Tout est fini pour Sprints…

Le groupe de Dublin, Sprints, sortira son deuxième album, « All That Is Over », le 26 septembre. Bien reçu par la critique, son premier long playing, « Letter To Self » (2024), a marqué le groupe comme une force majeure dans le paysage alternatif et a été…

logo_musiczine

La fuite d’Ellside

Le groupe parisien Ellside présente « Run Away », son concept album naviguant entre ombre et lumière pour un voyage qui durera un an. Une lente année pour dévoiler 6 chapitres de 2 chansons, 12 titres qui narrent l'histoire de Light. Le groupe invite les…

Trouver des articles

Suivez-nous !

Facebook Instagram Myspace Myspace

Fil de navigation

concours_200

Se connecter

Nos partenaires

Nos partenaires

Dernier concert - festival

Suede 12-03-26
giaa_kavka_zappa_15
Jean-Claude Mondo

Jean-Claude Mondo

vendredi, 31 décembre 2004 01:00

The Boogie House Tapes Volume 2

Walter "Dr Boogie" Depaduwa et Fito de la Parra nous avaient promis un deuxième volume des ‘Boogie House Tapes’. Ils ont tenu parole ! En sous-titrant cet opus "Canned Heat 1969 – 1999", il n’est pas trop difficile de situer dans le temps le contenu de ce double CD. Nonobstant ses 38 années d’existence, le boogie band de Los Angeles a vécu toute une série d’épreuves particulièrement douloureuses. En témoigne la dédicace aux membres disparus : Alan Wilson, Bob Hite, Hollywood Fats, Ronnie Barron, Henry Vestine, Wolfman Jack et Richard Hite.
 
Bob ‘The Bear’ Hite est au chant sur les quatre premières plages. "Struttin' that stuff", tout d’abord. Libérant une fameuse dose de puissance, elle date de 1977. Et la guitare subtilement déjantée d’Harvey Mandel n’y est pas étrangère. "Go to Utah", ensuite (71). Un slow blues dont le tempo est proche de "Little Red rooster". Henry Vestine et Joel Scott Hill sont préposés aux guitares. Sunflower est alors au sommet de son art. "Hell's on down the road", encore (81). Vestine et Michael Halby se réservent les cordes. Un document, car il épingle la dernière apparition de Bob Hite en studio. Enfin, "You tease me" (printemps 1970). Une prise réalisée lors d'une répétition à L.A. Le Canned Heat de la grande époque est au complet. Une compo tout au long de laquelle on distingue nettement la rythmique très caractéristique d'Alan Wilson. C’est à ce dernier que le recueil se consacre ensuite. A travers un extrait de sa dernière séance de travail concédée au cours de l'été 1970 : "Something's gotta go". Un boogie, bien entendu ! Et si Alan souffle bien timidement dans son harmonica, ce n'est pas lui qui chante mais bien Bob Hite. Deux titres ont été immortalisés ‘live’ au Ark de Boston en juin 69 : "Please don't bother me", caractérisé par une bien intéressante partie d'harmonica de Blind Owl, et "Get off my back", un boogie assez long qui met en exergue le jeu dévastateur de Vestine et les percussions luxuriantes de Fito de la Parra. On a ensuite droit à un moment particulièrement bouleversant sur les quatre fragments suivants. Quatre morceaux interprétés par le seul Alan Wilson sur son lit d'hôpital, peu de temps avant sa disparition en septembre 1970. La voix fragile d’Alan dégage tant d'émotion et de tristesse à la fois, pendant qu’il caresse sa guitare pour interpréter les excellents "Saturday blues" et "Death bed blues"! Alan manifestait beaucoup de dextérité et de profondeur dans l'attaque des cordes, comme le démontre "Blind lemon". Vestine jouait le blues avec brio, chaleur et respect. Il le vivait ! Et le superbe "Sneakin' around", un blues lent bien électrique, en est le parfait exemple. Une compo issue de la même session que "Go to Utah". Pour la circonstance, c'est Joel Scott Hill qui se charge des vocaux. En février 72, lors d’un radioshow accordé à Boston, le Heat est rejoint par deux membres essentiels du J Geils Band. Peter Wolf chante en compagnie de Bob Hite alors que Magic Dick a empoigné l'harmonica. Cette collaboration accouche d’un funk brûlant et tout en puissance. Etonnant ! Tout aussi curieux, le célèbre DJ Wolfman Jack chante devant le Heat, un excellent et vivifiant "Wolfman's blues". A mon humble avis, c'est le Bear qui souffle dans l'harmo! Ce premier disque s’achève par une série d'annonces commerciales qui datent de 68 à 70. D'intérêt purement historique et destinés exclusivement aux vrais fans du Heat, ces extraits se révèlent plutôt amusants. A l’instar de « Seven Up Boogie & Blues », un clin d'œil aux jeans Levis, ou encore leurs propres pubs pour "Living the blues", "Boogie with Canned heat" et "Hallellujah". Le deuxième disque est consacré à des prestations accordées en public au cours des années 80 et 90. Notre Dr Boogie avait emporté son ‘mini cassette stéréo’ pour suivre le Heat à Dortmund, Paris et Roermond, au printemps 94. Il en a retenu sept prises pour rendre justice à ceux qui entouraient alors Fito et Sunflower : James Thornbury au chant, à la slide et à l’harmo, Ron Shumake à la basse et un certain Junior Watson à la guitare. Parmi ces morceaux figurent quelques fleurons : le "Red headed woman" du Hollywood Fats Band, "Turpentine moan", "Oh baby" et une version du torride "Sunnyland" d'Elmore James impliquant James T à la slide. Retour en 86, à l'hôtel Hilton de Reno, dans le Nevada. Un témoignage au cours duquel on retrouve le chanteur pianiste Ronnie Barron. Ronnie possédait la voix puissante d'un shouter, et son jeu de piano apportait manifestement une touche d’originalité au Heat. Si ses interventions sont impériales sur "Built for Comfort", "Dizzy Miss Lizzy" et "Worried life blues", il serait injuste de passer sous silence le rôle de Larry Taylor à la basse. Lors d’une répétition opérée chez lui, en 94, Fito est entouré de Larry, James T et Harvey Mandel. Une réunion qui nous vaut un décoiffant "Gamblin' woman". L'album s’achève à Barcelone. En 1996. Walter Depaduwa, le fan n°1 du Heat, s’y était rendu. Epaulé par Fito et Mark Goldberg, Junior Watson est en super forme. Sous ce line up, ils exécutent l'instrumental "Mambo Tango". Henry Vestine et Robert Lucas sont de retour pour les trois dernières plages. Quel plaisir de retrouver la voix puissante et graveleuse de Robert Lucas ! Un des meilleurs musiciens qui ait transité par le Canned Heat. Un authentique bluesman, remarquable à la slide et à l'harmonica. Il interprète ici ses compositions : "Quiet woman", "Creole queen" et "A little time with me". La deuxième partie du testament consacré au best boogie band in the world vaut son pesant d’archives. Et dans le style il est fameux !
vendredi, 31 décembre 2004 01:00

Venus blues

Fondée il y a une dizaine d’années, cette formation californienne (NDR : basée à Sacramento, pour être plus précis) est drivée par le guitariste Ray "Catfish" Copeland (NDR : un membre fondateur de Little Charlie & the Nightcats !). Pour la circonstance, il est épaulé par Jim Monroe au piano, Stan Powell à l’harmonica et à la guitare, Phil Minas aux drums et Dale Lyberger à la basse. Le quintet est parfaitement soudé et se partage les parties vocales. Leur premier elpee, "Blues from another Delta", date de1998. Ce "Venus blues" est un hommage à Venus Montana, la regrettée compagne de Catfish. Il aligne onze de leurs compositions.
 
L'album s’ouvre par "Sail on down", une plage entraînante au cours de laquelle Stan Powell se réserve le premier solo. A l’harmonica. Catfish lui emboîte le pas rapidement à la guitare. Le piano de Jim Monroe épouse la section rythmique avant de rouler en solo sur un tempo boogie. "Crawdaddy crawdaddy" constitue sans doute la marque de fabrique de la formation. Le rythme est vigoureux. Le beat de Bo Diddley est imprimé par les percussions de Dale. "How long has that train been gone" est la seule plage qui ne soit pas issue de leur plume. Elle nous entraîne dans l’univers rythmé de la Nouvelle Orléans. A l'avant-plan, le piano de Monroe se révèle très excitant. Il y excelle à la main gauche. En fin de parcours, les deux guitaristes s’échangent des phrases bien inspirées. Le titre maître porte bien sûr la signature de Catfish. Une ballade vivifiante que Stan transporte d’émotion à l’aide de son harmonica. Powell a écrit "Stockbroker blues". Une compo bien dans l'esprit West coast. Chargée de swing, elle conjugue le piano et l'harmonica dans le rythme, autorisant de brillantes sorties de Ray aux cordes et de Stan sur l'instrument chromatique. Blues lent, paresseux, "Lonely lonely night" est merveilleusement chanté par Sreamin' Dave Wright. Invité, ce musicien local est le leader des Boll Weevils. Stan a également composé l'entraînant "Love or lust". Un de ces shuffles irrésistibles. On a l’impression d’avoir des fourmis dans les orteils. A cause de l'harmonica qui se déchaîne et du piano insatiable. "Bad side of the blues" aurait pu être un blues contemporain issu du Delta. Une démarche fort différente du contexte de l'album. "Party town" est une autre plage contaminée par un Bo Diddley beat. De très bonne facture, cet opus s’achève par "Huevos Boleros", un instrumental qui bénéficie du renfort d'un autre guitariste, le Californien (Iron)Mike Curtis.
vendredi, 31 décembre 2004 01:00

Killer around

Le Chicago Slim Band ne nous vient pas du nord de l’Illinois, mais du Nord de la France. Fondé en décembre 2003, la formation nous propose sa première maquette 3 titres. Le morceau maître annonce de suite un blues rock électrique bien musclé, comme on pouvait l’entendre chez nos amis Britanniques, lorsque le british blues boom a viré au hard rock pour accoucher de grosses pointures telles que le Led Zeppelin. Et le vocaliste Didier Lagneau (ex-Sisyphus) a incontestablement été marqué par le célèbre chanteur du dirigeable. N’empêche, dans le style, il se débrouille plutôt bien. Pourtant, le groupe semble atteindre le sommet de son art sur la compo la plus calme et sereine du morceau de plastique : "Angel" ; une chanson que souligne le dobro du leader, Christophe Couder. Christophe est un excellent guitariste. N'officie-t-il pas devant "Matthew" Dallongeville dans le mythique Sugar Mama? Alexandre Lamoly (ex-Cartes à Quatre) aux drums et le jeune bassiste Luc Doignies complètent le line up du C.S.B. Slow blues, "I've been abused" permet à Christophe d’échafauder un solo largement amplifié qui libère une intensité dramatique. Quoique de bonne facture, la musique du Chicago Slim Band n’est guère contemporaine ni originale. Pourtant, le trio possède tous les atouts pour pouvoir développer son propre style. Puisse-t-il germer sur "Angel" ? C’est tout le mal qu’on leur souhaite…
Contact : Christophe Couder 06.08.53.48.96
vendredi, 31 décembre 2004 01:00

Boom boom bang

Fin des 60s, au cœur de la vague de blues anglaise, une excellente formation batave sévissait régulièrement en Belgique : Cuby and the Blizzards. Son blues d’excellente facture était d’ailleurs souvent comparé à celui des Bluesbreakers de John Mayall. Je me souviens encore de leur leader Harry Muskee, alias Cuby ; d’un tout bon guitariste qui répondait au nom d’Eelco Geeling ; et puis de la sonorité blues très caractéristique du piano, assuré le plus souvent par le regretté Herman Brood. Harry est aujourd’hui âgé de 62 ans. Il fonda Cuby en compagnie d’Eelco, en 1965. Leur premier elpee, "Desolation", est paru en 66. Harry vit dans une ferme à Grollo. Eddie Boyd, John Mayall et Alexis Korner lui rendent régulièrement visite. Saviez-vous, qu’à une certaine époque, Mayall avait songé à Gelling pour succéder à Clapton? Herman Brood avait rejoint Cuby pour concocter le second album "Groeten uit Grollo". Il quittera la formation en 1970, laissant la place à trois nouveaux membres : Herman Deinum à la basse, Hans La Faille aux drums et Helmis Van der Vegt au piano. Sous cette formule le groupe enregistrera "Appelknocers flophouse". Et bien, figurez-vous que ces trois musiciens sont toujours de la partie. Et ont participé à la confection de ce nouvel elpee. Par contre, Gelling a cédé la six cordes à Erwin Java.
 
Sous-titré "In the spirit of John Lee Hooker", l’elpee s’ouvre par le grand classique "Boom boom". Par rapport à la version originale, le rythme est plus lent. Mais la rythmique un tantinet lourde est trempée dans l’acier. Assez éraillée, la voix du vieil Harry n'a pas changé. Il privilégie le cri au chant. Très électrique, la guitare de Java est largement amplifiée. Sur "Sugar Mama" renoue avec le son des Blizzards d'autrefois. Et l'introduction au piano de Helmig Van der Vegt n’y est pas étrangère. Une impression corroborée par "Liquor blues", un fragment signé par le groupe. Le son est dépouillé. Le piano peut s'évader à satiété. L'hommage à John Lee Hooker est rendu par de courtes plages telles que "Black snake" et "I can't quit you baby". Harry chante, épaulé par le seul bottleneck de Java. "Faceless voices" est incontestablement le témoignage le plus éloquent adressé à Mr Hooker. Une plage très très lente, chantée, presque parlée, par Muskee. Son timbre est tellement proche du maître. La guitare est réverbérée. John Lagrand (Livin' Blues) joue de l'harmonica, alors qu’Helmig est passé à l'accordéon. La reprise de "One bourbon, one scotch, one beer" est exécutée à la manière de "Boom boom". Sander Schuurman joue de l'harmonica sur "Wreckless flight", une plage plus aventureuse. Préposé à l'orgue Hammond , Helmig s’en tire très bien. Tout au long de "Last minute flight" la guitare de Java disserte dans un style inspiré par les dernières années du regretté bluesman. Cet hommage est également la plus longue plage de l’elpee. L'album s’achève par un "Warning from the ice" de toute bonne facture, un blues lent ponctué par une nouvelle toute bonne intervention de Van der Vegt, à l'orgue Hammond.
vendredi, 31 décembre 2004 01:00

True to yourself

Agé de 35 ans, Albert Cummings est né dans le Western Massachusetts. Dans sa famille, on est entrepreneur de père en fils. Et Albert ne souffre pas d’exception. Il a commencé par jouer du banjo à cinq cordes, avant de passer à la guitare en écoutant le prodige texan, Stevie Ray Vaughan. Son premier album, "The long way", est paru en 2000 ; un disque passé inaperçu. Il rejoint ensuite l’équipe des musiciens de Vaughan. Un groupe auquel il s’intègre immédiatement. Nous sommes alors peu de temps avant la disparition accidentelle du guitariste d'Austin…
 
Pour enregistrer son deuxième elpee, "From the heart", Cummings avait reçu le concours de l'ancien backing band de Stevie Ray Vaughan au complet : Double Trouble, Layton, Shannon et Winans. Un disque sorti en 2002. Et pour la confection de « True to yourself », il a également bénéficié d’un ‘who's who’ de musiciens : Tommy Shannon à la basse, Tommy Shannon aux claviers (NDR : un partenaire très habituel pour Tommy) et B.E Frosty Smith aux drums (NDR : il a joué chez Omar & the Howlers et en compagnie de Gary Primich, Pat Boyack, Guy Forsyth, Doug Sahm et Marcia Ball.) Blind Pig croit en son artiste. La plus belle démonstration procède de la présence de Jim Gaines à la production.
 
Dès les premières notes de guitare, nous sommes plongés au sein d’une atmosphère très ‘hendrixienne’. Albert doit avoir passé ses disques en boucle pour ce "Man on your mind" au tempo funky. Mais si l’interprétation est sans faille, on ne peut pas dire que la création soit au rendez-vous. Hendrix a inspiré plusieurs générations de musiciens. Des dauphins qui se sont succédés dans le temps : Robin Tower, Stevie Ray Vaughan, Walter Trout. A l’instar de Vaughan, certains d’entre eux ont manifesté davantage de créativité. Passé l’ouverture, la marque ‘hendrixienne’ s'estompe sérieusement. L'artiste possède une bonne voix, une voix calquée sur son style d'ailleurs. Un hard rock agréable caractérisé par un accompagnement efficace dont une excellente section rythmique ; le tout saupoudré d’interventions d’orgue Hammond discrètes. Albert signe un tout bon solo en picking sur le funky "Work it out", dans l’esprit d'Albert Collins. Hard rock blues assez banal, "Come up for air" est une occasion supplémentaire de faire rugir les cordes à travers une avalanche de notes. Comme le titre l'indique, "Blues makes me feel so good" est bien entendu plus proche du blues, nonobstant son tempo rapide. "Where did I go wrong" marque le retour du rythme funk. Une nouvelle occasion pour les cordes de se libérer en loopings et autres dérapages contrôlés. Et il faut avouer que dans le style, c'est fichtrement bien fichu ! Tout au long du boogie shuffle très énergique "Your sweet love" Albert démontre qu’il a une fameuse santé. Il fait une pause sur "Sleep", une ballade aussi douce qu'inutile. Long slow blues atmosphérique, "Lonely bed" aurait été franchement génial, si Vaughan n'avait pas concocté "Tin Pan Alley", le siècle dernier. Bien que très bien interprétée, on a l’impression qu’il s’agit d’une copie carbone. Cummings achève cet opus par "Follow your soul", un rock bien ficelé pour lequel il est vraiment taillé !
vendredi, 31 décembre 2004 01:00

Remember me

Pour que le flambeau du blues rural continue à brûler, Matthew Jackson est à la recherche de ces vieux bluesmen qui deviennent de plus en plus rares. Aussi, le fondateur de Fat Possum sillonne constamment les terres de son Mississippi natal. C'est presque par hasard que ce fin limier a déniché Charles Caldwell. En mai 2002. A quelques kilomètres de chez lui. Un colosse de 59 balais qui, hormis pour se rendre à son travail à Grenada au volant de sa vieille Cadillac, n'avait pratiquement jamais quitté son fief de Coffeeville. Jackson l’a donc convaincu de le suivre dans le studio Money Shot à Water Valley. Armé de sa vieille Gibson 135, Charles aligne ici onze chansons issues de sa plume. Il est parfois épaulé par l'un ou l'autre drummer (Spam, Tino Gross ou Ted Gainey). Son blues est primaire, rudimentaire ; sa voix est puissante et claire. Un organe idéal pour déclamer ses textes entrecoupés par son jeu de guitare amplifié, incisif, parfois approximatif, mais toujours reflet de la sensibilité naturelle de l’artiste.
 
Il entame les hostilités par un excellent "Hadn't I been good to you". Un parfait résumé de l'album. Un blues qui à force de répéter les mêmes motifs entre en transe. Après une intro chaotique, "Old man" embraie par un boogie convaincant. Sa voix devient chevrotante. Le rythme me rappelle étrangement le John Lee Hooker de ses débuts. Paisible, "I know I done you wrong" est un véritable joyau. Très ancré dans le Mississippi profond, ce blues poignant, grave, est tellement authentique. Sa voix reste limpide tout au long d’"I got something to tell you". Le rythme s’accélère. Seul aux cordes, il libère généreusement son blues si personnel. Particulièrement minimaliste, "I'll do anything you say" évolue sur un thème musical sans doute emprunté à "You don't love me". "Alone for a long time" traduit le cri déchirant émis par un être solitaire. Il ne parvient pas à trouver l’âme sœur susceptible de l’accompagner. Sa voix n'en finit pas de trembler au rythme de "Movin' out movin' in". Sa manière de chanter et son attaque percussive des cordes sur "Down the road of love" évoquent une nouvelle fois John Lee Hooker. Le tempo épouse une forme hypnotique sur "Same man". Sa voix nasillarde ravage tout sur son passage. Soutenu par les baguettes de Spam (NDR : le batteur de T-Model Ford), Caldwell relance sans cesse ses cordes rythmiques. Le tempo maintient sa vitesse de croisière pour nous entraîner dans les bois ("Goin' through the woods"). Cet opus attachant s’achève par un "Remember me" totalement bouleversant. Sur un ton toujours aussi répétitif, il sanglote : "Pouvez-vous vous rappeler de moi ?". Une prière prémonitoire lorsqu’on sait qu'au cours de l'enregistrement de ce premier et seul album, il devait tomber malade. Atteint d’un cancer du pancréas, affection qu'il pouvait difficilement soigner par manque de moyens, il nous a quittés en septembre 2003. Il avait à peine soixante ans, laissant une veuve, cinq filles et quatorze petits-enfants.
mardi, 03 mars 2009 21:57

The ballad of John Henry

Joe est sans aucun doute le jeune chanteur/guitariste issu de la génération rock/blues contemporaine à rencontrer le plus de succès. Il n’a que 32 ans, et pourtant, sa carrière est déjà longue. « The ballad of John Henry » constitue déjà son neuvième elpee. A l’instar de ses deux précédents opus (NDR : c'est-à-dire "Sloe gin", un disque édité en 2007 qui est entré directement numéro 1 dans le hit parade blues du Billboard et le double live "From nowhere in particular", paru en 2008), il a été produit par Kevin Shirley (Led Zeppelin, Aerosmith, Black Crowes).

La plaque s’ouvre par "The ballad of John Henry". Une compo puissante et majestueuse qui rend une forme d’hommage à l'Américain moyen. Dès les premiers accords, on ressent la sophistication de la production. Chaque partie de l'espace sonore est bien exploitée. Les cordes acoustiques s'incrustent dès que le climat devient plus serein. D’autres cordes s’ajoutent pour assurer la transition entre le calme et l'orage. Une manière de procéder qui peut rappeler les mises en forme opérées par le Led Zeppelin, à l’époque de "Physical graffiti". La cover du "Stop!" de Greg Sutton (NDR : Samantha Brown, la fille de Joe et Vikki, en avait fait un succès populaire) baigne au sein d’un hard rock aux accents bluesy. Le climat est à nouveau majestueux. Le timbre vocal de Joe est à la fois posé, sérieux et grave. Enrichie par les cuivres, l’atmosphère est balayée par le flux et le reflux des cordes de la guitare. "Last kiss" est imprimé sur un tempo rapide. Constituée de Carmine Rojas à la basse, Bogie Bowles aux drums et Blondie Chaplin à la guitare d’accompagnement, la section rythmique est homogène et solide. A cet instant, Joe joue manifestement dans un style aussi féroce que Jimmy Page. La reprise du "Jockey full of bourbon" de Tom Waits est curieuse et très personnelle. A cause des accords de piano surannés en ouverture. Des vocaux soutenus par des cordes acoustiques et un violon. Et puis toujours de cette transition brutale vers les cordes amplifiées, ma foi, assez écrasantes. Les arrangements sont souvent complexes. Bien mise en forme, la musique est de toute bonne facture ; mais très souvent, elle évolue dans un univers typiquement hard rock. Et le très puissant "Story of a Quarryman" en est une nouvelle démonstration. "Lonesome road blues" nous recentre davantage vers le blues, mais un blues revu et corrigé par Whitesnake ou Bad Company, si vous êtes friands de références. Plus sobre, "Happier times" affiche une certaine classe. La mélodie est très belle. Les interventions aux claviers de Rick Melick vaporeuses. "Feelin' good" est une compo issue de la plume d’Anthony Newley. Il a écrit ce titre en 1965. Cette chanson a été reprise par une multitude d’artistes, dont Nina Simone, Sammy Davis Jr, George Michael et même les Black Cat Bones (NDR : cette formation issue du british blues boom, avait immortalisé sa propre adaptation sur l’elpee "Barbed wire sandwich"). Cette nouvelle version est excellente. Un blues rocker accrocheur, très bien chanté et ponctué par des interventions de slide royales. Nouveau changement de style pour "Funkier than a mosquito's tweeter". Une cover d'Ailene Bullock. L’approche funkysante, offensive, très cuivrée, est contrebalancée par les accords de piano acoustique. Excellent ! "The great flood" est plus douloureux, sinistre même. Il est vrai que cette composition ne reflète pas un moment heureux de la vie sentimentale de notre bon Joe. Sa détresse voile même son timbre vocal. La guitare est cependant plus fluide et paisible. C’est d’ailleurs dans ce registre que Bonamassa est le plus performant. "From the valley" se résume à un court instrumental acoustique. L'album s’achève par une reprise musclée d’"As the crow flies", une des compos les plus notoires de Tony Joe White.

mardi, 03 mars 2009 21:52

Equilibrium

Ce jeune chanteur/guitariste anglais s'est forgé une solide réputation dans le milieu du rocking blues, un milieu au sein duquel se bousculent quelques fleurons outre-Atlantique : Jonny Lang, Kenny Wayne Sheperd ou encore Joe Bonamassa. Et ce n’est pas usurpé ! Dès ses débuts, opérés en 1999, il signe sur le label allemand Ruf. Il y a concédé cinq 5 albums dont un live, paru aussi sur Dvd. Il collabore également à la série Blues Caravan Pilgrimage, aux côtés de Ian Parker et d'Erja Lyytinen, projet concrétisé à ce jour par un elpee studio et un Dvd live. Lister semble délaisser peu à peu sa fibre blues pour adopter un power pop rock de bonne facture. Ce qui va sans doute lui permettre de drainer un nouveau public, mais aussi plus large. Son expérience la plus blues a été immortalisée sur l’elpee "Supakev & Pilchards", un disque paru en 2002. Une œuvre concoctée en solitaire. Et en live. Acoustique elle réunissait, pour la plupart, des reprises de classiques du blues.

Pour enregistrer cet "Equilibrium", Lister est soutenu par Robbie McIntosh et Simon Johnson. Ces deux musiciens alternent basse et guitare rythmique. Mais également par le drummer Paul Beavis et le claviériste Steve Darrell Smith. Aynsley ouvre l’opus par une compo déjà très rock, malgré son titre ("Soul"). Une plage au refrain contagieux, susceptible de rallier nombre de nouveaux admirateurs. Les guitares très rythmiques et l'orgue très présent peuvent rappeler le meilleur de Tom Petty and the Heartbreakers. L’homogénéité des compos est assez remarquable, surtout dans la conjugaison des cordes. "Time's up" nous replonge dans l’univers habitue de Lister. Un shuffle bien équilibré ( ?!?!), plus proche du blues/rock à la texane. "What's it all about" opère un retour dans la sphère rock. Une jolie ballade. Les vocaux sont excellents. Les interventions à l’orgue de Darrell Smith très subtiles. Lister en profite pour se réserver un de ces soli rarement entendu de nos jours. Les lignes sont simples, mais acérées. Elles s'accélèrent, montent en puissance avant d'exploser. Et pourtant, la sensibilité mélodique y est bien préservée. "Forever" évolue à un très bon niveau. Une plage pop/rock lumineuse susceptible de rappeler, mais sans les voix féminines, la meilleure période américaine du Fleetwood Mac. Ici encore, le leader se réserve une sortie éblouissante sur les cordes, toujours basée sur des lignes simples, mais tellement efficaces. Lister interprète "Crazy" en solitaire. Il s'est armé d'un instrument acoustique au son métallique. Une sorte de dobro. Il chante ce titre dans un style proche du Delta blues ; c’est aussi le seul de cet elpee qui ne soit pas issu de sa plume. Rock bluesy, "Big sleep" fait instantanément mouche. Les nappes d’orgue sont chaleureuses, elles sont déversées dans un style que n'aurait pas renié le Spencer Davis Group de Stevie Winwood. Aynsley en profite pour s'éclater une nouvelle fois sur ses cordes. Retour au pop rock pour "Running on empty". Attachante, caractérisée par des lignes de guitares démultipliées et une voix se détachant de l’ensemble, cette plage possède une dimension commerciale indéniable. Jolie ballade empreinte de douceur et de délicatesse, "Superficial" bénéficie d’une parfaite complicité entre vocaux et instruments. "Early morning dew" adopte un profil plus simple, voire dépouillé. En fin de parcours, le jeune Anglais se reconnecte à son blues rituel. Shuffle torride, "Running out on me" évolue dans un registre très proche du regretté Stevie Ray Vaughan. Lors du boogie tranchant, sans fioritures, agité, "Sugar low", Aynsley sort enfin sa slide. Et elle est acérée. Une slide qui opère une ultime sortie sur la finale "Hurricane", un rockin' blues puissant, subtil et accrocheur. Dans le style, c’est un excellent elpee.

mardi, 24 février 2009 22:08

Troy Gonyea

Pour l’instant, Kim Wilson tourne régulièrement en compagnie du guitariste texan Johnny Moeller. Mais avant de sceller cette collaboration, il avait révélé un jeune et excellent gratteur, Troy Gonyea. Il l'avait d’ailleurs intégré au sein de ses Fabulous Thunderbirds, en 2002, pour succéder à Kid Ramos. Il y sévira jusqu'en 2004 ; et à son départ, deux guitaristes vont le remplacer : le blanc Nick Curran et le noir Kirk ‘Eli’ Fletcher. Troy avait apporté son concours à Kim Wilson, en 2001, lors de l’enregistrement de "Smokin' joint". Mais il va surtout se révéler début 2003, lors de la sortie de "Lookin' for trouble", paru sur le label MC. Pour la circonstance, Wilson avait d’ailleurs fait appel à toute la bande à Gonyea.

Troy est issu de la région de Boston. A l’âge de 20 ans, il fréquentait déjà et régulièrement les stars de la scène locale. Et en particulier les membres du Roomful of Blues ainsi que Jerry Portnoy, un ex-harmoniciste du Muddy Waters Band. Il lui arrivait même de seconder Sugar Ray Norcia au sein des Bluetones. Troy avait immortalisé quelques sessions studio sur une démo, afin d’étayer son cv. Elles datent de l'an 2000. Et ce sont ces sessions qui, quelques mois plus tard, ont tapé dans l'oreille de Kim Wilson. Elles ont été réunies sur cet elpee, qui ne bénéficie pourtant que d’une distribution fort discrète. A cette époque, Gonyea drivait un trio répondant au patronyme de The Premiers, impliquant le bassiste Jon Ross et le drummer (NDR : un ex-Bluestime de Jay Geils et Magic Dick) Steve Ramsey. Une des sessions a été réalisée par le combo et remonte à août 2000. L’autre date d’octobre 2000. Le line up bénéficie du concours de musiciens de Roomful of Blues, en l’occurrence le pianiste Mark Stevens ainsi que les saxophonistes Doug James (baryton) et Gordon ‘Sax’ Beadle (ténor).

Le trio ouvre l’opus par "Wonderin", un solide shuffle balisé par la section rythmique. La voix de Troy est plutôt juvénile, mais bien timbrée. La guitare trouve immédiatement sa place au sein de l’espace sonore, et se réserve même le devant de scène, en manifestant beaucoup de classe! Caractérisée par sa rythmique saccadée, la cover du "What have I done wrong" de Magic Sam Maghett poursuit dans un registre fort semblable, très Chicago westside. Les cuivres font leur apparition sur "Bad luck blues", un blues lent admirable signé Eddie ‘Guitar Slim’ Jones. Troy chante d’une voix énergique, mais chargée de feeling. Il laisse échapper quelques petites grappes de notes, après chaque phrase vocale. Stevens le talonne de près au piano. Notre jeune artiste aime le Chicago blues. Classique, notamment. Et il le démontre en empoignant sa slide pour attaquer son "Realize". Au passage, il emprunte le riff cher à Elmore James. "Tell me what's the reason" revient à une formule jump. Parfaitement huilée, elle libère énormément de swing. Mais aussi de groove. A cause de la basse acoustique de Jon Ross. Et les deux saxophones en profitent pour s’octroyer un billet de sortie. Après avoir écouté une telle plage, on comprend mieux pourquoi l'ami Kim a été séduit. Autre blues lent aux accents indolents, "Irene" opère un trait d'union entre le Texas et la Louisiane. La configuration du trio délivre à nouveau un maximum de groove tout au long du "Some other day, some other time" de Freddie King. Pour la circonstance, les percus de Steve Ramsey font la différence. Un climat qu’on retrouve sur le "Can't stand to see you go" de Jimmy Reed, une plage au cours de laquelle Gonyea double à l'harmonica. "This can't go on" constitue, à mon humble avis, le meilleur morceau de l’elpee. Un autre blues lent, issu de la plume de Troy. Soutenu par le piano de Stevens et le sax ténor de Beadle, il interprète cette chanson d’une voix bouleversante, débordant de passion. Le trio affronte "Suitcase blues" en trio. Un titre aux accents exotiques, au cours duquel la section rythmique domine parfaitement son sujet. Troy n'a alors d'autre choix que de sortir de sa réserve et concocter un solo savoureux. Pour le boogie rock 'n' roll "Mary Ann", Mark est passé derrière son clavier tandis que Troy prend beaucoup de plaisir au chant. Cet opus de toute bonne facture s’achève par une version intimiste du "Canned Heat" de Tommy Johnson, une adaptation intimiste et très respectueuse de la tradition.

Troy Gonyea milite aujourd’hui chez Howl. Encore et toujours sous la formule du trio. Une formation de rock, responsable d’une musique mêlant l'énergie punk aux accents psychédéliques, tout en s’autorisant les débordements aventureux des jam bands .

 

mardi, 17 février 2009 01:00

Live at Bacci’s (Dvd)

Los Angeles regorge d’excellents blues bands. Les 44's y sont originaires. Un quatuor réunissant le chanteur/guitariste Johnny Main, le bassiste Dug Mug Swanson, le batteur J.R Lozano et l'harmoniciste d'origine japonaise, Tex Nakamura. Dug Mug a milité au sein du groupe de Zac Harmon, le Mid South Blues Revue qui avait décroché, en 2004, l'International Blues Challenge Award. Le quartet écume cette scène locale particulièrement difficile en se produisant dans les petits bars et clubs de L.A. Une situation qui oblige les artistes à se battre pour vivre de leur musique plutôt que d’assurer leur confort de vie. A cet égard, la manière assez agressive du vocaliste est symptomatique. Elle communique une intensité particulière aux 44s, qui en font sa spécificité. Ces sessions ‘live’ se sont déroulées en février 2008, au ‘Biacci's’, un petit club/restaurant italien d’Upland, dans la banlieue est de L.A.

Nakamura est un harmoniciste au souffle puissant. Son intervention est pleine de verve tout au long de l’ouverture "So low down". Un véritable claque ! Main (NDR : un type tatoué comme ce n’est pas possible !) vocifère ses vocaux dans le style d'un Johnny Winter de la belle époque, tout en triturant nerveusement sa vieille mais fidèle Fender Stratocaster. Le combo attaque le "Too many drivers" de Lightnin' Hopkins, à la manière d'un shuffle texan. Une version dynamique, puissante, victorieuse. Tex est à nouveau impressionnant. Le Stetson blanc est bien vissé sur le crâne. Des lunettes fumées dissimulent ses yeux. Mais surtout, il souffle comme le Kim Wilson au sommet de son art. Celui qui militait chez les T-Birds, à leurs débuts. Johnny se réserve une première sortie sur les cordes tandis que la solide section rythmique met la main à la pâte à l'arrière-scène de la pizzeria. Le son du Chicago Westside est bien restitué lors du "Take it easy" de Magic Sam. Main n’est pas un virtuose ; mais, à la recherche du riff magique institué par Sam Maghett, il parvient à arracher des larmes de ses cordes. Quatre plages de ce concert sont issus de la plume d’un certain L. Butler, dont le ravageur et galopant "Goin' to the church". L'harmonica ne desserre jamais l'étreinte autour du chanteur. Une grande complicité s’établit entre les deux solistes. L’ensemble affiche une cohésion remarquable. Main sort de sa poche son bottleneck. Ses cordes ronronnent. Il se réserve une longue intro à la slide pour "Sweet tooth". La démarche est plutôt majestueuse. Plus aventureuse. Largement différente de celles des jams bands, auxquels il se raccrochait en début de parcours. Néanmoins, les interventions de Tex demeurent séduisantes, envoûtantes, magiques. "Shape I'm in" opère un retour au Texas. Un rock'n'roll tonique signé Bramhall (père et fils) et Marc Benno. Fin du concert. Et du film. Le générique final défile pendant que la bande sonore diffuse une reprise succincte du "Don't love your cool" d'Albert Collins.