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Aucun remboursement de prévu pour les Lambrini Girls

Le duo punk Lambrini Girls sortira son deuxième album, « No Refunds », le 15 janvier 2027 chez City Slang. En attendant, il a partagé un tout nouveau single, « Bang Bang Bang », accompagné d’un clip vidéo. Successeur de leur premier elpee, « Who Let The Dogs…

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Screaming Trees

Une sorte de revanche !

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C’est quand même con, parfois, la musique et la façon dont ça marche. Tiens, on n’est pas certain qu’on aurait fait un tel cas des Screaming Trees si, en moins de temps qu’il ne faut pour le dire, Seattle n’était devenu la Mecque des rockers patentés en quête de Nirvana (NDR : oui, oui, d’accord, le jeu de mots est bête et facile). Pire encore : il aurait été dommage et injuste! Comme quoi, les Trees méritent bien qu’on s’attarde un peu sur leur sort. Surtout qu’elle n’est pas loin, l’époque où leurs albums se vendaient chichement. Gary Lee Conner, le guitariste de la formation, le reconnaît…

- C'est exact, nous avons connu des moments difficiles. Le groupe a même failli splitter avant d'enregistrer « Sweet Oblivion ». Nous avons, à cette époque, rencontré d'énormes problèmes. Notre batteur est parti et nous avions l'impression de ne plus avancer dans le bon sens. Nous n’étions pas vraiment loin de la rupture ! Nous avons alors modifié notre façon de faire. Auparavant, nous étions du genre à foncer tête baissée pour enregistrer : ‘on écrit, on met en place, on enregistre et c'est dans la boîte’. Eh bien, on a changé ! Pour « Sweet Oblivion », on s'est rendu compte qu'on pouvait aller plus loin en bossant plus posément, plus précisément. Sans perdre l'énergie, la spontanéité qu'on a toujours souhaité garder. Depuis, tout va bien! Fini, le temps où on pensait bien avoir dit tout ce qu'on avait à dire, où on avait même du mal à imaginer de bosser encore ensemble... Cette période est derrière nous et on se sent bien. C'est d'autant plus chouette que la réussite commerciale de « Sweet Oblivion » n’est probablement pas le facteur déterminant de cette évolution. On a relancé la mécanique, redynamisé le groupe, et nos perspectives d'avenir me semblent bonnes.

« Sweet Oblivion » est-il meilleur ou simplement différent des albums précédents?

- C'est toujours une question-piège. Moi, je l'aime bien mais peut-être que dans six mois je ne pourrai plus l'écouter. Par exemple, de cet album, je n'aime pas particulièrement « Nearly Lost You ». Et pourtant pas mal de gens ont craqué sur cette chanson (NDR : ce titre est paru sur la B.O. de « Singles » et a fait un joli petit tabac dans les charts US). Non, ce que j'adore surtout dans ce cd, c'est qu'il soit réellement le fruit d'un travail de groupe. Nous avons tous participé à la composition et le résultat a été géant, vu les événements dont je viens de parler. Une sorte de revanche.

C'est assez amusant, la façon dont vous vous exprimez par l'image. Les pochettes de disques, par exemple. Tout est très fouillé et on y décèle des tas de symboles et d'objets bizarres. Alors que musicalement, justement, vous donnez plutôt dans le ‘vite fait bien fait’...

 

Mwouais. C'était peut-être un moyen de rétablir un certain équilibre! (il se marre)... Disons qu'on a toujours cherché à ne pas présenter de pochette de disques débile, mettant nos tronches en avant et tout le tremblement. On n'a pas vraiment des faciès de jeunes premiers et les pochettes à la Poison n'étaient donc pas pour nous. Nous avons toujours invité l'auditeur à aller plus loin. Des illustrations un peu complexes, c'est un bon moyen d'y parvenir. Je signalerai aussi qu'enregistrer rapidement ne signifie pas qu'on se contente d’une musique creuse, vide de sens.

Vous êtes associés à cette vague ‘Made in Seattle’ et vous tournez actuellement en compagnie d’Alice ln Chains. Cette assimilation géographico-musicale est-elle un avantage ?

Certainement sur le plan de la popularité, ne nions pas l'évidence. Néanmoins, il faut que nous ne devenions pas prisonniers d'une telle situation! Il se passe des choses superbes à et autour de Seattle parmi des groupes que tout le monde connaît mais il ne faut pas que ce climat  devienne un cauchemar pour les artistes. Si ceux-ci perdent le sens de leurs idées, tout s'écroulerait en deux secondes...

(Article paru dans le n° 11 du mois de mars 1993 du Magazine Mofo)

 

 

Buzzcocks

On a peut-être ouvert la porte aux Smiths

Atome prépondérant de l’explosion punk, les Buzzcocks ont profondément marqué le rock anglais de la fin des années 70, au même titre que Clash, Sex Pistols ou The Jam. Pourtant, même si leur musique possédait la fougue et la frénésie de rigueur à l’époque, le groupe de Manchester ne s’identifiait pas vraiment à la ‘no future generation’.

Alors que d'autres parlaient de révolution et d'anarchie, Pete Shelley et sa bande abordaient, à travers leurs hymnes adolescents, des thèmes aussi abstraits et universels que l'amour, la romance, le désir ou la recherche de son identité, les Buzzcocks faisaient rimer punk avec sensibilité, laissant aux générations futures des titres aussi essentiels qu'« Ever Fallen in Love » ou « Everybody's Happy Nowadays », un héritage que les Smiths exploiteront à merveille quelques années plus tard. Après un break de 8 ans, ils sont de retour, sans cheveux gris et sans maison de disque. On ne refait pas l'histoire, mais quand il s'agit des Buzzcocks…

Rencontre avec Pete Shelley et Steve Diggle.

Pourquoi cette reformation?

Pete : Il y a 3 ans et demi qu'on est de nouveau ensemble. L'argent? Il est toujours le bienvenu (rires)… mais la raison principale de ce retour, c'est l'envie de s'amuser et de faire plaisir à tous ceux qui voulaient nous revoir sur scène.
Steve : On estimait que c'était le moment opportun pour travailler à nouveau ensemble. Mais il fallait d'abord qu'on se repose un peu, qu'on prenne nos distances par rapport à l'industrie du disque, ce qu'on a fait chacun de notre côté pendant plusieurs années. Puis après plusieurs discussions dans les pubs de Manchester, on a eu envie de recommencer.

Y a-t-il encore une place pour les Buzzcocks en 1993?

P. : Il y a un grand vide, actuellement, dans la pop anglaise et il y a donc de la place pour nous, je crois.

Est-ce celle laissée vacante par les Smiths?

P. : Non, pas vraiment. On a peut-être ouvert la porte aux Smiths mais il ne s'agit pas de récupérer notre trône. C’est vrai qu'en 78, je ne parlais ni d'anarchie, ni de politique. Mes chansons étaient plutôt des petites histoires d'amour de la vie quotidienne et là, je pense que nos thèmes ont pu inspirer les Smiths. Mais ce n'était pas en réaction contre les Pistols ou les Clash, c'était ma façon de voir les choses et de les exprimer.

Ce n'est pas difficile de conquérir un nouveau public?

P. : Depuis notre reformation, on a tourné deux fois et la réaction du public a été très bonne, particulièrement en France. C’est intéressant parce qu'on va se produire dans de nouvelles salles et c'est un défi pour nous de jouer devant des gens qui ne nous avaient jamais entendus auparavant.
S. : Les trois-quarts du public qui vient nous voir sont composés de nouveaux fans, de jeunes kids, c’est une réelle surprise, étant donné notre longue absence.

N'est-ce pas la curiosité qui pousse les gens à venir vous vous voir ?

P. : Oui, mais ça nous arrange.

Vous préparez un nouvel album?

P. : Oui, il y a deux ans qu'on y travaille mais on est toujours à 1a recherche d'une firme de disques ; et ce n'est certainement pas Factory qui nous signera en tous cas, la boîte a fait faillite (rires).
S. : On n’a jamais rien enregistré pour Factory, de toute façon. On ne correspondait pas vraiment à leur politique, davantage axée sur la musique de danse. On a reçu quelques offres et j'espère que l’une d’entre-elles se concrétisera, cet été.
P. : Les nouveaux morceaux ne déboussoleront pas nos anciens fans ; ce ne sera pas de l’acid jazz ! On a expérimenté de nouveaux sons, mais pas trop quand même.
S. : Nos nouvelles chansons sont aussi fraîches que celles écrites il y a 15 ans. La qualité ‘Buzzcocks’ est toujours là. Sur scène, on ne peut pas jouer trop de morceaux parce que le public ne les connaît pas. Alors, on reprend aussi nos anciens classiques.

Pourquoi éprouvez-vous des difficultés à trouver une firme disques?

P. : Je ne crois pas que les goûts aient changé, il y a toujours un demande pour la musique que nous jouons. Ce qui se passe, c'est que l'industrie du disque, au Royaume-Uni, est frappée par la récession économique. Beaucoup de groupes sont actuellement sans contrat. Les maisons de disques ont beaucoup changé en 15 ans. A nos débuts elles étaient dirigées par des gens passionnés de musique. Maintenant, ce sont les hommes d'affaires qui dictent leur loi, et eux, ils ne pensent qu'à la rentabilité: on signe un groupe, on attend qu'il ait sorti deux 45 tours et si les ventes sont faibles, on le vire! C'est ainsi que ça marche de nos jours. Nous, on recommence à zéro et comme notre musique n'est pas particulièrement commerciale, il faut lui laisser le temps de faire son chemin.

Que reste-t-il du punk?

S. : Après l'explosion punk qui n'a duré que 8 mois, chacun a suivi sa propre direction. Les Clash, par exemple, sont devenus un grand groupe de rock tout court, en imposant leur son très personnel. Nous n'avons plus de contacts avec tous ceux qui ont démarré en même temps que nous. En plus, on ne s'est pas reformés dans le but d'exploiter un quelconque ‘revivalisme’ punk. Le terme ‘punk’ n'a d'ailleurs plus aucune signification à l'heure actuelle.
P. : Il en avait une en 1976, en Angleterre, dans le contexte socio-économique de l'époque. C'était une nouvelle façon de vivre, en quelque sorte. Mais peut-être encore davantage un état d'esprit qu'un style musical. Le sens de l'humour en était une composante importante, aussi.

Vous avez entendu parler des Manic Street Preachers?

P. : Je les ai vus une fois en concert et je les ai trouvés trop bons pour être punk! (rires)... Ils étaient filmés pour la télévision, c'est peut-être la raison pour laquelle ils jouaient si bien.
S. : Leur premier 45 tours, « Motown Junk », était vraiment très bon, tout à fait dans l'air du temps. Ensuite, ils ont signé chez Sony et je trouve que leur attitude a changé, ils se sont mis à copier les Clash. Ils n'ont rien apporté de nouveau, ils ont davantage soigné leur image médiatique. « Motorcycle Emptiness » est un bon morceau mais je ne sais pas trop quoi penser d'eux.

Quels sont les groupes actuels que vous écoutez volontiers?

P. : Eyh... Je ne sais pas, j'ai oublié. Je passe: trop difficile (rires)

Vous connaissez des groupes francophones?

S. : La presse musicale anglaise est très insulaire, elle ne parle pas de ce qui se fait en dehors du Royaume-Uni, sauf si un groupe anglais se produit sur le continent. C'est dommage. C'est également la raison pour on aime tourner hors-Angleterre, ça nous permet de découvrir d'autres scènes musicales, en France, en Espagne, ... Les journalistes, chez nous, pensent que l'Angleterre est le nombril du monde en matière de musique.
P. : Elle l'est, non? (rires)
S. : Il ya beaucoup de bons groupes dans notre pays. Ailleurs aussi. .

Etes-vous conscients d'avoir influencé une multitude de groupes?

P. : Oh oui! REM, par exemple! (rires).
S. : Ca nous fait plaisir d'être une référence. En fait, il n'y a pas longtemps, est sortie une compilation sur laquelle plusieurs groupes de Seattle reprennent nos morceaux. C'est un beau compliment et c'est amusant à écouter parce qu'ils essaient de les jouer à la perfection, sans trop s'éloigner des versions originales.
P. : On n'est est pas toujours conscients. On ne connaît même pas nos propres influences, hormis l'alcool (rires).

Avant de mourir, quelle serait votre dernière parole?

P. : Fuck me and die (rires).
S. : Je me souviens de ce vieillard, le père d'un ami, qui voulait absolument écouter un morceau de musique classique avant de mourir. Le jour où il l'a entendu, il a compris que c'était la fin. J'étais présent et ça m'a vraiment fait une impression bizarre.

Buzzcocks de 1976 à 1993

1976

- Naissance des Buzzcocks à Manchester, après avoir vu les Sex Pistols en concert.
- Sortie de « Spiral Scratch », un EP pressé aux frais du groupe sur son label New Hormones.

1977

- Howard Devoto quitte le groupe et fonde Magazine (premier et meilleur album « Real Life », sorti en 78). Pete Shelley s'empare du micro.
- Steve Garvey remplace Garth Smith à la basse.

1978

- Sortie du premier album, « Another Music From A Different Kitchen ».
- Sortie en 45 tours d'« Ever Fallen in Love », leur plus gros hit.
- Sortie du deuxième album, « Love Bites ».

1979

- Sortie de « A Different Kind Of Tension », troisième album.

1981

- Les Buzzcocks cessent d'exister...

1989   

- …pour se reformer 8 ans plus tard.
- Nouveau batteur: Mike Joyce (ex-Smiths) remplace John Maher.
- Sortie du maxi 4 titres, « Alive Tonight »,

1993

- Tournée européenne et nouvel album en préparation.

Article paru dans le n°11 du magazine Mofo de mars 1993

The Farm

Les Beatles étaient les Jason Donovan de l’époque…

Écrit par
‘Bienvenue à Liverpool’ est inscrit sur une pancarte, à la sortie de Liverpool Lime Street, la gare principale. Je débarque donc sur une des rives de la Mersey, dans la ville du football, des Beatles et de The Farm. Il est onze heures et demie. J'ai rendez-vous à quatorze heures afin de rencontrer le groupe. Ce qui me laisse un peu de temps. Mais d'abord, il faut partir en repérage afin de localiser la tanière des fermiers. C’est au Palace, à Wood Street. Dix minutes plus tard, j'y suis. Maintenant que je sais où me rendre, je peux flâner un peu. Un bus à l’effigie des ‘Beatles’ écume les lieux qui ont vu défiler les Fab 4. Il rappelle aux visiteurs que la légende est toujours bien vivante. Trop cher, tant pis pour le folklore local. Penny Lane, ce sera pour une autre fois. Je pourrais me rendre à Anfield, le célèbre stade qui tous les samedis résonne au son de ‘Youll Never Walk Alone’. Ou à l'Albert Dock... Trop loin. Restons dans les parages. Destination pub. Une bonne pinte de lager ne peut faire de tort. Dès la première gorgée, il n’y a plus aucun doute : c'est bien l'Angleterre ! Heureusement, la vue de deux charmantes serveuses fait oublier le goût, disons... spécial, du breuvage. Je discute avec quelques indigènes qui bien évidemment me parlent de Lennon et McCartney. Mais pour l'heure, c'est aux rois du groovy qu'il faut songer. Retour à la ferme. L'endroit en lui-même est très intéressant car, outre le management de The Farm et celui des LA's (un étage en dessous), il abrite des locaux de répétition, des studios d'enregistrement, un disquaire spécialisé dans le groove et le siège du label indépendant de la formation, Produce Records. Bel exemple de centralisation. Le manager m’invite à entrer et me présente au band, du moins aux membres présents dans la pièce, c'est-à­dire à Peter Hooton, le chanteur, et Keith Mullen, le lead guitariste. C'est ce dernier que je vais interviewer, Hooton se tapant un journaliste anglais. Keith, enthousiaste, me montre les dates des concerts de The Farm. 
          

On sait que The Farm possède un gros son et est toujours à l’affût de la dernière nouveauté technologique. Mais n'est-ce pas difficile de reproduire live ce que vous gravez sur disque ? Lors de votre dernier concert accordé à l'Ancienne Belgique, vous n’aviez pu utiliser votre matériel, et le son ne me semblait pas aussi bon que d'habitude…                       

Généralement on y arrive. Sur scène, on utilise beaucoup de sequencers, de computers mais on libère beaucoup d'énergie. Il faut aller de l'avant. Ce n'est plus comme il y a 30 ou 40 ans où pour faire du rock, il fallait que tout soit naturel. De toute façon, il faut du talent pour utiliser cette technologie, les gens ne s'en rendent pas toujours compte. C'est difficile à manipuler, surtout en concert. On utilise, entre autres, une basse-sequencer et des claviers-sequencers. La technologie nous intéresse mais on essaie de ne pas en être esclaves. Il faut atteindre un équilibre entre la musique live et cette technologie.

The Farm existe depuis 7 ans et incarne, en quelque sorte, l'instigateur de cette musique sauvagement dansante. Le groupe a bien sûr bénéficié de l'explosion dance en Angleterre. Son album et plusieurs singles (« All Together Now », « Don’let Me Down », ...) ont été propulsés au sommet des hit-parades. Contrairement à ce que prétendent certains critiques, The Farm n'a pas pris le ‘groovy’ train en marche, il est la locomotive du mouvement. Quel regard Keith Mullen porte-t-il sur cette fusion entre le rock et la dance-musique ?                                                 

On a vécu une explosion de la musique de danse en Angleterre, à travers les raves et le reste. Les gens ont éprouvé le besoin de faire la fête, d'aller dans les clubs. La musique de danse a évolué au cours des 10 dernières années. Elle a changé, pris d'autres formes et influencé beaucoup de groupes de rock. Les raves n'ont rien de violent. On s'y rend pour s'amuser. Pour la jeunesse de ce pays, c'est comme si un dieu avait été envoyé sur terre. Il s’agit d’un des seuls moyens qui lui reste pour oublier ses soucis.                                              

On en profite pour demander au guitariste ce que signifient exactement les termes ‘baggy’ et ‘scally’.                                                                                  

‘Baggy’ ne veut rien dire du tout. C'est un mot fabriqué par les journalistes. Ils veulent coller une étiquette sur toutes les formes de musique. Quant à ‘scally’, c'est un terme issu de Liverpool. Il est synonyme de mauvais garçon, de voyou.

Liverpool et Manchester

On peut parler de véritable renaissance pop à Liverpool. Le phénoménal succès commercial de The Farm et des LA's a de nouveau attiré l’attention sur sa scène et a servi de détonateur pour les autres. On recense aujourd’hui près de 200 formations en activité à Liverpool, parmi lesquels The Real People, The Hoovers, Top, Rain, Stairs et 25th of May. Cependant, ce qui se déroule actuellement n’est pas comparable à ce qui s’est produit au début des années 80 dans cette même ville. Souvenez-vous d’Echo & The Bunnymen, entre autres. Keith corrobore mon point de vue…

Au début des années 80, la plupart des ensembles de Liverpool étaient issus de classes sociales assez aisées, composés d’étudiants ou d’anciens étudiants. C’était très ‘arty’, assez prétentieux. Les Beatles aussi d'ailleurs appartenaient aux classes moyennes. Aujourd'hui, il y a beaucoup plus de groupes à succès issus des classes sociales plus modestes. Les années 90 sont différentes des années 80, de ce point de vue. ‘Working class bands’ ? ‘People’s band’ (groupe du peuple, des gens), je dirai plutôt. L'expression est un peu dépassée mais c'est ce qu'on est.

Liverpool serait-elle en train d'éclipser Manchester, ville des Stones Roses, Happy Mondays et autres Charlatans ?

En fait les groupes de Manchester ont bénéficié de beaucoup de publicité. Trop même. Et c'est ce qui a causé la perte de plusieurs d'entre eux. A Liverpool, il existe de bons clubs, des bons groupes. La plupart sont présents depuis 4 ou 5 ans ; nous, il y a 7 ans qu’on fait de la musique. Il a fallu attendre que la presse nous découvre. On a des contacts avec d’autres formations. Les LA's sont ici, un étage plus bas.                                                                                       

Et il y a une rivalité entre Manchester et Liverpool ?

Il y a toujours eu une rivalité à propos du football, mais en ce qui concerne la musique, on est les meilleurs au monde. Il existe une petite concurrence, mais elle est amicale. Il n’y a rien de mesquin ou de violent. Avant, lorsque Liverpool se déplaçait à Manchester pour un match de football, on avait l’impression que les supporters partaient à la guerre ; et c’était la même chose lorsque Manchester venait ici. Maintenant ce n’est plus tout à fait le cas. Je pense que la musique a beaucoup contribué à l’amélioration des relations entre les 2 villes.

Musicalement, on ne peut pas dire qu’il y ait une scène homogène à Liverpool, contrairement à Manchester. Le fait que la ville ne dispose pas de beaucoup de salles de concert n’est pas étranger au phénomène. Il y a bien le ‘Royal court’ –généralement réservé aux méga-groupes– et le ‘Picket’ –mis sur pied il y a quelques années grâce au soutien financier de Paul McCartney, Pete Townshend et Ringo Starrr– mais c’est tout. Keith analyse les avantages et les inconvénients du manque d’infrastructure…

Disposer de davantage de salles de concert à Liverpool est un avantage dans la mesure où cette situation permet d’éviter la création d’une scène locale, ce qui peut être néfaste ; c’est ce qui a tué Manchester. Mais c’est aussi un désavantage car peu d’artistes ont l’occasion de se faire entendre ici. La presse ne vient pas ici pour voir ce qui se passe musicalement. Ainsi, les groupes doivent se produire à l’extérieur. C’est ce qu’on fait.

Esclaves.

Il y a 600 000 habitants à Liverpool. La Cité s’est développée à partir du 18ème siècle grâce au commerce des esclaves et à l’industrie cotonnière. De nos jours, comme bien d’autres villes britanniques, elle est confrontée à une réalité économique peu réjouissante. « Tell the story », la tendre ballade qui figure sur l’album « Spartacus » relate avec beaucoup d’émotion sa grandeur et sa déchéance.

Le développement de Liverpool est en effet lié au commerce triangulaire. C’était un grand port. Le plus proche pour traverser l’Atlantique. Aujourd’hui, il est mort. Les chantiers navals aussi. Depuis toujours, les ouvriers ont dû se battre pour acquérir des garanties, mais le gouvernement aussi bien que les organismes privés n’ont jamais tenu leurs promesses. Beaucoup d’ouvriers perçoivent des salaires de misère et s’ils revendiquent une augmentation, on leur dit d’aller voir ailleurs, qu’ils peuvent déjà être contents d’avoir un job. Quand une compagnie dépose son bilan, la faute est rejetée sur les ouvriers parce qu’ils ont exigé de meilleures conditions de travail. Les multinationales peuvent faire plus de profit à Taiwan qu’à Liverpool ; là-bas, les gens ne revendiquent pas. Mais ce n’est pas arrivé qu’ici, des politiciens, des sociétés, ont appliqué le même régime ailleurs. Les multinationales détruisent tout.

C’est clair, les membres de The Farm ne portent pas les politiciens dans leur cœur…

Ce sont tous des menteurs. Les politiciens locaux sont nos gangsters. Terry Fields est une exception. Il se bat pour imposer ses idées. Beaucoup de politiciens condamnent la poll-tax (NDR : taxe d'habitation) mais peu accepteraient d’aller en prison en refusant de la payer (NDR : Terry Fields membre du Labour Party y est allé pour ne pas avoir acquitté sa poll-tax). En outre, les politiciens sont responsables de beaucoup de morts. Les clochards, par exemple, qui meurent d'hypothermie, en hiver. Les politiciens connaissent la situation. Ils déclarent qu’ils vont agir ; mais dès que Noël est passé, c’est déjà oublié.

Le Nord et le Sud.

Parlons du Liverpool de 1991. Comment décrirais-tu ta ville, Keith ?

J’aime bien ma ville, mais parfois aussi elle m’énerve. Elle est assez sale, on s'en rend bien compte ; surtout quand on vient en Belgique, par exemple. Les rues sont si propres là-bas, les gens se soucient de l'écologie. Il y a peu, on s'est rendu en Allemagne de l'Est pour s'y produire et on s'attendait à découvrir un pays horrible, sale, en noir et blanc ; c'est ce qu'on nous avait raconté en Allemagne de l'Ouest. En fait, on a découvert des endroits très beaux, très propres. C'est un paradis comparé à Liverpool. Néanmoins, j'aime ma ville, c'est un gros centre industriel mais c'est ici que je suis né, que j'ai grandi ; tous mes amis vivent à Liverpool. Elle peut être très dangereuse aussi. On peut se faire agresser dans la rue, comme on peut aussi y marcher sans le moindre problème. Ce n'est pas pire qu'ailleurs. Et puis, il y a une atmosphère familiale ici.                                                                                                                    

Liverpool serait-elle un pays dans le pays ?

A cause d'une famine liée à la pénurie de pommes de terre, 80 % voire 90 % des Liverpuldiens sont d'origine irlandaise et ne sont pas très nationalistes. Il y a une attitude anti-anglaise qui est réelle ; je ne considère pas que je suis Anglais. Je ne pourrais jamais m'identifier à l'équipe nationale de foot. Je hais l'Angleterre, je suis de Liverpool, je ne suis pas un putain d'Anglais. On s'entend bien avec les Ecossais et les Irlandais, par contre. Si tu vas en Irlande et que tu es de Londres, on te traite de Britannique mais si tu viens de Liverpool, on te serre la main et on te demande comment ça va. On n’a pas le même mode de vie ici que dans le Sud de l’Angleterre. 

Existe-t-il réellement un fossé entre le Nord et le Sud ?

Il y a plus d’argent dans le Sud. Il y a des prolétaires dans le Sud également, mais c’est là qu’on trouve les plus de riches. Il n’y a pas de mur à travers le pays, mais des différences de classes sociales entre les deux parties.

Il est bien évidemment difficile de parler de Liverpool sans évoquer les Fab 4.

Les Beatles ont plus touché mes parents que moi. J'étais trop jeune pour les Beatles. Mais, il est évident qu'on ne peut pas les éviter, le public associe inévitablement Liverpool aux Beatles. Ils ont été le premier grand groupe parce que le marketing autour d’eux était énorme. Ils étaient les Jason Donovan de l'époque. C'est ainsi qu’ils sont devenus légendaires.

Football

Chapitre foot. Liverpool FC est une des plus grandes équipes du monde. Au sein duquel ont milité Keegan, Dalgish, Souness… ?  Les joyeux fermiers sont effectivement de grands sportifs ; ils organisent régulièrement des tournois de Subbuteo. Parlons un peu de ballon rond. Keith avoue être un fan d’Everton FC, l’autre équipe de Liverpool et avoir été ébloui par Duncan Mc Kenzie (NDR : ce dernier a joué à Anderlecht en 1976-77). Le football est une véritable religion outre-Manche et comme toute religion, elle engendre passions et excès. Peter Hooton était présent au Heysel en mai 85.

Peter et Roy étaient là, en effet. Ils ont des souvenirs terribles. Le match n'aurait jamais dû se jouer dans un stade pareil. En plus, il ne fallait pas mélanger les supporters de Liverpool et ceux de la Juventus. La catastrophe était prévisible. Ce stade n'était pas sûr, comme à Hillsborough. Mais il n'y a pas qu'ici qu'il y a des hooligans. Il y en a partout, en Allemagne, en Hollande. La presse anglaise a profité du drame du Heysel pour enfoncer Liverpool, une fois de plus ; elle a lié ce drame aux grèves de mineurs.                                                                        

Spartacus

The Farm se veut le porte-parole de la conscience collective de Liverpool. Hooton, Mullen et les autres se défendent néanmoins d'être des militants. Leur combat est sincère et dénué de toute démagogie, ils sont les Spartacus des temps modernes.

Avant, personne ne voulait de nous. On a intitulé notre premier album « Spartacus », car c'est un symbole de révolution. On a entrepris une révolution contre les maisons de disques multinationales. En 8 mois, 4 singles et l album ont atteint le Top 40. Et ils sont sortis sur notre label indépendant. On se débrouille bien. Maintenant on essaie de rester à l'écart des majors. Pour la Grande-Bretagne, Produce Records s'occupe de tout. Pour l'étranger, on a des licences avec différentes firmes. En ce qui concerne les USA, on a signé directement chez Sire. Le marché est énorme là-bas, on est obligés de passer par le biais d'une major pour la distribution, mais on contrôle très attentivement le travail qu'elle accomplit. Notre contrôle artistique est total.

(Article paru dans le n°1 du Magazine Mofo de février 1992)                                                     

Inspiral Carpets

Proche de l’esprit des Doors

Écrit par

Détonateur (involontaire) du mouvement ‘baggy’ mancunien, au même titre que Stone Roses et Happy Mondays, Inspiral Carpets avait soufflé tour à tour le chaud et le froid en enregistrant le superbe "Life" en 1990, puis le controversé "The Beast Inside", l'année suivante. Novembre dernier, le quintette a gravé "Revenge of the Goldfish", un troisième opus frais, pétillant, qui nous a complètement réconciliés avec le groupe, une oeuvre qui s'inscrit dans le mouvement néo pop du début des nineties. Pourtant, le Carpets aiment les Doors, et ils ne s'en cachent pas ; mais ils réfutent toute implication dans le revivalisme sixties. Tom, le chanteur, et Graham le guitariste, nous ont accordé une longue interview. Nous vous en proposons les extraits les plus intéressants, mais également les plus loufoques...

A la fin des eighties, vous avez été assimilés par la scène ‘baggy’ de Manchester? Ce phénomène a-t-il favorisé votre succès?

Graham : Au départ, c'était un avantage d'appartenir à cette scène, parce que Manchester polarisait toute l'attention des médias. Il est exact que si nous avons été emportés par le mouvement, nous ne nous en sommes jamais réclamés. D'ailleurs, fin 1990, lorsque notre deuxième album est sorti, cette situation s'est retournée contre nous. "The Beast Inside" était un disque ‘anti party’, et en tous cas, à des miles de la musique de danse qui sévissait alors à Manchester. En fait, la presse nous avait déjà enterrés avant même d'avoir écouté le cd. D'autre part, le public qui ne jurait que par le ‘baggy’ trouvait le contenu trop sérieux, pas assez ‘fun’, si vous préférez. Ainsi, l'avantage, s'est transformé en désavantage.

Que penses-tu de groupes comme Happy Mondays et Stone Roses qui relevaient de cette scène?

Tom : Avant 1988, personne n'avait jamais entendu parler de ‘baggy’. Ce sont les journalistes, et en particulier ceux du Melody Maker qui ont inventé ce vocable. La première fois que j'ai assisté à un concert de Stone Roses, c'était en 1987. Nous n'avions pas les mêmes, idées, et certainement pas celle de fonder une scène homogène. Bien sûr, à partir de 1988, nous avons tourné avec les Stone Roses et les Mondays ; et il est inévitable, dans ce contexte, que nous ayons exercé une certaine influence sur chacun de ces groupes, comme chacun d'entre eux a exercé une certaine influence sur nous. Mais toutes ces formations ont tenu à conserver leur propre style, leur propre identité. Personne n'a jamais comparé les Smiths à Happy Mondays, parce qu'ils sont de Manchester, que je sache!

Bien que de Wolverhampton, les Charlatans ont également été confondu avec cette scène ; même qu'au début, vous étiez souvent mis en parallèle avec eux, à cause de la sonorité très ‘Doors’ des claviers. Comment réagissez-vous à ces allusions?

T. : Je pense que si nous sommes inspirés des Doors, les Charlatans se sont inspirés de nous. Et pas seulement à cause des claviers; mais également du look et du light show. Bien qu'inconsciemment, le contraire soit peut-être tout aussi vrai... Notre perspective du rythme est quand même totalement différente ; c'est la raison pour laquelle nous nous sentons plus proche de l'esprit des Doors que les Charlatans. Attention, mon raisonnement est loin d'être péjoratif, car le fait de s'inspirer des autres favorise la création, et permet d'élargir son audience. Je m'explique. Les Happy Mondays ont bâti leur succès en tirant parti de la popularité des Stone Roses. Et puis nous avons bâti le nôtre en séduisant ceux des Happy Mondays et des Stone Roses. Mais à l'inverse, notre succès aux USA a permis aux Mondays et à Stone Roses de se créer une ouverture outre-Atlantique. Finalement, dans ce mécanisme, tout le monde s'y retrouve.

Qu'est ce qui vous attire chez les Doors?

G. : Tout! Les textes d'abord. Jim Morrison était à la fois capable de raconter des histoires très ‘noir et blanc’, mais également très ‘hard’, du style ‘Hey baby, viens, nous allons coucher ensemble ce soir, etc., etc.’, des images lascives que nous avons réutilisées sur l'album The Beast Inside. Pour nous, Jim n'est pas seulement un symbole, mais aussi un grand compositeur qui peignait les moeurs les plus tabous de ses contemporains... Et puis il y a les claviers. Parce que cet instrument constitue un élément clef de notre musique, comme chez les Doors. D'ailleurs si tu compares David à Ray (NDR : Manzarek), il prendra cela pour un compliment. Et c'est la même chose si tu compares Jim à Tom. Pour nous les Doors, c'est très important!

Que penses-tu du film sur les Doors, réalisé par Oliver Stone?

T. : Pure fiction!
G. : C'est un film intéressant, mais il montre les facettes les plus excessives du personnage. Jim n'avait pas que des mauvais côtés, même s'il ne devait pas être facile de vivre avec lui au sein du groupe. Mais s'il est devenu un mythe, ce n'est certainement pas à cause de ses débordements, mais surtout parce qu'il reflétait le mal être de sa génération...
T. : Le film est quand même fort romancé, un peu comme celui qui relate l'assassinat de John Kennedy...

Quel est le style musical qui a le plus marqué Inspiral Carpets? La house, la pop, le psychédélisme, le punk, le garage ou autre chose?

G. : Toute l'histoire du rock. Depuis Elvis Presley jusqu'à Alice Donut, en passant par les Pistols, Can, Talking Heads et bien sur les Doors. Personnellement, la house ne me botte pas trop, mais elle est indispensable à notre section rythmique.
T. : Depuis que la house est devenue une tendance dominante en Grande-Bretagne, elle a perdu toute sa stimulation, tout son crédit. A Manchester, la house est devenue un produit de consommation tout à fait banal. Des tas de jeunes se rendent chaque soir dans les boîtes pour y fumer un joint et danser sur de la house. Où sont donc la passion et l'excitation nécessaires à l'émulation, je vous le demande?...

Vous affichez une tendance plutôt revivaliste alors?

T. : Pas du tout! Nous ne sommes pas des revivalistes. Nous explorons le plus large éventail de formes musicales possible pour en retirer le maximum de feeling. Le revivalisme est totalement étranger à Inspiral Carpets!...

Comment avez-vous fait pour dénicher ce fabuleux orgue ‘farfisa’? Combien l'avez-vous payé?

T. : Cent livres dans une brocante à Londres!

Que représente pour vous le 19 avril 1986?

G. : La première fois que le groupe a perçu un cachet après avoir donné un concert. Ce jour restera longtemps gravé dans notre mémoire...

Quelles sont les différences marquantes entre vos trois albums? Sur votre dernier, les textes font allusion à Dieu et à l'amour, mais d'une manière désenchantée, pourquoi?

T. : "Life" notre premier disque, était bien dans l'air du temps. "The Beast Inside"  baignait dans une atmosphère plus progressive, paradoxalement plus sereine et plus sensuelle, même s'il recelait deux morceaux plus dansants. Nous avons voulu insuffler à "Revenge of the Goldfish" un son et un format plus pop. Chaque titre dépasse rarement les trois minutes, et pourrait figurer sur un single. Quant aux textes, c'est une forme d'ironie. Nous n'avons certainement pas l'intention de disserter sur l'existence de Dieu ou sur la religion. Laissons ces élucubrations philosophiques à l'Amérique et aux Américains. Ils raffolent de ces concepts. Nos lyrics sous-entendent des choses très terre à terre comme la tentation, le désir sexuel, la libido, des desseins plutôt charnels que nous tentons d'inoculer dans nos compositions avec une forte dose d'humour...

Sur ce disque, il existe une chanson qui porte le titre "Here come the Flood", alors que le producteur de l'album, du groupe S Express, s'appelle Pascal Gabriel. C'est aussi une autre forme d'humour?

T. : Hein!...
G. : (Il éclate de rire). A non là, on l'a pas fait exprès, c'est une drôle de coïncidence!

Croyez-vous à la réincarnation?

T. : Trois mille ans avant notre ère, je vivais dans la peau d'un pharaon qui régnait sur la grande Egypte...
G. : Je souhaiterai me réincarner sous la forme d'un chien. Oui, un chien! Un chien ou une radio. Plutôt une radio, car c'est plus facile pour se faire comprendre, ah, ah, ah...

Est-ce que les poissons rouges (NDR : par référence au titre et à la pochette de l'album) sont prisonniers dans leur bocal?

G. : C'est une existence très triste!...
T. : C'est une très triste existence!...
G. : Vraiment triste comme existence! Etc.

N'avez-vous jamais pensé vous procurer un tapis volant?

G. : Oh mais si, nous en possédons un. Il nous permet de nous rendre de Grande Bretagne aux quatre coins du globe. Surtout ne le répétez à personne!...

Quelle est la couleur d'Inspiral Carpets?

G. : Bleu mer et orange ; nous avons pourtant vécu une période pourpre...

Avez-vous peur du silence?

T. : Non, il constitue le refuge de notre imagination. Il ne nous effraie pas, mais nous permet  de nous pencher sur notre conscience. Le silence nous inspire...

Interview paru dans le n°10 de février 93 du magazine Mofo

Jesus Jones

Qu’est-ce qu’un bon groupe de scène ?

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Mike Edwards, c’est le leader incontesté et incontestable de Jesus Jones, groupe londonien qui veut enfin réussir à percer en Europe. Sorte de chaînon manquant entre EMF et Carter The Unstopable Sex Machine, sa musique n’y a pas recueilli le même succès en Angleterre. « Perverse (chez Food/EMI), le 3ème LP du groupe parviendra-t-il à imposer JJ ? Rien n’est moins sûr… Mais, d’abord, pourquoi « Perverse » ? Mike est au crachoir…

La perversion, c'est oser ce que les autres ne tentent pas. C'est le but qu’on s’était fixé en mettant sur pied Jesus Jones : réagir en fonction des événements présents ; et, si possible, offrir une alternative. Réaliser un projet distinct a toujours été une priorité pour moi. C'est pourquoi la scène de Manchester est devenue préoccupante à un certain moment. Ce que tout le monde accomplissait, ce que tous ces groupes ‘normaux’ recherchaient, devenait franchement très proche de notre démarche! Aujourd'hui, c'est un peu différent, il y a l’émergence d'un esprit 70’s, cristallisé dans le rock guitare et fort teinté de nostalgie. On veut aller à l'encontre de ce courant, en prendre le contre-pied. C'est, je crois, une bonne époque pour y parvenir, un bon moment aussi pour lutter contre la technologie, contre la normalité, pour concevoir quelque chose de plus détaché, de plus comique aussi.

En allant à l'encontre des normes, ne crois-tu pas que tu leur donnes trop d'importance?

Peut-être, mais on n'a pas beaucoup le choix! Il n'y a pas que le rock, il y a le monde, la télé, la publicité. Un ensemble de paramètres qui doit te faire réagir ! Bien sûr, prendre le contre-pied n'est jamais un gage de qualité.

Sans oublier le risque de tourner en rond, de reproduire ce qui a été fait auparavant?

Bien sûr, la dégénérescence, la ‘dé-évolution’, c'est un peu comme l'inceste. Je crois qu'on ne peut pas améliorer le rock en réinterprétant, même de façon personnelle, ce qui a été fait avant. Si on appliquait cette méthode, dans le domaine, disons de la médecine, ce serait l'hécatombe tous les jours! A ce stade, je suis déçu aussi par les médias. On dirait qu'ils partagent tous les mêmes options. Même les journaux qui traditionnellement se proclament les champions de la découverte, de la nouveauté, commencent à opérer des choix trop évidents! Où est la progression?

Qui a le privilège d’écouter tes compositions en premier lieu?

Les autres membres du groupe, normalement. Parfois ma femme... Je les soumets aussi au personnel de la firme de disques ; pas ceux d'EMI, mais de Food qui nous ont signés en Angleterre.

Leur réaction t’influence ?              

(long silence) Non. Enfin, pas vraiment. Parfois, chez Food, ils te donnent des conseils sur la mise en forme des arrangements, mais jamais sur les compositions elles-mêmes. Je prends en compte leurs remarques, c'est normal. Je ne vis pas dans un monde clos ; je ne travaille pas rien que pour moi, et je dois penser à vendre ce que je fais. Une vision qui n’est pas péjorative. Pour « Perverse », on a travaillé sous la houlette de David Balfe, un ex-Teardrop Explodes. C'est quelqu'un qui a une idée très précise du groupe rock. Il défend une vue artistique, pas uniquement ‘marketing’. Je respecte son avis.

Les shows du groupe, surtout ici sur le continent, ont toujours été fort critiqués. On a même écrit que, live, vous ne valiez pas grand-chose...

C'est vrai? (rires) OK, tu as raison, de tels articles ont été publiés. Tu sais, je crois que nous sommes un excellent groupe de scène. Je veux dire que nos shows sont de bonne facture. Nous n'y jouons pas rien qu'un rôle, nous aimons nous produire sur scène. Si on a critiqué nos concerts, c'est sans doute justement parce que nous ne nous conformons pas aux usages, nous ne jouons pas sur la démagogie. Les gens qui viennent nous voir, généralement, aiment nos shows. Si du moins, ils ne sont pas totalement allergiques à notre style.

Est-ce que tu réponds à ma question? Tu te contentes d’affirmer que Jesus Jones est un bon groupe de scène, non?

Que pourrais-je te dire d'autre? Et finalement, qu'est-ce que c'est un bon groupe de scène ? Un groupe qui reproduit fidèlement le son et la qualité de son CD ? Il serait triste de se limiter à ce critère…

Crois-tu qu’il est préférable de se rendre à vos concerts, après avoir écouté vos compos ?  

Pas nécessairement! Mais, il est plus facile d'apprécier un concert quand ce n'est pas la première fois qu'on entend les morceaux. Si nous vendions plus de disques en Europe, le public connaîtrait mieux nos chansons. Et, qui sait, nos prestations live seraient moins critiquées. Cependant, nous essayons de nous montrer convaincants, même pour ceux qui ne nous connaissent pas. Aujourd'hui, beaucoup de formations commencent par décrocher un contrat, ensuite ils enregistrent un disque et puis ils apprennent à le jouer sur scène. Pas très logique, comme cheminement! Jesus Jones était un groupe de scène avant toute carrière discographique.

Parle un peu de toi. Tu vis où ? Quel âge as-tu ?

Je vis à Londres dans une maison. J'ai 28 ans, je n'ai pas d'enfants. Ce serait très égoïste de vouloir un enfant. Ma femme devrait s'en occuper seule. Je suis très souvent absent. Et en 1993, je serai quasiment toujours sur les routes. Donc, à brève échéance, c’est exclu.

Ado, tu étais fan de rock?

Je me rappelle avoir copié les notes du refrain de « Pretty Vacant » des Sex Pistols. J'ai écouté les premiers disques de Duran Duran et de U2. A cet âge-là, on se jette un peu sur n'importe quoi. C'est après qu'on se met à réfléchir, à comparer.

Tu achètes encore des disques?

Oui, 7 ou 8 par mois. Mais je suis souvent déçu par ce que j'entends. Pourtant, je les écoute d'abord comme un fan de musique, pas comme un musicien. Après, je les analyse un peu plus. Quand on est musicien, il est difficile de ne pas approfondir le sujet.

(Article paru dans le n°10 du magazine Mofo de février 1993)

Dick Annegarn

Citoyen sur péniche

Écrit par

« Bruxelles », « L’institutrice », « Ubu », « Bébé éléphant », « Mireille »... Toutes des petites chansons d’un grand Hollandais âgé aujourd’hui de 40 ans et qui a connu une grande période de succès au début des années 70. Avant, comme il le dit lui-même, de se retirer de la compétition, en 78. Dick Annegarn vit sur une péniche (‘La Gueuze’) à Marne-la-Vallée, dans la banlieue Est de Paris. Il a les huissiers au cul, accorde de temps en temps des concerts dans lesquels il introduit des petites pièces de théâtre, publie un disque acoustique (NDR : « Inné’Dick », sur lequel figure un seul inédit, « Les Thèques », ainsi que des enregistrements dépouillés de certaines chansons peu connues) et ricane derrière ses lunettes...

Quand as-tu choisi de devenir chanteur?

Ce n'est pas vraiment un choix. Je me suis rendu compte que je savais y faire. On croit toujours que les artistes choisissent leur vie, ce n'est pas vrai. Comme les employés n'ont pas tous choisi d'être employés... Il y a toutes sortes de rêves associés à la vie d'artiste, et bien moi, j'ai plusieurs fois essayé de me recycler. Mon dernier projet en date était d'ouvrir une librairie 24h/24 à Bruxelles.

As-tu l'impression que tes chansons traverseront le temps?

Je les ai écrites pour qu'elles durent. Ce ne sont pas des chansons soixante-huitardes. « Oithyrambos » parle d'une mythologie d'avant les Grecs et « Robert Caillet » raconte une histoire qui pourra encore arriver dans 150 ans. Mes compos, j'essaie qu'elles ne soient pas typées, ni ‘mode’. Le mot ‘moderne’ date du XIVe siècle! « Mona Lisa Klaxon » de Jacques Higelin est une belle chanson, mais je crois qu'elle est périssable. J'ai pris un abonnement pour l'avenir, et je crois que mon style folk vieillit mieux que le rock et la pop.

Tu es connu aux Pays-Bas où tu es né ?

J'y accorde quelques concerts de temps en temps, dans des salles de 3 ou 400 personnes. Mes disques sont très mal distribués en Hollande. Mais je n’y suis pas un illustre inconnu. Le bouche-à-oreille, le téléphone arabe fonctionne. J'ai lu que Nougaro à qui on demandait s'il me connaissait a répondu : ‘Oui, de légende’.

Tu as 40 balais. Imagines-tu, comme Charles Trenet, continuer à écrire et interpréter des chansons, quand tu en auras 80 ?

Tout dépendra de ma voix et de mon inspiration. Si à 80 ans, je trouve encore les sujets intéressants, pourquoi pas? Mais Dick Annegarn, j'en aurai peut-être fait le tour! Je suis celui qui est le plus en contact avec moi, je serai donc le premier que Dick Annegarn ennuiera.

Raconte-moi comment tu vis sur ta péniche...

Je suis un solitaire, je vis avec mon chien. J'aime le silence, écouter la Marne. Je vais au café, les gens me racontent leurs dernières blagues, je cours, je fais du yoga pendant que l'eau bout. Je suis le poète que les gens viennent parfois consulter, quand ils ne vont pas bien.

Si tu animais un talk-show aujourd'hui, qui inviterais-tu?

J'ai un projet d'émission radio. C’est l'outil qui correspond le mieux à mon imagination. Il n'y a pas d'images, c'est plus suggestif. Je voudrais mettre en valeur les différents parlers, les dialectes. Je vais solliciter la radio belge pour voir si je peux faire cette émission à mi-temps. J’aimerais tenter l’expérience, un an ou deux. Je vais là où je crois pouvoir être utile...

Le cinéma, ça te tente?

Oui. Jacques Doillon m'a un jour proposé un rôle. J'ai refusé. Ca puait l'appartement, le scénario claustrophobe. Moi, je me vois plutôt dans des épopées, jouer un héros un peu foireux. J’aurais bien voulu incarner Théo Van Gogh au cinéma.

Cite quelques chansons qui t'émeuvent?

« Les Bergers » de Brel, « Georgia » de Ray Charles, « Daytripper » des Beatles, « What have they done to my song? » de Melanie et « Like a rolling stone » de Bob Dylan. Ca va comme ça?

(Article paru dans le n° 9 du magazine Mofo de janvier 1993)

 

EMF

On a toujours quelque chose à prouver

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La réussite d’EMF a été très rapide. Elle a donc rendu le groupe suspect. Plan ‘plaqué or’ du business, accident de passage ou groupe crédible et sincère? On n’a pas lésiné sur les interrogations. Normal après tout, il faut bien qu’il y ait une rançon à la gloire. Cette gloire, EMF l’a parfaitement assumée et digérée. Faut voir le professionnalisme exacerbé de ces jeunes types pour le croire: Zac (pour Zachary Sebastian Rex James Foley), le bassiste, tâche déjà de vous vendre, en interview, sa ‘camelote’, avec un désintérêt feint qui égale celui des habitués de ce genre d’exercice…

« Si je crois que ‘Stigma’ (le nouvel album sorti chez EMI) représente une progression ou une confirmation pour EMF par rapport à ‘Shubert Dip’ ? Ben, une progression oui, enfin, j’espère ! Mais demande plutôt au public qui vient nous voir ! Il peut mieux juger que moi. »

Bien, signalons quand même à Zac, pour le cas où il ne l’aurait pas perçu directement, que ledit album est tout de même sensiblement plus sec, plus heavy, que le précédent, tout illustre soit-il. « Je pense que l’explication est simple : nous avons beaucoup tourné depuis la sortie de ‘Schubert Dip’. » Il ne faut pas oublier que ce groupe est très jeune. « Nous n'avions accordé que quelques concerts locaux quand EMI nous a signés. Well, on a tout de suite commencé à enregistrer et on a appris des trucs en méthode accélérée. Le fait d'avoir joué beaucoup a raidi assez sensiblement notre son. C'est normal! On a voulu retrouver sur le disque celui que nous dispensons en ‘live’. Ou, en tout cas, nous en rapprocher au maximum ».

A l’instar de leur premier opus, ‘Stigma’ mélange les styles. On y rencontre à la fois du heavy, du pop, du punk, du progressif (les claviers de ‘They're Here’ évoquent ceux d'Hawkwind voire d'Eloy époque ‘Metromania’). Est-ce ce qui constitue leur marque de fabrique. Soignent-ils cet aspect des choses? Zac s’explique : « Je ne peux pas dire qu'on le soigne parce que tout cela est parfaitement naturel pour nous. Nous ne calculons rien. Nous n'écrivons jamais de chanson en nous disant ‘on va mettre dix pour cent de ceci, vingt pour cent de cela, etc.’ Ce sont les journalistes qui établissent le relevé de ces dosages, plutôt! Nous, en fait, à partir du moment où une chanson nous paraît bonne, qu'elle plaît au groupe, OK, on la classe dans le tiroir du dessus. Mais il faut qu’elle reste naturelle et spontanée, sinon on va se casser la gueule, je pense. On n'est pas des types à jouer aux apprentis sorciers! Le business nous laisse froids de toute manière. Merde, on sait ce que c'est ce business. C'est la musique qui nous botte, sinon on se contenterait de vendre des disques et on ne ferait pas des concerts tant qu'on peut. C'est pas facile tous les jours ces grosses tournées, je peux te le dire! » Ces périples justement, sont-ils accomplis, parce que le groupe a quelque chose à prouver? « Qui peut dire qu'il n'a rien à prouver? A partir du moment où tu proposes quelque chose, tu as quelque chose à prouver! On n'a rien à justifier, ça c'est certain. OK, je vais te donner un exemple: je me souviens parfaitement de notre précédent concert en Belgique. Eh bien on veut démontrer aux gens d'ici qu'on est meilleurs encore qu'alors. Et pourtant, on a été bons, la dernière fois ».

Les lyrics des compos ne sont pas imprimés sur le booklet. On imagine dès lors facilement qu’ils n’ont guère d’importance pour le combo. Réplique : « Ils n’ont pas plus de valeur que nos mélodies. Cela dit, nous n'imprimons pas non plus les partitions de nos chansons! Nos textes sont importants pour nous. On ne dit pas n'importe quelle ânerie. Mais bon, on ne défend aucune cause, non plus. Il ne faut pas que cela devienne une obligation… »

Article paru dans le n° 8 du magazine Mofo de décembre 1992

 

Faith No More

Ne croyez pas ce que racontent les journaux

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En 1989, Faith No More décrochait un hit :’Epic’, un rap-metal imparable. Trois ans plus tard, ‘Angel Dust’, album riche et complexe brouille les pistes sans altérer la popularité des Californiens. Mieux encore, tous leurs 1eurs concerts européens affichent sold-out. Pour en parler, place à Bill Gould, le bassiste ‘qui tue les enfants’. Sujet de la conversation également abordé : Guns’N’Roses, Metallica et Richet Said Fred. Après avoir joué aux Etats-Unis en lever de rideau, justement de Metallica et Guns’N’Roses, Faith No More s’est lancé dans une longue tournée européenne en compagnie d’L7 et sous le patronage d’MTV. Entre Glasgow et Paris, le quintet de San Francisco faisait escale à Deinze, pour la 2ème fois en un mois, dans un Brielpoort plein à craquer. Après avoir publié 4 albums, Faith No More s’installe parmi les forces majeures de ce début de décennie, aux côtés de Nirvana, Metallica et Red Hot Chili Peppers. Voués malgré eux à un succès planétaire, ces groupes produisent tous un rock féroce, viril et sans compromis.

« La musique, les goûts du public et l'industrie du disque ont évolués, mais je me demande si cette situation va durer ou si ce n'est que provisoire. Il est difficile d'analyser le succès d'un groupe comme Nirvana, tout comme le nôtre. Pourquoi sommes-nous si populaires? Je n'en sais rien. Le 45tours ‘Epic’ a servi de détonateur ; auparavant, personne n'avait entendu parler de Faith No More. Ce qui nous a permis de toucher un public plus large. Jane's Addiction et Red Hot Chili Peppers ont connu le même succès. Nous avons certainement ouvert des portes. C’est plus facile aujourd'hui pour un groupe de rock d'entrer dans le Top 40 qu'il y a 3 ou 4 ans. Les maisons de disques ont compris qu'il y avait une demande pour notre musique. Les radios américaines ont également changé leur fusil d'épaule: elles n'hésitent plus à passer du rock radical »

Maisons de disques et stations de radio ne sont pas les seules à avoir favorisé le succès de Faith No More. Il y a aussi la télévision, MTV plus précisément. La chaîne musicale sponsorise la tournée européenne du groupe et pour promouvoir celle-ci, elle n'a pas lésiné sur les moyens : interviews et clips chaque semaine, pendant un mois, dans le cadre de l'émission ‘Post Modern’.

« Je n'ai pas vu ce programme, précise Bill. On a réalisé toute l'interview en un seul jour. Elle a été découpée en plusieurs tranches pour le programme en question. Oui, je sais, il est agaçant de nous voir constamment à la télé? C’est du matraquage, je partage ton point de vue ; et à la longue, ça devient lassant. Toujours les mêmes questions qui reviennent. Mais bon, on n'a pas touché d'argent pour cette promo. Au contraire, c'est moi qui ai payé MTV: 3 heures de mon temps! Le tournage s’est déroulé en Finlande ; et franchement, j'aurais préféré me balader dans les rues d'Helsinki plutôt que de rester à l'hôtel pour me taper cette saloperie. »

Publics Ennemis

Depuis la sortie du single ‘Epic’ et la confection de l'album ‘The Real Thing’, est paru l’elpee ‘Angel Dust’, décrit en termes laudatifs par l'ensemble de la critique bien qu'étant moins accessible que le précédent opus, tant par la forme que par le fond. Etait-ce le seul moyen de se débarrasser des kids pubères et branchés?

« On ne veut pas enregistrer le même disque à chaque fois. Dès lors, il est normal qu'on touche plusieurs publics en même temps. Parmi nos fans, il y a la phalange pure et dure et puis les petits jeunes qui viennent au concert pour ‘Epic’, parce qu'ils l'ont entendu à la radio. Ceux-là, dans un an, aimeront probablement un autre groupe. Mais ce n'est pas notre problème. On a tourné en compagnie de Guns'N'Roses et Metallica, devant une bonne partie de leur public. Ce n’est pas nécessairement dérangeant. Les gens ont de mauvais goûts musicaux, de toute façon. Il faut être débile pour aimer Faith No More! (rires). Mon boulot ne consiste pas à analyser les motivations de nos fans mais plutôt de leur vendre des T-shirts! (rires) ».

Les reprises du groupe sont particulièrement significatives à ce sujet. « Lors de nos premiers concerts accordés à San Francisco, on nous reprochait de jouer du Black Sabbath, c'était impopulaire, un truc de hippies. Pour emmerder le monde, on a continué à en interpréter. Mais par la suite, les hard-rockers ont commencé à s'intéresser à notre musique et réclamaient constamment ‘War Pigs’. A leurs yeux, on était devenu heavy metal, simplement parce qu'on reprenait ce morceau. C’est pour faire chier ceux-là qu'on joue désormais ‘Easy’ des Commodores. C’est un clin d'œil. Et lorsqu'‘Easy’ aura fait son chemin, on choisira une autre chanson. On aime bousculer les habitudes. »

Sur les Roses

Pour Faith No More, la tournée américaine accomplie en compagnie de Guns'N'Roses et Metallica constituait avant tout l'occasion rêvée de se produire dans des stades, devant la toute grosse foule. Toutefois, Bill garde un souvenir amer de cette expérience: « Avec les Guns, on a joué devant 80 000 personnes en un seul jour. Il nous aurait fallu 40 concerts pour attirer une telle foule. Ce qui nous paraissait être une bonne idée au départ ; mais on s'est vite rendu compte que le public s'était déplacé uniquement pour voir Guns'N'Roses et Metallica. C’est un peu frustrant. En Europe, ce périple nous a aidés, parce qu'on y est moins connus. Le principal, c'est qu'un maximum de gens nous écoute. D'un point de vue humain, cette tournée s'est bien déroulée pour la simple raison qu'on ne s'est pas souvent côtoyés. Je n’ai rencontré Axl qu'une seule fois. Au début, on était attentifs à ce qu'on disait ; mais par la suite, on s'en foutait royalement. On les regardait jouer, sur le côté de la scène, en se payant continuellement leurs têtes. Après, il y a eu un froid. Ils avaient probablement lu dans la presse ce qu'on pensait de ces cons! »

Metallica, par contre, est un groupe que Bill apprécie énormément: « Ce sont de bons amis et j'aime ce qu'ils font. Au niveau metal, il n'y a que 2 groupes qui nous ont influencés: Slayer et Metallica. Avant qu'ils n'apparaissent, j'avais toujours détesté le heavy metal et ses hordes de poseurs. Je préférais le punk rock. Je ne supportais pas Led Zeppelin, par exemple, parce que c'était le groupe favori de mon père. Je l'associais à une certaine forme d'autorité. Moi, j'écoutais Black Flag et les Sex Pistols. Aujourd'hui, j'aime bien Led Zep parce que ce n’est plus une menace pour moi. »

Rumeurs

Les membres de Faith No More possèdent un sens de l'humour hors du commun. Ils adorent faire des blagues ou dire le contraire de ce qu'ils pensent. Malheureusement, leurs gestes et paroles sont souvent interprétés au premier degré. C’est le cas de cette histoire où Jim Martin, le guitariste expliquait à un journaliste anglais comment il avait fait sauter sa chambre d'hôtel à l'aide d'un flingue. Ce que le journaliste en question avait oublié de mentionner dans son papier, c'est qu'il s'agissait d'un pistolet en plastique! Bill a d'ailleurs un message à l'adresse de ceux qui liront cette interview: « Ne croyez pas ce qu'on raconte dans les journaux, ce n'est qu'un tissu de mensonges. Beaucoup de journalistes exploitent les musiciens afin de se rendre intéressants, en inculquant aux lecteurs des mythes qui n'existent pas! »

Ainsi, les choses sont claires. Quand on vous révèle que Bill a pour hobby d'uriner du haut d'un pont, on ne cherche qu'à se rendre intéressant. Mythe ou pas mythe, tentons d'élucider la question. Avec beaucoup de bonne volonté, Bill lève le voile sur les rumeurs qui entourent le groupe. Il est de notre devoir de signaler que certains passages sont susceptibles de choquer les âmes sensibles. Vous êtes prévenus.

Tout d'abord, cette collaboration avec Right Said Fred. Est-ce vrai ? Bill nuance : « C'est davantage une blague, mais si l’occasion se présentait, pourquoi pas? Bien que je n'ose imaginer le résultat! (rires). On serait peut-être les seuls à trouver ça drôle! Ils sont cools, Right Said Fred, pas prétentieux pour un sou ».

La maison de disques de F.N.M. s’est-elle finalement remise des frayeurs causées par le dernier album? Réponse de notre interlocuteur : « On a laissé supposer pendant longtemps que l'album s'intitulerait ‘Crack Hitler’ (titre d'un morceau) pour lui faire peur. Ce n'était qu'une blague de plus. Un autocollant a quand même été appliqué sur la pochette, pour mettre en garde les parents qui se soucieraient du contenu. »

Les musicos de F.N.M. seraient des misanthropes ! Réaction : « Ceux qui prennent tout ce qu'on dit au premier degré doivent nous prendre pour des misanthropes ; mais c’est parce qu’ils n’ont aucun sens de l'humour. Je ne pense pas qu'il faille toujours donner des explications sur tel ou tel morceau. Chacun y trouve ce qu'il cherche et tant pis pour celui qui est incapable de comprendre une blague. Je n'aime pas lever l'ambiguïté, mais je vais quand même avouer que personne parmi nous n'est misanthrope. Tu me trouves méchant, honnêtement? On aime bien jouer avec les pieds des gens, c'est tout. Ca nous amuse. Je trouve que les Européens perçoivent plus facilement notre humour que les Américains… »

Et clôturons cet entretien par la polémique sur les armes. Bill serait-il armé ? « Pas encore, mais je pense m’acheter un flingue dès mon retour aux USA. A San Francisco, il est moins dangereux d'avoir une arme que de ne pas en avoir. Ainsi si tu peux aussi tuer quelqu’un au volant d’une voiture ! » Ah bon, et quelle cervelle aimerait-il faire sauter ? « La mienne (rires). Non, sérieusement, celle d’un petit bébé. Et après, je lui pisserais dessus! » (rires) Et d’en remettre une couche : « Je tue des nourrissons, tant que je ne me fais pas prendre. Personne ne m’a encore jamais attrapé! (rires) La justice est impuissante, tu sais… »

Article paru dans le n° 8 du magazine Mofo de décembre 1992

Lonnie Mack

Le père du Roadhouse blues

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Lonnie Mack est l'un de ces artistes qui traversent les vagues sans être touché par ce qui l'entoure, un homme tout d'une pièce, assez bourru, somme toute typique du sud des Etats-Unis. Un musicien qui fait l’unanimité chez ses pairs. De son vrai nom McIntosh, Lonnie est né le 18 Juillet 1941, à Harrison, dans l'Indiana, près de Cincinnati, non loin de la frontière que forment les trois états de l'Ohio, du Kentucky et de l'Indiana. Il s’est prêté de bonne grâce à cette interview…

Tu fais figure d'influence majeure pour de nombreux guitaristes (Eric Clapton, Jeff Beck, Mike Bloomfield, Duane Allman, Stevie Ray Vaughan, etc.) Tu n'avais pourtant que deux ou trois ans de plus qu'eux ?

J'ai commencé à jouer très tôt, dans le milieu des années 50 et puis j'ai beaucoup enregistré au début des années 60 ; mes succès commerciaux, c'était en 1963, c'est-à-dire, bien avant que tous ceux que tu cites ne soient devenus célèbres.

Tes racines?

Mes racines, c'est la country music. Il n'y avait d'ailleurs pas grand-chose d'autre à l'époque ; mes pionniers étaient Merle Travis, Chet Atkins, Les Paul ou encore Hank Williams. Après, j'ai écouté du blues et puis le rock est arrivé, mais c'était déjà plus tard, dans les années 50.

Quand as-tu employé pour la première fois ta guitare ‘Flying V’ (en forme de flèche) ? Peu de bluesmen ont joué sur ce modèle de guitare hormis Albert King bien entendu. Elle est plutôt recherchée par les spécialistes du heavy metal...

Je joue sur cette guitare depuis 1958. C'était une des toutes premières ; d'ailleurs elle porte le numéro de série 7. Elle est appréciée chez les musiciens du heavy metal, parce qu'elle restitue un son très métallique. Je trafique le son au niveau de l'amplification par des systèmes de ventilation ; un ‘Leslie’ qui est une technique utilisée pour les claviers. Ce qui apporte ainsi un certain son d'orgue. J'ai repiqué certains de ces trucs à un musicien extraordinaire qui est malheureusement décédé il y a peu, Robert Ward. Ce type était l'influence majeure de Jimi Hendrix qui jouait souvent aussi sur la ‘Flying V’.

Tes premiers succès, c'était des instrumentaux très rock'n'roll, non?

J'ai commencé par être musicien dans les célèbres studios King à Cincinnati. J'ai notamment joué pour James Brown et Freddie King. Puis, j'ai pu enregistrer mes propres compos pour un nouveau label local, Fraternity. C'est par hasard qu'ils ont sorti ma version instrumentale de « Memphis », une face B d'un 45tours de Chuck Berry. Aux Etats-Unis, lorsqu'on joue de la musique un peu spécialisée (NDR : tout ce qui n'est pas de la ‘pop music’), il est difficile de te forger le succès commercial au niveau national. Par contre, tu peux réaliser les meilleures ventes dans certains coins spécifiques. C'est ce qui m'arrivait. Je jouais alors dans tous ces Etats qui voulaient bien de ma musique. J'étais tout le temps en route, c'est la raison pour laquelle on l’appelait le ‘roadhouse rock ou blues’. Les roadhouses ce sont ces gargotes que l'on croise le long des routes nationales aux States.

Est-ce la raison pour laquelle tu as participé aux sessions d’enregistrement de l'album « Morrisson Hotel » des Doors, pour le titre « Roadhouse blues »?

En fait, à cette époque, j'étais sous contrat chez le label Elektra, qui était aussi celui des Doors. Ils n'avaient pas de bassiste, c'est l'organiste Ray Manzarek qui assurait les parties de basse à l’aide de ses pédales. Je suis donc venu pour jouer la basse mais surtout pour accélérer le rythme des sessions ; car ils avaient tendance à mettre en boîte des dizaines de prises pour souvent revenir à la première. En débarquant, je pensais que les sessions allaient être menées rondement ; mais comme d’habitude, elles ont traîné. Morrisson, quand il arrivait, était complètement bourré. C'est pas un grand souvenir pour moi!

Quand es-tu (re)venu au blues?

Je ne suis pas venu au blues. Je ne suis pas un bluesman. Je ne me suis jamais considéré comme un bluesman. Je joue du rock et du rhythm'n'blues, c'est pas la même chose. Bruce Iglauer vient de la même ville que moi dans l'Indiana ; sa mère vivait près de chez moi. Une fois qu'il était dans le coin, il est venu m'écouter et m'a proposé d'enregistrer pour son label de Chicago, Alligator. Je ne connaissais pas cette boîte, alors il m'a envoyé quelques uns de ses disques, comme ceux d'Albert Collins, et ils m’ont plu.

Pourquoi avoir choisi Stevie Ray Vaughan comme producteur de ton premier album sur Alligator (« Strike like lightning ») ?

J'ai habité à Austin, au Texas, pendant quelques années, à la fin des seventies. C'est là que j'ai rencontré Stevie Ray, un gars fantastique. Le premier disque qu’il n’ait jamais acheté était « The Wham of that Memphis man » (NDR : le 1er LP de Lonnie). Je l'ai influencé mais en quelque sorte, il est devenu une influence pour moi aussi. Il a voulu produire mon album. On a vécu des moments magiques comme pour « Greo Cookie Blues », mon hommage à Merle Travis. Nous étions trois, Stevie, mon frère Bill et moi, assis sur le sol des studios avec nos guitares acoustiques. Un grand moment!

Est-il exact que ce sont les pays européens qui te réservent le meilleur accueil?

Nous aimons particulièrement jouer en Irlande, en Hollande, ici en Belgique et puis aussi en Norvège. Nous avons participé à quelques festivals, mais nous fréquentons aussi les petits clubs, c'est très bien ainsi!

Qu’est ce que tu écoutes, comme musique ?

J'écoute de la country bien sûr et puis des groupes de R&B comme les Allman Brothers, ZZ Top, des artistes qui jouent du ‘southern rock’ (NDR : il en est sans nul doute lui-même le précurseur). Il y a énormément de très bonnes formations aux States, au Texas, dans le Tennessee, à Memphis, mais ils ne sortent guère en dehors de chez eux. J'habite maintenant près de Nashville, la capitale du country.

(Article paru dans le n°7 de novembre 1992 du Magazine Mofo)

 

Catherine Wheel

Des chansons, pas du bruit…

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Catherine Wheel n'est pas un groupe de noisy, pas plus qu'un ‘shoegazer’ ou qu'un membre de la ‘scene that celebrates itsef. Ses musicos ne veulent pas qu'on les qualifie comme tels, en tout cas. Et on les comprend. Mais rappelons d'abord la signification de quelques mots de vocabulaire. ‘Shoegazer’ qualifie les musiciens qui regardent leurs chaussures quand ils jouent. ‘The scene that celebrate itself’ concerne les groupes souvent shoegazers qui passent leur temps à se faire voir aux concerts des autres. ‘Hype’ est un terme qui désigne les formations ou artistes devenus rapidement chouchous du NME ou du Melody Maker, parce qu’à la mode ou dans l’air du temps. Aujourd'hui en tout cas, plus personne ne veut être traité de ‘shoegazer’. Un substantif à fuir comme la peste…  

Rob Dickinson : il y a énormément de pression, sur un groupe, quand il commence. On a souvent été comparés aux ensembles noisy, à nos débuts, catalogués dans la ‘scene that celebrates itself’ qui était plus sociale que musicale. C’est pourquoi nous n’y étions pas impliqués, car nous sommes issus de Londres. Ceux qui appartiennent à ce mouvement construisaient de gros mur du son ou essayent désespérément de se recréer. Ils ne comptent que douze mois d'existence et doivent déjà se réinventer! Moose a sorti un LP qui, pour éviter les critiques de shoegazing, s’est orienté vers le country & western. Ils essaient à tout prix de modifier leur style pour ne pas hériter de l’étiquette ‘shoegazer’ ! Notre son évolue mais ce qui était vrai pour Catherine Wheel, il y a deux ans, reste d'actualité. Notre musique est basée, avant tout, pour des chansons. Pas sur le bruit. On a effectivement franchi un pas entre nos premiers Eps et note création actuelle. Mais on n’a pas cherché à se renouveler, on n'essaie pas plus de suivre les modes. Notre démarche était en vogue, il y a un an ; elle ne l'est plus aujourd'hui. Des compos comme "Black Metallic" ou "Texture" ne découlent pas sur le bruit ; on pourrait les jouer sur des guitares acoustiques. Une attitude souvent adoptée lors de notre tournée américaine, pour les interviews radio et télé.

C'est précisément "Black Metallic" qui marque cette rupture, en révélant la véritable personnalité de Catherine Wheel ?

R.D. : Oui, « Black Metallic » incarne l'ultime rencontre entre une chanson à la structure assez classique et un bruit magnifique, sur le fil du rasoir. Marcher sur cette ligne entre la tentation d'être des songwriters –ce qui est une erreur, car on écrit nos chansons très naturellement, sans vraiment se soucier de leur donner une ossature– et produire un gros mur de guitares. Une ouverture qui permet, en concert, de construire quelque chose de différent. "Black Metallic" est la moelle de tout ce qu'on a essayé de créer, la cristallisation de Catherine Wheel.

Aujourd'hui, les ex-hypes de la presse anglaise (Lush, Chapterhouse...) se font démolir. On peut dire que vous avez eu de la chance de ne pas avoir subi le même sort.

R.D. : C'est vrai. Car dès qu'on a été une hype, on ne peut que décliner sans espérer remonter la pente. Ce groupe existe sur ce qu'on fait spontanément. J'ai grandi en lisant le NME et le Melody Maker. C'était la seule raison de se lever, le mercredi matin et durant la semaine. Le risque est donc grand de les prendre trop au sérieux et d'attraper la grosse tête car on se retrouve tout d'un coup, dans ces journaux, à notre tour. Je connais pas mal de formations qui écrivent leurs chansons, non pas pour eux-mêmes, mais pour la presse anglaise. Ils savent qu’en produisant un certain type de son ou en incarnant un certain modèle de groupe, on parlera d'eux dans la presse musicale. C'est assez étrange. On n'a jamais été une hype et c'est très bien ainsi, car cette situation nous a permis de grandir naturellement. Tout ce que nous avons accompli, à ce jour, relève de notre propre identité. Sans image préfabriquée, sans relations dans le milieu des stations de radio ou de la presse musicale. On y est parvenu grâce à nos chansons.

Et que pensez-vous de la dernière grande hype en date: Suede?

R.D. : Ils sont formidables. Vraiment très bons. Il est de bon ton de clamer qu'ils sont nuls ; il est très facile de les dénigrer, mais ils racontent des choses assez intéressantes. J'ai lu une interview où ils critiquaient certains groupes de la Scene, parce qu’ils avaient tous le même son. Je comprends Suede quand ils les attaquent ; il y a quand même une sorte d’abdication de votre identité de groupe. Ils produisent tous des paysages soniques qui n’existent que pour trois minutes. Une fois encore, c'est peut-être bien, mais je peux comprendre la frustration de ceux qui veulent des paroles, des riffs de guitare, un contenu créatif. C'est très facile de créer un mur du son très compact, qui va et qui vient! Suede se nourrit d'influences complètement différentes comme Bowie, T.Rex... Pas mal de musiques avec lesquelles j'ai grandi, d'ailleurs. Mais je ne pense pas que les gens prennent la presse musicale trop au sérieux. Ils savent bien que si le Melody Maker estime qu'un groupe est génial, il ne vaut peut-être rien. Ils lisent ces journaux, avant tout, pour se distraire.

Votre signature sur une major (Fontana) a-t-elle été bien acceptée ?

R.D. : Il existe un certain snobisme dans cette éthique ‘indie’. C’est totalement stupide. Nous sommes un groupe indépendant, on travaille de manière indépendante, personne ne nous dicte ce qu'on a à faire. On a eu la chance d'être dans une position assez forte, quand on a signé chez une major. On fait, sur Fontana la même chose que ce qu'on faisait sur notre petit label. Creation voulait nous recruter, comme de nombreux autres gros labels indépendants ; mais aucun n'était prêt à nous octroyer ce qu’on attendait. Seul Fontana voulait bien nous payer suffisamment tout en nous laissant une totale liberté. Les gens commencent enfin à comprendre que, ce qui compte, ce n'est pas le label qui vous héberge, mais bien la musique que vous enregistrez. Nirvana a réalisé un des meilleurs albums de ces 10 dernières années sur un major! En Angleterre, on veut en finir avec les charts indés, car ils ne représentent pas la scène indépendante. Il faudrait les remplacer par des charts de musique alternative ; ils ne seraient plus orientés sur le label mais sur l'attitude. Kilye Minogue relève d’un label indépendant! C'est un peu offensant pour la mémoire des Smiths et de Joy Division... Néanmoins, je crois que les labels indés seront toujours nécessaires ; ils permettent de sortir ses premiers disques sans l'obligation d'un succès immédiat. C'est très important pour les jeunes groupes.

(Article paru dans le n°7 du magazine Mofo de novembre 1992)