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Ardentes 2015 : samedi 11 juillet

Pas évident de dénicher un emplacement pour poser sa tente quand on arrive deux jours après le début des hostilités. Il faut avouer que le camping ainsi que le site du festival commencent à devenir un peu exigus. D’où le changement de lieu prévu pour l’an prochain. La rançon du succès, à n’en point douter… (A.M.)
Ainsi, pendant que l’un de vos serviteurs du jour rencontre ces menus problèmes d’organisation, le second, quant à lui, en pur autochtone, a déjà pu poser son séant dans la poussière aride d’une plaine baignée par la chaleur. (A.S.)

C’est donc sous cette chape lourde et lumineuse que Gaz Coombes emmène sa troupe sur la scène principale sur le coup de quatorze heures quarante pétantes (de chaud).

L’ex-Supergrass, responsable d’un superbe opus sorti récemment (« Matador »), démontre immédiatement tout le potentiel de son nouvel essai perso.

Chapeau de feutre enfoncé sur le crâne (une mode chez les anciens fleurons des années 90 ???), le sympathique Britannique enchaîne, avec un certain entrain, les moments de grâce de sa discographie solo.

Une discographie n’ayant du reste rien à envier à son groupe de jeunesse.

Ici, on sent immédiatement la maturité et l’expérience, non seulement de Gareth (c’est son vrai prénom), mais des autres membres, d’une impressionnante précision confinant à l’aisance maîtrisée.

Pas étonnant au vu de leur pedigree puisqu’on épinglera la présence de Loz Colbert, batteur de Ride. Rien que ça !

Derrière sa guitare ou aux claviers, Gaz nous comble et récolte un franc petit succès, au vu de l’heure précoce de ce passage sur la Main Stage.

Pendant que notre rédacteur/campeur installe sa toile, Bed Rugs distille son Rock résolument carré mais pas dénué d’intérêt.

Bercée par les sonorités Psyché et embrumée par les fumées acides, cette formation anversoise est responsable de compositions riches, brillamment interprétées, rappelant parfois Temples (NDR : à l’affiche hier) ou encore Tame Impala.

Une belle découverte qu’on aura certainement l’occasion de sonder attentivement dans un futur proche.

Après une installation un peu plus longue que prévue, notre deuxième correspondant prend la direction du site.

Great Mountain Fire sera sa première rencontre en bord de Meuse.

Venu défendre son nouvel elpee intitulé « Sundogs », le band bruxellois nous réserve un set groovy, sous un soleil éclatant et une chaleur étouffante.

Leurs morceaux s’appuient régulièrement sur de petits riffs de guitares, rappelant même le groupe britannique Foals.

Les nouvelles compositions comme « Lapis Lazuli » et « 5- Step Fever » s’intègrent parfaitement à la set list. Le tout est très sexy. Il s’agit du mot parfait, bien que simpliste, pour décrire leur musique. Des chansons pour l’été, sans aucun doute…

Virage à 360 degrés pour la suite. Rendez-vous sous le toit de la ‘HF6’ pour suivre le show de James Vincent McMorrow. Point de soleil ici mais des compositions épiques et glaciales. L’ambiance redescend d’un cran, il faut bien l’avouer. Car malgré tout le talent de songwriting du jeune trentenaire, les morceaux s’éternisent un peu trop avant de prendre leur envol alors qu’une majeure partie du public souhaiterait davantage de folie. Les fans ont néanmoins dû apprécier le respect de la ligne de conduite de l’Irlandais, mais manifestement, ce type de spectacle n’est pas adapté à ce genre de festival.

Quelques mètres plus loin, dans l’intimité de l’‘Aquarium’, un groupe performe à domicile. Roscoe vient également défendre un nouvel elpee : « Mont Royal ». Derrière leur style  discret, les cinq musiciens cachent un son dense et puissant, totalement adapté a l’endroit. Ravis de revenir là où tout a commencé pour eux en festival (il y a cinq ans déjà…), ils offrent un set remarquable, entre complexité et noirceur. Le public le leur rend bien. La petite salle est bondée. Plus qu’une découverte, Roscoe semble avoir attisé la curiosité aux Ardentes. Ils auront d’ailleurs convaincu bien du monde…

À l’autre bout du site et simultanément, Benjamin Clementine, de retour aux Ardentes, se retrouve face à un dilemme cornélien.

Car programmé sur la grande scène, en milieu d’une si belle journée, comment capter l’attention d’un public plus occupé à se dorer la pilule qu’à laisser le spleen l’envahir sans pour autant trahir l’authenticité de sa musique?

Imaginant mal le pudique garçon se la jouer racoleuse, on est intrigué par la présence d’un clavier, d’une batterie ; et à l’arrivée d’un violoncelle, venu épauler le grand piano noir, sur lequel Benjamin, laisse courir sa mélancolie.

Malheureusement, la sauce ne prend pas.

Si la beauté intrinsèque des chansons de ce garçon en ayant bavé (on peut peut-être ici parler de son parcours singulier d’immigré survivant grâce à des prestations souterraines) ne sont pas à mettre en doute, elles méritent qu’on s’y attache dans la plus grande simplicité.

Ici, les autres instruments semblent vouloir prendre le pas et dévorer tout cru notre grand gaillard.

Si celui-ci ne s’en laisse pas compter, possédant un organe vocal puissant et couvrant une large gamme, capable de bousculer tout comme de caresser, on regrettera tout de même la simplicité d’une formule solo qui avait tant émerveillé lors de son premier passage en deux mille quatorze.

The Charlatans assure alors la transition dans un HF6 au son toujours plus qu’à la limite de l’audible.

Sans faire la fine oreille, c’est bien un endroit qu’on ne regrettera pas !

Les ingénieurs du son qui se succèdent ici doivent d’ailleurs certainement encore faire des cauchemars en pensant à ce hangar métallique, plusieurs semaines après y avoir ramé !

C’est peut-être une des raisons du départ raté vécu par le légendaire groupe de Tim Burgess.

La version de « Weirdo » massacrée laisse présager une catastrophe, heureusement vite écartée par la suite. Car finalement le combo de Norwich va démontrer qu’il possède encore de beaux restes.

Si la coiffure peroxydée de son leader fait sourire (Tim, n’as-tu pas une épouse pour te signaler le ridicule de cette coupe ringarde maladroitement teintée?), le son est toujours bien présent et n’a pas pris une ride (ne pas lire ‘Ride’ mais ‘ride’).

Au final, « The Only One I Know » rappelle la richesse d’une formation passée au travers de sa carrière.

Pendant que le son ‘Baggy’ s’atténue dans le vent, Charlie Winston monte sur les planches.

Vêtu tout de bordeaux, le contraste est saisissant entre cet artiste et son band, aussi bleu que le ciel.

L’effet est volontaire bien évidemment. Charlie veut sortir du lot et s’il n’y arrive pas forcément par sa musique, il a au moins le look adéquat.

Car l’Anglais est séduisant, et il le sait très bien.

On finit d’ailleurs par regarder davantage ses mimiques plutôt que d’écouter ses compositions. Le tout est bien évidemment surjoué et si l’ambiance est plutôt sympathique, les compositions ne convainquent guère, hormis le tube « Like a Hobo », indiscutablement irréprochable. Sans attendre grand-chose de Winston, on finit quand même déçu.

Et ce n’est jamais bon signe.

Il y en a qui ne déçoivent jamais et The Experimental Blues Band en a le mérite.

Le combo liégeois, rebaptisé The Belgians dans le cadre de son spectacle consacré au ‘Belgicisme’ fièrement revendiqué explose l’Aquarium dans un grand fracas de frites, de bière et de chocolat ‘made in chez nous’.

Un son gras et saturé qui grésille dans les oreilles et électrise un auditoire absolument pas effrayé par le côté pastiche clairement assumé de nos trois camarades.

Mélange pas toujours subtil de Blues cradingue mâtiné d’images sanglantes, de logorrhées caverneuses sur fond d’images d’archive et de riffs puissants arrachés à la sueur du poignet, cette combinaison, pour effrayante qu’elle soit, donne lieu à un moment d’intensité sauvage et foutrement bien exécutée.

Revisitant l’histoire récente de notre plat pays, images choc à l’appui, The Belgians Experimental Blues Band dévaste tout sur son passage, dans une apparente dérision.

Comme une giclée de bave à la commissure des lèvres d’un vieil iguane, justement de passage…

Succédant à un autre vieux de la vielle, en la personne d’un Paul Weller toujours aussi performant, l’Iggy n’est pas encore fatigué, malgré ses presque 70 balais.

Et si l’âge se lit sur son corps, car il est toujours torse nu, rien n’est visible dans son attitude.

L’énergie déployée est impressionnante.

Iggy Pop n’est pas une légende du rock pour rien.

Son fan base est d’ailleurs toujours aussi impressionnant. Sans surprise, les pogos sont légion pour le plus grand plaisir de l’artiste qui tout en s’appuyant sur ses tubes légendaires, produit un vrai one man show. On ne peut d’ailleurs pas lui en vouloir pour la vulgarité de certaines attitudes, puisqu’elles collent parfaitement à l’image du personnage.

Comme décidé à offrir au plus vite son legs, l’ex-Stooges assène d’emblée et coup sur coup « No Fun », « I Wanna Be Your Dog », « The passenger », et « Lust For Life » ; ce qui a le mérite, sinon de créer un semblant de suspense, de mettre en orbite un public en liesse.

Au final, un vrai bon moment de rock’n’roll.

C’est la folie de The Hives qui clôturera la journée pour vos deux serviteurs.

Sans être de véritables fans, loin s’en faut (leur carrière discographique ne proposant pas de hauts faits d’armes), force est de leur concéder un impressionnant potentiel scénique.

L’atmosphère qu’ils créent est complètement démente.

Pelle Almqvist, le chanteur, ressemble de plus en plus à un jeune Mick Jagger. Et son narcissisme exacerbé devient finalement très marrant, à condition de le prendre au second degré.

Il adore en tout cas communiquer avec son public et le diriger comme bon lui semble. Tout le monde semble s’amuser et « Hate to Say I Told You So », titre qui résume assez bien la philosophie du band d’ailleurs, est une finale complètement épique.

Comme quoi, il ne faut pas obligatoirement aimer un groupe pour s’éclater durant un concert.

Suite à cette débauche de plaisir jouissif, retour dans nos pénates respectifs, l’un sous la couette, l’autre sous la tente.

Au passage, les échos du passage d’une Nicki Minaj affligeante de vulgarité parviennent à nos oreilles.

Le HF6, bondé comme jamais va cependant résister à la houle d’un public, vraisemblablement attiré par les attributs fessiers d’une diva de pacotille.

Au moins, pour une fois, la sonorisation de l’endroit sera à la hauteur de l’artiste s’y produisant…

Organisation : Les Ardentes.

(Voir aussi notre section photos ici

 

Cactus 2015 : vendredi 10 juillet

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Il s’agit déjà de la 34ème édition du festival Cactus. Il se déroule bien sûr à Bruges, dans le cadre bucolique du Minnewaterpark. En attirant plus de 30 000 personnes au cours de ce week-end, les organisateurs étaient manifestement satisfaits. Le temps a été clément, très chaud même les deux premiers jours, et les rares gouttes de pluie ont finalement été rafraîchissantes. Particulièrement éclectique, l’affiche est suffisamment équilibrée pour y trouver son petit bonheur. Et puis, pas de stress, car il y a qu’un seul podium, permettant de prendre une pause entre chaque concert. Bonne initiative, lorsque vous stationnez votre véhicule à la gare de Bruges, vous pouvez y échanger votre ticket de parking, contre un définitif, au prix de 3€50. Ce qui vous permet de ne plus faire la file pendant de longues minutes devant les bornes de paiement.

En arrivant sur le site, on apprend que Jake Isaac a déclaré forfait. Suivant nos informations, il aurait pris un retard considérable sur la route, suite à de gigantesques embouteillages.

Il revient donc à Perfume Genius, aka Mike Hadreas, d’ouvrir les hostilités. Pas trop dans les cordes de votre serviteur, mais l’artiste a manifestement une belle voix. Délicate et même cristalline, qu’il souligne à l’aide de son piano/synthé– quand ce n’est pas celui de son petit ami, Alain Wijfels– dans un univers sonore hybride, peuplé de boucles, de beats et d’infrabasses, mais également alimenté par un drummer et un guitariste. Il nous propose même des versions plus expérimentales de ses compos, et tout particulièrement de son premier album, « Tremors »…

C’est lors de l’édition 2005 de ce festival, que votre serviteur avait assisté au set de Gabriel Rios, pour la première fois. Et je dois avouer que le show ne m’avait guère convaincu. Trop stéréotypé, il n’avait emballé que les mélomanes issus du Nord du pays. Depuis, le Portoricain a fait du chemin. Et puis récemment, il a eu la bonne idée de publier un single par mois, pendant un an, plages qu’il a finalement réunies sur un nouvel elpee, baptisé « The marauder’s midnight ». Il monte sur l’estrade et entame une version acoustique du « Voodoo chile » de Jimi Hendrix, tout en s’aidant d’une percu à pied. Elle est particulièrement blues et originale. Original est également le line up de son band. Qui implique, dès le deuxième titre, une violoncelliste d’origine asiatique et un contrebassiste, également préposé aux backing vocaux. Elle est assise, il reste debout. Et les deux musicos sont vraiment talentueux. La première apportant parfois une coloration asiate aux compos. Le second –grand et barbu– s’illustrant par un solo tout en dextérité, en fin de parcours. Et puis en sifflotant sur un des morceaux. Mais la singularité viendra de la participation régulière de trois cuivres, qui alternent cor de chasse, trompette avec ou sans coulisses. Et le résultat est tout à fait épatant. Il y a du swing, de la country, du blues, du r&b, de la pop, des breaks, des bruitages et le public frappe même dans les mains. En rappel, Rios revient en compagnie de son contrebassiste, pour une chanson dont la conjugaison des harmonies vocales est limpide. Avant que toute la troupe se retrouve pour interpréter la finale dans la langue de Cervantès, un peu dans l’esprit de Calexico, et sous les acclamations de la foule…

Grace Jones était manifestement une des têtes d’affiche du festival. La Jamaïquaine a fêté ses 67 printemps en mai dernier, et elle pète toujours autant la forme. Un rideau est tiré sur toute la scène, et lorsqu’il tombe, la diva apparaît perchée sur un échafaudage (NDR : dont elle va d’ailleurs chuter pendant « My Jamaican Guy »). Masquée (NDR : parfois par une effigie à la tête de mort), coiffée d’un couvre-chef à plumes (NDR : elle va en changer entre chaque morceau, tout comme de parure (NDR : encore que parfois elle est topless –peut-être même parfois nue, un peu dans l’esprit de Josephine Baker– le corps peint de motifs vaudous). Son backing group est plus discret. Il y a un guitariste, un bassiste, un drummer placé presque sous la ligne de flottaison, deux choristes en longues chasubles (l’une bleue, l’autre rouge) et également coiffées de chapeaux à plumes, un percussionniste qui se cache derrière elles, et apparemment deux autres claviéristes (piano/synthés/bidouillages) installés à chaque extrémité de l’estrade. Elle parle énormément entre les titres. Sa voix est légèrement enrouée, mais elle a toujours un corps de rêve, se contorsionnant, parfois même autour ou en grimpant sur une barre métallique verticale (NDR : pendant « Shenanigans », un athlète –également peinturluré– va même venir y faire un véritable numéro de cirque). Lorsqu’elle attaque « La Vie en rose » de Piaf, elle semble en avoir oublié les paroles et répète à l’envi le titre de la chanson, le piano se chargeant d’assumer le reste. Elle nous réserve deux covers de Roxy Music. D’abord « Love is a drug », titre au cours duquel un seul faisceau lumineux se focalise sur elle, et tout particulièrement sur un chapeau haut-de-forme qui reflète alors une myriade de scintillements. A cet instant, on se croirait assister à un spectacle du ‘Crazy Horse’. Elle n’en oublie pas pour autant ses hits, « Pull Up To The Bumper » ou encore « Strange, I’ve seen that face before ». La foule danse sur cette musique qui oscille du funk au reggae en passant par le disco, le r&b, la new wave, le dub et la world. Et elle termine le show en faisant tourner sensuellement un cerceau autour de sa taille (de guêpe), pendant qu’elle chante sa seconde cover de la bande à Bryan Ferry, « Slave to the rhyhtm ». Moment choisi au cours duquel on assiste à une projection de confettis. Un spectacle pour les yeux et la ‘dance’ !

Il revenait à la formation Goose de clore la première journée. Un quatuor qui compte déjà quinze années de carrière et qui pratique que forme d’électro rock dans la lignée des Chemical Brothers, mais votre serviteur préfère prendre un peu de repos, demain est un autre jour…

(Organisation : Cactus festival)

LaSemo 2015 : vendredi 10 juillet

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Le Lasemo est un festival très particulier. Il fait même un peu figure d’OVNI dans la jungle musicale ! Situé à mi-chemin, dans son approche intellectuelle et philosophique, entre le celui de Dour et le Parc Rock de Baudour, il privilégie la découverte culturelle tout en mettant l’accent sur l’écologie. Sans oublier le brin de volonté philanthropique. La diversité des activités est si large qu’on ne sait plus où donner de la tête. Aussi, ce qui peut paraître un atout, se révèle, in fine, assez frustrant !
Un zéro pointé par contre en ce qui concerne la logistique ! Le fléchage est quasi inexistant aux abords du site et les bénévoles, pourtant présents en masse (pour la plupart des étudiants écervelés !), ne disposent, la majeure partie du temps, d’aucune information afin de guider le festivalier lambda. Gageons à ce que les éditions à venir fassent fi de ces aléas qui font tâche !
Les premiers riffs de guitares ont vibré sur la plaine il y a 8 années déjà. Comptant à ses débuts deux journées, le festival offre aujourd’hui vingt-quatre heures supplémentaires de pure joie et bonheur !
Mais, il y a seulement trois ans que le cadre exceptionnel et bucolique du parc d’Enghien à ouvert ses grilles à une foule d’artistes venus d’on ne sait où : des chanteurs, certes, mais aussi des jongleurs, des conteurs, des artisans de bouche et j’en passe...

Le premier concert programmé sur la grande scène (‘La Tour’) est celui d’Ayo. Il débute à 18h00.

L'artiste se laisse désirer 5 minutes. C'est sa seule date en Belgique.

Les textes sont traduits en langage des signes par Cindy Barate. Pas facile pour elle de réaliser cette transposition, et une prestation à souligner aussi bien que celle d'Ayo.

Joy Olasunmibo Ogunmakin aka Ayo est le née en 1980, de père nigérian et de mère tzigane roumaine. 

Elle n'a pas de nouvel album à nous présenter mais une ou deux nouvelles chansons. Elle compte quatre albums à son actif : « Joyfull » en 2006, « Gravity At Last » en  2008, « Billie-Eve » en 2011 et le dernier « Ticket To The World » en 2013.

Jolie, elle possède de jolies jambes et des cheveux bouclés ; mais elle a autre chose que ces deux attributs pour nous séduire : sa voix et sa musique. Elle adore converser dans la langue de Molière avec le public.

Comme son compagnon Patrice, ce sont des artistes avec un grand 'A' et surtout un grand cœur. D'une simplicité déconcertante et d'une gentillesse sans pareil, elle ne peut que séduire.

Ayo signifie 'joie' en dialecte nigérian Yuruba. C'est ce qu'elle va apporter sous le soleil brûlant du LaSemo. Ayo le concède : il fait chaud. Elle a choisi d’enfiler un tee-shirt en polyester. Pas un bon choix, elle aurait dû opter pour le coton.

Pendant qu'elle discute, ses 3 musiciens (un bassiste, un drummer ainsi qu’un préposé aux synthés et au piano hammond) continuent à jouer.

Elle signale dans un français parfait que nous avons la chance d'habiter l'Europe ou les States. Et ajoute être la fille d’une gitane issue de l'Afrique de l’Est et avoir grandi en Allemagne. Donc ne disposer ni de maison, ni de passeport. La situation des Roms en France l'interpelle.

Plutôt douée sur sa gratte semi-acoustique, elle nous réserve l’un ou l’autre classique. Dont « Down On My Knees », qu’elle interprète tour à tour dans la langue de Molière ou de Shakespeare. De sa set list, on épinglera encore « Complain », extrait du même elpee, le titre maître de « Ticket To The World » ainsi que le plus hip hop « Fire ». Adopter ce style lui permet d’observer le monde. C'est le langage de la rue qui exprime toutes ses émotions.

Une cover de Marley : le notoire « No Woman, No Cry ». Un autre reggae : « Boom Boom ». Une nouvelle compo qui balance pas mal, mais surtout dont les lyrics dénoncent le racisme aux States, et tout particulièrement les meurtres commis par des policiers xénophobes. Et son message est clair : 'Stop Violence, Peace, Love and Unity !'

La chaleur commence à plomber de plus en plus l'atmosphère.  

Les organisateurs ont prévu, dans les sanitaires, des robinets d'eau potable, mais pas de brumisateurs comme à Couleur Café. Heureusement, le site est peuplé d’arbres, permettant de se mettre quelque peu à l'ombre.

Direction le podium du ‘Château’ pour assister au set de Didier Odieu et Le Feu.

De son véritable nom Didier Kengen, il faut avouer qu’il n’est guère prolifique. Il a travaillé d'arrache-pied pendant trois ans pour publier son nouvel opus, « Désordres », un disque qui est sorti en novembre 2014, soit 10 longues années avant le précédent ! Ce touche-à-tout a même réalisé des spectacles pour enfants, du théâtre et du cinéma.

Tiré à quatre épingles, il se consacre au chant ainsi qu’aux claviers et est soutenu par Giacomo Panarisi (NDR : le chanteur charismatique de la formation de rock'n'roll Romano Nervoso) aux drums, d'un guitariste et d'un bassiste.

A la fois déjantée et paradoxalement maîtrisée, sa prestation accordée en février dernier dans le cadre du ProPulse, avait vraiment bluffé l’auditoire. Il a bien la tête sur les épaules et c’est à travers la dérision qu’il parvient à faire passer son message. Son humour au second degré est susceptible de froisser les âmes sensibles. Il cultive les attitudes glam/punk/rock, mais c’est un rocker au cœur tendre. Musicalement, il puise probablement son inspiration aussi bien chez Gainsbarre, Jacques Brel, David Bowie, les Sex Pistols que Mick Jagger. Et il faut le voir triturer les touches de son clavier. On dirait un schizophrène et pourtant, il maîtrise parfaitement son sujet…

Place ensuite à Dalton Telegramme. Dalton Telegramme nous vient de la Wallifornie sauvage et profonde et plus précisément de la Cité Ardente. Le combo a publié deux Eps à ce jour : « La Cavale » et « La Planque ». Un troisième devrait sortir bientôt et leur premier long playing, « Sous la Fourrure  », paraître fin 2015, début 2016. On l'attend d'ailleurs impatiemment.

La plaine grouille de monde devant l’estrade du ‘Château’ pour savourer la musique country festive et allègre de la joyeuse quadrille liégeoise…

 

 

Cousins et bandits de grands chemins, Joe, William, Jack et Averell se sont cotisés chez Lucifer, pour nous envoyer un télégramme sur terre. Ils on demandé à Pipette (un batteur talentueux), Master QQ (un chanteur chevronné qui ressemble au Capitaine Haddock), Marjorie (dans la pleine force de l'âge, elle trimballe une énorme contrebasse) et Capitaine GlouGlou (le responsable de la gratte), de pouvoir les réincarner. Il faut bien commencer par une intro ; et c’est d'ailleurs ce que les artistes on fait… En fait, le band construit ses chansons comme des bandes dessinées, les enrichissant de textes truffés de calembours. De quoi mettre de bonne humeur. Cette approche me fait même parfois penser aux romans policiers de San Antonio…

Le quatuor embraie par « Sally », une jolie et paisible chansonnette balisée par le banjo et les cordes. Une compo qui baigne dans un climat americana et bluegrass. Les premiers rangs commencent à remuer les fesses. « Evidemment » nous invite à voyager. Pas très loin ! Depuis Liège à Bruxelles, en passant par Paris. Pipette est passé à la râpe pour « Réveil Matin » (« La Cavale »), un titre balayé par le ukulélé et la flûte. Plus tendre, émouvant même, « Ce que Nous Etions » (« La Planque ») raconte l'histoire des quatre individus furieux. Un titre sculpté dans le folk/rock. La formation va également nous réserver quelques pistes issues de son futur elpee, dont « Sous La Fourrure », « Tant Pis » et « Surfeur Mort ».

Le spectacle a fait l’unanimité chez les nombreuses têtes blondes qui ont assisté au spectacle. Faut dire que dans le cadre d’une collaboration avec ‘Les Jeunesses Musicales de Belgique’, les musicos ont accordé des représentations dans les écoles. 

 

(Set list : « Intro  », « Sally », « Tant Pis», « Surfeur Mort », « Surfeur Mort », « Notre Route », « J'ai Laissé devant Ta Porte », « Réveil Matin », « Evidemment », « Ce que Nous Etions », « Sous La Fourrure », « La Cavale », « Baby Face », « Les Agrafes  », « Teqsuila »). (D.D.)

Stéphane prend le relais...

Pour clôturer cette première journée, une grosse pointure de la chanson française se produit sur la main stage : Cali.

Il monte sur les planches vers 20 heures 30 et nous expose sa propre vision de la vie et de l’amour à travers un incisif « La vie quoi ! » Le ton est donné !

Il se murmurait parmi les badauds que les shows de cet artiste étaient débordants d’énergie et de sincérité. Ce soir ne fera pas exception à cette règle, qui semble t-il, est immuable et universelle !

Dopé à, on ne sait, quelle substance psychotrope, le chanteur/amuseur n’a cessé de faire le pitre durant le live et ce pour le plus grand bonheur des fans ébahis !

Livrant tour à tour des musiques simples, mais accrocheuses, issues essentiellement de son dernier et magnifique opus « L’Age d’Or », il a pris le parti de choisir ses mots avec une grande délicatesse afin de décrire intelligemment et sincèrement les maux de la vie et la difficulté d’aimer aujourd’hui.

On épinglera aussi le clin d’œil à sa fille Coco, dont on sentait planer, ici et là, la présence…

Enfilant pléthore de tubes, le Toulousain, s’est, à deux reprises, jeté dans une foule hystérique. Porté à tour de rôle par les spectateurs à bras tendus, il a ainsi parcouru plusieurs dizaines de mètres avant de rejoindre l’espace surélevé destiné aux personnes à mobilité réduite, tout en continuant à chanter. Le tout sans perdre le moindre souffle. Chapeau bas !

Aucun doute possible, l’artiste est un homme de scène !

Mais pas que ! C’est aussi un être doué d’un charisme exemplaire et un humaniste engagé! Sans oublier, un homme d’exception !

Le temps de prendre une boisson bio tout en dégustant une poignée d’insectes cuits (n’oublions pas le caractère durable de cette manifestation), nous retournons à nos occupations afin d’y découvrir une formation étrange baptisée Deluxe.

Etrange, elle a acquis une fameuse expérience scénique en écumant les festivals les plus élogieux comme les Francofolies, le Printemps de Bourges, Dour, Garorock, les Solidays, le Montreux Jazz…

Complètement déjantées, les sonorités décapantes de Kaya, Kilo, Pépé, Pietre, Soubri et Liliboy s’inspirent librement d’influences hip hop, du jazz et du funk. Leur maître mot : le groove. Aucun doute là-dessus, pour groover, ça groove !

La moustache sera de rigueur ce soir ! Un signe distinctif soulignant une masculinité affirmée nonobstant toute forme de brutalité effrénée !

Exception faite de la chanteuse sexy. Quoique, à voir la façon dont elle mène ses musiciens à la baguette, elle semble, elle aussi, porter la culotte !

Mais, cette envie de se démarquer va bien au-delà du faciès ! Tout est pensé chez eux ! Les costumes tout droit sorti d’un film de Tim Burton et les chorégraphies à rendre jaloux un Kamel Ouali de la Star Academy font sourire et ramènent aux souvenirs primaires période ‘Village People’ ! De véritables performeurs, on vous dit !

Alternant compos interprétées à l’aide de vrais instruments et bidouillages électroniques tout droit sortis d’une période post Kraftwerk, le band libère une énergie phénoménale voire jubilatoire. Contagieuse même ! Ca jumpe, ça virevolte de gauche à droite, de droite à gauche, à en donner le tournis. Un vent de folie souffle dans l’arène. Les groupies se mettent soudainement à courir, s’accroupissent, se relèvent d’un coup en criant à tue-tête…

Il est près de minuit trente lorsque les derniers décibels résonnent sous un ciel particulièrement étoilé… Un silence morbide envahit tout à coup les âmes vagabondes…

Il est temps de faire le deuil de ce cette première journée exceptionnelle et empreinte d’émotions. Gageons que les deux autres soient remplies de la même ferveur !

(Organisation : LaSemo)

 

Ardentes 2015 : vendredi 10 juillet

Écrit par

Annoncé depuis quelques années déjà, le déménagement du festival liégeois vers un autre emplacement semble inéluctable.
Dixième et donc dernière mouture sur les bords de Meuse, ici, à l’extrémité Nord de la cité Ardente.
Un Parc Astrid qui aura vu du beau monde. Imaginez !
Siouxie, PIL, Iggy Pop, Pavement, Bashung, Massive Attack du côté des légendes, Pharrel Williams (avec NERD), 50 cent ou encore Indochine pour les grosses pointures, sans compter les génies oubliés, les surprises de taille, les cocasses, les ridicules (et ici je vous laisse le soin d’établir votre propre liste qui risque de ne pas être exhaustive)…
Bref, en dix ans, les Ardentes ont grandi ; et si leur politique d’ouverture (quitte à faire le grand écart, tout de même) ne leur a pas valu que des louanges, le constat est flagrant : ce festival s’impose aujourd’hui dans le paysage belge comme l’une des valeurs sûres.
C’est pourquoi, dès l’an prochain, les festivités se dérouleront dans un tout nouveau cadre, certainement sur des hauteurs plus propices au bon sommeil des riverains nichés au cœur de la ville.
En attendant, cap sur la deuxième journée, qui comme lors des précédentes éditions, marque le début d’un rythme de croisière.

Comme chaque année, une troisième scène s’ouvre dès le vendredi.
Les organismes sont donc mis un peu plus à l’épreuve, tandis que les temps morts se languissent dans les coins, à l’ombre.

Point d’ombre cependant pour Hanni El Khatib, en ce début d’après midi, programmé sur la Main Stage.

Chemise à pois, Telecaster en bandoulière, lunettes vissées sur sa paroi nasale, il attaque le soleil de face par « Moonlight », fantastique morceau de son dernier LP.

Sortir de leur torpeur les quelques centaines de curieux venus cuire sous l’astre de feu ne semble pas effrayer notre homme, qui peut, du reste, compter sur quelques fans lui apportant leur soutien.

Énergique en diable et admirablement épaulé par ses comparses scéniques, Hanni assure un set plein de vigueur, similaire à celui accordé au Botanique quelques semaines auparavant.

De quoi l’auréoler dans mon chef des lauriers du premier bon concert de cette dixième édition (NDR : il est vrai que je suis arrivé trop tard pour Paon et Fugu Mango dont le potentiel était très susceptible d’arracher ce titre à quelques minutes d’intervalle).

Ma monture lancée à bride abattue, je fonce dès la dernière note vers le HF6 et son toit de taule, miroitant au soleil comme un lointain mirage.

Dans ses volutes fantomatiques, j’aperçois l’ombre désincarnée de feu Bashung, dont un pan d’âme est resté accroché ici même, une nuit de deux mille huit.

Une présence planant tout au long du concert de Feu ! Chaterton, puisqu’il existe des similarités, qu’on ne peut nier, entre les deux univers.

La prose élégante et le verbe gracile mêlés à la fougue des guitares.

Les envolées poétiques en contrepoint d’un ravageur tempo ou sourdent les échos de lointains naufrages.

La tête de proue, c’est Arthur, chétif petit homme dont se demande s’il franchira ces tempêtes qu’on devine dès les premiers accords de « Fou à lier » et qu’on pressent néanmoins comme le gouvernail de son band.

Et de fait, alors que le crachin cède le relais à la furie d’éléments ô combien contrôlés, il ne fait plus aucun doute que ce petit bonhomme porte sur ses frêles épaules, la puissance de feu qui nourrit l’électricité ambiante.

Sorte de catalyseur apparemment indifférent aux mouvements opérés autour de lui.

Contraste saisissant entre cette mince silhouette, habitée par mille tourments et ce ballet incessant de musiciens sous haute tension.

Si la fièvre de Feu ! Chaterton couve bien mieux dans des endroits plus appropriés (on rappellera si nécessaire que la qualité du son du HF6 n’offre pas les meilleures conditions en ‘live’), il ne fait aucun doute que son leader a le don de prendre le spectateur par la main, afin de l’emmener au sein de son univers baroque.

Placé sur un autre plan astral, cet Aznavour de poche, à la coquette moustache, prend une envergure scénique, qui le transforme en Atlas tout-puissant.

Chaque titre est présenté longuement, avec force détails, expliquant la trame de la chanson, de manière à ce que l’auditoire puisse pénétrer au cœur de celle-ci.

Ici dans la Pinède pour la mort de l’innocence, là sur le Costa Concordia, pour couler dans la détresse.

C’est certes enlevé, un brin théâtral, mais jamais ridicule et toujours imprégné d’une réelle authenticité.

Et donc à revoir dans des conditions optimales.

Reste donc dix petites minutes pour traverser la plaine (heureusement qu’il existe des passages secrets que seuls certains types de bracelets peuvent ouvrir !) et je me retrouve devant Temples qui s’apprête à livrer un set qui au final, restera largement en deçà de que j’attendais. Surtout vu les prestations auxquelles j’avais pu assister précédemment.

La faute à qui ?

À la chaleur ?

Au public assoupi par ces conditions climatiques plus propices à la Bossa Nova ?

Ou à la mollesse du band qui s’exécute sans réel enthousiasme (et peut-être justement à cause de ces deux raisons).

Quoi qu’il en soit, jamais le concert ne décollera et si « Sun Structures » et « Shelter Song » sont indéniablement des morceaux diaboliques, il aurait fallu plus de conviction dans leur interprétation.

Rendez-vous donc devant BRNS, même si je rate l’entame et son pétillant « Mexico ».

Pas grave, me dis-je, peu motivé à l’idée de revoir ce groupe pour la énième fois en quelques années.

Oui, mais voilà.

J’ai bon manquer d’entrain à chaque fois, le constat est manifeste : je suis invariablement estomaqué par le talent de cette formation.

J’ai beau m’attendre à quelque chose de prévisible, BRNS arrive systématiquement à me surprendre.

L’apanage des grands groupes ?

Plus puissant, plus en place que jamais (si c’est un leurre, c’est un magnifique tour de passe-passe), le combo dépasse de loin son envergure actuelle.

Je le quitte donc en me promettant de ne plus faire la même erreur la prochaine fois...

Si les ballades à rallonge de Tom McRae et les saynètes décalées de Baxter Dury ne suscitent pas en mon for intérieur le même enthousiasme, j’apprécie tout de même ces moments de détente en buvant quelques bières et profitant de l’ombre de l’Aquarium, avant de retenter la grande traversée diagonale où m’attendent les vieux brisquards de De La Soul.

Si leur retour au devant de la scène pouvait étonner, voire effrayer, le show de ce soir avait de quoi faire taire les plus sceptiques.

À peine plus ridés que quand je les ai découverts en 89, grâce cette pierre d’achoppement constituée par « 3 feet High And Rising », ces icônes de la Old School démontrent avec vigueur et panache leur rôle prépondérant au sein de la production Hip Hop contemporaine.

Versions revisitées et classiques revêtus de neuf, De La Soul fait encore le poids et remet en place bien des préjugés.

Autour de ses trois membres, toujours aussi verts et dont le plaisir de jouer, semble-t-il, est resté intact, s’articulent un Big Band cinq étoiles.

Un moment particulièrement agréable qui a le bon ton de faire oublier le semblant de fatigue qui semblait me menacer.

Remis d’aplomb et l’alcool dilué dans cette bonne humeur, les conditions optimales sont donc réunies pour retrouver dEUS.

Exit en effet La Roux (la faute à De La Soul !) et place à Tom Barman et ses sbires.

Resté sur une impression assez mitigée l’an dernier sur la grande scène de ces mêmes Ardentes, je vais renouer l’espace d’une heure avec la magie du groupe.

Si je reste persuadé que les plus belles années de dEUS sont derrière lui et l’osmose du band s’est évaporée au fil du temps et de ses nombreux départs (pour rappel, il ne reste plus du line up initial que Klaas Janzoons et Tom Barman), le spectacle de ce soir m’a quand même permis de replonger dans le souvenir…

Nostalgie, certes, mais empreinte d’électricité.

Les éléments qui font cette fois la différence ne m’apparaissent pas clairement.

Car dans le fond, le set proposé en forme de ‘Best Of’ est relativement similaire à celui de la dernière édition.

La bonne volonté du combo n’ayant jamais été remise en question, la distinction se résume sans doute dans certains petits détails.

Qui pour l’heure se refusent à ma mémoire.

Mais l’essentiel est dans le résultat. Soit un concert impeccable qui a ravivé la flamme du fan initial, né un soir, il y a plus de vingt ans déjà, dans un petit café de cette même ville ardente.

Enjoué et galvanisé par cette chaleureuse étreinte, je fais route pour décerner la palme d’or de la déception millésimée Ardentes deux mille quinze ; soit Oscar & The Wolf.

Déjà passablement agacé par la tournure que prennent les événements depuis que Dieu sait qui dans leur entourage s’est mis en tête de saper Max Colombie comme une diva et de saper par la même occasion la magie du groupe, en une heure, je vais me rendre compte de l’étendue des dégâts (déjà largement apparue lors de leur mégalo show du Pukkelpop l’an dernier).

Mettons nous d’accord d’office : j’estime que le potentiel du combo est énorme et la voix de son leader un bijou d’exception à dimension internationale.

Qui plus est, entouré de musiciens hors pair, Max, ainsi grimé en Oscar peut crier au loup tant qu’il lui chante.

Cette seule combinaison de talent devrait amplement suffire à les démarquer dans la masse médiatique, mais aussi le registre de qualité.

Alors, qu’est-il arrivé à Oscar et son loup ?

De qui émane cette idée de surabondance ?

Si l’album « Entity » reste un bon album au demeurant, la fragilité de « Summer Skin » (produit par Robin Propper Sheppard de Sophia pour l’anecdote) semble avoir laissé la place à un glacis qui dessert fortement le propos.

Un constat mis en lumière sur les planches par un show laser inapproprié, un jet de confettis ridicule et un costume de scène trop grand pour Max (au propre comme au figuré).

Si l’incroyable suavité de la voix reste perceptible au travers de ce jeu de grandiloquence qui semble lui avoir été imposée, toute la subtilité a été radicalement effacée pour laisser place à un spectacle disproportionné où la musique ne trouve même plus ses repères.

S’ensuit un concert d’une incroyable fadeur, sans aucun relief, perclus de fautes de goût, même pas imputables au band lui même, qui lui aussi semble perdu dans cette débauche d’effets.

Reste le quidam, à qui toute cette poudre aux yeux laisse miroiter l’effervescence d’un grand show et préfère sans doute ignorer cet incroyable talent qu’on étouffe dans ce jeu de surenchère.

Bon, d’accord, je ne vais pas jeter la pierre à Pierre… Pardon ! Oscar. Mais voir un tel potentiel se cristalliser dans l’insipide a de quoi énerver.

Et en plus, ils étaient en retard !

Du coup, le temps de se farcir le chemin inverse Main Stage vers HF6, The Avener avait fini, bouclé, remballé.

Trop accablé pour refaire marche arrière et peu enclin à enflammer la pelouse du parc de mes superbes déhanchés, je fais donc l’impasse sur Paul Kalkbenner venu spécialement en jet d’Ibiza pour dérouiller mes genoux et m’en vais reposer mes membres en vue d’une nouvelle journée de festivités.

Organisation : Les Ardentes.

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Ardentes 2015 : jeudi 9 juillet

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C’est par un cri de révolte que j’entame ce compte-rendu.
Un avis contestataire répercutant un sentiment d’injustice qui, sans en avoir été la victime, me pousse à agir, à ouvrir ma gueule, généralement poliment cousue par les points de suture d’un consensus mou.
Si sagesse et bon sens appellent parfois à modérer ses ardeurs et trouver l’une ou l’autre bonne raison à l’extorsion de fonds que sont devenus la plupart des festivals de nos jours (et ce n’est pas une généralité, nous y reviendrons peut-être une autre fois), il est des comportements inadmissibles de la part d’une organisation qu’on ne peut garder sous silence.
Ainsi, feignons l’indifférence face à l’explosion des prix et l’invraisemblable arnaque que constituent les bars sur les sites festivaliers.
Omettons de bonne grâce que le budget de quelques jours de festivités surpasse largement toute économie de bon sens, et puisque nous avons tous décidé de jouer le jeu de la consommation (tout ceux présents en tout cas), admettons en chœur qu’il existe des justifications réelles nécessitant l’inflation permanente des prix.
Néanmoins, quand le grotesque d’une situation prend de l’ampleur, il est temps de tirer la sonnette d’alarme.
De quoi s’agit il ?
Nous savons tous qu’il est strictement prohibé d’amener sur le site d’un festival ses propres consommations.
Logique, certes (on ne va pas au restaurant avec ses tartines), car il faut faire vivre le commerce ; et la viabilité d’événements majeurs passe obligatoirement par certains sacrifices.
Mais voilà. Monsieur X n’aime pas la bière.
Donc monsieur X, qui a quand même un peu envie d’être ‘in the mood’, apporte sa petite bouteille de Péquet (alcool du terroir).
Monsieur X ne nuit à personne, et surtout pas au commerce, puisqu’il achète régulièrement un cola qui se diluera dans le blanc de sa bouteille au format minibar d’hôtel.
Certes, le comportement de monsieur X est quelque peu rebelle (rebelle parmi beaucoup d’autres monsieur X), et quand il se fait pincer par le staff sécuritaire, il consent volontiers avoir été pris en flagrant délit et se sent prêt à faire acte de contrition, abandonnant sa chère bouteille.
Or, après quelques heures passées au premier jour d’un festival qui lui aura quand même coûté bonbon, monsieur X se voit expulser manu militari.
Expulsé pour du bon.
Bracelet coupé.
Voilà, fini pour monsieur X les Ardentes 2015.
Elles s’achèvent ici, dans l’incompréhension totale.


Alors, oui, nous allons y venir à la musique.
Au compte-rendu d’une dixième affiche toujours aussi hétéroclite, mêlant succès de masse et goûts pointus.
Oui, je vais encore souligner l’incroyable énergie déployée par l’équipe des Ardentes pour que cette fête soit au final encore une fois une réussite.
Effectivement, cette année encore aura été le témoin de moments forts, de moments drôles, de moments tendres, de moments uniques.
Mais c’est avec un goût amer au fond de la bouche que je vous en rédige le premier rapport.
l’amertume de la disproportion.

Si l’éclectisme est souvent cultivé ici, peut-être plus qu’ailleurs, cette première journée semble quasi à sens unique, brodée au revers de la visière d’une casquette.

Caravane Hip-Hop de passage, posant ses bagages sur les bords de Meuse.

Véhiculant sa cohorte de clichés mais aussi son panel de genres, des riches ultra basses aux enluminures californiennes, des chaînes en or qui brillent aux subtiles incursions jazzy.

Tout un registre qu’il est difficile d’appréhender quand on est resté un néophyte en la matière.

Du coup, plus facile d’emprunter les oreilles et les yeux des autres.

Histoire de se faire une idée.

Qu’en ressort-il ?

La sensation cérébrale du jour sera assurément attribuée à Stuff.

Le combo gantois mise sur un métissage de styles qui lui ouvre non seulement les portes de toutes sortes d’endroits (on les retrouvera aussi bien au Gent Jazz Festival, aux Lokerse Feesten qu’au Pukkelpop, en passant par une grande partie de l’Europe) mais aussi du succès et de la reconnaissance (du public comme de ses pairs).

La recette ?

Un condensé de genres qui à lui seul en crée un neuf à part entière.

Hybride et intriguant, mené par une certaine virtuosité et l’originalité d’un instrument hors norme (le EWI), Stuff brasse avec savoir et maestria un univers foisonnant où les frontières entre Electro, Hip Hop et Jazz s’effondrent avant de marcher avantageusement dans le sillage de Red Snapper (par exemple).

Sinon, épinglons la fraîcheur juvénile du duo Rae Sremmurd, plébiscité par un public à la curiosité attisée par un single gravé en compagnie de Nicki Minaj (entre-temps, les vues Youtubesques auront encore exponentiellement explosé), et aussi la candeur de Flatbush Zombies, au demeurant sympathique et débonnaire.

Enfants du pays, Starflam va faire bonne figure sur une grande plaine baignée de soleil et justifier son étiquette de parrain de la scène Rap noir-jaune-rouge.

Un set sans doute pas mémorable, mais qui justifie son cachet.

Amusant quand on pense aux discours anti-capitalistes du collectif, qu’on ne blâmera du reste pas d’être entré dans la danse.

Sinon, en dehors de ces résonances ‘hip-hopyzantes’, le choix se résume à deux têtes d’affiches se succédant dans le HF6 (le hangar dédié à la seconde scène).

La première va déboucher sur la première grosse déception de cette édition :

Souffrant d’une qualité de son épouvantable (et de problèmes techniques de surcroît), The DØ s’enlise dans une performance mièvre et guère convaincante.

Dommage, car dès l’entame, soit « On My Shoulders », leur hymne porte-étendard d’une Pop à la fois mélancolique et enlevée, semblait augurer une suite de bonne facture.

Las ! Le duo parisien, bouffi par l’envie d’en faire trop, délivre un set d’un étonnant passéisme et articulé autour d’un jeu de lumières, certes fort joli, mais qui ne parvient pas à masquer l’insipidité du contenu.

Une impression renforcée au sortir de l’estrade par une Olivia Merilahti vraisemblablement pressée d’en finir au plus vite.

Béatrice Martin, quant à elle, fidèle à son image, avait fort à cœur (de pirate) de communier avec son public.

Si son répertoire, partagé ce soir entre ses principaux succès ainsi que plages issues de son nouvel album (et même de nouvelles compositions), ne recèle pas en soi de quoi soulever mon enthousiasme, la prestation de la Canadienne procure quand même son lot de plaisir aux fans venus s’agglutiner contre les barrières du HF6.

Un moment sans réelle envergure mais d’où émane un sentiment de complicité entre Cœur de Pirate et son public.

Sentiment renforcé par une séance de selfies au sortir des planches.

Restait à se faire une opinion sur la réputation de Kendrick Lamar.

Pas usurpée, au vu de la prestation de ce soir.

Entourée de véritables musiciens et soutenue par des projections visuelles à mille lieues des clichés du genre, la nouvelle icône du Hip Hop international va mettre tout le monde d’accord, y compris les béotiens du genre comme votre serviteur.

Puissant, efficace, sans temps mort et affichant une maîtrise épatante, le résident de Compton, en Californie, va gagner mon respect, ainsi que celui des mélomanes les plus réticents.

S’il n’écrit peut-être pas une page de la musique contemporaine comme on l’a raconté (faudrait quand même pas exagérer), le rappeur Américain est sans doute le meilleur ambassadeur de ce courant musical, un digne héritier d’une certaine Old School et un précurseur d’un nouveau style.

Ainsi se termine la première journée d’une dixième édition, qui comme les premières des neuf précédentes, aura démarré en mode mineur.

Organisation : Les Ardentes.

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The Prodigy, amis de la nuit

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Quelques mois après l’album « The Day is My Enemy », The Prodigy sortiront un elpee le 31 juillet. Intitulé « The Night Is My Friend », une suite logique, il contiendra de nombreux remix.

Tracklisting :

1.    Get Your Fight On (Re Eq)
2.    AWOL (Strike One)
3.    Rhythm Bomb feat. Flux Pavilion (Edit)
4.    Rebel Radio (René LaVice's Start A Fucking Riot Remix)     
5.    The Day Is My Enemy (Caspa Remix)

Richard Hawley revient sur le devant de la scène

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Absent des studios depuis 2012, Richard  Hawley sortira un nouvel album le 15 septembre prochain. Intitulé  « Hollow Meadows », il verra le songwritter retourner à ses compositions classiques. Celles-ci seront toujours aussi sophistiquées et agrémentées d’arrangements subtils. L’album sera disponible en téléchargement, en CD et en double vinyl.

Tracklisting:

1. I Still Want You 

2. The World Looks Down 

3. Which Way 

4. Serenade Of Blue

5. Long Time Down

6. Nothing Like A Friend

7. Sometimes I Feel

8. Tuesday PM

9. Welcome The Sun

10. Heart Of Oak

11. What Love Means 

 

 

Couleur Café 2015 : dimanche 5 juillet

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C’est déjà le troisième et dernier jour de Couleur Café. Il fait moins chaud. Un petit crachin va même rafraîchir le site en milieu de soirée. Ce dimanche, le festival accueillera 23 600 âmes. Soit un total de 68 300 pour les trois jours. En 2013, on en avait dénombré 82 000. Net recul ! Une vingtaine d'artistes vont se partager 4 podiums. Dont une majorité se consacrent aux musiques urbaines.

Arrivé vers 18h10 sur le site Tour & Taxis, je me dirige vers l’'Univers' où se produit Martin Mussart, aka Naâman. Né à Dieppe, en 1990, ce Normand pratique un reggae blanc teinté de roots rocker, de raggamuffin et de hip hop. Il a accordé plus de 130 concerts en France, Suisse, Espagne, Royaume-Uni, Canada, Chine et Jamaïque. Ses vidéos font le buzz sur la toile et tout particulièrement « Skanking Shoes » ainsi que « Never Get Back ». Elles y comptabilisent plus de 10 millions de vues sur YouTube. A ce jour, il a publié 3 long playings et un Ep. Paru en 2013, « Deep Rockers, Back A Yard » a été est consacré meilleur album de ‘French Touch’, et s’est écoulé à 10 000 exemplaires. Il a été enregistré en Jamaïque sous la houlette de Sly Dunbar, Axeman et Dalton Browne. Après avoir gravé « From The Deep To The Rock » en 2014, son quatrième, « Know Yourself », devrait paraître en automne. Soutenu par un bassiste, un drummer et un Dj, Naâman se multiplie sur les planches. Il court à gauche, à droite, devant et derrière. Il provoque les premiers rangs qui réagissent au quart de tour. Mais il est l’heure de rejoindre le Titan…

Car Milky Chance, un duo allemand réunissant le chanteur/guitariste Clemens Rehbein et le Dj Philipp Dausch y sont programmés. Leur cocktail de pop, d’indie folk, de reggae et d’électro a engendré un hit, « Stolen Dance ». Leur premier elpee, « Sadnecessary » est paru en mai 2014. Malheureusement, le son est médiocre. Les infra-basses sont bien trop envahissantes. Je préfère donc m’éclipser…

Sergent Garcia et Oddisee ne m'inspirent pas davantage. J'attends donc la prestation de Groundation prévue sur le 'Titan'. Responsable d’un reggae infusé de dub et de jazz, Groundation est né en 1988. Son fondateur est le chanteur/guitariste Harrisson Stafford. Chaussé de lunettes, il porte une barbe imposante. Sa voix réverbère des accents jamaïcains. Et pourtant, il est bien américain. Californien, très exactement. Sur l’estrade, il est soutenu par Marcus Urani (synthés, piano, mélodica), Ryan Numan (basse) Te Kanawa Haereiti, aka Rufus (drums), Mingo Lewis Junior (percussions) et un duo de cuivres. Soit le trompettiste David Chachere et le tromboniste Nicholas Daniel Wlodarczyk. Sans oublier Kim Pommell et Stephanie Wallace aux chœurs. Et elles ont du coffre ! La troupe s’était produite en 2009, sur la même scène. Y accordant un chouette set. Puis, il y a quelque mois à l’AB. Le concert m’avait beaucoup moins plu, la formation s’évertuant à tirer ses morceaux en longueur. Et celui de ce soir souffre de la même maladie. Au fil du show, inévitablement, l’ennui commence à me gagner. Bonne excuse, pour me défiler, un interview de Jupiter And Okwess International est prévue. Ce qui cependant me privera du concert de Joe Bada$$.

Retour pour Cypress Hill qui investit le 'Titan'. Ces quatre monstres du rap américain sont attendus de pied ferme. Après 30 années de carrière, il faut avouer qu’ils on un fameux pedigree. « Insane The Brain », « How I Could Just Kill A Man » et « Lowrider » constituent certainement trois de leurs plus gros tubes. Ils seront interprétés ce soir. B-Real, Sen Dog, Eric Bobo et DJ Muggs forment un quatuor d'enfer. Les trois MC's viennent chacun leur tour, taquiner les premiers rangs. La sauce prend et le public réagit. 60 minutes de set. Qui a certainement dû plaire aux aficionados. Mais perso, j’estime qu’il était un peu lourd. Le hip hop et le rap me bottent, quand ils sont administrés à doses homéopathiques. Mais lorsqu’on sort l’artillerie lourde, comme lors de cette édition 2015, Didier se met à l’abri…

Le 'Move' accueille Jupiter And The Okwess International. C’est le projet de Jupiter Bokondji, un bonhomme, ma foi, bien sympathique. C'est le fils d'un diplomate de la République Démocratique du Congo qui a vécu une dizaine d'années en Allemagne de l'Est, soit de 1970 à 1980. Période au cours de laquelle il a assimilé le rock issu du Vieux Continent. Mais un jour, il décide de retrouver ses véritables racines africaines. De repartir à zéro. Et vit dans la rue, à Kinshasa. Il forge son expérience en se produisant lors des obsèques et acquiert une solide réputation de musicien. Il monte un premier groupe, Bongo Folk, en 1983. Il se démarque de la rumba congolaise et s’intéresse davantage aux rythmes des différentes ethnies du Congo (NDR : il en existe plus de 450 !) En 1990, il fonde Okwess International. Révélée en 2006, par le documentaire « La danse de Jupiter », réalisé par Renaud Barret et Florent de La Tullaye, puis par Damon Albarn et son projet Africa Express, la bande du ‘Général Rebelle’ (NDR : comme le baptise les jeunes de Kin), grave son premier opus, « Hotel Univers », en 2012. Un vrai petit laboratoire tout au long duquel il parvient à agréger savamment soul des années 70 et funk sur des les rythmes endiablés de la RDC.

Jupiter est invité la même année, à participer aux sessions d’enregistrement de « Kinshasa One Two » du DRC Music, par Albarn, un collectif qui réunit une belle brochette de musiciens et de producteurs. Jupiter a assuré le supporting act de Blur à Paris et à Londres. Il revient tout droit du festival Roskilde au Danemark, là où le chanteur de Blur s'est fait éjecter par la sécurité, après 5 heures de concert. Jupiter prépare un second opus, pour lequel il bénéficiera de nouveau du concours de Damon. Lors de l’interview accordée à Musiczine, Jupiter a avoué qu’en Europe, il était accompagné de 5 musiciens sur les planches, et qu’au Congo, il y en a au moins 20 ! Pas facile de gérer tout ce monde en tournée.

Les artistes montent sur l’estrade. Jupiter est vêtu d'un long manteau bleu flashy et coiffé d’un chapeau mou de couleur noire, un peu semblable à celui de Charlie Winston. Il s’installe devant les deux préposés aux congas. Il se réserve également le chant. Le drummer assure les backing vocaux. Deux gratteurs campent à gauche et à droite de l’estrade. C’est également du côté de ce dernier, mais en retrait que le bassiste se plante. A l'arrière, le batteur/percussionniste est masqué. Enfin, Couleur Café fait honneur à ses racines et propose de la véritable musique world. Un coup d’œil dans le dos pour constater que la foule a envahi la plaine. Les musicos sont avant tout d’excellents danseurs qui prennent leur pied sur les planches. Leur bonne humeur est communicative. Conquis, le public remue du popotin. Même que près du podium, ça jumpe grave…

A l’instar de leurs compatriotes Congotronics, Konono N°1, Kasai Allstars ou Staff Benda Bilili, Jupiter and The Okwess International parvient à fusionner des tas de styles tout en conservant l’esprit local. Le rock et les rythmes africains y font d’ailleurs bon ménage. Et le résultat ne peut laisser indifférent. Il est même parfois empreint de magie (NDLR : noire ?) Les compos sont chantées en dialecte congolais, et ma foi, cet idiome est agréable à l’oreille. Dans la set list, figure une compo coécrite par Jupiter, Nelly Eliya et Damon Albarn : « Hello ». Que du bonheur !

(Organisation : Couleur Café)

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Dominique A

Plus que parfait !

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Le Festival au Carré accueillait, ce dimanche 5 juillet, une figure de proue de la nouvelle chanson française.
Si l’artiste n’a jamais vraiment bénéficié d’un tapage médiatique, contrairement à bon nombre de ses pairs, il a déjà pourtant écumé bien des scènes en plus de vingt années de parcours ! Il fait partie de ces hommes plus soucieux de leur crédibilité que de leur portefeuille, même s’il lui arrive, de temps à autre de flirter, plus ou moins consciemment, avec un objectif mercantile. C’est malheureusement le prix à payer si on veut plaire à une large frange de la population. Il faut parfois accepter de vendre son âme à Dieu ! (NDLR : au diable ?)
Le chanteur charismatique a foulé les planches montoises pour, durant deux bonnes heures de bonheur, balayer l’ensemble d’une carrière riche, tout en épinglant les titres de son dernier écrin de beauté intitulé « Eléor ».
L’arène, plutôt mélomane, réunit des badauds, rarement en deçà de la quarantaine, signe du caractère plutôt élitiste du spectacle.
Nous étions donc loin d’un public composé de groupies venues voir un boys band !
Dominique A est un artisan à part entière de la langue de Molière ! Il la connaît, la croque, la tord comme pour en tirer le meilleur jus tel le vigneron, pour en faire son vin. Et comme celui-ci, il se bonifie au fil du temps.

Dire que parallèlement, d’autres s’emploient à l’anglais jugeant le français fade est d’une absolue ringardise. A tort bien sûr !

Chantournés et façonnés d’une façon dont lui seul a le secret, les mots sont choisis avec justesse ! Tantôt poétiques, tantôt plus incisifs et torturés, ils semblent tout droit sortis d’un chapeau pour incruster ses textes. Ils prennent un sens particulier dans chacune des chansons, donnant parfois lieu à une narration ou l’imaginaire est roi.

On écoute attentivement et la première pensée qui vous traverse l’esprit, c’est un cousinage éloigné avec Jean-Louis Murat, Miossec ou encore Benjamin Biolay.

Votre serviteur est bluffé par la prestation musicale de ce soir. Tout est plus que parfait : le son, la lumière et les arrangements. Et le tout est servi par une interprétation magistrale particulièrement soignée, exigeante et délicate !

Jonglant entre morceaux électriques et tempos plus lents, la setlist réunit pas moins de vingt-neuf morceaux. Elle est d’une cohérence à couper le souffle.

Du côté des musiciens, le jeu est d’une habilité déconcertante ! Chacun est dans son élément ! Le bassiste est le plus enjoué de tous ! La manière dont il se tortille en dit long sur son état euphorique. Une attitude proche de l’extase même !

Entre histoires fantasmées et somptueuses, le concert ressemble à un melting-pot de flottements naturels mélodiques et esthétiques placé au sein d’une parenthèse inattendue !

Dominique A fait ce qu’il aime! Il y ajoute beaucoup de véhémence même ! Ca se voit et ça se sent ! Il assume complètement cette identité hors du commun. Il fait fi de tout ce courant trop facilement dans l’air du temps. Comme pour éviter des lendemains fiévreux !

Après nous avoir gratifié d’un florilège de (quasi)tubes, le groupe s’est offert le luxe de revenir à deux reprises pour un total de huit titres. C’est dire sa générosité !

Quelle soirée !

Setlist

Cap Farvel
Nouvelles Vagues
Le sens
Une autre vie
Revenir au monde
Revenir au monde
Celle qui …
Le détour
Semana santa
Passer nous voir
Rendez-nous la lumière
Au revoir mon amour
Par le Canada
Central Otago
Immortels
Music hall
Ce geste absent
Rouvrir
Vers le bleu
L’océan
Eléore
Convoi

1er rappel :

Marina Tsvétaeva
Retour au calme
Retrouvailles
Le courage des oiseaux

2ème rappel :
La fin du monde
La peau
L’horizon
Oklahoma

(Organisation Mons 2015)

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AqME

La foi déplace les montagnes…

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Formation parisienne, AqME a enregistré son dernier album, « Dévisager Dieu », début novembre 2014. Il s’agit du premier elpee dont les vocaux sont assurés par le nouveau chanteur, Vincent Peignart-Mancini ; un disque que le quatuor était venu défendre au Salon de Silly. C’est juste avant leur set que deux membres de la formation –soit Vincent, le dernier arrivé et Julien, le guitariste– ont accordé cette interview bien sympathique à Musiczine…

Vincent, ton arrivée a-t-elle permis de donner un nouveau souffle à l’aventure d’AqME ?

Vincent : Je pense, oui. La boucle est ainsi bouclée. Quand j’ai débarqué, c’était pour reprendre la route afin de défendre le précédent elpee, « Epithète, Dominion, Epitaphe », auquel je n’avais pas participé. Pour le dernier, on a pris le temps de soigner la composition, avant de tout mettre en boîte. Et nous sommes partis plaider sa cause, lors de cette nouvelle tournée.

Vincent, tu n'avais pas contribué à l'écriture du précédent elpee. Pourtant, sur les planches, tu y mettais tout ce que tu avais dans le ventre pour en interpréter les compos…

Vincent : Oui, au départ, la proposition était inhabituelle. Il est vrai que 20 millions de dollars ne se refusent pas. Ils m'ont offert 'Final Fantasy 7' dans la mallette. En fait, je l’ai considérée davantage comme un challenge. C’était quand même un superbe album et je suis content de me l’être réapproprié. Je n’ai donc pas à rougir d’avoir défendu un tel skud. Et puis, la tournée est passée si vite.
Julien : Vu le chèque qu’on lui a filé, il ne pouvait pas refuser.

Ce septième elpee constitue-t-il un défi ou un tournant dans votre carrière ?

Vincent : Non une étape de plus. Pas de défi, on fait ce qu’on aime. Sans contrainte. Il s’agit d’une nouvelle étape. Une de plus. Un album en plus. On ne se fait pas la course aux cds. Comme je te l’ai dit tout à l’heure, c'est notre premier disque sous ce line up. On va en graver encore d’autres, t'inquiètes.
Julien : On ne se pose plus trop de questions. Nous n'avons pas de plan de carrière. Le groupe avance. Profitons de chaque instant présent. Tant que l'envie sera toujours présente dans le groupe, nous serons toujours d’attaque.
Vincent : On ne peut jamais affirmer ce que sera demain. Vivons donc le moment présent.

Pourquoi avoir choisi « Dévisager Dieu » comme titre de votre nouvel elpee ?

Vincent : La vie est faite de challenges. Aujourd’hui AqME est en pleine croissance et pas du tout fataliste. Et on cherchait des mots forts pour décrire cette situation. On estime que Dieu a une place importante dans la culture contemporaine. Que l'on soit croyant ou pas. Clairement, tout se recroise. Et le fait de le dévisager est assez important. C’est lui dire : ‘Oui, nous, on est là’.
Julien : C’est ce thème qu’on souhaitait adopter pour le disque. En racontant un peu ce qui s'est passé au sein du groupe et les aventures vécues par ses membres. On a traversé des moments difficiles. C'est un peu aussi une manière de dire qu’on n’abandonne pas le combat. Qu’on lève la tête et la maintient très haute.

« Enfant de Dieu », c’est un message mystique ?

Vincent : J’en reviens à ce que je racontais, il y a quelques minutes. La place de Dieu est importante dans la société. On peut avoir la foi en adoptant différents codes ou croire en plusieurs dieux. Croire en un seul Dieu. Croire en nous. Croire en quelqu’un d’autre. A quelqu’un qui te permette d’avancer. Nous sommes tous des enfants de Dieu, mais on ne sait plus qui est le prophète. A l'intérieur de chacun de nous, il y a un prophète. C'est un peu l'idée, d'où l'expression : le prophète disparu. Simplement ouvre les yeux et avance. Accroche-toi aux valeurs positives et tu pourras avancer dans la vie…

« Au-delà de l’ombre », « Un appel », « L’home et le sablier », « Pour le meilleur, le pire » et « Les Abysses » en sont des autres ?

Vincent : Notre religion, c'est : ‘Crois en toi’. On croit en nous. On rencontre du positif dans tout être humain qui nous entoure. Il faut s'en servir. Surtout ne pas l'épuiser. Simplement, s'en servir…
Julien : Et permettre également à ceux qui t'entourent de s’y ressourcer...

Finalement, lors du concert, je pensais voir débouler sur les planches, trois curés et une bonne soeur ?

Vincent : S'ils sont sympas, pourquoi pas. On n'est pas contre. On salue le Père David. Trente ans qu’on a plus accordé de concert dans l'Est et que l'on ne l'a plus vu. Mais les retrouvailles, c’est pour bientôt. D’ailleurs on lui dédicace personnellement le morceau « Blasphème ».

Tout baigne pour ce périple destiné à promotionner l’album ?

Vincent : La tournée se déroule en toute convivialité. Nous ne nous produisons pas dans de grandes salles, mais dans des clubs. Et l’accueil est excellent. Cette proximité permet un meilleur partage, d’être le plus proche possible du public.

Chouette pochette, mais étrange. Pourquoi cet homme à deux têtes ?

Vincent : Nous avons laissé carte blanche à Stéphane Casier de Yeaah Studio pour réaliser la pochette. Dans le cahier de charges on lui a simplement demandé de se référer à la dualité, la fraternité et la religion. Et puis, démerde-toi. Il a pondu cette illustration. Bingo !
Julien : On a approuvé le projet du premier coup et on n’a même pas dû lui demander de rectifier. C'était parfait. Il ne restait plus qu’à déposer le logo.

La fidélité à votre label, c’est aussi un acte de foi ?

Vincent : On est parfaitement soutenus par notre label. Nous étions en fin de contrat, après lui avoir réservé 6 albums. C’est à ce moment-là que je suis arrivé. J’ai pensé que je me pointais à un mauvais moment. Eh bien non, il n’a même pas fallu leur faire écouter les morceaux pour les convaincre. Ils souhaitaient que j’intègre le projet. Que me m’investisse dans la composition. Comme j’en voulais, pour eux, c’était une évidence. Et la décision est tombée tout de suite. On a eu des putains de conditions pour enregistrer en studio. Je n'en avais jamais connu de semblables. Et je ne les remercierai jamais assez pour les avoir vécues. Tout en espérant que ce ne soit pas la dernière fois. Ils ont tous bossé sur le projet, alors que l’industrie du disque traverse des moments difficiles. En fait, ils n’ont pas du tout envie de lâcher l’affaire…
Julien : J'aurais préféré boire des ‘Leffe’ que de niquer le job.

C'est vrai qu'actuellement, sortir un album est un fameux challenge ?

Vincent : C'est la raison pour laquelle on palpe la chance qu'on a. Et encore une fois, ce n'est pas donné à tout le monde.
Julien : C'est chouette de constater qu’il existe encore des gens qui ont la foi en des projets de longue haleine et qui ne veulent pas les abandonner. Qui vont de l'avant et qui surtout développent des idées. Qui s’investissent, quoi. Ce qui fait plaisir et met du baume au coeur et nous donne surtout l'envie de continuer. Non seulement le label nous soutient, mais aussi notre public. Il n’y a donc pas de raison de jeter l’éponge.
Vincent : Effectivement. Mais il faut rester honnête. AqME a un public fidèle. Mais, il ne remplit pas les ‘Zénith’ ou d’autre grandes salles. On ne doit plus y penser. Ni calculer. Mais si ce phénomène se reproduit, on pourra remercier nos aficionados. Car il ne sert à rien de faire de la musique et de ne pas la partager…

Vos textes sont écrits dans la langue de Molière, jamais eu envie de les exprimer dans celle de Shakespeare ?

Vincent : Chez AqME, les textes ont toujours été rédigés en français. Au sein du groupe, je n’ai jamais eu à en débattre. Ils sont écrits dans notre langue maternelle et on continuera à les exprimer ainsi. Nous y somme fidèles. Et puis notre musique s’y prête bien.
Julien : Cette option a, dans le passé, souvent suscité des controverses. Mais, je précise, à l'extérieur du groupe, d'après ce que j'ai pu comprendre. Début du millénaire, la plupart des labels signaient les groupes qui chantaient exclusivement en français. Mais aujourd’hui, si tu chantes en français, on va te demander de chanter en anglais. Il est vrai qu’il n’est pas toujours facile, vu le style de musique, de faire passer ce choix. Que le chant soit hurlé ou chanté. Tout est une question d'habitude. C’est un peu comme lorsqu’un ado boit habituellement de la bière et qu’il goûte du vin pour la première fois. Il estime que c’est dégueulasse. Et puis, au fil de l’âge, il finit par l’apprécier. L’exotisme ne branche pas les Français. Si notre démarche pouvait mieux s’exporter, la langue utilisée pourrait devenir une force. Ce qui prouve qu'il ne faut pas systématiquement chanter en français pour exister. Un exemple ? Rammstein. La formation s’est servie intelligemment de sa langue : l’allemand. Et ce n’est pas du tout évident à réaliser. Pourtant, elle a réussi brillamment ce challenge.
Vincent : En France, il n’existe pas vraiment de culture rock. Disons que l'influence américaine est plus facile à digérer que la française. Elle est plus généraliste. Le mélomane ne se pose pas de questions pour savoir si c’est bon ou pas. Nous, Français, on doit persévérer dans notre démarche.

Vincent, ta voix est à la fois puissante et mélodieuse et surtout tu parviens à t’en servir pour communiquer toutes tes émotions. En es-tu conscient ?

Vincent : Après avoir lu les chroniques sur les sites internet, je les ai montrées à mon épouse. Et elle m’a confié ceci : ‘Vincent, je ne te l'avais jamais dit, mais c'est vachement bien ce que tu as fait. Je n'aime pas le chant en français. Mais là, tu m'as fait découvrir quelque chose de cool. Dans chaque morceau, tu as mis un petit peu de toi. Tu as tellement mis tout ce que tu avais à donner qu'il y a une partie de toi qui est partie’. J’en ai eu de frissons. Putain, c’est complètement dingue. Et elle a ajouté : ‘Peut-être au tu ne le perçois pas. On dirait que tu ne réfléchis pas et que tu y vas ». C’est le plus beau compliment qu’on m’ait fait sur ma collaboration à l’album. Et il vient de ma femme. Maintenant, je crois un peu ce qu'on me raconte. Et les réactions me font plaisir. Mais ces sessions m’ont mis une grosse pression et ont exigé énormément de boulot.  

Un groupe de métal sans guitare, c'est un peu comme un chien sans queue ? Julien, qu’en penses-tu ?

Vincent : Didier te compare à une queue.
Julien : Merci Didier pour la comparaison. On va faire avec. Ben, je ne joue que de cet instrument. Comme tout le monde, je pianote. Je suis capable d’y exécuter 2 ou 3 notes. Je ne joue pas de la batterie. En fait, la guitare me possède depuis 20 ans et me suffit largement et amplement. Elle est tellement riche et te permet de faire tellement de choses différentes. Tu peux transformer le son de la guitare ou le conserver très pur. Tu peux en jouer en solo. Ou dans un groupe. Je n’ai pas envie d’en changer. Cet instrument me convient et je m’en contente. La guitare ne me lasse pas.
Vincent : C’est un instrument universel.

Charlotte, la bassiste, incarne la touche sexy au sein d’AqME. Une fille au milieu de mâles, c’est un plus ou un moins ?

Vincent : Hormis ses nichons et ses cheveux longs, elle se comporte comme un mec. C'est marrant, auparavant, je n'avais jamais joué avec une meuf. Sans quoi, je ne vois aucune différence. Une fille dans un groupe apporte un peu de douceur...
Julien : J’avais déjà bossé, dans le passé, en compagnie de filles au micro ou à la guitare. En fait, une nana au milieu de 'couillus', c'est toujours une personne en moins pour le chargement et le déchargement du matériel.

En 2005, votre drummer Etienne a apporté son concours à Indochine pour la chanson « Aujourd'hui, Je Pleure ». Comment est née cette collaboration ?

Julien : Etienne m'en a parlé. Donc je connais l’histoire. A l’époque, le magazine 'Rock Sound' réalisait souvent des 'blind tests'. Il en a fait passer un à Nicola ; et, dans cette épreuve, il y avait une de nos compos. Il ne nous connaissait pas ; mais le morceau a suscité sa curiosité. Il a contacté notre management et nous a proposé une collaboration. A cette époque, nous avions un titre que nous aimions pourtant bien, mais que nous n’étions pas parvenus à inclure sur « Polaroïds & Pornographie ». On lui a donc proposé. Et ce titre lui a plu. Si bien qu’on s’est retrouvé ensemble pour enregistrer cette chanson destinée à l’album « Alice And June ». Et Indochine nous a ensuite invité à participer à la tournée destinée à promouvoir ce disque…

Etienne le batteur vient de pénétrer dans la salle. Vincent et Julien m’avaient confié en aparté qu’il était important pour lui de manger bien à l'heure. Evidemment il prend un sandwich en main. Ce qui provoque un fou rire général.

Etienne, as-tu une ligne directrice dans ton drumming ?

Etienne : Dis donc, tu as préparé un texte ou quoi ? Ma ligne directrice ? Suivre simplement ce que le morceau exige. C'est lui qui dicte ma conduite. Il ne faut pas aller plus loin. Tout dépend du groove ou du break requis par la compo. C’est instinctif ! Et je ne me pose pas de question. C’est ma ligne directrice…

Etienne, on en parlait tout à l’heure, en 2005 AqME a apporté son concours à Indochine pour enregistrer une de vos chansons, « Aujourd'hui, Je Pleure ». Tu t’en souviens encore.

Etienne : C'était il y a longtemps… En fait, Indochine nous avait invités à nous produire pour certains concerts du X Festival, à l'époque. On a sympathisé. (NDR : il relate ensuite ce que Julien nous a raconté quelques minutes plus tôt). Une simple rencontre entre musiciens.

Etienne, tu es le plus ancien membre d’AqME. On te considère même comme sa force tranquille. Mais quel impact l’arrivée de Vincent a produit sur l’existence du groupe ?

Etienne : Il a apporté beaucoup de bien à l’équipe. Du sang neuf est une bouffée d'air frais. Et il nous permet d’ouvrir des portes. Il a aussi changé l'ambiance. Il est beaucoup plus positif que Thomas, notre ancien chanteur. Et il possède des capacités vocales exceptionnelles. Ce qui a permis de se renouveler tout en conservant notre propre style...

 

Open’er Festival 2015 : samedi 4 juillet

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Accusant quelques jours de retard sur la Belgique, la canicule s’abat sur le Nord de la Pologne. On y dépasse allégrement les 30 degrés et le soleil cogne sec. Du coup, la plupart des spectateurs, y compris votre serviteur, débarquent plus tard en soirée. D’autant plus que cette année, les têtes d’affiches sont programmées en nocturne (2 heures du matin pour le ‘main act’ sur la scène principale).

Cette soirée commence tout en douceur par Hozier. Le jeune Irlandais est soutenu par deux jolies choristes et une contrebassiste, qui donnent une touche soul à son set. Et tout particulièrement sur la cover d’Ariana Grande, « Problems », « Work song » et son méga tube « Take me to church ».

De loin on entend les hurlements de Polonaises adolescentes. Sous une Tent stage bondée et plongée dans un véritable four, elles semblent aduler Years & Years. Et elles sont nombreuses à s’époumoner. Epaulé par un batteur et deux claviéristes, le chanteur possède une voix remarquable voix et affiche un physique juvénile. Bref, le public est conquis d’avance. De la set list, on épinglera les singles « Shines » (joué en milieu de set) et « King » (en clôture). Curieux, on avait quand même l’impression que ce concert était interdit aux plus de 18 ans.

D’autres chiffres : 48:13 s’illuminent en fond d’écran sur le podium principal. Et l’auditoire semble plus large. Pas de doute c’est bien Kasabian qui s’apprête à entrer en piste. Mais à force de les voir très (trop ?) fréquemment à l’affiche des grands festivals, ne risque-t-on pas de se lasser de leur présence ? L’entame porte à le croire, car le band apparaît fatigué, les traits tirés, sans doute par l’accumulation des dates de tournée. Et pourtant après un départ laborieux, les musicos retrouvent progressivement leurs marques. « Eez-eh » puis « Club foot » font bondir la foule sur un bon millier de mètres carrés. ‘You’re fuckin’ amazing’ lâche Tom Meighan. Boosté par ce public, Sergio Pizzorno commence à prendre réellement du plaisir sur scène et le concert finit vraiment par décoller. La machine à tubes est mise en marche. « Fire », puis en rappel « Vlad the impaler », « Lost souls forever » ou une surprenante cover du « Praise you » de Fatboy slim, sont autant de coups qui font mouche. Kasabian reste définitivement une valeur sûre pour ce type d’événement.

L’année dernière, St Vincent nous avait déjà bluffés lors du Primavera festival. Son dernier opus, sobrement intitulé « St Vincent », avait également recueilli les faveurs de la presse spécialisée. C’est donc enthousiaste que je rejoins la Tent stage, même si la fatigue commence à gagner en cette fin de séjour. Première surprise, la chanteuse, Annie Clark, a changé de look. Ses cheveux surtout. Elle n’est plus la blonde à la tignasse digne des Jackson Five, mais a opté pour une coupe plus proche de celle de Sinead O’connor. En outre, ses sourcils sont mal épilés ou (volontairement ?) grossièrement soulignés. Sa voix est en revanche toujours intacte, d’une limpidité qui lui a valu et qui lui vaut encore d’être comparée à Kate Bush. Et ce n’est pas usurpé. Quant au jeu de scène, il évoque davantage celui de PJ Harvey. Elle est perchée une structure cubique, dans l’obscurité et en retrait de l’estrade (NDR : une calamité pour les photographes !) Après avoir interprété un excellent « Digital Witnness » en milieu de parcours, le ton va radicalement changer. Annie s’avance sur le devant du podium et se lance dans de nouvelles chorégraphies en compagnie de sa claviériste Toko. Le concert devient beaucoup plus électrique, et la belle s’autorise plusieurs bains de foule. Elle va même rejoindre un des cameramen. Un show unique en son genre qui vient clôturer un festival tout en couleur et diversité.

L’heure du bilan a sonné. On cite le chiffre de 90 000 festivaliers pour les 4 jours. Une centaine d’artistes ou groupes se sont produits sur trois scènes différentes. Reste à analyser les points forts et les points faible de cette édition 2015 de l’Open’er :

Points forts :

-          Un temps toujours sec et pas trop chaud (sauf le dernier jour)

-          Une distribution de bouteilles d’eau aux premiers rangs

-          Une sécurité (un peu) moins drastique que dans le passé

-          Un public relativement bien discipliné (NDR : les quelques rares à uriner partout sont les Anglais)

-          Le prix des bières qui n’a pas augmenté (NDR : 2 € le demi-litre !)

Points faibles :

-          Une (toujours) trop grande distance entre les différents podiums

-          La suppression de la 4ème scène (alternative)

-          Son remplacement par une ‘beat stage’ bruyante et sans intérêt (sauf pour les clubbers)

-          La programmation des têtes d’affiche à des heures de + en + tardives (2 heures du mat’ pour le ‘main act’ sur la scène principale)

(Organisation : Open’er)

 

Couleur Café 2015 : samedi 4 juillet

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Le deuxième jour de Couleur Café va se dérouler sous un soleil de plomb. Heureusement, les organisateurs ont prévu des zones de rafraîchissement, dont des brumisateurs, et installé des robinets pour la distribution gratuite d’eau. Aujourd’hui, 21 200 spectateurs vont se rendre sur le site de Tour & Taxis. Plus de 20 groupes sont à l’affiche. Compte-rendu.

En débarquant vers 16h30, je me dirige vers la 'Move' pour vivre la rencontre entre Fùgù Mango et Binti. Depuis les dernières Nuits Botanique, ils ne se quittent plus. Il faut dire que le mélange est étonnant. Fùgù Mango, placé à gauche de la scène, réunit la fratrie Vincent et Jean-Yves Lontie des Bikinians, Anne Fidalgo de OK Cowboy ainsi que le batteur/percussionniste Franck Baya que l’on compare souvent au guitariste Laurent Steelemans. Parce qu’il est impliqué dans tous les bons projets. En ligne sur la droite : Binti, 6 jolies gonzesses aux vocaux (Hadiel, Yasmin, Amina, Rana, Sherien et Fedia). D'origine égyptienne, le mot ‘Binti’ se traduit par 'ma fille'.

Fùgù Mango pratique une pop sucrée, enrichie de rythmes afros, teintée d'indie rock et dynamisée par des accents funk. Il y a déjà quelques mois que le groupe a publié son premier elpee, « JùJù », disque qu’il est parti défendre en tournée dans les salles et lors des festivals. Le set s’ouvre par « Floréa », extrait de cet LP, une compo savoureuse déjà stimulée par les  percus tribales. La conjugaison opérée entre les voix de la bande à Franck et les 6 choristes est jouissive. Plus afro, mais sous un format électro, « Kylie's Dream » lorgne vers Tom Tom Club. Le team revisite ensuite le « Golden Brown » des Stranglers. Les claviers sont ravageurs, les harmonies vocales riches, limpides, et les percus tranchantes. Déconcertant ! Et l’auditoire apprécie leur version. « Walk On By » est une véritable tuerie. Derrière ses toms, Franck se déchaîne. Une nouveau titre : « Back in Balance ». Il est particulièrement soul. Bindi en profite pour tirer son épingle du jeu. Tout comme pour « No Silver Bullet » (« JùJù »), un morceau plus paisible. Une perle qui mériterait une adaptation a capella. Ou encore « Full Desire », une autre nouvelle compo. « Bambee » nous replonge en Afrique centrale. Le set épingle également quelques titres plus dansants, « Around », « Mango Chicks » et « Birthday Beast », au cours duquel Bindi prend le concert en voix (et pas en mains). L'association est vraiment réussie. Et si vous n’avez jamais eu le loisir d’assister à un spectacle accordé conjointement par Fùgù Mango et Bindi, sachez qu’ils se produiront le 17 juillet à Dour, le 17 septembre à la Ferme du Biéreau de LLN et le 26 du même mois, au Salon de Silly.

Direction 'Titan' pour assister au show de La Chiva Gantiva. Des abonnés au festival. Le combo a pris de la bouteille et compte à ce jour deux chouettes elpees, « Paléo » et « Vivo », parus chez Crammed Discs. D’origine colombienne, il vit à Bruxelles. Et est apprécié autant en Amérique du Sud qu’en Belgique. Festive, sa musique est classiquement balisée par un trio basse/batterie/guitare, mais elle est enrichie de cuivres fiévreux, pétulants, et fouettée par des percussions davantage sud-américaines qu'africaines. Rafael Espinel est le chanteur de la troupe. Un personnage charismatique qui la drive de main de maître tout en incitant la foule à danser ou à frapper dans les mains. Il n’hésite pas à la haranguer et elle répond au quart de tour. Bref, il va parvenir à foutre un joyeux bordel dans l’auditoire qui remue, pendant que la température grimpe de quelques degrés. Franchement, en concert, La Chiva Gantiva, c’est le pied !

Quelques minutes du set d'Israël Vibration, quand même. Vu son nom, vous vous doutez bien qu’il émarge au reggae. Et même au ragga. Les papys ont été arrachés de leur retraite dorée à Kingston. Quoique un peu fatigués, ces vétérans sont toujours aussi impressionnants. N’est-ce point dans les vieilles casseroles qu’on fait la meilleure soupe ? Et le potage est exquis : good vibrations, ganga et sueur, mais sous une chaleur étouffante.

Manifestement, la programmation musicale du Couleur Café privilégie de plus en plus les musiques urbaines : rap, hip hop, reggae et ragga. En légère perte de vitesse, il se cherche un public plus jeune. Mais en délaissant un peu trop, à mon goût, les musiques du monde, qui constituent quand même les racines du festival.

Sous la 'Move', le public est venu vivre une géante 'Mousse Party'. Aussi c’est en mode ‘fish stick’ que votre serviteur se faufile. La mousse est propagée par 4 énormes machines, pendant que sur le podium, un dj balance des sonorités house, électro et dubstep. Le spectacle est divertissant. Les festivaliers débordent d’enthousiasme pour se trémousser dans ce bain d’écume. Les présentateurs de Pure FM sont même de la partie.

L’'Univers' accueille Starflam, un collectif que le peuple attend impatiemment. Un quatuor liégeois réunissant quatre MC's et un Dj. Il y a même un monde fou à l’extérieur du chapiteau. La température va donc y monter en flèche. Il vient de faire un carton à l'Ancienne Belgique. Et est venu défendre son nouvel opus, « A L'Ancienne ». Son 14ème ! Ce qui ne va pas empêcher le crew de balancer judicieusement quelques standards. Métronomique, intense, le show va se révéler d’une rare efficacité. Et va carrément mettre la foule sur les genoux. Akro : ‘Big Up, Man et respect!’

Sur le 'Titan', on attend la nouvelle sensation du rap hexagonal, 1995, un collectif parisien réunissant Alpha Wann (Emcee), Areno Jaz (Emcee/Grapheur), Fonky Flav' (Emcee/Beatmaker), Lo' (DJ/Beatmaker), Nek le Fennek (Emcee) et Sneazzy (Emcee). Donc 5 Mc's pour baliser les planches dans tous les sens, et un Dj pour mener le bal à l’aide de scratches originaux. En début de parcours, un tee-shirt est brûlé et lancé au sein des premiers rangs. Le show peut commencer. Bien torchés, les textes véhiculent des thèmes de révolte. Les Mc’s provoquent la foule qui est manifestement réceptive…

Retour vers l’'Univers' pour le concert de Modestep Live, un quatuor insulaire formé en 2010, par les frères Josh et Tony Friend, ainsi que Pat Lundy et Kyle Deek. Des Londoniens responsable d’un dubstep teinté de rock. Et surtout novateur. Des influences majeures ? Prodigy et Skryllex. A leur actif, deux albums « Evolution Théory » et « London Road ».

L’intro est symphonique et embraie par « Damien », extrait de « London Road ». Un titre d’électro/dubstep. Les morceaux peuvent parfois devenir planants, avant de partir dans tous les sens. A l’instar de « Sing », une nouvelle compo. « Rainbow » s’ébroue dans le ragga, avant de virer au sein d’un délire dubstep, pourtant bien maîtrisé. Le public commence à s'agiter et sur les planches, les musicos se démènent pour dynamiter leur show. L’interaction entre le band et la foule est totale. Une foule particulièrement bouillante. D’ailleurs les jumps et les hand's up se multiplient. Une très chouette découverte !

Busta Rhymes a investi le 'Titan'. Son dernier passage en Belgique remonte à 2010. Capricieux, l'artiste ne souhaite ni photographe, ni journaliste en front stage. Il se sent sans doute investi d’une mission. Laquelle ? Difficile à dire. Il ne le sait peut-être pas lui-même. Un son médiocre et une prestation ringarde ne justifient certainement le droit de se pousser ainsi du col. Il peut retourner aux States, sans problème. Il n’avait pas sa place au Couleur Café…

C’est sur la petite scène 'Dance Club' qu’est programmée Glù, une formation bruxelloise qui déchire et attise les passions. Votre serviteur l’avait découverte au Bota, dans le cadre du Propulse. Un quatuor signé chez Naff-Rekordz, un label dynamique créé par les sympathiques Herbert Celis et Alex Davidson, et sur lequel on retrouve Frown-I-Brown, Wild Boar & Bull Brass Band, UTZ ainsi que Jawhar. Le line up implique le drummer Alex Rodenbourg, le bassiste Dorian Palos, le claviériste (Fender Rhodes Korg.MS 20) Martin Daniel et le préposé aux machines, François Gaspard. Pour quelques titres, ils vont recevoir le concours d’un Mc qui ne manque pas de coffre, Deco Comprehension.

La coloration de leur expression sonore est essentiellement électro. Pas basique, mais bien structurée, elle intègre drum&bass, dubstep, breakcore et hip hop. A leur actif, un single et un Ep. La foule est plutôt compacte pour assister à ce set. Il est nécessaire de se faufiler en douceur si on veut approcher de l’estrade. On se croirait à un concert d'AC/DC. Des images assez suggestives sont projetées sur un écran derrière le drummer. « Coton Twat » amorce le spectacle. Deco débarque sur le podium et se place derrière son micro pour attaquer « Vanilla », un mix entre hip-hop et trance, bien dans l'air du temps. Impeccable ! « Hunter » et « Psycho » baignent dans l’électro/psyché. Le tempo est endiablé. Le public danse. Le préposé derrière la console est balaise, car le son est cristallin. Une grosse claque de 60 bonnes minutes ! Et conquis, l’auditoire a réagi en conséquence…

Après ce set époustouflant, je décide de déambuler au sein des allées du souk, en attendant le feu d'artifice. Terminé, je me place le plus près possible du podium 'Titan', pour assister au concert de Caravan Palace. Pour ce deuxième jour du festival, il s’agit de la tête d’affiche. En 2013, la formation avait fait un tabac ici même. C’est aussi à cette époque que je l’avais découverte. Le combo a publié deux elpees à ce jour, un éponyme et « Panic ». La sortie du troisième, « </°_°/> », est prévue pour octobre. Leur single « Comics » est déjà sur la toile. Et puis le band se produira au Cirque Royal le 28/11/2015.

Le collectif réunit Arnaud Vial (guitare, programmation, synthétiseur), Charles Delaporte (contrebasse, synthétiseur, programmation), Hugues Payen (violon, programmation, scat, synthétiseur, chant), Antoine Toustou (machines, synthétiseur, trombone, chant), Camille Chapellière (clarinette), Paul-Marie Barbier (vibraphone, percussions). Tous participent aux chœurs. Et bien sûr, Zoé Colotis au chant, à la danse et à la chorégraphie.

Zoe est une véritable bête de scène. Elle déclare : ‘Bruxelles, nous sommes là. Faites attention à vos lacets de chaussures!’ Elle va quitter 5 fois la scène pour changer de toilette. Le plus rapidement possible. Deux de ses comparses se chargeant de maintenir en haleine l’auditoire. Voluptueux, le spectacle semble séduire particulièrement les ados, car les spectateurs des premiers rangs se déhanchent allègrement. Votre serviteur est également emporté par cette frénésie qui vous incite à remuer le popotin et les guiboles. Ce mélange déjanté entre électro swing et manouche, fait littéralement mouche. Pas de setlist, qui épingle quand même « Suzy », « Je m'amuse », « Queens », « Star Scat », « Clash », « Brotherswing », « Jolie Coquine » et quelques nouveaux titres dont « Comics » qui nous a mis un fameux boxon. Après avoir écumé les States, Caravan Palace était de retour ; et franchement, j’ai vécu l’apothéose du festival avant la lettre. L’extase ! Il est une heure du matin, je quitte les lieux. A demain, pour le dernier jour…

(Organisation : Couleur Café)

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Open’er Festival 2015 : vendredi 3 juillet

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Autant l’affiche du mercredi était plutôt légère, autant celle d’aujourd’hui propose pas mal de poids lourds. Et comme d’habitude dans une telle situation, les choix cornéliens vont devoir être opérés dans la programmation par votre serviteur. D’autant que la distance entre les scènes (NDR : comptez un bon quart d’heure de marche minimum) ne permet pas toujours de passer d’un spectacle à un autre, rapidement...

Le premier choix se pose entre Of Monsters and Men et Thurston Moore. Finalement j’opte d’abord pour l’ex-leader de Sonic Youth. Ce qui semble logique, vu l’excellent elpee du band yankee commis en 2014, et puis son show très convaincant accordé dans le cadre du Primavera, il y a quelques semaines. Il n’y a qu’une centaine de spectateurs sous l’Alter stage tent pour accueillir la formation américaine. Ce qui confère une ambiance intimiste au concert, comme lors d’un showcase. Le public réunit essentiellement des quadras. Mais pas seulement. Certains ados ont enfilé des t-shirts à l’effigie de l’album « Goo », pourtant paru à une époque où ils n’étaient mêmes pas encore nés. Le quatuor déboule de manière plutôt désinvolte sur l’estrade, et entame un longue intro de riffs. Quelques minutes plus tard le drummer entame son drumming, laissant alors deviner le titre du morceau, « Forever more ». Joué en version maxi 45trs, puisqu’il sera tiré en longueur sur une bonne vingtaine de minutes. La set list embraie par « Speak to the wild ». Thurston semble devoir s’appuyer sur un pense-bête placé su un pupitre, pour lire les paroles des ses chansons. Sa mémoire deviendrait-elle défaillante, au fil de l’âge ? En tout cas, il est soutenu par trois excellents musiciens, aussi discrets qu’efficaces. La bassiste tourne ainsi constamment le dos au public. Et le batteur reste bien en retrait.

Il reste un peu de temps pour assister quand même au set de Of Monsters and Men. Un collectif de 9 musiciens qui se produit sur la scène principale. Et ils sont très jeunes. ‘It was our first time in Poland’ déclare l’un d’entre eux. Pas étonnant, puisque le combo islandais n’a enregistré à ce jour qu’un seul LP. En 2012 : « My head is an animal ». En fin de set, il attaque son single planétaire « Little talks » suivi de « Six weeks », pour conclure. Souriante, Nanna, la chanteuse, semble ravie de l’accueil de l’auditoire.

Et puisque nous sommes dans le revival folk, autant camper devant ce même podium en attendant Mumford and Sons. Après avoir gravé deux albums « Sigh no more » et « Babel », qui ont récolté un succès certain, leur troisième, « Wilder man », est paru cette année ; et il a pris un virage plus électrique. Pour aborder « Just smoke », le band est d’ailleurs soutenu par les Vaccines qui ont foulé les mêmes planches, quelques heures plus tôt. Cependant, il faut reconnaître qu’il ne prend guère de risques, proposant un show sans grande surprise ni éclat. En débutant par « Snake eyes », puis proposant leur single « I will wait » ainsi que le titre maître de « Babel », on a même parfois l’impression de fréquenter un saloon au beau milieu de Far West. Nombreuse, la foule semble apprécier. Perso, je vais voir si l’herbe est plus verte ailleurs… 

Encore que pour Swans, le climat est plutôt ténébreux et même tribal. Chevelure longue, grisonnante et hirsute, Michael Gira paraît en pleine forme. A ses côtés, on retrouve son fidèle guitariste Norman Westberg. Toujours aussi posé, mais terriblement efficace. Et également le dévoué claviériste Christoph Hahn. Trois vétérans ! Car le line up est complété par Thor Harris, aux allures de Viking, qui se déchaîne derrière ses percus. Pendant plus de deux heures, le groupe culte (NDR : il a notamment influencé The Young Gods) va nous balancer un son industriel, brut et sans concession. En accordant une large place à son dernier opus (« To be kind », paru en 2014), dont il va notamment extraire « A little god in my hands », « Just a little man » et « Bring the sun ». Malgré la durée du set (NDR : le plus long du festival) et des adieux au public, l’auditoire sollicite un rappel. Et on y croit vraiment, lorsque Gira revient sur le côté du podium. Les techniciens attendent également un signe du boss. Mais celui-ci leur signifie que le concert est définitivement terminé. Fait marquant, le groupe démonte ensuite encore son matos et échange quelques mots avec les fans restés derrière les barrières. Et pour que votre info soit complète, sachez que Swans publiera son quatorzième long playing cet automne… 

Autre scène et autre style pour D’Angelo (NDR : prononcez Di Angelo) and the Vanguard. Il vient à peine d’entrer dans la quarantaine, mais sa soul est digne d’un James Brown au sommet de son art. Ce chanteur/compositeur (et producteur) est particulièrement à l’aise sur le podium principal. Le public, venu en masse, est très réactif, même si j’imagine que bon nombre de spectateurs s’agglutinent contre les barrières afin de se réserver une place de choix pour le groupe suivant.

En l’occurrence The Prodigy, une des têtes d’affiche. Leur show fait toujours recette lors des grands festivals. Le band insulaire a, en outre, publié un nouvel LP, « The day is my enemy », en mars dernier. Et il tient la route. Le concert a pris un bon quart d’heure de retard. Un fait rarissime dans ce type d’organisation très (trop ?) réglée comme du papier à musique. Dès les premiers accords de « Breathe », les plus excités se mettent à bondir. L’agitation gagne tout au long de « Nasty » (NDR : un extrait du dernier opus), et se poursuit sur « Omen » ainsi que « Firestarter » qui embraient. Malheureusement on ne voit plus grand-chose. A cause du light show et des fumigènes. Même les écrans vidéo sont enfumés. Les cameramen ont beau switcher vers le noir et blanc, rien n’y fait. En outre, le set ne va durer qu’1h15. De quoi frustrer les aficionados. Il est vrai qu’alors, il est quand même déjà 3 h 30 du matin, lorsque le spectacle s’achève…

(Organisation Open’er)

 

Couleur Café 2015 : vendredi 3 juillet

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Couleur Café est un des événements incontournables du début de l'été. Suite aux modifications de dates apportées au RockWerchter, l’événement a dû être reporté au premier week-end de juillet. Ce qui n’est pas plus mal, car les examens des étudiants sont alors terminés. Et permet à ce festival familial, multiculturel et métissé, d’attirer davantage de monde. Avant d’arriver dans la capitale, les travaux et les bouchons sont légion. Je stationne près du Botanique et j’emprunte le métro pour atteindre le site. Passage obligé au guichet pour obtenir le précieux sésame et être contraint à l’inévitable fouille. C’est la douzième fois que votre serviteur participe à Couleur Café, dont il s’agit déjà de la vingt-sixième édition.

Direction Scène 'Univers' où Tarrus Riley achève son set. Il est né en 1979, dans le Bronx new-yorkais, mais a passé sa jeunesse en Jamaïque. Membre du mouvement Rastafari, c’est le fils de Jimmy Riley. Tarrus est venu défendre son dernier elpee, « Love Situation », paru en 2014. Cet album est décrit comme ‘un véritable hommage à l'aire du rocksteady’ et implique une volée de guests, dont U-Roy, Big Youth, Konshens et Mr Cheeks. Mais ce sont deux standards de son répertoire, « She's Royal » et « Good Girl Gone Bed », qui ont forgé sa notoriété. Sur les planches, il est soutenu par son compatriote, le saxophoniste Dean Graser (NDR : un vieux routard) ainsi que la belle Américano-jamaïquaine Alaine, au chant. Mais surtout par son backing group, le Blak Soil Band. Tarrus pratique un reggae contemporain. Pas question de revivalisme dans son expression sonore. C’est ce que j’ai pu remarquer lors des trois titres auxquels j’ai pu assister.

La température est caniculaire sous le chapiteau. Heureusement, les organisateurs ont installé des brumisateurs pour rafraîchir les festivaliers. Et cette initiative est particulièrement judicieuse.  

Un petit crochet par la grande scène pour applaudir Gentleman and The Evolution. Il s’agit du projet de Otto Tillman, un chanteur allemand qui propose du reggae/roots/dancehall. Pas courant ! Et pas mal du tout.

Néanmoins, mon objectif est de rejoindre la scène ‘Move’, où deux petits jeunes bien sympathiques vont fouler les planches. Deux rappeurs, âgés respectivement de 22 et 18 ans. Il y a déjà pas mal de monde devant l’estrade. Il est 19 heures et la chaleur est lourde. Manque plus que l’huile pour cuire les sardines. Heureusement, les brumisateurs exhalent un liquide plus rafraîchissant. Mais le set du duo va encore faire monter la température de quelques degrés. Comme lors des derniers Francos, ils vous foutre un joyeux bordel.

Ce sont deux frangins. Bigflo et Oli. Des Toulousains qui ont fréquenté le Conservatoire. L'un a appris à  jouer de la trompette et l'autre la batterie. Leur Ep, « Le Trac », était paru en 2014, suivi par un premier elpee, intitulé « La Cour Des Grands », en mai 2015. Un disque encensé par la critique. Et sur lequel figure un hit, « Monsieur Tout Le Monde », qui est parvenu à passer le cap des 2 millions de vues sur la toile. Et ce n’est qu’un début. Leur rap old school lorgne vers IAM. Bien torchés, leurs textes sont enrichis de rimes bien pointues.

Ce soir, ils sont quand même épaulés par deux collaborateurs. Un violoncelliste, qui s’installe à gauche, et un préposé aux platines placé sur une immense estrade. Les deux frères vont mettre le feu en balançant un rap d’excellente facture. Faut dire que les vannes pleuvent littéralement (NDR : vu la canicule !) Et elles sont percutantes…

Cap vers le 'Titan' pour le concert d'Arsenal. Le duo d'enfer John Rohan/Hendrik Willemyns a fêté dignement ses 15 années d'existence à l'Ancienne Belgique, en alignant 6 concerts sold out. Et ils sont partis sur la route des festivals. Le chanteur/guitariste John ainsi que le préposé aux machines et aux synthés constituent l’assise du band. La charismatique Léonie Gysel est derrière le micro, soutenue par Charlotte Adigéry aux choeurs. Le très efficace percussionniste David Donnat (Suarez) se plante à l'extrême gauche, et juste devant lui, le second gratteur, Bruno Fevery. La section rythmique est postée à l’extrême droite. Dirk Loots se charge des fûts, et devant lui, Mirko Banovic (Arno) à la basse.

Une toile tendue représentant une forêt sert de décor de fond de scène. Un décor simple et dépouillé. Le light show est également plus sobre que d'habitude. Lydmor est invitée à seconder John au chant pour un titre. Le set est plus classique, mais toujours aussi intense en émotion. Et puis, Arsenal en concert, c'est la danse, la fête à la musique et ça bouge dans tous les sens. Malgré la chaleur torride, John va faire monter la pression, bien épaulé par Léonie qui –et c’est une règle–se déhanche toujours aussi sensuellement. Pas question d'avoir les mains dans les poches. Elle en fait d’ailleurs la remarque à l’auditoire. Nous visitons les différents continents de notre planète. Depuis l'Afrique (les percus et les textes en dialecte local) à l’Amérique du Sud (le Brésil pour ses rythmes endiablés), en passant par l’Asie (Inde, Chine, Japon) et l’Europe (la Scandinavie). Un voyage que reflète les cinq elpees d’Arsenal : « Oyebo Soul », « Outsides », « Lotuk », « Lokemo » et « Furu ». Arsenal est avant tout un groupe de scène et il l'a encore démontré ce soir.

Le podium Univers accueille le leader des Fugees, Wyclef Jean. Son groupe a vendu près de 30 millions d'albums à travers le monde. Bénéficiant d’une section rythmique basse/batterie particulièrement solide, il aligne des tubes qui ont marqué les nineties dont le « Ready Or Not » des Fugees, mais également toute une série de covers ; et tout particulièrement le « Killing Me Softly » de Roberta Flack, le sublime « Guantanamera» de Pete Seeger, le « Knockin' On Heaven's Door » de Dylan ainsi que deux signées Bob Marley, « No Woman, No Cry » et « Redemption Song ». Sans oublier l’hommage à Michael Jackson, « I Want You Back ».

Il est cependant temps de mettre le cap sur le podium Move, afin de découvrir la phénomène israélienne, Ester Rada. On en dit tellement de bien, qu’il serait dommage de manquer sa prestation. Ses racines sont éthiopiennes. Sa musique pourrait être décrite comme de l’éthio/jazz teinté de soul, de funk et de R&B. Elle possède une voix sublime et modulable. Aussi bien vers les graves que les aigus. A l’instar de Mary J Blige, même si cette voix me fait penser tour à tour à Aretha Franklin, Lauryn Hill, Nneka, Ayo ou surtout Sharon Jones. Dès le début du set, on a compris que quelque chose va se passer. La foule se presse aux premiers rangs, et il doit y avoir au moins 3 000 personnes pour assister à ce concert. Au cours duquel Ester va nous proposer les morceaux de son premier elpee. Et il est éponyme. Elle est soutenue par son backing group : le bassiste Michael Guy, les guitariste Ben Haze, le claviériste Lior Romano et le drummer Dan Mayo. Sans oublier une section de cuivres réunissant le tromboniste Maayon Milo, le saxophoniste Gal Dahan et le trompettiste Inon Peretz. Et tout ce beau monde va se mettre au service de la voix d’Ester. Séduit, l’auditoire boit littéralement les paroles de la nouvelle diva. Outre la musique qui vous transporte dans une autre dimension, on n’entend pas une mouche voler, tellement l’assemblée est réceptive. Mon coup de cœur pour cette édition 2015 de Couleur Café, un peu comme l’an dernier je l’avais attribué à Laura Mvoula, et dans le passé à Ayo et Nneka.

Tentative d’approche vers la scène principale où se produit le Wu-Tang Clan. Du line up originel –composé de 9 membres– il ne reste plus que GZA, Inspectah Deck et Ghostface Killah. Une grosse arnaque donc pour les fans. Mot d'ordre avant le concert : pas de photographe et personne en frontstage. Des petits caprices de stars, on en rencontre encore aujourd’hui. Simplement, faudrait alors qu’elles se montrent à la hauteur. Les infra-basses sont tellement pénibles et le son médiocre, que je préfère fuir le massacre. Ah oui, le collectif a enregistré un nouvel LP en évitant de se croiser dans les studios d'enregistrement. Faut dire que rien qu’en observant le gros aux bras tatoués qui harangue la foule, on n’a pas trop envie de les côtoyer…  

Je me rends donc au 'Palais Du Bien Manger' qui usurpe aujourd’hui son nom. Il fait chaud et peu de mets me tentent. En outre, au vu du contenu de l’assiette, les prix sont exorbitants. Je prends un risque et commande un plat argentin à 9€… La viande est à peine cuite (NDLR : du cheval ?) A quoi sert l'AFSCA ? A détruire les producteurs locaux au bénéfice de multinationales qui vous proposent des aliments pas cuits, ni frais et dont l’hygiène laisse scandaleusement à désirer. Dans ces conditions, je préfère manger des tartines… C’est mon coup de gueule !  

Direction la scène 'Univers' pour un petit dj set électro dispensé par Kavinsky. Malgré le copieux arrosage opéré sur le public, la chaleur est de plus en plus insupportable. Elle est même devenue tropicale, vous empêchant de respirer. Je préfère en rester là et rentre au bercail. 23 000 festivaliers pour le premier jour, c'est moins que les années précédentes. Faut dire que hormis Big Flo et Oli, Arsenal, Wyclef Jean, Tarrus Riley et surtout Ester Rada, l’affiche n’était guère alléchante. A demain !

(Organisation: Couleur Café)

Voir aussi notre section photos ici

 

Second Motif pour 20syl

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Après avoir publié un premier Ep chez On And On Records, 20syl nous propose « Motifs II », le second essai en solo de ce producteur nantais (Hocus Pocus, C2C).

Il y développe son univers singulier capable de faire coexister textures organiques, rythmiques digitales et pour la première fois sa voix…

20syl insuffle une dimension poétique à ce projet musical mais aussi visuel.

A l'image du clip très graphique du premier extrait « Back & Forth ».

https://youtu.be/NtjnO-ge6s0

http://www.onandon-records.com/fr/

https://www.facebook.com/mr20syl

 

 

Gonzo

Clean (Ep)

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Quel serait donc le résultat d’une rencontre potentiellement explosive et/ou casse-gueule entre Saule, Vinc’ (Fùgù Mango), Simon (Le Yeti), Nico (Eleven) et Joe (A Mute) ? Gonzo a trouvé la réponse à travers cet Ep. Découpé en 5 titres il est éclectique… et résolument tourné vers les années 90 ! Imaginez Weezer (« In My Shop ») contaminé par l’humour très potache des Bloodhound Gang (« No Sex With My Ex ») et vous aurez une idée plus ou moins exacte de la musique de Gonzo, des pitres qui teintent leur power pop mélodique de hip-hop foutraque et très second degré (NDR : les références aux Playmobil !) 

Un parfait divertissement ‘slacker’ pour l’été donc… que vous pourrez d’ailleurs découvrir à travers la Wallonie ou à Bruxelles pendant les vacances : le 17 juillet aux Francofolies de Spa, le 1er août au Festival de Ronquières, le 8 août au Parc Rock Festival de Baudour, le 16 août au Brussels Summer Festival et le 30 août à La Fête des Solidarités à Namur !

 

Electric)Noise(Machine

Pardon (Ep)

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Electric)Noise(Machine a décidé de frapper fort en publiant « Pardon », son premier Ep. Un groupe belge dont le patronyme est judicieux, car sa musique est le fruit de la rencontre entre électricité, bruit (furieux ?) et sonorités électroniques ! Leur bio inclut une variation du fameux « The Shape of Punk to Come » des mythiques Suédois Refused (qui par le plus grand des hasards viennent de graver un nouvel album, 20 ans après avoir sorti leur chef-d’œuvre…) ; et c’est donc cette agitation et cette rage qui alimente « The Shape of Punk That Should Have Come ». Rarement bio n’aura été aussi fondée, car la rencontre annoncée entre chant puissant inspiré par The Bronx, alchimie tellurique basse/batterie chère à Lightning Bolt et machines, correspond parfaitement à l’expression sonore proposée par ce « Pardon » qui augure un futur brillant au band... Que votre nuque tente de résister à la puissance volcanique de « Strombo » ou au crescendo de « You Wear Your Heels Tight », l’esprit punk d’Electric)Noise(Machine ne lui laissera pas de répit et la fera plier à coup sûr ! Et les membres du band n’auront aucune raison valable de s’excuser malgré leur appel au « Pardon » !

 

Balthazar

Thin walls

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En moins de cinq ans, Balthazar est parvenu à inscrire son nom en lettres de valeurs sûres, dans l’univers musical belge. Après avoir publié deux albums, le groupe courtraisien a acquis une notoriété qui lui a permis d’effectuer de longues tournées, de jouer dans les plus grandes salles (en ouvrant notamment pour Editors) et dans les grands festivals estivaux. Rien de tel pour acquérir de l’expérience et de la maturité.

Les morceaux de « Thin Walls », troisième opus du groupe, ont été composés par les deux compères Maarten Devoldere et Jinte Deprez, alors que la formation était sur les routes. Contrairement, aux deux précédents elpees, Balthazar a décidé de faire appel à un producteur. Leur choix s’est porté sur Ben Hillier (Elbow, Blur, Dowes, …) Plutôt judicieux, quand on sait que leur musique a une tonalité très ‘anglo-saxonne’. Et puis, les compos sont ici plus raffinées. Leurs mélodies sont toujours aussi efficaces (« Then What », « Bunker ») et se délient sur des rythmes langoureux sur lesquels vient se greffer la voix faussement nonchalante de Devoldeere. Les chœurs sont légion et les nappes de claviers se posent tranquillement sur une ligne de basse sensuelle. 

En gravant « Thin walls », le quintet continue sur sa lancée d’une musique pop/rock très caractéristique à laquelle on accroche immédiatement.

Balthazar se produira au Cactus festival de Bruges le 11 juillet, aux Ardentes à Liège le 12 et le 1er août au Ronquières Festival à Braine-le-Comte.

Paul Smith & Peter Brewis

Frozen by sight

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Il y a un bon bout de temps que Maxïmo Park a disparu des radars. Paul Smith, son leader, a décidé d’explorer d’autres projets. Les frères Peter et David Brewis sont les leaders Field Music, un groupe originaire de Sunderland. Avant d’écouter l’album de Paul Smith & Peter Brewis, je dois avouer que je n’étais pas particulièrement enthousiaste. Et après l’avoir écouté, je ne le suis pas davantage.

Paul a écrit les textes et Brewis a composé la musique de ce « Frozen by sight ». Découpé en douze plages pour une durée proche des 45 minutes, chaque titre traite d’une destination.

Surprenant, l’expression sonore navigue à des années-lumière de ce qu’on aurait pu attendre d’artistes sévissant sur la scène pop/rock anglo-saxonne. Comme chez Maxïmo Park, par exemple. En fait, l’instrumentation est essentiellement focalisée sur le piano et le violon. Quoique raffiné, le résultat est plutôt déroutant. Les rythmes sont saccadés et l’interprétation théâtrale. Pensez au Final Fantasy d’Owen Pallett. Malheureusement, au fil de l’opus, l’inspiration semble s’essouffler. Et les soubresauts rythmiques ainsi que la carence mélodique finissent par lasser. 

Manifestement, on ne peut pas dire que Paul Smith soit parvenu à opérer un retour fracassant sur le devant de la scène !

 

Open’er Festival 2015 : jeudi 2 juillet

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Quand on séjourne en Pologne, on risque souvent de goûter les produits locaux. Et en particulier les boissons alcoolisées, dont la Zubrowska ou le Soplica (NDR : la CSA recommande de citer une troisième marque, donc la Zoladkowa, ce n’est pas mal non plus). Mais quand on en abuse, les lendemains sont difficiles. Ce qui explique pourquoi le compte-rendu de la deuxième journée de l’Open’er sera plus succinct…

Cependant, rien de tel qu’un set d’Eagles of Death Metal pour retrouver ses esprits. A peine les lumières sont-elles éteintes que le logo vintage ‘EODM’ s’affiche sur les écrans vidéo. Et déjà, la foule s’enthousiaste. « Bad dream mama » ouvre les hostilités. Le spectacle est autant dans les yeux que les oreilles. Dave Catching, le guitariste, affiche un look à la ZZ Top, alors que Jesse Jughes, le chanteur, me fait penser aux frères Cohen (NDR : voire à Gary Oldman). A cause de son faciès, mais également de son déhanchement adopté sur les planches. « Don’t speak », « Cherry Cola », « I only want you » rythment un set qui s’achève par « Got a woman (slight return) ». Des compos dont le style oscille entre rockabilly, surf/rock californien et même trash. En rappel, Jesse, qui dialogue souvent avec son public, scande fièrement ‘We have only time for one more song, but we will play two more songs for you’. Et les techniciens de commencer à regarder constamment leur montre, car ces deux derniers titres (« I want you so hard » et « Speaking in tongues ») vont s’éterniser. En fin de parcours, chaque musicien s’autorise ainsi son solo pour se présenter, avant de recueillir les applaudissements nourris du public. Le tout poncturé par une longue outro tout en riffs et ovations, comme si personne ne souhaitait que le show prenne fin. Les fans belges auront l’opportunité de revoir Eagles of Death Metal, ce 15 novembre, au Cirque Royal de Bruxelles.

The Libertines avait accordé un concert de piètre facture, à Forest National, en octobre dernier. Le team est-il décidé à renverser la vapeur aujourd’hui ? Oui et non ! Carl Barât est plutôt posé et s’applique au centre de l’estrade. A contrario, son compagnon d’infortune, Pete Doherty, prend plus facilement la pose plutôt que de se consacrer aux chœurs. Les liners viennent même lui servir des cocktails qu’on suppose fortement alcoolisés, entre différents morceaux. Mais ne boudons pas trop notre plaisir. Car on a aussi la chance de revoir ces deux artistes ensemble, qui se partagent les vocaux, notamment pour « Music When The Lights Go Out ». Même s’il faut attendre la fin de set pour retrouver un peu d’éclat à leur prestation. Pete s’avance quelque peu vers le bord de l’estrade lors de « You're My Waterloo », moment choisi par les fans pour lui balancer quelques projectiles. « Don't Look Back Into the Sun », « Up the Bracket », « What a Waster » et « I Get Along » vont alors clôturer un long rappel.

En assistant à la prestation de Refused, j’espère secrètement qu’elle sera bien plus percutante de celle des Londoniens. Ce groupe punk suédois avait signé sur le célèbre label Epitath, au cours des années 90. Les compos passe bien la rampe. Le jeu de scène est excellent et évoque même leurs compatriotes The Hives, au sommet de leur art. Malheureusement la voix de Dennis Lyxzén, le leader, gâche toutes ces bonnes dispositions. Ses cris et ses hurlements m’exaspèrent rapidement. Proche du screamo, cultivé à une certaine époque par des formations de métal peu inspirées, ces vocalises m’incitent à changer d’air…

Le compte à rebours est lancé sur la grande scène. Le public est alors constitué de clubbers. Normal, vu l’heure tardive. Et l’ambiance commence à chauffer. Aussi dès que Major Lazer déboule sur le podium, le show peut s’enflammer. Un spectacle bien plus visuel que sonore. DJ Diplo est installé sur un podium cubique. Surélevé, bien sûr. Sur lequel viennent, tour à tour, se produire deux chanteurs. Quatre danseuses plutôt sexy multiplient les déhanchements au bord de l’estrade. Des fumigènes et serpentins planent au-dessus de l’auditoire. Bref, on a alors l’impression de vivre au sein d’un dancehall version géante. Et le public réagit en bondissant, motivé par les ‘Are you ready ?’ et ‘Everybody moves your hands up’ scandés à tout-va. Perso, c’est surtout l’aspect visuel qui me botte. Il est à la fois original et bien rôdé. Mais la musique me laisse sur ma faim, même s’il faut reconnaître que par rapport à sa prestation accordée au Bota, Major Lazer est en net progrès. En espérant que celle qu’il accordera au Palais 12, le 12 octobre prochain soit encore de meilleure facture…  

(Organisation : Open’er)        

 

EyeHateGod

Catharsis caniculaire

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Depuis plusieurs jours, une température caniculaire plombe Bruxelles. Peut-être s’agit-il d’un signe qui ne trompe pas : les sulfureux Américains d’EyeHateGod s’apprêtent à fouler le sol belge pour la deuxième fois cette année (après avoir en effet déjà marqué les quelques âmes courageuses lors de leur show tardif du 11 avril dernier, dans le cadre du Durbuy Festival). Ce jeudi, dans la capitale de l’Europe, c’est une des dernières rencontres des cinquante shows qui ont jalonné cette tournée européenne. Le band néo-orléanais est considéré, malgré lui, comme le ‘père’ du Sludge. Terme qui se traduit littéralement en français par le mot boue. Ce style musical évolue à la croisée des chemins du Punk et du Doom. Son rythme est lent et son ambiance lourde et marécageuse, tant au niveau la surabondance de distros que de la production généralement crade et rugueuse. Peu importe si la tournée touche à sa fin, EyeHateGod va une fois de plus damner les âmes et cracher son encre noire.

Rien de l’extérieur ne permet de reconnaître le Magasin 4. Situé le long de l’allée du Port, à coté du canal Bruxelles-Charleroi, sa façade est uniquement peinte en gris. Seule une ouverture à hauteur d’œil d’une vingtaine de centimètres permet un contact avec les portes de la salle. A l’heure H, les portes métalliques s’ouvrent, laissant pénétrer les amateurs de décibels dans cet ancien hangar entièrement dédié à la musique alternative.

Il revient à The Mighty Progerians, cuvée locale des terres de l’enfant pisseur, d’ouvrir une brèche dans les entrailles des limbes. Pratiquant un mix entre le Sludge et le Punk, les Bruxellois vont faire monter la température des lieux de quelques degrés (comme si ce n’était déjà pas assez !) A en voir les retours du public, un certain nombre de fans du band ont fait le déplacement. Les artistes sont notamment rejoints, lors de leur set, par Alain Vandenberghe, chanteur/guitariste de Goddog, groupe de Stoner. Un bon moment de rock bien épais, dilué dans la bonne humeur et apparemment un combo qui prend plaisir à se produire sur les planches. Notons encore qu’une magnifique affiche pour le show de ce soir avait été réalisée pour l’occasion par l’artiste Fabrice Lavollay (voir ici).

A peine le temps d’aller se rafraîchir à l’extérieur du hangar que les gars d’EyeHateGod sont déjà sur l’estrade, pour préparer leur matériel. Chaque musico accorde et règle son instrument. Pas besoin de roadies. Ils sont superflus. Et pourtant, le combo compte vingt-six années d’existence. La chaleur ambiante a eu raison des t-shirts du batteur Aaron Hill et du guitariste Jimmy Bower, laissant entrevoir ses tatouages qui, en-dehors des quelques croix égyptiennes, rendent hommage à des groupes tels que The Melvins ou encore les Black Flag, dont les traces doivent être demeurées indélébiles. Claudiquant quelque peu et sac à dos sur l’épaule, Mike IX Williams monte alors sur le podium. Il se dirige vers l’arrière de la scène, où figure un drapeau aux couleurs de la Belgique, offert par un fan, sur lequel figure le logo du band dessiné à la main, surmonté des initiales ‘ExHxG’. Mike, dos au public, ouvre son sac et en ressort un petit tube, qu’il ouvre avant d’en sniffer une partie du contenu. Il se redresse, se dirige vers l’avant de la ‘stage’ et agrippe le pied de micro. Le spectacle peut commencer.

‘We’re EyeHateGod’, hurle-t-il dans le micro. Les distorsions s’échappent des guitares et les cymbales se mettent à claquer. Ce moment évoque l’instant où, avant qu’un opéra ne commence, l’ensemble des musiciens joue de leurs instruments afin de sentir un équilibre entre eux. Pendant ce temps-là, Mike fait voltiger son pied de micro dans les airs. Il revient finalement à Aaaron de donner le ‘la’ et d’entamer à la batterie le début d’« Agitation ! Propaganda ! », titre d’ouverture de leur dernier album –il est éponyme– sorti l’année dernière. Le coup d’envoi est donné pour un set qui va durer un peu plus de 80 minutes, sans relâche, seulement de temps à autre entrecoupé par une intervention de Mike Williams pas toujours très audible. Non seulement les conditions estivales ne lui sont pas des plus favorables, mais il n’est un secret pour personne que le chanteur n’est pas un adepte des huiles essentielles. Ajoutez-y deux t-shirts superposés, des brassards aux poignets, des gants, un long pantalon et une jambe gauche qui semble apparemment le faire souffrir et vous aurez le cocktail gagnant pour directement l’amener dans un état plus que second.

La setlist du jour va plonger dans l’ensemble de la discographie du quintet, dont des morceaux plus récents tels que le puissant « Framed to the Wall », le bluesy « Nobody Told Me » ou encore l’hypnotique « Medecine Noose », véritable pièce maîtresse de son dernier LP, sorti quatorze années après son précédent opus. Ce qui n’a pas empêché les Yankees d’interpréter de plus ancienne compositions comme « Take as Needed for Pain », « 30$ Bag » ou « Blood Money », sans oublier bien évidemment les morceaux devenus emblématiques du Sludge : « Sisterfucker », « White Nigger » et « Blank ».

EyeHateGod appartient à cette catégorie de groupes qui font du bien. En effet, il y a peu de risques de passer un mauvais moment lorsqu’il se produit en concert. Sa dévotion pour la musique transparaît dans ses morceaux, dans la manière de jouer et dans l’attitude. Un quart de siècle que la formation arpente les scènes et pourtant les musicos demeurent toujours aussi accessibles, humbles et sincères. Ils n’ont plus rien à prouver et ne sont pas tenus par un quelconque agenda de sortie. Ils prennent le temps de composer, d’expérimenter des sonorités (que ce soit au sein d’EyeHateGod ou de leurs nombreux autres side-projects) et de graver leurs morceaux quand bon leur semble. Peu importe si quatorze années sont nécessaires pour que leurs projets se réalisent. Et on le ressent.

Mais ces hommes issus de la Nouvelle-Orléans (Nola pour les intimes) ont également trouvé l’alchimie qui vous met en transe. Il suffisait d’observer le public présent pour se rendre compte que leur musique ne se contente pas de se déverser dans les tympans : elle traverse l’âme et exerce un pouvoir cathartique salvateur. Peu importe que le show ne soit pas sold out, peu importe que le groupe ne fasse pas les plus grandes scènes, il est au-dessus de tout ça. EyeHateGod n’est certainement pas un band easy-listening, ni accessible à la première écoute, mais il recèle une infinie richesse. Il suffit de prendre la peine d’aller voir ce qui s’y cache en dessous de la carapace.

Une intense soirée.

(Organisation : HeartBreakTunes)