Claud et la musique

Claud sortira son troisième opus studio, « Me and the Music », ce 23 octobre 2026. Ce long playing succède à Supermodels paru en 2023. Pour accompagner cette annonce, il a partagé le single « She Doesn't Love Me », sous forme de clip (et il est disponible…

Aucun remboursement de prévu pour les Lambrini Girls

Le duo punk Lambrini Girls sortira son deuxième album, « No Refunds », le 15 janvier 2027 chez City Slang. En attendant, il a partagé un tout nouveau single, « Bang Bang Bang », accompagné d’un clip vidéo. Successeur de leur premier elpee, « Who Let The Dogs…

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Crosby, Stills & Nash

After The Storm

Sans le concours de Neil Young, David Crosby, Steve Stills et Graham Nash n'ont gravé ensemble ou individuellement qu'un seul elpee accompli, le tout premier. Passons sous silence l'excellent "If I could only remember my name" de Crosby, puisque ce morceau de plastique résulte essentiellement de la rencontre entre l'élite des musiciens de la West Coast organisée fin des sixties, début des seventies à cet effet. Eponyme, la première expérience du trio constitue avec ses "Judy Blue Eyes: suite", "Marakesh Express", "Guinnevere" et "Woman Ships", un album incontournable de l'histoire du rock et de la pop. C'est d'ailleurs en 1969, au festival de Woodstock que CS&N se sont véritablement révélés en interprétant ces compositions. Flanqué de Neil, le groupe connaîtra pourtant encore des heures de gloire. Mais à l'issue de cette lune de miel, les événements vont se dégrader pour finalement atteindre quelques années plus tard, un seuil véritablement dramatique. Et pourtant, lors du vingt-cinquième anniversaire de Woodstock, Crosby, Stills & Nash nous avaient paru reprendre quelque peu du poil de la bête. Il nous a fallu cependant déchanter à l'écoute de cet "After The Storm". Les voix ont beau se conjuguer en harmonie, l'étincelle ne jaillit plus. Elle nous paraît même éteinte, pour l'éternité. Triste à pleurer !

 

Slowdive

Voler de ses propres ailes…

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Quand Slowdive, groupe anglais de Reading, est passé au VK, il y a près de deux ans, il avait surpris les trop rares spectateurs présents. On s’attendait à un set mou et ennuyeux, et on a eu droit à un véritable enchantement sans baisse de tension. Ne les ratez sous aucun prétexte lors de leur prochain passage (sans doute en novembre). Conversation recueillie auprès de la craquante Rachel Goswell (guitare et chant).

Je me souviens de ce concert à Bruxelles. J'étais vraiment très malade. J'ai vu la vidéo que quelqu'un avait filmée. C'était la dernière date de la petite tournée qu'on avait accomplie et j'avais attrapé un sérieux refroidissement. Je me sentais vraiment mal, ce soir-là. Dans les loges, il y avait des lits de camp, et en arrivant, avant de monter sur scène, je m'y suis évanouie. Et quand c'était l'heure de manger, je n'ai rien pu avaler. Après le concert, je suis retournée immédiatement me coucher sur ce lit de camp. On me demandait : ‘Ca va, Rachel?’ Et moi, j'étais là à gémir : ‘Oaahh! Je suis malaaade...’ C'est très ennuyeux parce que chaque fois qu'on part en tournée, je la termine très malade. C'est horrible.

Est-ce la raison pour laquelle, tu t’es assise sur le sol ?

(rires) J'avais tout-qui tournait. Je croyais que j'allais m'évanouir. Et on me disait : il faut jouer ce concert! On est allé aux Etats-Unis pour un mois, en mai, il y a un an. Le matin suivant le dernier concert, quand je me suis réveillée, j'avais perdu ma voix. Je ne pouvais plus parler. En rentrant en Angleterre, quelques jours plus tard, j'ai dû rester au lit pendant trois semaines. J’ignore la raison. On voyage dans un car où on dort aussi ; si quelqu'un chope un rhume, tout le monde est contaminé.

Sur votre nouvel album, les morceaux ressemblent plus à de chansons qu’à des pièces atmosphériques...

Il a fallu un an et demi pour enregistrer cet album. Le précédent, trois mois. Et on écrivait en même temps qu'on enregistrait. Cette fois, on a d'abord répété les chansons. Nos goûts musicaux ont changé, aussi. On est beaucoup plus satisfaits de cet album et du processus de confection. On compose déjà de nouveaux morceaux qui sont plus ‘ambient’, pour le prochain disque. Neil écoute des choses comme The Orb. Et on expérimente de nouvelles voies, à l’aide de synthés... Ca change tout le temps, en fait.

'The scene that celebrates itself’ (la scène qui s'autocélébre) est quasi disparue. C’est une bonne nouvelle pour vous, non?

Au moment où on a sorti notre premier album, il était facile de vendre pas mal de disques vu cette scène créée de toutes pièces par la presse anglaise. Nous, on bénéficiait de l'effet de ‘hype’, comme Chapterhouse, par exemple. C'est comme si maintenant, on volait enfin de nos propres ailes. On ne peut nous associer à personne d'autre, c'est bien mieux pour nous ; ce qui nous permet d’appréhender comment notre disque est reçu, selon ses propres qualités. Nous ne sommes plus à la mode, nous ne sommes pas Suede! Tout a changé et on préfère cette situation. C'est d'ailleurs ce qu'on a toujours voulu : mais on ne peut pas faire grand-chose contre un intérêt outrancier de la presse.

Une autre étiquette qui vous colle à la peau, c'est une image de groupe triste ?

Les gens s'attendent à ce que nous soyons très sérieux. Ils nous imaginent l'air malheureux en concert. C'est très amusant car lors des interviews, on nous pose toujours des questions très sérieuses. Et quand les gens nous rencontrent, ils nous avouent : ‘C'est dingue, vous ne ressemblez pas à ce qu'on attendait de vous.’ Nous sommes des gens heureux, mais quand on joue ensemble, c'est cette musique-là qui sort. Je ne sais pas pourquoi.

Enfant, tu étais plutôt triste ou joviale ?

J'étais vraiment heureuse. J'ai vécu au Pays de Galles jusqu'à mes 7 ans. Ma mère est infirmière et mon père, à ce moment-là, était ingénieur. C’est à cette époque qu’on a déménagé pour Reading. Je m'en souviens parce que j'aimais bien vivre dans ces petits bungalows entourés de champs, au Pays de Galles : c'était magnifique. A Reading, la vie était difficile : j'avais un accent gallois à couper au couteau, et, quand je suis allée à l'école primaire, tout le monde se moquait de moi. Et pendant mes deux premières années, je me suis mise à haïr l'Angleterre. Mais je n'ai pas connu de traumatisme particulier, pas plus que la moyenne des enfants. J'ai vécu ma crise d'adolescence à 16 ans. Elle ne s'est pas très bien passée. A cause de mon père. J'ai quitté la maison et il n'y a plus eu de problèmes.

Tu ne fais pas beaucoup d'efforts pour entretenir la légende de tristesse de Slowdive?

(rires) Je pense que le vécu de Neil (chant, guitares et composition) a été plus difficile. Son père l'a foutu dehors. Avant qu'on soit signés, Neil fréquentait le collège mais il était censé aller à l'université pour étudier la littérature anglaise. Il a décidé d'arrêter un an pour se consacrer au groupe et son père l'a mis à la porte. Il s’est tapé des petits boulots de nuit pour payer son loyer. Le jour, il allait au collège. Il a peut-être été plus traumatisé que nous...

Les gens attendent que vous ressembliez à vos disques...

Cette réflexion me rappelle une anecdote amusante : lors de nos premières tournées, en Angleterre, les spectateurs interpelaient notre ingénieur du son quand on était sur scène pour demander si on utilisait une bande! Ils ne comprennent pas comment on tire de telles sonorités de nos guitares. A cause de nos disques, ils étaient persuadés qu'on devait mimer les chansons, en concert...

Vous avez dit que la population de Reading vous acceptait mal. La situation s’est améliorée aujourd'hui?

Oui, on est beaucoup mieux intégrés qu'avant. Beaucoup de gens étaient agressifs uniquement parce qu'on était signés par une maison de disques. Les autres groupes étaient jaloux. ‘Vous êtes vraiment nuls. C'est nous qui aurions dû être signés. Nous sommes bien meilleurs.’ Ils venaient nous apostropher quand ils lisaient une mauvaise critique à notre sujet. Par contre, quand elles étaient bonnes, c’était le silence radio. Jusqu'alors, quand on jouait à Reading, l'ambiance était assez glaciale, le public semblait dire ‘Allez, impressionnez-nous!’

(Article paru dans le n°17 du magazine Mofo de novembre 1993)

 

Iggy Pop

Reformer les Stooges ? C’est bon pour les publicitaires

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A lui seul, Iggy Pop incarne plus de vingt ans de rock'n'roll. Ses folies, ses excès, et aussi sa générosité sans faille constituent le fonds de commerce de son job numéro un : performer / songwriter!

Inutile de reprendre la liste des superlatifs existants ou de se plonger dans les encyclopédies, pas la peine de rédiger une bio-express qui mentionnerait son aventure chez les Stooges, le soutien de David Bowie, ses participations au cinéma et la confection d’une quinzaine d'albums : Iggy reste un cas à part dans le music-business. Et pourtant, il nous a accordé une interview après son concert, au festival Pukkelpop...

Que penses-tu de ta prestation, ce soir?

Je me suis vraiment bien marré. En plus, j'étais vachement excité : vingt minutes avant de monter sur scène, je ne savais même pas que mon album était déjà sorti ici! C’est un type qui est venu me dire qu’il avait aimé mon album. J'étais plutôt surpris et je n'ai pu que lui demander où il avait pu l’entendre…

A propos de concert, depuis une dizaine d'années, tu n'interprètes plus de compos issues de "Soldier", "The Party" ou même de "Zombie Birdhouse". Tu ne les aimes plus ou quoi?

Non, pas du tout (sourire embarrassé). Je vais y réfléchir pour la prochaine fois, promis.

Ton nouvel album s'intitule "American Caesar". Si tu es César, qui est Brutus? Et Cléopâtre?

(Rires) Yeah, j'y ai tout de suite pensé! Je rencontre des tas de Cléopâtre dans ce job. Presque chaque nuit... Elles viennent se balader dans ma loge (NDR : il mime une pétasse légèrement en rut). Et pour Brutus... eh bien, il faut toujours se méfier.

Pour réaliser "Brick by Brick", tu as reçu le concours d’un tas de collaborateurs (NDR : dont Slash et Duff des Guns et David Lindley). Ton dernier est plutôt un album solo?

Ecoute, il est solo, mais j'ai également eu beaucoup de soutien. Pas de grosses personnalités, mais des gens qui ont effectué une carrière en solitaire, mais susceptibles de m’apporter de bonnes idées. Pour créer de la bonne musique, il est préférable de se débarrasser des personnalités un peu trop notoires. En fait, pour faire du bon boulot, tu dois avoir une relation plus intime avec tes collaborateurs. Certains, dont les noms ne te diront pas grand-chose m'ont apporté une aide précieuse. Le producteur Malcolm Brun, par exemple, est un jeune type qui a énormément de talent.

"American Caesar" baigne dans un état d’esprit très proche assez proche de "Kill City" et "New Values". D’accord ?

Oui, comme à l’époque où je prenais pas mal de risques. Et j'en ai aussi pris beaucoup pour le dernier, car il y avait des idées auxquelles je tenais absolument. J'ai donc pris des risques à ma façon. La chanson "Caesar" en est un bel exemple.

C'est la première fois que tu évoques aussi ouvertement tes rapports avec la dope sur une chanson. "Perforation Problems", c'est une chanson thérapeutique?

Elle a une histoire. J'étais au Liquor Store du coin et je tombe sur le cd d’Alice ln Chains. Je mate les titres du disque qui... parlaient tous de came. C’est le point de départ des textes que j’ai écrit pour ce titre. Je n'ai plus besoin de thérapie pour aborder le sujet. Je ne me souviens pratiquement plus de mes problèmes. Et quand ils reviennent à surface, je ne me sens pas très bien, mais ils disparaissent assez vite.

Tu as des regrets quand tu penses à cette période de ton existence ?

(En riant) Si je n'avais pas fait cette expérience, j'en aurais. Je me demanderais comment c'est, et je ne le saurais pas. Ainsi, au moins, je le sais (rires).

Tu as de nouveau composé "American Caesar" à la guitare. Tiens-tu à cette méthode de travail ?

Cette interview va se terminer. Cette lumière va s'éteindre (il désigne les spots), la télé va sauter, il n'y aura plus... Et s'il n'y avait plus de fusées, ni de bombes, ni de télé, ni de films? Et si tout s'arrêtait? On dépendrait alors de nouveau des ressources humaines. Que pourrions-nous faire pour jouer de la musique si nous ignorons comment utiliser une guitare et jouer un truc avec? On serait incapable de faire quoi que ce soit ! Je trouve donc qu'il est important de pouvoir s’en servir. Si on se prétend bon musicien, on doit être capable de composer une chanson très simple sans avoir recours à la technologie. On devrait, en fait, pouvoir y parvenir sans le moindre instrument. Ecoute si je ne venais pas de monter sur scène, j’aurais pu (léger sourire) te chanter une chanson ici en direct, a cappella. C’est important de commencer à la base. Aujourd’hui, il existe de la musique qui déprime et rend malade. Ce n'est que de la merde et c'est chiant.

Lorsque tu montres ta bite sur scène, ne crains-tu pas de devenir auto-parodique, ridicule et prévisible?

Non, d'abord ce n’est pas systématique et puis je n'ai pas peur de ce que pensent les gens. Franchement, tout le monde se fiche de ce que les critiques disent, non ? Tu peux dire ce que tu veux, moi, je m’en fous. C’est personnel ce que je fais. Si tu préfère un orchestre philarmonique, c’est ton droit.

Le Velvet de ton vieil ami Lou Reed s’est reformé cette année. Des promoteurs t’ont déjà proposé de remonter les Stooges ?

(Sèchement) D’où tiens-tu cette info ?

De nulle part, c’était juste une question…

(Rassuré) C’est un fantasme de journalistes, non ? C’est bon pour les publicitaires.

Et le cinéma ? As-tu tourné récemment ?

Oui, j’ai fait un chouette truc pour la série « Coffee & Cigarettes » de Jim Jamush, en compagnie de Tom Waits, comme partenaire.

(Article paru dans le n° 17 de novembre 93 du magazine Mofo)

 

Radiohead

Expatriés culturels

Écrit par

Ces Anglais-là trouvent le répertoire de Suede aussi excitant qu'une pub pour poudre à lessiver, affirment que la musique pop est morte, que son salut viendra d'eux et dans le même temps, en profitent pour décrocher un hit avec une chanson qui, ironie du sort, dénonce l'hypocrisie et l'absurdité des charts, « Anyone con play guitar ».

Influencée tant par U2 et Julian Cope que par Elvis Costello, The Only Ones et même Nirvana, la pop caustique de Radiohead a au moins le mérite de ne se rattacher à aucun courant musical actuel, s'inscrivant plutôt dans une tradition ‘songwriter’ typiquement anglaise. Excellents 45 tours, dont le fabuleux "Creep", et premier album rafraîchissant ("Pablo Honez"), le groupe d'Oxford –comme Ride et Candy Skins– est à ranger dans la catégorie des outsiders, aux côtés de PJ Harvey et des Auteurs. Gare au hype ? Nos interlocuteurs : Thom Yorke (chant/guitare), flanqué des frères Greenwood, Colin et Jan, respectivement bassiste et guitariste.

Ce qui frappe d'abord à l'écoute de vos morceaux, c'est le pessimisme et le côté ‘loser’ qui en émane. Vous pensez être représentatifs de votre génération?

Colin Greenwood: en Angleterre, on aime les chansonnettes propres et gentilles. Sous prétexte que les nôtres sont plus sombres, parfois dépressives, les programmateurs, conformément à leur code moral, refusent de les diffuser sur antenne. Ils estiment qu'elles sont subversives, dangereuses pour la jeunesse; ils craignent des suicides. Pourtant, ils n'hésitent pas à passer les disques de REM qui sont, eux aussi, assez noirs. Mais bon, on n'a pas le statut de REM. "Creep" s'est quand même vendu à 20.000 exemplaires, ce qui n'est pas mal, puisqu'il n'a bénéficié d'aucune promotion radio.
Thom Yorke: Nos paroles sont peut-être dépressives mais elles reflètent simplement la réalité à laquelle nous sommes confrontés. On vit une époque particulièrement morose.

Sur votre 45 tours "Pop is dead", vous proclamez la mort d'un genre qui vous fait vivre. Paradoxal non ?

Jon Greenwood : C’est une constatation. Les maisons de disques exploitent de plus en plus les fonds de tiroirs. Les disques qui se vendent le mieux sont ceux d'artistes décédés ou artistiquement morts. Comme Rod Stewart, par exemple.
T.Y.: La dimension artistique de la musique est en train de disparaître, au profit du marketing. La plupart des productions actuelles ne touchent plus la sensibilité des gens, elles sont complètement aseptisées. Certains groupes s'étonnent que leur disques ne se vendent pas; c'est normal, ils sont trop éloignés des préoccupations des jeunes, ils vivent sur un nuage.

C'est quand même le public qui décide, non?

T.Y.: On peut les manipuler facilement. Beaucoup de produits musicaux sont de véritables insultes adressées à l’auditeur ou au spectateur. L’industrie du disque prend les gens pour des imbéciles. Radiohead va à l’encontre de cette croyance : on respecte le public. Tout est ciblé de nos jours. Acheter un disque de Janet Jackson ou un carton de lait demi-écrémé au supermarché, c’est du pareil au même. Tu sais exactement ce que contient le produit avant même de l’avoir ouvert ! La curiosité et l’intelligence de celui qui l’achète ne sont pas sollicitées. Si tu prends REM, par exemple, chaque album est différent du précédent. Ce groupe se remet en question.
C.G. : De toute façon, si une firme dépense 5 millions de FB pour la promotion d’un 45 tours, c’est un hit garanti.

La musique pop n’est-elle pas reléguée au second plan au profit d’une culture plus vaste ?

T.Y. : La culture pop est récupérée par les médias, par la publicité notamment. Elle n’exerce plus aucune fascination sur le public en tant que telle. C'est devenu un phénomène de masse. Auparavant, la musique créait les modes, aujourd'hui, c'est le contraire.
C.C.: Si tu te retrouves sur la couverture du Melody Maker ou du NME, alors tu as toutes les chances de réussir. Ce n'est pourtant pas un critère objectif. On vend beaucoup plus de disques que certains groupes qui font la une de ces journaux. Radiohead ne fait pas l'objet d'une grande attention médiatique mais cette situation ne nous empêche pas d'avoir du succès. C'est le public qui juge, pas la presse spécialisée.

Vous vous reconnaissez parfois dans le film "Spinal Tap" (NDR: racontant les narrant les déboires d'un groupe en tournée, "Spinal Tap" est une satire du rock et de ses clichés) ?

C.C.: On a parfois du mal à trouver le chemin de la scène ou celui des loges! (rires). C'est surtout aux Etats-Unis qu'on se prend au piège du star-system. Tu descends de l'avion, tu quittes l'aéroport et là, une limousine t'attend. Il paraît que ça coûte moins cher que le taxi! On est plongés dans un univers artificiel. Il faut garder les pieds sur terre, éviter de se laisser tenter par la facilité et l'autosatisfaction.
J.C.: La seule façon de garder ses distances par rapport aux excès du show-business, c'est d'être conscient des règles du jeu. Sinon, c'est la chute. En tant que groupe pop, nous avons des obligations: répondre aux lettres de nos fans, aux questions des journalistes... La promotion fait partie du jeu, il faut l'accepter et surtout, ne pas perdre son sens de l'humour.
C.G.: Aux USA, tout le monde donne l'impression d'être cool avec toi. Alors, pendant une semaine, tu dois sourire et serrer la main de centaines d'inconnus. Fatiguant!

Une anecdote particulière sur la démesure américaine?

C.G.: On était invités à une émission radio et l'animateur nous a proposé de répondre, par téléphone, aux questions des auditeurs. La plupart des appels provenaient de jeunes filles nous priant de résoudre leurs problèmes sentimentaux et sexuels. On ne savait vraiment pas quoi dire! Au début, on pensait que c'était un programme humoristique mais non, pas du tout, c'était très sérieux. Je ne vois pas comment 5 musiciens anglais peuvent venir en aide à une jeune Américaine de 14 ans qui prend de l'acide parce qu'elle vient de se faire jeter par son petit ami. Heureusement, nous avons un batteur spécialement entraîné pour répondre au courrier du cœur... (rires)

Comment jugez-vous la musique anglaise des années 90? Est-elle facilement exportable?

T.Y.: La plupart des groupes anglais actuels sont nombrilistes, ils se fichent éperdument de l'Europe continentale. Pour eux, se rendre en Allemagne ou en Italie pour y faire de la promo, c'est une perte de temps. Ce n'est pas notre attitude, on se considère comme des expatriés culturels : chaque fois qu'on se rend dans un pays étranger, on s'y plaît et on n'a pas envie de rentrer à la maison. Ca fait plaisir de voir que des journaux belges ou hollandais parlent de notre musique. Pour nous, réussir une carrière ne se limite pas à la conquête du marché britannique. Le rock doit être universel. Cette conviction est renforcée par le fait que les médias anglais nous ignorent. Dès le début, on a été obligés d'aller voir ailleurs. Certains groupes attendent trois ans avant de mettre les pieds en Europe!

Une de vos chansons s'intitule "Anyone can play guitar". Vous visez quelqu'un en particulier ?

T.Y.: Les gens prennent le rock trop au sérieux. C'est avant tout un divertissement. Dommage qu’on en ait fait un business. Il ne faut pas être un génie pour jouer de la guitare ou pour chanter. Je pense particulièrement à des groupes comme Therapy? ou Quireboys. Cela dit, nous sommes réellement les suiveurs du rock anglais! (NDLR: C'était la pensée du jour).

(Article paru dans le n°16 du magazine Mofo d’octobre 1993)

Cocteau Twins

Luttes d’indépendance

Écrit par

Cocteau Twins est de retour, et c’est une première, son nouvel album, « Four-Calender Café », n’est pas sorti chez 4AD, mais Phonogram. Et Liz Frazer, chanteuse, frêle créature, avait beaucoup de choses à dire, ses mots se bousculant dans un désordre maladroit, comme si elle s’était tue trop longtemps, pour finalement éclater d’un rire un peu embarrassé : ‘Et dire, explique-t-elle, que j’étais celle qu’on n’arrivait jamais à faire parler !’

Pour la première fois j’étais consciente que quelque chose de nouveau se produisait. Du temps de « Blue Bell Knoll » j’étais incapable d’écrire des textes, de parler de mes sentiments. Ce qui a débouché sur un album sans aucun mot, facile à réaliser. Et que j’aime bien. Mais aujourd’hui, j’ai changé… En fait, j’avais déjà essayé, dès « Heaven or Las Vegas », mais je ne m’y étais pas bien prise. J’éprouvais toujours des difficultés à accepter que les créations ne répondent pas à mes attentes ; et je culpabilisais. Pourtant, je ne suis qu’un être humain qui commet des erreurs comme tout un chacun. Pour cet album-ci, changement de cap : certains textes ne sont pas loin d’être des concessions. Nos albums, finalement, sont des documents qui balisent notre existence, qui déterminent où nous en sommes, mentalement. Du temps de « Blue Bell Knoll », j’étais introvertie ; mes talents pour la communication étaient si… ils sont toujours assez minimaux. Le groupe lui-même était dans une mauvaise passe : il y avait tant d’événements qui s’étaient produits dans nos vies privées ; de la douleur, des personnes auxquelles on tenait qui mourraient, pas mal de relations qui s’arrêtaient… Notre humeur était assez autodestructrice ; on a consommé pas mal de drogues et entre nous trois, nous ne parlions plus ! Si on ne s’était pas ressaisis, on n’aurait pas réalisé d’autre disque. Mais les choses ont évolué : de toute façon, on était descendus si bas qu’on ne pouvait que remonter.

Pourtant, sur « Iceblink Luck » de « Heaven or Las Vegas », tu chantes ‘I’m happy again’ d’un ton enjoué…

C’est dans ma nature. Et pour continuer à avancer. On me demande toujours pourquoi je souris. J’essaie de réagir comme si je ne ressentais pas la souffrance. Ce qui ne m’a peut-être pas totalement réussi, mais j’ai essayé. Auparavant, mes textes ne me concernaient jamais. Ils étaient bien sombres et romantiques, mais je parlais de ce qui se passait autour de ma personne, sans jamais citer de noms. C’était imaginaire, rien qui se soit réellement produit.

« My Truth » y fait allusion ?

Le titre correspond à ce que je viens de dire, mais ‘ma vérité’, c’est quelque chose d’autre… qui ne cesse de changer ! Cette chanson marque de grands bouleversements dans mon comportement. Je commence à me distancer de Robin (Guthrie, le guitariste, compositeur et père de leur fille Lucy Belle). Notre relation basée sur la dépendance était assez malsaine. On ne pouvait plus rien faire l’un sans l’autre. Changer, c’est ce qui peut nous arriver de mieux.

Pourtant, vous vivez ensemble, travaillez ensemble…

On a essayé d’en sortir mais pas en utilisant la bonne méthode. Je suis honnête : j’écris des textes sur ce qui me préoccupe. Et ma relation avec Robin m’inquiète : est-ce une bonne relation ? Ai-je pris les bonnes décisions ? Il faut réévaluer tout ce qui est arrivé. Avant, je ne le faisais jamais, parce que je craignais que Robin m’en empêche ; j’avais peur de sa réaction, je craignais que ça le rende triste. Attention, je ne révèle pas de secrets sur notre vie privée, je pose simplement la question : devons-nous être ensemble ?

Et tu en as parlé à Robin ?

Depuis peu. C’est le seul moyen. Sinon, on fait du surplace, on tourne en rond. J’avais alors commencé par me réfugier dans mes rêves, une manière de me ‘soigner’. On ne parlait jamais, parce qu’on croyait ne pas en avoir besoin. On était tellement proches, parler n’était pas nécessaire, on était censés lire les pensées de l’autre. Pourtant, notre relation ne cessait de se détériorer. Heureusement, on a fini par s’en rendre compte.

L’absence de Robin (il a la coqueluche) te permet de raconter des choses que tu n’aurais pas osé dire en sa présence ?

Apparemment. Mais cette situation ne devrait pas se produire. Je dois apprendre à m’exprimer quand nous sommes ensemble. Je l’ai toujours considéré comme mon supérieur. Je ne suis pas la seule à adopter un tel comportement, mais il peut te détruire.

L’avenir de votre relation ?

Je ne sais pas. Ce qui importe vraiment, c’est qu’on reste amis. Nous sommes partenaires pour les affaires, nous vivons ensemble, nous sommes quasis mariés, nous avons une petite fille. Et c’est très difficile d’être ‘bon’ pour toutes ces valeurs à la fois.

Et Simon Raymonde, le bassiste dans cette histoire ?

Je me sens très vulnérable. Simon, lui a toujours été fort. Peut-être ne subissait-il pas la même pression ? Enfin, je ne veux pas le sous-estimer. Simon est merveilleux, c’est vraiment le 3ème Cocteau Twins. Je suis triste quand on le décrit comme la 5ème roue de la charrette, comme le membre qui est venu s’ajouter par la suite. C’est injuste.

Pourquoi avez-vous quitté 4AD ?

On n’a pas quitté 4AD, Ivo (le patron de 4AD) a eu l’intelligence de nous laisser partir. Et ce départ s’est passé sans blessures graves. On a vécu des problèmes relationnels avec Ivo. Les affaires et l’amitié, tout était mélangé dans un grand foutoir. Quand on s’est rencontrés, Ivo était très jeune. Même si à l’époque, il nous paraissait vieux (il approchait la trentaine et on avait à peine vingt ans). Notre relation professionnelle s’est dégradée et notre amitié en a souffert. Tout le monde était à cran.

Une conclusion ?

Positive ! Maintenant qu’on a arrêté cet horrible cycle de destruction, d’isolation… (je n’exagère pas). J’ai toujours des difficultés à demander de l’aide. Aujourd’hui, j’arrive enfin à me sentir au même niveau que les deux autres. C’était dans la tête puisqu’eux, ils m’ont toujours considérée comme leur égale.

(Article paru dans le n° 16 du magazine Mofo d’Octobre 1993)

 

The Levellers

La prochaine révolution sera écologique…

Écrit par

Positions anti-gouvernementales, croisades contre les oppresseurs, préoccupations écologiques, concerts de charité : les Levellers mêlent rock et fonction sociale. Un combat qui n'est pas sans rappeler celui des Clash. Douze ans de thatchérisme ont assassiné les rêves d'une génération... A l'instar de Manic Street Preachers, les Levellers constatent les dégâts ; mais au nihilisme des Gallois, ils opposent une attitude positive et volontaire. Et les laissés pour compte de la société capitaliste ont trouvé en eux une voix capable de faire entendre la leur : le folk-punk romantique de ces anarcho-hippies dépose une gerbe d'espoir au pied d'une Angleterre meurtrie et met un peu de baume dans le coeur de ses victimes. Pour mieux comprendre leurs protests songs, rien de tel que de tailler une bavette en compagnie du guitariste Simon Friend et du violoniste Jon Sevink…

Il paraît que votre producteur, Marcus Draws, vous imposait une demi-heure de salsa tous les matins, avant d'enregistrer ?

Simon : Ce n'était pas vraiment de la salsa mais plutôt du bruit, histoire de se défouler.
Jon : Tous les matins, vers l0h, après le déjeuner, on prenait son pied en jouant des percussions de toutes sortes. Marcus et moi avons une passion commune pour la salsa et la samba.

Vous avouez piquer des sons à gauche et à droite. Votre originalité est dans la façon dont vous synthétisez vos influences?

S. : Notre principale influence reste l’observation du monde qui nous entoure. Tous les groupes ont des influences, c'est inévitable. Comme au sein des Levellers, nous aimons tous plus ou moins les mêmes musiques ; et notre manière de jouer en porte évidemment les traces.
J. : Sur « Belaruse », par exemple, on a superposé un riff heavy metal et un violon tzigane. Ce qui traduit notre ouverture d'esprit.
S. : Il ne me viendrait jamais à l'esprit de reproduire tel quel un son que j'ai entendu et qui me plaît. Clash, par exemple, est un de nos groupes préférés mais on ne peut pas se contenter de les parodier.

Vous n'aimez pas l'étiquette folk, trop limitative. Jon, tu as même dit que vous n'étiez pas plus folk que les Clash. Etes-vous aussi ‘punk’ qu'eux, alors?

J. : Pas vraiment. Le punk, c'était en 77, un mouvement musical mais aussi et surtout social. Je n'avais que 12 ans à l'époque. Aujourd'hui, en 1993, il n'existe plus de culture punk.
S. : De toute façon, les Clash, même si on les a assimilés au courant punk, étaient avant tout un groupe de rock, avec des influences funk et reggae.

Et la culture hippie, vous a-elle marqués?

J. : Oui. Elle était porteuse de valeurs qui nous tiennent à coeur mais les hippies étaient aussi des fainéants qui passaient leur temps à ne rien faire, si ce n'est à fumer des joints. Notre attitude est plus dynamique. On combat les inégalités qu'on rencontre en Angleterre. Par exemple, depuis quelques années, les autorités y mènent campagne contre les bohémiens, sous prétexte qu'ils perturbent l'ordre public, ce qui est complètement faux. Parmi ceux-ci, il y a des jeunes qui, obligés de quitter les villes parce qu'ils sont sans emploi et sans abri, voyagent à travers le pays. Ils ont formé de petites communautés nomades. On y rencontre aussi des personnes qui, de leur plein gré, ont choisi de vivre en harmonie avec la nature. Parce qu'on a pris leur défense et qu'on mène parfois, nous aussi une vie de bohème, on nous a associés à ce mouvement. Rien que pour nous, la presse musicale a créé le genre ‘crusty’. Ce terme (NDR: sale, pouilleux) est une insulte à la dignité de ces gens. Il fait référence aux vêtements qu'ils portent. Pourtant, leur hygiène de vie est très saine. Ce sont des êtres humains, il faut les respecter. Le plus amusant, c’est qu'actuellement, beaucoup de jeunes issus de la classe moyenne s'habillent comme des vagabonds. Même les grands couturiers s'intéressent aux ‘crusties’. Il y a là un phénomène de récupération, comme pour le grunge. Du même coup, certains journalistes ont retourné leur veste et défendent maintenant la cause de ces nomades, parce que c'est à la mode. Ca me dégoûte.

Le folk est une de vos influences majeures. Cette musique n'est-elle pas en contradiction avec la réalité des années 90 à laquelle vous faites si souvent allusion?

S. : Pas du tout. Le folk a toujours eu une dimension protestataire. Le folk irlandais a toujours eu un côté rebelle. Il s'est soulevé contre la monarchie anglaise et l'Eglise. C'est une musique très forte. Le problème, c'est qu'on l'associe trop souvent à des formations comme les Dubliners, qui passent leur vie au pub.
J. : Le folk nous a essentiellement influencé au niveau mélodique. Je pense que les plus beaux airs, les plus belles mélodies viennent du folk.

Le prix démocratique des CDs et de vos concerts se justifie-t-il par la présence, dans votre public, de nombreux jeunes sur la paille?

S. : On le fait pour eux mais aussi pour les autres. Le but du rock'n'roll n'est pas de ramasser un maximum de fric sur le compte du public. Légalement, il devient de plus en plus difficile parce qu'il y a un cartel, en Angleterre, qui contrôle le prix des disques.

Avez-vous l'intention de renouveler les ‘freakshows’ de vos débuts, quand votre set était inclus dans un spectacle avec danseurs, acrobates et trapézistes?

J. : En Europe, ce n'est pas possible pour le moment : on n'attire pas encore la toute grande foule. Si c'est le cas, on essaiera de reproduire ici les shows qu'on donne en Angleterre. On aime les spectacles interactifs. Ce que crée Perry Farrel chez Porno For Pyros me plaît beaucoup : inclure des numéros visuels, inspirés du cirque, dans un concert rock, c'est une très bonne idée. Les spectateurs en ont pour leur argent. C'est plus intéressant que de réaliser des clips vidéo.

Dans « The Boatman » vous chantez: ‘Si je pouvais choisir la vie qui me plaît, je serais batelier’. Utopie?

S. : Je suis idéaliste, je ne le cache pas. Il est important de se fixer des buts dans l’existence, c'est ce qui nous donne la force de se lever chaque matin. A vrai dire, j'apprécie les plaisirs simples de la vie, au quotidien. Beaucoup de gens ne se rendent pas compte que le bonheur se trouve là, près d'eux.
J. : Dans cette chanson, tu peux remplacer le mot ‘batelier’ par tout ce que tu veux. L'important, c'est que tes rêves deviennent réalités. On pense tous à quelque chose qui nous rendrait heureux pour le reste de notre existence.
S. : On est à l'aube du XXIème siècle, il faut accepter la réalité telle qu'elle est, même si parfois elle fait mal. La vue du béton et des gratte-ciels m'horrifie, c'est mon côté hippie qui refait surface. Je ne me bats pas pour une vie plus saine, j'y crois, c'est tout.

Qu'est-ce que tu entends par vie ‘plus saine’?

S. : Une vie menée en toute simplicité. Ne pas utiliser les ressources naturelles de la terre à des fins destructrices. En Angleterre, il faut se battre mentalement pour acquérir ces droits. Si je décidais d'aller vivre au beau milieu d'une forêt, on aurait vite fait de me virer... Le gaspillage est un mal qui me préoccupe beaucoup, aussi. Quand tu vois la quantité d'eau qui coule dans un pot en tirant la chasse d'un WC! Effrayant. Cette eau ne pourrait-elle pas être utilisée autrement ? Il y a tant de zones désertiques sur la planète! Les gouvernements ne m'inspirent aucune confiance ; trop de responsabilités incombent à un trop petit nombre de personnes. Je ne supporte pas l'idée que des politiciens aient ma destinée entre les mains. La prochaine révolution sera écologique, c'est inévitable.

Peut-on vraiment changer le monde lorsqu'on estime que le paradis, c'est de ‘s'asseoir près d'une rivière, autour d'un feu, en fumant une cigarette’ (cf. « Far From Home ») ?

S. : Oui parce qu’on communique aux gens une expérience positive qui peut susciter chez eux l'envie de faire la même chose. C'est une prise de conscience du bonheur. A quoi aspire le changement si ce n'est au bonheur?

Vous aidez financièrement une organisation comme Greenpeace?

J. : Greenpeace est une grosse machine, dotée de moyens financiers importants. Il existe beaucoup d'associations caritatives qui ne disposent pas de tels moyens ; ce serait dès lors injuste de ne verser de l'argent qu'à Greenpeace.

(Article paru dans le n°15 du magazine Mofo de septembre 1993)

The Verve

Adepte des voyages astraux

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"La musique de Verve nous fait traverser des climats vertigineux, extatiques, puis des turbulences tempétueuses, dramatiques, avant de revenir contempler des horizons paisibles, fragiles, propices aux rêves les plus impressionnistes". Cette réflexion empreinte de poésie adolescente (sic!), ne pouvait pas mieux tomber pour introduire l'interview que nous a accordée le leader charismatique du groupe, Richard Aschcroft. Un gars étonnant, ambitieux, philosophe, mystique et cultivé qui a les pieds sur terre, mais la tête dans les nuages...

Tout comme l'album de Suede, "A storm in heaven" a été porté aux nues avant même sa sortie. Ne penses-tu pas que cet engouement prématuré soit une arme à double tranchant?

Au début, cette situation m'a beaucoup amusé. Il n'est pas fréquent de voir un groupe indie sur la couverture des magazines. Mais une telle publicité n'était pas pour me déplaire; même si parfois elle s'est avérée excessive. Mon but est de faire de Verve un groupe important. Quelque chose qui ne peut cependant pas se réaliser du jour au lendemain. Nous prenons du recul par rapport à tout ce qui se dit et s'écrit. Mais il est exact que jusqu'à présent la presse s'est montrée positive à notre égard. La presse écrite, surtout. Car la radio ne semble pas tellement s'intéresser à notre sort...

Mais bien à Suede pourtant?

Suede est un bon groupe, mais il ne draine pas le même public que Verve. Nous sommes capables de jouer devant n'importe quel public: rock, danse, psyché,... Une faculté d'adaptation qui s'explique par l'éclectisme de nos goûts musicaux. Nous écoutons aussi bien des groupes allemands des seventies, tels que Can, Amon Düül, Faust et Neu, que des artistes américains comme Neil Young ou Big Star.

Tu as pourtant déclaré que la musique de Verve n'avait pas besoin de références?

Exact! Nous avons notre propre style musical. Je ne crois pas qu'il soit possible de le comparer à celui d'un autre groupe. Parce qu'il n'est que pure évasion. Et c'est la raison pour laquelle nous éprouvons un plaisir immense à jouer "live".

Tu défends des concepts néo progressifs là (rires) ?

Je veux que Verve atteigne une grande richesse musicale. Un son unique fait de rock, d'ambiant, de psychédélisme et de tas d'autres choses. N'importe qui est susceptible de pousser le volume à fond de son ampli lorsqu'il gratte une guitare. Regarde ce qui se passe pour l'instant à Seattle!... Mais cela ne m'intéresse pas que la musique enfle, gronde ou explose. Un album doit devenir un ami. Permettre de t'y confier le matin, l'après-midi ou le soir. C'est un ami qui t'écoutes et que tu écoutes... La musique de Verve tente d'atteindre cet objectif. Parce qu'elle vient du coeur. Une émotion que nous essayons de transcender sur scène. Nous accordons beaucoup d'importance à l'improvisation, mais la technique ne suit pas toujours. Surtout lorsque tu développes une musique élaborée, difficile à canaliser; et qu'il t'est demandé de démontrer l'étendue de tes capacités en quarante-cinq minutes!

Est-il exact que tu aspires à devenir une star? Es-tu un idéaliste?

Oui, je veux devenir célèbre. Mais sans mettre en jeu mon intégrité. Il n'est pourtant pas facile, pour un jeune groupe d'observer une ligne de conduite. Parce qu'un tas de prétextes peut à tout moment en modifier l'orientation. Nous avons tous entre vingt et vingt et un ans et sommes de véritables amis. Ce qui explique pourquoi le groupe est toujours aussi soudé aujourd'hui qu'il y a deux ans. Nous voulons faire mentir le préjugé selon lequel un groupe doit attendre cinq ans avant d'enregistrer quelque chose de valable. J'estime notre âge idéal pour le style musical que nous pratiquons. C'est en tout cas plus original que de copier Nirvana ou Pearl Jam. Appartenir à un courant alternatif indépendant, c'est aller à l'encontre des temps et des modes!

Le public est-il indispensable lors d'un concert de Verve? Est-il exact que tu ériges une barrière entre le groupe et les spectateurs?

Je désire communiquer avec le public, mais spirituellement, pas physiquement. Je déteste me prostituer dans un bain de foule. Un concert de Verve ressemble à une pièce de théâtre. Tu assistes au spectacle, et puis tu rentres chez toi. Je reconnais que six mois plus tôt, nous accordions des rappels. Mais cette forme de compromis n'avait aucun sens. Nous voulons donner naissance à un moment privilégié. Jouer notre set, puis disparaître dans les coulisses, dans la profondeur de la nuit. Et laisser le spectateur conserver une bonne image du concert. J'aime que les gens continuent de rêver après notre spectacle, qu'ils laissent aller leur imagination. Qu'ils se posent des questions au sujet du groupe. Sur son identité, sa personnalité, son message...

La musique de Verve traduit-elle un voyage à travers l'espace mental? Reflète-t-elle des climats dramatiques, exotiques ou extatiques?

C'est un cocktail de tous ces concepts! Nous tentons d'embrasser l'éventail d'émotions le plus large possible. Oui, je veux qu'elle soit dramatique. Mais pas d'une manière pompeuse. Et surtout pas en me pavanant dans un stade. Dramatique, mais à l'échelon humain. Extatique aussi, lorsqu'elle se met à flotter. Elle n'est pas exclusivement focalisée sur les accords de guitare. Elle fluctue. Nous ignorons même parfois les turbulences qui l'agitent. "Live", nous n'avons pas toujours la maîtrise de son développement ou la connaissance de son aboutissement. Sauvage, belle ou atmosphérique, elle nous entraîne avec elle lorsque nous en perdons le contrôle. Elle devient multidimensionnelle. C'est elle qui nous guide. Pas notre ego ou notre personnalité. A quoi ressemblera notre prochain album? Personne ne le sait. Ni moi, ni les autres musiciens du groupe. Nous entrerons en studio avec nos désirs et nos rêves et les traduirons dans la musique avec cet esprit de liberté qui nous hante.

Votre démarche n'est-elle pas liée à la consommation de drogues et d'alcool?

D'une certaine manière. Parce que nous composons sous influence. Nous propageons une certaine culture musicale en marge de tout système, une culture musicale qui cherche à rencontrer la plénitude. Et si quelqu'un a recours aux expédients pour y parvenir, je respecte son choix. Mais Verve lui offre une nouvelle alternative beaucoup plus saine pour atteindre cet absolu: sa musique...

Tu as déclaré que sur les planches, tu étais capable d'incarner quinze à seize personnes différentes susceptibles de propager des millions de pensées. Est-ce une scission ou une multiplication de la personnalité?

Je ne sais pas si tu as vu notre vidéo. J'y joue plusieurs rôles en même temps. C'est la projection de mon état d'esprit lorsque je suis sur scène, des différents voyages que j'entreprends en compagnie de Verve. En concert, je plane très haut dans les airs. Je suis détaché de mon être. Remercier le public romprait le charme. Retour sur la terre: "Bang !". C'est pourquoi, à l'issue d'un set, j'ai besoin d'un certain laps de temps, une bonne demie- heure, pour récupérer, pour retrouver la parole. Pour redevenir moi-même. Je suis un grand adepte des voyages astraux. Je crois aux manifestations de la parapsychologie. La musique de Verve me permet de sortir de mon corps. Là-haut, la perception des choses est totalement différente, fascinante même...

(Version originale de l'interview parue dans le n° 17 - novembre 1993 - de Mofo)

 

 

 

 

Spiritualized

Etre indé, c’est la clef du succès

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Programmé en première partie de Depeche Mode, Spiritualized a vécu une situation étrange. La formation n’a pas été annoncée. Aussi, quand les lumières se sont éteintes, le public pensait voir arriver leurs chéris. Du coup, il ne voudra même pas entendre Spiritualized ! Une musique tellement éloignée du groupe-vedette qu’elle restera incomprise, et c’est bien dommage. Car finalement, malgré les conditions épouvantables, le concert sera superbe. Rencontre avec le leader, ex-Spacemen 3, Jason Pierce, peu de temps avant de monter sur les planches, pour leur deuxième soir, à Forest National.

Je voulais que Spiritualized soit la continuation de Spacemen 3, mais de façon différente. Le projet Spacemen 3 était devenu stérile, très intense mais d’une intensité stérile : il n’allait nulle part. Les concerts étaient de plus en plus prévisibles. Or, ce que j’aime dans les concerts, c’est l’imprévisible, justement. Communiquer des sensations très diverses dans un seul show. C’est la raison pour laquelle j’ai fondé Spiritualized.

Ce qui est assez étonnant, c’est que vous pouvez jouer des mêmes accords, très longtemps sans que la chanson devienne ennuyeuse, lui communiquant même un côté hypnotique…

C’est une question d’intensité à faire monter graduellement. A force de jouer la même chose pendant un certain temps, les gens peuvent entendre leurs propres sons, des choses qui leur appartiennent personnellement. C’est un peu comme regarder une image de télévision qui ne se focaliserait sur rien de précis. On finit par créer ses propres images. Dans notre musique, on présente des choses minimales, directes. Les gens finissent par y entendre des mélodies. Et si ce qu’on fait ressentir est bien, c’est que c’est bon.

Sur « Lazer Guided Melodies », les six premiers morceaux sont assez courts, les six autres plus longs…

Il y a clairement deux parties. Dans la première, les chansons sont plus classiques. Ce qu’on construit est toujours basé sur des chansons. Il ne suffit pas qu’il y ait un bon son, il faut d’abord une chanson. On fait avant tout du rock et pas, par exemple, de la musique industrielle.

Que retires-tu de l’expérience ‘Depeche Mode’

C’est très étrange de se produire devant 10 000 personnes qui te détestent. Si on avait su, on n’aurait pas accepté cette proposition. Ce soir on va jouer un set plus radical, tant qu’à faire. Une telle expérience représente tout le contraire de pourquoi on a envie de faire de la musique. Dans de telles circonstances, les compos peuvent prendre une nouvelle signification, une mauvaise signification. Une chanson comme « Smiles » est destinée à faire naître le sourire sur les visages de ceux qui l’écoutent alors qu’ici, c’est tout le contraire. C’est perçu comme si on disait ‘fuck’ au public ! On ne va pas continuer cette tournée très longtemps. Au début, on se disait ‘pourquoi pas’ ? Mais finalement, on ne voit pas très bien l’intérêt. C’est curieux, c’est comme si on était dans une bulle en plexiglas, dans un monde parallèle qui ne permette pas de rencontre avec celui du public.

Quand as-tu commencé à t’intéresser à la musique ?

Quand ? Je ne sais pas. Mais comment, oui. J’ai commencé à m’y intéresser vers 16-17 ans. Je suis devenu passionné par les groupes américains : les Stooges, les Cramps, Gun Club, Fleshtones… Quand j’ai commencé à jouer de la musique, je suppose que c’était assez proche de ces groupes ; et petit à petit, on a commencé à se forger un son qui nous était propre. Mais on n’a jamais essayé d’appartenir à la scène indépendante. Parce que la scène indé, c’est le ‘mainstream’. Tout le monde veut sonner comme un groupe indé, c’est la clef du succès. Depeche Mode est un groupe indé ! En Angleterre, des labels comme Virgin ou RCA distribuent des labels indépendants, car ils ne peuvent se faire passer comme tels.

N’y a-t-il pas un projet pour changer les charts indés en charts alternatifs ?

Mais comment va-t-on déterminer qui est alternatif ou qui ne l’est pas ? Et qui en a quelque chose à foutre ? La plupart des groupes veulent sonner comme le dernier groupe à succès. Certains ont besoin de réagir contre quelque chose. Pour nous, on s’en fout. Et puis je pense qu’il est très facile d’être avant-garde, bizarre. Il est plus difficile d’essayer de créer quelque chose de beau. Très facile de reproduire des sons à la mode, surtout si c’est pour masquer l’absence de mélodie. 3% de la dance-music et de la techno est intéressante, mais les 97% qui restent, c’est du déchet. On essaie de se cacher derrière un style de musique. C’est comme les groupes qui se complaisent dans le sous-My Bloody Valentine. Ils oublient que sous le bruit, les mélodies de My Bloody Valentine sont fortes. Chez eux, c’est créatif.

(Article paru dans le N° 14 de juin 1993 du magazine Mofo)

 

Peter Hammill

J'ai été frappé par la force de la musique...

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Dernier ambassadeur du grand ordre des excentriques anglais (auquel appartiennent, en outre, Syd Barrett, Nick Drake et Kevin Ayers), Peter Hammill n'a toujours que très peu de notoriété publique. Pourtant, ce musicien complet, ce chanteur exceptionnel, ce poète compositeur prolifique occupe depuis plus de vingt ans une position clef dans le panthéon de l'histoire du rock. Pensez donc, des artistes comme Bowie, Johnny Rotten ou même Robert Smith se sont réclamés de lui. C'est vrai que Peter, aussi bien en compagnie du Vander Graaf Generator qu'en solitaire, n'a jamais rien fait comme les autres. Et c'est probablement parce qu'il n'a jamais voulu faire la moindre concession aux temps et aux modes, qu'il a obtenu ce statut de culte. En 1993, il nous propose même, tout au long de son dernier album "The Noise", sa version du noisy! Rencontre avec ce personnage fascinant pour un entretien très riche, très profond. Un entretien auquel l'artiste s'est plié avec beaucoup de gentillesse et de simplicité. Un entretien qu'il nous accordé en français. C'est si rare et épatant qu'il faut le souligner!

En intitulant ton album "The Noise", n'as-tu pas voulu donner une nouvelle version à la 'noisy'?

Le Vandergraaf Generator consommait déjà la 'noisy' voici plus de vingt années, mais en y injectant une force positive. "The Noise" produit un bon bruit, celui de la force fondamentale du rock. A 44 piges, je pense avoir conservé l'esprit et l'âme d'un gars de 20 ans. J'aime changer régulièrement de style, et aujourd'hui, je reviens à la 'noisy' pure et dure, comme je ne l'avais plus pratiquée depuis une décennie; et tu vas pouvoir t'en rendre compte lors du concert!

N'envisages-tu pas un jour de reconstituer le VDGG?

Non, c'est de l'histoire ancienne! J'ai définitivement tourné la page. Je déteste les réunions nostalgiques destinées à exploiter la gloire du passé. Ce qui ne nous empêche pas de nous rencontrer, et de rester tous très amis. Mais pour une reformation, c'est non!

Dave Jackson joue quand même sur ton disque!

Oui, mais plus sur scène. Il est venu nous voir jouer à Londres, mais la scène ne l'intéresse plus. Il travaille dans un complexe d'art à l'extérieur de Londres. Il se consacre à la rééducation des handicapés par la musique. Guy est impliqué, dans un projet pédagogique plus ou moins similaire, mais à Londres. Quant à Hugh, il est toujours passionné par les claviers... Sur scène, c'est autre chose. C'est une expérience chaque fois unique, comme chez ce groupe en compagnie duquel je compte encore collaborer pendant une bonne année.

Tu préfères jouer seul, flanqué d'un piano ou d'une guitare, ou encore soutenu par un backing band ?

Les deux formules sont aussi intéressantes, et je les apprécie tout autant. J'aime expérimenter toutes les facettes de l'interprétation. A l'instar de l'enregistrement ou du 'live'. En solo, l'expression repose sur la voix. Elle peut flotter sur la musique... Mais la force d'un groupe, et particulièrement celle de celui-ci dans sa capacité d'improvisation. Car aucune partition n'est écrite, et chacun peut épancher sa propre sensibilité. Mais ce n'est possible que si l'ensemble est véritablement soudé!

Est-il exact que tu prépares un spectacle à Lille, en compagnie d'un orchestre philharmonique?

Oui! Et j'espère qu'il pourra se concrétiser. Le projet n'est encore qu'à ses balbutiements. J'ai rencontré le chef d'orchestre. Nous en avons débattu dans les grandes lignes. Il pourra peut-être voir le jour l'an prochain. Mais je ne souhaite pas m'étendre davantage sur ce sujet, car tout est encore à faire...

Pourquoi es-tu devenu musicien et pas écrivain?

Parce que j'ai été frappé par la force de la musique! Ecrire un bouquin prend beaucoup de temps. Tu ne vois pas la réponse du lecteur. C'est ingrat! Dans la musique, la réaction est immédiate. En public, bien sûr, mais également lors d'un enregistrement, où tu parviens à te surprendre toi-même...

Qu'est ce que l''Amour' pour Peter Hammill?

Le moteur de la vie! Personnellement, je le partage avec ma famille, mon épouse, mes filles...

Est-ce que la mort constitue pour toi, la fin de l'existence ou le début d'une nouvelle vie? Crois-tu à la réincarnation?

Je suis agnostique (NDR: personne qui professe que ce qui n'est pas expérimental est inconnaissable et, notamment, n'a pas d'opinion sur la religion), pas athée. Je ne suis pas un philosophe, mais je crois à un temps liquide qui me permet d'observer ma propre vie. Dans le temps présent, elle va du point A, la naissance, vers le point B, la mort. Dans le temps liquide, les deux points sont déjà ensemble. La réincarnation ne concerne que le temps présent. Elle peut se produire dans un animal ou une autre personne, mais n'est pas systématique. Je ne crois pas non plus à la réincarnation par paliers qui permet de perdre ou de gagner une vie meilleure ou moins bonne... Toutes les vies présentes sont probablement des réincarnations...

Te considères-tu comme un artiste marginal ou intemporel?

Je n'ai jamais voulu composer une musique difficile, mais intelligente et personnalisée. D'autre part, j'ai toujours voulu explorer des styles différents. Et puis, j'accorde une énorme importance à la richesse de la musique et au message qu'elle doit véhiculer. C'est peut-être la raison pour laquelle elle semble parfois complexe. C'est vrai qu'aujourd'hui une telle attitude se fait de plus en plus rare. Trop d'artistes suivent des règles préétablies par l'industrie du business. En ce qui me concerne, j'ai toujours voulu demeurer imprévisible. C'est dans ma nature! C'est sans doute pourquoi je suis encore un peu marginal, un peu intemporel. Mais je ne suis pas responsable de cette situation; la faute incombe aux autres. Et je déclare ceci sans la moindre manifestation d'égoïsme!

Penses-tu que l'argent est la source principale de l'égoïsme?

Je ne le pense pas. L'argent est une manière de le démontrer. Tu peux t'isoler sur une île du Pacifique, en ne vivant que de noix de coco, et encore faire preuve d'égoïsme. L'égoïsme est un problème psychologique. Il n'est pas seulement dû au matérialisme, il illustre une extériorisation de l'individu.

Dans ton œuvre, les thèmes de la mer, de l'océan et de la solitude reviennent régulièrement à la surface. Constituent-ils les symptômes d'une angoisse ou la recherche de l'infini?

La mer, l'océan, représentent des symboles. Mais la solitude, l'identité, la spiritualité sont des sujets auxquels j'accorde beaucoup d'importance. Ces thèmes, je les ai développés différemment au cours de ma carrière. Il y a vingt ans, mon écriture était plutôt intolérante, égocentrique. Je jugeais tout en noir et blanc. Aujourd'hui, ma vision du monde est plutôt grise. Au lieu de m'étendre sur mes angoisses avec mélancolie, je pose des questions comme un auteur, comme un romancier, sans nécessairement y répondre. Il est d'ailleurs possible de traiter ces sujets sous d'autres formes d'art. Disons que je tente de soulever des interrogations qui peuvent intéresser tout le monde, et pas exclusivement ma propre personne.

Comme dans ta chanson "The Great European Store" où tu sembles très ironique au sujet de la construction de l'Europe?

Je crois à l'Europe, mais en même temps, j'estime qu'il est indispensable de préserver les identités des pays et des régions du Vieux Continent. Je ne veux pas de  cette Europe standardisée, peuplée des mêmes magasins, affichant les mêmes produits de consommation, de cette image de l'Europe planifiée. Ce qui ne veut pas dire que je partage le point de vue de certains Britanniques qui s'opposent à l'entrée de mon pays dans l'Europe. Tu pourrais, c'est vrai, interpréter la chanson ainsi. Je crois à l'Europe, et en même temps sa construction me fait un peu peur. Je voyage depuis plus de vingt ans, et j'ai constaté une métamorphose des villes. Lorsque je me réveille, le matin à l'hôtel, je ne sais plus exactement où je suis. L'environnement est identique; et ce n'est que lorsque tu manipules de l'argent que tu parviens à te localiser sur la carte. Pourtant, l'avenir appartient à l'Europe... Malgré les difficultés et les coûts inhérents au traité de Maastricht, l'Europe peut continuer sans l'Angleterre, mais l'Angleterre sans l'Europe?...

Tu as fondé ton propre label, "FIE Records". N'est-ce pas plus difficile de voir sa production distribuée par plusieurs relais indépendants (NDLR: Rough Trade en Belgique et New Rose en France), plutôt que par un major?

J'ai relevé de Virgin pendant de nombreuses années, puis j'ai fait un bref intermède chez Enigma (NDR: label californien distribué chez nous par EMI), et je me suis  rendu compte que nous n'étions pas sur la même longueur d'ondes pour le marketing. En fait la promo était insuffisante, si pas nulle. Aussi, comme j'avais acquis suffisamment d'expérience dans ce domaine, j'ai décidé de gérer mes propres affaires. De l'enregistrement à la promotion, en passant par la pochette... Bien sûr, c'est un peu plus de boulot, mais je pense ne pas trop mal me débrouiller. Et puis, si ce n'est pas parfait, ce sera toujours mieux qu'une grosse maison de disques qui ne fait rien pour vendre mes albums. Enfin, le label est un peu un pari sur l'avenir. C'est un choix adulte, et j'en tire une certaine satisfaction personnelle.

Quel sentiment éprouves-tu vis à vis de 'Virgin' aujourd'hui?

J'entretiens de bonnes relations avec 'Virgin', car il gère les droits de tous les disques de 'Charisma'. Il a reproduit mon catalogue et celui du Vandergraaf sur CD, avec beaucoup de bonheur. Conclusion, je perçois des royalties de 'Virgin'. Pas des sommes folles, mais une sorte de petite rente (rires). Et ce n'est pas négligeable! Je ne me suis pas disputé avec eux, mais je dois reconnaître qu'aujourd'hui, ce label est devenu un grand complexe industriel, une part de marché d'EMI, chez qui la rentabilité prend le pas sur la créativité...

A propos de 'Charisma', que sont devenus Alan Hull et Rod Clements de Lindisfarne. Les musiciens d'Audience et de Capability Brown?

J'ai rencontré le guitariste d'Audience aux Etats-Unis, voici dix ans. Lindisfarne donne encore des concerts, mais seulement à Newcastle. Capability Brown? Je ne sais pas! Mais je dois avouer que je fréquente très peu le monde des musiciens. J'habite à Bath, pas à Londres, et la plupart de mes amis ne sont pas musiciens. A l'exception de ceux avec qui je travaille. Mais la vie fermée de ce monde où l'on ne parle que de musique, de tournées, etc. ne m'intéresse pas du tout!

Peter Gabriel est toujours ton ami?

Oui, mais nous nous rencontrons très peu. En fait, nous sommes issus du même mouvement progressif, reconnaissons des influences similaires, et vivons à Bath. Nos succès sont différents. Nous ne nous voyons qu'une ou deux fois par an. J'ai chanté sur "Us", son dernier album. Nous sommes amis, mais pas trop proches...

Version originale de l'interview parue dans le n° 14 (juin 1993) du magazine MOFO

 

 

 

 

Ugly Kid Joe

Fini de glander !

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Ugly Kid Joe n’a certainement pas traîné en chemin. Il vient de publier « As Ugly As They Wanna B », un mini-album et « America's Least Wanted », un long playing normal (mais y a-t-il quoi que ce soit de normal chez ces types?), en une seule année. Deux disques qui ont suffi pour transformer ces ‘american rigolos’, en impressionnants représentants d'une toute nouvelle excitation métallique de première qualité.

Ces Ugly Kids (de vrais mariolles!) débordent d'énergie (le véritable cirque auquel on a pu assister dans les coulisses, avant leur set, n’était vraiment pas triste). Parfois grossier, leur humour les fait beaucoup rire. Et ils sont capables d’écrire de bonnes chansons comme « Neighbor », « Everything About You », « Cats ln The Cradle » ou un « Sweet Home Alabama » plombé à souhait. Bref, le groupe est promis à un bel avenir… C’est Dave Fortman, le guitariste qui a répondu à nos questions, d’un air faussement détaché…

Ce succès ravit ma mère. Quand je lui ai dit, il y a quelques années, que je voulais vivre de la musique, elle s'est fait beaucoup de mauvais sang. Elle craignait que je devienne clochard. Aujourd’hui, quand elle me voit à la télé, elle est fière.

Justement, votre réussite a été rapide. A tel point qu'elle vous a rendus suspects aux yeux de pas mal de gens, qui voyaient en vous un produit du business américain de plus...

Han han, j'ai lu ces articles. Mais les gens qui ont écrit ces conneries ne nous connaissent pas ; ils nous jugent à partir de paramètres qu'ils ne maîtrisent pas. C'est pas très logique. Nous n’avons aucune excuse à faire valoir, mais, je peux te dire que nous ne devons rien à personne. Notre seule préoccupation est de nous payer une tranche de bon temps, et d'en offrir une à ceux qui viennent nous voir. Pour le reste, basta! On n'est vraiment pas du genre à se casser la tête et à monter des plans. On sait que nos disques se vendent bien, mais on ne connaît pas les chiffres ; et, honnêtement, on s'en fout! Bien sûr, on parlera sans doute différemment quand on n'en vendra plus aucun. Ugly Kid Joe, pour nous tous, c'est une source de plaisir, une party continuelle, une jam permanente. Il y a quelques mois, je glandais, plus ou moins... Aujourd'hui je joue dans toute l'Europe devant des dizaines de milliers de gens, c'est ça le miracle!

Pressés par le temps et vu le ‘boom’ dont a bénéficié le groupe, vous avez enregistré votre album très rapidement. Aurait-il été très différent si vous aviez pris le temps?

Sans doute, mais ce n'était pas nécessaire. Nous sommes un groupe nature, vrai, simple et direct. Pas besoin de passer des années en studio comme... heu... Def Leppard pour sortir un bon disque. Evidemment, chacun fait comme il veut. Nous, on est des types nets et spontanés et notre musique nous ressemble. On éprouvera peut-être le besoin, plus tard, de travailler plus nos chansons, c'est possible. On verra bien.

Quelle est ta définition d’une bonne chanson?

Quelques minutes de musique qui parviennent à faire vibrer, c'est tout. Le reste, c'est de la littérature. On est tous très éclectiques, dans la formation. Perso, j'écoute des tas de vieux groupes, comme Lynyrd Skynyrd ou les Allman Brothers autant que des guitaristes de la nouvelle génération. J'adorais Randy Rhoads, j'aime beaucoup le jeu de George Lynch. Quand j'écoute Lynyrd ou Lynch, je ressens la même excitation. Donc pour moi, ils sont aussi bons les uns que les autres! Je ne me torture pas la tête et j’en conclus que les gens nous ont bien compris s'ils ont cette attitude à notre égard.

Quel est selon toi, le meilleur groupe de rock au monde?

Mec, le rock a les épaules suffisamment larges pour pouvoir porter un tas de gens sur son dos. Il n'y a pas de meilleur groupe de rock du monde. Par contre, il en existe beaucoup de bons. Je ne suis pas partisan des restrictions et des privilèges. Que chacun prenne un maximum de fun tant qu'il est sur terre et tant mieux si dix mille groupes de rock l'y aident!

(Article paru dans le n° 14 du magazine Mofo de juin 1993)