Réédition de l’album Elyria de Faith & The Muse

Référence majeure du rock gothique, Faith and the Muse réunit Monica Richards (Strange Boutique) et William Faith, musicien ayant œuvré pour Christian Death, Mephisto Waltz, Sex Gang Children ou encore Shadow Project. Paru en 1994, leur premier opus, Elyria,…

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Ora Cogan
Viagra Boys

Kim Wilson

My blues sessions : Kim's Mix Vol I

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Kim Wilson est incontestablement un des plus grands harmonicistes blues de la planète. Et il l’a démontré aussi bien chez les Fabulous Thunderbirds que tout au long de sa carrière personnelle, radicalement et authentiquement blues ! Natif de Detroit, Kim est aujourd'hui âgé de 56 ans. Il a passé sa jeunesse en Californie, mais son aventure musicale n’a réellement commencé qu'en 1974 ; c'est-à-dire lorsqu'il s’est fixé dans le Texas. A Austin, très exactement. Il y fonde les Fabulous Thunderbirds en compagnie du guitariste Jimmy Vaughan.

En 1997, Kim avait commis son deuxième elpee solo. Intitulé  "My blues", il était paru sur le label Blue Collar. Le présent album a été réalisé par Kim en personne. Il réunit des sessions datant de l'enregistrement de "My blues" et épingle des versions alternatives de titres issus de l’opus ainsi que des plages inédites. Un petit trésor pour les nombreux admirateurs de l'artiste. Sur ce Cd, figurent sept plages qui figuraient sur l'album originel, mais aussi autant de titres non retenus pour la plaque.

Elle aligne d’emblée deux prises différentes et alternatives de "Oh baby". Un shuffle bien nerveux marqué par l'harmonica. Impérial, cet instrument dirige toute la manœuvre. Je préfère cependant la version qui ouvre le disque. Plus courte, son impact est plus direct. On imagine même facilement l'artiste se produisant juste devant nous. Faut dire que son blues sans la moindre fioriture est interprété avec tellement de présence et d'autorité. Bénéficiant du concours de deux cuivres, en l’occurrence Tom Fabre au saxophone et Scott Steen à la trompette, "Everything I do is wrong" amorçait l’elpee "My blues". Sans guitare, cette plage mettait en exergue le talent d’un Fred Kaplan étincelant et virevoltant devant son piano et une section rythmique chargée de groove, constituée de Larry Taylor et Richard Innes. Les mêmes musiciens sont reconduits pour attaquer l'instrumental "Hop, skip and jump". Entre les deux versions de "Tryin' to make a livin'", la seconde semble la plus saignante. Faut dire qu’elle implique le concours très perceptible du grand Junior Watson aux cordes, dont l’intervention ici est tout à fait exceptionnelle. Rusty Zinn coopère aux cinq derniers morceaux dont "Gumbo blues" et "Break it up". Adepte du style de Junior Watson, il se révèle particulièrement brillant. Cheval de bataille des concerts de Kim Wilson, "Tell me why" est le théâtre de la plus époustouflante partie de musique à bouche! La claque! Et puis, le tracklisting réunit également des compos qui n'ont pas passé le cap de la sortie officielle de l'album. Tout d’abord "Bea's boogie". Bien entendu un boogie. Un boogie marqué par la versatilité du pianiste et la sortie sur le fil du rasoir de Jr Watson. "Irene" ensuite. Un swamp blues proche de Guitar Slim. Imprimé sur un tempo particulièrement paresseux, il semble sortir des faubourgs de Baton Rouge. Un style qui colle à la peau de Kim. "Mambo crazy" est une plage instrumentale percutante. Dynamisée par le rythme exotique du mambo, elle frôle la perfection. Kid Ramos est impressionnant à la guitare. Les changements de rythme sont bien huilés. Les roulements de caisse d’Innes irréprochables et l'harmonica chromatique de Wilson au sommet de son art. Le riff d'Elmore James, imposé par le Kid sur sa slide, sculpte le chicago blues classique "Blues eyed baby". "Born blind" est un exercice de style proche de l'un des maîtres de Kim : Sonny Boy Williamson II. En particulier son "Eyesight to the blind". Et pour être complet, sachez que l’œuvre recèle encore deux instrumentaux, "Come and git it" et le titre final, modestement intitulé "Instrumental Take 3". Cet album ne bénéficiera pas d’une distribution officielle. Vous pourrez cependant vous le procurer lors des concerts accordés par Kim ou en vous branchant sur le site de Bluebeat Music. Il devrait être suivi par deux autres volumes. Fans de Kim, soyez attentifs!

Jim King

When the blues are green

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Peu d’infos sur ce Jim King. Une chose est sûre, c’est un admirateur de l'Anglais Peter Green. D’ailleurs, la traduction du titre de l’album est éloquente. Non, ce n’est pas ‘Quand les blues ou les blues sont verts’, mais bien ‘Quand les blues sont (Peter) Green’, ou quelque chose dans le genre. Un nouvel hommage (après ceux rendus par Gary Moore, Bernie Marsden et bien d'autres) au plus talentueux des chanteurs/guitaristes de blues anglais. Lors de ses remerciements, il s'adresse à Peter Green à l’aide de mots simples : ‘Thanks for the music’. Jim est californien. Probablement issu de San Diego, il est également le guitariste des Aunt Kizzy'z Boyz, responsable de deux elpees à ce jour : "Trunk full of blues" en 2004 et "It's tight like that" en 2007. Pour concocter son premier opus solo, King a reçu le concours de trois musiciens : Chuck Kavooras à la guitare et à la slide, Ralph Carter à la basse et aux claviers ainsi que Toss Panos aux drums. Il interprète pas moins de sept compositions de Green, une de Danny Kirwan (autrefois chez Fleetwood Mac) et trois autres titres issus du répertoire de Peter.

Jim manifeste beaucoup de solennité pour entamer les hostilités. Le son gras et réverbéré de la Gibson Les Paul est immédiatement saisissable, et avouons-le, s’inscrit parfaitement dans l'esprit cher au Peter Green de la fin des sixties. Les notes concédées sont parcimonieuses et la sensibilité à fleur de peau. Ce "Sugar Mama" est ici attribué à Howlin' Wolf. Peter ne l'avait immortalisé sur aucun album officiel de Fleetwood Mac ; mais cette compo figurait bien dans son répertoire. Très british, la section rythmique n’opère guère dans la délicatesse. Plutôt écrasante, elle libère beaucoup d’intensité dramatique. La voix de King est excellente. Cependant, il ne s’agit pas d’une pâle copie du timbre de Peter, mais d’un organe fort proche d’un autre vocaliste issu du British Blues Boom : l'incomparable Chris Youlden de Savoy Brown. Issu de l’elpee "Mr Wonderful", "Rollin' man" constitue, à mon humble avis, une des meilleures compos de Green. Manifestement, elle mettait parfaitement en exergue son potentiel. Blues lent aux accents volontiers dramatiques, "Drifting" figurait sur l'album "The original Fleetwood Mac". King démontre ici qu'il a vraiment assimilé l'esprit énigmatique et introverti de Peter. Les silences sont importants. La voix impressionne. A cause de la sensibilité qui en émane. "Rattlesnake shake" a été écrit plus tard. Le choix de cette cover justifie la perception parfaite de l’intégralité du répertoire. Jim et Chuck Kavooras, son guitariste rythmique, conjuguent leurs talents ; mais ce dernier –également producteur– l’interprète d'une voix autoritaire. A l’instar de Peter quarante ans plus tôt, Jim chante "World keeps on turning". Un morceau lent au cours duquel il s’accompagne uniquement à la guitare. Parmi les reprises, on épinglera le "Lemon squeezer" de Jimmy Rogers, le "Coming your way" de Danny Kirwan, un autre guitariste du Mac, et "Need your love so bad". Signé Little Willie John, ce 45 tours avait décroché un énorme succès à l’époque. La voix de Jim est à nouveau très proche de celle de Youlden. L’œuvre recèle encore l’adaptation de deux des plus beaux blues lents issus de la plume de Peter Green : "Fool no more" et "Love that burns" (ce fragment figure sur le meilleur opus de Fleetwood Mac, "Mr Wonderful"). Ces deux plages exhalent un feeling incroyable. Des frissons vous traversent le corps et l'âme. Jim King n'a sans doute rien inventé mais il a bien compris le mal qui hantait le grand Peter Green. Pour être parvenu à le restituer, je le remercie et le félicite. ‘God bless you Jim, you sure have the blues inside!’


Contact : Jim King – P.O Box 890276 - Temecula - CA 92589 – USA

Oscar Wallas

Intramuros

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Non, Oscar Wallas n’est pas un artiste (NDR : cette pratique devient une habitude !) qui se produit en solitaire, mais le patronyme d’un quatuor parisien. Une formation qui réunit trois ex-membres des Peulvens (Chritian Rouillé au chant et à la guitare, Jean-Marie Briand à la basse ainsi qu’Erwan Moreau aux drums) et Renaud Lhoest. Ce dernier est arrangeur. Bruxellois, il a notamment bossé pour Venus, Dominique A et joué en compagnie de Yann Tiersen. Mais surtout, joue du violon. Et c’est précisément cet instrument qu’il se réserve chez cette formation. « Intramuros » a bénéficié, en outre, de la collaboration d’Yves Baudhuin, mais surtout du mixing de Gilles Martin, dont la carte de visite mentionne quand même des participations aux mises en forme des albums de Miossec, Hector Zazou, Pierre Bondu, sans oublier de Colin Newman et de Tuxedomoon. Et puis de Venus aussi. Pas étonnant dès lors de retrouver Marc A. Huyghens comme guest. Pour un titre : « A musical day ». Mais venons-en à ce premier opus. Découpé en 11 fragments, il navigue quelque part entre pop, rock, chanson française et expérimentation classico-contemporaine. Enigmatique, inspiré, envoûtant, riche (les arrangements, les cuivres et les cordes sont souvent dignes d’un Tuxedomoon !), il peut évoquer tour à tour le lyrisme de Bertrand Cantat, mais sans l’électricité (le post boogie « La routine »), Kat Onoma (l’obsessionnel « La condition »), Robert Plant (la vision orientale de « Jérusalem », mais sans la voix de Bob), et même un Ravel qui aurait intégré une trompette mariachi dans sa boucle symphonique (« A musical day », compo à laquelle participe le leader de Venus). Le tout est enrichi par des lyrics décalés, hantés (NDR : Christophe Rouillé y cause, entre autres, de ses doutes, de la liberté, du clonage et de la routine), mais terriblement actuels. Une œuvre originale. Très originale même. Et surtout hors du temps et des modes…

 

 

 



Ed Kuepper

Jean Lee and The Yellow Dog

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Difficile de comprendre pourquoi un artiste aussi talentueux qu’Ed Kuepper soit confiné depuis si longtemps dans la zone crépusculaire de l’underground. Sa discographie ne se contente pas d’être impressionnante, mais recèle plusieurs albums remarquables. Ses prestations scéniques le sont tout autant. Et les articles que lui consacrent les journalistes spécialisés ne tarissent pas d’éloges ce ténébreux Australien. Le mystère reste donc entier.

Son dernier opus studio, « Smile, Pacific » remontait quand même à 2001, et franchement on se demandait ce qu’il attendait pour revenir dans le parcours. En fait, après avoir lu une biographie sur Jean Lee, la dernière condamnée à mort, exécutée par pendaison en Australie, il a projeté d’écrire un opéra. Il a donc refilé le bouquin à sa partenaire Judi Dransfield-Kuepper (photographe, écrivain et poète reconnue aux Antipodes) en lui demandant si elle était intéressée par ce projet. Mais celui-ci a pris davantage de temps que prévu, et Ed, impressionné par ce qu’elle avait déjà écrit, a décidé de bosser sur une partie du thème développé et de s’en servir pour son nouvel opus ; repoussant ainsi ultérieurement les desseins opératiques. C’est ainsi qu’est né « Jean Lee and The Yellow Dog », un disque pour lequel, Kuepper a notamment reçu la collaboration de Warren Ellis (Dirty Three), de la claviériste/violoncelliste Jan Elliot, d’une section de trois cuivres et puis de Chris Bailey. Pour une des meilleures compos de l’elpee : « That depends pt 3 ». Une plage complexe, noisy/jazz/world élaborée dans l’esprit des Laughing Clowns, c'est-à-dire très cuivrée mais en même temps mélodique. Une sensibilité très développée mais en même temps très personnelle chez le natif de Perth. Dans le même registre, « Skinny Jean » se révèle plus laidback, mais en même temps énigmatique et parfois presque funèbre (ces cuivres !) Et la ballade mélancolique « Demolition » semble hantée par le spectre de Morphine.

Donc les deux ex-Saints ont à nouveau coopéré. Une situation qui avait été débloquée en juillet, à l’initiative du festival Queensland Music, au cours duquel les Saints s’étaient donc produits en ‘live’ et sous un line up originel. Pas comme chez nous l’an dernier. L’opus recèle une cover des Go-Betweens : « Finding you ». Un hommage à feu Grant McLennan qui aurait dû, au départ, figurer sur un album ‘tribute’. Balayée par les accords du violoncelle, cette version minimaliste est vraiment bouleversante. Mais venons-en plus en détail sur cet album.

Découpé en douze fragments, dont un interlude d’une cinquantaine de secondes en final (« Ambient piece »), il s’ouvre par un rock bien carré, « Hang Jean Lee ». Il recèle surtout quelques plages assez curieuses. Tout d’abord « Yellow dog ». Ce boogie jazz écume le célèbre « The beat goes on » de Sonny & Cher. Deux titres sont proposés sous des versions différentes : « Read to me ». La première version est acoustique. Une jolie mélodie tramée par un banjo et un dobro, tapissée d’arrangements de cordes. Légèrement countryfiante, elle s’inscrit dans l’esprit des Triffids circa « In the pines ». Et immortalisée live, la seconde libère une intensité blanche digne de Neil Young. Une intensité qui contamine le tribal « Daddy’s girl ». La plaque recèle bien évidemment quelques compos typiquement ‘edkuepperesques’. Et en particulier « Miracles ». Une chanson empreinte d’une grande mélancolie, caractérisée par ces accords plaqués, légèrement reverb, et bercée par les accès de violon ondoyants concédés par Warren Ellis. « Shame », ensuite. Un morceau découpé dans les cordes élégantes, discordantes, hypnotiques, au cours duquel, il partage un duo avec Su Crowley.

Fatalement ce disque figurera parmi mes albums de l’année. Et si vous continuez à snober cet artiste hors pair, c’est que vous n’avez toujours rien compris…

 

Aunt Kizzy'z Boyz

It's tight like that

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Cette formation est établie dans la partie méridionale de la Californie, près de San Diego. Leur line up a tout pour plaire, puisqu’il réunit trois musiciens noirs et trois blancs. Un premier album chargé de promesses, "Trunk full of bluez", était paru en 2004. Le combo recèle en Sugaray Rayford un formidable vocaliste, un véritable blues shouter. Originaire de Tyler au Texas, il a forgé sa voix dans les chants gospel. Le drummer, Dwane Hawthorn, adore Willie Big Eyes Smith. Originaire de l'Angola, Bastos "Moe" Moenho se réserve les percussions. Côté blanc, le guitariste Jim King est un musicien très affûté. Le mois dernier, je vous avais présenté son album solo, "When the blues are green", un hommage au guitariste anglais Peter Green. Michael Mack siège derrière les claviers et enfin, Big Joe Schiavone tient la basse. AKZ a représenté récemment San Diego à l'International Blues Challenge de Memphis. Il a décroché la seconde place sur un total de 130 formations. Et notez bien, le combo se produira en France, la première quinzaine de novembre. Rayford et King forment une paire de compositeurs prolifiques. Ils signent d’ailleurs la majorité du répertoire de ce nouvel elpee.

"Texas bluesman" ouvre le disque. Une plage autobiographique consacrée au chaleureux Sugaray. L'introduction est puissante. La guitare de King largement amplifiée et la section rythmique bien solide. L'orgue Hammond tient bien sa place au cœur de l’ensemble. La voix de Sugaray est impressionnante. Elle écrase tout sur son passage. Guère étonnant que le backing group soit de poids. Il faut en effet pouvoir donner la réplique à ce diable d'homme qui récite son chapelet de bluesmen texans, égrenant les très intéressants Freddie King, Stevie Ray Vaughan, Gatemouth Brown, etc., alors qu’en soutien, King ne cesse de distiller des notes très électriques. Rayford nous conte les aventures de la "Bad gal". Le tempo est très marqué. En récitant à l'infini des phrases inspirées par BB et Albert King, Jim King porte bien son nom. L'orgue offensif de Michael Mack est très bien épaulé par les instruments de ses compagnons. Le son est inspiré du Memphis blues. Les lumières s'éteignent. L'intensité devient dramatique, le tempo lourd. King marque son territoire en s'acquittant d'une introduction de choc au classique des classiques : "Sugar mama". Sa voix est également bien puissante. Il l’avait également démontré sur son opus solo, mais ses interventions à la guitare étaient plus réservées. Il est vrai qu'il s'inspirait de Peter Green. Il se révèle un gratteur fort intéressant, mais au style personnel. Il utilise beaucoup l’écho et l’intensité. Son jeu accrocheur exige une lucidité permanente pour ne pas déraper et perdre le contrôle de ses desseins sonores. Le chant de Sugaray nous flanque des frissons partout tout au long d’"I still remember", une plage superbe, très simple et dépouillée, au cours de laquelle les accords acoustiques de Jim trament un rythme hypnotique. A cet instant, il est à la recherche du fantôme de John Lee Hooker et des fameux ‘chillun’, et ‘old folks on the porch on the Sunday afternoon’. Le frisson, je vous disais! Divertissement instrumental, "Bundalogy" est animé par les percussions de Moe et Dwane. Nous entrons alors dans "Juke joint", pas un de ces juke joints délabrés et poussiéreux des collines du Mississippi ; mais encore plus près des lumières de Beale street. Sous les reflets de BB King et aux accents du piano boogie de Mack. Classique de BB, "The thrill is gone" est introduit par un jeu très aérien de King. Le rythme imprimé par les percussionnistes est volontairement exotique. Le tempo est élevé. Cette lecture du "Thrill" est très réussie, à cause du jeu flamboyant du guitariste, de la cohésion de l'ensemble et de la voix épanouie de Sugaray. Cette œuvre fort intéressante s’achève par "Annie Mae's Café", un blues lent majestueux de plus de 10'. Cette longue plage ne suscite jamais l’ennui, car elle évolue progressivement avant d’atteindre sa puissance maximale ; et après plus de 7', Jim King vient occuper le devant de scène pour ne plus guère la quitter, tandis que le chant de Sugaray est beau à pleurer! 

Robert Wyatt

Comicopera

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Pour enregistrer son douzième opus solo, Robert Wyatt a reçu la collaboration de quelques pointures et notamment Brian Eno, Paul Weller et Phil Manzanera. Sans oublier son épouse Alfie Benge, qui se réserve également les lyrics de plusieurs plages. Et puis du saxophoniste Gilad Atzmon, la tromboniste Annie Whitehead ainsi que le violoncelliste Aaron Stavi. Un album que Bob a produit et dont les sessions d’enregistrement se sont déroulées chez lui à Louth, mais également dans les studios Gallery de l’ex-guitariste de Roxy Music.

Vu la liste des invités, on se doute que Wyatt en est revenu à une forme plus prog. Prog jazz atmosphérique, bien évidemment ; et la structure de cet opus, découpé en trois actes, rappelle inévitablement la forme du concept album. Trois parties sous-titrées « Lost in noise », « The here an the now » et « Away with the fairies ». La première se révèle plus classique pour Waytt, dans l’esprit de « Rock Bottom » et de « Ruth is stranger than Richard », même si les cuivres sont beaucoup plus présents, Robert jouant de plus en plus de la trompette. La poésie y est davantage mise en évidence, également. Celle de son épouse, bien sûr. Wyatt y reprend également le « Stay tuned » d’Anja Garbarek. Un morceau remarquable d’intimisme et de profondeur qui baigne dans un climat mélancolique, presque sinistre. Et les quatre autres titres de ce premier acte sont de la même trempe. La voix de l’ex-Soft Machine, parfois rejointe par celle d’une invitée (Karen Mantler ? Monica Vasconcelos ?), épousant très souvent l’instrumentation éthérée, intense, très cuivrée, sculptée dans le soft jazz.

La deuxième est partagée entre expérimentation sonore et textes à l’engagement spirituel, politique ou social. Wyatt y condamne l’intervention en Irak sur l’intense « Out of the blue », un fragment électro-psychédélique au cours duquel la voix de Brian Eno est particulièrement triturée. Il enveloppe sa rage dans l’introspectif et faussement allègre « A beautiful war » et blâme l’incompétence du gouvernement britannique en matière d’urbanisme sur « A beautiful peace ». Mais nous propose aussi un concert de casseroles à résonnance cubaine sur l’insolite « On the town square » ou encore trempe « Serious », dont le swing très excitant est entretenu par Paul Weller, invité à bien syncoper ses accords de guitare. Reste « Mob rule » » qui s’inscrit davantage dans l’esprit du premier volet.

Pour la troisième partie, il a décidé de ne plus chanter dans la langue de Shakespeare. C’est sa manière de contester l’omnipotence de certains de ses compatriotes. Passons sous silence l’anecdotique « Pastafari », recherche pure sur les sonorités d’un vibraphone, et la minute trente-huit de « Fragment », dont une bonne moitié est consacrée au passage d’une bande à l’envers (NDR : à une certaine époque, cette forme d’avant-gardisme était à la mode), pour épingler « Cancion de Julieta », une plage envoûtante, énigmatique, hypnotique de 7’30, chantée en espagnol. Et sur un poème de Garcia Lorca. Le solennel (ces arrangements de cordes pincés et cet orgue d’église !) et bouleversant « Del mondo », chanté en italien. Et le final « Hasta siempre comandante », dont le climat jazz atmosphérique est tourmenté par des accès répétés de rythmes cubains, avant de succomber au charme de ces percus latino.

A 62 balais Wyatt est toujours aussi intrigant, touchant, amusant, audacieux et provocateur. Et il n’est pas prêt de retourner sa veste. « Comicopera » en est, une nouvelle fois, une belle démonstration.

Robson Fernandes

Gumbo blues

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Ce jeune chanteur/harmoniciste/compositeur avait concocté un premier album en 2002 : "Sampa bluers". Un elpee sur lequel figurait notamment la reprise du "Blues in the dark" de George ‘Harmonica’ Smith. « Gumbo blues » constitue son second. Il a été produit par Chico Blues et recèle dix compositions personnelles ainsi que deux covers.

L'album démarre en puissance et dans un style jump par "Sweet young thing". L'introduction à l'harmo est aussi réaliste que brutale. Robson est ici soutenu par le Igor Prado Band. Igor est impérial sur les cordes. Il se montre à  la hauteur des grands maîtres californiens. Son frère Yuri siège à la batterie et Rodrigo Joffre se charge de la basse. Robson possède également une bonne voix. Profonde, puissante et caractérisée par un accent sudiste, elle colle parfaitement à son répertoire. Pourtant ce sont les plages instrumentales qui dominent cet opus. Interprété sous la forme du quartet, "L.W Boogie" maintient l’excellent niveau de départ. La section rythmique est solide et permet aux deux solistes de s’exprimer en toute quiétude. Les sonorités entretenues par Robson sont originales. Très explosives, elles sont souvent proche du regretté William Clarke. "I can't have the truth" maintient la pression. Le backing group est cependant différent. Marcos Ottaviano se réserve les six cordes. Sa tonalité est davantage blues rock, plus dure. Il manipule beaucoup les pédales. Mais la surprise procède plutôt de Bogato. Un tromboniste dont l’attaque est à la fois étonnante, vibrante et surtout très intéressante. Le choix de la première reprise a été fixé sur le fameux "Sugar Mama", un morceau popularisé par Howlin' Wolf. Le traitement est sans surprise. Robson emprunte un timbre plus grave de manière à vaguement rappeler celui du géant de Chicago. Tout au long de ce slow blues très Southside, l’harmonica est omniprésent et les cordes de Prado sont sur l’offensive. Les mêmes acteurs demeurent à Chicago pour adapter le "Have you ever been in love" de Sonny Boy Williamson II. Le son est distinct et très caractéristique de Sonny Boy. Il lui colle comme un gant. L'attaque en bouche de l'harmo est saisissante. "In your face" s’attaque au funk, mais dans l’esprit de Memphis Blues. Claviériste brésilien notoire, Flavio Naves se charge de l'orgue Hammond. Le trombone savant de Bocato opère son retour lors de cet instrumental très participatif et dansant. Merveilleux shuffle, "Man of devotion" se mue en rouleau compresseur. Tout passe en force, même la voix et la section rythmique du Prado Band. Robson continue à souffler. Il a les poumons au maximum de leur capacité. Le son est en permanence proche de la saturation. C'est incontestablement la touche personnelle de l'artiste brésilien. Igor ne reste pas longtemps en rade avant de s'évader. Et lui aussi force la voie.  "Mellow boogie" est un instrumental dévastateur. Les quatre musiciens sont passés à l'offensive. Imprimé sur un tempo vif, "Silver spoon" est un blues façon BB King ; cependant, le gratteur Ottaviano et ses comparses ne possèdent pas la légèreté et le sens du rythme de la bande à Prado. "Forgive me" convient davantage à cette équipe. Un slow blues à l'intensité dramatique. Le décor sonore est pourtant assez lourd ; mais l'orgue Hammond de Naves rencontre les aspirations profondes de Fernandes. "Don't wanna loose your mind" marque le retour au west coast swing. Igor Prado est au sommet de son art. Il soutient son ami Robson aux vocaux. De très bonne facture, cet elpee s’achève par "SP Groove", une plage caractérisée par un exercice de voltige sur l'harmo et un fort intéressant travail sur l'orgue B3 opéré par Flavio Naves (NDR : ce musicien est également responsable de "Bluesamba", un album concocté en compagnie du guitariste Lancaster)…  

Omar Kent Dykes and Jimmie Vaughan

On the Jimmy Reed Highway

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Quel plaisir de retrouver ces deux stars texanes (NDR : d’Austin, très exactement !) se produire en duo! Omar, le leader des Howlers, est depuis toujours un admirateur de feu Jimmy Reed. Epileptique et ravagé par l’alcool, il est disparu en 1976, après avoir rencontré un énorme succès commercial. L'idée de rendre hommage à cet artiste revient à Omar ; mais un autre fan du vieux bluesman, Jimmie Vaughan, a eu vent du projet et a proposé sa collaboration. Omar Dykes s'est réservé les parties vocales et ne joue que fort peu des cordes tandis que Jimmie prend les parties de guitare à son compte. Nos deux stars sont donc entrées en studio en compagnie de Derek O'Brien (NDR : il assure aussi la production) à la guitare rythmique, Ronnie James à la basse ainsi que Wes Starr aux drums. Des sessions d’enregistrements au cours desquelles quelques invités de taille ont pointé le bout du nez… Entre les plages d'ouverture et de clôture écrites par Omar, le répertoire de Reed est ainsi mis à l'honneur.

Histoire de prendre la route, Omar nous invite sur la "Jimmy Reed Highway". Des références claires au bluesman et à ses chansons les plus connues. Il chante de sa voix surpuissante et ravagée, bientôt rejointe par la sulfureuse Lou Ann Barton, une copine de longue date de la famille Vaughan. Jimmie échauffe déjà ses cordes en ce début de périple. La perspective ‘reedienne’ peut ainsi commencer à être privilégiée. Tout d’abord à travers un medley des célèbres "Baby what you want me to do" et "Bright lights big cities". Kim Wilson est à l'harmonica. La paire mythique des T-Birds, Jimmie et Kim, est réunie et bien en place. Omar et Jimmie chantent en duo. La rythmique implacable redessine les lignes de style immortalisées par Reed. Kim est toujours au poste pour "Big boss man" et le superbe "Good lover". Adaptée en shuffle texan, cette plage est introduite par la voix de Lou Ann. Elle cède ensuite le relais à celle, rocailleuse, d'Omar. Aux drums siège une autre ancien de la bande d'Austin : le métronomique George Rains. Sobre et respectueux, Jimmie ne dispense que les notes nécessaires. Le ténébreux James Cotton prend le relais à l'harmonica lors du langoureux "Caress me baby". L'ancien compagnon de Muddy Waters se sent bien dans ce contexte désespéré et souffle dans le registre des aigus. Omar et Jimmie chantent en duo un extraordinaire "Aw shucks, hush your mouth". La voix graveleuse de l'un et frêle de l'autre se conjuguent à merveille. Toujours très parcimonieuses, les cordes de Vaughan évoluent parfaitement dans l'esprit de ce blues des fifties. Kim Wilson revient une dernière fois pour attaquer "You upset my mind", un morceau chanté en couple par Omar et Lou Ann. Cette atmosphère ‘reedienne’ est excellente et permet à Vaughan mettre en exergue son talent. Omar chante passionnément et respectueusement "I'll chante my style", un blues imprimé sur le tempo des swamps ; et le sublime "Bad boy", une compo signée Eddie Taylor qui était le gratteur de Jimmy Reed. "Hush hush" est un autre grand moment de l’opus. Il est chanté alternativement par Delbert McClinton et Omar Dykes. Les deux voix semblent possédées. Un vif sentiment de vécu nous étreint. Delbert souffle dans son harmonica à la manière de Reed. En fin de parcours, deux plages ne bénéficient pas de la présence de Jimmie Vaughan. Omar chante et gratte tout au long de "Baby what's wrong" et de son "You made me lough". Barry Bihm tient la basse alors que les drums sont successivement dévolus à Jay Moeller (NDR : il milite actuellement chez T-Bird) et Jake Dykes (NDR : probablement le fils d’Omar!) Sur ces deux plages, figurent le regretté et talentueux Gary Primich. C’était l’harmoniciste préféré d’Omar Dykes. Son intervention nous remplit d’émotion. Son style personnel complète ici la fresque Reed. Il couronne cet excellent elpee souvenir, d’une dernière intervention de haute facture…

Igor Prado Band

Upside down

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« Upside down » constitue le tout dernier opus de la bande aux frères Prado ; c'est-à-dire Igor à la guitare, Yuri à la batterie et Rodrigo Mantovani à la basse. Un disque pour lequel les frangins ont reçu le concours de toute une volée d’invités. Au menu : compositions personnelles et reprises. Un répertoire partagé entre plages instrumentales et morceaux chantés.

L'ouverture n’est pas vraiment une surprise, puisqu’elle permet la présentation des musiciens. Le trio familial est ici soutenu par leur ami Ari Borger. Tout au long de cet instrumental sculpté dans le west coast swing, ce pianiste démontre tout son talent de guitariste. Rodrigo est passé à la basse acoustique. Ses accords sont lourds. Ron Dziubla (NDR : un musicien de Lynwood Slim) souffle dans son sax ténor pour créer cette ambiance intimiste ou si vous préférez de fin de soirée. JJ Jackson est un chanteur de couleur noire. Sa voix est chaude. Igor s’évertue à reproduire les astuces de T-Bone Walker. De son véritable nom Léo Robinson, J.J, compte aujourd’hui 65 balais. Né dans l’Arkansas, ce vocaliste a vécu à Seattle. A l’âge de 15 ans, il militait au sein des Rocking Teens, en compagnie d’un certain James (Jimi) Hendrix. Il s’est établi au Brésil en 1980. Les musiciens tissent une trame délicieusement funky pour attaquer "Hoo ray for hoo raw". Les sonorités entretenues par Igor évoluent dans un univers sis quelque part entre Albert Collins et Jimmie Vaughan. Greg Wilson se charge des parties vocales. C’est le chanteur des Blues Etilicos. Il est né à Tupelo, dans le Mississippi, il y a 45 ans. Dziubla se réserve le honky saxophone. Les frères Prado ont régulièrement épaulé R.J Mischo sur les planches. On n’est donc guère surpris qu’il apporte sa participation pour trois plages. Tout d'abord le "Dancing senhorita" de TV Slim. Un rock'n'roll exécuté à la manière de Chuck Berry. André Youssef martèle son piano comme un possédé, alors que RJ chante passionnément devant les cordes déchaînées d'Igor. RJ interprète également le "Whiskey, cachaça & wimmen" de John Lee Hooker. La rythmique chère à Howlin' Wolf lui sied à merveille. Igor adopte sereinement les accords de John Lee en leur communiquant une tonalité saisissante! Et enfin le "Lonesome cabin" de Sonny Boy Williamson II. Un blues serein au cours duquel RJ semble hanté par le spectre de Rice Miller. Classique, "Bumble bee" nous replonge dans le quartier sud du Chicago des années 50. L'ambiance est très proche de Muddy Waters tout au long de ce blues lent, une plage envoûtante que chante Steve Guyger, le bluesman de Philadelphie, d’une voix chaude, ponctuée de courtes phrases à l'harmonica. "Tiger instrumental" porte bien son nom. Rejoint par Borger, le trio continue de passionner. Igor se révèle un guitariste créatif et inventif. Il maîtrise tous les styles qu'il aborde en y ajoutant des touches personnelles. Il se montre ici proche mais différent de Junior Watson. Le pianiste est également un régal pour les oreilles. Ce musicien parvient à synthétiser le boogie woogie. Et ses interventions sont toujours récréatives. Le résultat plane à très haute altitude. Veloutée, sculptée pour le soul blues, la voix de JJ Jackson est cependant capable de s’adapter au west coast jump. A l’instar de "Mary Jo". Le sax baryton de Ron et les cordes atteignent alors de nouveaux sommets. Les plages instrumentales qui parsèment cette œuvre enthousiasmante sont épatantes. Et je pense tout particulièrement au boogie jump "Hey! Boogie", caractérisé par une chaude bataille entre Prado et Borger. JJ Jackson se réserve une dernière fois les vocaux pour le "Give a little" de Johnny Guitar Watson. Son timbre est profond tout au long de ce blues lent, chaleureux, soutenu par l’orgue Hammond, les cuivres et les cordes divines. Igor chante enfin "I ain't no man". Sa performance est honorable. Il est soutenu par son ami et concitoyen Robson Fernandez. L’opus s’achève par "My blues after hours". Une occasion rêvée pour Igor Prado de confirmer toute son habileté et sa parfaite perception du style de Ronnie Earl, lors de ce long slow blues instrumental. Excellente surprise, l’elpee recèle deux bonus tracks. Tout d’abord le nerveux "Mr King Collins Medley", un vibrant hommage à l'un des gratteurs favoris d'Igor, ‘The King of the Telecaster’ alias Albert Colllins. Flavio Navez s’y réserve l'orgue Hammond. Et enfin le funky et jazzy "Maceo's groove". Ron Dziubla se charge du saxophone alto lors de cet hommage respectueux à Big Maceo. Indispensable !  

The Samuel C. Lees Band

Bigg Mann

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Samuel est dyslexique. Ce qui ne l’a pas empêché de se consacrer à la musique, dès son plus jeune âge. Il aime le rock, et en particulier Queen. Mais est surtout fasciné par les guitaristes. Et en particulier Yngwie J Malmsteen, Tommy Bolin ou encore Stevie Ray Vaughan. En 2000, il fonde Texas Flood, un quartet dont le patronyme laisse, bien entendu, augurer du style adopté. Il se lance ensuite dans un duo, en compagnie du batteur Steve Washington : le Washington Lees Experiment. Toujours pas satisfait de ses expériences, il cherche à créer un nouveau concept dans l’univers du blues, en posant les bases de son projet sur l'ambiance et le fun que peuvent générer sa musique. Il fonde alors son propre trio, flanqué du bassiste Adam Ogiliev (déjà impliqué dans le Texas Flood) et du drummer Andy Perfect. Le groupe veut briser les perspectives conventionnelles du blues, en communiquant aussi bien un sentiment de bonheur que de tristesse. Mais suffit pas d’avoir de bonnes idées, il faut aussi les concrétiser. Alors, ce "Bigg Mann" est il vraiment différent de la production blues habituelle ? Tout d’abord, il n’affiche qu’une durée de 40 minutes. Ce qui est vraiment peu pour un cd. Surtout lorsqu’on veut convaincre le mélomane avoir décelé un nouveau créneau. Blues Matters, label anglais particulièrement dynamique, a signé le Lees Band. B.M. est également un magazine de blues qui prend une ampleur certaine sur le net…

Dès les premiers accords de "Bigg mann", on sent le Lees Band libéré. Tout au long de ce blues rock bien carré, tempétueux, la guitare occupe tout l'espace sonore. Sam possède une bonne voix. Puissante également. Mais surtout, ses cordes dominent parfaitement leur sujet. Faut dire que grâce aux vertus du re-recording, il assure également la rythmique. En trame de fond, Andy tape dur sur ses peaux. "The way it is" se distingue par une rythmique digne du ZZ Top de naguère. Lees double à l'orgue. Cette plage me fait penser furieusement au hard blues rock anglais des seventies. "See you again" accentue cette première impression. Rien de bien neuf à l’horizon. La cohésion rythmique est irréprochable. Ce qui permet, sans aucun doute, de donner toute confiance au soliste. Le travail sur les voix passe bien la rampe. Résultat des courses : la musique est très accessible. Parfois elle me rappelle les duels échangés entre Jeff Beck et Jimmy Page, lorsqu’ils sévissaient chez les Yardbirds. Plage lente et atmosphérique, "It's not your fault" s’écarte totalement de l’univers du blues. L’interprétation est cependant de bonne facture, même si les cordes empruntent un profil heavy metal. Acoustique, "Dusty road blues" est un intermède instrumental de brève durée. Dans le registre des ballades, "Little girl lost" trempe dans le R&B. Mais je la trouve un peu trop américanisée à mon goût. Dans le registre, je préfère "The memories that still holds me". A cause de ses accents sudistes. Une compo de southern rock dont le mur de guitares est aussi épais que solide. Blues rock classique et rythmé, "Dance hall" rappelle l’inévitable Vaughan. Autre ballade, "The other side of the day" constitue un des meilleurs moments de l’œuvre. Un blues très mélodique réminiscent d'un certain Fenton Robinson. La finale s’enfonce dans le hard rock pur et dur. Agressives, les guitares sont traitées à la manière de Pat Travers. Et en bonus track, on a encore droit à "Set me free", une ballade, ma foi, tout à fait inoffensive. Bref, si cet opus met en exergue des musiciens particulièrement efficaces dans leur style, on ne peut vraiment pas dire que leur musique soit révolutionnaire…