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vendredi, 31 décembre 2004 01:00

Blue country steel

Dave Arcari est le vocaliste du groupe écossais, The Radiotones. Un excellent chanteur de blues, dont le timbre graveleux se détache d’une musique qui n'hésite pas à teinter le blues, de rockabilly et de punk. Arcari a fondé Radiotones en 1997. A l’époque le trio se produisait sous un format acoustique. Les deux premiers albums témoignent de cet épisode : "Gravel road" (1998) et "Whiskey'd up" (2000). Fin 2001, le line up a été complété par un drummer, et l'amplification a fait son apparition. Depuis, la formation a commis un single 3 titres en 2002 ("Bring my baby back"), et un elpee en 2003 ("Bound to ride").
 
Dave Arcari a concocté "Blue country steel" en solitaire. Il s’est limité à la guitare et à sa voix. Ses cordes vocales si profondes, ravagées, sont taillées sur mesure pour ce blues qu'il narre, en s’accompagnant des cordes cinglantes de sa slide. Ce style lui sied à merveille sur son "Dreamt I was 100", ce rêve inimaginable de devenir un jour centenaire et de rencontrer des êtres proches disparus. Pour son "Project blues", il saisit sa National Resonator à la façade d'acier. Le son métallique qu'il en tire entretient une atmosphère unique. Dave joue le plus souvent de manière agressive ; mais l'ensemble semble tellement couler de source que c'est un plaisir de l'écouter. Taillée comme une serpe, sa voix lamine tout sur son passage tout au long de "Rough justice". Il reprend aussi deux titres du répertoire des Radiotones : "Close to the edge" et "Good friend blues" ; deux plages fondues dans le même moule que les titres précédents. Evoquant tour à tour Leadbelly, Big Bill Broonzy, Tom Waits ou Captain Beefheart, ce musicien doit sans doute impressionner lorsqu’il se produit ‘live’, dans un petit club.
vendredi, 31 décembre 2004 01:00

Higher power

Bernard est le fils de Luther Allison. Jusqu'à sa mort en 1997, ce dernier était devenu un des bluesmen les plus populaires de la fin du XXème siècle. Un statut qu’il méritait amplement. Cadet d'une famille de neuf enfants, Bernard est né à Chicago. Très jeune, il se met à la guitare et impressionne déjà son père, mais aussi Stevie Ray Vaughan et Johnny Winter. Ses premières classes, il les accomplit au sein du Blues Machine de la chanteuse Koko Taylor. C’est à cette époque que toute sa famille émigre près de Paris. Il y devient alors le leader musical du Luther Allison Band. Et tout naturellement enregistre son premier elpee, judicieusement baptisé "Next generation". Depuis, il en a commis plus de dix, dont six pour le label Ruf : "Hang on!" en 94, "Funkifino" en 95, "Born with the blues" en 97, "Times are changing" en 98, "Kentucky Fried Blues" en 2003, et ce tout nouvel opus concocté, en mai et juin dernier, au sein des studios Echo Bay, dans le Minnesota. Et... il est retourné vivre outre Atlantique. Evidemment, il s’est entouré de musiciens du coin. Bernard ne se considère pas comme un bluesman, mais comme un musicien. Un musicien de la prochaine génération, ajoute-t-il! De toute bonne facture, cette plaque demeure pourtant tout à fait abordable pour le public blues.
 
Il a écrit "I've learned my lesson". Et effectivement, il a appris sa leçon. Il entame ainsi le disque par une plage résolument rockin' blue. Le riff de guitare est puissant, très électrique, sans le moindre artifice ni la moindre démonstration, mais très mélodique et exercé avec beaucoup d’adresse. Il est épaulé par d’excellents musiciens : Ron Sutton aux drums, Jassen Wilber à la basse et surtout Mike Vlahakis à l'orgue Hammond. Ecrit par son père, "Raggedy and dirty" adopte résolument un ton plus funky, mais observe le même tempo. Plus ou moins lent, son jeu sur les cordes reste très intéressant, mais encore une fois dispensé avec parcimonie et maîtrisé pour le plaisir des oreilles. Composée par JL Williams, "Standing on the edge of love" est une douce ballade soul ; et dans ce style, il est manifeste que la voix de Bernard peut se révéler très proche de celle de Luther. Bien posée, naturelle, riche, quoique moins puissante et moins vécue. Ravagé par la guitare, "Stay with me tonight" est un autre rock blues imprimé sur un mid tempo qui rappelle parfois le ZZ Top des bonnes années. Les claviers qui contaminent le funky soul rock "Too cool" ne me plaisent pas trop. A contrario, la guitare y est impeccable. Shuffle blues rock entraînant, "It's a man down there" est soutenu par le rollin' piano de Bruce McCabe. Cette plage véhicule énormément de groove. L'unité du backing de Bernard est irréprochable. Il en profile alors pour s’autoriser un solo redoutable. Un moment fort de l'album. A l’instar de "New life I’m in". Une plage tout à fait différente, extrêmement proche du style de son père. Une ballade R&B au cours de laquelle sa voix est expressive à souhait. De petits flots de guitare acérés soulignent les vocaux. A cet instant, on peut mesurer combien Bernard a pu tirer profit de l'héritage de Luther. Et il le prouve à nouveau sur la composition du paternel "Into my life", une ballade soul bien excitante. Plage funky R&B très dansante, "Woman named trouble" est le plus beau témoignage de la cohésion du band de Bernard. "Time flies by" est plus rock'n'roll, très nerveux. Ron Sutton est impérial à la batterie. L’ambiance me rappelle fortement celle que cultivait l’Allman Brothers Band ; d'autant plus que c'est armé d'une guitare slide qu'Allison se libère. Le bonheur ! Notre homme devrait plus souvent exploiter ce style, au cours duquel il rayonne littéralement. Signé Bruce McCabe, "Stakes have gone up" parvient à chatouiller les orteils. Bruce s’y réserve, évidemment, le piano ; et Paul Diethelm la guitare solo (NDR : Paul est le guitariste de Wanderworld, le combo de Jonni Lang, au sein duquel milite d’ailleurs Jonni Lang, aux ivoires !). Proche du ZZ Top contemporain,"Next 2 U" délire dans le hard rock. En finale, Bernard joue de la guitare acoustique sur la ballade à la beauté dépouillée "Ami", et Paul Dietholm du dobro. Ne boudez pas "Higher power" ! C’est un très bon album. Si officiellement, il vit aux States, Bernard passe une bonne partie de la mauvaise saison en Europe. Il y est déjà actuellement.
mardi, 03 février 2009 01:00

The Soul Of John Black

The Soul of John Black est en réalité le projet d’un seul artiste : John ‘JB’ Bigham. Pour la plupart des bluesmen, c’est un inconnu. Pourtant, il a composé et a joué des percus pour Miles Davies. Il a également milité pendant huit années au sein de Fishbone, un groupe de fusion réputé pour son mélange de rock, de funk et de ska. Il y jouait de la guitare et des claviers. En fait, cet artiste puise son inspiration chez les pionniers du blues et de la soul. Originaire de Chicago, il a beaucoup écouté Muddy Waters, Howlin' Wolf et John Lee Hooker. Mais John a surtout une ligne de conduite : refléter ses émotions à travers une expression musicale empreinte de beauté et de liberté. Paru l’an dernier, son premier opus, "The good girl blues", relevait franchement du blues! Sur ce nouvel opus solo, il a cherché à célébrer l'héritage musical afro-américain.

L’elpee démarre en force par "Black John". Résolument funk, ce morceau autobiographique bénéficie d’arrangements et d’une mise en forme particulièrement soignés. C’est d'ailleurs John qui assure la production de cette œuvre. Tout est parfaitement en place : la guitare, les percussions d'Oliver Charles et de Davey Chegwidden, les claviers d'Adam McDougal ainsi que les synthés de Chris Thomas. Cependant, Black John domine l’ensemble de sa voix autoritaire. Après cette mise en bouche, on imagine entrer dans un espace sonore funk aussi percutant que celui de Kool & the Gang voire du funk/soul sophistiqué de Temptations. Il n'en est rien. L’univers de Black John est éclectique. Plage séduisante et instantanée, "Betty Jean" concède des accents exotiques. A cause de l'orgue Hammond très ‘Memphis’, des chœurs féminins et de la voix qui emprunte quelque peu le phrasé reggae. Ce "Betty Jean" est aussi paru en single. Un hommage à la chanteuse de funk rock Miss Betty Davis, l'épouse de Miles Davis. Balayé par un piano électrique, "Ever changin' emotions" baigne également au sein de cette ambiance chaleureuse, proche des Caraïbes. Le rayonnement de cette musique est immédiat. Grave et brûlante, la voix maîtrise son sujet. La guitare de John est susceptible de délirer, mais également de vagabonder nonchalamment sur des rythmes participatifs et franchement funkysants. La rythmique jamaïcaine contamine à nouveau "Bottom chick". Sur "Last forever", sa guitare à la sonorité métallique nous achemine jusqu’au Delta. Un Delta blues funk, volontairement primaire. John s’associe aux chœurs féminins, assurés par Kandace Linsey et Laura J. Jones. John aime mêler blues, folk, funk, country, rock, soul, gospel et world music. Il apprécie également les rythmes dansants. Tout au long d’"I knew a lady" il adopte une trame blues rock parfois proche de John Lee Hooker ; mais il a le bon goût de lui conférer un profil bien personnel. "White dress" puise également dans le Delta originel. A cause du recours aux vocaux hypnotiques, proches des ‘worksongs’ ancestraux. Ce qui n’empêche pas la slide acoustique de se fondre dans les sonorités de l’orgue. "Never givin' up" est caractérisé par une mélodie émouvante. Les vocaux s'échangent des répliques. Ballade rock majestueuse, "Better babe" conjugue cordes électriques et acoustiques. John en profite pour libérer sa slide au beau milieu de ces harmonies vocales éternelles. "Push into the night" est un blues rock contagieux, marqué d’une empreinte indélébile par Black John. D’excellente facture et d’une qualité constante, cet elpee s’achève par "Thinking about you", une plage sculptée par deux guitares acoustiques, et raffinée par un vocal empreint d’une grande tendresse. Attention, ce disque nécessite plusieurs écoutes avant d’être pleinement apprécié à sa juste valeur.

 

mardi, 03 février 2009 01:00

Sugar Bird

A l’âge de douze ans, Paul écoute déjà du blues. Celui des grands. Et en particulier Muddy Waters, Howlin' Wolf et Sonny Boy Williamson. Ce qui explique pourquoi il va opter pour une carrière de chanteur, compositeur et harmoniciste. Au fil du temps, ce Canadien s’est forgé une solide réputation. D’abord chez lui, à Toronto. C’est en 1990, qu’il monte les Sidermen. La formation aligne quatre albums. Le dernier en date, "Rattlebag", remonte à 2001. Il est déjà publié sur Northernblues Music. Un opus qui récolte un certain succès et incite Reddick à entamer une carrière en solitaire. "Villanelle" baigne au sein d’un univers beaucoup plus intimiste. Plus paisible également. Presque proche de la folk music. En 2006, la maison de disques édite "Revue", une compile résumant son œuvre ; mais épinglant également quelques inédits et des raretés.

"Sugar Bird" a une nouvelle fois été mis en forme par son ami Colin Linden. Guitariste canadien notoire, cet artiste partage l'écriture avec Paul. Champêtre, la pochette respire la sérénité. Des colibris ont été dessinés par John James Audubon sur la pochette. Lors des sessions d’enregistrement, Paul a reçu le concours de musiciens affûtés. Linden, bien sûr. Hutch Hutchinson, le bassiste du Bonnie Raitt Band, ainsi que la section rythmique de Blackie & the Rodeo Kings.

L'album nécessité quatre prises différentes. Ce qui explique pourquoi, les quatre tableaux sonores sont bien distincts. Il s'ouvre par "Morning bell", une plage très rurale. Paul se réserve le chant et l'harmonica. Colin la guitare à douze cordes. Garth Hudson, un ex-musicien du Band, l'accordéon. Caractérisés par une bien jolie mélodie, "Wishing song" et "Climbing up the hill" trempent également dans le folk roots. Quoiqu’empreinte de quiétude, "I will vanish" est une ballade instrumentalement complexe. A cause de la richesse des percus dispensées par Gary Craig et Bryan Owings. Paul paraît très décontracté sur son harmo. Ses interventions sont vraiment agréables à écouter. "Devilment" lorgne davantage vers le blues. Les accords ‘baritone’ de Linden sont primaires. Reddick en profite pour opérer une sortie impressionnante. Une véritable claque! Malgré le chant lumineux qui nous parle de ces colibris, oiseaux du paradis, "Blue wings" macère dans un climat plus ‘claustrophobique’. Les instruments communiquent un sentiment de torpeur. Le son de la basse est lugubre. Le banjo de Colin et les cordes de Chris Carmichael entretiennent cette impression. "Every temptation" s'ébroue sur un riff très ‘rollingstonien’. La voix de Reddick est indolente. Pourtant, les cordes de Linden soutiennent le rythme. Ce dernier signe "John Lennon in New Orleans", une superbe compo hantée par le spectre du mythique Liverpuldien. Une ballade empreinte de charme, ‘lennonesque’ (NDR : ce timbre !), soutenue par le piano de John Whynot ainsi qu’une section de quatre cuivres impliquant Darrell Leonard et Joe Sublett. Une section responsable de l’ambiance franchement New Orleans entretenue tout au long de "Later than you think". Le swing est omniprésent. Reddick se prend pour un crooner. Une plage séduisante caractérisée par de nombreux changements de rythme et ponctuée par une bonne sortie de l'harmonica. Blues/jazz imprimé sur un tempo lancinant, "Breathless girls" est chargé de tristesse. Sur ce morceau, le notoire Stephen Hodges est préposé aux ‘tubular bells’. "If by this" constitue la plus longue plage de cet excellent opus. Dominée par les cordes de Carmichael, elle nous entraîne à nouveau dans un climat mêlé de torpeur et de mélancolie. Cet elpee s’achève par un titre de blues fort classique : "Block of wood". Un fragment inspiré du west coast contemporain, au cours duquel la complicité manifestée entre les deux principaux acteurs de l’équipe, Colin Linden et Paul Reddick, est tout à fait admirable. 

 

mardi, 27 janvier 2009 01:00

King Kazoo

Steve est un harmoniciste qui jouit d’une certaine notoriété au sein des milieux branchés. Né à Londres, il vit aujourd'hui à Hambourg. A la fin des années 70, il avait déjà séjourné en Allemagne, en compagnie de son jug band, Have Mercy. Au fil du temps, il a acquis une solide réputation. Faut dire que sur son instrument de prédilection, c’est un crack ! Si le blues est manifestement la source principale de son inspiration, il n’hésite pas à la colorer élégamment de folk, jazz, country, funk et soul. Il se produit régulièrement sur scène, outre-Rhin, flanqué du groupe Blues Culture et du guitariste Abi Wallenstein. Il a longtemps partagé un duo avec le guitariste Chris Jones. Ensemble, ils ont d’ailleurs commis quatre albums chez Acoustic. Malheureusement ce gratteur américain est décédé en 2005.

Pour ce nouvel opus, Baker a constitué un nouveau tandem. Il a choisi pour partenaire Dick Bird, un autre chanteur/guitariste. Ils se connaissent depuis trente ans et ont partagé l’aventure Have Mercy. L’elpee privilégie essentiellement l’acoustique. La paire est régulièrement soutenue par Martin Röttger. Il joue des drums sur une plage. Et par le bassiste Martin Wichmann. Vieux pote, Henry Heggen participe à deux plages. Il a aussi été impliqué dans l’aventure du Have Mercy. Ce Floridien s’est établi, il y a bien longtemps en Allemagne, où il s'est éclaté dans de fort bonnes formations comme les Blammers et B Sharp! Il milite aujourd’hui chez les Crazy Hambones.

Notre duo débute en force par "I'll never let you go", un blues tonique imprimé sur un rythme très enlevé. Une reprise d’un des pionniers du Delta blues, Tampa Red. Baker et Bird interprètent dans un même style le "Cool operator" de Tampa Red. Plus de 6' de bonheur! Steve signe "Glad I got you", une fort jolie ballade empreinte de douceur. Dick chante passionnément cette plage soulignée par une ligne musicale tracée par des accords d’harmonica de toute grande classe. Un régal ! Leur ancienne formation, Have Mercy, renaît en quelque sorte de ses cendres lorsque Steve, Dick et Henry Heggen empruntent les accents d'un jug band sur l’entraînant "King Kazoo". Impossible de résister à cette musique simple, directe, destinée à être jouée au cœur même du public. D’ailleurs, on en a des fourmis dans les jambes. Au début des années 70, la formation britannique Mungo Jerry s’était illustrée en pratiquant un style très semblable. Souvenez-vous d’ailleurs de leur hit "In the summertime". Le message passe aussi bien la rampe, quand ils s'attaquent au répertoire des bluesmen originels d'avant-guerre. A l’instar du "Fishing blues" d'Henry Thomas. Bird est irrésistible sur ses cordes acoustiques. Du "Hair parted in the jungle" de Washboard Sam, également, exécuté en jug band, bien sûr. Et enfin de la cover du "Sliding delta" de Mississippi John Hurt. Slow blues classique, "Too long" opère un trait d’union entre le delta blues et Chicago. Une rencontre exaltante entre la musique à bouche et le bottleneck. Martin Wichmann ramène sa basse près des caisses de Rottger pour soutenir notre duo, qui chante le "Nine pound hammer" de Merle Travis, à tue-tête. Mais leurs compositions tiennent tout autant la distance. Et "No doubt about it" en est une belle démonstration. Instrumental redoutable, "Harmonica stomp" met en exergue la virtuosité de Baker à l'harmonica. L’opus s’achève tout en douceur, par un arrangement de "Great dreams from heaven", une compo écrite par Joseph Spence, un guitariste légendaire issu des îles Bahamas.

 

mardi, 27 janvier 2009 01:00

2 man wrecking crew

Cedric Burnside est le petit-fils du regretté bluesman noir R.L Burnside. Il était aussi son batteur. Et au cours de sa tendre enfance, il a baigné au sein de cette ambiance typique des juke joints du Delta, dans les collines du Nord Mississippi.

Steve ‘Lightnin’ Malcolm est un jeune guitariste de couleur blanche. Originaire du Missouri, il a également été contaminé par le virus du blues. Il y a quelques années qu'il rôde du côté de Holly Springs. Ce qui explique sans doute pourquoi il est parvenu à fréquenter RL Burnside et Jr Kimbrough, les rois du style. Il avait commis un elpee solo en 2005 : "Juke joint dance party".

Les deux jeunes musiciens ont donc décidé de s’associer pour enregistrer cet elpee. Le premier essai de Delta Groove dans le domaine du Mississippi blues. Randy Chortkoff, le chasseur de têtes du label, avait été très séduit par la prestation du duo, accordée au ‘Ground Zero Blues Club’ de Clarksdale. La paire avait cependant déjà concocté un disque autoproduit ("Juke Joint duo") ; mais Cédric aura donc dû attendre ses trente balais pour enfin graver –en tandem, il est vrai– un album officiel.

Leur blues est teinté de funk et de hip hop, quand il n’est pas secoué de rock déjanté. En outre, les deux musiciens sont capables de laisser libre cours à leur imagination, un peu à la manière des jam bands. Cedric et Steve se sont partagé l'écriture des quatorze plages réunies sur cet opus.

Les cordes largement amplifiées de Malcolm introduisent le morceau d'ouverture. Une compo judicieusement baptisée "R.L Burnside". Parce qu’elle rend, sans ambiguïté, un hommage au maître, tout en reflétant bien l'âme de sa musique. Presque récité, puissant, le chant de Cedric est soutenu par les chœurs féminins de Bekka Bramlett et Etta Britt. Les accords de guitare sont hypnotiques. Le beat des percus profond. Le climat de "So much love" est lourd, dense, insoutenable, saturé de sueur. La pression est constante. N'y tenant plus, Malcolm se laisse aller et se libère. Il dispense des notes imprévisibles. "My sweetheart" devait être, au départ, une chanson douce et mélodieuse. Mais le traitement infligé par le duo à la compo conduit à la transe. Lightnin' chante d'un timbre moins grave que son ami de couleur. Mais la démarche est identique. Ces deux hommes s'entendent à merveille. Véritable rouleau compresseur, "Nobody else" pulvérise tout sur son passage ; et les riffs ravageurs nous plaquent au mur. "Don't just sing about the blues" nous entraîne dans l’univers de John Lee Hooker. Un boogie aux accents accablants, mais mis à la sauce du Delta. Une belle opportunité pour autoriser de belles envolées incandescentes sur le manche. Cedric chante clairement et majestueusement, le blues lumineux "That's my girl". Afin d’apporter davantage de variation dans leur répertoire, ils s'échangent leurs instruments sur trois plages chantées par Burnside. Ce dernier se montre légèrement hésitant sur la sèche. Les percus de Malcolm entrent en action. Jason Ricci est un jeune prodige de l'harmonica. C’est aussi un de leurs amis. Il souffle tout au long de "She's got somethin' on me" et "She don't love me no more", en manifestant une passion désarmante. Et se déchaîne encore sur l'hypnotique "Mad man blues". Ces deux gamins téméraires nous prennent encore à la gorge sur "Fightin" ; et ne lâchent leur prise qu’en bout de plage. Seul "Stay here in your arms" traduit une relative quiétude. Au sein de ce monde si difficile à vivre ("World full of trouble") la six cordes s’affranchit sur un tempo assez lent, pendant que Burnside cravache sur ses fûts. Un delta blues, ma foi, plutôt envoûtant. Une chose est sûre, la musique de ce duo semble susciter la curiosité des fervents de néo blues. Leur copieuse liste de concerts, auxquels ils participent, en témoigne!

 

mardi, 27 janvier 2009 01:00

Jump back baby

Quoiqu’injustement méconnu, Steve est un harmoniciste talentueux. Cet opus réunit des sessions d’enregistrement opérées entre 1997 et 1998, en Virginie. L’artiste vient seulement de décider de les immortaliser sur compact disc. Entretemps, Potter avait commis deux elpees : "Grotto says!" en 2002 et "Live the truth" en 2007, toujours sous autoproduction artisanale. Etabli aujourd’hui dans le Maryland, Steve a effectué ses débuts en 1982. Du côté de Washington, dans un style alors proche de celui de Mark Wenner, le leader tatoué des célèbres Nighthawks locaux.

De trop brève durée, ce disque s’ouvre et se referme par "Lone harp". Deux plages exécutées en solitaire. Potter y souffle dans un style proche de Sonny Terry ! Il jouit d’une excellente technique sur l’instrument chromatique. Et il le démontre sur "Jump back baby", un west coast blues tonique, rondement mené. Ses poumons ne maquent pas de réserve, son jeu est offensif et varié. Hypnotique et bien rythmé, "You know it's true" souffre d’une certaine faiblesse du chant. Dommage, car l’intervention à l'harmonica ne manque ni de vivacité, de fraîcheur et d’originalité. Manifestement, Little Walter est une des influences majeures pour Potter. Sa version de "Blue midnight", un instrumental lent, est empreinte de passion. Tout comme celle d’"Everything's gonna be alright". Mais si l’adaptation instrumentale est très réussie, les vocaux gâchent à nouveau l’ensemble. Autre instru, "Scott's boogie" est balisé par la guitare de Scott Mattern. Ce dernier tire également son épingle du jeu, mais dans un style jump, tout au long du "Letter from home" de Roy Brown. "Long time" suffoque sous le climat des swamps. Un climat entretenu par les cordes réverbérées de Bob Russell. L'harmonica s'y infiltre subrepticement. Une forme de mélancolie vous envahit alors, un peu dans l’esprit de Charlie Musselwhite. De loin le meilleur morceau de cet album ! Si vous souhaitez vous plonger dans l’univers de cet artiste, je vous conseillerai plutôt ses deux opus susvisés, parus à la fin du siècle dernier…

 

mardi, 27 janvier 2009 01:00

Swingin' shufflin' smokin'

Originaire d’El Paso, dans le Texas, Morry Sochat s'est établi dans la cité des vents en 1990. Il y vit d’ailleurs toujours. Agé de 40 ans, ce chanteur/harmoniciste a donc découvert le blues à Chicago (NDR : ce qui est loin d’être un désavantage, il faut l’avouer). Il s’intéresse plus particulièrement à l’harmonica et s'intègre assez rapidement dans le circuit des clubs. Il milite au sein des Shakes ainsi que de Tongue & Groove, avant de monter sa formation : les Special 20s. En 2005. Il a le don de colorer son Chicago blues de swing, en invitant Louis Jordan au pays de Muddy Waters et Little Walter! Il a beaucoup appris au contact de Billy Branch, Barrelhouse Chuck, Willie ‘Big Eyes’ Smith et Dave Specter. Les Special 20s avaient déjà commis un premier elpee éponyme en 2007. Un disque réunissant reprises et morceaux issus de leur répertoire personnel. Un opus qui avait reçu un excellent accueil, d’un point de vue local.

Pour concocter "Swingin' shufflin' smokin'", Sochat a pris clairement le leadership. Les sessions se sont déroulées en une seule prise. En mai 2008. Sous la houlette d’un maître de la production contemporaine : Nick Moss. Morry est soutenu par deux guitaristes : le Texan (NDR : il débarque d’Austin !) Jim St Marie et le Japonais Shoji Naito. Le line up implique également le bassiste Ted Beranis (NDR : un ex-Soul Searchers), le drummer de couleur noire Kenny Smith et le claviériste Dave Ross. Sans oublier un second souffleur répondant au nom de Nick Krebs.

L'ouverture est royale. Le tempo enlevé. Morry nous embarque pour un Chicago millésimé "1955". Une année à marquer d’une pierre blanche pour le southside blues des Muddy Waters, Howlin' Wolf, Willie Dixon, Little et Big Walter, Sonny Boy ainsi que les jeunes Buddy Guy et Junior Wells. C'est Krebs qui souffle dans l'harmonica. Sochat ne cache pas son plaisir d’aborder le répertoire de George ‘Harmonica’ Smith. Sa voix ne manque pas de verve pour interpréter son "Rocking". St Marie s’applique très méthodiquement sur sa six cordes, pendant que la section imprime le tempo tout en souplesse et swing. Morry en profite pour décoller sur son instrument, tout en manifestant beaucoup de respect pour le maître Smith. Sochat signe "Mean & evil ways", un blues lent très mélodique. Il vit cette chanson. Son chant est empreint d’une grande sensibilité ‘soul’. L'orgue Hammond communique une chaleur naturelle à l'ensemble. Jim pimente le tout ; circonstanciellement, de courtes phrases sur ses cordes. "Dance little mama" est sculpté dans le rockabilly. Il est repris en chœur par toute l’équipe. Le travail opéré sur les percus par Kenny Smith est remarquable. Jim fait exploser ses cordes alors que Ross ne tient plus en place derrière son clavier. Naito s’implique enfin sur "Humboldt slide", un instrumental très carré, contaminé par le R&B et caractérisé par la présence des deux souffleurs. L’émotion étreint les musiciens lorsqu’ils vont à la rencontre de Muddy Waters, en adaptant son "Standing around crying", un blues lent à la fois immortel et symbolique du southside. Morry se concentre sur son chant. Les interventions de Naito à la slide sont acérées. Hanté par Little Walter, le souffle de Nick Krebs est puissant. "Signifying (I'm a man)" évolue dans un même registre. Une compo issue de la plume de Sochat. Mais de toute évidence, un hommage à son maître. Le répertoire est très varié. La voix est passionnée tout au long d’"I'm in love". Le rythme est emprunté au jazz. L'orgue nappe l’ensemble. Un contexte idéal pour permettre au leader de souffler sa flamme dans son instrument chromatique. La reprise détonante du "Train kept a rollin" de Tiny Bradshaw libère une intensité impressionnante. Imprimé sur le rythme du chemin de fer, cette plage est balisée par le piano boogie de Dave Ross. Parmi les covers, on épinglera encore celle du "Young fashioned ways" de Willie Dixon et de "Can't hold on much longer" de Little Walter. Quelle belle propagande pour le blues!

 

samedi, 31 décembre 2005 01:00

Hard drivin´ woman

Sharrie a accompli de multiples tournées européennes, au cours des dernières années. Cette jeune vocaliste noire a commencé à chanter à l’âge de douze ans, dans la Greater William Temple Church of God in Christ (NDLR : à vos souhaits !). Dotée d'une des plus belles voix de la troupe, elle a chanté le gospel à travers les Etats-Unis. Elle puise ses racines dans le jazz, le gospel et le blues, et voue une grande admiration pour les mythiques Koko Taylor, Etta James et Aretha Franklin. Lorsqu'elle devient la chanteuse attitrée du Wiseguys Club, elle fonde son propre band : les Wise Guys. Elle en profite alors pour se débarrasser de ses dépendances à l'alcool et aux drogues. Et se produit régulièrement au Buddy Guy's Legends de Chicago. Le célèbre producteur anglais Mike Vernon la remarque. Et produit son album "Real woman". Elle a également enregistré un elpee en public dans son club : "Live at the Wise Guy's", un disque qui devrait bientôt parvenir jusqu’au Vieux Continent. Elle s’est produite dans les grands festivals européens ; et en particulier le ‘Blues Estafette’ d’Utrecht en 2002, le ‘Lucerne Blues Festival’ et bien entendu le ‘Spring Blues Festival’ d'Ecaussines en 2003.
 
L’opus s’ouvre par l’explosif "Hard drivin' woman". Elle a une fameuse santé Miss Sharrie ; mais surtout, elle maîtrise parfaitement sa voix puissante. Probablement inspirés par la musique rock, les redoutables Wiseguys crachent le feu. James Owens libère de farouches riffs de guitares. Une entrée en matière particulièrement offensive ! Evoluant sur le beat de Bo Diddley, "Travellin'" s’inspire des chants gospel. Si Sharrie semble crier, elle ne force jamais son organe vocal. Mieux encore, elle le dompte parfaitement. Owens et le batteur Sterling Brooks répondent en choeur aux phrases vocales de leur leader. Elle se calme quelque peu pour entamer "Blues lover", une ballade bluesy assez douce, avant de laisser à nouveau éclater ses cordes vocales devant l'orgue de Pat Brennan. Ballade R&B, "Crazy for you" lorgne davantage vers le rock. A cause de la présence d'une guitare très amplifiée. Et c'est le bonheur lorsque l'orgue arrive dans le décor sonore. Elément indispensable à l'édifice musical, cet orgue revient d’ailleurs régulièrement à l'avant-plan. Il confère même une coloration ‘Santana’ dans son backing sur le vigoureux "My best friend is gone". Classique des classiques du R&B, la cover d’"I'd rather go blind" étale la richesse du registre vocal de cette diablesse. Ce vif intérêt s'estompe quelque peu avant rebondir lors du chant gospel "The glory train", du blues lent extraordinaire "How much can a woman take" et du rock'n'roll bien enlevé "Just you and me", que Pietro Toucher étaie au piano. En finale, "Gospel blue" résume parfaitement le talent de Sharrie Williams et de ses Wiseguys : le chant gospel, une voix éclatante et la puissance du backing. Crosscut a encore eu le nez creux !
samedi, 31 décembre 2005 01:00

Gotta do the right thing

Présentateur TV de couleur noire, Ron Williams est originaire d'Oakland, en Californie. Devenu GI, il est parachuté ( ?!?!?) en Allemagne. Ce qui, vu la fonction, n’est pas vraiment une surprise. Ron s’est également forgé une certaine réputation comme acteur ; mais est également considéré comme un très bon chanteur de blues. Une voix qu’il mettait en exergue, à ses heures perdues. Il a donc rencontré le Greg Hilden's Blues Band. Gregor Hilden est sans aucun doute un des guitaristes les plus doués outre-Rhin. L’an dernier, il avait commis l’excellent album "Blue hour", un disque sur lequel il s'essayait, avec le même bonheur, à différents styles.
 
Le rideau s'ouvre sur les musiciens de Bluesnight. Entrée swing, "Greg's bop" présente les solistes : le saxophoniste Tommy Schneller que suit l'organiste Horst Bergmeyer laissent ensuite l'espace libre au redoutable guitariste teuton Hilden et au drummer Frank Boestfleisch. "Gotta do the right thing" amorce un funk. Ron entre en scène pour chanter ce R&B contagieux. Les musiciens sont talentueux. Et en particulier Tommy et Gregor. Hilden égrène quelques notes pour ouvrir la ballade R&B "Witness for my love". Williams est très à l’aise sur ce tempo. Une voix grave, puissante et chaleureuse soutient cette plage de bonne facture. "Diggin' for diamonds" baigne au sein d’une ambiance feutrée, jazzyfiante, cabaret, jazz. Constituée de Boestfleisch à la batterie et d’Olli Gee à la basse, la section rythmique brille par sa légèreté, pendant que Scheneller et Bergmeyer au piano s’autorisent chacun une sortie en solo. Horst double piano et orgue sur "You turn my world", un slow blues bien torché au cours duquel Gregor distille les notes nécessaires et suffisantes pour accompagner la voix conquérante de Ron. Lorsqu'il joue en solo, il se montre tout aussi parcimonieux qu’efficace, dans un style qui rappelle son idole - mais également son compagnon qu’il a côtoyé de longues années - Peter Green (NDR : de la grande époque, bien sûr !) . Schneller manifeste un grand enthousiasme sur son sax ténor, tandis que le chant imparable de Williams lorgne manifestement du côté de l'Anglais Chris Farlowe. Instrumental très Memphis R&B, "Salami jump" évolue dans un registre proche de Booker T. A cause, vous vous en doutez, de la sonorité de l'orgue Hammond. Ce qui n’empêche pas les autres musiciens de tirer également leur épingle du jeu. Imprimé sur un tempo lent, "Lay around" s’inspire largement du blues urbain de Chicago des années 50. Lors de ce thème classique, tous les musiciens sont bien en place. Bien dans son élément, le vocaliste dissèque littéralement son texte. Et il se montre tout aussi convaincant tout au long du traditionnel "Will the circle be unbroken". Une version grandiose caractérisée par ce chant alangui qui sur la fin se mue en véritable galop. Les deux dernières plages ont été enregistrées en public. Deux classiques du blues. Tout d'abord une version swing d’"Everyday I have the blues" de Memphis Slim au cours de laquelle Gregor accorde un solo très jazzyfiant. Probablement le meilleur morceau de l'opus ! Le show s’achève par la cover du très notoire "The thrill is gone" de BB King. Hilden est très sollicité. Et en particulier lorsque les musiciens d’outre-atlantique se produisent sur le vieux continent. Pour l’instant, il travaille en compagnie du californien Red Holloway, un saxophoniste noir ; un agenda bien rempli, puisqu’il a été invité par Mz Dee, une chanteuse issue d'Oakland (NDR : naguère elle fut la chanteuse du Johnny Otis Band) et puis par Tavis Haddix et Larry Garner…