Claud et la musique

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Aidan Moffat (Arab Strap) en featuring sur le nouveau single de ĠENN

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The Cure
Chroniques

The Rural Alberta Advantage

Departing

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Après avoir développé la scène musicale d’Omaha city (Bright Eyes, The Good Life, Cursive,….), le label indépendant créé par Conor Oberst s’est décidé d’aller voir ailleurs, si l’herbe était plus verte. Cette prospection avait bien débuté, puisque les Américains étaient parvenus à signer les Californiens de Two Gallants ; mais depuis lors, il faut bien reconnaître que le label avait manqué de discernement en engageant des artistes quelconques. Et pour dénicher l’(les) oiseau(x) rares, Saddle Creek a donc décidé d’élargir son horizon. En recrutant The Rural Alberta Advantage. Retour donc au folk-rock mélancolique.

The Rural Alberta Advantage est une formation issue de Fort McMurray, dans l’Alberta. Elle s’est cependant établie à Toronto, depuis quelques années. « Departing » constitue leur second album. Il fait suite à leur excellent « Hometowns », une œuvre pour laquelle la presse spécialisée n’avait pas hésité à les comparer à Grizzly Bear, Neutral Milk Hotel voire à Arcade Fire. Si les comparaisons ne sont pas toujours judicieuses, elles permettent toutefois de situer le groupe sur l’échiquier musical. Pitchfork (il faut bien reconnaître que le webzine se trompe rarement) leur avait même attribué un 8/10 pour cet elpee, à l’époque ; et l’avait même qualifié d’album le plus recommandé de l’année de 2009. Pas mal pour un premier long playing.

« Departing » confirme les excellentes aptitudes manifestées sur le premier cd. Et de main de maître. La plaque s’ouvre par l’excellent « Two lovers », évoquant furtivement Elvis Perkins. Dès le morceau terminé, Nils Edenloff emprunte un timbre nasillard et nous propose des plages apparemment plus enjouées. Une apparence, au vu du titre des chansons. Et « The Breakup » ainsi qu’« Under the Knife » en sont les plus belles illustrations. Suivant les pistes, le piano ou la guitare dominent l’instrumentation, nous plongeant au cœur d’une atmosphère tantôt plus glacée et intimiste, tantôt ensoleillée et entraînante. Et l’équilibre entre ces contrastes est parfaitement maîtrisé.

Perso, j’estime que ce « Departing » constitue un des meilleurs albums, parus depuis le début de cette année. Espérons d’ailleurs de pouvoir croiser le combo, lors des festivals européens, cet été.

 

Red Lili

Une vie de rêve

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Au sein de ce quintet, la parité hommes/femmes est presque parfaitement respectée. Chez les hommes, outre Bridge préposé au chant et à la guitare, Heykell Fattoumi se charge des parties de basse et Alainman, sixcordiste de Miro et Méllino (Négresses vertes), de la lead. Côté féminin, Elodie Costan chante, joue des claviers et de la gratte alors qu’Emmanuelle Lavau siège derrière les fûts et autres percussions. Aux prémices de leur carrière, le projet répondait au patronyme de Not For Capture. Leur style à l’époque ? Une pop atypique. Depuis 2008, en se rebaptisant, le club des cinq a viré sa cuti pour nous proposer une pop plus léchée qui surfe sur la vague des succès de Miossec, Darc voire d’un Daho lors de ses débuts.

Si les textes et compos ont nécessité deux ans pour être finalisées sur Cd, il faut reconnaître que l’ensemble est de facture remarquable, élégante ; et les 12 titres de l’opus sonnent tous très juste.

Les thèmes principaux issus de la plume de l’actrice Agathe Schlencker (absente du combo) traitent de sentiments, d’émotions et de l’être humain. Ils sont à la fois inventifs et audacieux. « Une vie de rêve » pourrait être assimilé à une succession de courts-métrages : des histoires de rencontres inopinées (« Ligne 14 »), évoquant la famille (« La photo de famille ») et les faces cachées des relations homme - femme (« N’attends pas », « Mysteries of love »). Il y est aussi question  de la vie, de ses accidents (« L’être humain »), de sexe (« Nos nuits », « La fin »), de spleen contemporain (« Sur des routes au soleil », « Ressens-tu », « Paris est moche ») ou encore du mariage (« Syncope sentimentale »).

Musicalement, Red Lili sort des habitudes trop rock ou trop soft, c’est selon, en mélangeant astucieusement rock puissant et mélodies aguicheuses. Les guitares sont omniprésentes, autorisant de temps à autre quelques distorsions et des riffs qui font un peu penser à ce que proposaient les Smashing Pumkins, dans le passé.

Deux ans donc ont été nécessaires pour concocter ce produit (très bien) fini. C’est un vieux de la vieille qui s’est coltiné le mixage de ce disque ; en l’occurrence Denis Blackham qui a autrefois proposé ses services aux plus grands (Led Zep, T.Rex, Brian Eno) et plus récemment à Matthieu Chédid. Un coup dans le mille !

Un bémol toutefois. Bien que la voix de Bridge, grave et fragile, tienne parfaitement la route, c’est tout autre chose lorsqu’il se met à l’anglais. Il donne l’impression de découvrir subitement la langue de Shakespeare et ses subtilités. Dommage !

 

Connan Mockasin

Forever Dophin Love

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Pas facile de se faire une place au soleil quand on possède un nom aussi improbable. Mais pas d’inquiétude à se faire pour lui, ce Néo-zélandais risque fort de devenir une des étoiles montantes de la pop mondiale, d’ici quelques mois. Et ce n’est pas un hasard s’il est le premier artiste à débarquer chez Phantasy, le label du producteur à succès Erol Alkan (Klaxons, Bloc Party, Late of The Pier). Abordée dans l’esprit de Sufjan Stevens (NDR : à moins que ne soit dans celui des Flaming Lips, mais qui se seraient convertis au folk), la musique de Connan Mockasin baigne dans une forme de pop psychédélique légèrement teintée de jazz. La tête dans des nuages mélodiques, ce doux rêveur compose des symphonies de poche –à multiples tiroirs– dévoilant un univers onirique, riche et empreint de mélancolie.

« Forever Dolphin Love » constitue son premier album. Dès les deux premières plages (« Megumi The Milkiway Above », « It’s Choade My Dear ») le ton est donné : chœurs enfantins, voix douce, angélique et éthérée ainsi que cordes de guitares océaniques caressées par les doigts en or de cet artiste manifestement doué. Et le reste vaut son pesant de surprises. A l’instar du titre éponyme qui s’étire sur plus de 12 minutes, sans jamais susciter la moindre seconde d’ennui. Pas toujours facile d’accès, cette œuvre nécessite plusieurs écoutes avant de s’apprécier à sa juste valeur ; mais la récompense est au bout de l’effort. Car ce disque est tout bonnement remarquable.

Particulièrement créatif, Mockasin est également un peintre talentueux à qui l’on doit l’intrigante fresque illustrant « Forever Dolphin ». Incontournable ! 

Lucy Lucy !

Someone Else

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Lucy Lucy ! Difficile de passer à côté de cette exclamation martelée par les médias belges, depuis quelques mois. La question était donc de savoir si les cinq jeunes Brabançons bénéficiaient d’une hype justifiée. J’avoue avoir dû braver une tonne de préjugés –surmédiatisation suspecte et même patelin d’origine que Girls in Hawaï– avant de passer à l’écoute de cet opus. Et finalement avoir été très agréablement surpris par le résultat. « Someone Else » constitue leur premier elpee. Il fait suite à un Ep intitulé « The Morning Can’t Wait », paru en 2009.

L’œuvre est partagée entre petits hymnes sucrés aux refrains joyeux (« Amélie », « Lonely Bee » et sa ligne de guitare très Vampire Weekend), gimmicks mods efficace (« Pedestrian », « I Can’t Give It ») et d’honnêtes ballades bien maîtrisées (« Clock », « Rainbow »). Des exercices de style frais, réussis et sans prétention sculptés dans la pop vintage. Les voix sont soignées. Les mélodies pop-folk très ‘british’. Trempé dans les sixties, le titre qui ouvre la plaque, « Blind As a Bat », conjugue subtilement superbes harmonies vocales et instrumentation à la fois acoustique et électrique ; un peu comme si The Coral rencontrait The Tellers. Néanmoins, Lucy Lucy! se révèle le plus efficace sur les morceaux enjoués et ‘shiny’…

De bonne facture, ce long playing n’est pas destiné à « Someone Else », mais bien à tout le monde. Un peu trop gentille Lucy ? Peut-être, mais extrêmement douée en tout cas. Toute proportion gardée, la version noir-jaune-rouge des Magic Numbers.

Vous les découvrirez probablement au détour d’un festival, cet été…

Rock Meets Opera à Bruxelles le 05 mai.
Les Nuits Botanique à Bruxelles le 15 mai.
Nuit de la Ville le 26 juin à Fleurus.
Les Francofolies de Spa le 22 juillet.

L’enfance Rouge

Bar-Bari

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Titre évocateur pour le nouvel opus du groupe italo-français, L’Enfance Rouge. « Bar-bari » opère un retour en force après un séjour inspirateur au Monténégro. Un opus dont le design original de la pochette, une sorte de planche de BD plutôt sombre et pessimiste, a été réalisé par l’artiste croate Igor Hofbauer.

Après avoir chroniqué le dernier elpee des Young Gods, je m’attaque donc à un ‘similar band’. Car les deux groupes partagent de nombreux points communs. Les compos oscillent sans cesse entre introspection (« Grande survie ») et déferlement de riffs (« Perquisitions »). Les textes nous invitent à la fois au voyage et à la réflexion, entre cérébralisme et vérisme. La voix de François se rapproche de celle, envoûtante, de Franz Treichler. Quant à la charmante Chiara, au backing ou lead vocal, son physique autant que ses intonations rappellent agréablement une Kim Gordon rajeunie (NDR : qui a dit rafraîchie ?)

En outre, on retrouve certains aspects de la musique de Noir Désir, chez l’Enfance Rouge. A cause de cette énergie dispensée. Pensez à « Du ciment sous les plaines » du groupe défunt. Et puis, parce que Bertrand Cantat a été invité à revisiter « Tostaky », à travers « Vengadores », en se servant de percussions tribales.

Une description qui devrait inciter les amateurs de rock français à se procurer cette œuvre. D’une toute autre valeur que propose la plupart des artistes issus de l’Hexagone.

Si vous n’avez d’ailleurs pas eu l’occasion d’assister à leur set accordé dans le cadre des festivals de Dour ou du D’Hiver Rock, sachez qu’ils se produiront ce 19 mai 2011, au Magasin 4. Et que pour la circonstance, le line up sera renforcé par la présence du bassiste de Fugazi, Joe Lally, qui accompagne le band pour sa tournée.

Andy Just

Preaching the blues

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Ce chanteur/harmoniciste est déjà un vétéran, puisque ses débuts discographiques remontent à 1976. Son premier album personnel, "Rockinitis", est paru en 1981. Il a été très longuement un proche des frères Ford, Robben, Pat et Mark, en compagnie desquels il a beaucoup enregistré pour leur label Blues Rock It. Saluons donc ici le retour d’Andy Just, flanqué de ses amis italiens. 

Andy est un des grands souffleurs californiens. Il est sans aucun doute moins notoire que Rod Piazza, Charlie Musselwhite, Kim Wilson, Mark Hummel ou Rick Estrin, mais il n’empêche que l’homme jouit d’un talent certain. Lors des sessions d’enregistrement de "Preaching the blues", il a reçu le concours du guitariste Donnio Romani, du bassiste Charles Romagnoli et du drummer Emmanuel Zamperini.

L’elpee s’ouvre par une plage acoustique, "You’re so fine". Un classique caractérisé par le jeu efficace, limpide, efficace d’Andy. Instrumental, "Wild cat" est imprimé sur un tempo soutenu. La capacité pulmonaire de Just est hors du commun. Les cordes commencent à s’amplifier. Blues lent, "Driftin’" est une nouvelle fois marqué par ce souffle extraordinaire, déchirant, beau à pleurer. Dommage que le chant ne soit manifestement pas de la même trempe. Faut dire qu’il filtre sa voix à travers un micro astatique. Lors de ces trois premières plages, son ami texan, Shawn Pittman, était présent dans le studio. Blues enlevé, "I’m gonna change" adopte une recette souvent utilisée par Howlin’ Wolf au sommet de son art. Andy remet le turbo pour "I was walkin’". Romano est passé à la slide. Tout au long de ce blues rock efficace, le rythme est offensif. Andy est un adepte de l’overblowing. Il étale ses nombreuses notes à la manière d’un Jason Ricci ou de Jon Popper du Blues Traveler. "I am a loner" demeure très rock. Tout semble si simple, mais le résultat est probant. Andy et Donnio s’échangent quelques coups de feu redoutables. Romani est un tout bon gratteur. Il est très à l’aise sur la slide. Et il le démontre sur la plage éponyme, un morceau instrumental de bonne facture, caractérisé par ses changements de rythme. Shuffle, "Love you baby" est parfaitement balisé par les partenaires italiens. La voix est autoritaire et passe bien la rampe. "Andy’s boogaloo" permet de solides échanges entre les deux solistes. Faut dire qu’ils sont habitués à partager les mêmes planches. Pugnace, cette solution sonore lorgne quand même vers le rockin’ blues de Mick Clarke (NDR : c’est un Anglais !) Même type de voix, mais moins de boogie et plus d’harmo. Et cette constatation se vérifie à nouveau sur "Shake", une compo dont les accords tranchants de guitare nous prennent littéralement à la gorge. "Hey little girl" maintient l’étreinte. Un blues rocker marqué par la griffe d’Elmore James. Jusque la fin de l’elpee le tempo ne faiblira plus. Que ce soit à travers le solide boogie "Devil’s hand", et puis la finale instrumentale "Flyin’ high".

En quelques mois, le label Feelin’ Good Productions a permis à ce remarquable souffleur californien de nous servir deux excellentes plaques : le double live "Smokin’ tracks" et ce "Preachin the blues". A ce titre, on ne peut que le féliciter.    

 

Rene Hell

Porcelain Opera

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Versatile, l’Américain Jeff Witscher est un personnage très compliqué à cerner. Les spécialistes se perdent souvent sous la foison de ses pseudonymes et nombreuses collaborations musicales. Cette fois-ci, c’est sous le nom de Rene Hell que l’électronicien milite. On ne cherche pas à savoir pourquoi ; mais en compagnie du copain Jeff, les pistes sont automatiquement brouillées. Tout comme l’étendue très vague de sa nouvelle plaque aux reflets cosmiques. « Porcelain Opera » nous invite à pénétrer dans une autre dimension. Et autant le dire franchement, cet espace où les synthés analogiques et les variations de fréquences se marient aux bruitages et bidouillages de câbles, se révèle vraiment soporifique. On n’en tire rien de jouissif, et les phases expérimentales proposées ne sont pas neuves. Pourquoi perdre autant de temps en pondant ces fioritures ? Personne ne le sait et je doute même de l’honnêteté de Witscher. Parce qu’un disque où il ne se passe rien, excepté des bruits de navette spatiale, c’est un peu prendre les gens pour des truffes. Qu’il y reste dans sa dimension !

 

Cold Cave

Cherish the Light Years

Écrit par

Depuis quelques années, on assiste à un retour de la musique des années 80. Et en particulier de la new wave ainsi que de l’electro-pop. Et en 2011, cette situation semble avoir atteint son paroxysme. Il suffit de lire la programmation des festivals estivaux pour s’en rendre compte. Des exemples ? Le comeback de groupes tels que Duran Duran, Orchestral Manœuvres in the Dark ou The Human League. En outre, des artistes et des formations contemporaines remettent également cette époque au goût du jour. A l’instar de Cold Cave, un combo américain réunissant des musiciens issus de New-York et Philadelphie.

Cold Cave pratique ce qu’on a appelé de la cold wave. Mais ils parviennent à éviter les clichés, en revisitant le style avec classe et originalité. Les synthés et les rythmes électroniques rappellent instantanément New Order, Depeche Mode voire The Cure. Militant autrefois au sein d’un groupe de punk hardcore, Wesley Eisold est le leader. Sa voix à fleur de peau, vulnérable, rappelle celle de Robert Smith. Et il parvient à insuffler à chaque compo une bonne dose d’émotion. Le patronyme du combo est bien choisi. Il règne d’ailleurs tout au long de l’œuvre une impression de mélancolie glacée, ténébreuse, douloureuse. Un seul rayon de soleil : le morceau final « Villains of the Moon » ; mais il est insuffisant pour faire remonter la température. N’empêche, le résultat est tout à fait probant. Lors de la sortie de son premier opus, « Love Comes Close », Cold Cave était déjà parvenu à créer la surprise. « Cherish the Light Years » confirme tout le bien que l’on pensait du groupe, et va même au-delà, puisqu’une âme hante chaque chanson de ce long playing. Si le revivalisme 80’s nous est proposé sous cette forme, on ne va pas s’en plaindre. D’ailleurs, on n’en demande pas plus !

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