en aurait apprécié quelques-uns de plus pour fluidifier les files d'attente.

Jour 1 : Le festival démarre en force. La Valley vibre grâce au doom des Suisses de Tar Pond, du stoner de Slomosa, et surtout du noise rock de Chat Pile, qui nous offre un set incroyable d’une quinzaine de morceaux. L'occasion de parfaire sa culture cinématographique grâce aux suggestions du chanteur qu'il partage entre chaque titre.

La journée est également marquée par les performances énergiques de Soft Play (anciennement Slaves) et de Jinjer, qui bénéficie de la technique incomparable de ses musiciens et la voix impressionnante de Tatiana Shmayluk. Impossible de ne pas mentionner Sunn O))), dont les décibels sont les seuls à grimper plus haut que le mercure du thermomètre par cette chaleur caniculaire, et Orange Goblin, les légendes du stoner qui, depuis 1994, n'ont rien perdu de leur superbe. 

Jour 2 : Cette deuxième journée est dominée par la Valley. Wormsand ouvre le bal, suivi par Crippled Black Phoenix. Un des moments forts est incontestablement le concert de Pentagram, dont les expressions de l'iconique Bobby Liebling continuent de fasciner. Mais le clou du spectacle demeure Hermano, le ‘very special guest’ mené par le légendaire John Garcia.

Petite incartade à la Warzone pour assister au concert des Sex Pistols, qui se distingue par l'énergie débordante de Frank Carter. Si la rencontre des deux semble une bonne idée, l'alchimie tant espérée s’est révélée laborieuse.

Jour 3 : Le hardcore est à l'honneur en compagnie de Pest Control, Spy, Nasty, et Terror. Mais le black metal n'est pas en reste, à travers les prestations des Sibériens de Grima et des étoiles montantes Agriculture.

La soirée atteint alors son apogée et on va se prendre deux claques mémorables. La première grâce à Deafheaven, qui confirme tout le potentiel de son dernier album "Lonely People with Power", en livrant une performance irréprochable. Ensuite, Russian Circles, les maîtres du post-metal, auteurs un set parfait, comme d’habitude.

La journée s'achève par le très attendu Turnstile, porté par son nouvel opus, "Never Enough".

Jour 4 : Déjà le dernier jour ! La dernière ligne droite commence pour nous sur la Warzone pour y accueillir le punk hardcore de Gouge Away suivi, sur la Temple, par l’expérimental Aluk Todolo. La journée est aussi marquée par l'ambiance potache de Gutalax, dont les aficionados, vêtus de combinaisons blanches, sont armés de brosses de toilettes badigeonnées de chocolat.

Les indétrônables Walls of Jericho dispensent un des meilleurs sets de l'édition sur la Warzone, prouvant qu'ils n'ont rien perdu de leur énergie depuis leur dernier elpee, paru en 2016. En face, sur la Valley, Jerry Cantrell et Greg Puciato nous offrent un concert tout aussi qualitatif.

Mais le véritable rouleau compresseur de cette édition n’est autre que Knocked Loose. Pendant qu'une partie des festivaliers regarde et écoute Linkin Park, la formation américaine a tout simplement imposé sa suprématie sur la Warzone. Enchaînant sans répit "Blinding Faith", "Don't Reach for Me" et "Mistakes Like Fractures", elle a instantanément conquis le public. Le set s'est achevé sur "Everything is Quiet Now", mettant un point final grandiose à cette édition.

Lorsque les dernières notes sont jouées, le décor fait jaillir ses dernières flammes tandis que la foule se disperse vers le camping et les dernières navettes avant que le Hellfest n'éteigne ses dernières lumières. Le festival est déjà terminé et il ne nous reste plus qu'à attendre l'édition de l'année prochaine.

Rendez-vous du 18 au 21 juin 2026. Le prochain Hellfest affiche déjà sold out pour ses pass 4 jours mais les plus chanceux pourront peut-être encore mettre la main sur des pass 1 jour. Gardez l'œil ouvert pour ne pas manquer leur mise en vente !

Que vous souhaitiez faire un rattrapage ou revivre une partie du festival, n'oubliez pas que bon nombre des concerts de cette année restent visionnables sur Arte Concert (voir ici)

Et pour les photos, c’est

(Organisation Hellfest)

 

 

The Maccabees

Un retour gagnant…

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Séparé en 2017, The Maccabees s’est reformé en 2024 pour accorder une prestation en tête d'affiche à All Points East, dans la banlieue londonienne. Ce set a marqué le début d'une série de concerts préparatoires à travers l'Europe avant son passage à Glastonbury.

Originaire du sud de Londres, le band est devenu notoire pour sa narration émotive et sa musicalité ciselée. The Maccabees a durablement marqué la scène rock indépendante britannique à travers ses quatre elpee sculptés dans un post punk, qu’il teinte parfois de folk.

La première partie est assurée par le jeune troubadour anglais, Willie J. Healey. A son actif, trois opus, dont le dernier, « Bunny », remonte à 2023.

Il est seul sur les planches, armé d’une guitare semi-acoustique. Et pas de boîte à rythmes, comme il a pourtant l’habitude de se servir.

Impossible de ne pas aimer Willie J. Healey. Sa musique est vive et facile à écouter, relevant vaguement du genre indie/folk alternatif. Son style n'est pas vraiment révolutionnaire, mais ne manque pas de charme et surtout passe bien la rampe : ses paroles et sa musique sont bien écrites, et il compose d'excellents morceaux

Il combine avec brio l’esprit de Neil Young, des Beatles et d'Elvis Costello, tout en ajoutant une touche contemporaine de funk, probablement empruntée à David Bowie. Willie J Healey chante l’amour sous toutes ses formes et il est parvenu à dispenser un set sympa, malgré la chaleur étouffante qui règne dans la salle (page ‘Artistes’ ici). 

Setlist : « She's Heroin », « Little Sister », « True Stereo », « Sure Feels Good », « Heavy 94 », « My Room », « The Apple », « Songs For Joanna », « Fashun »

Les fans se pressent contre le podium, en attendant son groupe fétiche. Dès son entrée en scène, The Maccabees est vivement acclamé, et notamment, son chanteur compositeur Orlando Weeks. Le line up implique les frères Hugo et Felix White à la guitare, Rupert Jarvis à la basse et Sam Doyleaux aux drums. Depuis 2010, Will White les accompagne en ‘live’, aux synthés.

Puissant mais contrôlé, le light show souligne la présence scénique du combo et immerge immédiatement les premiers rangs dans une ambiance électrique.

La formation ouvre son concert par « Latchmere » et « Lego », extraits de son premier long playing, paru en 2017, « Colour It In », suscitant une vague de nostalgie instantanée. Felix White, visiblement exalté, enflamme la foule en hurlant : ‘On est les putains de Maccabees !’ D’ailleurs, tout au long de la performance, interactif, il n’a de cesse d’entretenir une connexion intense avec le public, l’incitant à chanter fort sur « Precious Time » ou à donner le meilleur pour fêter ce grand retour.

L’accueil de l’auditoire est à la hauteur de l’événement : enthousiaste, ému, profondément reconnaissant. Orlando, de sa voix aérienne et maîtrisée, s’accompagne à la gratte semi-acoustique sur plusieurs morceaux.

Subtilement construite, la setlist propose un bel équilibre entre extraits des quatre albums et titres phares. Les tubes s’enchaînent, portés par l’alchimie redoutable des deux sixcordes et pimentés par la voix magnétique d’Orlando. Au fil du temps, l’intensité du show ne fait que croître, le groupe démontrant une efficacité redoutable, tant sur le plan sonore que scénique.

Le son, fidèle à la réputation du groupe, est impeccable. « Kamakura » nous réserve un moment de grâce. En retrait, Orlando laisse les guitares apaisées envelopper l’auditoire dans une atmosphère envoûtante. Un instant suspendu, comme un souffle retenu au cœur d’un concert incandescent. Le titre éponyme du dernier elpee, « Marks To Prove it », fait mouche. Le band a visé juste. Les sixcordes sont furieuses et les chœurs s’envolent. Un petit bijou qui nous entraîne dans une danse déchaînée. Jusqu’à l’explosion des drums. Cette chanson frôle la perfection, alors que la voix d’Orlando guide les siens à travers toutes les dissonances.

« Pelican » achève brillamment le show. Moment choisi par les guitares pour décoller, à nouveau.

On regrettera, néanmoins, la pop mièvre de « Feel To Follow », qui a dû ravir, cependant, les fans de… Coldplay voire de Foals.

Cette célébration de la joie s’est transformée en fête vibrante de la musique, de l’amitié et de la communauté fidèle qui s’est formée autour de la formation au fil des ans. Un rendez-vous rare, chargé d’émotion, pour raviver la magie d’un groupe qui a marqué au fer rouge toute une génération de rock indépendant…

Setlist : « Latchmere », « Lego », « X-Ray », « Feel To Follow », « Kamakura », « Wall Of Arms », « First Love », « Precious Time », « Can You Give It », « Spit It Out », « No Kind Words », « Marks To Prove It », « Grew Up At Midnight », « Something Like Happiness ».

Rappel : « Toothpaste Kisses », « Love You Better », « Pelican »

(Organisation : Live Nation)

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