Light Asylum lève le voile sur un nouvel album

Peu de groupes peuvent se targuer d'avoir le statut de 'groupe culte', mais c'est clairement le cas pour Light Asylum. Emmené par la voix énigmatique de Sharon Funchess, le projet basé à Portland, dans l'Oregon, a secoué le petit monde de la musique…

Le fossé à franchir par Snake Mountain Revival

« The Divide », le nouvel album du trio psychédélique indépendant américain Snake Mountain Revival, sortira le 23 octobre prochain. Formé sur la côte de Virginie à l’été 2017, Snake Mountain Revival est né de la rencontre entre des univers musicaux très…

Trouver des articles

Suivez-nous !

Facebook Instagram Myspace Myspace

Fil de navigation

Nos partenaires

Nos partenaires

Dernier concert - festival

Afghan Whigs
Afghan Whigs

Bill Lupkin

Hard pill to swallow

Écrit par

Originaire de Fort Wayne, dans l'Indiana, Bill réside depuis une quarantaine d'années à Chicago. En y débarquant, il fréquente les clubs de blues implantés dans les ghettos des quartiers ‘Southside’ et ‘Westside’. Il sympathise avec les Aces, le groupe qui avait accompagné Little Walter et Junior Wells. On le retrouve donc dans une aventure impliquant les frères Dave et Louis Myers, Fred Below, le mandoliniste Johnny Young et le pianiste blanc Bob Riedy. Il rencontre ensuite le légendaire Jimmy Rogers et participe aux sessions de son elpee "Gold tailed bird". Un disque paru en 1972. Son premier véritable opus ne date que de 1999. Un live immortalisé dans sa ville natale de l'Indiana : "Live at the Hot Spot". Une œuvre pour laquelle il reçoit le concours du Chicago Blues Coalition. Ainsi que de Barrelhouse Chuck au piano et Billy Flynn aux cordes. Au cours des dernières années, il s’est lié d’amitié à Nick Moss ; ce qui lui a permis d'enregistrer pour Blue Bella. Dont un "Where I come from", paru en 2006.

« Hard pill to swallow » succède donc à ‘D’où je viens’, une ‘Pilule difficile à avaler’ habillée par une très jolie pochette créée par Kate Moss. Elle illustre un flacon contenant un harmonica. Pour enregistrer cet opus, Bill s'est enfermé dans les studios ‘Rancho de Rhythm’ à Elgin, chez Nick Moss. Il est épaulé par son frère Steve à la basse, Mark Fornek aux drums et Tim Wire aux claviers. Moss se réserve la guitare, le mixage et la production. Les 14 plages ont été composées par Lupkin.

Dès les premières secondes de "Think it over baby", ça déménage. Tous les doigts de pieds frétillent à l'écoute de ce morceau particulièrement remuant. Les musiciens manifestent une cohésion remarquable. Le talentueux Gerry Hundt a emporté sa mandoline électrique. Elle confère à l’expression sonore une belle touche d’originalité. Lupkin affiche une forme étincelante. Il se montre très agressif dans l’attaque de son harmonica. La lecture de son instrument est très claire. Il jouit également d’une bonne voix ; dans un style assez laidback. C'est-à-dire indolent, mais stimulant. Une excitation ouatée qu’il réitère sur "Funny way to show you love me". Sa palette de tonalités lui a permis de côtoyer des grands maîtres, comme Little Walter et Big Walter Horton. Nick Moss en profite pour dispenser un solo parcimonieux, comme il affectionne. "Bad luck" opère un changement de rythme et de style. La douceur est passée à l’aigre. Bill a glissé vers l’instrument chromatique. Il chante d'une voix saturée d'amertume. Il me rappelle ici manifestement le grand Rod Piazza. Cette excellente compo constitue un très grand moment de blues! Mais ce que j’apprécie tout particulièrement sur cet elpee, c’est la sonorité d'ensemble. Tout fonctionne à merveille dans ce petit studio d'Elgin. Sur "Fine little thing", Lupkin parvient à recréer le son de ce Chicago blues qui nous a toujours fait rêver. Les esprits de Jimmy Rogers et de Little Walter y sont tellement présents ; mais sous une forme tellement naturelle, qu’on en est complètement bouleversés. "I'll be over you someday" en revient au tempo lent. La mélodie emprunte probablement à "It hurts me too". Moss joue comme un dieu. Le spectre du géant Freddie King nous traverse l’esprit. La complicité entre les intervenants est traduite par une communion de leurs sensibilités. Et que c'est beau à écouter. "Elgin bounce" est un instrumental qui remet au goût du jour le son des Aces. Le soupçon de swing et de groove permet de restituer le génie de l'harmoniciste leader, alors poussé dans ses derniers retranchements par le piano de Wire et l'intarissable Nick aux cordes. La classe! L'esprit de Johnny Young refait surface lorsque Hundt reprend sa mandoline. En l’occurrence sur "See that little girl", un morceau que Lupkin chante avec beaucoup de conviction. Sculpté dans le funk, "Blues again today" nous invite à danser. Un peu comme autrefois, au cœur des petits clubs enfumés de la cité des vents. "You're gonna be sorry" évolue sur un tempo digne de Jimmy Reed. La paresse des swamps louisianais nous envoûte. "Hook, line and sinker" adopte les rythmes chers à Howlin' Wolf. Bill se consacre à l'harmo chromatique et un impressionnant Moss parvient à recréer les climats chers à Henry Vestine. "Where you goin'" est le long blues lent que l'on espérait. Bill souffle rageusement comme un Walter Horton soutenu par Sunnyland Slim (NDR : pour la circonstance, Tim Wire s’y subsitue). Musicien versatile, Gerry Hundt accorde une remarquable intervention aux cordes. Ce superbe album s’achève comme il a commencé ; c'est-à-dire par le titre maître, dans une version de Chicago blues rythmé, mais dans un style très Rogers.

 

Gerry Hundt

Since way back

Écrit par

Gerry relève de l’équipe des Flip Tops de Nick Moss. Ce jeune musicien possède de nombreuses cordes à son arc. Il ne se contente pas des rôles de chanteur, compositeur, guitariste, mandoliniste, harmoniciste, bassiste et claviériste ; mais il se réserve les commandes du studio, enregistre, mixe et produit. Excusez du peu! Gerry est originaire du Wisconsin. Il compte à peine 30 ans. Il a vécu à Denver, dans le Colorado. A cette époque, il avait participé à l’aventure des Clamdaddys et apporté sa collaboration au chanteur/guitariste John Alex Mason, en compagnie duquel il a enregistré un elpee en 2002, "Mason & Hundt". Il a aussi assuré les parties d'harmonica sur les deux albums du prometteur guitariste Easy Bill Towber et son Big Beat. Depuis, il s'est fixé à Chicago et milite au sein des Flip Tops, où il a remplacé à la basse, Miss Kate Moss, qui a décidé de se consacrer à l'éducation de sa fille, Sadie Mae. Dès qu'il en a l’opportunité, Gerry se consacre à la mandoline qu’il met au service du blues. Pas de doute, il a bien écouté Johnny Young et Yank Rachell. Tout au long de son premier opus solo, il s’abandonne à ce seul instrument qui s'inscrit dans le renouveau de la mandoline blues, une vocation que partagent Billy Flynn et Richie Del Grosso. Les Flip Tops l’ont cependant rejoint lors des sessions d’enregistrement : Moss est à la basse, Willie Oshawny au piano, Bob Carter aux percussions, l'ami Bill Lupkin à l'harmonica et Josh Stimmel du Kilborn Alley Blues Band aux cordes.

"Since way back" démarre à plein régime. La mandoline est talonnée par la guitare de Josh Stimmel. Le son est dense, cru, primaire. La section rythmique soutient les cordes de la mandoline. "Ready to go" emprunte le même rythme. Du pur Chicago blues. Tout est bien à sa place. Le piano d'Oshawny meuble tous les espaces. Stimmel est très inspiré et Gerry chante d'une voix très mâle. Les huit cordes de la mandoline s'épanouissent au cœur d’une tonalité assez métallique tout en subissant une attaque très abrupte. "Bad water" est un blues lent très dépouillé. Le chanteur y narre la tragédie de membres de la famille du batteur, empoisonnés par l'eau toxique de leur source! L’esprit de Muddy Waters est ici bien présent. Lupkin s’y révèle assez bouleversant. Instrumental, "The Union meetin'" swingue par ses échanges opérés entre la mandoline et le piano. "Hard road" est un shuffle royal. Très Chicago. Le grand Jimmy Rogers n’est pas loin. Les musiciens évoluent à un très haut niveau. Bill suit la voix de Gerry à la trace, de son harmo, pendant que Piano Willie attaque ses touches d'ivoire, à la manière du légendaire Otis Spann! Hundt avale une solide lampée de spirit pour défier son "Whiskey makes me mean". Son énergie est décuplée. Moss abat un énorme boulot sur sa basse. Les deux seules reprises n'ont rien de surprenant. Tout d’abord le "Burning fire" d'Otis Spann. Une plage saturée d’émotion, au cours de laquelle piano et mandoline sont à l'unisson. Le remuant "You're the one" de Jimmy Rogers, ensuite. Lupkin s’y révèle insatiable. La formation reste très ancrée dans le Chicago southside des années 50. Proche du son immortalisé par les frères Chess. A l’instar de "Trying hard", un des sommets de l'album. Bill prépare la sortie de la mandoline. D'abord agonisante, elle reprend vie puis vigueur et sa ténacité est redoutable."The Lakewood bump" est un instrumental allègre qui permet aux acteurs de se libérer en toute décontraction. Caractérisé par ses échanges et joutes entre tous les solistes "Here in Chicago" porte bien son titre. L’elpee s’achève par un bonus track : "End of the day blues". Cette compo consacre un duo à fleur de peau entre les doubles cordes de la mandoline de Hundt et le piano de l'ami Barrelhouse Chuck, un musicien talentueux ; et pour cause, c’est un élève de Sunnyland Slim, Lafayette Leake et Little Brother Montgomery. Je vous recommande vivement cet album !

The Kilborn Alley Blues Band

Tear Chicago down

Écrit par

Le KABB nous vient du côté de Champaigne, dans l'Illinois. Nous ne sommes pas trop loin de l'Indiana, bien au sud de Chicago. Cette formation avait commis un album très prometteur en 2006 : "Put it in the Alley". Les musiciens sont jeunes. Ils ont presque tous la trentaine. Le line up n’a pas changé. Andrew Duncanson, chanteur/guitariste à la voix si caractéristique est toujours au poste. Il est soutenu par le guitariste Josh Stimmel, l’harmoniciste Joe Asselin (originaire du Maine), le drummer Ed O'Hara et le bassiste Chris Breen. Le seul vétéran de l’équipe, puisqu’il affiche plus de 50 ans. Le quintet signe les onze chansons de ce second opus, une œuvre produite par le génial Nick Moss. Manifestement l'originalité de Kilborn Alley procède du timbre vocal d’Andrew, son chanteur. Il est bouleversant, particulier, ténébreux et très personnel. Mais aussi susceptible de rappeler celui d'Eric Burdon. En outre, Duncanson vit sa musique. Le groupe puise ses influences majeures dans le blues urbain. En particulier celui de Chicago. C'est-à-dire cher à la génération des Muddy Waters, Howlin' Wolf, Otis Rush et autre Magic Sam. Tout en y injectant un chouia de ‘Southern fried soul’, dans l’esprit de Johnny Taylor, Denis Lasalle ou encore Tyrone Davis. Kate Moss a réalisé la pochette du CD. Illustrée par la porte d'entrée d'un vieil immeuble vétuste de Maxwell Street, on ne peut pas dire qu’elle soit très accueillante (NDR : mais existe-t-il encore ?)

"I'm spent" ouvre l’elpee. Mais ce titre ne donne pas le ton à l’ensemble. La slide lance le rythme et nous entraîne rapidement au cœur de l’atmosphère lourde du Delta. Le rythme galope. Le chant de Duncan est puissant. Joe Asselin et remarquable à l’harmonica. Il est même déchaîné. Ses courtes phrases sont acérées, tranchantes, agressives. Son souffle nous prend à la gorge. Chant blues imprimé sur un tempo lent, "Christmas in County" est coloré par l'orgue Hammond de l'ami Gerry Hundt. Duncan chante, la voix empreinte d’émotion. Elle traduit une immense peine. Son cœur saigne. Les lyrics décrivent la solitude qui ronge un détenu, dans sa prison, un jour de Noël, loin de sa famille. La guitare est très dense et mélodieuse. L'harmonica accentue ce sentiment de désespoir. Duncanson éclate en sanglots. Blues rapide et tonique, "Fire and fire" semble sortir tout droit du Westside de Chicago. La voix est proche de celle de Luther Allison. Asselin restitue le climat sonore d’un Junior Wells à ses débuts. "Crazier things" vire vers le Southside cher à Muddy Waters. Le son des studios Chess est ici reproduit. Assis dans un coin du studio, Gerry Hundt dispense un solo à la fois saisissant et sublime sur sa mandoline électrique. Il est immédiatement talonné par les cordes de Stimmel, tandis que Joe, les poumons gonflés à blocs, se libère. "Come home soul" change de style. Une ballade soul hydratée par l’orgue Hammond. La voix de Duncan est délicieuse. En fermant les yeux, il n’est pas difficile de voir se profiler l’ombre de Luther Allison. Le solo de Nick Moss est saturé d'émotion. Le thème de cette compo traite de la situation délicate des soldats américains en Irak. "Redneck in a soul band" épouse une sorte de country blues frénétique. L'harmonica est omniprésent, mais dans un registre réminiscent de Sonny Terry. Le morceau est très participatif. "It's a pity" est un blues lent, dépouillé. La voix d’Andrew y transpire son vécu. Il sort aussi de sa réserve sur les cordes de sa Stratocaster. Asselin est à nouveau bouleversant dans sa manière de faire vivre son instrument. Le titre maître est une invitation à se déhancher sur la piste de danse. Duncan et Abraham Johnson se partagent un duo aux vocaux. Johanson est un vocaliste noir, mais surtout l’ami de Duncan. Le sax de Dave Fauble appuie la rythmique très soul. "The weight on you" replonge dans la soul dansante. La voix est à nouveau en état de grâce. A l’instar d’un Sam Cooke soudain doté d'un timbre puissant et rocailleux. L'orgue Hammond opère son come-back. Savoureux ! "Lay down" prend la direction de Chicago. Mordante, la rythmique est terriblement proche du "Mellow down easy". La section rythmique accomplit un sacré boulot pour lancer Asselin à la poursuite de Junior Wells. Une formule reconduite sur "She don't know". Un dernier rappel nous est accordé sous la forme d’un bonus track. C’est-à-dire une version différente de "Redneck in a soul band" ; mais pour la circonstance, dans le style de Chicago exécuté à haut régime. Excellent!   

Various Artists

Dr Boogie presents Rarities from the Bob Hite Vaults

Écrit par

Notre Dr Boogie national voue un culte au boogie band par excellence : le Canned Heat! Ce n’est plus un secret pour personne. Bob Hite, fondateur, chanteur et harmoniciste de cette formation mythique était un énorme chasseur de disques. Tout particulièrement de 78 tours obscurs, enregistrés par les bluesmen d'avant et d'après-guerre. Une collection qu’il avait entamée dès son plus jeune âge et qui lui avait permis de réunir un véritable trésor de guerre. Malheureusement, à sa mort, ce pactole a été dispersé. Les reliques ont ainsi été vendues, volées ou même données. Par bonheur, une bonne partie a été récupérée par Adolpho ‘Fito’ de la Parra, lui-même discophile incorrigible. En tombant sur cette nouvelle source de plaisir, le bon Walter Boogie a eu bien de la peine à s'en relever ; mais généreux devant l'éternel, il a décidé de nous faire découvrir ces impérissables vestiges de la boogie music.

Dix-neuf plages remontent aux années 50. La première a été immortalisé en 1941 : "Death Ray Boogie". Du piano boogie woogie. Un homme : Pete Johnson. Deux mains et 88 touches. Un des génies du style. Le reste est partagé entre artistes notoires et méconnus. Pianiste tombé dans l’oubli, Googie Rene est le responsable de "Wiggle tail", un instrumental très boogie, balayé par un saxophone bien huilé. Saxophoniste californien, Chuck Higgins est un honker de la trempe des Joe Houston ou Big Jay McNeely. Mad Mel Sebastian est tout aussi irrévélé. Mais son "Pachuca Hop" est percutant. Empruntant le tempo répétitif de "Honky Tonk", mais caractérisé par l’intervention d’une très belle guitare, "The itch" se révèle plutôt détonant. Le personnage le plus célèbre ici est manifestement le producteur/musicien Johnny Otis. Il chante "You got me cryin", un blues fin de soirée au cours duquel, on imagine les couples enlacés. Bill Haley chante le remuant "Birth of the boogie". Nous sommes à l'époque de la naissance du rock'n'roll. Les musiciens brûlent littéralement les planches et le gratteur jumpe à mort. Texan, Clarence ‘Gatemouth’ Brown concède "Taking my chances". Encore un blues pour couples en sueur, alimenté par cette guitare à la T-Bone. Les enregistrements opérés par Otis Rush sur Cobra, constituent une révélation pour de nombreux musiciens. "Jump Sister Bessie" consacre sans doute un des meilleurs témoignages pour une des guitares les plus remarquables du blues! Eddie Hope dispense "Fool no more" et "Lost child", deux superbes shuffles à l’énergie bien texane, mais chantés nonchalamment dans l’esprit des swamps louisianais du blues. "Eating and sleeping" date de 1954. La guitare d’Earl King brille de mille feux. On en arrive au coup de cœur de ce recueil : les deux faces de trois singles d'Elmore James. Millésimés 1953, sur les labels Flair, Checker et Meteor. Né en 1918, le Roi de la slide guitare était alors à l'aube de sa carrière (NDR : il est décédé en 1963, alors qu'il n'avait que 45 ans). Il est épaulé par ses Broomdusters ; en l’occurrence le pianiste Little Johnny Jones, le drummer Odie Payne et le saxophoniste J.T Brown. Elmore avait tout compris. Son jeu sur "Some kinda feeling" est une leçon claire de boogie jump. "Please find my baby" est caractérisé par le riff célèbre qu'Elmore a usé et abusé, après avoir édité "Dust my broom", son premier succès récolté en 1952. Les échanges opérés entre JT Brown et Johnny Taylor sur "Country boogie" et "Baby what's wrong", sont d'une richesse inouïe. L'influence de James deviendra énorme pour les artistes des générations futures (Jérémy Spencer, Jimi Hendrix, Duane Allman, Stevie Ray Vaughan, George Thorogood, etc.). Il est suivi par d'autres spécialistes de la slide : J.B Hutto, Hound Dog Taylor, Homesick James, John Littlejohn, etc. Cette anthologie exceptionnelle porte le sceau de la Communauté Française Wallonie – Bruxelles. Dont acte! Ce testament constitue le premier volume d'une collection d'enregistrements datant des années 20 aux années 60, et dont on avait perdu la trace…

Terry ‘Big T’ Williams and Wesley ‘Junebug’ Jefferson

Meet me in the cotton field

Écrit par

Terry Williams est né en 1960. A Clarksdale. Il a ensuite passé sa jeunesse dans la plantation de Farrell. A 12 ans, il est déjà placé sous la protection des Jelly Roll Kings (Frank Frost, Sam Carr et Big Jack Johnson). Son existence a été très mouvementée. Son addiction à la drogue lui a valu un séjour de six longues années au sein du pénitencier de Parchman Farm. Heureusement, à sa sortie, Morgan Freeman le catapulte comme directeur musical de son club Ground Zero, à Clarksdale. Il ouvre ensuite son propre club. Un juke joint situé à quelques dizaines de mètres du fameux carrefour ‘Crossroads’. Il a également enseigné au sein du Delta Blues Museum. Pour y dispenser des programmes éducatifs. Il a milité au sein d’une multitude de formations. Et sa toute dernière répond au patronyme de Big T Review Band.

Il a enregistré cet album en compagnie du bassiste/chanteur Wesley Jefferson. Il est également issu de Clarksdale. Un disque paru sur le label Broke & Hungry de St Louis. Son précédent opus, "Hellhounds in my shadow", remonte à 2002. Edité chez Stand on the Ocean, il avait reçu le concours de son Big T's Band. Quant à Wesley, il est âgé de 62 ans. Il est originaire de Coahoma County et pratique le blues depuis les 60’s.

"Meet me in the bottom" ouvre l’opus. Jefferson chante ce ‘field holler’, a capella. Pas de doute, nous sommes bien plantés dans le berceau du blues. Il Interprète d’une voix fatiguée  "Pocketful of money". Lee Williams siège derrière la batterie. Big T joue de ses six cordes en toute discrétion. Terry prend le relais aux vocaux pour attaquer son "Incarcerated blues". Sur cette plage autobiographique, ses accords sont acoustiques, mais également métalliques ; à cause du recours à une national steel. Pour le traditionnel "CC Rider", Lee est revenu aux drums. Big T a rebranché l'amplification pour sa gratte. Il chante d’un timbre grave, qui semble tout aussi las que celui de Wesley. Il est vrai que le long fleuve tranquille, qui s’écoule aussi paresseusement, juste à côté, ne prête guère à l’accélération des tempos. Jefferson chante son "The wreck". Il manifeste plus de puissance pour déclamer ses mots ; et le résultat est probant. Howlin’ Wolf transita autrefois par Clarksdale. Terry lui rend hommage, en chantant "The wolves are howling". Caractérisée par ce riff hypnotique répété à l’infini, cette compo est manifestement inspirée par ce musicien célèbre. Big T reprend le micro pour se farcir "Let's go down to Red's". Une référence au club. Il en profite pour citer tous les musiciens qui s’y sont produits. La cover du "Catfish blues" constitue la meilleure plage de l’elpee. L'intensité et le sens dramatique inondent la voix de Williams. Ses cordes sont largement amplifiées et accentuent encore le mal-être qui plombe cette plage. La voix et la démarche me rappellent même quelque part Jimi Hendrix. Et surtout sa manière d'aborder la pureté du blues. En y injectant bien moins d'artifices sonores, bien entendu! Le titre maître mérite également une mention particulière. Wesley y parle de sa jeunesse, de son père qui travaillait dans les champs de coton… Big T interprète en solitaire une version très primaire du "Can’t be satisfied" de Muddy Waters. Sa voix et sa sèche. De bonne facture, cet opus de downhome blues s’achève comme il avait commencé ; c'est-à-dire dans une interprétation a capella. De "Blues is like the river". Une nouvelle fois, Jefferson se charge de cet exercice de style. Une complainte qui aurait pu être reprise en chœur. Par les travailleurs des champs au début du siècle dernier, quelque part du côté de Clarksdale…

 

Hot Club de Paris

Drop It 'Til It Pops

Écrit par

Hot Club de Paris. Qu’on le veuille ou non, ce patronyme décalé a de la gueule. D’abord, c’est tellement parisien pour des Anglais. Ensuite, si un guide des noms de groupes racoleurs devait être publié, Hot Club de Paris constituerait certainement une référence de premier ordre. Musicalement, on nous annonçait un album ouvertement post-punk, un concurrent direct pour Maxïmo Park, The Rakes et autres Futureheads. Il n’en est rien. Le squelette des morceaux d’Hot Club de Paris est fondamentalement instrumental. Nous sommes ici en présence d’un punk-math rock azimuté à l’envi.

Paul Rafferty (basse), les frères Matthew (guitare) et Alasdair (batterie) Smith aiment à chanter à l’unisson, raconter de petites légendes urbaines scotchées sur des orchestrations faussement pop, vraiment speedées. Hot Club de Paris apprécie la vitesse, se contrebalance des excès et évite les contraventions de justesse. Et ce, pour plusieurs raisons : une originalité assumée jusque dans le choix imprononçable du premier single, le bien intitulé "sometimesitsbetternottostickbitsofeachotherineachotherforeachother". La formation liverpuldienne a également le bon goût d’alléger la complexité rythmique de ses compositions par de joyeuses trouvailles sonores (« Bonded By Blood »). Hot Club de Paris signe donc un premier album hyperkinétique, truffé de riffs alambiqués et de bonnes intentions.

 

 

Various Artists

I’m not there – Original soundtrack from the film by Todd Haynes

Écrit par

Un long métrage a donc été consacré à la vie et à la carrière du Zim. Réalisé par Todd Haynes, il met en scène six acteurs différents qui jouent son rôle à différentes époques de son existence, dont Cate Blanchett, Richard Gere et Christian Bale. Mais ce qui nous intéresse le plus ici, c’est la bande originale qui accompagne ce film. Car le projet –et c’est tellement rare qu’il faut le souligner- tient la route. Trente-quatre chansons de Dylan sont ici interprétées par 29 artistes différents. Sur un double elpee. Parfois en épinglant des associations improbables. Des compos, pout la plupart, méconnues du grand-public et qui prennent ici souvent une toute autre dimension. Aussi bien des artistes mythiques (Willie Nelson, Ritchie Havens, Roger McGuinn), confirmés (Sonic Youth, Tom Verlaine, Eddie Vedder) que des jeunes pousses (Hold Steady, Charlotte Gainsbourg). L’œuvre s’achevant, bien sûr, par l’inévitable « I’m not there » de Robert, flanqué du Band. Mais la plus belle réussite procède des interventions de Calexico. Comme backing band. A cinq reprises. Et le résultat de ces rencontres est tout bonnement remarquable.

Tracklisting

Disque 1

1) Eddie Vedder and the Million Dollar Bashers : "All Along the Watchtower"

2) Sonic Youth : "I'm Not There"

3) Jim James and Calexico : "Goin' To Acapulco"

4) Richie Havens : "Tombstone Blues"

5) Stephen Malkmus and the Million Dollar Bashers : "Ballad of a Thin Man"

6) Cat Power : "Stuck Inside of Mobile with the Memphis Blues Again"

7) John Doe : "Pressing On"

8) Yo La Tengo : "Fourth Time Around"

9) Iron & Wine and Calexico : "Dark Eyes"

10) Karen O and the Million Dollar Bashers : "Highway 61 Revisited"

11) Roger McGuinn and Calexico : "One More Cup of Coffee"

12) Mason Jennings : "The Lonesome Death of Hattie Carroll"

13) Los Lobos : "Billy"

14) Jeff Tweedy : "Simple Twist of Fate"

15) Mark Lanegan : "Man in the Long Black Coat"

16) Willie Nelson and Calexico : "Señor (Tales of Yankee Power)"

Disque 2 :

1) Mira Billotte : "As I Went Out One Morning"

2) Stephen Malkmus and Lee Ranaldo : "Can't Leave Her Behind"

3) Sufjan Stevens : "Ring Them Bells"

4) Charlotte Gainsbourg and Calexico : "Just Like a Woman"

5) Jack Johnson : "Mama You've Been on My Mind" / "A Fraction of Last Thoughts on Woody Guthrie"

6) Yo La Tengo : "I Wanna Be Your Lover"

7) Glen Hansard and Markéta Irglová : "You Ain't Goin' Nowhere"

8) The Hold Steady : "Can You Please Crawl Out Your Window?"

9) Ramblin' Jack Elliott : "Just Like Tom Thumb's Blues"

10) The Black Keys : "Wicked Messenger"

11) Tom Verlaine and the Million Dollar Bashers : "Cold Irons Bound"

12) Mason Jennings : "The Times They Are a-Changin'"

13) Stephen Malkmus and the Million Dollar Bashers : "Maggie's Farm"

14) Marcus Carl Franklin : "When the Ship Comes In"

15) Bob Forrest : "Moonshiner"

16) John Doe : "I Dreamed I Saw St. Augustine"

17) Antony & the Johnsons : "Knockin' on Heaven's Door"

18) Bob Dylan & The Band : "I'm Not There"

 

iTunes:

http://clk.tradedoubler.com/click?p=24379&a=1303609&url=http%3A%2F%2Fphobos.apple.com%2FWebObjects%2FMZStore.woa%2Fwa%2FviewAlbum%3Fi%3D265826815%26id%3D265826779%26s%3D143446%26partnerId%3D2003"
 

od2 (msn)

http://sib1.od2.com/common/product/Product.aspx?shop=40&associd=4&catno=OD2DI6232614

Sons Of The Delta

Made in Mississippi

Écrit par

Sons of the Delta est un duo fondé en 2003 par Mark Cole (chant, harmonica, slide) et Rick Edwards (guitares). « Made in Mississippi » constitue déjà leur deuxième album. Il fait suite à "One for the road" dont la remarquable pochette reproduisait le cadre rural authentique des berges du long fleuve tranquille. Mark Cole milite également au sein d'un autre blues band : Maxwell Street. Quoiqu’issue du sud-ouest insulaire, cette formation a opté pour un patronyme très américain. Et pour son plus grand bonheur, elle est parvenue à enregistrer au pays des sources du blues, ce "Made in Mississippi". Au sein de studios Delta Recording. A Clarksdale, près du Delta Blues Museum. Plusieurs plages ont même été immortalisées ‘live’ au Crossroads Shack, un juke joint poussiéreux établi quelque part dans la Hopson Plantation, à Clarksdale. Et la pochette nous plonge dans ce rêve devenu réalité. Au recto, le Ground Zero Blues Club, sis dans la célèbre Blues Alley. Un club qui appartient à l'acteur Morgan Freeman. Il nous invite à assister au concert des Sons. Au verso, le mythique carrefour (Crossroads) situé au croisement des routes 49 et 61. Et ces guitares qui nous rappellent qu'un jour, un musicien noir (Robert Johnson) a signé un pacte avec le diable...

Bénéficiant de la coproduction de Jimbo Mathus, le duo a reçu le concours de musiciens locaux. Et tout d’abord, Pinetop Perkins et Sam Carr, deux légendes vivantes du blues. Terry ‘Big T’ Willams, ensuite. Egalement un musico du coin. Il est le propriétaire du ‘Big T’ blues bar & grill’, un lieu au sein duquel le blues authentique vit au quotidien. Il est influencé par Big Jack Raynolds des Jelly Roll Kings et compte deux albums à son actif : "Hellhounds in my shadows", paru en 2002, chez Stand on the Ocean, et son tout dernier "Meet me on the Cotton field", sur Broke & Hungry. Et enfin Stan Street. Originaire de Floride, il s’est forgé une notoriété dans l’univers de la peinture. Il a d’ailleurs brossé de bouleversants portraits de bluesmen. C’est également un chanteur, harmoniciste et saxophoniste. En 2002, il s’était illustré sur un elpee intitulé "Stan Street and the Streetwalkers" ; et l’année suivante sur "Acoustic blues thing", en compagnie des Ravens.

Mark chante son "It's me" sur un tempo enlevé. Le rythme primaire est imprimé par les percussions de Jeff Hayes. Mais il ne faut pas très longtemps pour plonger dans ce blues du Delta. Un blues très lent, caractérisé par cette marque d'authenticité, apportée par le vieux Pinetop Perkins, figé derrière son piano. Le chant de Cole est parfait. Sa slide est accrochée à l'épaule. Après le parcours opéré en solitaire par Pinetop, Rick Edwards signe un petit solo bien ficelé. Perkins revient chanter son "One more time" sur un tempo aussi indolent. Mythe indigène, Sam Carr prend place derrière ses fûts. Son martèlement très primaire suit le chant et l'harmo de Cole sur "You can't have the Hoo without the Do". Sam est toujours au poste pour "I wish somebody". Le riff est répétitif et à nouveau très Delta. La guitare d'Edwards est très amplifiée tout au long du Mississippi shuffle "eBay blues". Cette sonorité accentue la coloration locale de cette compo. Cependant, à mon humble avis, le lent "I'm moving on" constitue la meilleurs plage de l’elpee. Un morceau cosigné par Cole et le guitariste du terroir, Big T Williams. Cole chante d’un timbre nasillard devant les cordes parcimonieuses et tellement inspirées de Williams. Ses lignes mélodiques sont d'une beauté éclatante.

Les fragments immortalisés ‘live’ au Crossroads Shack, empruntent tous un profil acoustique. Phil Wooten échange un duo à la guitare sur l’instrumental "Pickin' with Phil", une plage caractérisée par la présence d’un harmonica. Rick chante un "Clarksdale strut" très rudimentaire. Autre instru, "Train roll" libère de superbes sonorités. A cause des cordes métalliques du dobro et de l'harmo clair et expressif de Stan Street. D’honnête facture, cet opus ne manque cependant pas de passion. Il s’achève par "Standing on the edge", un dernier shuffle plein de charme…

Shack

Time machine (The best of Shack)

Écrit par

Avant de fonder Shack, les frères Michael et John Head drivait The Pale Fountains, une formation liverpuldienne qui a marqué de son empreinte le début des eighties. Entre 1981 et 1985, très exactement. Au sein du line up militait également le futur trompettiste de James, Andy Diagram. Inspiré par le psychédélisme de Love, mais également la comédie musicale (Burt Bacharach), le jazz et la bossa nova, ses chansons romantiques deviendront même une des sources d’inspiration pour les Smiths. Après deux années de déchéance (toxicomane, Michael traverse une période de déprime, alors que leur bassiste McCaffrey, décède des suites d’une hémorragie cérébrale), les deux frangins disparaissent quelque temps ; avant de monter Shack, en compagnie du drummer Alan Wills, mais surtout du bassiste Pete Wilkinson, futur LA’s et Cast. Le quatuor sort quelques singles et un album en 1988 : “Zilch”. En 1991, la formation entre en studio. Au London's Star Street. Et achève les chansons de son deuxième elpee, « Waterpistol ». Malheureusement le studio est ravagé par un incendie, et les bandes sont détruites. En outre, leur producteur, Cris Allison, ne parvient plus à mettre la main sur les copies DAT de ces enregistrements. Et lorsqu’enfin il les retrouve, le combo a splitté. Finalement « Waterpistol » paraîtra en 1995, à l’initiative du label allemand Marina. Entretemps, les frères Head forment Strands qui commet un superbe opus en 1997 : « The Magical World of The Strands”. Toujours passé aussi inaperçu. Et l’année suivante, Shack se reforme. Il aligne quelques elpees : « HMS Fable” en 1999 et “Here's Tom With the Weather” en 2003. Ainsi que “The corner of Mill and Gill”, en 2006. Wilkinson est revenu au bercail un an auparavant, pour suppléer le départ de Rigby ; mais information bien plus importante, le groupe a signé chez Sour Mash, le label de Noël Gallagher. Qui a toujours voué une grande admiration aux frères Head. Il les considère d’ailleurs comme une influence majeure d’Oasis.

Maintenant, venons-en à cette compilation qui réunit des extraits des quatre derniers albums (NDR : pas de trace, donc de « Zilch »). Mais également deux singles tout à fait épatants datant de 1990 et 1991. C'est-à-dire « I know you well », digne du meilleur Stone Roses et « Al’s vacation », un titre d’acid folk aussi bancal que capricieux, réminiscent de Syd Barrett. Ainsi que deux nouvelles compos (elles figurent en fin de parcours) : « Holiday abroad », dont la mélodie est tellement contagieuse que vous risqueriez fort de la siffloter sous la douche et l’impétueux « Wanda », morceau de psyché house cuivré, rappelant à nouveau la célèbre formation de Ian Brown, à ses débuts. Même si la délicatesse du timbre vocal de Michael est davantage mise en évidence. Pour le reste, heureusement que les notes incluses dans la pochette sont suffisamment explicites ; sans quoi, on n’y retrouverait plus ses jeunes. Ce qui permet quand même de cerner l’évolution de cet ensemble dont la musique à l’origine très psyché (Stone Roses, Syd Barrett, Byrds) a progressivement évolué vers une forme de plus en plus sophistiquée, l’influence de Love circa devenant même très marquante sur l’avant dernier opus (les arrangements, les orchestrations, les cuivres mariachi, etc.) Ce qui n’a jamais empêché les compos de continuer à bénéficier de ce dosage subtil entre cordes acoustiques et intensité électrique. La formation a également vécu sa période britpop hymnique (pensez à Oasis, à The Coral ou encore aux Bluetones) ; et en particulier sur l’album « Waterpistol », paru quatre ans trop tard. On ne va pas en rajouter une couche, c’est une compile, mais franchement elle mérite toute votre attention. En outre, comment comprendre qu’un groupe aussi talentueux soit passé à travers…

Dave Walker

Walking under water

Écrit par

Dave ‘The Voice’ Walker a été, rappelez-vous, le chanteur de Fleetwood Mac ; et surtout de Savoy Brown, dans les années 70. C’est à cette époque que ce groupe a connu le plus de succès. Sous un angle commercial, bien entendu ! Et les ventes des elpees "Hellbound train", "Street corner talking" ainsi que du single "Tell Mama" ont véritablement cartonné ! Savoy Brown pratiquait alors un blues rock à la sauce américaine, mais dans le style, bien ficelé. Cet Anglais avait entamé sa carrière au cours des 60’s, au sein d’un beat group, les Redcaps. Il milite ensuite chez les Beckett et Idle Race pour y remplacer un certain Jeff Lynne (ELO). En 1971, Savoy Brown implose. Les trois-quarts du line up partent alors chez Foghat. C’est le moment choisi par notre ami Dave pour débarquer et enregistrer "Street corner talking". Et le succès sera encore plus important l'année suivante, lors de la sortie de "Hellbound train". Après avoir commis "Lions share", Dave quitte le navire et rejoint le Fleetwood Mac, le temps de participer à la confection de "Pinguin". En 1973. Un peu pus tard, c'est-à-dire en 1977, Dave transite même par Black Sabbath, pour y remplacer pendant quelques mois Ozzy Osbourne. Il disparaît ensuite quelque temps de la scène musicale, avant de revenir chez Savoy Brown. De 1986 à 1991. Il participera à la réalisation des opus "Make me sweet", "Kings of boogie" et "Alive & kickin'". Dave se retire une nouvelle fois ; mais son parcours n’est pas terminé, puisqu’en 2005, il grave sous le patronyme Dave Walker & the Ambulators, "Mostly Sonny – A tribute to Sonny Boy Williamson", en compagnie de musiciens anglais ; et notamment un des fondateurs de Savoy Brown, l’harmoniciste John O'Leary.

Ce tout nouvel album nous le replonge à sa grande époque. Celle du Savoy Brown du cœur des 70’s. L’univers sonore est fort semblable. Les musiciens ont la dégaine du Brown de l'époque. Pourtant, les deux guitaristes sont différents ; mais Sheamus Conley et/ou Jim Lewis prennent le rôle de Kim Simmonds, alors que le claviériste Rob Britten emprunte celui de Paul Raymond. Et il faut avouer que l’œuvre ne maque pas d’atouts. Ce blues-rock laidback traduit manifestement le plaisir de jouer des musiciens. Dave reflète le portrait de sa musique. Son chapeau vissé sur le crâne, il ressemble étrangement à Jean Rochefort. L'homme vit aujourd'hui à Virginia City, dans le Montana. Il est descendu dans le studio Bozeman's Peak, en août 2007, et « Walking under water » constitue le résultat de ces sessions.

‘The Voice est de retour’. La guitare de Jim Lewis ouvre "Little Susie & Mr Tight". La tonalité et le style sont tellement proches de Kim Simmonds. La section rythmique est bien soudée. L'orgue Hammond occupe immédiatement une place importante dans l'ensemble. Chaleureuse, naturelle et décontractée, la voix n'a guère changé. La musique flatte facilement l’oreille. "I can make it on my own" poursuit sur le même rythme. Un blues rock serein, guère complexe, mais dont l'impact est direct. Sheamus Conley passe à la guitare pour "Crazy baby". Le tempo est toujours modéré, un rythme qui sied tellement bien à la voix fatiguée du vieil Anglais. Pour "Walking under water", le rythme ralentit. Une composition épique, très travaillée, dans le style des années 70. La voix de Walker manifeste un certain sens dramatique. Lewis a repris sa guitare. Elle transpire une sensibilité mélodique naturelle. Britten cumule le piano et la guitare rythmique ; cette dernière occupe une place importante tout au long de cette plage modérément, blues mais tellement bien construite. Dans son développement, elle me rappelle quelque part, une autre formation anglaise, qui répondait au nom de Wishbone Ash. Intense, "Weep no more" persiste sur cette trame désespérée et lente. Lewis exécute sa partie de guitare avec beaucoup de feeling. Il s’y révèle bouleversant, tout en maîtrisant l'écho communiqué à ses cordes. "Black steel blues" marque un retour au style Savoy Brown. Conley tient le manche. Il insuffle des accents plus blues sur ce titre un rien nerveux. De manière inattendue, ce blues de bonne facture se transforme en boogie mid tempo. Lewis se concentre sur la slide. Britten reprend le piano. Et le résultat est plutôt agréable à l’écoute. Sur l’excellent blues rythmé "Girl trouble", Sheamus démontre qu’il est bien le gratteur le plus imprégné du style de Kim Simmonds. "Rabbit's foot charm" est encore plus blues. ‘The Voice’ est bien dans son élément, face au piano versatile de Britten. Cet opus attachant, s’achève par un imparable "Hard headed woman", une compo qui baigne dans le style du british blues, net et sans bavure. Un aveu : mon petit faible pour le british blues refait surface…