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Wholes passe son chemin…

Wholes (ex-The Van Jets, Hypochristmutreefuzz, Pink Room, Elefant, etc.) a partagé une première chanson torride. Brute, non filtrée et chargée d’émotion. "Till We Don't Meet Again" est une collision de guitares tordues, de rythmes implacables et de voix qui…

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Motorpsycho

Prog pop, mais pas seulement…

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Depuis Bel Canto, la Norvège n’avait plus mis au monde de groupe aussi intéressant. Retenez bien ce nom: Motorpsycho. Fondé au tout début des nineties, il comptait à son actif, avant l’enregistrement d’« Angels and daemons at play » une volée de singles, un mini CD et quatre albums studios. Tous passés inaperçus. Phénomène qui s’explique facilement pour une formation en avance sur son temps. Mais qu’il est difficile d’admettre au vu de l’originalité et de la qualité de sa musique. Entretien avec Snah (NDR: prononcez ‘Schann’), porte parole mais surtout guitariste de cet ensemble finalement plus européen que scandinave.

« Blissard », votre album précédent avait été enregistré dans les anciens studios d’Abba à Stockholm. Cette aventure a dû vous coûter un os?

Effectivement. Mais, nous avons pu bénéficier des infrastructures d’un studio nickel, à la pointe de la technologie moderne, meublé d’instruments historiques tel qu’un piano à queue dont Abba s’était servi pour enregistrer. On a même eu la chance de pouvoir l’utiliser. C’était une chouette expérience qui n’a duré que 15 jours, mais elle nous a coûté la peau des fesses. Pas seulement à cause du studio. Mais aussi des chambres d’hôtel que nous avons dû louer. On en garde cependant un très bon souvenir. « Angels and daemons » a été enregistré en Norvège. En sept jours. Dans un studio moins onéreux. On s’était brûlé les ailes une fois, c’était largement suffisant. Et puis nous ne souhaitions pas y séjourner trop longtemps. Parce que nous serions incapables d’y passer 2 mois. Nous deviendrions complètement fous. Il ne nous a d’ailleurs fallu que 3 semaines pour le terminer. C’est largement suffisant. Nous avons tout fait nous même. Même le mixing et la production. L’inspiration et l’énergie étaient au rendez-vous à ce moment-là. Ce qui nous a permis de conserver ce feeling ‘live’ auquel nous tenions absolument.

« Demon box » en 93 et « Angels and daemons at play » aujourd’hui. Etes-vous fascinés par les forces du bien et du mal? Par la mythologie, les divinités, la vie après la mort?

Oui, bien sûr. Nous lisons énormément de bouquins consacrés à la littérature ésotérique, aux phénomènes paranormaux. Nous sommes intéressés par ce genre de choses. Ce qui ne veut pas dire que nous jouions au tarot pour décider de notre avenir. Nous savons ce que nous devons faire et ne prenons jamais nos décisions sur un coup de tête. Néanmoins, j’estime que la mythologie, l’histoire et les fables sont très importantes pour nous. Surtout lorsqu’on vit dans un monde qui veut se couper du passé, pauvres en relations humaines, ultra matérialiste. Ce qui ne veut pas dire que nous adhérions à la sorcellerie ou que nous organisions des messes noires. On est loin de tout ça. Tout simplement, on essaie de réinventer une certaine philosophie de la vie...

Votre musique est à la fois riche et complexe. Il y a des tas et des tas d’influences. Etes-vous intéressés par l’histoire du rock’n’roll?

Absolument! Nous reconnaissons être influencés par beaucoup d’artistes issus de l’histoire du rock’n’roll. Certains plus que d’autres. Cela nous permettra peut-être de projeter une nouvelle lumière au sein de l’univers du rock et de la pop. Nous aimons les groupes issus des sixties et des seventies. Le jazz aussi. Notamment John Cotrane. Le krautrock de Can et de Faust. Et puis une multitude d’autres formations dont les noms m’échappent pour l’instant.

Telles que King Crimson et Sonic Youth?

Nous écrivons nos chansons un peu à la manière de Sonic Youth. Nous les composons à la guitare en partant d’une hauteur mélodique branchée sur un réglage spécifique. Le problème, c’est qu’en tournée, vous trimballez une bonne vingtaine de guitares. Parce que chaque chanson exige un réglage spécifique. Mais cela en vaut la peine.

Est-ce qu’on peut dire que Motorpsycho est quelque part prog pop? Nous voulons dire dans l’esprit de Spiritualized et d’Ozric Tentacles; mais dans un autre style?

Oui ! Parce que nous exprimons nos chansons à la fois de manière semblable et différente. Différente parce que nous avons chacun notre style. Semblable, parce que l’interprétation de nos compositions est à chaque fois différente. Prend l’exemple d’Ozric Tentacles qui ne programme que 50 % de ses chansons. Le reste se construit suivant un schéma totalement improvisé. Et ça marche!

Comment expliquer ce boom de la scène pop/rock scandinave?

On assiste pour l’instant à une véritable explosion de groupes en Europe et pas seulement en Scandinavie. C’est le résultat de cette nouvelle vague psychédélique. En fait, elle a été fort négligée au cours des 20 dernières années. Le punk et ses dérivés l’ont empêchée de se développer. Surtout sur le Vieux Continent, plus réceptif à une musique progressive, élaborée. Elle a dû se terrer dans l’underground en attendant son heure...

Que représente Bel Canto pour Motorpsycho ?

Nous les connaissons bien. Ils sont en train de prendre du bon temps, ils viennent de sortir un dernier album, qui soit dit en passant n’est pas fameux. Issu du Nord de la Norvège, ils ont un caractère typiquement scandinave. Ils vivent à Tromsø, un lieu très particulier. En fait, l’hiver il fait toujours nuit, et en été presque toujours clair...

Vous avez écrit la bande sonore pour un film de country & western appelé « The tussler ». Aimez-vous le cinéma italien? Et tout particulièrement le western spaghetti?

Nous aimons les films de Sergio Leone et de Clint Eastwood. Et nous avons été très heureux de pouvoir composer cette bande sonore. D’autant plus que nous apprécions beaucoup la musique country. En fait, les Américains de peau blanche sont d’origine européenne, et la country vient également d’Europe. Mélodiquement, nous nous sentons très proche de ce style de musique. Et régulièrement, il nous arrive de jouer du banjo ou de la steel guitare. C’est un défi pour nous. Nous apprenons beaucoup à travers tous ces différents styles de musique. Nous avons même réalisé un projet en compagnie d’un groupe de jazz norvégien. Nous avons beaucoup répété pour finalement nous produire ensemble lors d’un concert de jazz en Norvège. Nous sommes ouverts à tous les styles musicaux. Nous sommes capables de passer du heavy metal aussi sauvage que celui de Motörhead à la musique psychédélique.

Quelle est la genèse du nom du groupe? Y a t-il une certaine corrélation avec la psychomotricité? Et pourquoi?

Nous étions invités à Londres en 1990 pour assister à une conférence sur la psychomotricité, mais nous n’y sommes jamais allés, car nous étions bourrés. Avant de fonder le groupe, je travaillais dans un centre de réhabilitation pour les accidentés de la route. J’étais, il est vrai, déjà dans ce milieu de la psychomotricité. Mais, en réalité, nous n’avons jamais pensé à cela lorsque nous avons choisi le nom du groupe. En fait, nous trouvions que c’était un nom qui collait bien et puis on l’a choisi parce qu’on aimait l’étymologie du mot: Motor Psycho...

Merci à Vincent Devos.

(Article paru dans le n° 56 du magazine Mofo de septembre 1997)

Helmet

La face intelligente du heavy metal

Écrit par

Helmet incarnerait la face ‘intelligente’ du heavy-metal. Celle qui véhicule l'énergie généreuse, les riffs meurtriers, les rythmiques emballées, et qui s'est débarrassée des clichés éculés, des poncifs empoussiérés ou des poses débiles.

C'est sans doute vrai, même s’il faut également relativiser l’importance de cette réflexion. D’une part, Helmet n’a certainement pas été le seul à concevoir intelligemment le heavy-rock depuis que ce style existe. D'autre part, il a évolué, progressé  et s’est adapté grâce à l'influence d'autres courants musicaux, à l'immersion dans d'autres contextes et à l'éclosion d'autres groupes. Helmet a participé au mouvement. C'est un de ses mérites ; et il doit être souligné.

Bombardier

A toutes fins utiles, précisons quand même que dans ce genre de sport, Helmet n’est pas un prototype unique. Néanmoins, il faut reconnaitre l'importance et la qualité des œuvres de ce quatuor bombardier réduit pour la circonstance à un trio : des albums comme ‘Meantime’ ou surtout l'indispensable ‘Betty’ (NDR : publié en 95, c’est un must absolu), ont démontré de maîtresse manière l'importance de la bande à Page Hamilton.

‘Aftertaste’, le disque flambant neuf ne fait que renforcer l'impression positive laissée par ces types qui –attitude clairement en relation avec le début de cet article– ne paient pas de mine, mais bien de leur personne.

‘Aftertaste’ pète des flammes. Il déborde de générosité, combinant idéalement agressivité et créativité. Le cd est bon, excellent même, d'un bout à l'autre. Il est dépourvu du moindre temps mort, de la moindre faiblesse. Expédié avec une vigueur impressionnante. Page Hamilton, le leader entérine : « Nous avons privilégié une approche plus directe encore du travail d'écriture. Pour ‘Aftertaste’, nous avons voulu plus de concision, de netteté, mais également de fermeté. En comparaison, ‘Betty’ était sans doute un tantinet plus dissipé qu’‘Aftertaste’. Lequel nous a permis de resserrer les rangs au maximum afin de recueillir le meilleur de notre musique, quitte à laisser un membre en chemin. »

Par rapport aux elpees précédents, il fallu davantage de temps pour concocter ‘Aftertaste’. La simplicité est-elle inversement proportionnelle au temps qu’il faut pour élaborer un disque ? Réaction : « Non, rien à voir. Enfin, pas vraiment. En fait, nous l’avons mixé deux fois. Le second mix s'explique parce que la première version ne nous satisfaisait pas du tout, au bout du compte. On voulait vraiment sortir du tout bon, et gommer les quelques imperfections commises sur ‘Betty’. Bon, il ne faut pas toujours chercher à comparer ce qui ne doit pas nécessairement l'être, mais nous voulions impérativement que ce nouvel essai soit plus fort. Nous sentions que le potentiel était présent, que la matière était bonne. Aucune raison, dès lors, de se faire coincer par un mix imparfait ».

Courbe De Vente

La  notoriété d’Helmet est en progression constante. Cette situation a-t-elle poussé le groupe à devenir plus exigeant vis-à-vis de lui-même ? Page admet : « Sans doute d'une certaine manière. Nous ne sommes pas du genre à surveiller sans cesse la courbe de nos ventes –faut pas rigoler– mais il faut être honnête, et oser avouer que quand tes disques se vendent de mieux en mieux, tu as envie de tout faire pour que cette progression continue! Cette situation démontre que de plus en plus de gens écoutent ta musique et l'apprécient. Mais pour y arriver, nous n'avons pas accepté de compromission fondamentale, attention! Notre volonté de faire mieux constitue juste un élément de motivation supplémentaire qui nous pousse à être très rigoureux. ‘Aftertaste’ en a bénéficié, même si je pense que l'album était bon dès le départ... »

Dave Sardy, le furieux guitariste de Barkmarket a produit l'album. Les membres d’Helmet n’ont jamais caché être des fans de Barkmarket. Mais est-ce l’unique raison pour laquelle ils l’ont choisi ? Hamilton se défend : « Pas la seule, non. C'était un paramètre déterminant, c’est clair, mais il y a aussi le reste et notamment le fait que nous nous sentons sur la même longueur d'ondes. Nous savons qui nous sommes et ce que nous voulons faire... Et là, nous étions sûrs que bosser en compagnie de Dave ne poserait aucun problème, dans la mesure où il nous respecterait certainement pour ce que nous sommes. Ce qui est très important à la base. Nous étions à la recherche d'un son, pas d'une identité... Je pense que Helmet est un groupe immédiatement reconnaissable, c'est la preuve qu'il a une identité très forte. La priorité était donc d'optimiser notre son. »

Mais qu’est ce qui pousse Page à composer ? « A la fois tout et rien. Il me vient des trucs en tête... En fait, je prends beaucoup de plaisir à écrire des chansons ! Surtout quand je les trouve bonnes... Ce qui me motive à en créer d'autres. Mais il peut arriver que je me sente galvanisé, parfois, par la qualité de chansons écrites par quelqu'un d’autre. Il se produit alors une émulation. Ainsi, après avoir écouté de bonnes chansons écrites par un autre, je me suis déjà senti pousser des ailes dans le dos pour faire aussi bien ! »

Article paru dans le n°53 du magazine Mofo de mai 97

 

Elysian Fields

Fuck rock'n’roll !

Coiffée d’un chapeau de fourrure, la fille est jolie. Elle est troublante et sulfureuse, la chanteuse d'Elysian Fields. Les musiciens du groupe new-yorkais ne se sont pas rencontrés aux Champs-élysées mais à la célèbre Knitting Factory, un club où l'avant-garde côtoie le jazz, l'expérimental et le rock. C'est aussi un peu ce que « Bleed your cedar » laisse transparaître, un remarquable premier album, sensuel et libertin, sorte de réponse coquine à la mollesse psychédélique de Mazzy Star. Interview en deux parties : la première en compagnie de la lascive Jennifer Charles, chanteuse et figure de proue ; la seconde avec Oren Bloedow, guitariste et figure de l'ombre....

On vous dit influencée par le jazz, c'est vrai ?

Jennifer : J'aime beaucoup Archie Shepp, John Coltrane, Charlie Mingus, Miles Davis, Charlie Parker... J'ai en quelque sorte grandi avec eux. Mes parents avaient beaucoup vinyles de jazz. Mon frère était animateur d'une émission du style à la radio. J'ai été baignée dans cette atmosphère. J'ai écouté les disques qui étaient à ma portée dans les collections familiales.

Vu ce background très jazz, comment expliques-tu qu'Elysian Fields soit un groupe de rock?

J. : C’est que je ne me suis jamais cantonné au jazz. J'ai toujours cherché à découvrir plein de choses. J'ai aussi écouté du pop/rock comme les Beatles, Nick Cave ainsi que de Captain Beefheart. Et puis le blues de Muddy Waters, John Lee Hooker ou Little Walter Jacobs. Même la musique classique de Messiaen me séduit.

L’influence du blues, on la ressent surtout dans les paroles, non?

J. : J'ignore comment ce qu'on a pu écouter se retrouve dans notre musique. C’est un grand mystère. Mais peu ou prou, c’est quand même un constat. C’est un peu comme quand on me demande : ‘Tiens, pourquoi es-tu ainsi ?’. Et je réponds : ‘J'ai grandi dans cette partie du monde. A 6 ans, je suis allé là-bas. Mes parents étaient ainsi... » Mais en fait, je ne sais pas comment tout ce que j'explique se manifeste dans ma personnalité. Les éléments s'entrechoquent, mais où est l'influence ? Difficile à dire…

Ce que je voulais dire, c’est que les paroles de vos chansons regorgent de sous-entendus, de références au sexe, à la sexualité, comme dans le blues.

J. : J'ai peut-être un rapport avec la tradition blues, une ouverture à la sexualité, à l'émotion pure, effectivement... La sexualité est un terrain en friche et il est intéressant pour pas mal de monde. C’est aussi un sujet de conversation dynamique. Disons que pour éviter l'hypocrisie, j'aime beaucoup aborder le sexe en chanson ; c'est un terrain où je m'exprime convenablement. Et puis, briser un tabou, c'est amusant. Mais, j'ai d'autres sujets de préoccupations : la solitude, l'isolement, le désespoir, l'abandon, la libération, l'exploration, l'égoïsme, le rêve, les planètes, le cosmos aussi...  

Votre enfance a-t-elle été facile?

J. : Pas conventionnelle, en tout cas. J'ai été élevée par ma mère. Quand mes parents ont divorcé, j'étais encore très jeune. Après une autre femme a vécu à la maison, un peu comme si j'avais deux mamans. On disposait chacun de nos espaces à la maison, mais une partie de l’appartement était sous-louée à des locataires. Résultat : il y avait toujours du monde à la maison. On vivait dans une sorte de communauté. Pour une enfant, c'est une expérience enrichissante de pouvoir fréquenter des adultes, hors cellule familiale ou presque.

Une tribu plutôt qu’un groupe

Votre disque marche beaucoup mieux en Europe –et particulièrement en France– que chez vous aux States. Vous vous expliquez ce phénomène ?

Oren : A mon avis, c'est parce que les sensibilités sont différentes entre l'Europe et les Etats-Unis.

Une question de culture?

O. : Difficile à dire. Ma connaissance de la culture européenne est insuffisante ; surtout celle de la France dont je ne connais pas la langue. Mais en une semaine, on y a vendu autant qu'aux Etats-Unis, depuis la sortie du disque. Sans que notre musique parle plus aux Français?

Sur le Vieux Continent, les cinéastes notamment craignent une américanisation de la culture…

O. : Leur crainte est légitime. Si j’avais les moyens de m’opposer à l'américanisation aux Etats-Unis, je le ferais... Mais finalement, ce n'est que le retour de bâton de l'européanisation de l'Amérique, non ? Les pionniers blancs qui sont arrivés là-bas ont créé l'ultime société européenne! Maintenant il y a l'effet boomerang... De toute façon, nos racines sont européennes. Ma famille vit en Amérique depuis moins d'un siècle. Elle y est arrivée dans les années 20/30, de Vienne, d'Ukraine et de Prusse. Il y a ainsi dans ma famille une tradition de pensée engagée politiquement et culturellement. Ce qui influence inévitablement ma façon de vivre et de voir le monde.

Considérez-vous Elysian Fields comme un groupe intello ?

O. : On ne peut nier que notre travail fasse appel à l’intellect, mais ça veut dire quoi ‘intello’? Il serait impossible de sortir un disque sans avoir recours à des composantes intellectuelles. Ce n'est pas honteux.

Disons que le terme est péjoratif, surtout dans le rock'n'roll...

O. : Alors: ‘Fuck rock'n’roll !’ On ne pourrait pas être des rockers parce qu'on réfléchit ? Belle blague! On ne va pas prétendre qu’on a jamais lu un bouquin, vu un film d’auteur ou écouté Messiaen. Ce serait mentir. Il n'y a donc aucune raison de l’occulter. Le rock direct, sans background intellectuel, c'est un mythe perpétré par la bourgeoisie snob. Perso, je pense  qu’il est fondamental d'avoir le plus de culture possible et d'être le plus intello possible. Et l’humanité a besoin d'intellectualisme.

L’image de Jennifer dans le groupe semble envahissante. C’est elle seule qui est sur la pochette, sur les photos du groupe. Y a-t-il un confort à rester, comme vous, dans l'ombre?

O. : Jennifer a signé le contrat avec la maison de disques. Ne pas la monter épingle n’aurait eu aucun sens pour le directeur du label. Quand il l’a vue, il a pensé –et c’est aussi mon avis– que Jennifer était une jeune femme incroyable et qu'elle avait l'étoffe d'une star. Il n'y a aucune ambiguïté, elle est notre image, point à ligne.

Je vou1ais simplement dire qu’objectivement, vous êtes plus qu'un simple guitariste, vous composez et…

O. : Ecoute mec, si tu te baladais avec nous, je te jure que tu serais plus qu'un simple journaliste. On n’est pas du genre à rabaisser les autres, on a tendance à donner confiance à ceux qui gravitent dans le groupe et autour. Vivre aux côtés de Jennifer et n'être qu'un simple guitariste, ce n'est pas possible, tout simplement. On est plus une tribu qu'un groupe en quelque sorte...

Vous avez déjà écrit les chansons du prochain elpee?

O. : Oui et on en joue sur scène. On entre en studio cet été en espérant sortir l’album pour janvier 98. Tout est à peu près écrit, mais peut-être changera-t-on d'avis d'ici là et écrira-t-on de nouvelles compos…

(Article paru dans le n°53 du magazine Mofo de mai 1997)

 

Gong

Du bons sens au délire...

Écrit par

Délirant! Gong l’était franchement au début des années 70 ; surtout lorsqu’il était conduit par Daevid Allen. Remis en selle en 1996, ces hippies adeptes d’une imagerie humoristique (camembert électrique, théière volante) étaient peut-être aussi, pour leurs climats volontiers atmosphériques, de vrais précurseurs de la scène ambient.

Un mot d’histoire tout d’abord. C’est en 1969 que Daevid Allen lance Gong à Paris, où cet Australien s’est installé sur une péniche après une tournée de Soft Machine. C’est que les douaniers britanniques sont parfois tatillons pour les sans papiers… De son doux délire, Allen mène ensuite ce groupe du bout du nez ; puis le quitte en 1975, laissant le soin au violoniste Didier Malherbe de continuer. Le groupe survit ainsi jusqu’en 1979, sous la houlette du percussionniste Pierre Moerlen. Aujourd’hui, Gong vient donc de refaire surface. En réunissant l’essentiel de son noyau initial : Daevid Allen donc, mais aussi Didier Malherbe, Gilly Smith et Pip Pyle (NDLR : il est malheureusement décédé le 28 août 2006). Pyle puis Allen se succèdent à l’interview. Une question évidente d’abord. Pourquoi cette reformation ?

Pip : Au début des années 90, la télé britannique m’a demandé de remettre sur pied, le temps d’une émission, à la fois Gong et Hatfield and the North (NDR : Pip a aussi joué au sein de Caravan dont il ne parlera pas lors de cette conversation). Pour Gong, Didier, Gilly et Daevid ont répondu immédiatement. Puis, après l’émission, Daevid a lancé l’idée de refaire par exemple, une tournée de 2 à 3 semaines. En 1994, nous avons ainsi fêté à Londres le 25ème anniversaire du groupe. Un moment inoubliable… Après cet épisode, la demande s’amplifiant, on a pu tourner au Japon et aux Etats-Unis.

On établit parfois un lien entre les vieux disques de Gong et la scène ambient contemporaine. Aves-vous une explication ?

P. : Steffy, notre guitariste, est assez branché techno et trance. On touche donc un peu à ces styles. A Los Angeles, la presse nous a même qualifiés de ‘godfather’ de la trance, mais ça me laisse dubitatif… La technologie a quand même évolué. A ses débuts, Gong n’avait pas un seul ampli de 30 watts. Par après, nous avons acquis toute une panoplie de gadgets, mais sans jamais disposer d’un matériel aussi sophistiqué que la plupart des musiciens actuels.

Quelle est ta réaction lorsqu’un groupe comme Ozric Tentacles se réclame de Gong ?

P. : il existe beaucoup de jeunes formations soi-disant psychédéliques. J’ai vu Ozric Tentacles lors d’un festival, mais je n’y ai pas trouvé l’influence de Gong. Pas de prime abord, en tout cas. Gong a été un des premiers groupes à utiliser des synthés, des rythmes hypnotiques, des effets ‘glissandi’… les spécialistes s’accordent à dire que la trance et la rave ont puisé des éléments chez Gong.

Quelle est la part d’improvisation dans la musique de Gong, aujourd’hui ?

P. : les arrangements définis assez vaguement, permettent de développer des riffs répétitifs, hypnotiques, sur lesquels il est possible de broder, et donc d’improviser. Didier improvise d’ailleurs tout le temps. En fait, seul le bassiste respecte une ligne de conduite plus construite.

Didier est même assez proche du jazz moderne. Lorsqu’il a repris Gong à son compte, le style du groupe s’est fait plus jazzy, un peu comme Weather Report ou Chic Corea.

P. : c’est vrai, Didier est plus attiré par le jazz, mais il s’intéresse aussi à des trucs ethniques par exemple. Moi aussi, j’ai joué du jazz. Surtout du jazz d’ailleurs… Dans Gong, beaucoup de styles se côtoient. Les musiciens apportent leur propre coloration musicale : un peu de jazz, de rock, de trance, de hard… C’est à la fois la force et la faiblesse du groupe.

Steve Hillage, qui a joué avec Gong dans le temps, est aujourd’hui connu comme producteur. Pourquoi ne pas l’avoir rappelé ?

P. : il a pris une direction trop orientée vers la techno, la trance, etc. Je le considère comme un bon guitariste, mais j’avoue ne pas trop aimer ses bidouillages électroniques.
Daevid Allen : Steve Hillage ? Mais il fait de la merde aujourd’hui ! (Daevid frappe sur la table, puis s’assied dessus). Qu’on ne me parle plus de ce type !

Même pour son travail de producteur ?

D. : là, il est très bon. Mais comme guitariste, il est horrible ! Le pire qu’ait connu Gong. Seul Christian Vander (NDR : le drummer de Magma a un jour joué de la guitare pour Gong), était meilleur que moi…

Tu rentres parfois en Australie ?

D. : non, non ! Je ne peux plus y retourner. J’ai trop d’enfants là-bas. Sans blague…

Daevid, tu t’es fait très discret après la sortie de « Good morning », un album enregistré en 1976, en compagnie de l’ensemble espagnol Euterpe.

D. : après avoir publié ce disque, j’ai quitté Virgin. Je déteste ce label. Il a détruit ma carrière, parce que je n’entrais pas dans les plans de leurs combines. Un jour, à Londres, j’ai envahi les bureaux de Virgin pour protester contre leur acharnement à empêcher le public de se rendre à mes concerts… Par la suite, j’ai signé chez Charly Records. J’ai monté mon studio et commencé à répéter avec des guitaristes de flamenco. Ceux-ci m’ont permis de réaliser la fusion presque parfaite entre l’acoustique et l’électronique.

On a vu aussi cet album de New York Gong (« About time ») en 1980, enregistré, entre autres, avec Gary Windo, Fred Maher et Bill Laswell.

D. : oui, j’ai aussi enregistré, avec Chris Cutler et d’autres, l’album « Daevid Allen n’existe pas ». Un titre en français ! C’est plus ou moins à cette époque que j’ai arrêté de fumer, et exigé que plus personne ne fume pendant les séances d’enregistrement, pour que la musique soit la plus précise, la plus planante, la plus claire possible… J’ai toujours préféré la musique acoustique, plutôt femelle même, précise et sensuelle. Je n’aime pas le jazz rock. Tu sais la musique de mecs… (NDR : il pose en soliste de hard, puis entame la danse du scalp)

Vois-tu encore les anciens de Soft Machine : Robert Wyatt et Mike Ratledge ? Ou encore Kevin Ayers, avec lequel tu as tourné aux Etats-Unis, et qui, comme toi, vit aux Baléares.

D. : mais on ne se voit jamais (il réprime un rire franc). Sans doute Kevin ne sort-il que le matin. Et moi, je vis la nuit… Pour cette tournée aux Etats-Unis, quand il était sur scène, j’attendais mon tour dans les toilettes… On se croisait constamment. Sans jamais se voir.

Tes dessins délirants ornent une bonne partie des pochettes de ta discographie. Tu dessines toujours ?

D. :  tout le temps, mais c’est juste pour le fun. Lors des concerts, les fans me présentent souvent les pochettes pour que je les signe. Et je dessine, pardon, je barbouille dessus. Oui, je fais de l’artwork… (NDR : je lui soumets celle d’« Angels Egg »). Il la jette par terre et, dans l’hilarité générale, bondit et feint de la piétiner)

Interview parue dans le n° 52 (avril 97) du magazine Mofo.

 

Suzanne Vega

La Reine des Pommes

Écrit par

Menue, un peu boulotte, Suzanne nous reçoit aujourd’hui coiffée en chignon. Des cheveux abricot, une peau de pêche, des baies dans les yeux, un joli fruit défendu. Le serpent persifleur qui la rencontre lui sucerait bien la pomme. On doute qu'elle se laisse faire. La petite fille malheureuse s’est muée en petit bout de femme volontaire et épanouie. Entre une gamine prénommée Ruby et un mari, binoclard et producteur, qui a bouleversé sa musique et changé sa vie (ou le contraire ?), elle sait comment la vie croquer.

- La pochette de l’album, c'est un hommage à Magritte ou aux Beatles ?

Aucun des deux. Pour cette photo, j'avais dans l'idée d'utiliser des prunes, mes fruits favoris. Comme ce n'était pas la saison, je me suis rabattue sur les pommes... c'est ce qui explique le choix artistique. Lorsque j'ai vu les photos, elles m’ont rappelé l'objet de désir original qu'on retrouve dans la bible, la tentation d'Adam et Eve. Ce n'était pas prémédité.

- Pourquoi ce chiffre, 9 ?

Une coïncidence. C'est la somme des objets de désir répertoriés sur cet album.

- Vous avez déclaré que le dernier elpee à avoir pénétré votre univers est celui des Breeders. Pouvez-vous vous imaginer enregistrer un duo en compagnie de Kim Deal ?

Je peux imaginer que nous fassions quelque chose ensemble mais je ne sais pas si ce serait un duo. En fait, elle travaille un peu avec Mitchell (Froom, le mari producteur de Suzanne). Elle passe donc de temps à autre à la maison sans qu'on ne se soit jamais vraiment parlé. Ce que j'aime chez elle, c'est la façon dont elle joue de la guitare. ll me semble qu'elle a l'esprit d'équipe. Elle est disposée à jouer les seconds couteaux et ne sent pas obligée de se mettre tout le temps en avant. Elle sait, me semble-t-il, être un catalyseur, celle qui fait en sorte que des choses se passent.

- Vous voyez John Cale assez souvent ainsi qu’Elvis Costello lorsqu'il vient à New-York. Qu'ont en commun un Anglais, un Gallois et une New-Yorkaise, si ce n'est la langue ?

Spécialement en ce qui concerne Elvis Costello, qui a une façon très intelligente d'utiliser les mots, de jouer et de blaguer avec eux. C'est quelque chose qui m'attire chez lui. Ce qui me plaît chez John Cale, c'est le lyrisme de sa musique, la noirceur de ses textes et son toucher au piano, cette sensibilité classique qui m'est tout à fait étrangère.

- La situation d'une femme dans le monde de la musique a-t-elle changé ces dernières années ?

Je crois que ça va mieux. C'est difficile pour pas mal de femmes. Mais pas pour Alanis Morissette qui a vendu 13 millions d'albums rien qu'aux États-Unis. Aujourd'hui, si un problème surgit, c'est souvent à cause des paroles, parce qu'on n'a pas envie d'entendre ce à propos de quoi vous écrivez ou que ce que vous faites n'est pas assez bruyant. Mais ce sont là des problèmes universels qui ne sont pas spécifiques aux femmes.

PAS DE NOSTALGIE

- Pensez-vous qu'avoir vécu une enfance malheureuse permet de se sentir plus heureux une fois qu'on est adulte ?

(Elle rit) Oui Parce que vous n'avez rien à perdre. En ce qui me concerne, plus j'avance, plus je me sens heureuse, je n'ai jamais eu la nostalgie de mon enfance, jamais voulu être plus jeune ou même regretté ce que j'étais il y a 10 ans. Je ne passe pas mon temps à me souvenir mais plutôt à réfléchir au futur et au présent. J'ai des souvenirs, mais je ne souhaite pas retourner en arrière ou vivre dans le passé. Il n'existe personne au monde que j'envie. Je fais la musique qui me plaît aujourd’hui.

-  Vous vous décrivez comme une fille urbaine amoureuse de sa ville, New-York. Vous auriez aimé jouer dans les films de Paul Auster, comme ‘Smoke’ et ‘Blue in the Face’ ?

J'en ai entendu parler mais je ne les ai pas vus. Et je n'ai pas lu ses livres non plus. J'ai raté une grande partie des événements culturels spécialement depuis que Ruby est née. Je vois à peu près un filin par an ; pour l'instant, il y a deux ans, c'était ‘La Leçon de piano’, l'an passé ‘Fargo’. En 97 je n'ai encore rien vu.

- Pourquoi avez-vous besoin d’autant de temps pour écrire des chansons. Cinq albums en 11 ans, c'est peu...

Pour moi, c'est beaucoup. Cela fait à peu près un tous les deux ou trois ans. L’une de principales raisons du délai entre les deux derniers, c'est la naissance de ma fille Ruby. Se remettre de quelque chose d'aussi important prend du temps... L'autre problème, c’est qu'il m'est impossible d'écrire en tournée. A chaque sortie d'album, je pars en tournée pour une période moyenne d'un an, qui est perdue pour l'écriture. Et après une année passée sur la route, on rentre chez soi et on s'écroule de fatigue. Ce n'est qu'après quelques mois, qu'on se sent à nouveau en état d’écrire.

- Préférez-vous être une bonne mère plutôt qu'une artiste respectée ?

J’ai besoin d’être les deux, d’où la difficulté. Je suis à un âge où il est difficile de remplir très mal ces deux fonctions. C’est l’une de mes plus grandes angoisses. J'avais donc très peur, lorsque j’ai commencé à écrire les chansons du dernier disque. Je manquais de confiance en moi. Il faut savoir passer outre ce sentiment, finir son travail sans trop le juger, laisser le monde extérieur décider ce qu'il en pense. Espérons que Ruby me pardonnera quand elle sera plus grande de l’avoir entraîné dans une tournée mondiale. Lorsqu’elle sera plus âgée, elle se demandera comment sa mère a pu la laisser venir en Belgique (elle rit) ! A I’évidence, c’est encore et toujours une situation plus facile à gérer pour un homme que pour une femme. Avant cette naissance, j’étais convaincue que la situation des femmes était plus avancée qu’elle ne l'est en réalité.

LA MORT ET JACQUES BREL

- La chanson « Thin Man » paraphrase une chanson de Jacques Brel...

La chanson s'appelle « La mort ». Certaines de ses paroles sont ‘La mort m'attend comme une princesse/La mort est comme une jeune femme qui m'accompagne en mer’. Pour moi, cette ligne était très évocatrice, je la trouvais intéressante… J'y ai beaucoup réfléchi et me suis dit que dans mon cas la mort prenait l'apparence d'un homme, très maigre en costume noir. Pas un esprit. Mais un personnage malingre. Maigre parce qu'il ne pense pas à manger, trop préoccupé qu'il est par son travail.

- Comment se fait-il que vous connaissiez Brel ?

A l’unif, j'ai suivi des cours d'art dramatique. Et tout qui était intéressé par cette forme d'art connaissait Jacques Brel parce on a joué très longtemps à Broadway un spectacle célèbre ‘Jacques Brel is alive and well and living in Paris’ monté par Mort Shuman. Un music-hall très populaire surtout dans les années 60. A l'université, fin des 70s, tout le monde connaissait Jacques Brel et son œuvre à cause du succès de ce spectacle.

- Et tous ces gens savaient évidemment qu'il était belge et pas français...

Non, puisqu’ils sont américains... Personnellement, je le sais pour être déjà venue ici avant.

- Cela doit être affreux parfois de travailler avec la personne avec laquelle on est marié, non (elle sourit) ?

Pas aussi souvent que vous pourriez le croire. Dans sa majeure partie, notre relation se déroule sans encombre. Point de vue travail, tout est clair : on s'assied dans une pièce, je suis l'artiste, Mitchell est le producteur et travaille donc pour moi. C'est très confortable et ça n'a rien à voir avec la façon dont cela se déroule à la maison. Là, je ne suis plus aux commandes et cela devient donc plus compliqué. Heureusement la séparation entre les deux univers est très nette.

- Peut-on comparer les esquisses de vie dépeintes dans vos chansons aux peintures d’Edward Hopper ? Comme elles, vos textes sont réalistes, calmes et, au fond, désespérés…

Sans doute. Il y a dans ce que j'écris quelque chose de réfléchi et de fixe, du moins de pas très mouvementé. J'ai un code personnel dans la réflexion et il y a une forme graphique dans ce que j'écris. On imagine la silhouette précise d'une femme assise dans le coin d'un restaurant par exemple, au milieu d'une composition fixée clans un instant.

- L’harmonie est-elle la chose la plus difficile à exprimer lorsqu'on écrit des chansons ?

Oui, évidemment, C'est logique non ? Si vous vous sentez heureux, vous ne ressentez pas le besoin de définir les circonstances, de les décrire ou d'écrire à leur propos... La période pendant laquelle je me suis sentie la plus heureuse, c'est lorsque j'étais enceinte. J'étais radieuse : je me sentais utile, j'étais en bonne santé et en superforme ! Je n'ai pas écrit une ligne durant cette période Quand je suis inquiète, je commence à réfléchir au comment et au pourquoi de cette inquiétude, ce qui me conduit logiquement à l'écriture…

- Où trouve-t-on dans votre musique les influences qui vous ont imprégnées durant votre jeunesse. Je pense au jazz, à la bossa nova ou à Santana et à Motown ?

Sur le dernier album surtout. On peut entendre du Santana sur « Lolita », de la bossa nova sur « Caramel ». Le son Motown était sur « (if) You were in my movie » de « 99.9F » qui fait très groupes de filles des 60’s comme les Supremes...

- Pourquoi vous a-t-il fallu si longtemps pour les exprimer, ces influences ?

A cause de cette image de chanteuse folk grattant simplement sa guitare. Certains ne voyaient que ma guitare sèche et avaient décidé une fois pour toutes, que j'étais une chanteuse folk. C’est vrai, j'écris parfois des chansons qui vont dans ce sens-là, mais pas toujours... Mitchell, en entrant dans mon univers, y a entendu d'autres références notamment le r’n’b. Il s'est senti libre de les faire apparaître, sûrement parce qu'il n'était pas fan de ce que j'avais fait avant. D'ailleurs, il ne connaissait pas trop ma musique. Je ne l'intéressais pas en tant qu'artiste avant que je ne lui demande de devenir mon producteur.

LA VOIX DE LA LUXURE

- Vous avez travaillé en compagnie d’artistes comme Philip Glass, Joe Jackson et Arthur Baker, des gens au caractère fort. Vous vous entendez bien avec eux parce que vous partagez leur sentiment d'indépendance ?

Je ne sais pas si c'est parce que nous avons le même type de caractère. Je constate seulement qu’il m'est facile de travailler avec eux. Je viens d'ailleurs de collaborer en compagnie de Joe Jackson, il y a un mois à peine, pour une chanson douce basée sur les 7 péchés capitaux. Si vous voulez tout savoir, j'y interprète la voix de la luxure. Ça marche bien entre moi et ce type de personnage, parce que ces gens que vous citez sont des artistes à l'imagination fertile. J'ai découvert que je peux m'intégrer dans leur musique sans en changer la nature.

- Quelle est l’histoire de votre participation à ‘Dead Man Walking’ ?

Tim Robbins m'a envoyé un fax me demandant si je voulais bien visionner le film et éventuellement composer une chanson pour la B.O. L'idée même du film, de cette nonne qui entre en contact avec ce tueur patenté me semblait intéressante à traiter ; de même que le problème de la peine de mort. J'ai dévoré le livre de cette bonne sœur. D'ailleurs les paroles que je chante sur le morceau composé sont pratiquement toutes tirées des pages du livre.

Article paru dans le n° 51 du magazine MOFO, en mars 97.

 

Chumbawamba

Anars populaires

Il aura donc fallu 8 albums en 14 ans de galère (et de distribution alternative) avant que Chumbawamba ne parvienne à sortir la tête de l'eau, ou du lot, si vous préférez. Le groupe de Leeds, après avoir milité dans un punk anarchiste, rebelle et intello, s'était pourtant converti à la pop, en 1990. Mais ce n'est qu'aujourd'hui, après avoir rejoint une multinationale (EMI) qu'il décroche enfin un hit single avec « Tubthumping ». Pourtant, les paroles des chansons sont restées très révolutionnaires... La ‘contradiction’ méritait les explications du chanteur Danbert ‘The cat’ Nobacon et du bassiste Paul Greco. Et c’est ce dernier qui prend d’abord la parole…

P.G. : En fait, nous nous sommes un peu brouillés avec notre ex-label One Little Indian. Ces gens s'étaient mis en tête de contrôler notre création. Ils ont complètement saboté la promotion d'un album que nous avons enregistré après « Anarchy ». Et lorsque nous leur avons proposé les démos de « Tubthumper », ils nous ont suggéré de plutôt sortir... un ‘best of’. Nous sommes donc partis, finançant nous-mêmes ce CD. Finalement, nous avons conclu un accord avec EMI-Allemagne, mais il ne porte que sur une période de 6 mois. Après quoi, nous prolongerons notre collaboration, si ça colle toujours ».

Collectif Anarchiste

Chumbawamba compte huit membres. Pas trop difficile à vivre?

P.G. : Pas vraiment. Tout au long de notre histoire, nous avons été un collectif anarchiste: quelle que soit la décision à prendre, aussi bien dans le domaine de l'écriture que des concerts, le choix des morceaux, nous nous mettons toujours autour de la table pour en discuter. Nous fonctionnons comme une démocratie réaliste et l'argent est réparti équitablement entre nous.
D. N. :
Bien sûr, nos opinions sont parfois divergentes et des problèmes personnels peuvent surgir. Mais nous sommes ensemble depuis plus de 15 ans, la période est suffisamment longue pour bien se connaître.

Pourquoi Chumbawamba est-il devenu un groupe pop après avoir été punk?

D.N. : C'est le mouvement punk qui nous a donné envie de monter un groupe. Notre premier album était très punk, mais nous n'avons jamais perçu le punk uniquement comme un style musical: c'est plutôt une attitude et un moyen de véhiculer nos idées contestataires. Ainsi après nos disques initiaux, nous avons sorti un album a cappella, constitué de chansons anglaises révolutionnaires. Jamais nous n'avons misé sur l'immobilisme, au contraire, nous avons cherché à atteindre d'autres publics. Aujourd'hui nous jouons de la musique pop, qui contient des éléments dance, punk, folk, etc. Nous essayons de brasser un maximum de styles.
P.G. :
Les puristes punk pensent que nous avons ‘décroché’, mais pour nous, le punk des 70s symbolisait surtout l'opposition à l'autorité. C'est encore le cas de la musique que nous faisons à présent.

Couverture a la Benetton

Vous avez déclaré un jour que l'évolution de la musique s'était achevée avec Crass. Vous qui venez de Leeds, vous n'avez jamais cru à la scène gothique de votre ville?

D.N. : Je comprends que cette scène gothique ait pu frapper certains, mais pour nous, la scène de Leeds, c'était les Mekons et Gang of Four, plutôt que Sisters of Mercy et Mission.

Sur la pochette de votre album « Anarchy », on voyait un enfant sortant du ventre de sa mère. Encore un coup de provoc, en particulier à l'égard des puritains?

D.N. : C'était un peu une couverture à la Benetton censée susciter un choc. Tout le monde est venu comme ça et la naissance est un moment fort. Bien sûr, nous savions que certains petits esprits seraient outrés, qu'il y aurait un petit scandale.

Chumbawamba se sent-il investi d'une fonction sociale?

D.N. : Nous pensons que la musique a une force colossale. Les gens écoutent davantage la musique que les hommes politiques. Bien sûr, c'est devenu un business, ce n'est pas nouveau et il existera toujours des gens qui feront du fric à partir de quelque chose qui devient populaire. J'espère quand même conserver une certaine intégrité. La musique reste un moyen de contestation. En même temps, c'est un moyen d'évasion...

Rien à voir avec le chaos

Quel est le système politique idéal pour Chumbawamba?

P.G. : Le rêve serait d'adopter un système anarchiste au sens étymologique du mot: sans autorité. Les gens se réuniraient et travailleraient ensemble, de leur propre initiative. Il n'y aurait pas besoin de leader pour dire ce qu'il faut faire. Il ne serait pas nécessaire de créer une police répressive ou même un système judiciaire. Evidemment, c'est l'utopie... Et nous avons compris qu'il fallait vivre dans le monde réel. En fait, nous croyons beaucoup à une méthode basée sur la décision collective, à l'instar de ce que nous pratiquons au sein du groupe. Nos systèmes politiques mettent l'accent sur le parti, et surtout sur leur propre intérêt, c'est-à-dire le pouvoir. Ils sont plus intéressés par l'argent que par le peuple. Dans un sens, nous sommes des socialistes avec un ‘s’ minuscule.
D.N. :
Nous gardons les pieds sur terre, mais il faut insister : l'anarchie qui est le mode de vie auquel nous adhérons n'a rien à voir avec le chaos. C'est une lutte pour un monde meilleur. Nous n'avons pas la prétention de prôner un modèle, nous décrivons simplement les choses telles que nous les percevons. Et ce qu'on voit n'est pas franchement joli.     

Vous combattez le fascisme, mais en même temps, vous n'appréciez pas plus le communisme. Explication?

P.G. : le totalitarisme des stalinistes et des nazis étaient fort proches, deux régimes d'oppression, des millions de gens sont morts! Nous n'avons aucune sympathie envers quel que régime totalitaire que ce soit.
D.N. :
Les régimes fascistes et communistes ont un profond mépris envers les individus. La différence? Le nazisme affiche son idéologie vis à vis de groupes ethniques, sexuels, alors que le communiste ne l'affiche pas, mais a le même sentiment à l'égard des pauvres ou des groupes ethniques qui ne s'intègrent pas.

Vous ne semblez pas satisfaits du retour des travaillistes à la tête de l'Angleterre. Pourtant, vous vous étiez prononcés pour le départ des conservateurs...

P.G. : Non, l'état de grâce est fini pour Tony Blair. Les travaillistes se sont déjà attaqués au système de la sécurité sociale. Les citoyens vont devoir souscrire leur propre assurance en cas de chômage. Les étudiants vont devoir payer pour fréquenter l'université. Les promesses électorales sont passées à la trappe. Tony Blair a la même idéologie que son prédécesseur, mais avec un plus grand sourire. Il y a peu de différences, entre le parti conservateur et le parti travailliste. Résultat des courses: de nombreux étudiants rencontrent d'énormes difficultés financières. Ce n'est pas normal! Nous en revenons au régime qui était d'application avant 1940. Le gouvernement britannique est occupé à démanteler le système social mis en place après la seconde guerre mondiale. Et ce sont des prétendus socialistes qui y contribuent!

Merci à Vincent Devos

(Article paru dans le n°60 du magazine Mofo de février/mars 1997)

 

Jean-Louis Murat

Le public est un gros fainéant

Écrit par

Jean-Louis Murat, la langue de bois du discours de promo, c'est quelque chose qu'il ne connaît manifestement pas. Pour preuve, cette longue rencontre où une sacrée dose d'humour ne l'empêche pas de cogner sur sa maison de disques, sur les médias et, surtout, ultime sacrilège, sur son public.

J'aimerais sortir beaucoup plus de disques. Mais chaque fois, il faut attendre au moins 18 mois. Le débit est conditionné par les médias et pas par la créativité de chacun. C'est la merde des maisons de disques ! Je ne sais pas comment les artistes en sont arrivés à se laisser manipuler par ces enfoirés. En laissant de tels délais entre les sorties, les mauvais ont le temps de se préparer. S'ils devaient enregistrer un nouveau disque chaque année, les 3/4 de ceux qui nous cassent les couilles n'arriveraient pas à suivre la cadence. Et puis, si tu réalises un album par an, tu peux te permettre d'expérimenter, mais au rythme qu'on nous impose, il faut que ce soit réussi à tous les coups. Quant on voir le prix des disques, en plus... ils devraient coûter 180/240 fb (NDLR : 4,5 à 6 €), pas plus, le CD ne serait plus l'objet culturel aussi lourd et chiant qu'il peut être actuellement.

On a pourtant parlé de crise d'inspiration à ton sujet. Qu’en penses-tu?

Aucune crise d'inspiration. Si on écrit beaucoup de chansons comme moi, c'est difficile d'en sortir aussi peu. A mon sujet, on en a sans doute parlé, parce que je suis resté longtemps en studio. C'est la technologie qui a pris du temps. Quand on se retrouve à la tête de plus de 100 pistes par chanson, on finit par s'y perdre... De toute façon, je m'étais fixé pour but de rester un an sur ce nouvel album. J’estime qu’enregistrer un disque en une semaine et un autre en une année est une bonne méthode.

Un album réaliste

Qualifierais-tu ce nouvel album de ‘plus léger’ ?

Il n'y a rien d'aussi lourd que « La Fin du parcours » ou « La Momie mentalement ». L’album est plus ‘chanson’, sans doute. Les médias français, les FM, c'est tellement de la merde que tu es obligé. Moi ce que j'aime faire, c'est « Vénus » : enregistrer un album en une semaine, attaquer, en compagnie de 2, 3 musiciens, dans des conditions quasi live. Le problème c'est qu'après, personne ne suit le mouvement! Ou alors, en France, tu en vends 5 000 et tu vas pointer au chômage. Partant de là, « Dolorès » est un album... réaliste.

Pragmatique?

Le pragmatisme du mec qui n'a pas envie de redevenir chômeur. Il se dit : ces espèces de trous du cul de la FM, toute cette daube, il va s'aligner légèrement dessus, sans trop perdre son âme. En France, le public est un peu con et le marché est petit, alors on est obligé de taper un peu ‘variète’. Pourtant, j'ai quand même vendu 100 000 exemplaires de « Vénus », pas vraiment un fiasco. Surtout si on considère la manière dont je l'ai réalisé. Evidemment, « Le Manteau de pluie » s'était écoulé à 170 000... Le label regarde les ventes comme une courbe exponentielle où, à la fin, tu exploses ! (rires) De toute façon, quand on a un peu de culture rock, ce qui, j'espère, est mon cas, on sait qu'une discographie se travaille finement. Il faut être capable d’enchaîner les disques, sentir la dynamique. Neil Young, par exemple, maîtrise parfaitement ce mécanisme. Beck, j'espère qu'il parviendra à le contrôler. Son double contrat (il a signé chez Geffen mais est libre de sortir des disques sur d'autres labels) c'est extra, c'est ce qu'il me faudrait. Le rêve!

Tu sembles rencontrer beaucoup de difficultés avec ta maison de disques...

J’en ai surtout marre que les maisons de disques ou les médias pensent que la prod’ ou le producteur, c'est le plus important. Chez Virgin, ils pensaient que la prod' n'était pas mon truc. C'est vrai que je pense que quand on est mauvais, on a besoin de production. Alors je me suis dit: on va voir ce qu'on va voir. C'est quand même pas sorcier d'essayer de faire sonner un truc. Il faut simplement aimer se branler la tête pendant des jours et des jours... Donc je l'ai fait pour que la maison de disques me lâche.

Tu parlais de ‘variétés': « Vénus », c'était pour t'en éloigner?

Je ne sais pas, je ne me rends pas bien compte. Disons qu'après cet album et le duo avec Farmer, je n'étais pas très à l'aise: il fallait absolument que je reprenne les choses en mains. Virgin ne m’a jamais pardonné « Vénus ». Dingue, hein? Ils vivent cette histoire comme une trahison, comme si on était en guerre. Donc, pour « Dolorès », j'ai essayé que ça aille mieux. Je leur dois encore deux albums, je n'ai pas envie de rester en guerre tout le temps. Mais je compte beaucoup sur le prochain pour faire exploser l’affaire en plein vol. Tu devrais entendre les médias français qui me disent : ‘Enfin tu es revenu. Mais qu’est-ce que t’as foutu avec « Vénus » ? Je crois qu’en France, les gens n’aiment pas le travail brut, ils veulent qu’il soit remâché 100 000 fois. Jusqu’à obtenir une espèce de ‘Qualité France’ comme on peut voir dans les films.

L’ombre de Julien Clerc

Tu as dit que Nellee Hooper (le maître d’œuvre de « Début » de Björk) et Tim Simenon (Bomb the Bass) avaient écouté tes démos. En quelles circonstances ?

Je leur ai envoyé une cassette, ils ont écouté, elle leur a plu et ils m’ont rappelé. Ils en reçoivent des tonnes, quand même, alors j’étais super fier. Hooper m’a raconté par la suite, qu’il était en studio avec Björk et qu’ils avaient écouté toutes les chansons ensemble, à donf.

Virgin voulait absolument que tu utilises un producteur ?

Déjà, pour « Vénus », ils m’avaient fait chier pour que j’en prenne un, ce que je ne voulais absolument pas. Ils m’ont demandé avec qui je voulais bosser. Je suggère : le Crazy Horse. La cassette est envoyée et 15 jours plus tard, les Crazy Horse répondent que mon projet leur plaît beaucoup et qu’ils acceptent. Tout l’entourage de Neil Young. Ils m’invitaient même dans leur studio à L.A. Moi super emmerdé, je réponds à Virgin que ça craint, que je ne veux pas aller là-bas et que je ne parle pas anglais. Ce qui est faux ! Le lendemain, les Crazy Horse répondent : ‘Aucun problème, on vient en France. On enregistre où il veut’. J’étais pas dans la merde, quoi… Alors j’ai laissé pourrir le truc. Pour « Dolorès », Virgin réattaque, même question : avec qui je veux bosser ? Je réponds : Nellee Hooper. Il venait de finir le Björk, il allait entrer en studio pour Madonna, moi tranquille, je pensais qu’il n’allait pas être intéressé. Manque de bol, ça l’a branché. Mais il prenait 90 000 balles (NDR : 13 500€) par titre. Alors, Virgin a demandé à Hooper quelqu’un de moins cher mais qui travaille comme lui. Il a refilé la DAT à Bill Simenon, à qui ça a plu. Il voulait faire tout l’album.

Ce qui ne s'est pas concrétisé finalement…

On a bossé sur deux titres, pendant un mois à Londres. C'était pas terrible... Par contre, je me suis fait tout expliquer. Il travaillait sur les remixes de Bowie, puis les week-ends, il allait à Dublin travailler avec U2. Je le bombardais de questions et il m’expliquait tous les trucs. Le soir on allait traîner chez Goldie. Brian Eno passait, je voyais Johnny Dollar qui me parlait des prises du Nenneh Cherry. Dans le studio à coté, il y avait Bertrand Burgalat (arrangeur d’Hugo, mari de Valérie Lemercier et idole de Benjamin Lu) avec qui je suis très pote. Lui, aussi, j'allais lui poser des questions. On voulait réaliser un truc ensemble mais ça ne s'est pas arrangé. Il y avait aussi Sonya la chanteuse d'Echobelly qui a acheté tous mes disques. Elle voulait qu'on fasse quelque chose ensemble ce qui arrivera un jour. J'étais vraiment bien, à Londres, comme un poisson dans l'eau, super bien intégré. Mais quand je suis revenu, le nouveau directeur artistique de Virgin m'a envoyé une cassette ‘pour m'ouvrir les oreilles’ (sic). Il y avait Portishead, Massive Attack… Ce type, il me voit comme l’ombre de Julien Clerc!

D'où vient cette chanson déglinguée que tu as refilée pour la compile « 5 heures » ?

Au départ, c'est un morceau qui figure dans une version ‘normale’ sur la B.O. du film « Mlle Personne ». Elle accompagnait l'édition limitée du live. Il y avait un piano punaise, dans le studio. Elodie Bouchez qui participait aux sessions avait amené une copine. Pour déconner, j'ai dit à la copine : toi, on va bien te faire faire quelque chose. Elle était un peu cassée, en plus. Alors, j'ai proposé à Denis (Clavaizolle, le collaborateur de toujours) d'en réaliser une version juste piano/voix. Et dès la deuxième prise, ça roule. D'ailleurs, il y a le métro qui passe. Je l'ai mise derrière le micro et je lui ai proposé de faire vaguement la mélodie. Elle était cuite fracassée et elle a accompli ce truc incroyable. La B.O., d'ailleurs, c'est celui de mes albums que je préfère. C'était vraiment du boulot : 6 jours de prises pour un coût de 120 000 FF (NDR : 18 000€) ! Et encore, ils m'avaient filé 100 000 balles (NDR : 15 000€) et les 20 restants (NDR : 3 000€), c'est moi qui les ai mis de ma poche. C'est la moitié d'un budget de Sylvain Vanot. Chez Virgin, ils ont estimé ça tellement effrayant qu'ils ne l'ont même pas sorti, si ce n'est sur ce tirage limité à 4 ou 5 000 exemplaires.

Qu’est devenu ce film?

Bloqué dans un tiroir, pour des problèmes de contrat à la con qui me dépassent. Ca ne se débloquera sans doute jamais, mais ça ne me regarde pas : c'est un problème avec le producteur et Pascale Bailly, la réalisatrice. C'est une caractérielle. Je ne crois pas qu'elle veuille que le film sorte. Moi je voulais qu'au moins le disque soit publié normalement. Il y a quelques mois, lors d'une discussion avec le PDG de Virgin, je me suis rendu compte qu'il ne l'avait même pas écouté. Il croyait que les morceaux étaient uniquement instrumentaux.

Et ta tournée, comment a-t-elle été perçue ?

Ca n'a pas plus à Virgin. Aux médias, pas tellement. Le public, c'est un gros fainéant, super-décevant. Moi, quand j’assiste à un concert, je déteste qu'on me refasse le disque. J'adore aller voir des nouveaux groupes que je ne connais pas. Le public, il paie 150 balles (NDR : 22€50) et il veut entendre l'album. J'ai jamais compris pourquoi il me faisait la tronche parce que je chantais des inédits ou des versions différentes de chansons qu'il connaissait déjà! Le public a fait la gueule, les gens n'ont pas acheté et les critiques m'ont ‘destroyé’... J'avais pris des risques : les musiciens avaient été recrutés par petites annonces. J'en ai auditionné plus de 100. On a répété pendant 7 semaines comme un groupe, sans qu'ils entendent les versions originales des chansons. Que personne n'ait suivi, c'est une grosse déception, je ne suis pas près de remonter sur scène.

(Article paru dans le n° 47 du magazine Mofo d’octobre 1996)

 

Ash

L heure Ash?

Voici plusieurs semaines que ce trio irlandais flirte avec le faîte des charts indépendants en Angleterre. Et suivant cette même presse, il est appelé à devenir aussi célèbre qu'Oasis. D'autant plus que son premier véritable album est absolument remarquable. Les musiciens traînent cependant, déjà, une réputation aussi sulfureuse que celle de la bande aux frères Gallagher. Et pourtant! C'est un Tim Wheeler affable, détendu et finalement très sympathique qui nous a accordé cette interview exclusive. Tim n'a pas encore vingt ans et cumule à la fois les fonctions de chanteur, guitariste, compositeur et leader du groupe. Une lourde charge que semble finalement assez facilement supporter les frêles épaules de notre interlocuteur...

Votre album et la plupart de vos singles sont coproduits par Owen Morris, c'est à dire le même personnage qui est responsable de la mise en forme des disques d'Oasis. Un homme étrange, auriez-vous déclaré. Tellement étrange?

Etrange ? Non, extraordinaire ! Pas du tout étrange. Un gars très intelligent. Nous avons beaucoup de respect pour lui et entretenons d'excellentes relations de travail. Mais non, je ne me souviens pas avoir déclaré qu'il était étrange...

Dans ce contexte, que représente Oasis pour Ash? Et penses-tu que bénéficiant du soutien d'Owen Morris, Ash deviendra un jour aussi célèbre que le groupe des frères Gallagher?

Oasis est le meilleur groupe du monde. Liam et Noël son des types honnêtes, consciencieux. Ils composent de remarquables chansons. Nous les respectons. Mais je n'aime pas trop m'étendre sur ce sujet. Rien que penser que nous pourrions un jour souffrir de ces comparaisons hasardeuses m'agace. Nous avons tout le temps pour devenir célèbres. Nous ne voulons pas brûler les étapes. Nous n'avons que dix-neuf ans et essayons de garder les pieds sur terre. Les frères Gallagher sont beaucoup plus âgés que nous et sont capables d'assumer toute la pression provoquée par la célébrité. Nous ne sommes pas encore prêts pour l'aventure. Nous y verrons sans doute un peu plus clair dans quelques années, lorsque nous aurons 27 ans (rires)...

Dans la presse britannique, tu as déclaré dernièrement que tu voulais devenir Dieu. Lequel? Jahvé, Jésus, Bouddha, Mahomet? A moins qu'il ne s'agisse d'une métaphore destinée, à l'instar d' "I'm a rock'n roll star" d'Oasis ou d' "I wanna be adored" des Stones Roses, à masquer une volonté profonde de devenir célèbre. Es-tu conscient qu'en approchant le statut de star, l'artiste se cloître au sein d'une cruelle solitude?

(rires). Ce n'est pas exactement ce que j'ai voulu dire. Le journaliste m'a demandé pourquoi je souhaitais devenir une rock star. Et j'ai simplement répondu que cet objectif m'avait permis de supporter toutes ces années passées sur les bancs de l'école. Le reste n'est que de l'extrapolation.

Sur votre album, il y a un morceau caché très curieux. Qui est le coupable? Voulez-vous projeter une image de l'adolescence qui trouve un certain plaisir à se saouler la gueule?

Nous avions un peu trop abusé de la bouteille et de l'acide; et puis Mark n'a plus supporté la dose, et s'est mis à gerber. Par boutade, nous avons enregistré cette scène. Par la suite, nous ne voulions plus trop nous étaler sur cet épisode. Mais nous le trouvions tellement marrant que finalement nous avons décidé de l'ajouter sur le CD. Maintenant, avec le recul, nous n'imaginions pas qu'il allait faire un tel tabac...

Est-il exact que voici deux ans vous avez refusé de faire la première partie d'une tournée mondiale de Smashing Pumpkins? Pourquoi? Refuseriez-vous encore aujourd'hui cette opportunité?

C'est exact. Nous étions conscients de notre valeur et convaincus que d'autres occasions se présenteraient ultérieurement. Ce périple n'était donc pas indispensable pour nous. Cette aventure nous imposait d'abandonner notre vie familiale, nos études, nos habitudes. Et nous voulions encore prendre du recul pendant quelques mois avant de véritablement nous lancer dans une carrière musicale. Nous n'étions pas encore prêts ni vraiment intéressés par cette proposition. Et je suis fier de l'avoir refusée, parce que nous n'avons besoin de personne pour décider à notre place.

Que représentent des formations comme Undertones, Therapy et U2 pour un Irlandais?

Pour un Irlandais comme moi, Van Morrison est l'artiste que j'estime le plus. Et puis ce sont les Undertones. Mais nous les avons déjà dépassé leur popularité. Et c'est vraiment cool! (rires)

Votre nouveau single "Oh yeah" est enrichi de deux compositions inédites. L'une d'entre elles répond au titre de "T Rex". Vous êtes des aficionados de Marc Bolan?

Oui, j'adore l'œuvre de T Rex. Lorsque j'ai écrit cette composition, je voulais rendre un hommage à Marc Bolan. Et je suis parti sur un tempo calqué sur celui de "Hot love". Mais lorsque je l'ai terminée, je me suis rendu compte qu'elle était plutôt structurée comme une chanson des Ramones. Nous avons cependant conservé le titre, par déférence.

Sur le single "Goldfinger", on retrouve en bonus track une cover de "Get ready". Tu t'es inspiré de la version de Rare Earth ou de la composition originale écrite par Smokey Robinson?

La toute première fois que j'ai entendu cette chanson, elle était interprétée par les Supremes. Mais je préfère l'adaptation "motown", celle des Temptations, dont je me suis inspiré. Je ne connais pas la version de Rare Earth.

Dans tes lyrics, tu parles souvent d'espace, de planètes et de messages issus du fin fond de l'univers. Es-tu fasciné par les OVNI et les extra-terrestres, comme Frank Black?

En fait, vues de l'espace, mes chansons sont purgées de leur réalisme et peuvent plus facilement participer à une guerre des étoiles romantique. (NDR: Allô la terre!)

Aimes-tu vider les extincteurs?

(rires). Oui! C'est exact. En fait, lorsqu'on a bu un peu trop, il nous arrive de jouer aux pompiers de service. Pourtant, nous n'avons pas de problème avec la police, mais avec les Hells Angels (NDR: ils existent encore ceux-là ?)

Merci à Vincent Devos.

Version originale de l'interview parue dans le n° 46 (septembre 96) du magazine MOFO

 

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