Il n’existe pas de ligne droite pour The Beths…

The Beths, un groupe néo-zélandais composé de la chanteuse Elizabeth Stokes, du guitariste Jonathan Pearce, du bassiste Benjamin Sinclair et du batteur Tristan Deck, annonce la sortie de son nouvel elpee "Straight Line Was A Lie", le 29 août 2025. En avril,…

logo_musiczine

Trouver des articles

Suivez-nous !

Facebook Instagram Myspace Myspace

Fil de navigation

concours_200

Se connecter

Nos partenaires

Nos partenaires

Dernier concert - festival

Hooverphonic
dEUS - 19/03/2026
Jean-Claude Mondo

Jean-Claude Mondo

vendredi, 31 décembre 2004 01:00

Red

« Red » constitue le quatrième album des Healers en dix années d’existence. La formation avait marqué une pause en 2001, après le départ du second guitariste, Jérôme Boquet. Fred avait alors tenté une nouvelle expérience l’année suivante : X3. Pour la circonstance, il avait recruté une section rythmique de luxe composée de René Stocks et Willie Maze. Le projet avait même accouché d’un album et d’une tournée.
 
Le retour des Healers est cependant marqué par l'arrivée du drummer célèbre et semi légendaire, Bruno Castelucci. Habillée d’une pochette rouge, "Red" va au-delà de la progression affichée lors de la sortie d’"Electerrified". Un elpee au caractère bien trempé, même si la voix se cherche encore. Le jeu de guitare s’est diversifié et emprunte même au jazz. La faiblesse, jusqu’alors perçue dans les percussions, est devenue un point fort. A cause de la puissance et de l’inventivité manifestées par le jeu magistral de Bruno. Fred Lani est aujourd’hui le seul soliste. Et Papa Jean-Marie a conservé le poste de bassiste.
 
La photo du trio reproduite sur la pochette en dit long. Très concentré, Fred part d'un pas décidé pour quitter l'écran. Le regard amusé, Bruno Castelucci est prêt à lui emboîter le pas. Immobile, Jean-Marie ne réalise pas encore ce qui lui arrive. Attention, si "Red" constitue le meilleur album des Healers, il n’est pas facile à assimiler. Il nécessite même une écoute attentive et répétée pour pouvoir en découvrir toutes les richesses. Une chose est sûre, on ressent la liberté de mouvement dont a bénéficié le trio, tout au long de l’enregistrement ; mais en même temps un souci du détail traduit par l'emploi d'artifices sonores et du rerecording.
 
Les cinq premières plages manifestent ainsi toute leur amplitude. Dès l'ouverture d’"I wanna hold you", on est sous le choc. Une claque ! Ce qui manquait aux Healers, dans le passé, est comblé. Une plage incendiaire construite sur un riff rock, musclée par la section rythmique. Changement de décor : Fred empoigne sa guitare acoustique pour aborder "So good". Une ballade soft rock dont le chant est bien mis en valeur et que ponctue parcimonieusement Fred, d’un superbe solo. Autre ballade soft rock, "In your dreams" séduit par sa mélodie accrocheuse. Le vocal de Fred n'a jamais été aussi bon. L'introduction de "Little moon' passe de nouveau à l’offensive. Placée très en avant, la guitare libère des sonorités contagieuses. La réverbération communique une touche d'intensité dramatique, à la limite de l’oppression. L'effet est saisissant ! Cocktail de styles divers - funk, swing, jazz, blues et rock -, "Almost blind" épouse un profil très contemporain. La guitare est torturée. Castelucci doit certainement apprécier cette forme musicale peuplée d’une multitude de trésors cachés. Une fusion qui alimente d'autres plages. A l’instar de "The last song", un titre balayé par les cordes swing jazz, et dont la densité de la trame rythmique est le fruit d’un mariage très réussi entre la basse et la batterie pugnace. "Extreme dance" également. A cause de cette structure de free jam totalement délirante. "Never too late" enfin. Clin d’œil adressé à Django, il est le produit d’un savant mélange entre blues, jazz et swing un peu surannés. Le tout filtré dans l’acoustique la plus pure. Sur "Red gunhand", Fred développe un des thèmes qui le tourmente le plus dans le monde d'aujourd'hui : les conflits entre l’oppresseur et l’oppressé, le riche et le pauvre. Le bien et le mal quoi ! Cette plage ne respire pas la joie. Les cordes empruntent au blues avec une certaine limpidité, avant de poursuivre dans le jazz. Le blues d'un jeune musicien qui se redécouvre en 2004 ! En fin de fragment, il adresse un nouveau clin d'œil ; mais à John Lee Hooker. Très roots, l'intro de "Freedom" clame un cri de liberté avant de virer à la slide. Son phrasé est hypnotique. La rythmique métronomique. Une harmonie s’installe entre l'acoustique et le son amplifié. Une plage qui mérite une écoute attentive, tant elle cultive de richesses. Le nonchalant "Grandad's song" évolue dans un univers proche du blues. Les notes lacérées se détachent des accords rythmiques. Une plage très personnelle, nostalgique, dont se dégage un sentiment de profonde tristesse. L’opus recèle, bien sûr, encore quelques tracks percutants, fouettés par des riffs rock. Tout d’abord "Change". Probablement la plage la plus immédiate de l’opus. Puis les deux derniers morceaux de l'album : "Hold on", caractérisé par son intro trash/surf ; et le très accrocheur "Pay the price". A l’instar du fier lycaon reproduit sur la pochette, scrutez l’horizon et ouvrez toutes grandes vos oreilles! Les sensations sont garanties. Car vous allez prendre le train en marche pour le meilleur Fred & The Healers…
vendredi, 31 décembre 2004 01:00

Looka here!

Originaire de Detroit, dans le Michigan, George Friend joue de la guitare depuis son plus jeune âge. Dans les clubs. Mais il semble alors surtout attiré par le jazz. A 18 ans, il émigre à San Francisco où il joue régulièrement en compagnie du regretté poète de la Beat Generation, Allen Ginsberg. Il revient ensuite à Detroit, où sa rencontre avec John Sinclair le dirige désormais vers le blues. Il peut aussi bien jouer Theolonius Monk que Robert Johnson. Durant une dizaine d'années il va fréquenter les divers clubs de la Motor City, en y côtoyant tout particulièrement, Johnny Bassett, Alberta Adams ainsi que le rock'n'roller Robert Gordon. En 1999, il change d'air et s'installe à Los Angeles. Au cours des deux dernières années, il a surtout assumé le rôle de guitariste auprès de la chanteuse Janiva Magness, en compagnie de laquelle il s’est produit en Belgique. Janiva ayant décroché un contrat d'enregistrement pour Blues Leaf, Joe Morabia (NDR : le boss de ce label) a permis à George d'enregistrer son propre elpee. Musicien complet, George a parfaitement assimilé différents styles pour se forger sa propre identité artistique. Mais il faut reconnaître que les années qu’il a consacrées au jazz l'ont aidé à emprunter sa nouvelle direction. Son répertoire respecte bien l'esprit actuel de Los Angeles. Pas le West Coast jump blues, mais un blues mâtiné de R&B. La collaboration qu’il accorde à Miss Magness lui a permis de bénéficier du soutien de quelques uns des meilleurs musiciens issus de cette scène.
 
George n'est pas un véritable chanteur ; il préfère laisser étaler toute sa classe sur ses cordes et particulièrement sur quelques plages instrumentales. A l’instar de l'ouverture "The grinder", une plage probablement inspirée par Albert Collins. Du saignant "Juicy", un fragment conduit par le saxophone de Ron Dziubia. Constituée de Jeff Turmes et Donny Gruendler, la section rythmique est redoutable : une rampe de lancement rêvée pour les six cordes. De "I540 special". Un morceau composé par Johnny Bassett qui parvient à agréger jazz et blues sur un tempo exotique, tempo assuré par une autre section rythmique de classe : Rick Reed (ex Amazing Rhythm Aces, William Clarke) à la basse et Donny Gruendler (NDR : issu de Detroit, cet excellent percussionniste a joué en compagnie de Kenny Burrell et Alberta Adams) aux drums. "El Lechero" s’accroche à cet univers teinté d’exotisme ; mais suscite davantage d’excitation. A cause des changements de rythme et du phrasé des guitares échangé entre George et Rick Holmstrom. Le reste se signale par la présence des parties vocales. Intense, le climat musical évolue à haut niveau. A l'avant-plan, la guitare se joue de toutes les embûches. Issu du répertoire d'Otis Rush (des sessions Cobra), "Sit down baby" manoeuvre dans un style proche de Rush. "Lazy ass" ne manque pas d’allure. Signé Joe Weaver, le titre maître est taillé dans du solide R&B. Une plage animée par Ron Dziubia qui double au piano et au honky ténor sax. George a invité l'ancien soliste des Mighty Flyers, Rick Holmstrom, pour lui donner la réplique. Tout d'abord pour un blues des bayous, parcouru par les percussions hypnotiques de Steve Mugalian, un autre ancien des Mighty Flyers. Ensuite pour "All jacked up", un titre remarquable, imprimé sur un rythme élevé. Steve Mugalian et Gregory Boaz (ex Candye Kane) forcent les deux guitaristes à se découvrir. Et le résultat est tout bonnement brillant ! La même section rythmique soutient George pour exécuter un autre voodoo blues : "Drunkard's alibi". Je vous recommande chaudement cet elpee qui s’achève par l’allègre "Wanna tell", une compo contagieuse que l’on chanterait avec plaisir en compagnie de Mr Friend. Excellent !
mardi, 24 mars 2009 23:01

Volume 2

Sous-titré, "Featuring Johnny Dyer and Big Joe Turner", cet elpee est dédié à la mémoire de Pee Wee Crayton. En fait, il devait participer à ces sessions ; mais il est décédé suite à une crise cardiaque, peu de temps auparavant. L'ambiance est ici assez différente de celle du premier volume. On n’a plus cette impression de partager un moment privilégié au sein d’un cabaret de nuit. Le tracklisting recèle moins de grands classiques du blues, également. Mais même si la qualité du son est loin d’être parfaite, l’ensemble tient parfaitement la route.

Retour donc en 1985. A Topanga Canyon, quelque part entre San Fernando Valley et l'Océan Pacifique. Pas tellement loin de la mégalopole de Los Angeles. Les membres de Canned Heat s’y réunissaient souvent. D’ailleurs, c’est dans les parages qu’Alan ‘Blind Owl’ Wilson avait mis fin à ses jours, en septembre 1970. Dans ce patelin, se déroule un petit festival local organisé pour célébrer le troisième anniversaire d’existence de la Southern California Blues Society. Une radio locale avait suivi l’événement. Et l’avait immortalisé sur quelques bandes. Ce sont ces reliques poussiéreuses qui nous permettent de revivre cet épisode.

Le Magic Blues Band ouvre les hostilités par un "No more lovesick blues" très saignant. Chuck Jackson chante autoritairement avant de se concentrer sur ses cordes qui rivalisent avec les interventions à l'harmonica de Rod Welk. Chuck prend alors la parole. Il rend un vibrant hommage au grand Pee Wee Crayton, alors disparu depuis quelques semaines ; c’est-à-dire en juin 1985. Un moment d’émotion ! Le band se lance alors dans un "Blues for Texas" de toute beauté. Comme on l’aime et empreint d’une grande simplicité. D’ailleurs, le blues proposé sur cet elpee est d’excellente facture. Welk est épatant aux cordes tout au long de "Why wait". Il réussit tous les exercices de style enseignés par Little Walter. "Black & blue" s’ébroue sur un riff menaçant ; mais la guitare bien électrique s'envole une nouvelle fois. Une silhouette noire se faufile sur le devant de scène. Chuck nous le présente : il s’agit de Johnny Dyer, un chanteur/harmoniciste originaire du Mississippi. De Rollin' Fork pour être plus précis, tout comme le grand Muddy Waters. Dyer connaissait personnellement Muddy. Son style l’avait d’ailleurs marqué d’une trace indélébile. Johnny puise ici dans le répertoire du Chicago Southside. Ses coups d'harmo sont lacérés au rasoir. Il adapte "Everything's gonna be alright", le slow blues légendaire de Waters, "Nineteen years old" et l'inévitable "Mojo workin'". Un spot radio de l'époque nous restitue la présentation de Big Joe Turner. Il était arrivé de Kansas City en compagnie de ses musiciens ; et en particulier sa section de cuivres et son organiste. Big Joe est une des voix extraordinaires du blues. Son timbre est surpuissant ; mais une émotion nous étreint lorsqu’il nous accorde une interprétation extraordinaire du blues lent "Down home blues". L’orgue Hammond ronronne. Le saxophone ténor prend son billet de sortie et la guitare est intenable. Quelle claque! "Honey hush medley" est imprimé sur un tempo allègre. Le blues shouter se fait plaisir au sein d’un climat sonore parfaitement homogène. Big Joe nous parle alors d'une tranche d'histoire relative à la musique de Kansas City. Son timbre est très grave. Ce géant mesurait près d’1m90 et pesait 110 kg. Il allait disparaître la même année. En 1985. A Los Angeles. A l’âge de 74 ans. Les cinq derniers morceaux sont de moindre bonne qualité acoustique. Les sources d’enregistrement sont sans doute différentes. On suppose qu’il s’agit bien du Magic Blues Band. La férocité des vocaux dispensés tout au long de "My baby she left me" rappellent Johnny Winter. Il s’agit plus que probablement de Rod Welk qui s’en charge. Le souffle de son harmonica est, en outre, fort percutant et agressif. Et il continue à étonner sur "I don't play". Jackson chante "Tore down" d’une voix puissante. Le "Take out some insurance" de Jimmy Reed a été rebaptisé, pour la circonstance, "Assurance Alt". Talonné par les cordes de son partenaire Chuck, Welk est aussi à l'aise dans la peau de Reed que celle de Little Walter. "Have a good time" achève cet opus. Un titre qui en dit plus long que n’importe quel commentaire. Une bonne tranche de blues!

 

mardi, 24 mars 2009 23:01

Volume I

Le tout premier elpee du Magic Blues Band vient donc d’être réédité sous la forme du compact disc. Sous-titré "Live in 1985 – Featuring Special Guest star Mr ‘Pachuko Hop’ Chuck Higgins", il a été immortalisé au Guildner Brothers Body Shop de Northridge, en Californie. Un disque qui a donc été enregistré ‘live’. Sur les planches, on retrouve John Williamson et Rocky Jackson aux guitares, Rod Welk à l’harmonica, Jesse Serrano à la basse, Michael Herman aux drums et bien entendu Chuck Higgins au saxophone ainsi qu’au chant.

Charles Williams ‘Chuck’ Higgins est né en 1924. A Gary, dans l’Indiana. Chanteur de R&B, il a décroché un hit en 1952 : "Pachuko Hop". Remarquable saxophoniste, il était, alors, soutenu par le guitariste notoire Johnny Guitar Watson. Atteint du cancer, il est décédé en septembre 1999.

Le Magic Blues Band est donc réuni lors d’une nuit torride de 1985. Et cet opus va nous restituer, en 19 plages (NDR : dont de nombreux classiques), plus d'une heure de blues et de R&B de toute bonne facture. Higgins chante et joue du saxophone sur quatre titres. Dont "Love for you" qui ouvre les hostilités, l’excellente reprise du standard "Shotgun", "Stormy Monday blues" et une superbe version du "Got me runnin'" de Jimmy Reed. Tout en laissant éclater son ‘honky’, il permet à ses musiciens de sortir de leur réserve ; et en particulier Jackson aux cordes ainsi que Rod Welk à l'harmonica. Une intervention sublime, par ailleurs. Rocky Jackson se réserve l’essentiel des parties vocales, lors de ce set. Il jouit d’une voix solide. Un organe qui illumine des compos comme "Tore down", "Aw' baby", "Dust my blues", "Rock me baby", "Help me" ou encore "My babe". Rod ‘The rocket’ Welk chante cependant "Up the line" et "Tore down", alors que le brave Williamson se focalise davantage sut des titres plus rock'n'roll. A l’instar de "Buick 59" (NDR : il faut souligner qu’il est fasciné par les grosses voitures américaines construites au cours des fifties ; des modèles reproduits sur toutes les pochettes de ses albums), "Cold chills" et "Shake rattle & roll". Cette dernière plage libère une fameuse dose de vibrations. Les musiciens chantent en chœur. Welk est au sommet de son art. Faut dire que tout au long du show, cet élève de Little Walter se révèle brillantissime ! Le concert s’achève par "Intro inst", un curieux instrumental au cours duquel les différents acteurs ont le loisir de se présenter au public, avant que Rod Welk leur accorde un dernier solo aussi enchanteur qu’excitant.

 

mardi, 17 mars 2009 01:00

Blues : A tribute to John Lee Hooker

Cinq ans déjà que Finis Tasby participe à l'aventure des Mannish Boys, le groupe de blues fétiche du label californien Delta Groove. Ce collectif de musiciens chevronnés est d’ailleurs responsable de toute une série d’albums d’excellente facture. Finis en est le principal vocaliste. Faut dire qu’il jouit d’une superbe voix sculptée pour chanter le blues.

Tasby est né au Texas. A Dallas, très exactement. En 1940. Ses débuts remontent à la fin des fifties. Comme drummer, au sein des Blues Blasters. En 1962, il intègre les Thunderbirds comme bassiste, une formation qui épaule alors très souvent le chanteur de soul blues, ZZ Hill. Il en deviendra le leader et le chanteur. En 1973, il émigre à Los Angeles. Il monte sa formation et enregistre quelques singles. Il concocte "Blues mechanic" en 1984, un elpee qui paraît sur le label anglais Ace. Il commet "People don't care" en 95 chez Shanachie. Pour la circonstance, il bénéficie de la participation de Lowell Fulsom, Elvin Bishop et Mick Taylor. En 98, il grave  "Jump children" sur Evidence, un disque pour lequel il reçoit le concours de la crème des musiciens de L.A. ; et notamment Kid Ramos, Rick Holmstrom, Larry Taylor ainsi que Lester. En 99, il embraie par "3rd", toujours pour Shanachie. La même année, il se réserve trois titres de la série "Blues across America : the Los Angeles scene", sur Canonball. Son dernier opus personnel remonte à 2005. Mel Brown et Enrico Crivellaro avaient coopéré aux sessions d’enregistrement de cet elpee. Intitulé "What my blues are all about" il avait été édité sur Electro-Fi.

“Blues : A tribute to John Lee Hooker” a été concocté en 2002. Mais apparemment, sa date de sortie ne date que de 2007. Un disque peu connu par les amateurs de blues en Europe. Et pour cause, il n’est toujours disponible qu’en import. Finis a été un ami proche de John Lee Hooker. Notamment au cours des trente dernières années d’existence du natif de Coahoma County. Lee est cité comme ‘executive producer’ au sein du booklet. Il a donc probablement misé quelques dollars sur le talent de son pote texan.

L'album démarre par "Sex on my mind", une plage très R&B introduite par l'orgue Hammond de Jan Garfinkle et soutenue par une section de cuivres au grand complet. Déjà certains instrumentistes mettent le nez à la fenêtre. Et en particulier le musicien noir Damon Van Buren aux cordes et David Stone au saxophone. Finis s’autorise une version pour le moins inhabituelle du "Little Red Rooster" de Willie Dixon, au sein d’un climat entretenu par un orgue et des cuivres délicatement funky. Blues très classique, "Get drunk & be somebody" évolue dans un style assez proche de BB King. Garfinkle est passé au piano. Van Buren se révèle aussi efficace que parcimonieux sur ses cordes. Mike Grundy souffle timidement dans son harmonica. Expressive, la voix de l'artiste prend toute sa dimension sur la ballade "Since I met you baby", une compo subtilement caressée par les accords du piano. Un « Tribute to John Lee Hooker » sans la moindre reprise d’un morceau du roi du boogie n’aurait aucun sens. Le choix s’est donc porté sur "Boogie children", une adaptation imprimée sur un tempo très alerte, fricotée à la sauce R&B et au cours de laquelle les cuivres sont à la fête. Evoluant sur un mid tempo, "Keep on loving you" est issu de la plume de Finis, un downhome blues d’excellente facture. Une plage tapissée d’orgue et de piano, finalement plus proche de BB King que de Hooker. Finis et Zakiya Hooker, la fille de John Lee, chantent passionnément et en duo "You don't have to worry". Un Tasby dont l’interprétation basique du slow blues basique "Cummin prison", est susceptible de vous communiquer des frissons. "Going to Virginia" ponctue ce solide elpee, une finale au cours de laquelle Carmen Grillo se réserve le rôle de gratteur. Lorsqu’il ne sévit pas chez les Mannish Boys, Mr Tasby est épaulé par le Royal Blues Band, un combo au sein duquel on retrouve le guitariste Damon Von Buren, également impliqué sur cet opus, l’organiste Deacon Jones (NDR : un ancien membre du Hooker  Band) et l’harmoniciste River Blue.

 

mardi, 17 mars 2009 01:00

Blues drive

Flynn est originaire de Green Bay, dans le Wisconsin. A l’âge de 14 ans, le célèbre bluesman chicagolais Jimmy Dawkins permet à Billy d’entrer illégalement au sein du ‘Clark Kent's Super Joint’. Cinq ans plus tard, Dawkins le recrute pour incorporer son backing band. Il y sévira quatre ans. En 80, il rejoint les Futuramics de Jim Liban. Une aventure vécue dans son Wisconsin, qui va lui permettre de rôder son expérience dans les clubs. Fin des eighties, il participe au projet du Legendary Blues Band, un collectif réunissant d'anciens partenaires de Muddy Waters, Pinetop Perkins, Willie Smith et Calvin Jones. Il a également apporté son concours au Mississippi Heat, à Kim Wilson ainsi qu’à Otis Rush. Et la liste est loin d’être exhaustive. Sa discographie est impressionnante. Notamment concoctée en compagnie de Jimmy Dawkins ou du Legendary Blues Band. En solo, il doit avoir commis neuf elpees. Il milite également chez le backing group de la chanteuse noire Deitra Farr. Ses comparses lui renvoient, pour la circonstance, l’ascenseur ; en l’occurrence le claviériste Roosevelt Purifoy, le bassiste Felton Crews ainsi que le drummer et le drummer Ricky Nelson. Cerise sur le gâteau, KimWilson a participé à l’enregistrement de cinq plages. Bref, on peut affirmer que Billy vient encore de frapper fort, puisque ce "Blues Drive" est double !

Réputé pour son bon goût et son éclectisme, Mr Flynn jouit d’une excellente réputation comme guitariste. Il est aussi compositeur, chanteur et harmoniciste. Mais également susceptible de tâter des claviers, de la mandoline et des percussions. Billy signe 17 des 19 plages. Sa musique est propre, de toute bonne facture, démontrant sa capacité à aborder une multitude de styles différents.

Instrumental, "Blues drive" ouvre l’elpee. Soutenu par une section rythmique redoutable, complexe et subtile, Mr Flynn laisse vagabonder son inspiration tant sur ses cordes qu’à l'harmonica. Il interprète "Hearts on fire" d'un timbre sans grand éclat mais sur un ton juste, dans un style proche du Chicago Westside. L'ami Kim Wilson est venu chanter la ballade "Big money problem". La voix de Kim est immédiatement reconnaissable. Les interventions de Roosevelt Purifoy à l'orgue Hammond sont chaleureuses et riches. Ce qui a le don d'inspirer Billy, dont les cordes s'envolent vers les sommets. Un vrai bonheur ! Ce double elpee est parsemé de jolies plages instrumentales. A l’instar de "Blue mood", de l’indolent "Nite blues" qui nous entraîne dans une ambiance de cabaret nocturne, de "Down-load", de l’aventureux, divertissant et curieux "Sitar blues, d’un "Talk about it" manifestement inspiré par Jimmy Dawkins et du mélodique "New beginnings", éclaboussé par les nappes d’orgue de Purifoy. Dommage que l’artiste ne jouisse pas d’une voix plus puissante. Ses compos atteindraient alors une toute autre dimension. Car il a une bonne plume. Et il le démontre une nouvelle fois tout au long de la ballade soul blues "I'm hooked", au cours de laquelle il dispense un superbe solo. A première écoute, l’exercice de style semble simple, mais en l’analysant de plus près, on se rend compte qu’il est bien plus complexe qu’il n’y paraît. Et pas seulement, parce que la solution sonore est balayée par des accords de sitar. Kim Wilson revient chanter "Time has told me", une autre plage lente enrichie de chant gospel. La voix androgyne du batteur Ricky Nelson répond à celle de Kim. Le sitar parfume le tout de sonorités orientales, pendant que Flynn nous réserve une nouvelle sortie extraordinaire sur les cordes. Magique ! Kim chante également le "First stage of the blues" de Johnny Fuller, épaulé par Billy à l'harmonica. "It could happen to you" campe un autre autre blues lent majestueux. Billy a souvent partagé la scène en compagnie de Jimmy Dawkins. Il nous le rappelle tout au long de cette plage au jeu parcimonieux et chargé de feeling! Le premier elpee s’achève dans l’allégresse. Kim Wilson a sorti son harmo de sa poche et nous réserve un "Shakin' the boogie" inspiré par Sonny Boy Williamson avant de partager la ‘pole position’ en compagnie de Billy, lors d’un merveilleux "Blues thru the winter time". 

Le second compact-disc est moins intéressant. Billy y cède son emprise à sa section rythmique, pour "Tearin it up", un titre funky chanté par Felton et Ricky. Et la plaque s’achève par une version très personnelle du "Whole lotta love" de BB King. Manifestement, un seul cd aurait suffi ; mais comme le second est offert, pourquoi bouder notre plaisir…

mercredi, 11 mars 2009 00:08

Ice storm

Scott est originaire de Tulsa dans l'Oklahoma. Au cours de sa jeunesse, il tombe sous le charme de la musique d'Eric Clapton et de Freddie King. Faut dire, qu’à cette époque, ces deux mythes s’étaient installés dans cette région ; c’est d’ailleurs là que Leon Russell avait établi ses quartiers. Il était d’ailleurs à la fois proprio des studios et du label Shelter Records. En 1981, Scott devient le guitariste rythmique du band de Clarence ‘Gatemouth’ Brown. Il se fixe alors à Los Angeles. Au cours des années 90, il fonde sa propre formation, en compagnie de laquelle il va enregistrer toute une série d’elpees :"Live at Joeys" en 1995, "Steamin'" en 2000, "Cold hard cash" (NDR : produit par Dennis Walker) en 2001 ainsi que "Bad case of the blues" en 2002. Michael Franck, le boss d'Earwig Records, convainc Ellison de signer chez lui en 2007. Franck est convaincu que cet artiste va apporter du sang neuf à son écurie. Quelque chose de différent du style proposé habituellement par son label, consacré pour l'essentiel à Chicago.

Ce nouvel opus réunit différentes sessions qui s’étalent sur une décennie. Certaines remontent d’ailleurs à 1997. Elles ont été immortalisées à Burbank, en Californie. Les autres ont été réalisées à Tulsa ; et la dernière date déjà de juillet 2007.

Blues rock à la texane, "Steamin" lorgne manifestement vers l’univers sonore de Stevie Ray Vaughan. Scott a une bonne voix. Tous les instruments sont bien en place. Les six cordes du leader se détachent de l’ensemble. Superbe ballade, "Big blue car" campe une mélodie rappelant curieusement le célèbre "The thrill has gone" de BB King. Enrichis d’orgue Hammond, de cuivres et de chœurs, les arrangements sont très soignés. Et n’ayons pas peur des mots, la production, assurée par Scott Ellison et son ami Terry Lupton, est sophistiquée. Une mise en forme illustrée parfaitement tout au long du blues rock puissant "Pride". La combinaison des instruments (NDR : guitares, slide ainsi que le piano que se réserve Larry Bell) est irréprochable. Blues imprimé sur un tempo modéré, "4th of July" est caractérisé par un riff puissant et volontairement dramatique. Une slide se détache de cet univers sonore complexe. Autre plage de bonne facture, "King of the blues" puise son inspiration chez les fameux Freddie et BB King. Gouailleuse, la guitare de Scott égrène de petits chapelets de notes face à l'orgue Hammond de Tom Canning. Une slide bien mélodique domine "Keys to my heart". Scott chante d'une voix puissante, au timbre légèrement rocailleux, le blues lent "I'm in trouble". Cette voix répond systématiquement aux cordes jouissives et largement amplifiées de sa guitare, pendant que l'orgue et les cuivres des Vine Street Horns tapissent le décor sonore. Cet orgue envahit même "Cadillac woman", un blues lancé au galop sur une très solide assise rythmique. Scott a le don de produire des sonorités qui accrochent instantanément l’oreille. Elles flirtent même souvent avec la planète rock. Parfois, ses compos me font penser à Eric Clapton. Mais en plus musclé. Autre ballade rock très accrocheuse, "Who will be the fool" en est une nouvelle démonstration. Concocté en 2007, "Why 'd ya lie to me" constitue un nouveau témoignage de son habileté à sculpter les sonorités des guitares ; et pour la circonstance, il est épaulé par Rocky Frisco aux ivoires. Instrumental, le morceau maître nous plonge dans le R&B des années 50. L’occasion pour Curt Limburger de faire hurler son saxophone. Et on retrouve toute la puissance vocale de Scott sur "Where you stand with me", un cocktail de blues, de rock et de R&B qui achève cet elpee fort intéressant. Ellison est un compositeur prolifique ; mais il serait quand même temps qu’on puisse se délecter d’enregistrements un peu plus récents…

 

mercredi, 11 mars 2009 00:01

I'm back again

Sonny ne manque pas d’expérience. Et pour cause, il y a quarante années qu'il sillonne les routes du blues. De son véritable nom Clarence Edward Smith, il est né au Texas, en 1940. A Smithville, très exactement. Au cours de sa jeunesse, il rencontre deux grands du blues texan, Albert Collins et Johnny Copeland. Ils se lient d’amitié. Puis il monte son groupe, Clarence Smith and the Daylighters. Il vit alors à Austin. Mais le cours de sa vie va changer, puisqu’il décide de s'enrôler dans la US Navy. Il y restera 8 longues années. En 1966, il s’établit en Californie, du côté d'Oakland. A cette époque, il rencontre L.C ‘Good Rockin'’ Robinson, un joueur de steel guitar. C’est ce dernier qui va lui communiquer le virus de cet instrument aux accents métalliques. Au cours de cette époque, il va immortaliser quelques enregistrements, puis décide d’émigrer d’abord pour le New Jersey, puis la Floride. Véritable globe-trotter, il est retourné, depuis peu, vivre en Californie.

Pour concocter ce nouvel opus, Sonny a multiplié les sessions d’enregistrement. Epaulé, par son agent européen, Tano Rio, il a ainsi débarqué à Milan. En 2008. Pour la circonstance, il avait reçu le concours de musiciens italiens. En l’occurrence, le guitariste Tiz Galli, le bassiste Luke Tonani et le drummer David Malito. Mais il a aussi eu l'idée géniale d’inviter toute une série d’harmonicistes notoires. En l’occurrence R.J Mischo, Johnny Sansone et Brian Templeton.

L’elpee s’ouvre par "Can't get enough", une compo imprimée sur un tempo élevé. Sonny se réserve le chant. Il est talonné par l'harmo de Jumpin' Johnny Sansone ; cependant, il ne faut guère attendre plus d'une minute avant d’assister à l’envolée de Sonny sur sa lap steel guitare. La température monte de quelques degrés dès "Travelling bluesman". Tiz Galli se concentre sur sa gratte rythmique, pendant que Sansone souffle dans les aigus. Signé Little Milton, "Anna Mae café" est un blues lent aux accents métalliques. L'instrument de Rhodes se détache sensiblement de l'environnement sonore alors que RJ Mischo se démène passionnément sur son harmo. "Can't dance boogie" est un boogie d’une violence inouïe. Sansone a mangé du lion. Il halète comme un possédé dans sa musique à bouche. La même équipe remet le couvert lors d’un autre boogie infernal, le "Shake your hips" de Slim Harpo, bien entendu! Paisible ballade, "Tell me the truth" ne suscite guère d’intérêt. Sonny rend hommage à la ville où il est né sur "Smithville Texas". Un blues au rythme très marqué, hypnotique, souligné par les interventions tranchantes de Mischo à l'harmo. On en a des fourmis dans les jambes. Le titre maître est toujours aussi rythmé, un blues rock basique au cours duquel le team italien déménage pas mal, en toile de fond. Brian Templeton est passé à son tour à l'harmonica. Il domine parfaitement son sujet et trace la ligne de conduite de cette plage en montant allègrement dans les tonalités aigues. Le Bostonien nous fait ainsi revivre ses grands moments de l'époque des Radio Kings. Funky blues, "I was kidding" est de nouveau un titre propice à la danse. RJ Mischo semble tout heureux de participer à la fête. "The truth hurts" évolue sur un même tempo. Cette plage épingle une dernière intervention ensoleillée de Templeton à la lap steel. Instrumental, "Texas stomp" nous ramène au Texas. Sonny n’a pas oublié cette période de son existence. Une finale dont le style est finalement assez proche de Gatemouth Brown. Au cours de ce morceau ponctuant un album de toute bonne facture, les musiciens prennent manifestement leur pied. Notamment, Mischo. Il est vraiment dans son élément. Et puis, la section rythmique italienne participe activement à cette compo qui ne manque ni de swing, ni de rythme.

 

vendredi, 31 décembre 2004 01:00

In the house

« In the house » constitue le 5ème volume de série "Live at Lucerne". Le Down Home Super Trio réunit l'harmoniciste RJ Mischo, le guitariste Frank Goldwasser (NDR : célèbre pour son sobriquet 'Paris Slim') et l'infatigable batteur Richard Innes. Une œuvre immortalisée ‘live’ lors leur passage au festival de Lucerne, le 15 novembre 2003. Et pour une bonne tranche de downhome blues !
 
L’opus s’ouvre par le "If you dig me let me know" de Goldwasser. Une plage très enlevée réminiscente de Jimmy Reed. Même que RJ Mischo prend ici le rôle de Jimmy et Frank celui d'Eddie Taylor au chant. Le "Sister taught me guitar" d'Eddie Campbell est facilement reconnaissable à son intro. Le souffle de Mischo est puissant et inspiré. Du RJ des grands jours. Il chante cette plage avec une grande vivacité, l'harmo sur le coin des lèvres, prêt à bondir à tout instant. "Candle is burning low" est un blues lent, terrestre, très Chicago southside. Il nous transporte au coeur des fifties, dans la Cité des Vents. La voix de Goldwasser n'est pas parfaite. On imagine facilement celle (NDR : d'outre tombe) de Howlin' Wolf intervenir sur cette plage. Et c'est justement à ce dernier que RJ veut rendre justice en chantant le "Just can't stay" de Don Nix. Un exotisme discret envahit le trio pour attaquer le bref "Blues King Mambo", une compo signée Alfred Harris. Un moment de dépouillement très bien restitué. RJ est seul sur les rails pour attaquer son "Keep on running". Il l’exécute tout en souffle, talonné par ses seules percussions. Mischo se libère et s’autorise les célèbres effets de whooping, du mythique Sonny Terry. Une ombre se dessine à l'arrière scène. Celle d’Alex Schultz, une guitare à la main. Quel bonheur de revoir et de réentendre ce géant californien du jump blues. Un musicien jusqu'au bout des ongles, capable de jouer de tout avec le même bonheur. Il nous invite au "Grand Casino", un instrumental créé à la seconde. Un blues très lent inspiré par les lieux : le Casino de Lucerne. Schultz s’y montre impérial de finesse, de technique et de feeling. Le trio se lance alors dans le "Going down the line" d'Earl Hooker, un boogie speedé. Les musiciens sont chauffés à blanc. Le public est très réceptif et participe à la fête. Le chant de RJ est impeccable. Billy Flynn et Goldwasser attaquent leurs cordes avec une certaine dose de violence, avant de les faire exploser. Mischo est maître de la scène. Il émerveille par sa vivacité et son dynamisme tout au long de "They try to kill me". Il en perd sans doute la voix, car Goldwasser reprend les parties vocales pour les trois dernières plages. Un RJ sans voix mais toujours le souffle long sur "Just don't care'. Il fait pleurer son harmo ; une technique à laquelle il a souvent recours sur ses propres albums. Frank a pris le pouvoir pour interpréter son "Homesick blues" : un hommage à ses maîtres face aux percussions tribales d'Innes (NDR : ce drummer d’exception a été de tous les bons coups du blues, au cours des 25 dernières années : Hollywood Fats Band, Fabulous Thunderbirds, Lynwood Slim, Rod Piazza, William Clarke, Kid Ramos, Kim Wilson et bien d'autres). Pour clôturer le concert, Frank prend son bottleneck et rappelle sur scène Billy Flynn. Cet autre fin slider, réputé pour ses coups de slide à la Elmore James, rejoint ses compagnons dans le Southside de Chicago pour y chanter le "Bloody tears" de Willie Dixon. Le bonheur! J'avais déjà eu l’occasion d’assister à un set du Down Home Super Trio. Au Spring Blues Festival d'Ecaussinnes, en mai 2003. Mischo, Goldwasser mais aussi le guitariste Steve Freund s’étaient produits sans Richard Innes ; mais cette expérience valait déjà son pesant d’or. Et si vous appréciez ce style musical, je vous invite à découvrir les albums de RJ Mischo et de Frank Goldwasser, parus sur le label Crosscut.
vendredi, 31 décembre 2004 01:00

Painkiller

Originaire de Detroit, dans le Michigan, Morgan a émigré au Canada en 1968. A Toronto, pour être plus précis. Avant d’entamer une carrière en solitaire, il a sévi au sein de toute une série de formations : The Rhythm Rockets, The Knights of the Mystic Sea et le David Wilcox Band. Il commet son premier elpee en solitaire en 1982 : "Ready to play". Chez Bullhead. Il embraie par "Morgan Davis", en 89. Pour Stony Plain. Puis "Morgan Davis Live" en 94 et "Blues medecine" en 99, deux opus concédés à Electro-Fi ainsi que "Hogtown years" (NDR : en réalité un recueil de compositions parues sur ses albums précédents) en 2003, sur un label indépendant. Morgan est un homme à tout faire. Non seulement il compose et interprète son répertoire, mais il conduit la camionnette, monte le matos et en règle l’amplification lors de ses concerts.
 
L'album s’ouvre par un "Driving the backroads" dont le rythme et le style sont empruntés à Howlin" Wolf. La voix de Morgan accroche bien. L’harmonica d'Al Lerman (de Fathead) entre en scène. Morgan joue de ses cordes, en manifestant un grand respect pour Hubert Sumlin. Imprimé sur un tempo syncopé, "Waffle house blues" nous entraîne subrepticement vers la Nouvelle Orléans. La voix un peu fausset lance un clin d'oeil à Dr John. L'orgue de Rod Phillips impose le rythme. Le funk est léger. Morgan joue de la guitare avec parcimonie. Ballade doucereuse, "Hello, Nova Scotia" s’avère très laidback dans son instrumentation. Un fragment nappé par les bien jolies notes d’orgue de Rod que tisse avec autant d’élégance le saxophone d'Al Lerman. Et dans ce contexte, la participation de Colin Linden à la guitare, n’est guère étonnante. Morgan accorde un solo original sur le R&B toujours aussi laidback "I'll find my way" ; dans un style proche de Santana, mais sans l'écho. Excellent downhome blues, "Gettin' old" met en exergue une remarquable partie de guitare. Originale en plus ! Peu de notes pour un maximum d'effets. Bienvenue dans cet univers sis quelque part entre Hubert Sumlin et John Lee Hooker ! Une sensation reconduite sur le titre maître, blues désespéré d'une rare beauté. Inspiré par le Delta, "Po' Bob" est un bref instrumental fragile et touchant. "She's my radiator" constitue assurément un des meilleurs moments de l’opus. Il nous ramène à la Nouvelle Orléans. Pour la circonstance, Rod Phillips est au piano et Al à l'harmonica. D’une efficacité permanente, la section rythmique réunit le batteur de jazz Mark Mariash et le bassiste du Jimmy Bowskill Band, Alec Fraser. Ce dernier assure, en outre, la co-production de l’elpee (NDR : il avait également mis en forme l'album de Raoul and the Big Time.) Morgan Davis est crédité de toutes les compositions de cette plaque. Ce qui explique pourquoi, lors de la remise des ‘Maple Blues’, il a été élu auteur-compositeur, chanteur et producteur de l'année. Chez lui, bien sûr. Au Canada. Un album sans prétention qui s’achève par une chanson empreinte de douceur et de charme : "Rainin' trains"…