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La vie explosive de Fine Lame

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Helmet

La face intelligente du heavy metal

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Helmet incarnerait la face ‘intelligente’ du heavy-metal. Celle qui véhicule l'énergie généreuse, les riffs meurtriers, les rythmiques emballées, et qui s'est débarrassée des clichés éculés, des poncifs empoussiérés ou des poses débiles.

C'est sans doute vrai, même s’il faut également relativiser l’importance de cette réflexion. D’une part, Helmet n’a certainement pas été le seul à concevoir intelligemment le heavy-rock depuis que ce style existe. D'autre part, il a évolué, progressé  et s’est adapté grâce à l'influence d'autres courants musicaux, à l'immersion dans d'autres contextes et à l'éclosion d'autres groupes. Helmet a participé au mouvement. C'est un de ses mérites ; et il doit être souligné.

Bombardier

A toutes fins utiles, précisons quand même que dans ce genre de sport, Helmet n’est pas un prototype unique. Néanmoins, il faut reconnaitre l'importance et la qualité des œuvres de ce quatuor bombardier réduit pour la circonstance à un trio : des albums comme ‘Meantime’ ou surtout l'indispensable ‘Betty’ (NDR : publié en 95, c’est un must absolu), ont démontré de maîtresse manière l'importance de la bande à Page Hamilton.

‘Aftertaste’, le disque flambant neuf ne fait que renforcer l'impression positive laissée par ces types qui –attitude clairement en relation avec le début de cet article– ne paient pas de mine, mais bien de leur personne.

‘Aftertaste’ pète des flammes. Il déborde de générosité, combinant idéalement agressivité et créativité. Le cd est bon, excellent même, d'un bout à l'autre. Il est dépourvu du moindre temps mort, de la moindre faiblesse. Expédié avec une vigueur impressionnante. Page Hamilton, le leader entérine : « Nous avons privilégié une approche plus directe encore du travail d'écriture. Pour ‘Aftertaste’, nous avons voulu plus de concision, de netteté, mais également de fermeté. En comparaison, ‘Betty’ était sans doute un tantinet plus dissipé qu’‘Aftertaste’. Lequel nous a permis de resserrer les rangs au maximum afin de recueillir le meilleur de notre musique, quitte à laisser un membre en chemin. »

Par rapport aux elpees précédents, il fallu davantage de temps pour concocter ‘Aftertaste’. La simplicité est-elle inversement proportionnelle au temps qu’il faut pour élaborer un disque ? Réaction : « Non, rien à voir. Enfin, pas vraiment. En fait, nous l’avons mixé deux fois. Le second mix s'explique parce que la première version ne nous satisfaisait pas du tout, au bout du compte. On voulait vraiment sortir du tout bon, et gommer les quelques imperfections commises sur ‘Betty’. Bon, il ne faut pas toujours chercher à comparer ce qui ne doit pas nécessairement l'être, mais nous voulions impérativement que ce nouvel essai soit plus fort. Nous sentions que le potentiel était présent, que la matière était bonne. Aucune raison, dès lors, de se faire coincer par un mix imparfait ».

Courbe De Vente

La  notoriété d’Helmet est en progression constante. Cette situation a-t-elle poussé le groupe à devenir plus exigeant vis-à-vis de lui-même ? Page admet : « Sans doute d'une certaine manière. Nous ne sommes pas du genre à surveiller sans cesse la courbe de nos ventes –faut pas rigoler– mais il faut être honnête, et oser avouer que quand tes disques se vendent de mieux en mieux, tu as envie de tout faire pour que cette progression continue! Cette situation démontre que de plus en plus de gens écoutent ta musique et l'apprécient. Mais pour y arriver, nous n'avons pas accepté de compromission fondamentale, attention! Notre volonté de faire mieux constitue juste un élément de motivation supplémentaire qui nous pousse à être très rigoureux. ‘Aftertaste’ en a bénéficié, même si je pense que l'album était bon dès le départ... »

Dave Sardy, le furieux guitariste de Barkmarket a produit l'album. Les membres d’Helmet n’ont jamais caché être des fans de Barkmarket. Mais est-ce l’unique raison pour laquelle ils l’ont choisi ? Hamilton se défend : « Pas la seule, non. C'était un paramètre déterminant, c’est clair, mais il y a aussi le reste et notamment le fait que nous nous sentons sur la même longueur d'ondes. Nous savons qui nous sommes et ce que nous voulons faire... Et là, nous étions sûrs que bosser en compagnie de Dave ne poserait aucun problème, dans la mesure où il nous respecterait certainement pour ce que nous sommes. Ce qui est très important à la base. Nous étions à la recherche d'un son, pas d'une identité... Je pense que Helmet est un groupe immédiatement reconnaissable, c'est la preuve qu'il a une identité très forte. La priorité était donc d'optimiser notre son. »

Mais qu’est ce qui pousse Page à composer ? « A la fois tout et rien. Il me vient des trucs en tête... En fait, je prends beaucoup de plaisir à écrire des chansons ! Surtout quand je les trouve bonnes... Ce qui me motive à en créer d'autres. Mais il peut arriver que je me sente galvanisé, parfois, par la qualité de chansons écrites par quelqu'un d’autre. Il se produit alors une émulation. Ainsi, après avoir écouté de bonnes chansons écrites par un autre, je me suis déjà senti pousser des ailes dans le dos pour faire aussi bien ! »

Article paru dans le n°53 du magazine Mofo de mai 97

 

Elysian Fields

Fuck rock'n’roll !

Coiffée d’un chapeau de fourrure, la fille est jolie. Elle est troublante et sulfureuse, la chanteuse d'Elysian Fields. Les musiciens du groupe new-yorkais ne se sont pas rencontrés aux Champs-élysées mais à la célèbre Knitting Factory, un club où l'avant-garde côtoie le jazz, l'expérimental et le rock. C'est aussi un peu ce que « Bleed your cedar » laisse transparaître, un remarquable premier album, sensuel et libertin, sorte de réponse coquine à la mollesse psychédélique de Mazzy Star. Interview en deux parties : la première en compagnie de la lascive Jennifer Charles, chanteuse et figure de proue ; la seconde avec Oren Bloedow, guitariste et figure de l'ombre....

On vous dit influencée par le jazz, c'est vrai ?

Jennifer : J'aime beaucoup Archie Shepp, John Coltrane, Charlie Mingus, Miles Davis, Charlie Parker... J'ai en quelque sorte grandi avec eux. Mes parents avaient beaucoup vinyles de jazz. Mon frère était animateur d'une émission du style à la radio. J'ai été baignée dans cette atmosphère. J'ai écouté les disques qui étaient à ma portée dans les collections familiales.

Vu ce background très jazz, comment expliques-tu qu'Elysian Fields soit un groupe de rock?

J. : C’est que je ne me suis jamais cantonné au jazz. J'ai toujours cherché à découvrir plein de choses. J'ai aussi écouté du pop/rock comme les Beatles, Nick Cave ainsi que de Captain Beefheart. Et puis le blues de Muddy Waters, John Lee Hooker ou Little Walter Jacobs. Même la musique classique de Messiaen me séduit.

L’influence du blues, on la ressent surtout dans les paroles, non?

J. : J'ignore comment ce qu'on a pu écouter se retrouve dans notre musique. C’est un grand mystère. Mais peu ou prou, c’est quand même un constat. C’est un peu comme quand on me demande : ‘Tiens, pourquoi es-tu ainsi ?’. Et je réponds : ‘J'ai grandi dans cette partie du monde. A 6 ans, je suis allé là-bas. Mes parents étaient ainsi... » Mais en fait, je ne sais pas comment tout ce que j'explique se manifeste dans ma personnalité. Les éléments s'entrechoquent, mais où est l'influence ? Difficile à dire…

Ce que je voulais dire, c’est que les paroles de vos chansons regorgent de sous-entendus, de références au sexe, à la sexualité, comme dans le blues.

J. : J'ai peut-être un rapport avec la tradition blues, une ouverture à la sexualité, à l'émotion pure, effectivement... La sexualité est un terrain en friche et il est intéressant pour pas mal de monde. C’est aussi un sujet de conversation dynamique. Disons que pour éviter l'hypocrisie, j'aime beaucoup aborder le sexe en chanson ; c'est un terrain où je m'exprime convenablement. Et puis, briser un tabou, c'est amusant. Mais, j'ai d'autres sujets de préoccupations : la solitude, l'isolement, le désespoir, l'abandon, la libération, l'exploration, l'égoïsme, le rêve, les planètes, le cosmos aussi...  

Votre enfance a-t-elle été facile?

J. : Pas conventionnelle, en tout cas. J'ai été élevée par ma mère. Quand mes parents ont divorcé, j'étais encore très jeune. Après une autre femme a vécu à la maison, un peu comme si j'avais deux mamans. On disposait chacun de nos espaces à la maison, mais une partie de l’appartement était sous-louée à des locataires. Résultat : il y avait toujours du monde à la maison. On vivait dans une sorte de communauté. Pour une enfant, c'est une expérience enrichissante de pouvoir fréquenter des adultes, hors cellule familiale ou presque.

Une tribu plutôt qu’un groupe

Votre disque marche beaucoup mieux en Europe –et particulièrement en France– que chez vous aux States. Vous vous expliquez ce phénomène ?

Oren : A mon avis, c'est parce que les sensibilités sont différentes entre l'Europe et les Etats-Unis.

Une question de culture?

O. : Difficile à dire. Ma connaissance de la culture européenne est insuffisante ; surtout celle de la France dont je ne connais pas la langue. Mais en une semaine, on y a vendu autant qu'aux Etats-Unis, depuis la sortie du disque. Sans que notre musique parle plus aux Français?

Sur le Vieux Continent, les cinéastes notamment craignent une américanisation de la culture…

O. : Leur crainte est légitime. Si j’avais les moyens de m’opposer à l'américanisation aux Etats-Unis, je le ferais... Mais finalement, ce n'est que le retour de bâton de l'européanisation de l'Amérique, non ? Les pionniers blancs qui sont arrivés là-bas ont créé l'ultime société européenne! Maintenant il y a l'effet boomerang... De toute façon, nos racines sont européennes. Ma famille vit en Amérique depuis moins d'un siècle. Elle y est arrivée dans les années 20/30, de Vienne, d'Ukraine et de Prusse. Il y a ainsi dans ma famille une tradition de pensée engagée politiquement et culturellement. Ce qui influence inévitablement ma façon de vivre et de voir le monde.

Considérez-vous Elysian Fields comme un groupe intello ?

O. : On ne peut nier que notre travail fasse appel à l’intellect, mais ça veut dire quoi ‘intello’? Il serait impossible de sortir un disque sans avoir recours à des composantes intellectuelles. Ce n'est pas honteux.

Disons que le terme est péjoratif, surtout dans le rock'n'roll...

O. : Alors: ‘Fuck rock'n’roll !’ On ne pourrait pas être des rockers parce qu'on réfléchit ? Belle blague! On ne va pas prétendre qu’on a jamais lu un bouquin, vu un film d’auteur ou écouté Messiaen. Ce serait mentir. Il n'y a donc aucune raison de l’occulter. Le rock direct, sans background intellectuel, c'est un mythe perpétré par la bourgeoisie snob. Perso, je pense  qu’il est fondamental d'avoir le plus de culture possible et d'être le plus intello possible. Et l’humanité a besoin d'intellectualisme.

L’image de Jennifer dans le groupe semble envahissante. C’est elle seule qui est sur la pochette, sur les photos du groupe. Y a-t-il un confort à rester, comme vous, dans l'ombre?

O. : Jennifer a signé le contrat avec la maison de disques. Ne pas la monter épingle n’aurait eu aucun sens pour le directeur du label. Quand il l’a vue, il a pensé –et c’est aussi mon avis– que Jennifer était une jeune femme incroyable et qu'elle avait l'étoffe d'une star. Il n'y a aucune ambiguïté, elle est notre image, point à ligne.

Je vou1ais simplement dire qu’objectivement, vous êtes plus qu'un simple guitariste, vous composez et…

O. : Ecoute mec, si tu te baladais avec nous, je te jure que tu serais plus qu'un simple journaliste. On n’est pas du genre à rabaisser les autres, on a tendance à donner confiance à ceux qui gravitent dans le groupe et autour. Vivre aux côtés de Jennifer et n'être qu'un simple guitariste, ce n'est pas possible, tout simplement. On est plus une tribu qu'un groupe en quelque sorte...

Vous avez déjà écrit les chansons du prochain elpee?

O. : Oui et on en joue sur scène. On entre en studio cet été en espérant sortir l’album pour janvier 98. Tout est à peu près écrit, mais peut-être changera-t-on d'avis d'ici là et écrira-t-on de nouvelles compos…

(Article paru dans le n°53 du magazine Mofo de mai 1997)

 

Gong

Du bons sens au délire...

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Délirant! Gong l’était franchement au début des années 70 ; surtout lorsqu’il était conduit par Daevid Allen. Remis en selle en 1996, ces hippies adeptes d’une imagerie humoristique (camembert électrique, théière volante) étaient peut-être aussi, pour leurs climats volontiers atmosphériques, de vrais précurseurs de la scène ambient.

Un mot d’histoire tout d’abord. C’est en 1969 que Daevid Allen lance Gong à Paris, où cet Australien s’est installé sur une péniche après une tournée de Soft Machine. C’est que les douaniers britanniques sont parfois tatillons pour les sans papiers… De son doux délire, Allen mène ensuite ce groupe du bout du nez ; puis le quitte en 1975, laissant le soin au violoniste Didier Malherbe de continuer. Le groupe survit ainsi jusqu’en 1979, sous la houlette du percussionniste Pierre Moerlen. Aujourd’hui, Gong vient donc de refaire surface. En réunissant l’essentiel de son noyau initial : Daevid Allen donc, mais aussi Didier Malherbe, Gilly Smith et Pip Pyle (NDLR : il est malheureusement décédé le 28 août 2006). Pyle puis Allen se succèdent à l’interview. Une question évidente d’abord. Pourquoi cette reformation ?

Pip : Au début des années 90, la télé britannique m’a demandé de remettre sur pied, le temps d’une émission, à la fois Gong et Hatfield and the North (NDR : Pip a aussi joué au sein de Caravan dont il ne parlera pas lors de cette conversation). Pour Gong, Didier, Gilly et Daevid ont répondu immédiatement. Puis, après l’émission, Daevid a lancé l’idée de refaire par exemple, une tournée de 2 à 3 semaines. En 1994, nous avons ainsi fêté à Londres le 25ème anniversaire du groupe. Un moment inoubliable… Après cet épisode, la demande s’amplifiant, on a pu tourner au Japon et aux Etats-Unis.

On établit parfois un lien entre les vieux disques de Gong et la scène ambient contemporaine. Aves-vous une explication ?

P. : Steffy, notre guitariste, est assez branché techno et trance. On touche donc un peu à ces styles. A Los Angeles, la presse nous a même qualifiés de ‘godfather’ de la trance, mais ça me laisse dubitatif… La technologie a quand même évolué. A ses débuts, Gong n’avait pas un seul ampli de 30 watts. Par après, nous avons acquis toute une panoplie de gadgets, mais sans jamais disposer d’un matériel aussi sophistiqué que la plupart des musiciens actuels.

Quelle est ta réaction lorsqu’un groupe comme Ozric Tentacles se réclame de Gong ?

P. : il existe beaucoup de jeunes formations soi-disant psychédéliques. J’ai vu Ozric Tentacles lors d’un festival, mais je n’y ai pas trouvé l’influence de Gong. Pas de prime abord, en tout cas. Gong a été un des premiers groupes à utiliser des synthés, des rythmes hypnotiques, des effets ‘glissandi’… les spécialistes s’accordent à dire que la trance et la rave ont puisé des éléments chez Gong.

Quelle est la part d’improvisation dans la musique de Gong, aujourd’hui ?

P. : les arrangements définis assez vaguement, permettent de développer des riffs répétitifs, hypnotiques, sur lesquels il est possible de broder, et donc d’improviser. Didier improvise d’ailleurs tout le temps. En fait, seul le bassiste respecte une ligne de conduite plus construite.

Didier est même assez proche du jazz moderne. Lorsqu’il a repris Gong à son compte, le style du groupe s’est fait plus jazzy, un peu comme Weather Report ou Chic Corea.

P. : c’est vrai, Didier est plus attiré par le jazz, mais il s’intéresse aussi à des trucs ethniques par exemple. Moi aussi, j’ai joué du jazz. Surtout du jazz d’ailleurs… Dans Gong, beaucoup de styles se côtoient. Les musiciens apportent leur propre coloration musicale : un peu de jazz, de rock, de trance, de hard… C’est à la fois la force et la faiblesse du groupe.

Steve Hillage, qui a joué avec Gong dans le temps, est aujourd’hui connu comme producteur. Pourquoi ne pas l’avoir rappelé ?

P. : il a pris une direction trop orientée vers la techno, la trance, etc. Je le considère comme un bon guitariste, mais j’avoue ne pas trop aimer ses bidouillages électroniques.
Daevid Allen : Steve Hillage ? Mais il fait de la merde aujourd’hui ! (Daevid frappe sur la table, puis s’assied dessus). Qu’on ne me parle plus de ce type !

Même pour son travail de producteur ?

D. : là, il est très bon. Mais comme guitariste, il est horrible ! Le pire qu’ait connu Gong. Seul Christian Vander (NDR : le drummer de Magma a un jour joué de la guitare pour Gong), était meilleur que moi…

Tu rentres parfois en Australie ?

D. : non, non ! Je ne peux plus y retourner. J’ai trop d’enfants là-bas. Sans blague…

Daevid, tu t’es fait très discret après la sortie de « Good morning », un album enregistré en 1976, en compagnie de l’ensemble espagnol Euterpe.

D. : après avoir publié ce disque, j’ai quitté Virgin. Je déteste ce label. Il a détruit ma carrière, parce que je n’entrais pas dans les plans de leurs combines. Un jour, à Londres, j’ai envahi les bureaux de Virgin pour protester contre leur acharnement à empêcher le public de se rendre à mes concerts… Par la suite, j’ai signé chez Charly Records. J’ai monté mon studio et commencé à répéter avec des guitaristes de flamenco. Ceux-ci m’ont permis de réaliser la fusion presque parfaite entre l’acoustique et l’électronique.

On a vu aussi cet album de New York Gong (« About time ») en 1980, enregistré, entre autres, avec Gary Windo, Fred Maher et Bill Laswell.

D. : oui, j’ai aussi enregistré, avec Chris Cutler et d’autres, l’album « Daevid Allen n’existe pas ». Un titre en français ! C’est plus ou moins à cette époque que j’ai arrêté de fumer, et exigé que plus personne ne fume pendant les séances d’enregistrement, pour que la musique soit la plus précise, la plus planante, la plus claire possible… J’ai toujours préféré la musique acoustique, plutôt femelle même, précise et sensuelle. Je n’aime pas le jazz rock. Tu sais la musique de mecs… (NDR : il pose en soliste de hard, puis entame la danse du scalp)

Vois-tu encore les anciens de Soft Machine : Robert Wyatt et Mike Ratledge ? Ou encore Kevin Ayers, avec lequel tu as tourné aux Etats-Unis, et qui, comme toi, vit aux Baléares.

D. : mais on ne se voit jamais (il réprime un rire franc). Sans doute Kevin ne sort-il que le matin. Et moi, je vis la nuit… Pour cette tournée aux Etats-Unis, quand il était sur scène, j’attendais mon tour dans les toilettes… On se croisait constamment. Sans jamais se voir.

Tes dessins délirants ornent une bonne partie des pochettes de ta discographie. Tu dessines toujours ?

D. :  tout le temps, mais c’est juste pour le fun. Lors des concerts, les fans me présentent souvent les pochettes pour que je les signe. Et je dessine, pardon, je barbouille dessus. Oui, je fais de l’artwork… (NDR : je lui soumets celle d’« Angels Egg »). Il la jette par terre et, dans l’hilarité générale, bondit et feint de la piétiner)

Interview parue dans le n° 52 (avril 97) du magazine Mofo.

 

Suzanne Vega

La Reine des Pommes

Écrit par

Menue, un peu boulotte, Suzanne nous reçoit aujourd’hui coiffée en chignon. Des cheveux abricot, une peau de pêche, des baies dans les yeux, un joli fruit défendu. Le serpent persifleur qui la rencontre lui sucerait bien la pomme. On doute qu'elle se laisse faire. La petite fille malheureuse s’est muée en petit bout de femme volontaire et épanouie. Entre une gamine prénommée Ruby et un mari, binoclard et producteur, qui a bouleversé sa musique et changé sa vie (ou le contraire ?), elle sait comment la vie croquer.

- La pochette de l’album, c'est un hommage à Magritte ou aux Beatles ?

Aucun des deux. Pour cette photo, j'avais dans l'idée d'utiliser des prunes, mes fruits favoris. Comme ce n'était pas la saison, je me suis rabattue sur les pommes... c'est ce qui explique le choix artistique. Lorsque j'ai vu les photos, elles m’ont rappelé l'objet de désir original qu'on retrouve dans la bible, la tentation d'Adam et Eve. Ce n'était pas prémédité.

- Pourquoi ce chiffre, 9 ?

Une coïncidence. C'est la somme des objets de désir répertoriés sur cet album.

- Vous avez déclaré que le dernier elpee à avoir pénétré votre univers est celui des Breeders. Pouvez-vous vous imaginer enregistrer un duo en compagnie de Kim Deal ?

Je peux imaginer que nous fassions quelque chose ensemble mais je ne sais pas si ce serait un duo. En fait, elle travaille un peu avec Mitchell (Froom, le mari producteur de Suzanne). Elle passe donc de temps à autre à la maison sans qu'on ne se soit jamais vraiment parlé. Ce que j'aime chez elle, c'est la façon dont elle joue de la guitare. ll me semble qu'elle a l'esprit d'équipe. Elle est disposée à jouer les seconds couteaux et ne sent pas obligée de se mettre tout le temps en avant. Elle sait, me semble-t-il, être un catalyseur, celle qui fait en sorte que des choses se passent.

- Vous voyez John Cale assez souvent ainsi qu’Elvis Costello lorsqu'il vient à New-York. Qu'ont en commun un Anglais, un Gallois et une New-Yorkaise, si ce n'est la langue ?

Spécialement en ce qui concerne Elvis Costello, qui a une façon très intelligente d'utiliser les mots, de jouer et de blaguer avec eux. C'est quelque chose qui m'attire chez lui. Ce qui me plaît chez John Cale, c'est le lyrisme de sa musique, la noirceur de ses textes et son toucher au piano, cette sensibilité classique qui m'est tout à fait étrangère.

- La situation d'une femme dans le monde de la musique a-t-elle changé ces dernières années ?

Je crois que ça va mieux. C'est difficile pour pas mal de femmes. Mais pas pour Alanis Morissette qui a vendu 13 millions d'albums rien qu'aux États-Unis. Aujourd'hui, si un problème surgit, c'est souvent à cause des paroles, parce qu'on n'a pas envie d'entendre ce à propos de quoi vous écrivez ou que ce que vous faites n'est pas assez bruyant. Mais ce sont là des problèmes universels qui ne sont pas spécifiques aux femmes.

PAS DE NOSTALGIE

- Pensez-vous qu'avoir vécu une enfance malheureuse permet de se sentir plus heureux une fois qu'on est adulte ?

(Elle rit) Oui Parce que vous n'avez rien à perdre. En ce qui me concerne, plus j'avance, plus je me sens heureuse, je n'ai jamais eu la nostalgie de mon enfance, jamais voulu être plus jeune ou même regretté ce que j'étais il y a 10 ans. Je ne passe pas mon temps à me souvenir mais plutôt à réfléchir au futur et au présent. J'ai des souvenirs, mais je ne souhaite pas retourner en arrière ou vivre dans le passé. Il n'existe personne au monde que j'envie. Je fais la musique qui me plaît aujourd’hui.

-  Vous vous décrivez comme une fille urbaine amoureuse de sa ville, New-York. Vous auriez aimé jouer dans les films de Paul Auster, comme ‘Smoke’ et ‘Blue in the Face’ ?

J'en ai entendu parler mais je ne les ai pas vus. Et je n'ai pas lu ses livres non plus. J'ai raté une grande partie des événements culturels spécialement depuis que Ruby est née. Je vois à peu près un filin par an ; pour l'instant, il y a deux ans, c'était ‘La Leçon de piano’, l'an passé ‘Fargo’. En 97 je n'ai encore rien vu.

- Pourquoi avez-vous besoin d’autant de temps pour écrire des chansons. Cinq albums en 11 ans, c'est peu...

Pour moi, c'est beaucoup. Cela fait à peu près un tous les deux ou trois ans. L’une de principales raisons du délai entre les deux derniers, c'est la naissance de ma fille Ruby. Se remettre de quelque chose d'aussi important prend du temps... L'autre problème, c’est qu'il m'est impossible d'écrire en tournée. A chaque sortie d'album, je pars en tournée pour une période moyenne d'un an, qui est perdue pour l'écriture. Et après une année passée sur la route, on rentre chez soi et on s'écroule de fatigue. Ce n'est qu'après quelques mois, qu'on se sent à nouveau en état d’écrire.

- Préférez-vous être une bonne mère plutôt qu'une artiste respectée ?

J’ai besoin d’être les deux, d’où la difficulté. Je suis à un âge où il est difficile de remplir très mal ces deux fonctions. C’est l’une de mes plus grandes angoisses. J'avais donc très peur, lorsque j’ai commencé à écrire les chansons du dernier disque. Je manquais de confiance en moi. Il faut savoir passer outre ce sentiment, finir son travail sans trop le juger, laisser le monde extérieur décider ce qu'il en pense. Espérons que Ruby me pardonnera quand elle sera plus grande de l’avoir entraîné dans une tournée mondiale. Lorsqu’elle sera plus âgée, elle se demandera comment sa mère a pu la laisser venir en Belgique (elle rit) ! A I’évidence, c’est encore et toujours une situation plus facile à gérer pour un homme que pour une femme. Avant cette naissance, j’étais convaincue que la situation des femmes était plus avancée qu’elle ne l'est en réalité.

LA MORT ET JACQUES BREL

- La chanson « Thin Man » paraphrase une chanson de Jacques Brel...

La chanson s'appelle « La mort ». Certaines de ses paroles sont ‘La mort m'attend comme une princesse/La mort est comme une jeune femme qui m'accompagne en mer’. Pour moi, cette ligne était très évocatrice, je la trouvais intéressante… J'y ai beaucoup réfléchi et me suis dit que dans mon cas la mort prenait l'apparence d'un homme, très maigre en costume noir. Pas un esprit. Mais un personnage malingre. Maigre parce qu'il ne pense pas à manger, trop préoccupé qu'il est par son travail.

- Comment se fait-il que vous connaissiez Brel ?

A l’unif, j'ai suivi des cours d'art dramatique. Et tout qui était intéressé par cette forme d'art connaissait Jacques Brel parce on a joué très longtemps à Broadway un spectacle célèbre ‘Jacques Brel is alive and well and living in Paris’ monté par Mort Shuman. Un music-hall très populaire surtout dans les années 60. A l'université, fin des 70s, tout le monde connaissait Jacques Brel et son œuvre à cause du succès de ce spectacle.

- Et tous ces gens savaient évidemment qu'il était belge et pas français...

Non, puisqu’ils sont américains... Personnellement, je le sais pour être déjà venue ici avant.

- Cela doit être affreux parfois de travailler avec la personne avec laquelle on est marié, non (elle sourit) ?

Pas aussi souvent que vous pourriez le croire. Dans sa majeure partie, notre relation se déroule sans encombre. Point de vue travail, tout est clair : on s'assied dans une pièce, je suis l'artiste, Mitchell est le producteur et travaille donc pour moi. C'est très confortable et ça n'a rien à voir avec la façon dont cela se déroule à la maison. Là, je ne suis plus aux commandes et cela devient donc plus compliqué. Heureusement la séparation entre les deux univers est très nette.

- Peut-on comparer les esquisses de vie dépeintes dans vos chansons aux peintures d’Edward Hopper ? Comme elles, vos textes sont réalistes, calmes et, au fond, désespérés…

Sans doute. Il y a dans ce que j'écris quelque chose de réfléchi et de fixe, du moins de pas très mouvementé. J'ai un code personnel dans la réflexion et il y a une forme graphique dans ce que j'écris. On imagine la silhouette précise d'une femme assise dans le coin d'un restaurant par exemple, au milieu d'une composition fixée clans un instant.

- L’harmonie est-elle la chose la plus difficile à exprimer lorsqu'on écrit des chansons ?

Oui, évidemment, C'est logique non ? Si vous vous sentez heureux, vous ne ressentez pas le besoin de définir les circonstances, de les décrire ou d'écrire à leur propos... La période pendant laquelle je me suis sentie la plus heureuse, c'est lorsque j'étais enceinte. J'étais radieuse : je me sentais utile, j'étais en bonne santé et en superforme ! Je n'ai pas écrit une ligne durant cette période Quand je suis inquiète, je commence à réfléchir au comment et au pourquoi de cette inquiétude, ce qui me conduit logiquement à l'écriture…

- Où trouve-t-on dans votre musique les influences qui vous ont imprégnées durant votre jeunesse. Je pense au jazz, à la bossa nova ou à Santana et à Motown ?

Sur le dernier album surtout. On peut entendre du Santana sur « Lolita », de la bossa nova sur « Caramel ». Le son Motown était sur « (if) You were in my movie » de « 99.9F » qui fait très groupes de filles des 60’s comme les Supremes...

- Pourquoi vous a-t-il fallu si longtemps pour les exprimer, ces influences ?

A cause de cette image de chanteuse folk grattant simplement sa guitare. Certains ne voyaient que ma guitare sèche et avaient décidé une fois pour toutes, que j'étais une chanteuse folk. C’est vrai, j'écris parfois des chansons qui vont dans ce sens-là, mais pas toujours... Mitchell, en entrant dans mon univers, y a entendu d'autres références notamment le r’n’b. Il s'est senti libre de les faire apparaître, sûrement parce qu'il n'était pas fan de ce que j'avais fait avant. D'ailleurs, il ne connaissait pas trop ma musique. Je ne l'intéressais pas en tant qu'artiste avant que je ne lui demande de devenir mon producteur.

LA VOIX DE LA LUXURE

- Vous avez travaillé en compagnie d’artistes comme Philip Glass, Joe Jackson et Arthur Baker, des gens au caractère fort. Vous vous entendez bien avec eux parce que vous partagez leur sentiment d'indépendance ?

Je ne sais pas si c'est parce que nous avons le même type de caractère. Je constate seulement qu’il m'est facile de travailler avec eux. Je viens d'ailleurs de collaborer en compagnie de Joe Jackson, il y a un mois à peine, pour une chanson douce basée sur les 7 péchés capitaux. Si vous voulez tout savoir, j'y interprète la voix de la luxure. Ça marche bien entre moi et ce type de personnage, parce que ces gens que vous citez sont des artistes à l'imagination fertile. J'ai découvert que je peux m'intégrer dans leur musique sans en changer la nature.

- Quelle est l’histoire de votre participation à ‘Dead Man Walking’ ?

Tim Robbins m'a envoyé un fax me demandant si je voulais bien visionner le film et éventuellement composer une chanson pour la B.O. L'idée même du film, de cette nonne qui entre en contact avec ce tueur patenté me semblait intéressante à traiter ; de même que le problème de la peine de mort. J'ai dévoré le livre de cette bonne sœur. D'ailleurs les paroles que je chante sur le morceau composé sont pratiquement toutes tirées des pages du livre.

Article paru dans le n° 51 du magazine MOFO, en mars 97.

 

Chumbawamba

Anars populaires

Il aura donc fallu 8 albums en 14 ans de galère (et de distribution alternative) avant que Chumbawamba ne parvienne à sortir la tête de l'eau, ou du lot, si vous préférez. Le groupe de Leeds, après avoir milité dans un punk anarchiste, rebelle et intello, s'était pourtant converti à la pop, en 1990. Mais ce n'est qu'aujourd'hui, après avoir rejoint une multinationale (EMI) qu'il décroche enfin un hit single avec « Tubthumping ». Pourtant, les paroles des chansons sont restées très révolutionnaires... La ‘contradiction’ méritait les explications du chanteur Danbert ‘The cat’ Nobacon et du bassiste Paul Greco. Et c’est ce dernier qui prend d’abord la parole…

P.G. : En fait, nous nous sommes un peu brouillés avec notre ex-label One Little Indian. Ces gens s'étaient mis en tête de contrôler notre création. Ils ont complètement saboté la promotion d'un album que nous avons enregistré après « Anarchy ». Et lorsque nous leur avons proposé les démos de « Tubthumper », ils nous ont suggéré de plutôt sortir... un ‘best of’. Nous sommes donc partis, finançant nous-mêmes ce CD. Finalement, nous avons conclu un accord avec EMI-Allemagne, mais il ne porte que sur une période de 6 mois. Après quoi, nous prolongerons notre collaboration, si ça colle toujours ».

Collectif Anarchiste

Chumbawamba compte huit membres. Pas trop difficile à vivre?

P.G. : Pas vraiment. Tout au long de notre histoire, nous avons été un collectif anarchiste: quelle que soit la décision à prendre, aussi bien dans le domaine de l'écriture que des concerts, le choix des morceaux, nous nous mettons toujours autour de la table pour en discuter. Nous fonctionnons comme une démocratie réaliste et l'argent est réparti équitablement entre nous.
D. N. :
Bien sûr, nos opinions sont parfois divergentes et des problèmes personnels peuvent surgir. Mais nous sommes ensemble depuis plus de 15 ans, la période est suffisamment longue pour bien se connaître.

Pourquoi Chumbawamba est-il devenu un groupe pop après avoir été punk?

D.N. : C'est le mouvement punk qui nous a donné envie de monter un groupe. Notre premier album était très punk, mais nous n'avons jamais perçu le punk uniquement comme un style musical: c'est plutôt une attitude et un moyen de véhiculer nos idées contestataires. Ainsi après nos disques initiaux, nous avons sorti un album a cappella, constitué de chansons anglaises révolutionnaires. Jamais nous n'avons misé sur l'immobilisme, au contraire, nous avons cherché à atteindre d'autres publics. Aujourd'hui nous jouons de la musique pop, qui contient des éléments dance, punk, folk, etc. Nous essayons de brasser un maximum de styles.
P.G. :
Les puristes punk pensent que nous avons ‘décroché’, mais pour nous, le punk des 70s symbolisait surtout l'opposition à l'autorité. C'est encore le cas de la musique que nous faisons à présent.

Couverture a la Benetton

Vous avez déclaré un jour que l'évolution de la musique s'était achevée avec Crass. Vous qui venez de Leeds, vous n'avez jamais cru à la scène gothique de votre ville?

D.N. : Je comprends que cette scène gothique ait pu frapper certains, mais pour nous, la scène de Leeds, c'était les Mekons et Gang of Four, plutôt que Sisters of Mercy et Mission.

Sur la pochette de votre album « Anarchy », on voyait un enfant sortant du ventre de sa mère. Encore un coup de provoc, en particulier à l'égard des puritains?

D.N. : C'était un peu une couverture à la Benetton censée susciter un choc. Tout le monde est venu comme ça et la naissance est un moment fort. Bien sûr, nous savions que certains petits esprits seraient outrés, qu'il y aurait un petit scandale.

Chumbawamba se sent-il investi d'une fonction sociale?

D.N. : Nous pensons que la musique a une force colossale. Les gens écoutent davantage la musique que les hommes politiques. Bien sûr, c'est devenu un business, ce n'est pas nouveau et il existera toujours des gens qui feront du fric à partir de quelque chose qui devient populaire. J'espère quand même conserver une certaine intégrité. La musique reste un moyen de contestation. En même temps, c'est un moyen d'évasion...

Rien à voir avec le chaos

Quel est le système politique idéal pour Chumbawamba?

P.G. : Le rêve serait d'adopter un système anarchiste au sens étymologique du mot: sans autorité. Les gens se réuniraient et travailleraient ensemble, de leur propre initiative. Il n'y aurait pas besoin de leader pour dire ce qu'il faut faire. Il ne serait pas nécessaire de créer une police répressive ou même un système judiciaire. Evidemment, c'est l'utopie... Et nous avons compris qu'il fallait vivre dans le monde réel. En fait, nous croyons beaucoup à une méthode basée sur la décision collective, à l'instar de ce que nous pratiquons au sein du groupe. Nos systèmes politiques mettent l'accent sur le parti, et surtout sur leur propre intérêt, c'est-à-dire le pouvoir. Ils sont plus intéressés par l'argent que par le peuple. Dans un sens, nous sommes des socialistes avec un ‘s’ minuscule.
D.N. :
Nous gardons les pieds sur terre, mais il faut insister : l'anarchie qui est le mode de vie auquel nous adhérons n'a rien à voir avec le chaos. C'est une lutte pour un monde meilleur. Nous n'avons pas la prétention de prôner un modèle, nous décrivons simplement les choses telles que nous les percevons. Et ce qu'on voit n'est pas franchement joli.     

Vous combattez le fascisme, mais en même temps, vous n'appréciez pas plus le communisme. Explication?

P.G. : le totalitarisme des stalinistes et des nazis étaient fort proches, deux régimes d'oppression, des millions de gens sont morts! Nous n'avons aucune sympathie envers quel que régime totalitaire que ce soit.
D.N. :
Les régimes fascistes et communistes ont un profond mépris envers les individus. La différence? Le nazisme affiche son idéologie vis à vis de groupes ethniques, sexuels, alors que le communiste ne l'affiche pas, mais a le même sentiment à l'égard des pauvres ou des groupes ethniques qui ne s'intègrent pas.

Vous ne semblez pas satisfaits du retour des travaillistes à la tête de l'Angleterre. Pourtant, vous vous étiez prononcés pour le départ des conservateurs...

P.G. : Non, l'état de grâce est fini pour Tony Blair. Les travaillistes se sont déjà attaqués au système de la sécurité sociale. Les citoyens vont devoir souscrire leur propre assurance en cas de chômage. Les étudiants vont devoir payer pour fréquenter l'université. Les promesses électorales sont passées à la trappe. Tony Blair a la même idéologie que son prédécesseur, mais avec un plus grand sourire. Il y a peu de différences, entre le parti conservateur et le parti travailliste. Résultat des courses: de nombreux étudiants rencontrent d'énormes difficultés financières. Ce n'est pas normal! Nous en revenons au régime qui était d'application avant 1940. Le gouvernement britannique est occupé à démanteler le système social mis en place après la seconde guerre mondiale. Et ce sont des prétendus socialistes qui y contribuent!

Merci à Vincent Devos

(Article paru dans le n°60 du magazine Mofo de février/mars 1997)

 

Jean-Louis Murat

Le public est un gros fainéant

Écrit par

Jean-Louis Murat, la langue de bois du discours de promo, c'est quelque chose qu'il ne connaît manifestement pas. Pour preuve, cette longue rencontre où une sacrée dose d'humour ne l'empêche pas de cogner sur sa maison de disques, sur les médias et, surtout, ultime sacrilège, sur son public.

J'aimerais sortir beaucoup plus de disques. Mais chaque fois, il faut attendre au moins 18 mois. Le débit est conditionné par les médias et pas par la créativité de chacun. C'est la merde des maisons de disques ! Je ne sais pas comment les artistes en sont arrivés à se laisser manipuler par ces enfoirés. En laissant de tels délais entre les sorties, les mauvais ont le temps de se préparer. S'ils devaient enregistrer un nouveau disque chaque année, les 3/4 de ceux qui nous cassent les couilles n'arriveraient pas à suivre la cadence. Et puis, si tu réalises un album par an, tu peux te permettre d'expérimenter, mais au rythme qu'on nous impose, il faut que ce soit réussi à tous les coups. Quant on voir le prix des disques, en plus... ils devraient coûter 180/240 fb (NDLR : 4,5 à 6 €), pas plus, le CD ne serait plus l'objet culturel aussi lourd et chiant qu'il peut être actuellement.

On a pourtant parlé de crise d'inspiration à ton sujet. Qu’en penses-tu?

Aucune crise d'inspiration. Si on écrit beaucoup de chansons comme moi, c'est difficile d'en sortir aussi peu. A mon sujet, on en a sans doute parlé, parce que je suis resté longtemps en studio. C'est la technologie qui a pris du temps. Quand on se retrouve à la tête de plus de 100 pistes par chanson, on finit par s'y perdre... De toute façon, je m'étais fixé pour but de rester un an sur ce nouvel album. J’estime qu’enregistrer un disque en une semaine et un autre en une année est une bonne méthode.

Un album réaliste

Qualifierais-tu ce nouvel album de ‘plus léger’ ?

Il n'y a rien d'aussi lourd que « La Fin du parcours » ou « La Momie mentalement ». L’album est plus ‘chanson’, sans doute. Les médias français, les FM, c'est tellement de la merde que tu es obligé. Moi ce que j'aime faire, c'est « Vénus » : enregistrer un album en une semaine, attaquer, en compagnie de 2, 3 musiciens, dans des conditions quasi live. Le problème c'est qu'après, personne ne suit le mouvement! Ou alors, en France, tu en vends 5 000 et tu vas pointer au chômage. Partant de là, « Dolorès » est un album... réaliste.

Pragmatique?

Le pragmatisme du mec qui n'a pas envie de redevenir chômeur. Il se dit : ces espèces de trous du cul de la FM, toute cette daube, il va s'aligner légèrement dessus, sans trop perdre son âme. En France, le public est un peu con et le marché est petit, alors on est obligé de taper un peu ‘variète’. Pourtant, j'ai quand même vendu 100 000 exemplaires de « Vénus », pas vraiment un fiasco. Surtout si on considère la manière dont je l'ai réalisé. Evidemment, « Le Manteau de pluie » s'était écoulé à 170 000... Le label regarde les ventes comme une courbe exponentielle où, à la fin, tu exploses ! (rires) De toute façon, quand on a un peu de culture rock, ce qui, j'espère, est mon cas, on sait qu'une discographie se travaille finement. Il faut être capable d’enchaîner les disques, sentir la dynamique. Neil Young, par exemple, maîtrise parfaitement ce mécanisme. Beck, j'espère qu'il parviendra à le contrôler. Son double contrat (il a signé chez Geffen mais est libre de sortir des disques sur d'autres labels) c'est extra, c'est ce qu'il me faudrait. Le rêve!

Tu sembles rencontrer beaucoup de difficultés avec ta maison de disques...

J’en ai surtout marre que les maisons de disques ou les médias pensent que la prod’ ou le producteur, c'est le plus important. Chez Virgin, ils pensaient que la prod' n'était pas mon truc. C'est vrai que je pense que quand on est mauvais, on a besoin de production. Alors je me suis dit: on va voir ce qu'on va voir. C'est quand même pas sorcier d'essayer de faire sonner un truc. Il faut simplement aimer se branler la tête pendant des jours et des jours... Donc je l'ai fait pour que la maison de disques me lâche.

Tu parlais de ‘variétés': « Vénus », c'était pour t'en éloigner?

Je ne sais pas, je ne me rends pas bien compte. Disons qu'après cet album et le duo avec Farmer, je n'étais pas très à l'aise: il fallait absolument que je reprenne les choses en mains. Virgin ne m’a jamais pardonné « Vénus ». Dingue, hein? Ils vivent cette histoire comme une trahison, comme si on était en guerre. Donc, pour « Dolorès », j'ai essayé que ça aille mieux. Je leur dois encore deux albums, je n'ai pas envie de rester en guerre tout le temps. Mais je compte beaucoup sur le prochain pour faire exploser l’affaire en plein vol. Tu devrais entendre les médias français qui me disent : ‘Enfin tu es revenu. Mais qu’est-ce que t’as foutu avec « Vénus » ? Je crois qu’en France, les gens n’aiment pas le travail brut, ils veulent qu’il soit remâché 100 000 fois. Jusqu’à obtenir une espèce de ‘Qualité France’ comme on peut voir dans les films.

L’ombre de Julien Clerc

Tu as dit que Nellee Hooper (le maître d’œuvre de « Début » de Björk) et Tim Simenon (Bomb the Bass) avaient écouté tes démos. En quelles circonstances ?

Je leur ai envoyé une cassette, ils ont écouté, elle leur a plu et ils m’ont rappelé. Ils en reçoivent des tonnes, quand même, alors j’étais super fier. Hooper m’a raconté par la suite, qu’il était en studio avec Björk et qu’ils avaient écouté toutes les chansons ensemble, à donf.

Virgin voulait absolument que tu utilises un producteur ?

Déjà, pour « Vénus », ils m’avaient fait chier pour que j’en prenne un, ce que je ne voulais absolument pas. Ils m’ont demandé avec qui je voulais bosser. Je suggère : le Crazy Horse. La cassette est envoyée et 15 jours plus tard, les Crazy Horse répondent que mon projet leur plaît beaucoup et qu’ils acceptent. Tout l’entourage de Neil Young. Ils m’invitaient même dans leur studio à L.A. Moi super emmerdé, je réponds à Virgin que ça craint, que je ne veux pas aller là-bas et que je ne parle pas anglais. Ce qui est faux ! Le lendemain, les Crazy Horse répondent : ‘Aucun problème, on vient en France. On enregistre où il veut’. J’étais pas dans la merde, quoi… Alors j’ai laissé pourrir le truc. Pour « Dolorès », Virgin réattaque, même question : avec qui je veux bosser ? Je réponds : Nellee Hooper. Il venait de finir le Björk, il allait entrer en studio pour Madonna, moi tranquille, je pensais qu’il n’allait pas être intéressé. Manque de bol, ça l’a branché. Mais il prenait 90 000 balles (NDR : 13 500€) par titre. Alors, Virgin a demandé à Hooper quelqu’un de moins cher mais qui travaille comme lui. Il a refilé la DAT à Bill Simenon, à qui ça a plu. Il voulait faire tout l’album.

Ce qui ne s'est pas concrétisé finalement…

On a bossé sur deux titres, pendant un mois à Londres. C'était pas terrible... Par contre, je me suis fait tout expliquer. Il travaillait sur les remixes de Bowie, puis les week-ends, il allait à Dublin travailler avec U2. Je le bombardais de questions et il m’expliquait tous les trucs. Le soir on allait traîner chez Goldie. Brian Eno passait, je voyais Johnny Dollar qui me parlait des prises du Nenneh Cherry. Dans le studio à coté, il y avait Bertrand Burgalat (arrangeur d’Hugo, mari de Valérie Lemercier et idole de Benjamin Lu) avec qui je suis très pote. Lui, aussi, j'allais lui poser des questions. On voulait réaliser un truc ensemble mais ça ne s'est pas arrangé. Il y avait aussi Sonya la chanteuse d'Echobelly qui a acheté tous mes disques. Elle voulait qu'on fasse quelque chose ensemble ce qui arrivera un jour. J'étais vraiment bien, à Londres, comme un poisson dans l'eau, super bien intégré. Mais quand je suis revenu, le nouveau directeur artistique de Virgin m'a envoyé une cassette ‘pour m'ouvrir les oreilles’ (sic). Il y avait Portishead, Massive Attack… Ce type, il me voit comme l’ombre de Julien Clerc!

D'où vient cette chanson déglinguée que tu as refilée pour la compile « 5 heures » ?

Au départ, c'est un morceau qui figure dans une version ‘normale’ sur la B.O. du film « Mlle Personne ». Elle accompagnait l'édition limitée du live. Il y avait un piano punaise, dans le studio. Elodie Bouchez qui participait aux sessions avait amené une copine. Pour déconner, j'ai dit à la copine : toi, on va bien te faire faire quelque chose. Elle était un peu cassée, en plus. Alors, j'ai proposé à Denis (Clavaizolle, le collaborateur de toujours) d'en réaliser une version juste piano/voix. Et dès la deuxième prise, ça roule. D'ailleurs, il y a le métro qui passe. Je l'ai mise derrière le micro et je lui ai proposé de faire vaguement la mélodie. Elle était cuite fracassée et elle a accompli ce truc incroyable. La B.O., d'ailleurs, c'est celui de mes albums que je préfère. C'était vraiment du boulot : 6 jours de prises pour un coût de 120 000 FF (NDR : 18 000€) ! Et encore, ils m'avaient filé 100 000 balles (NDR : 15 000€) et les 20 restants (NDR : 3 000€), c'est moi qui les ai mis de ma poche. C'est la moitié d'un budget de Sylvain Vanot. Chez Virgin, ils ont estimé ça tellement effrayant qu'ils ne l'ont même pas sorti, si ce n'est sur ce tirage limité à 4 ou 5 000 exemplaires.

Qu’est devenu ce film?

Bloqué dans un tiroir, pour des problèmes de contrat à la con qui me dépassent. Ca ne se débloquera sans doute jamais, mais ça ne me regarde pas : c'est un problème avec le producteur et Pascale Bailly, la réalisatrice. C'est une caractérielle. Je ne crois pas qu'elle veuille que le film sorte. Moi je voulais qu'au moins le disque soit publié normalement. Il y a quelques mois, lors d'une discussion avec le PDG de Virgin, je me suis rendu compte qu'il ne l'avait même pas écouté. Il croyait que les morceaux étaient uniquement instrumentaux.

Et ta tournée, comment a-t-elle été perçue ?

Ca n'a pas plus à Virgin. Aux médias, pas tellement. Le public, c'est un gros fainéant, super-décevant. Moi, quand j’assiste à un concert, je déteste qu'on me refasse le disque. J'adore aller voir des nouveaux groupes que je ne connais pas. Le public, il paie 150 balles (NDR : 22€50) et il veut entendre l'album. J'ai jamais compris pourquoi il me faisait la tronche parce que je chantais des inédits ou des versions différentes de chansons qu'il connaissait déjà! Le public a fait la gueule, les gens n'ont pas acheté et les critiques m'ont ‘destroyé’... J'avais pris des risques : les musiciens avaient été recrutés par petites annonces. J'en ai auditionné plus de 100. On a répété pendant 7 semaines comme un groupe, sans qu'ils entendent les versions originales des chansons. Que personne n'ait suivi, c'est une grosse déception, je ne suis pas près de remonter sur scène.

(Article paru dans le n° 47 du magazine Mofo d’octobre 1996)

 

Ash

L heure Ash?

Voici plusieurs semaines que ce trio irlandais flirte avec le faîte des charts indépendants en Angleterre. Et suivant cette même presse, il est appelé à devenir aussi célèbre qu'Oasis. D'autant plus que son premier véritable album est absolument remarquable. Les musiciens traînent cependant, déjà, une réputation aussi sulfureuse que celle de la bande aux frères Gallagher. Et pourtant! C'est un Tim Wheeler affable, détendu et finalement très sympathique qui nous a accordé cette interview exclusive. Tim n'a pas encore vingt ans et cumule à la fois les fonctions de chanteur, guitariste, compositeur et leader du groupe. Une lourde charge que semble finalement assez facilement supporter les frêles épaules de notre interlocuteur...

Votre album et la plupart de vos singles sont coproduits par Owen Morris, c'est à dire le même personnage qui est responsable de la mise en forme des disques d'Oasis. Un homme étrange, auriez-vous déclaré. Tellement étrange?

Etrange ? Non, extraordinaire ! Pas du tout étrange. Un gars très intelligent. Nous avons beaucoup de respect pour lui et entretenons d'excellentes relations de travail. Mais non, je ne me souviens pas avoir déclaré qu'il était étrange...

Dans ce contexte, que représente Oasis pour Ash? Et penses-tu que bénéficiant du soutien d'Owen Morris, Ash deviendra un jour aussi célèbre que le groupe des frères Gallagher?

Oasis est le meilleur groupe du monde. Liam et Noël son des types honnêtes, consciencieux. Ils composent de remarquables chansons. Nous les respectons. Mais je n'aime pas trop m'étendre sur ce sujet. Rien que penser que nous pourrions un jour souffrir de ces comparaisons hasardeuses m'agace. Nous avons tout le temps pour devenir célèbres. Nous ne voulons pas brûler les étapes. Nous n'avons que dix-neuf ans et essayons de garder les pieds sur terre. Les frères Gallagher sont beaucoup plus âgés que nous et sont capables d'assumer toute la pression provoquée par la célébrité. Nous ne sommes pas encore prêts pour l'aventure. Nous y verrons sans doute un peu plus clair dans quelques années, lorsque nous aurons 27 ans (rires)...

Dans la presse britannique, tu as déclaré dernièrement que tu voulais devenir Dieu. Lequel? Jahvé, Jésus, Bouddha, Mahomet? A moins qu'il ne s'agisse d'une métaphore destinée, à l'instar d' "I'm a rock'n roll star" d'Oasis ou d' "I wanna be adored" des Stones Roses, à masquer une volonté profonde de devenir célèbre. Es-tu conscient qu'en approchant le statut de star, l'artiste se cloître au sein d'une cruelle solitude?

(rires). Ce n'est pas exactement ce que j'ai voulu dire. Le journaliste m'a demandé pourquoi je souhaitais devenir une rock star. Et j'ai simplement répondu que cet objectif m'avait permis de supporter toutes ces années passées sur les bancs de l'école. Le reste n'est que de l'extrapolation.

Sur votre album, il y a un morceau caché très curieux. Qui est le coupable? Voulez-vous projeter une image de l'adolescence qui trouve un certain plaisir à se saouler la gueule?

Nous avions un peu trop abusé de la bouteille et de l'acide; et puis Mark n'a plus supporté la dose, et s'est mis à gerber. Par boutade, nous avons enregistré cette scène. Par la suite, nous ne voulions plus trop nous étaler sur cet épisode. Mais nous le trouvions tellement marrant que finalement nous avons décidé de l'ajouter sur le CD. Maintenant, avec le recul, nous n'imaginions pas qu'il allait faire un tel tabac...

Est-il exact que voici deux ans vous avez refusé de faire la première partie d'une tournée mondiale de Smashing Pumpkins? Pourquoi? Refuseriez-vous encore aujourd'hui cette opportunité?

C'est exact. Nous étions conscients de notre valeur et convaincus que d'autres occasions se présenteraient ultérieurement. Ce périple n'était donc pas indispensable pour nous. Cette aventure nous imposait d'abandonner notre vie familiale, nos études, nos habitudes. Et nous voulions encore prendre du recul pendant quelques mois avant de véritablement nous lancer dans une carrière musicale. Nous n'étions pas encore prêts ni vraiment intéressés par cette proposition. Et je suis fier de l'avoir refusée, parce que nous n'avons besoin de personne pour décider à notre place.

Que représentent des formations comme Undertones, Therapy et U2 pour un Irlandais?

Pour un Irlandais comme moi, Van Morrison est l'artiste que j'estime le plus. Et puis ce sont les Undertones. Mais nous les avons déjà dépassé leur popularité. Et c'est vraiment cool! (rires)

Votre nouveau single "Oh yeah" est enrichi de deux compositions inédites. L'une d'entre elles répond au titre de "T Rex". Vous êtes des aficionados de Marc Bolan?

Oui, j'adore l'œuvre de T Rex. Lorsque j'ai écrit cette composition, je voulais rendre un hommage à Marc Bolan. Et je suis parti sur un tempo calqué sur celui de "Hot love". Mais lorsque je l'ai terminée, je me suis rendu compte qu'elle était plutôt structurée comme une chanson des Ramones. Nous avons cependant conservé le titre, par déférence.

Sur le single "Goldfinger", on retrouve en bonus track une cover de "Get ready". Tu t'es inspiré de la version de Rare Earth ou de la composition originale écrite par Smokey Robinson?

La toute première fois que j'ai entendu cette chanson, elle était interprétée par les Supremes. Mais je préfère l'adaptation "motown", celle des Temptations, dont je me suis inspiré. Je ne connais pas la version de Rare Earth.

Dans tes lyrics, tu parles souvent d'espace, de planètes et de messages issus du fin fond de l'univers. Es-tu fasciné par les OVNI et les extra-terrestres, comme Frank Black?

En fait, vues de l'espace, mes chansons sont purgées de leur réalisme et peuvent plus facilement participer à une guerre des étoiles romantique. (NDR: Allô la terre!)

Aimes-tu vider les extincteurs?

(rires). Oui! C'est exact. En fait, lorsqu'on a bu un peu trop, il nous arrive de jouer aux pompiers de service. Pourtant, nous n'avons pas de problème avec la police, mais avec les Hells Angels (NDR: ils existent encore ceux-là ?)

Merci à Vincent Devos.

Version originale de l'interview parue dans le n° 46 (septembre 96) du magazine MOFO

 

Suede

Brett de scène ou Brett de cirque ?

Pour repérer Brett Anderson, le chanteur de Suede dans le palace bruxellois où il reçoit les journalistes, pas besoin d'une tête chercheuse. Le grand gaillard –sorte de Valentin le Désossé en quête de sa Goulue– a remplacé le chapeau déformé par une belle mèche transversale qui lui barre les sourcils. Il tranche nettement d'avec tous les autres clients. Son accoutrement d'abord, ses manières surtout, font ‘star en terrain conquis’. Tout est noir chez lui, parce que c’est une couleur qui vous investit quasi immédiatement d’une apparence d’artiste, allez savoir pourquoi… Les cheveux ? Noirs. La chemise ? Noire. La barbe d'un jour ? Noire. Le jeans ? Noir. Les chaussettes ? Noires. Les yeux ? Bleus…

Brett, chanteur-leader à la grosse boucle d'oreille en argent, est évidemment présent pour présenter ‘Coming up’, son nouvel album, le 3ème de Suede, le plus ambitieux peut-être, le plus réussi sans doute. Parce que, pour une fois, le groupe anglais a mis en sourdine son immense arrogance pour vraiment travailler un disque qui contient, dès lors, de très bons moments (‘Film star’, par exemple). "‘Coming Up’ n'est pas un album moins sophistiqué que ‘Dog Man Star’. Disons qu'il est sophistiqué différemment", avoue un Brett sans trop de sympathie, mais sans trop de prétention non plus…

Eclipse volontaire

L'album dure 43 minutes, c'est-à-dire à peu près exactement la durée d'un bon vieux vinyle... "Là, c'est un hasard. En fait, on recherchait un format plus pop, plus direct, on voulait aller à l'essentiel. Le but était de réunir une dizaine de chansons, les plus immédiates possibles, quitte à en éliminer certaines. Les CD, selon moi, sont actuellement beaucoup trop longs. Et on perd quelque chose à ainsi rallonger la sauce. L'impact est dilué. On a donc choisi de choisir, si je peux ainsi m'exprimer."

Brett ne masque pas que ce disque-ci est important. Pas parce qu’il s’agit du 3ème elpee de Suede et que traditionnellement, c'est un disque qui ‘installe’ un groupe, mais les circonstances sont telles que Suede, monté au pinacle par une presse dithyrambique et quelque peu décalée, joue gros ; ca passe ou ça casse, comme on dit... "Bien sûr qu'il y a de l’enjeu, la vie est un grand enjeu. Chaque album est un pas important, il faut se concentrer pour qu'il soit le meilleur possible. L'échec, c'est la même chose, tu dois l'envisager! Ce n’est d’ailleurs pas propre à la musique ! L'échec, dans la vie, on y est confronté tôt ou tard. Mais là, j’ai une grande confiance : l'album que nous avons réalisé est excellent, j'en suis sûr. Je n'ai donc même pas à évoquer la possibilité qu'il se plante!"

Faut dire aussi que depuis l'éclipse volontaire de Suede, un autre groupe anglais a obtenu un retentissant succès mondial qui pourrait faire de l'ombre à Brett et ses sbires. "Non, Oasis n’est pas un sujet dont tout le monde me parle, contrairement à ce que tu crois... Mais je veux bien l'aborder. Pour dire qu'il n'existe pas de parallèle à établir : notre musique n’a rien de comparable."

Mais enfin, Brett, leur succès risque quand même de ternir, juste un petit peu, l'image flamboyante de Suede, non ? "Chacun doit miser sur ses qualités propres. Je veux bien qu'il y ait entre les groupes une certaine forme de compétition. L'émulation peut être bénéfique. Mais en aucun cas, elle ne doit tourner à l'obsession, parce que ce ne serait sûrement pas bon pour la créativité de l'un ou de l’autre…"

Du charme des répétitions

Pendant les deux ans où il a n'a pas été très présent dans les médias, Suede a répété intensivement, presque jusqu'à plus soif. Après le départ du guitariste Bernard Butler –responsable des compositions de deux premiers disques, il avait claqué la porte lors de l'enregistrement de ‘Dog Man Star’– il s'agissait d'apprendre à se connaître, vu l’arrivée de deux nouveaux membres : Richard Oakes, jeune guitariste inconnu au bataillon, mais à qui Brett, seul contre tous, a toujours accordé une confiance sans limites, et Neil Codling, cousin du batteur et premier claviériste à rejoindre officiellement le groupe. "Après ces différents changements de personnel, il fallait que nous donnions l’impression d’être un vrai groupe, pas une belle construction hi-tech montée en studio. On a choisi les répètes et je crois que c'était la bonne direction à prendre. C'était de toute façon nécessaire pour devenir un groupe soudé, qu'on sente cette alchimie particulière entre nous…"

Pourtant, la chanson ‘Chemestry between us’ ne parle pas vraiment des relations à l'intérieur du groupe. "C'est plutôt une chanson sur la drogue", explique Brett. Grand défenseur de l'ecstasy, le chanteur aborde fréquemment le sujet au cours de ses interviews, particulièrement en Angleterre. Alors Brett, c'est toi qui aimes en parler ou ce sont les affreux journalistes qui t'y forcent continuellement ? "Sans doute un peu des deux. C'est vrai que j’aime causer de la dope. Mais je crois aussi que certains journalistes m'y entraînent, estimant que le sujet est vendeur".

Sur le nouveau disque, on peut être un chouia irrité par les effets de voix élaborés à l'électronique. De la réverbération au max, de l'écho en pagaille... On ne supporte plus sa voix quand elle est nature, mon bon Brett ? "Ce n’est pas la raison. Plutôt par goût personnel. Et puis, je sens que la mode va conduire à ce genre d'effets de voix. Je ne peux dire autre chose… "

Une nouvelle fois, dans ce genre de décision, Suede montre tout l'excès dont le groupe est coutumier. Pourquoi se sent-on toujours obligé d'être excessif chez Suede "C'était peut-être vrai dans le passé. J'ai peut-être montré cette tendance ; mais je n'éprouve plus ce sentiment aujourd’hui. Je suis le chanteur d'un groupe. Mon extravagance est naturelle et sincère, d'ailleurs elle ne marcherait pas si elle était feinte ! Sur scène, je n'ai jamais eu l'impression d'incarner un personnage, d'avoir un rôle à jouer. Jamais! Parce que j'y suis moi. Cela dit, je comprends que les gens se posent la question. Même après être monté des centaines de fois sur scène, je ne peux pas affirmer qu’il soit tout à fait normal de chanter devant les gens, d'être le frontman d’un groupe de rock… J’aurais pu devenir une caricature, un chanteur à la Marc Almond, mais je suis quelqu’un de nature. Je reste très spontané, même sur scène."

Questions nulles et à chier

Qu'est-ce que tu écoutes en ce moment?

Les oiseaux et le trafic essentiellement

Tu veux dire les Byrds et Traffic, c'est ça?

(rires) Non, non, le chant des oiseaux et le bruit du trafic...

Je voulais parler de musique...

J’avais compris. J'écoute beaucoup de trucs, des trucs nouveaux, et les classiques comme Bowie, les Sex Pistols.

Tu as été les voir sur scène?

Non, non, je suis beaucoup trop jeune pour les avoir vus sur scène.

Je voulais dire : récemment, suite à leur reformation...

Quelle reformation? Franchement, s'ils se sont reformés, je n'en ai rien à foutre.

C'est vrai que tu n'as jamais lu de livre?

Pas tout à fait, j'ai dû en lire l'un ou l'autre, dont ‘1984’ de George Orwell, qui est bien. Sinon, lire c'est emmerdant. Je ne lis pas.

Tu es plus heureux aujourd’hui que pendant ton adolescence?

Je crois, oui. Même si l'adolescence est une période de découvertes exaltantes. J'ai gardé de très bons souvenirs de la première fois où j'ai fait l'amour, de la première fois où j'ai pris de la drogue.

Si quelqu'un devait reprendre Suede, tu préférerais que ce soit qui?

(long silence) Frank Sinatra !

Pour l'argent que ça pourrait te rapporter?

Oui, bien sûr... Indépendamment de lui, je serais flatté si Kate Bush nous reprenait. Jacques Brel aussi, ce serait bien…

(Article paru dans le n° 46 de septembre 1996 du Magazine Mofo)

 

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