Light Asylum lève le voile sur un nouvel album

Peu de groupes peuvent se targuer d'avoir le statut de 'groupe culte', mais c'est clairement le cas pour Light Asylum. Emmené par la voix énigmatique de Sharon Funchess, le projet basé à Portland, dans l'Oregon, a secoué le petit monde de la musique…

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Chroniques

Ahmed Bibi

Adghah

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Originaire d’Agadez, au Niger, Bibi Ahmed était le leader d’Inerane. A l’instar de plusieurs de ses contemporains touaregs, plutôt qu’affronter les forces armées du pouvoir central, le groupe a préféré conduire une révolte musicale à partir des camps de réfugiés dans lesquels ils ont été obligés de se retrancher. 

Bibi Ahmed a été à bonne école. Il a appris à jouer de la guitare auprès de Abdallah ag Oumbadougou, personnage emblématique du blues touareg et de la révolte contre l’oppression nigérienne. Comme son mentor, il pratique une musique passionnée chantée en tamachek, langue du peuple touarègue. « Adghah », son premier album solo, réunit neuf morceaux musicalement minimalistes enregistrés à Francfort. Sur des percussions minimales, le Touareg tisse des lignes de guitare tout en étalant sa dextérité sur les cordes…

Les adeptes de formations telles que Tinariwen, Tamikrest ou Imarhan devraient apprécier.

Sid Whelan

Waitin' for Payday

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Etabli à New York, Sid Whelan est chanteur et compositeur. Son style ? Roots ! Et qu’il décrit comme du ‘dark blue americana’. "Waitin' for Payday" constitue son troisième album, il fait suite à deux elpees auto-produits, "Flood waters rising", en 2013, et "The story of Ike Dupree", en 2014. En outre, il apporte régulièrement sa collaboration à des artistes africains, et notamment issus du Nigéria, du Cameroun et de l’Afrique du Sud… 

Sid rend hommage en douceur à "Nina Simone", à travers une plage acoustique empreinte d’émotion. Il embraie par "Love me right", un morceau de pop roots tout aussi délicat, souligné de chœurs séduisants et traversé de cordes discrètement amplifiées. "Making some time" baigne au sein d’un climat exotique, un climat alimenté par les percus et les cuivres, alors que l’accent reste posé sur les échanges entre les voix. Blues lent particulièrement dépouillé, "Midnight in the country" se distingue par une intervention créative, chargée de feeling et de passion, à la six cordes. "Legba ain't no devil" et "The Promise" nous rappellent sa fascination pour la musique africaine. Le premier morceau nous plonge dans une atmosphère sombre, lugubre même, alors que la voix se mêle aux percus de Valerie Naranjo et aux cordes chargées de réverb’, afin d’accentuer un sentiment de mal-être. Cuivres, percussions tout en sobriété, chœurs au service du lead vocal et cordes à la fois parcimonieuses et chiadées colorent la seconde, au cœur d’une ambiance intimiste… Singulier, le titre maître déménage ; un r&b au cours duquel la slide se libère. Imprimé sur un mid tempo, "Break it down" en revient au blues, mais un blues légèrement teinté de funk, qu’alimentent voix, orgue et enfin guitare…

Richard Dawson

2020

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« 2020 » constitue le sixième opus de Richard Dawson, un musicien considéré comme un des meilleurs paroliers en Grande-Bretagne. Il participe également au projet Hen Ogledd, une formation responsable de « Mogic », un des meilleurs albums parus l’an dernier. Originaire de Newcastle, il pratique une forme de folk, qu’il teinte d’une multitude de courants musicaux ; depuis la prog au rock, en passant par la pop, l’électro, le cabaret et la world (NDR : notamment le Qawwali, musique pratiquée dans les sanctuaires soufis au Pakistan et en Inde et popularisée par le défunt maitre pakistanais Nusrat Fatet Ali Khan). Première constatation, la musique de Dawson est bien britannique. Les inflexions vocales et le phrasé ne trompent pas. Même que parfois on pense à Neil Hannon, le leader de The Divine Comedy. Ou encore à Gentle Giant. Et puis ce sens mélodique, bien insulaire. Non seulement, cet artiste se réserve tous les instruments, mais ses lyrics tiennent parfaitement la route, abordant des sujets aussi brûlants que la crise existentielle de l’Angleterre, qu’il estime au bord de la débâcle sociale, le comportement de la classe politique et économique, coupable des dérives extrémistes dans la population ; thèmes au sein desquels il injecte une bonne dose d’humour dont il a le secret. Pas un album facile à appréhender, mais aussi surprenant qu’original !

Tinsley Ellis

Ice cream in Hell

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Originaire d’Atlanta, mais résident en Floride, Tinsley Ellis est aujourd’hui âgé de 62 balais. Devenu une légende dans l’univers du blues sudiste, il a entamé sa carrière vers 1975. En 1988, il signe chez Alligator. Il grave alors 5 elpees sur le mythique label chicagoan. Il transite ensuite par Capricorn et Telarc, avant de revenir au bercail, en 2005. "Ice cream in Hell" constitue donc son onzième opus pour cette écurie crocodilienne. Les sessions se sont déroulées au sein du studio de Kevin Mc Kendree, à Franklin, dans le Tennessee. Ellis signe les onze plages de ce long playing sculpté dans le southern blues rock.

"Last one to know" est une excellente mise en bouche. Si les cordes sont déjà acérées, la voix est aussi tranchante. Tapissé par l'orgue Hammond de McKendree, le titre maître campe un funk léger et mélodieux. Tinsley semble baigner dans son élément et nous réserve un envol dont il a le secret. "Foolin' yourself" est un blues/rock dynamique. Les interventions aux cordes d’Ellis sont fluides face au piano roadhouse. Elles adoptent un feeling profond, tragique même, sur le blues indolent "Hole in my heart". Le spectre de BB King plane… Terry se sert de sa slide pour "Sit tight man". Le changement de style est radical. Une piste impétueuse au cours de laquelle il libère des sonorités primaires digne de Hound Dog Taylor. Impressionnant ! Il affiche une technique comparable à celle de Carlos Santana tout au long de l’instrumental "Everything and everyone". Lynn Willilams se révèle redoutable aux percussions alors que Kevin double piano et orgue. Magique ! Totalement libres, les cordes en profitent pour déménager le temps d’"Unlock my heart". Lente, longue et dépouillée, "Your love's like heroin" clôt cet LP. Une compo dont la tristesse infinie, rappelle Peter Green, au sommet de son art ; à moins que ce ne soit Snowy White, un autre Anglais capable de témoigner d’une même sensibilité… Un excellent album !

Devendra Banhart

Ma

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Bien que dépouillé, le précédent elpee de Devendra Banhart, « Ape in pink marble », faisait la part belle aux claviers. Pour son dixième opus, il a décidé d’en revenir à des sonorités davantage acoustiques et surtout organiques. Chantées tour à tour en anglais, en espagnol, en portugais et même en japonais (« Kantori Ongaku » qui rend hommage au fondateur du Yellow Magic Orchestra, « Haruomi Hosono), les compos évoluent, pour la plupart sur un tempo bossa nova, tempo qui peut se révéler, indolent, voire nightclubbien ou plus allègre. Devendra joue de la gratte, le plus souvent en picking ; et une plage comme le mélancolique « October 12 », semble même hantée par Django Reinhardt. Paradoxalement, si les arrangements sont discrets, ils sont riches et surtout soignés. Suivant les morceaux, on y entend des orchestrations de cordes, des cuivres, du clavier, du violon, de la guitare électrique (probablement une Rickenbacker, vu les sonorités qui rappellent celles que privilégiait feu George Harrison), de la flûte, etc. Point d’orgue de cet LP, l’énigmatique « Now all gone » bénéficie du concours de Cate le Bon aux chœurs, alors que la ligne de basse rappelle curieusement le « Melody Nelson » de Serge Gainsbourg. Les textes de Devendra sont particulièrement engagés ; et si le titre du long playing honore la maternité au sens large du terme, il aborde des sujets aussi divers que le deuil (« Memorial », un morceau qu’aurait pu interpréter Léonard Cohen), le malaise existentiel, le réchauffement climatique, sans oublier l’examen de la situation politique dans son pays, le Venezuela (« Arbre las manos »). L’album s’ouvre aussi par un titre méditatif (« Is this nice ? ») et s’achève par un autre abordé dans le même esprit (« The lost coast »), même s’il se révèle davantage ambiant…

Bill Blue

The King of Crazy Town

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Ce vétéran est originaire de la Caroline, au sud des Etats-Unis. Son enfance a été bercée par les sonorités du blues et du rock'n'roll ; ce qui explique pourquoi il a baptisé son style de ‘Rhythm'n'Roll’. Très jeune, il a accompagné le légendaire Arthur ‘Big Boy’ Crudup, jusqu’à son décès en 1974. Ce dernier avait notamment composé "That's alright mama", le tout premier hit d'Elvis Presley. Il y a 35 ans, Bill s’était établi en Floride. Il y vivait sur un bateau du côté de Key West. On le perd de vue pendant un quart de siècle jusqu’à ce que Ian Shaw, un producteur anglais, vienne le relancer. Blue refait donc surface en 2013, en publiant l’album "Mojolation". Sept ans plus tard, il nous rappelle à son bon souvenir, en gravant "The King of Crazy Town", un disque pour lequel Ian Shaw se charge encore de la mise en forme. Lors des sessions, il a reçu le concours de toute une flopée de potes, dont Matt Becker, un guitariste originaire de la Nouvelle Orléans mais établi à Londres.

Bien rythmé, "Do what I do don't do what I say" entame l’opus, un morceau dominé par les interventions de Bill à la slide et de Matt à la six cordes. La voix de Bill est poisseuse, mais colle parfaitement à la musique. "You ain't fun anymore" adopte un profil semblable. Sa voix lacère littéralement "Carolina time", une plage à la fois nerveuse et hypnotique. Bobby Devito (NDR : dans le passé, il a bossé pour le bluesman texan Sherman Robertson) brille à la gratte. Mr Blue force ses capacités vocales face à la section de cuivres Funky in the Middle Horns, tout au long du rock’n’roll saignant "I want it all".

Le long playing nous réserve également des pistes plus roots. A l’instar d’"Everybody's leaving town", au cours duquel la voix de Blue semble agoniser sous les coups de boutoir exécutés par la Résonator aux cordes réverbérées et l'harmo de Backer. Puis d’"Enough blues to give you the blues", un morceau qui baigne au sein d’un climat cool bien sudiste. Boogie qui aurait pu figurer au répertoire de John Lee Hooker, "Hunker down" évoque les ouragans qui touchent la Floride en septembre. "Indianola" rend un hommage poignant au défunt roi du blues, BB King. Les cordes sont chargées de reverb alors que les chœurs sont très proches du gospel. Enfin, "Mojolation" synthétise parfaitement ce long playing à la production irréprochable…

The Monotrol Kid

Exhale

Écrit par

The Montotrol Kid, c’est le projet d’Erik Van den Broek, un projet qui s’est transformé en quatuor, à partir de 2014, et tout particulièrement lorsqu’il a enregistré son second elpee, « My talk my song ». « Exhale » constitue son quatrième opus, un disque pour lequel il a, en outre, reçu le concours d’un second claviériste. Le line up impliquant donc également un préposé aux ivoires, un bassiste et un drummer.

Découpé en 11 plages, cet LP « Exhale » des effluves americana qui doivent autant à Wilco, The Band, Tom Petty, The Jayhawks, Calexico (sans les cuivres) que REM. Toute la panoplie y est : orgue Hammond (souvent), guitares chatoyantes ou groovy, mélodies accrocheuses et steel guitar sur les compos les plus country/folk, à l’instar du mélancolique « Good enough » ou des dylanesques « Recommandations » et « Even then ». On n’en oubliera pas le timbre vocal d’Erik, qui lors des ballades, rappelle, tout bonnement Joey Burns, le leader de Calexico. Si vous aimez ce style, n’hésitez pas, cet album est dans vos cordes, tant acoustiques, qu’électriques…

Chickenbone Slim

Sleeper

Écrit par

Larry Teves, alias Chickenbone Slim, est issu de San Diego, en Californie. Il compte déjà plus de trente années d'expérience musicale. En 2011, il a fondé son groupe, The Biscuits, dont il est, bien sûr, le leader. Le premier opus de ce chanteur/guitariste, "Gone", remonte à 2015, un disque pour lequel il avait reçu le concours de Big Joe Atkinson. Deux ans plus tard, il publie son second elpee, "The Big Beat", un essai dont les sessions s’étaient déroulées au studio Greaseland de Kid Andersen. A cours de l'été 2019, il est retourné à Greaseland pour mettre en boîte cet elpee. Pour y parvenir, il avait invité une belle brochette d’amis musiciens. Dont Laura Chavez, Kid Andersen ainsi que Joey Harris et Jerry Rainey, deux ex-membres du combo alt country Beat Farmers, également issu de San Diego, mais également de son backing group.

"Vampire baby" entame les hostilités. Un shuffle bien ficelé, caractérisé par une intervention bien huilée et tranchante à la gratte (NDR : serait-celle de Laura Chavez ?) et de l'harmonica que se réserve Troy Sandow. "Tougher than that" vire au rock'n'roll, une plage percutante à nouveau rehaussée par les sorties marquantes des cordes et de l'harmo. Rockabilly, "The ballad of Dick" et "Ride" sont imprimés sur le rythme du cheval au galop par le drumming de Marty Dodson. Instrumental, "Strolling with Chickenbone" transpire de swing. Bien soudée, la section rythmique balise les envols des guitares de Chavez et Kid Andersen, alors au sommet de leur art. Blues flemmard, "My bad luck" nous entraîne au cœur des marais du sud. Proche d’un Slim Harpo, cette piste décolle en puissance. Enfin, plus rock, "Little Victory" macère dans le bayou. Chargée de reverb, la six cordes libère des sonorités immortalisées par John Fogerty chez le Creedence Clearwater Revival…

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