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L’heure personnelle de Lucie Valentine

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Le nouveau truc de Sébastien Fayard

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Dans le nouveau clip du trio bruxellois Joy As A Toy, un homme parfaitement ordinaire dans son costume ordinaire attend dans sa voiture. Il entend Ghost Train à la radio. Progressivement, au rythme envoûtant de la musique, l'univers intérieur du personnage prend le dessus sur son quotidien, jusqu'à prendre des proportions inattendues. Suite logique des petits films de la série ‘Sébastien Fayard fait des trucs’ (au cours desquels Sébastien Fayard met en scène des phrases jeux de mots, savant détricotage des diktats de l’art ou de l’autoréférence triomphante), ce clip apparaît comme une nouvelle étape du réalisateur avant de se tourner vers le cinéma. (D’après communiqué de presse)

Pour voir le clip, c’est ici

http://www.sebastienfayardfaitdestrucs.com/

En concert:

23 septembre : Release Party – Les Ateliers Claus – Bruxelles

24 septembre : L’Atelier Rock – Huy

07 octobre: TerrorSamba – Basel

08 octobre: Le Terminus – Sarreguemines

10 décembre : Le Belvédère – Namur

18 Mars : Discover Box – Braine-le-Comte

www.joyasatoy.com

 

The Last Shadow Puppets

Everything You’ve Come To Expect

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On connaît surtout Miles Kane pour carrière solo et Alec Turner, comme leader d’Arctic Monkeys. Le duo de potes a donc décidé de fonder un projet en parallèle, qu’il a baptisé du mystérieux patronyme The Last Shadow Puppets. Et, l’air de rien, cette collaboration avait débouché sur un album publié en 2008. Intitulé « The Age of Understatement », ce véritable chef-d’œuvre avait bénéficié du concours du Canadien Owen Pallett, aux arrangements.

Quelques plus tard, le tandem a décidé de remettre le couvert. Malgré un emploi plus que surchargé, il a décidé de donner une suite au premier essai. Et bonne surprise, cet « Everything You’ve Come to Expect » a de nouveau reçu la collaboration de Pallett.

En fait, la paire a simplement repris les  ingrédients qui avaient fait le charme du précédent elpee : une pop vintage et classique… aux arrangement particulièrement soignés. L’opus recèle des morceaux particulièrement brillants et racés (« Miracle Aligner », le magnifique « Bad Habits ») ; pourtant on sent que la magie n’opère plus comme par le passé. Bien sûr, le long playing demeure agréable à l’écoute, mais il manque un ‘je ne sais quoi’ pour faire la différence. Certaines pistes se révèlent probablement trop sages (« Used to Be My Girl »). The Last Shadows Puppets nous promettait ‘Tout ce qu’on pouvait attendre’... Petits menteurs. Et vu le talent des musicos, le résultat est à peine acceptable. On leur pardonnera cependant ce pieux mensonge, car biberonnées aux sixties, les plages d’« Everything You’ve Come To Expect » demeurent quand même de bonne facture. Mais vu le potentiel en présence, on attendait quand même mieux… 

 

The Kat Kings

Swingin in the swamp

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The Kat Kings est un combo qui privilégie le rockabilly et le blues ; ce qui ne l’empêche pas de s’intéresser à d’autres styles. Issu de Toronto, il est drivé par le chanteur, guitariste et compositeur Kevin McQuade. Il est soutenu par un autre gratteur (Teddy Leonard), un batteur (Chuck Keeping), un bassiste (John Dymond) et un claviériste (Wayne Dagenais). "Swingin in the swamp" fait suite à un premier LP paru en 2011, "The winning hand".

"When I say jump" ouvre la plaque. Du pur rockabilly gorgé de jump. Le son est nickel ! Wayne s’éclate derrière son piano. La basse acoustique est bien ronflante. La guitare de Kevin jouit de toute latitude pour s’emballer. Autre rockab’, "Poppin’ at Party time" est bien plus contaminé par le blues. Les ivoires sont bien mis en exergue ; mais c’est surtout la guitare, en distillant des notes bien dosées, qui tire son épingle du jeu, alors que Chuck apporte la touche rythmique, à l’aide de ses baguettes. Et tout au long de "B Flat Kat", la gratte semble carrément hantée par Chuck Berry. Indolent, "I work for you" se convertit au blues pur et dur. Celui de la Louisiane. Wayne est passé à l’orgue Hammond et double même au piano électrique. "Juke joint Jimmy" est judicieusement intitulé. C’est de la véritable dynamite ! Un rock’n’roll entraînant, dévastateur, au cours duquel la guitare jumpe avec bonheur, pendant que Wayne martèle ses 88 touches d’ivoire, afin de communiquer des sonorités ‘juke joint’. Plus surprenant, les Kats nous invitent au temple pour chanter le gospel, dans un ensemble vocal polyphonique. Traversé par une slide et tapissé par un orgue, ce "Before I found him" fleure le Sud profond. Et la finale change carrément de rythme. Implacable, elle est soulignée par des claquements des mains! Caractérisé par ses guitares furieuses, "Ridin’ in style" opère un retour dans le rockabilly. Kevin chante classieusement "I’m just a shadow" devant l’orgue Hammond, une ballade lente aux réminiscences Memphis Stax. Plus roots, "It came from the swamp" nous entraine dans les swamps louisianais. Le bottleneck apporte sa touche métallique à ce blues, alors que les interventions de slide sont particulièrement nonchalantes. Dominé par le piano roadhouse de Chuck, "Till it feels alright" est une piste plus rythmée digne de Jimmy Reed. "Late night thing" lorgne vers le plus célèbre trio texan, ZZ Top ; un blues pur et dur au cours duquel les interventions de guitare sont à la fois acérées et lumineuses. Grâce à son cortège de percussions festives inspirées par Professor Longhair et au chant flemmard proche de Dr John, "Late night thing" met une dernière fois le cap sur la Nouvelle-Orléans. Superbe, ce long playing nous offre une dernière tranche de bonheur, un cocktail de rock’n’roll et de blues baptisé "Baby you can’t drink", au cours duquel Wayne Dagenais s’éclate encore et encore. Excellent !

 

Lew Jetton

Rain

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Originaire du Tennessee, Lew Jetton a longtemps partagé son emploi du temps entre la musique et les prévisions climatiques. Ce chanteur/guitariste a ainsi longtemps bossé comme présentateur de la météo, sur une chaîne de télé locale. Dès 1994, il est engagé au sein de 61 South, un groupe établi dans le Kentucky ; un combo au sein duquel militait alors l’harmoniciste Col JD Wilkes des Legendary Shack Shakers. A ce jour, le collectif a commis trois opus : "State Line Bues", en 2000, "Tales from A 2 Lane", en 2006, et "Rain", en juin dernier. Soit après dix ans d’attente. Les sessions se sont déroulées au Coffee Street de Paducah, dans le Kentucky. Jetton est un artiste qui a plus d’une corde à son arc. Au chant, il est particulièrement convaincant. A la guitare, c’est un musicien affirmé. Et ses compos sont excellentes.

"Who’s texting you" ouvre l’elpee. Bien rythmé, ce superbe blues est très proche du style de Memphis. Spécifiquement southern, malgré son ton légèrement funk, il bénéficie d’interventions de guitares soignées, des interventions que se réservent Jetton et Alonzo Pennington, invité pour la circonstance. De bonne facture, "Move on Yvonne" adopte les accents swamp de la Louisiane, des accents entretenus par le vocal flemmard et l’harmonica tonique de Col J.D Wilkes, une piste au cours de laquelle J Solon Smith siège derrière le piano alors que Miranda Louise (NDR : issue de Nashville elle a notamment accompagné Lonnie Mack et Stevie Ray Vaughan) épaule Lew aux vocaux. Un riff bien acide et réverbéré hante "Mississippi rain", un titre alimenté par d’excellentes cordes, pendant qu’Erik Eicholtz imprime autoritairement le tempo et que Wilkes se révèle toujours aussi déterminé sur son harmonica. "Lay me down" est une ballade qui ne manque pas de style. Le chant est expressif et l’orgue de Dan Bell particulièrement chaleureux. Superbe ! Caractérisé par sa touche de country/gospel franchement savoureuse, le bref "Glory train" est à la fois rythmé, dynamique et rafraîchissant. Signé John Hiatt, "Feels like rain" campe un blues lent très roots. La voix de Lew est brûlante. Et tout est parfaitement mis en place, dans un univers southern, que domine l’orgue Hammond et la guitare de Sam Moore. Boosté par la section rythmique, "Done done it" est un blues/rock particulièrement entraînant. Blues plus classique, "Sandy Lee" est une plage nonchalante. Les cordes acoustiques et le piano de Smith y tirent parfaitement leur épingle du jeu. Un des meilleurs morceaux de l’elpee ! Chicago shuffle, "Keeping me awake" est un autre blues excitant. Le titre final nous replonge dans le climat de la Nouvelle Orléans. A travers une excellente version du "It’s raining" d’Allen Toussaint. Soutenue par les ivoires de Smith, la voix de Lew est éclatante. Excellent !

 

In Flames

Sounds From The Heart of Gothenburg

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In Flames appartient à cette catégorie de formations qui semblent nées, il y a peu de temps, alors qu’elles comptent au moins un quart de siècle d’existence. Il est vrai qu’on ne s’en rend pas toujours compte. Et quoi de mieux, au final, que de fêter ses vingt-six bougies en offrant à ses fans, un enregistrement public. Il remonte à deux ans (le 8 novembre 2014, pour être précis) et a été immortalisé au ‘Scandinavium’, mythique salle de spectacle suédoise de la ville côtière de Göteborg. Et le choix de ce lieu n’est en rien dû au hasard : le quatuor voulait en effet enregistrer ce live sur ses terres. ‘C’est notre ville d’origine et c’est juste génial pour nous de pouvoir rendre quelque chose à cette ville qui a vu naître nos premiers pas’, explique le vocaliste, Anders Friden. ‘C’est un superbe endroit pour y jouer. Après le show, je me suis rendu compte que je ne savais pas encore combien de temps le Scandinavium allait encore exister. C’est donc une bonne chose de garder une trace de cet endroit, parce que c’est vraiment un stade légendaire. Je me suis rendu à des tonnes de concerts de Metal ici au cours de ces dernières décennies. J’y ai vu tous mes groupes favoris’. Un endroit donc symbolique, autant pour les artistes qui se produisent ce soir-là que pour les quelques 10 000 aficionados qui se sont déplacés en masse en cette soirée automnale. C’est donc un Scandinavium archi sold out qui attend de pied ferme les stars du Metal mélodique.

Des lumières bleues électriques scintillent sur le bas de la scène, masquée par un énorme rideau noir. Les baffles crachent les premiers riffs de « In Plain View », titre d’ouverture de « Siren Charms », sorti à peine deux mois avant la captation. Anders Friden lance son premier cri de guerre, donnant le signal pour la chute du rideau et l’explosion d’une nuée de confettis dorés dans toute la salle. Le ton est directement donné : les Suédois ont décidé de tout donner ce qu’ils ont dans le ventre. Pas de décor ni même de backflag, la prestation des artistes est au cœur du show. Casquette frappée du logo du band sur la tête, Anders s’époumone comme un beau diable, alternant hurlement et chant plaintif. Sourire aux lèvres la plupart du temps, les autres artistes lancent de temps à autre des regards complices à la fosse, mais restent principalement concentrés sur leur instrument. Pas besoin de gesticuler inutilement, plus rien à démontrer : les Suédois sont venus partager leurs compositions qui, au fur et à mesure des années, sont passées d’un Death Metal mélodique clairement identifié à un son à la ‘In Flames’, incomparable.

Une heure et demie de show nourries par onze elpees studio. Autant dire que les musicos avaient l’embarras du choix, même si la sélection n’a pas été des plus simples. D’ailleurs, les plus anciens morceaux sont passés à la trappe. ‘Si nous avions interprété les morceaux de chaque album, nous aurions pu y passer toute la nuit…’, plaisante Björn Gelotte, un des deux guitaristes. ‘Ce DVD est pour toute personne qui nous a suivis le long de notre carrière, avec des morceaux des premières années, de l’époque intermédiaire et de la nouvelle ère. Notre audience est vraiment diversifiée, c’est incroyable. Il me semble qu’on est devenu une sorte de pont dans le Heavy Metal, depuis qu’on joue de la musique agressive, mais néanmoins toujours accessible’. Un constat qui se confirme par les nombreux plans pris de la foule, fans d’hier et d’aujourd’hui, constamment occupés à chanter les morceaux à tue-tête ou clamant le nom du band entre les morceaux.

De la fosse aux balcons, les amateurs de sonorités puissantes ont fait un voyage dans le temps, la set list transitant de « Resin » (’99) à « Rusted Nail » (’14), en passant par « Only for the Weak » (’01), « Fear is the Weakness » (’11) et « The Quiet Place » (’04). Les titres incontournables, tels que « Cloud Connected » ou, en final, « Take This Life », ont évidemment entraîné l’ivresse de masse qui leur revient. Alors que le gâteau était déjà bien appétissant, on a alors droit à une belle cerise sur le gâteau, déposée par Emilia Feldt, la soprano danoise, lorsqu’elle vient poser la voix sur « When The World Explodes ». Beau et bon, ce ‘live’ est en outre particulièrement intéressant, car, après l’avoir visionné, on se surprend à se dire : ‘Ah ouais, quand même…’ En un peu plus de 90 minutes, In Flames parvient à démontrer toute la palette musicale déployée au cours de ces deux dernières décennies. Un groupe qui a grimpé petit à petit les échelons pour devenir, aujourd’hui, un des incontournables de ce Metal inclassable, toujours inconfortable quand on souhaite le mettre dans tel ou tel tiroir, mais désormais reconnu de toutes et tous. Si le band scandinave n’avait pas fait l’impasse sur ses premières années de carrière, davantage Death Metal, ce DVD aurait été parfait.            

 

Hheaven

A single rose (Ep)

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C’est une évidence, Morgan Enos est infatigable. Non seulement il participe à de nombreux projets, dont Hollow Sunshine et Other House (NDR : ils comptent quelques albums à ce jour, dont « Bad Reputation », sorti l’année dernière et chroniqué sur Musiczine), mais le multi-intrumentiste a décidé de collaborer en compagnie de Bryant Keith Bayhan (NDR : également actif chez .Paperman). Le duo a choisi pour patronyme Hheaven et vient donc de publier un premier Ep intitulé « A Single Rose ».

Pour ce nouveau challenge, le tandem a décidé de sortir ses machines, mais également de récupérer des sonorités issues de jeux vidéo. Objectif ? Nous plonger pendant une petite demi-heure dans l’univers particulier de la disco-pop électronique. Certains titres de ce disque sont particulièrement entraînants (« Bad Balloons »), d’autres sont imprimés sur un mid tempo quand ils ne baignent au sein d’un climat atmosphériques ou mélancolique (« Correct Assumption »). Mais le plus intéressant procède de cette capacité à insuffler un supplément d’âme aux compos. Bref, en évitant de tomber dans la formule aseptisée, cet Ep s’avère captivant de bout en bout… 

 

The Dynamite Blues Band

Kill me with your love

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Le chanteur/harmoniciste/pianiste Wesley Van Werkhoven, le drummer Neils Duindam et le guitariste JJ Van Duijn militaient au sein de Big Blind, un trio qui enregistrait pour le label Cool Buzz. En février 2013, ils recrutent le bassiste Renzo Van Leeuwen, et transforment leur patronyme en Dynamite Blues Band. Le quatuor batave publie son premier elpee, "Shakedown & Boogie", en 2014. Les sessions d’enregistrement de "Kill me with your love", se sont déroulées à Amsterdam.

De puissants riffs de guitare préludent "Even if you want to" ; mais l’harmonica de Wesley débarque rapidement. Une plage bien très rythmée, mais un rien trop courte à mon goût. Le Dynamite BB se complait dans une attaque très rythmique de ses compositions. "Dirty minded" s’inscrit très bien dans ce style, permettant à la guitare de JJ de se libérer très vite ; une piste qui bénéficie d’arrangements impeccables de voix et de cuivres. Des arrangements tout aussi parfaits dont jouit également "Trash and rumours", le sommet de cet opus. Le tempo est vif. Réverbérée, la gratte concède des accents ‘surf’ surprenants. La section rythmique et parfaitement huilée. Et le tout baigne dans une ambiance orientale. "Kill me (with your love)" rappelle le style du regretté Lester Butler. Van Duijn en profite pour, une fois encore, exécuter une sortie imparable sur ses cordes. Ballade indolente, "Strong love" est parfumé de R&B. La voix de Wesley est soignée. JJ s’autorise une nouvelle sortie chargée de sensibilité et tout en subtilité. Et elle est bien marquée, avant que Wesley ne prenne le relais à l’harmo, dans un climat qui révèle une grande complicité entre les musiciens. La gratte attaque en force "Dynamite Momma", un rock’n’roll au cours duquel elle est constamment à l’avant-plan. "The Big unknown" est balisé par la section rythmique, un shuffle qui sert de rampe de lancement à Van Duijn pour sortir à nouveau de sa réserve ; et il se distingue sur ses cordes, à travers une tonalité étonnante, très susceptible de rappeler Jimmy Vaughan. "Too busy" est toujours bien rythmé. La plage replonge dans l’univers de Lester Butler et des Red Devils. L’ambiance y est propice. Et la voix y contribue. La connivence entre les deux solistes est manifeste, en l’occurrence entre la slide de JJ et l’harmo du frontman. "No cent" nous transporte dans le jump. Il y a de la rage dans la voix, du swing ; et le piano, bien à l’avant-plan, soutient parfaitement les cordes en folie! Du tout bon! Majestueuse, "Two sides" est une nouvelle ballade, dont l’intro cuivrée émarge au r&b. "This ain’t over" est un blues/rock au cours duquel JJ se fait à nouveau plaisir sur ses cordes en leur administrant des tonalités particulièrement originales. Stimulé, Wesley signe alors son meilleur envol à l’harmonica. "Misery", morceau final, est plus paisible. Les cordes sont discrètes alors que la musique à bouche entretient un climat de tristesse.

 

Gonzalo Bergara

Zalo’s Blues

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Guitariste et compositeur, Gonzalo Bergara est originaire de Buenos Aires. Mais cet Argentin s’est établi à Los Angeles depuis l’an 2000. En général, il est à la tête de son GB Quartet, une formation spécialisée dans le jazz manouche des années 30, un style magnifié par le mythique Django Reinhardt. Au sein de ce quatuor, il est soutenu par un guitariste rythmique, un bassiste et un violoniste. Il s’était illustré en publiant l’album "Portena Soledad", en 2007, et "Djangophonic", en 2009. Sur son nouvel elpee, "Zalo’s Blues", Gonzalo se consacre à la guitare et au chant. 

Les notes ont été réalisées par le célèbre Little Charlie Baty, l’ancien leader des Nightcats. Charlie et Zalo s’étaient rencontrés dans un club. Gonzalo lui avait refilé une démo sur laquelle figurait une adaptation d’un titre de Baty, "Percolatin’" ; et la version était tellement originale qu’il l’a rebaptisée "Woosh". Bien que datant de 2003, elle figure sur cet LP ! L’intro est lente. De murmure, la voix passe au chant –et il est remarquable– tout au long de ce blues somptueux. La guitare se libère voluptueusement de la section rythmique bien soudée. Tous les autres titres ont été enregistrés à Buenos Aires, en 2015. Plusieurs sessions ont été nécessaires, impliquant le bassiste Mariano D’Andrea et son frangin, Maximilio Bergara, à la batterie.

L’opus s’ouvre par l’instrumental "Drawback", une superbe plage imprimée sur un tempo enlevé et trempée dans du pur swing jazz. Le chant affiche une belle dose de panache, tout au long du rock’n’roll fougueux "Drinking". Impatiente et enthousiaste, la guitare décolle rapidement. Indolente, "Singing my song" est une piste caractérisée par son entrée solennelle. Expressive, la voix se détache bien de l’ensemble. Le solo est à la fois créatif et chargé de feeling. Une seule véritable reprise, "You don’t have to go", un canon du célèbre Jimmy Reed. Elle date de 1955, et son adaptation respecte le rythme très spécifique du mythique bluesman chicagoan. Quelques instrumentaux. Tout d’abord deux pistes funky. "Dirty socks" et "Levi". La première emprunte des tonalités à Stevie Ray Vaughan et Jeff Beck. La seconde lorgne davantage vers le rockin’blues. "Been runnnin’", ensuite. Classieux, il conjugue jazz et swing. Profitant de l’excellent socle construit par D’Andréa à la basse, Bergara est alors ici tellement proche du maître Clarence Gatemouth Brown. Et enfin "Ines" une tendre ballade à la beauté immaculée. "Gonna go" adopte le rythme saccadé du chemin de fer. Joué en picking, il concède des accents country. Bien soutenu par la section rythmique, "No more" et un blues/rock classique, impeccablement ficelé. Zalo en profite pour y libérer ses cordes avec une facilité déconcertante. Et le long playing de s’achever par "Won’t stay with you", une compo acoustique, empreinte de sérénité… 

 

Jeff Beck

Loud Hailer

Écrit par

Geoffrey Arnold ‘Jeff’ Beck est âgé de 72 balais. Ce célèbre guitariste anglais a sévi chez les Yardbirds, au cours des 60’s, avant de fonder sa propre formation. Puis il a entamé une carrière sous son propre nom. Qui aura un retentissement international. A deux reprises, il a été intronisé dans le Rock and Roll Hall of Fame. Beck possède un son bien spécifique ; et a acquis sa notoriété pour sa technique très personnelle. Sa discographie est conséquente.

Pour enregistrer cet opus, il s’est entouré d’un quatuor ; en l’occurrence Davide Sollazzi et Giovanni Pallotti comme section rythmique, et deux jeunes femmes, Rosie Bones aux vocaux ainsi que Carmen Vandenberg, à la guitare rythmique. La majorité des compos sont signées par le trio Jeff, Rosie et Carmen.

De riches effets sonores introduisent "The Revolution will be televized", un blues hypnotique aux accents psychédéliques ; une piste au cours de laquelle la voix de Rosie est quasi-déclamatoire. Une voix qui se révèle particulièrement élégante tout au long du blues/rock "Live in the dark". Explosive, la guitare explore toute la gamme sonore, alors que Davide impressionne sur ses percus. Instrumental, "Pull it" baigne au sein d’un climat empreint d’inquiétude, de torpeur et d’angoisse. Les cordes émettent cris et gémissements issus d’un autre monde. Généreusement funk, "Thugs Club" est largement teinté de blues. Derrière son micro, Miss Bones trace la ligne de conduite alors que largement amplifiées et réverbérées, les cordes de Jeff sont constamment à la recherche de sonorités denses et étranges, propres à l’univers de Beck. "Scared for the children" est empreint de douceur. La voix de Carmen y contribue largement. Et ses cordes doublent respectueusement celles du maître de cérémonie, avant que les siennes, magiques, évoluent au sein d’un environnement indolent, rappelant parfois le Pink Floyd époque Waters/Gilmour. Et sous ce format, l’émotion communiquée est bien palpable. Superbe ! Un climat qu’on retrouve sur "Scarred for the children". "Right now" est sculpté dans du hard blues rock torturé, bien dans l’esprit du style de Jeff qu’il proposait déjà sur son premier elpee solo, "Truth". Pressée par la puissance des cordes, la voix féminine se dédouble à l’infini. Et quand on retrouve ce vétéran insulaire dans un tel contexte, c’est un véritable régal ! "Shame" replonge au sein d’une atmosphère paisible et mélodique. La voix est chiadée. Le morceau aurait pu alimenter un juke-box, il y a, presque un siècle. Les cordes sont limpides, enchanteresses. La conjugaison des grattes est lumineuse. "The Ballad of Jersey wives" est une plage à la fois belle et créative. Progressive, complexe, sa construction est digne du Led Zeppelin. "O.I.L" accomplit un retour au funk. Les échanges opérés entre la voix de Carmen et la section rythmique sont excellents. "Shrine" se distingue par sa très belle mélodie finale. Un retour surprenant, mais réussi pour le maître Beck.

 

Band of Skulls

By Default

Écrit par

Fondé en 2004, Band of Skulls s’et forgé progressivement une certaine notoriété. Originaire de Southampton, le trio avait frappé fort en publiant ses deux premiers elpees, deux disques puissants, sculptés dans un rock/garage aux accents stoner. Le troisième opus, « Himalayan », est paru en 2014. Et s’il s’est avéré plus lisse et moins inspiré, il a permis au combo de signer chez le label major, BMG.

Gil Norton (Pixies, Foo Fighters, …) a mis en forme le quatrième long playing. Son travail de production est parfaitement léché. Et manifestement, il s’inscrit dans la lignée du précédent. Emma Richardson (chant/basse), Russel Marsden (chant/guitare) et Matt Hayward (drums) y livrent un rock/garage teinté de blues. La maîtrise est parfaite. Il ne manque certainement pas de dynamisme. Et puis les crescendos sont bien huilés. Les refrains sont inspirés (« Back of Beyond ») ou pas (« Killer »). Aucune bavure. Bref, du bon boulot… Sauf qu’aseptisée, l’expression sonore manque cruellement d’âme. Tout est bien trop propre. Trop prévisible. Si bien qu’après avoir écouté les onze pistes de cet LP, le constat est amer : on s’est royalement emmerdés.

Le band britannique se produira ce 6 novembre 2016 au Botanique.

 

Anohni

Hopelesness

Écrit par

C’est donc le moment de la métamorphose pour Anthony Hegarty ! Le New-yorkais s’est en effet, offert une triple mue. Et la plus importante est physiologique, puisqu’il a décidé de devenir une femme. Il a donc transformé son Anthony en Anohni. En outre, sa soul est aujourd’hui boostée par deux des têtes chercheuses les plus aventureuses de l’électro actuelle : Oneothrix Point Never (Lopatine) et Hudson Mohawke.

Cette dernière évolution fait d’ailleurs un bien fou à l’univers sonore d’Anohni qui avait peu à peu tendance à se figer et même à nous anesthésier. Ce qui ne veut pas dire qu’il (ou elle) manquait d’aptitudes. L’Américain(e), autrefois adoubé(e) par Lou Reed, n’est pas pour autant devenue la reine de la gaudriole ; d’ailleurs, « Hopelesness » est, bien entendu, un long playing torturé et particulièrement sombre…

Les titres parlent d’eux-mêmes : « Drone Bomb Me », « Violent Men » ou « Execution »... Les productions léchées de nos deux acolytes confèrent une véritable force obscure au chant si particulier et envoûtant d’Hegarty qui s’épanouit dans ces écrins enfumés et dérangés concoctés par Daniel Loptine  (NDR : si le très énervé « Obama » règle le compte au président actuel, on attend impatiemment qu’il nous communique son point de vue sur le candidat Trump, et surtout sur sa conception de la politique autant interne qu’internationale). Certaines compos, naviguant entre R&B, pop et électro pointue, s’avèrent légèrement plus accessibles mais se doublent d’une redoutable efficacité ; et ce grâce au talent de l’Ecossais Hudson Mohawke (NDR : « 4 Degrees », une plage qui traite des changements climatiques).

Si « Hopelesness » correspond parfaitement à la vision pessimiste de l’humanité déclinée par Anonhi, il incarne paradoxalement un bel espoir, de le voir prendre un nouveau départ, dans sa carrière musicale…

 

Nick Moss

From the root to the fruit

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Issu de Chicago, Nick Moss est chanteur/guitariste. Agé de 76 balais, il a longtemps drivé ses  Flip Tops, qu’il a reconvertis, dès 2009, en Nick Moss Band. Très tôt, Moss avait créé son propre label : Blue Bella. "From the root to the fruit" est un double elpee. Il s’agit déjà de son douzième. Une plaque est consacrée au "Roots", puisqu’elle puise dans ses racines blues. Et l’autre, baptisée "Fruits", à sa création actuelle, consécutive à l’évolution de sa propre vision musicale. Il a bien sûr reçu le concours de son backing group, en l’occurrence Michael Ledbetter au chant et à la guitare rythmique, Patrick Seals à la batterie, Nick Fane à la basse et Taylor Streiff, aux claviers. Quelques amis ont été invités à rejoindre la troupe lors des sessions d’enregistrement. 

Sous-titré "Roots", le premier cd réunit des compositions signées Moss et Ledbetter ainsi que des reprises de Junior Wells et d’Elmore James. La musique s’inspire du Chicago blues d’après-guerre, mais aussi du Texas blues ainsi que du Mississippi blues des années 40 et 50. La musicalité est irréprochable. Et les compos sont indiscutablement d’excellente qualité, surtout dans le registre du blues de Chicago.

"Fruits" implique les mêmes acteurs et compositeurs. Mais s’écarte quelque peu du chemin tracé par les bluesmen traditionnels, s’inspirant davantage d’un maître gratteur, l’incomparable Peter Green.

"Before the night is through" ouvre idéalement le long playing. Ledbetter chante d’une voix purement soul. Les lignes tracées par la guitare sont superbes. Et Nick est tout aussi brillant sur "Make way for me", un Memphis R&B au cours duquel Sax Gordon Beadle souffle –évidemment– dans son saxophone. Moss chante son "Dead man’s hand", un blues imprimé sur un tempo enlevé, entretenu par le piano alerte de Streiff, et le sax tout en effervescence de Beadle. Inspiré par Muddy Waters, "From the root to the fruit" baigne dans le Chicago Southside. Otis Spann se réincarne en Streiff. Nick expire dans l’harmo et libère encore de bien belles phrases sur ses cordes. Blues lent, "Symone" émarge au même style. Taylor est passé à l’orgue pour "Lost and found", un autre blues lent, abordé dans l’esprit de BB King. Impeccable ! Le disque recèle trois plages instrumentales de toute bonne facture : "Haymarket hop", "Rump Rash" et "Cold sore". Moss adapte impeccablement le "Long tall woman" d’Elmore James. Et le jeune prodige Jason Ricci se réserve l’harmonica sur "The woman I love".

La seconde plaque s’étale sur près de 80’. "Catch me I’m falling" entame le bal. Le son est plus contemporain. Ledbetter est derrière son micro. L’orgue s’impose alors que largement amplifiée, la gratte s’autorise certaines libertés. Elle devient même aventureuse tout au long du plus funky "Jupiter Florida". Et devient même versatile, quoique bien maîtrisée, sur "Breakdown", une piste qui met bien en exergue les percussions de Patrick Seals. Blues lent, "Serves me right" est judicieusement sous-titré "Space Jam". Et pour cause Moss prend le temps et l’espace de développer de longues improvisations. Il modifie les sonorités de ses cordes à l’aide de ses pédales, bientôt talonné par son claviériste. Et ce dernier poursuit ces expérimentations sur "Ta Ta for Tay Tay" au sein d’un climat jazzyfiant. Un climat qu’on retrouve sur "Free will", mais en plus cool. Streiff siège derrière le piano électrique. Partagées entre Nick Moss et David Hidalgo de Los Lobos, les parties de guitare sont un nouveau régal pour les oreilles. Nick est épaulé par deux choristes, Tina et Lara, sur "Grateful", une plage bien balancée. Délicate, la voix de Ledbetter est encore bien mise en exergue tout au long de la jolie ballade "Shade tree". Mais également sur un dernier blues lent intitulé "Stand by", une compo superbe ponctuée par une envolée de Nick Moss, chargée de feeling. "Speak up" ne dénote pas dans l’atmosphère qui baigne ce deuxième volet. Instrumental, "Heavy water" clôt ce long playing. Moss en profite pour se réserver une dernière sortie sur ses cordes, mais en s’inspirant manifestement de Carlos Santana.

 

Court-Circuit informe les jeunes groupes

Écrit par

En collaboration avec t-heater, Ça balance et la SABAM, Court-Circuit propose des séances d’informations afin d’aider les artistes à lancer un projet musical.

Les deux premières ont déjà eu lieu mais il reste encore une réunion le 28/10 à 11h au Point Culture de Namur.

Pour s’inscrire, c’est ici.

Preoccupations

Ce n’était pas intentionnel…

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Viet Cong a donc décidé de changer son patronyme en Preoccupations. Trop de critiques s’étaient abattues sur la formation pour le choix de ce nom. Les victimes des massacres perpétués par le Front national de libération du Sud Viêt Nam n’avaient vraiment pas apprécié la formule. Une situation qui avait poussé certains organisateurs de spectacles, en Australie, à annuler purement et simplement leurs dates de concerts. On peut affirmer que l’histoire du combo canadien est loin d’être une histoire tranquille ; et pour cause, deux de ses musicos militaient au sein de Women, jusqu’à ce que le guitariste, décède. C’était en 2012. C’est ainsi qu’est né le fameux Viet Cong. Mais tout ceci méritait des explications. Accordées par le guitariste Scott Munro (NDR : il porte une barbe impressionnante !) ainsi que le bassiste Mat Flegel. Particularité, les réponses sont constamment interrompues ou complétées par l’un ou l’autre interlocuteur, comme s’il s’agissait d’une conversation à bâtons rompus. Donc pour ne pas constamment hacher le texte, les répliques ont été fusionnées… 

Mais abordons immédiatement le sujet qui fâche : le changement de patronyme. Les musicos ont déclaré qu’ils ignoraient cet épisode douloureux de l’histoire, parce qu’ils étaient canadiens. Et qu’ils regrettaient cette option. Pourtant, au cours des eighties, il n’était pas rare qu’un groupe adopte un nom qui suscite la controverse. Pensez à Joy Division, New Order, Gang of Four, Indochine, Dead Kennedys, Front 242, Suicide, The B52’s et la liste est loin d’être exhaustive. En fait, c’était un choix, la plupart du temps, purement provocateur, alors bien dans l’air du temps. Finalement on se demande si au départ, il n’était pas volontaire, vu qu’il s’inscrivait bien dans l’esprit du post punk. Et en même temps, c’était un bon moyen pour se faire de la promo. Mais vu l’époque que nous vivons, la contestation s’est répandue comme une traînée de poudre ; une époque au cours de laquelle la communication règne en maître, et notamment grâce aux (ou à cause des) réseaux sociaux. Qui font la pluie et le beau temps. En fait, aujourd’hui, dès qu’un artiste devient subversif, des mouvements, qu’ils soient religieux, associatif ou moraux, en appellent à la censure. Ainsi, les humoristes, les caricaturistes et bien sûr les musiciens deviennent les premières victimes. Maintenant en changeant l’appellation du band, on peut aussi considérer cette volte-face comme un désaveu de ce fameux esprit post punk. Le débat est lancé !

« Il est exact que lors de nos tournées, de nombreux spectateurs d’origine vietnamienne sont venus protester. On les a écoutés. Ils nous ont raconté les histoires des réfugiés de cette guerre. Et elles sont tragiques. Aussi on comprend parfaitement pourquoi nous les avons offensés. C’est donc bien la raison pour laquelle nous l’avons changé. Et puis, on a sondé nos fans. Et ce sont eux qui ont décrété qu’il fallait le modifier, face à tous ces détracteurs. On ne fait pas de politique ! On cherchait simplement un nom qui tienne la route, sans jamais penser qu’il avait une telle connotation cruelle. Joy Division et New Order ont eu certainement dû essuyer autant de critiques que nous. Mais pas aussi rapidement. Aujourd’hui, via Internet, la réaction est instantanée. Et comme la société vit dans un monde du politiquement correct, elle s’est encore davantage amplifiée. On a croisé Andy Gill (NDR : c’est le leader de Gang of Four), lors d’une émission radiophonique, et il nous avait confié qu’il recevait constamment des lettres ou des messages de menace… » Et c’est finalement Chad Van Gallen qui en a déniché un ? « C’est exact. Car c’est bien plus facile quand il émane de quelqu’un d’extérieur au groupe… » Sur la toile, même les clips attribués à Viet Cong ont été réaffectés à Preoccupations. Etait-ce une manière de tourner la page, définitivement ? « Bien sûr, c’est l’objectif ; mais ce n’est pas nous qui avons pris l’initiative de procéder à cette adaptation sur Youtube. On suppose que c’est le label qui s’en est chargé. Et il subsistera jusqu’au moment où on changera de nom… » (rires) 

Abordons maintenant le thème des vidéos. Celle –superbe par ailleurs– consacrée à ‘Silhouette’, tout d’abord. Parce qu’elle semble à la fois communiquer un message écologique mais en même temps futuriste. A cause de références empruntées à la science-fiction (le film de Kubrick, ‘2001 odyssée de l’espace’ ?) et au danger que représente l’énergie nucléaire (La catastrophe de Tchernobyl ?) « Les références seraient plutôt à puiser du côté de ‘Blade Runner’ ou encore ‘Alien’. Ce sont ces films qui nous ont inspirés. Oui, c’est vrai, ‘2001 Odyssée de l’espace’, quand même. Et puis le réalisateur nous invités à tirer parti de films d’épouvantes issus des années 80. Des films lugubres, austères, désabusés, peu réjouissants pour le futur, au cours desquels, il ne se passe rien… » ‘Anxiety’ a été filmé en noir et blanc. On y remarque la présence de personnages masqués. Est-ce une symbolique ? Puis d’un esprit quittant le corps d’une femme nue. Et enfin des images d’une rivière tumultueuse qui coule au coeur d’une forêt glauque. Tout un contexte qui suscite immédiatement des questions surnaturelles : les esprits, la vie après la mort, la métempsychose et bien sûr l’existence de Dieu… « Pour que tout soit clair, cette vidéo n’était pas du tout le fruit de notre idée. En fait, on avait donné carte blanche au réalisateur. De temps à autre, on lui fournissait l’un ou l’autre tuyau qui recevait très souvent un écho. Mais pour le produit final, on l’a laissé bosser dans son coin… »

Abordons, maintenant, le nouvel elpee de Preoccupations. Il est éponyme. Y figure en pièce centrale, un morceau de plus de 11 minutes. Il raconte, apparemment, l’histoire d’une personne qui a perdu la boule. La compo est divisée en trois parties et recèle autant de mélodies différentes, avant une longue finale instrumentale. Déjà sur ‘Viet Cong’, la formation avait utilisé le même processus. Explications « Sincèrement, ce n’était pas intentionnel. Mais il est exact qu’en bout de compte, il constitue la pièce centrale. C’est la raison pour laquelle on l’a insérée au milieu. On en avait discuté ensemble. Car on estimait que ce n’était pas une bonne idée d’entamer un album par un morceau aussi long. Finalement, il a trouvé sa place, car il se plaisait bien là. Et puis après cette plage, la suite est différente. Il agit un peu comme une charnière. Donc on n’a pas dû trop tergiverser pour choisir cet emplacement. Il est vrai que cette façon de procéder ne marche pas toujours ; mais on a agi en faisant preuve de bon sens… » Sur ce nouvel elpee, il y a davantage de claviers que sur celui de ‘Viet Cong’. Certaines interventions rappellent même les débuts de New Order. Etait-ce pour rendre les morceaux plus accessibles ? « Oui, c’est probable. En fait, on n’écoute pas beaucoup de musique actuelle, mais plutôt celle du début des eighties. Et bien évidemment, elle influe sur la nôtre. On adore les sonorités dispensées par les synthés de cette époque. Et le claviériste est un fan de ce type de claviers. C’et un ‘nerd’, un ‘geek’, un ‘crack’. Sur l’album ‘Viet Cong’, il y en avait autant ; mais ils se fondaient dans l’ensemble. Ce qui explique pourquoi les guitares ressortaient davantage… » Selon la bio, les lyrics des chansons se focalisent sur les privations de la vie et la manière dont on vous les décrit. Ce qui méritait, manifestement, des éclaircissements… « On voulait établir le tracklisting comme une set list. Rendre les chansons aussi évidentes, simples, dépouillées et directes que possible. Je ne suis pas expert pour traiter le problème des privations dont est victime la société, mais l’existence future me semble quand même sombre. Et donc l’esprit visite ces lieux obscurs… »

C’est Graham Walsh, musicien chez Holy Fuck, qui a mis en forme l’opus. Qui l’a choisi ? Et pourquoi ? « On le connaît depuis longtemps. Il bosse aussi chez Sub Pop et avait produit le premier album de Metz. Un groupe particulièrement punky. Et il avait trouvé un son très particulier pour le groupe. Qu’on avait adoré. On avait réalisé les sessions en comité restreint. Cependant, notre manager a appelé Graham. Pour améliorer le son. En plus c’est un de nos potes. C’est facile et confortable de bosser avec lui. Il a de bonnes idées. C’est un touche-à-tout et il joue notamment des claviers. En écoutant les compos, il réoriente aisément le travail des artistes… » Pas d’aide extérieure ? « Dan Boeckner (Wolf Parade, Operators) et Julie Fader (Great Lake Swimmer, Chad Van Gallen, Holy Fuck) chantent sur ‘Memory’ et Aaron Grant joue des claviers. Zut, je me souviens de ne pas l’avoir crédité pour sa collaboration… »

La voix de Matt est particulièrement ample. Elle peut faire penser, tour à tour, à de Brett Anderson (Suede), Ian Anderson (Jethro Tull), Neil Diamond et surtout Ian McCulloch (Echo & The Bunnymen). C’est bien sûr Matt qui répond à cette question. « J’en suis flatté. J’écoute la musique d’Echo & The Bunnymen tous les deux jours. Edwyn Collins ? C’est plausible. Neil Diamond ? Pas vraiment. Bah un peu quand même. Et puis, ça fera plaisir à mes parents… » (rires)

Vous vivez tous aujourd’hui dans différentes villes, au Canada. Et dans votre pays, les distances sont quand même longues entre elles. Alors comment faire pour organiser les répétitions ? « On se réunit à un endroit intermédiaire. Donc pas où on vit. Avant d’entamer cette tournée, on s’était fixés rendez-vous dans un bled, en Colombie Britannique, où un de nos amis possède une petite église qu’il a transformée en maison ; et on y a vécu pendant de longues semaines. Ce n’est pas loin de Victoria. On a eu beaucoup de boulot, car de nombreux intervenants ont participé aux sessions. Mais tout s’est bien déroulé. Puis on a étudié le minimum de compos à assimiler que l’on s’est mis à répéter. En fait pour traverser le Canada de part en part, il ne faut que 5 heures d’avion (?!?!?). Pour nous cet endroit est intéressant, car on peut s’y retrouver pendant une semaine avant de partir en tournée. Pour l’enregistrement du prochain album, on n’a pas encore déterminé où sera notre point de chute. Peut-être retournera-t-on au même endroit. En fait quand on travaille, on emporte le minimum de matos nécessaire. Et puis auparavant, on peut aussi bosser chacun de notre côté. Bricoler sur un clavier. Mike et moi, par exemple, on se charge de la section rythmique sur le deuxième morceau. Et les autres, sur un autre titre. On aime beaucoup expérimenter pour voir où la chanson va aboutir. Le processus est différent entre répéter avant un concert et répéter avant d’attaquer les sessions d’enregistrement. Pour l’album ‘Viet Cong’ et celui-ci, on a d’abord rôdé le répertoire en ‘live’. On s’est ainsi cumulé plus de 50 shows ! »

Depuis quelques années, la scène canadienne est en pleine ébullition. D’abord celle de Toronto, d’où ont émergé des groupes comme Broken Social Scene, New Pornographers, Feist, Metric, et puis de Quebec, avec notamment Godspeed You ! Black Emperor et Arcade Fire. Si ce n’est pas nécessairement une source d’inspiration, c’est certainement une source de motivation. « Parfois. Il est toujours sympa de voir des gens de son pays qui réussissent. Et de constater que de la bonne musique est appréciée par des gens à travers le monde. On n’écoute pourtant pas nécessairement d’autres groupes. Mais la scène canadienne est tellement petite que tout le monde se connaît. On ne considère donc pas cette situation comme une source de rivalité… »

Alors quelles seront les futures préoccupations du groupe ? « Simplement continuer de faire ce qu’on fait. On n’a rien changé d’autre que le nom. Et puis se produire en concert et enregistrer un autre album. »

Album « Preoccupations », sortie ce 16 septembre 2016.

(Merci à Vincent Devos)

Le Sportpaleis et le Botanique s’associent

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Pour exploiter au maximum le Cirque Royal de Bruxelles,  le Sportpaleis d’Anvers SA et le Botanique ont décidé de s’associer. La collaboration sera complémentaire. Le Botanique se chargera de la direction artistique afin de conserver l’aura de la salle de 2000 places. Le Sportpaleis gèrera quant à lui l’ensemble du batiment.

Le fait qu’une ASBL soutenue par une autorité francophone introduise conjointement un dossier avec une société commerciale qui déploie majoritairement ses activités en Flandre est une première dans le secteur culturel.

Le Cirque Royal a donc encore de beaux jours devant lui et ce nouveau souffle devrait permettre au public de passer de nouveaux moments inoubliables dans le centre de Bruxelles.

Contest AMF Metal Fest 3 : samedi 10 septembre

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L'AFM Metal est un festival organisé par Aubry Legrain, le programmateur métal du Salon de Silly. Sa troisième édition se déroulera le 11 novembre. Pour la circonstance, deux podiums seront disponibles. L’affiche est presque complète. Il n’y manque que le vainqueur du Contest qui se déroule ce samedi 10 septembre. Six candidats ont été retenus. Chacun d’entre eux dispose d’un set de 20 minutes pour convaincre. Et le changement de matos ne doit durer qu’un quart d’heure. C'est un peu serré, mais les formations vont scrupuleusement respecter le timing. L’ordre de passage est tiré au sort. Et le vainqueur sera choisi à l’issue d’un vote hybride entre un jury composé de spécialistes et le public. C’est cependant ce dernier qui aura le dernier mot. En outre, la soirée sera ponctuée par les prestations de Shot In The Head et Liquid Stone'Z.

Issu de Libramont, Disorder Is Better entame les hostilités. Petit problème technique causé par la basse. Il est rapidement résolu. Le changement d’instrument s’impose. Le chanteur possède une très forte personnalité et sait ce qu'il veut. Et il va le démontrer tout au long du set. Il est partout : aussi bien sur les planches que dans la fosse. Ce qui attire la sympathie de l’auditoire. Le combo pratique un hardcore teinté de Death metal. Plutôt burné, brut de décoffrage et bien vitaminé, aussi. Pas mal du tout !

Krig embraie. Il vient de publier un Ep 3 titres, intitulé « Rites ». Ses musicos sont issus de la région de Soignies et de La Louvière. Grimés et déguisés, ils soignent leur mise en scène et le décor. Un peu comme le band norvégien, Dimmu Burgir. D’ailleurs la musique baigne également dans le Death et le Grind metal. Mais Krig a, en outre, recours aux percussions, des percus étranges, tribales et même parfois psychédéliques. Bref, tout est mis en œuvre pour entretenir le mystère. Le concert s’ouvre par « Holy Sky Burial », un morceau de plus de 10 minutes. Particulièrement violents, les morceaux semblent se complaire dans un climat satanique digne du combo polonais Behemoth. Le chanteur et le gratteur font exploser leurs cordes vocales… Et la suite va se révéler aussi féroce. Votre serviteur est conquis.

Don't Mess With The Big Bear nous vient de Cambrai, en France. Encore un quartet au sein duquel, le guitariste et le bassiste tirent parfaitement leur épingle du jeu. Le drummer affiche aussi une jolie technique. Tel un kangourou, le chanteur bondit sur l’estrade. Mais sa voix ne colle pas au style musical proposé. La formation a certainement du talent et compte déjà quelques concerts à son actif, mais il y a encore du pain sur la planche…

Ocean Encouters est un quintet tournaisien. Mais ce soir, ils ne sont que quatre sur l’estrade. Le chanteur est absent. Et c’est le bassiste au style nerveux et saccadé qui va le remplacer au pied levé. Les deux gratteurs sont complémentaires et affichent une belle maîtrise de leurs instruments. Les cordes claquent littéralement. Et la section rythmique est particulièrement efficace. Mais oui, il manque une voix pour faire la différence. Le substitut fait ce qu’il peut, mais il ne dispose pas des capacités vocales du titulaire. A revoir au grand complet !

Misery est originaire de Lille. Quelques heures avant le festival, ses membres ont rencontré l’ingé-son qui va se consacrer à leur mixing. Un défi ! Mais réussi, on vous le confirme. Ils sont pros et jouissent tous d’une technique irréprochable. Faut dire qu’ils ont déjà bien usé les planches de nombreuses salles. Et puis, il vient de graver un Ep 5 titres, « We Will Be Brave ». La sortie d’un premier elpee est, en outre, prévue pour la fin 2016. Ceux qui apprécient Slipknot ont certainement été bluffés. A cause des masques, des salopettes et de l'eau dans les caves... Et puis de la musique. Dévastatrice. Désarçonnante ! Faut dire que les deux gratteurs et le vocaliste renversent tout sur leur passage…

Stand For clôt le concours. Le chanteur ne se prend pas le chou. Avant de monter sur l’estrade, il paraît un peu timide, réservé ; mais dès qu’il y grimpe, il se transforme en véritable bête de scène. Sa voix est mélodieuse. Les membres du combo sont jeunes. Et ils ont rameuté leurs fans qui se sont déplacés en grand nombre. L’expression sonore est puissante, mais précise et harmonieuse. Un peu dans l’esprit d’Iron Maiden. La set list est bien équilibrée. Bref, vu le contexte et l’appui des nombreux aficionados, il fallait s’attendre à ce que la formation décroche la timbale.

Un petit mot pour Fabrice, l'ingé-son du Salon. Non seulement, il dansait derrière les manettes, mais il s’est à nouveau révélé irréprochable dans son rôle.   

Mais la soirée n’est pas terminée, puisque Shot In The Head et Liquid Stone'Z sont encore au programme. Comme guests ! The Butcher's Rodéo sera tête d’affiche lors de la finale prévue ce 11 novembre, qui se déroulera toujours au Salon de Silly. Et c’est donc Stand For qui ouvrira le bal…

(Organisation : Le Salon de Silly + Aubry Legrain)

Disorder Is Better + Krig + Don'T Mess With The Big Bear + Ocean Encouters + Misery + Stand For

Sam Beam & Jesca Hoop

De l’émotion, de l’intensité et du voyage

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Il s’agit du concert de la rentrée au Botanique ; et il amorce une longue saison qui s’achèvera peu de temps après les Nuits 2017. Pour accueillir Sam Beam, Jesca Hoop et en supporting act, Erika Wennerstrom, il y a tout au plus 300 âmes dans la salle...

L'association entre Sam Beam et Jesca Hoop n'est pas neuve. Non seulement Jesca a déjà assuré les premières parties d'Iron & Wine, dont Sam est le leader, mais les deux comparses (NDR : ce sont des amis, pas un couple) ont enregistré ensemble « Love Letter For Fire », un elpee paru chez Sub Pop en avril dernier.

Erika Wennerstrom est originaire de Dayton, en Ohio. Outre sa carrière solo, elle milite au sein de Heartless Bastards, un combo qui pratique du rock/garage. Ce soir elle est seule, armée d’une gratte semi-acoustique. Pendant une demi-heure, elle va nous proposer un cocktail de rock, de folk et de country. Et elle donne tout ce qu’elle a dans les tripes. D’ailleurs, elle injecte tellement d’émotion dans ses chansons, que lors d’une d’entre elles, elle ne parvient pas à la terminer. Et elle a beau remettre le couvert, elle a manifestement un blocage. Bien que timide, l’artiste possède un joli timbre de voix. Et une douce mélancolie émane de ses compositions, des compos très susceptibles de nous entraîner à travers grandes plaines de l'Ouest…

Le décor est sobre. Sur l’estrade on remarque la présence de deux grattes semi-acoustiques et de deux électriques. Les premières sont destinées à Sam. Les secondes à Jesca. Pieds nus, cette dernière est vêtue d’une longue robe jaune. Dès les premiers accords, on se rend compte que les deux musicos sont très complices. D’abord attentif et recueilli, le public va finir par se montrer enthousiaste. Faut dire que Sam ne manque pas d’humour. Et entre chaque chanson, il ne s’en prive pas, déclenchant parfois l’hilarité générale.

Dépouillées, les compos puisent bien sûr dans le denier opus du duo, mais également au sein du répertoire d’Iron & Wine et de Jesca. Mais c’est la conjugaison des harmonies vocales qui fait vraiment la différence. Car elles sont tellement empreintes de douceur. Parfois, elles me font même penser à Simon & Garfunkel. Et dans ce registre, « Bright Lights And Goodbyes » constitue un des sommets du concert. Il n’y manque qu’un orchestre philharmonique. Une reprise des Bee Gees : « Islands In The Sream ». Fallait oser, quand même. Les étoiles descendent du plafond et le light show vous illumine de mille feux. Et lorsque le train est sur les rails, on se laisse alors bercer par le roulis des compos folk, country et americana.

En rappel, Sam Beam and Jesca Hoop vont nous réserver une curieuse cover du « Love Is A Stranger » d’Eurythmics. Bref, à l’issue d’un spectacle de 90 minutes, on peut affirmer que le public était conquis. De l’émotion, de l’intensité et du voyage, c’est tout ce qu’il demandait et qu’il a obtenu...   

(Organisation : le Botanique)

UnderViewer

Le passé recomposé de Front 242…

UnderViewer est né en 1979 ; un duo fondé par Patrick Codenys et Jean-Luc De Meyer avant qu'ils ne rejoignent Front 242. Au cours de son existence éphémère, il n'avait publié aucun single ou album sous ce patronyme. Seuls quelques titres avaient été ajoutés, sous la forme de ‘bonus tracks’, sur la réédition 2004 de « Geography » et une compilation éditée par Alpha Matrix.

Aujourd'hui, 35 ans plus tard, le tandem a retravaillé les morceaux de l'époque ; et en profitant des moyens de production modernes, il a décidé de sortir un elpee. Intitulé « Wonders & Monsters », c’est une réussite totale. Sa synth-pop minimaliste bénéficie d'un son ample et puissant, dans le respect de l'esprit expérimental des compositions originales.

Au sein d’une taverne bruxelloise et, autour d'une bonne bière blanche, nous avons abordé de nombreux sujets, et tout particulièrement ceux relatifs à ce long playing, aux débuts d'UnderViewer et bien sûr à l’aventure Front 242. 

Les prémisses d'UnderViewer et de Front 242 remontent bien à 1979-80 ?

Patrick Codenys (PC) : Oui, c'est à cette époque qu'on a commencé à travailler ensemble, Jean-Luc et moi. Ensuite, le patron de la maison de disque New Dance, qui avait déjà produit le premier single de Front 242 (NDR : « Principles / Body To Body »), était intéressé par un single d'UnderViewer. Tout était prêt : la musique et la voix de Jean-Luc. Mais comme on n'avait pas beaucoup d'expérience, notamment dans le domaine de l’enregistrement et du mastering, on avait besoin d’aide pour les aspects techniques et professionnels. Il nous a conseillé Daniel (NDR : Bressanutti), qui s’était chargé du premier single de Front. On le connaissait déjà puisqu’on le croisait souvent dans le magasin d'instruments Hill's Music, à Bruxelles, où il travaillait. Donc, on s'est donné rendez-vous dans son petit studio et on a jeté les bases du premier disque d'UnderViewer. Parallèlement, il nous a proposé de collaborer avec lui et Dirk Bergen sur le projet Front 242 et on a enregistré « U-Men » ensemble. Quand cette compo est sortie, elle a rencontré un franc succès dans les charts alternatifs. C’est pourquoi UnderViewer est un peu passé à la trappe et on s’est concentré sur le projet Front 242.

Et donc, ce futur LP d'UnderViewer réunit des chansons qui datent de cette époque-là ?

Jean-Luc De Meyer (JL DM) : Oui. Tout a été conçu dans l'esprit de l'époque. En se servant des mêmes instruments mais aussi des techniques de production actuelles.

Vous avez tout recommencé ou vous avez utilisé des pistes existantes ?

JL DM : Un peu des deux. Les bandes dataient de plus de 30 ans. Certains sons ne passaient plus ; donc on a récupéré ce qui pouvait l'être et le reste, on l'a reconstitué à l'identique.

Et les voix ?

JL DM : Les voix ont été refaites sur les mélodies originales et certaines paroles ont été légèrement adaptées, mais en veillant à conserver l'esprit des compositions. On a voulu le préserver plutôt que celui de la forme ; quoique la forme ait quand même été conservée également, mais disons à 50%.
PC : A l'origine, on avait enregistré sur un 4 pistes...

Un TEAC, je crois ?

PC : Un TEAC, en effet ! On a donc transféré les pistes analogiques sur ordinateur mais on a parfois repris aussi des séquences voire même des sons individuels. Cependant, ce qui est important, c'est qu'on a gardé l’approche de travail de l'époque. On s'est volontairement limités dans le type d'instruments utilisés, dans la simplicité et aussi des difficultés rencontrées par la technologie...

Donc, pas de synchronisation automatique via MIDI ?

PC : Si, du MIDI, mais abordé dans un contexte analogique. Donc, pas d’alternative pour créer des 'gates' avec le MIDI ou de travailler trop sur les vélocités : une technologie très 'basique'.

La plage titulaire de l'album, « Wonders and Monsters » avait déjà été publiée en 2004, sur la compilation « Re:Connected [1.0] » d'Alfa-Matrix ; ce qui nous permet de faire la comparaison et on constate que le son de la nouvelle version est beaucoup plus ample, plus puissant, plus clair. On relève aussi une autre différence, l'introduction est ‘ambient’, et elle ne figurait pas sur la mouture originale ?

PC : En effet. A l'époque, on expérimentait pas mal. J'étais un grand fan de Brian Eno et du krautrock allemand, dont la discographie ambient est considérable. Et vu la complexité des séquenceurs et des machines, ce n'était pas toujours facile de créer un morceau sous un format ‘song’, ‘chanson’, si tu préfères. On se basait plutôt sur des titres de 8 à 10 minutes. Donc, il existe une douzaine de tracks d'UnderViewer qui sont purement ‘ambient’. Ils n'ont pas été intégrés à l'album pour des raisons évidentes de place et de concept ; et donc, cette intro est une sorte de 'reliquat' de ces séquences ambient.

Sur l'opus, on retrouve d'autres pistes déjà publiées auparavant : celles parues en ‘bonus tracks’ sur la réédition 2004 de « Geography » : « Syncussion », « I Remember », « Trouble ». Par contre, les autres sont donc à ce jour complètement inédites ?

JL DM : En effet.

Ils n'étaient même pas parus sur cassette ?

JL DM : Non. Certaines ne sont que des ébauches tentées à l'époque et ont été finalisées plus récemment.

Par exemple : « Atomic Tears » ?

JL DM : C'est un morceau qui existait sur le plan musical. On a juste changé le titre et certaines mélodies vocales.

Ce qui permet d’embrayer sur la thématique des textes. On retrouve ici les univers ‘dystopiens’ très 'science fiction' et le côté sociologique qui sont, à mon humble avis, la marque de fabrique de Jean-Luc.

JL DM : Sauf qu'ici, le champ des thèmes est plus large. Sans limite, sans particularité. Comme c'est le début de nos productions, l’inspiration est bouillonnante, il n'y a pas de censure, pas de restrictions, c'est ce qui fait le charme de ce projet.

Cette recherche correspond à son patronyme : ‘UnderViewer’...

JL DM : Oui, un ‘Underviewer’ est un inspecteur des mines, quelqu'un qui va fouiller dans l' ‘underground’, dans le sous-sol, avec curiosité et intérêt. C'est une bonne définition de notre démarche artistique, je pense.
PC : Quand on s’intéresse aux parties vocales, il faut remettre le sujet dans le contexte de l’époque. Les contraintes étaient autrement présentes, car la musique était plus rigide. Donc, il a fallu que Jean-Luc invente un ‘genre’, un ‘style’ vocal nouveau, qu'il a ensuite réutilisé chez Front 242. En 1980, dénicher un chanteur qui parvenait à chanter sur de la musique électronique aussi 'basique', avec des 'white noises' et une musicalité somme toute assez limitée, était un fameux challenge ; et dans cet exercice, Jean-Luc a toujours été très fort.

En 1979-80, quelles étaient vos principales influences ? Kraftwerk, OMD, ... ?

PC : Perso, j'ai voulu jouer du synthé à cause de la musique industrielle ; et tout particulièrement celles de Throbbing Gristle, Cabaret Voltaire et ce genre de groupes. Des artistes qui n'avaient pas besoin d'être musiciens pour se lancer dans l'aventure. J'étais aussi grand fan du krautrock, de Kraftwerk, bien sûr, mais aussi de Human League, OMD, The Normal… Il y avait quelques singles ‘électro’. Brian Eno aussi, surtout pour le côté 'concept album' ; l'idée d'élaborer des disques à l’équilibre bien étudié. Mais comme la technologie était très ardue, les premiers synthés étaient loin d’être de la rigolade, il fallait qu'on trouve notre chemin, notre propre style.

Et Jean-Luc, de ton côté ?

JL DM : Un peu la même chose : tout ce qui venait d'Allemagne. Et parallèlement, les groupes punk, surtout pour leur énergie et la froideur. Wire, par exemple...

Joy Division aussi je suppose ? D’ailleurs, un morceau comme « Trouble » baigne au sein d’une ambiance Factory, une atmosphère très « Atmosphere »... (rires)

PC : C'est bien vu, c'est bien entendu...

Il évolue sur un rythme lent. Il a ce côté solennel, dépouillé… et puis les accords...

PC : Il est impossible de ne pas évoquer l'époque du Plan K. J'y ai vu Joy Division et Cabaret Voltaire et...

Avec Willian Burroughs qui faisait une lecture au premier étage !

PC : Oui ! C'est le genre de soirées qui changent une vie. Et il faut reconnaître que le son Factory était un son fascinant.

Pour en revenir aux débuts de Front 242, comment décririez vous la contribution que vous avez apportée tous les deux en rejoignant le projet ?

PC : D'abord un peu plus de recherche sonore et la construction de titres au format ‘song’, ‘chanson’. Si on écoute bien « Body To Body », c'est assez D.A.F., avec batteries et ‘bass lines’. Quand on est arrivés, on a amené d'abord des sons expérimentaux, un peu bizarres mais aussi la faculté de créer des chansons, non seulement grâce aux compositions vocales de Jean-Luc mais également aux structures que je pouvais mettre en place.

Pour les sons, tu penses surtout aux sons industriels ?

PC : Oui, les 'white noises', ce genre de sonorités. Je n'étais pas du tout musicien donc j'amenais parfois des tonalités qui ne correspondaient pas à la gamme des notes dites 'classiques' ; mais ce côté dissonant, 'out of tune', communiquait une couleur particulière aux morceaux.
JL DM : Pour la partie vocale, Daniel nous a invités à écouter sa demo de « U-Men » et le chant est venu très rapidement. Je me suis dit que c'était chouette d'avoir ainsi quelque chose qui procure des idées. Avec moi, soit c'est très rapide ou alors il n'y a rien qui vient. Il y a des morceaux sur lesquels je travaille depuis 10 ans et il n'y aura jamais rien qui se concrétisera... (rires)
PC : La force de Daniel, c'est qu'il a joué de la batterie, donc il combine très bien drums et ligne de basse. Il nous avait confié, à l'époque : ‘Je cherche des gens avec qui je peux collaborer pour aller plus loin et construire des chansons’. Parce que tu ne peux pas refaire 20 fois « Body To Body » pour réaliser un album. C'est alors qu’on a tous participé à l’accouchement de « Geography », qui est devenu le véritable point de départ.

Et si on devait choisir un titre de Front 242, un titre qui serait un peu comme une petite pépite oubliée, un morceau que personne ne joue, ce serait quoi ?

PC : J'ai toujours bien aimé « Sample D. », un instrumental qui figurait sur « Endless Riddance », le 12 pouces sur lequel il y a aussi « Take One ».
JL DM : Perso, ce serait aussi un instrumental : « Geography II », un morceau très simple et très puissant. Et pourtant, il est né d’une erreur de programmation. Ce qui arrive parfois. Et on en a conclu : ‘C'est chouette ça : on le garde !’
PC : Mais aussi « Kampfbereit », un titre du répertoire d'UnderViewer qui a été crédité Front 242 sur « Geography ». Il fait bien le lien entre les deux projets.

A l'époque, le terme ‘Electronic Body Music’ a été créé par Front 242 mais d'autres acteurs l'ont également revendiqué.

JL DM : Nous on ne revendique rien, mais je pense qu'on est les premiers à l'avoir utilisé, sur l'album « No Comment », en 1983. Si d'autres ont des arguments, ils peuvent les apporter. Comme historien de formation, il me faut des preuves ! (rires)
PC : Sur Wikipedia, on raconte que Kraftwerk a cité le terme dans une interview...

D.A.F. également. Ils utilisaient le terme ‘Körper Musik’ mais il manque le mot ‘Electronic’.

PC : Nous en tout cas, on a choisi l'étiquette EBM parce tout et n'importe quoi était utilisé pour décrire notre musique. Certains avançait même : ‘C'est entre Tina Turner et Throbbing Gristle…’ (rires)  C'était trop vague, on a voulu clarifier la situation, et on a donc trouvé ce 'label' EBM.

On parlait auparavant des sons et des synthés ; j'ai lu que toi, Patrick, tu avais acheté un synthé Emulator grâce à la loterie ?

PC : Oui, en fait, c'est mon père qui avait gagné un certain montant à la loterie ; et il a proposé de m'offrir une voiture. Je me souviens que je me baladais dans le centre de Bruxelles et j'ai regardé toutes celles alignées dans la rue ; et j’en ai conclu : ‘Si j'achète une voiture, je serai comme tout le monde’. Donc, j'ai émis une autre contre-proposition : ‘Je veux un synthé’.

Il était à quel prix, l'Emulator II ? J'ai acheté un Emax et il coûtait 150 000 FB (NDR : 3 750 EUR).

PC : L'Emulator II valait 250 000 FB (NDR : 6 250 EUR), le prix d'une voiture ! Et ce qui est intéressant, c'est de voir que chaque album de Front 242 possède une marque de fabrique liée au type de synthés et de technologie utilisés. « Geography » et « No Comment », par exemple, sont orientés analogique ; « Official Version » correspond aux débuts du sampling ; sur « Front By Front », c'est de l'algorithmique, basé sur le DX7 de Yamaha ; ensuite, il y a eu du digital, du virtual acoustic. Très souvent, les instruments dictaient un peu la sonorité d'un album et la manière de travailler.

Il y a aussi l'épisode Ministry et la tournée aux Etats-Unis. J'ai lu que Ministry aurait changé de style à cause de ou grâce à Front 242 ?

PC : Je crois que c'est certainement vrai. Quand on a commencé la tournée, il proposait de la pop. Tous les soirs, Al Jourgensen assistait à nos premières parties, sur le côté de la scène. Résultat : il a voulu durcir sa musique et donc, quand il remontait sur scène, il demandait à ses musiciens de jouer plus 'hard', en utilisant de la distorsion. Et au fil du temps, le son de Ministry se rapprochait de plus en plus de celui de 'Front'. Ensuite, quand « Twitch » est paru, il a embrayé sur un son carrément 'dark'.

Pour clore l'interview, impossible de ne pas poser la sempiternelle question sur les futures productions de Front 242. J'ai cru comprendre que vous vous concentriez sur les concerts et qu'il n'y aura plus de nouvelles productions studio?

PC : Je crois qu'on ne fera plus de morceaux de musique ensemble. On s'entend toujours très bien mais les goûts ont évolué. Le seul intérêt serait de refaire de la musique 'vintage', comme à l'époque, parce que c'est ce que le public demande. Ils ne souhaitent pas un nouveau « Pulse » ou une autre direction. Ce serait une manière de boucler la boucle. Mais, à ce stade, je ne crois pas à un tel dénouement…
JL DM : Tout à fait d'accord : ça ne se fera pas.

Ce qui est clair...

Pour écouter l'intégralité de l'interview en version audio, écoutez l'émission de radio WAVES sur mixcloud, c'est ici  

Pour commander « Wonders & Monsters », le nouvel album d'UnderViewer, rendez-vous sur le site d'Alpha Matrix : www.alfa-matrix-store.com

Tracklist :

1 - Was soll ich tun
2 - A Minor Detail

3 - Litany
4 - Nobody but you
5 - I am the rain
6 - Trouble*
7 - Wonders & Monsters°
8 - What do you see
9 - Gone
10 - Atomic Tears
11 - Syncussion*
12 - I Remember*

13 - A September Morning
14 - These Days

* Déjà paru sur la réédition 2004 de « Geography »
° Déjà paru sur la compilation « Re:Connected [1.0] »

Un grand merci à Patrick Codenys, Jean-Luc De Meyer et Alfa Matrix.

 

 

François Damiens au chevet de la leucémie.

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La première soirée ‘100 % for Research’, au profit du ‘Fonds Ariane’, se déroulera le 27 octobre en la salle de La Madeleine, à Bruxelles.

Les bénéfices de cette soirée seront intégralement reversés à cette association qui finance la recherche contre la leucémie.

En février 2015, on diagnostiquait à Janet Mathonet une leucémie. Elle envisageait déjà le pire et comprenait, qu’en effet, cette situation, quoique dramatique, n’arrivait pas qu’aux autres… Un traitement ‘miracle’ lui est administré. Ce traitement est le fruit de la recherche scientifique, menée dans l’ombre depuis plusieurs années grâce aux dons.

Grâce à la science, Janet est sauvée. Et puis ? Que faire ? Tourner la page ? Impossible. Elle veut rendre à la science ce qu’elle lui doit et permettre à d’autres de recouvrer la santé.

C’est ainsi que naît l’idée d’une soirée/concert caritatif au profit du Fonds Ariane. Un projet soutenu et rendu possible grâce à l’investissement d’anonymes et d’artistes exceptionnels.

Puggy, Les Innocents, La Grande Sophie, Saule, Nicola Testa, Cocoon, Nicolas Michaux, Mustii, Hollywood Porn Stars et d’autres rendront cet événement unique !

François Damiens, parrain de la soirée, sera bien sûr de la partie. Virginie Efira, la Marraine du Fonds Ariane, illuminera également la soirée de sa présence.

Mais attention, il s'agira d'être rapide. La capacité de La Madeleine est limitée! Les ‘happy fews’ qui souhaitent assister à cette soirée unique devront se dépêcher pour se procurer leur place!

L'annonce de François Damiens, c'est par ici 

Soirée 100% Sounds for Research - le jeudi 27 octobre à La Madeleine (rue Duquesnoy 14 – 1000 Bruxelles). Tickets 30€ en vente dès maintenant. Formule VIP avec walking dinner, accès à l'espace VIP : 175€ - . Infos et tickets : www.concertcentpourcent.be

Les personnes qui le désirent peuvent participer à la Tombola dont tous les lots sont gagnants ; ils pourront, en outre, tenter de remporter l'un des tickets duo aller/retour pour une destination européenne, des machines à café, des tickets de concerts, etc.

http://www.concertcentpourcent.be/blank-4

http://www.concertcentpourcent.be/blank-2

http://www.fondsariane.be/

 

Nap Eyes

Thought rock fish scale

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Quatuor canadien (NDR: issu de Halifax, en Nouvelle Ecosse, très exactement), Nap Eyes nous propose son second elpee. Intitulé « Thought rock fish scale », il fait suite à « Whine Of Mystics », paru l’an dernier. Un disque enregistré sur un 4 pistes, sans le moindre overdub.

La voix de Nigel Chapman est plutôt grave et rassurante. S’il emprunte les inflexions à Jonathan Richman, son timbre rappelle plutôt Calvin Johnson. Plaqués ou surf, les accords de gratte sont dispensés comme de frugales méditations. Les compos sont le plus souvent imprimées sur un tempo laid back. Les percus sont austères, mais les mélodies, soignées. Bénéficiant d’une excellente trame narrative, focalisée sur les questions existentielles du leader (NDR : il est tour à tour rongé par ses doutes, ses angoisses et ses frustrations, la solitude, et surtout, par le temps qui passe), les morceaux évoluent dans un climat mêlant lo fi, rock slacker et indie folk, des chansons à la fois simples et rafraîchissantes qui naviguent à la croisée des chemins de Bedhead, The Go-Betweens, Luna et Modern Lovers…

 

Mass Hysteria

Le Trianon (cd + dvd)

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Suivant la grande tradition ‘ironmaidienne’ (parmi d’autres), Mass Hysteria revient neuf mois après avoir publié « Matière Noire », pour en proposer une mouture live, captée au Trianon, à Paris, le 11 mars 2016. La formation française fait rarement les choses à moitié ; aussi elle nous réserve deux versions : une en compact disc, reproduisant l’intégralité des titres de son dernier album, mais en live, l’autre en dvd, réunissant non seulement les plages de la version du cd, mais également de la seconde partie du show, au cours duquel les artistes sont allés piocher au sein d’un répertoire de vingt-trois années de carrière. 

Afin d’obtenir un aperçu complet de la prestation, c’est la version dvd qui a été choisie. Nous sommes à Paris, 18ème arrondissement, au pied de Montmartre. Le décor du Trianon est digne d’un théâtre à l’italienne. Un épais rideau rouge s’ouvre et laisse apparaître une baignoire dans laquelle se tient droite, immobile, l’égérie dénudée de la cover du dernier album, entièrement recouverte de cette fameuse matière noire goudronneuse. Ne sachant dissimuler un léger tremblement, elle agite ses bras comme pour accomplir une danse aussi énigmatique qu’intrigante, nourrie par les acclamations de la foule. Les premiers riffs de « Chiens de la casse » retentissent, la tension atteint son climax, le point de rupture cède et la foule s’embrase. Rapha martèle ses fûts comme un sourd. Yann, casquette et capuche vissées sur la tête, tient à la main une guitare noire frappée d’un autocollant ‘Straight Edge’. Fred, l’autre gratteur, se distingue par ses dreadlocks voltigeant dans les airs. A deux, ils libèrent des salves de riffs ravageurs. Cette soirée est également l’occasion pour Thomas, leur nouveau bassiste, d’apparaître pour la première fois officiellement sur un live officiel du groupe. ‘Les furieux, les furieuses’, lance en guise d’accueil Mouss, à la voix malheureusement pas au top de sa forme en ce début de prestation.

Les titres de « Matière Noire » s’enchaînent, entrecoupés des désormais devenus classiques coups de gueule du vocaliste, critiquant tantôt les responsables du concours des Victoires de la Musique (‘Ce ne sont pas des innocents’), tantôt la classe politique (‘Valls, Macron et leurs lois liberticides’) ou encore, à la fin du titre « Matière Noire », l’univers de la publicité ; et il en prend pour son grade (‘Merde, j’ai cité une marque, je vais devoir en citer trois autres… je m’en fous, qu’ils aillent tous se faire enculer !’). La capitale française est encore profondément marquée par les attentats meurtriers du 13 novembre 2015 ; aussi une émotion particulièrement palpable s’empare de la foule dès les premiers accords de « L’enfer des Dieux », précédé d’une minute de vacarme pour toutes les victimes de cette soirée sanglante. ‘Que ce bruit puisse résonner jusqu’à Daesh et ailleurs. Nous dédions ce morceau à Kevin, Math, Thomas, Lionel, à tous ceux qui ont vécu, à tous ceux qui sont restés’. Ce show, c’est également l’occasion d’inviter sur l’estrade le producteur hip-hop Marc Animalsons, pour le coup armé d’une guitare. ‘C’est lui qui a composé « Plus que du Metal » et qui a fait l’intro du concert, applaudissez-le !’ « Mère d’Iroise », chanson dédiée à toutes les mamans, dont celle de Mouss, disparue il y a peu, clôt cette première partie de prestation. En adoptant un virage plus sombre et plus hard depuis l’album « Failles », et en choisissant le décor de ce théâtre pour son architecture atypique, Mass Hysteria a réussi le pari de recouvrir « Matière Noire », grâce à son interprétation en live, d’une nouvelle couche dramatique et obscure. Une ambiance lourde, profonde et, de temps à autre, il faut le reconnaître, spirituelle.

Le quintet quitte la scène, la laissant baigner dans un flot de lumière rouge. Raphaël finit par revenir derrière son kit de batterie, entraînant avec lui les autres artistes, mais également les percussions rythmiques du morceau « Contraddiction ». La noirceur est laissée en backstage, place à présent à la fête entre amis. ‘T’es sûr ? On n’avait pas dit qu’on ne pourrait pas le faire ? Ok, comme tu veux, mais la sécurité va gueuler…’, lance Mouss à son guitariste, Yann. Ni une, ni deux, hormis Thomas et Raphaël, les musicos se jettent dans la fosse. Les mines des agents de sécurité s’allongent. Crispés, certains tentent de protéger les artistes pendant que ces derniers exécutent « P4 », entourés d’une horde de fans qui brûlent ce qu’il leur reste d’énergie dans un circle-pit endiablé.

Une fête avec leurs fans, mais également accompagnés des amis du groupe. C’est ainsi que Stéphane Buriez de Loudblast, les rejoint pour « World on Fire », insufflant à ce morceau, pour l’occasion, une dose de testostérone non négligeable. Ou encore Reuno de Lofofora  (‘Un grand Monsieur de la scène vénère française !’). Il vient pousser la chansonnette sur « Donnez-vous la peine ». Mais Mass Hysteria, c’est également une grande famille. Vêtu d’un pull Thrasher, Nicolas Sarrouy, guitariste de 2007 à 2014, grimpe sur l’estrade et interprète « l’Archipel des Pensées » ; ce qui lui vaut un tonnerre d’applaudissement d’une foule visiblement heureuse de revoir sur pied l’artiste, victime l’année passée d’un grave accident. Dans la série des retrouvailles, Vince Mercier, prédécesseur de Thomas à la basse, vient interpréter « Knowledge is Power » en compagnie des Furieux. ‘Allez, amenez-lui son micro qu’il puisse chanter avec nous’, lance Mouss à la régie. Quelques instants plus tard, c’est à la famille dans son sens le plus fondamental du terme que le groupe fait référence, en invitant les enfants et les proches des artistes à les rejoindre sur « Respect on the Dancefloor ». Yann finit par se planter au milieu du podium et demande à la fosse de se séparer en deux afin d’honorer comme il se doit leur classique morceau de clôture, « Furia ». La tension atteint son apogée et les confettis de couleur volent dans les airs ; ce qui clôt cet énorme concert sous un mix apocalyptique de grattes et de batterie.

Mass Hysteria est un groupe taillé pour la scène. Si vous n’avez jamais assisté à un set du combo français, ce dvd devrait vous persuader de vous y rendre à la prochaine occasion qui se présente. Toutes celles et ceux qui ont apprécié la version studio de « Matière Noire » ne pourront qu’apprécier l’énergie et la puissance dispensée en live. Un bémol cependant : la seconde partie du show aurait également pu figurer en version cd, histoire de pouvoir revivre ce moment festif ailleurs que devant son écran de télévision !