Light Asylum lève le voile sur un nouvel album

Peu de groupes peuvent se targuer d'avoir le statut de 'groupe culte', mais c'est clairement le cas pour Light Asylum. Emmené par la voix énigmatique de Sharon Funchess, le projet basé à Portland, dans l'Oregon, a secoué le petit monde de la musique…

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Le fossé à franchir par Snake Mountain Revival

« The Divide », le nouvel album du trio psychédélique indépendant américain Snake Mountain Revival, sortira le 23 octobre prochain. Formé sur la côte de Virginie à l’été 2017, Snake Mountain Revival est né de la rencontre entre des univers musicaux très…

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Dernier concert - festival

L7
The Cure

Miossec

Une vulgaire piquette...

C'est dans le cadre du festival itinérant " Les Jeux " que les deux Français (Christophe) Miossec et Dominique A(né) sont venus nous rendre visite, dans une ambiance d'abord bon enfant mais qui tomba très vite dans le mauvais trip breton, tendance Manau à la foire de Libramont. Dans le rôle du bœuf très beauf : Miossec, dont la musique ce soir-là n'eut pour unique intérêt que mieux nous faire aimer ses deux supports acts, bien plus électrifiants que n'importe laquelle de ses mélodies bancales qui sentent la bière et le mauvais déo.

Amor Belhom Duo est en fait un trio qui marie ambiance moite proche des westerns crépusculaires de Sam Peckinpah et charme vénéneux distillé au compte-gouttes par des musiciens parents des frères Burns de Calexico. Au croisement d'un post-rockabilly fiévreux et d'une pop à la française pleine d'échos du Middle West, la musique de ce trio parvint à nous enivrer mais pas à nous saouler, contrairement à celle du malheureux Breton mentionné plus haut.

Autre fièvre pleine de folie mais sans delirium, le concert de Dominique A : supporté par Sacha Toorop à la batterie (Zop Hopop) et l'ancien guitariste de… l'ivrogne suscritiqué, l'homme au crâne rasé tétanisa l'assemblée par ses chansons toute tension dehors, des ballades écorchées vives sans cesse sur le fil du rasoir, qui vous font chavirer par leur beauté à fleur de peau. A cet égard, la chanson qui clôtura ce concert magnifique, " Pour la peau ", est sans doute l'une des plus belles de Dominique A, bien loin des misanthropies faciles de son avant-dernier album " Remué ".

Ensuite, les choses se gâtèrent : bourré comme toute la Bretagne, le piètre troubadour des A. A. entra dans l'arène, prêt à décocher ses petites phrases assassines en roulant ses " r " comme le fit jadis Brassens et Gainsbourg, mais en mieux. Car les deux chanteurs, auxquels le petit monsieur de ce soir doit vouer beaucoup d'admiration, avaient, eux, de la classe, et respectaient leur public. Le petit Miossec n'en à rien à cirer des gens qui viennent l'acclamer (et le pire, c'est que tous en redemandaient) : ses chansons de troquet boitent et se plantent, et même si les musiciens qui l'accompagnent feront de leur mieux pour sauvegarder les meubles, le petit chanteur coulera à pic. La vérité est dans le vin, dit-on… La vérité, c'est que, le vin aidant, Miossec est devenu égoïste, suffisant et vulgaire, et sa musique une soupe celtique servie froide et sans sel. Désolant.

The Strokes

L'ouragan Strokes

C'était le concert le plus attendu de ce début d'année, et pour cause : l'ouragan Strokes déboulait enfin sur notre petit royaume, après des mois d'attente et de surenchère médiatique, alors que le disque trouve seulement maintenant sa place dans les hits parade. On a déjà tout dit et tout écrit sur les Strokes : révélation de l'année 2001, sauveurs du rock, nouvelles stars (r)allumeuses de la flamme CBGB,… Autant dire que c'était la foule des grands jours qui se pressait dans le hall de l'AB, de la bimbo m'as-tu-vu au vieux rockeur venu prendre un bain de décibels et de jouvence.

En première partie, le duo électro-cheap Stereo Total donnera sa version trash d' ‘Un gars, une fille’, mélangeant pop francophile et synthés vintage dans un joyeux bordel rétro futuriste, comme si Bécassine flirtait avec Albator en dansant sur Fisherspooner dans une boîte SM.

Quant aux Strokes, eh bien… C'était gargantuesque. En une heure, l'ouragan aura tout dévasté sur son passage, laissant un public pantois et ravi, exténué par tant d'énergie, impressionné par tant de maîtrise. Sans pause ni commentaires, les 5 membres soudés du groupe enchaînent les chansons à la vitesse V-V', de " Hard to explain " à " Is This It ", avec des pics d'éclate et de décharge électriques pendant " New York City Cops ", " Last Nite " et le final, proprement stupéfiant de hargne, " Take it or leave it ". Deux ou trois inédits auront quand même calmé le jeu, dont une première écoute laisse perplexe mais pas inquiet : les Strokes tiennent bien le rock par le bon bout, et nous avec. De là à dire qu'il s'agit d'un groupe fait pour durer et non d'un buzz éclair, il y a quand même de la marge… Mais le rock n'est-il pas par essence éphémère, ses artistes cultes traversant son histoire tels des étoiles filantes qui disparaissent au moment où on croit les apercevoir ? Take it or leave it, disent les Strokes aux indécis de la salle, l'œil goguenard devant ce grand cirque du rock'n'roll dont ils sont à la fois les auteurs et les victimes. Mais n'est-ce pas jubilatoire de se laisser aller, parfois, à tant de hardeur juvénile et salvatrice ? Les Strokes, eux, l'ont bien compris.

Death In Vegas

Le scorpion se serait-il mordu la queue ?

Pour beaucoup, Death In Vegas, c'est un peu le futur du rock : en imposant ses rythmiques électroniques sur des ambiances garage, avec Liam Gallagher, Iggy Pop et Hope Sandoval se prêtant au jeu des chaises musicales (ou plutôt vocales), Death In Vegas tente, comme Primal Scream, The Rapture ou Add N To (X), le pari fou d'être à la fois respecté par les fans de rock et les fans d'électro. C'était l'occasion, en ce réveillon d'Halloween, de juger sur place : au Bota, en live, dans une salle « sold out ». Pas de chance, car cette fois-ci, les Anglais n'ont pas vraiment conquis : mous du genou, Tim Holmes et Richard Fearless, accompagnés de quatre musiciens, auront certes balancé la sauce (de « Leather/Girls » au tubesque « Hands Around My Throat »), mais sans chaleur ni sueur. Manque d'âme, de sexe, d'ambiance : en aucun moment, ce concert n'aura décollé vers les hautes cimes que le groupe atteint facilement sur disques. D'autant plus que sans les voix de tous ces chanteurs qui font la classe de titres comme « Scorpio Rising » ou « So You Say You Lost Your Baby » (respectivement Liam Gallagher et Paul Weller), on est en droit d'être déçu. Le scorpion se serait-il mordu la queue ? On laisse à Death In Vegas le bénéfice du doute. En espérant que la prochaine fois sera la bonne.



Jean-Louis Murat

Il vaut mieux jouir ici-bas...

A peine son nouvel album dans les bacs (" Le Moujik et sa femme "), l'Auvergnat était déjà de passage chez nous. Pas étonnant quand on sait qu'il ne fait que de " bons concerts ici " (c'est lui qui le dit) et parce que, disons-le, le public belge lui a toujours réservé un formidable accueil. Pourtant, la salle n'est pas remplie : sans doute que les gens préfèrent d'abord savourer l'album à la maison, et surtout, aimeraient bien le connaître avant de le voir défendu sur scène. C'est vrai que les nouvelles compos, aussi réussies soient-elles, n'ont pas encore eu le temps de s'installer dans nos oreilles et nos mémoires : qu'à cela ne tienne, c'est avec joie que les fans accueillent le chanteur, toujours un peu penaud mais diablement charmant (ce sont les filles qui le disent). Tout le " Moujik " sera passé en revue, sauf la chanson d'ouverture (L'amour qui passe) : un Hombre déchaîné, une Libellule qui nous aura appris qu' " il vaut mieux jouir ici-bas " (repris par tous), un superbe Monde intérieur où il fait bon vivre, un Baby Carni Bird ponctué par les " kootchie ! " enflammés du public, plein de dadas (et de kékés) en herbe… Accompagné de Fred Jimenez à la basse (d'A.S. Dragon) et de Jean-Marc Buffy à la batterie (PJ Harvey), Jean-Louis Murat rigole, lâche quelques vannes, mais se calme dès qu'il empoigne sa guitare ou s'assied au piano. Après quelques titres de " Mustango " (Polly Jean, Mustang, Au Mont Sans-Souci,…) et deux inédits longuets, l'Auvergnat s'en va, laissant derrière lui un public charmé. " Il vaut mieux jouir ici-bas ", disait-il… Il ne croyait pas si bien dire !

Wire

Punk mais arty…

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Chouette ambiance au 4AD de Diksmuide ce 1er mai, qui accueillait le groupe mythique Wire. La date est sold out, mais on circule facilement au sein du club qui doit accueillir plus ou moins 300 personnes. Et comme le bar est à moins de 10 mètres du podium…

La première partie était donc dévolue à De Brassers. Un groupe culte en Flandre ! Pensez donc, ses premiers faits d’armes remontent à 1980. Puisant déjà ses influences majeures dans le punk, la new et la cold wave, cette formation limbourgeoise avait alors atteint la finale du Rock Rally. Et puis s’est mise à tourner, en compagnie, notamment, de Siglo XX et de Red Zebra. C’est ainsi qu’elle s’est forgée une solide réputation au Nord du pays et aux Pays-Bas. Depuis un peu plus d’un quart de siècle, le parcours du combo est cependant entrecoupé de longues périodes d’hibernation. Mais le revivalisme eighties semble avoir requinqué leur moral. Le line up peut toujours compter sur un trio de base constitué de Willy Dirckx (guitare), Marc Haesendonckx (basse) et Marc Poukens (chant). L’ex Struggler, Erwin Jans a remplacé Eric Poukens aux drums et Ben Dekkers a cédé ses claviers à Joachim Cohen (Infernal Beauty). Beaucoup plus jeune, ce dernier rend au moins 20 ans au reste de l’équipe. Les autres musiciens ont du vécu. Ca se soit et ça s’entend sur scène. Marc Poukens est un véritable showman et joue du micro comme un pro (il ne le fait quand même pas tournoyer comme Roger Daltrey !) Cependant, si l’alternance entre le recours à la langue de Shakespeare et celle de Vondel est louable (il chante même à une ou deux reprises dans celle de Goethe), je suis moins convaincu de l’impact opéré sur un public plus large. Ce qui explique sans doute, pourquoi le groupe n’a jamais rencontré de succès, que chez les néerlandophones. En outre, malgré les interventions très atmosphériques du claviériste, réminiscentes de The Danse Society, toute leur musique a pris un sérieux coup de vieux. On retiendra donc, surtout leurs excellentes et hypnotiques envolées instrumentales ; notamment de leur morceau accordé avant le rappel. Mais il est regrettable qu’un supporting act commence en retard et joue les prolongations, alors que 30 à 45 minutes de prestation auraient largement suffi.

Première surprise lorsque Wire monte sur le podium, pas de trace de Bruce Gilbert. En fait, il y a un bout de temps que le natif de Watford a jeté l’éponge. Ce serait même depuis 2004. Les tournées, il n’en a plus rien à cirer. Et s’il n’exclut pas une éventuelle collaboration en studio, il n’en fait plus une priorité. Enfin, la dernière fois qu’il a accompagné le groupe en Belgique, c’était lors de l’édition 2003 du Pukkelpop. Et tant pis si vous n’y étiez pas. Ex-Laika, Margaret Fiedler McGinnis le remplace à la guitare rythmique. Tiens c’est amusant, c’était Laika qui à ce jour, avait réalisé la meilleur cover d’une compo de Wire ; en l’occurrence « German Sheppherds ». Mais venons-en au set.

Comme d’hab, pas d’artifices lumineux. Et dès les premières mesures, le set fonce à du 100 à l’heure. Margaret semble avoir bien intégré son nouveau rôle ; et ses échanges opérés avec Colin Newman sont de toute beauté. Surtout lors des morceaux les plus élaborés. Un Colin légèrement enveloppé, qui ne se sert plus de petits papiers pour se souvenir de ses lyrics, mais d’un Mac. C’est le progrès ! Newman et Margaret disposent d’une panoplie de pédales plutôt impressionnante. On comprend ainsi beaucoup mieux, l’amplitude de leurs tonalités électriques et le recours fréquent aux effets spéciaux. Crâne rasé, basse vrombissante, Graham Lewis affiche une tête menaçante. A contrario d’un Colin dont le sourire cynique oscille entre ironie et sarcasme. Quant à Robert Gotobed, il est devenu manifestement le pilier du combo. Jouant le plus souvent les yeux fermés sur un kit minimalise, son tempo métronomique et implacable fait absolument merveille. Titres hymniques, furieux, vindicatifs (auxquels participe Graham pour les vocaux), élaborés, mélodiques, la setlist parfaitement équilibrée mélange allègrement compos récentes et anciennes. Les breaks et les chutes de morceaux sont toujours aussi surprenants. Confirmant bien que Wire constitue bien une des inspirations majeures des Pixies. Mais si l’esprit punk est toujours bien vivace, la prestation reste très soignée. Elle épouse presque une forme arty. Et manifestement, si le public apprécie le concert, remuant même la tête, le tronc ou les jambes, il se montre particulièrement réservé et n’ose pas se lancer dans le moindre pogo. Etonnant !

Deux rappels seront accordés, dont un premier incluant le fantastique « 15th » (NDR : il trotte encore dans ma tête). Le public essaiera bien d’en obtenir un troisième, mais sans succès. Et puis, il était déjà plus de 0h30. Prochaine étape pour Wire : leur nouvel album. Il a été repoussé à juillet. On en salive déjà…

Organisation 4AD.

Setlist

Circumspect
Our time
Mr. Marx’s table
Comet
Being sucked in
Mekon headman
One of us
Advantage in height
Agfers
I don’t understand
All fours

Boiling boy
15th
12XU

Lowdown
106 beats that

 


 

 

Antipop Consortium

Les chevaliers de l'apocalypse hip hop ont préféré se la rapper douce...

On l'a déjà dit : leur hip-hop synthétique, en crise permanente d'épilepsie électronique, déroge à toutes les règles établies par MTV et le music business, cette industrie qui préfère les poufs gonflées à l'hélium et les rappers aux tablettes de chocolat que les vrais défricheurs, ceux qui bousculent les conventions, malmènent les gros clichés. En mixant allègrement opéra, musique concrète et soul millésimée, Antipop Consortium invente un rap hybride, mille-feuilles, absorbant toutes les influences pour mieux les malaxer et, par là, leur rendre hommage. Fini les chapelles, les guéguerres de petites frappes, les batailles à coup de dollars et de poupées gonflables : Antipop consortium nous livre sa recette miracle pour transformer la soupe R'n'B en mets d'esthète. "Arrhythmia" étonnera donc les fans de P. Diddy par ses parti-pris casse-gueule (de l'opéra, pensez donc !), mais ne décevra pas les amateurs de musiques de traverse, ceux qui ne voient pas d'inconvénients à écouter du rap sur Warp (ou vice-versa) - un rap où les platines ont été remplacées par des machines, les "bitches" par des bips bips pas chiches.

Tout semblait donc bien parti pour que ce concert à l'AB soit une énorme claque, une expérience déconcertante mais jamais fatigante. Seuls quelques séquenceurs, laptops et boîtes à rythmes occupent le milieu de la scène, preuves supplémentaires qu'Antipop Consortium n'est pas un groupe de rap comme les autres. A l'arrivée des quatre MC's bidouilleurs, les esprits s'échauffent, tandis que retentissent les premiers (break)beats d'un concert qui, finalement, se révèlera moins passionnant que prévu. C'est que leurs morceaux passent difficilement l'épreuve de la scène… Leur structure, ouverte et malléable, se révélait pourtant un terrain propice aux expérimentations live les plus folles : pas de chance, les quatre chevaliers de l'apocalypse hip hop préfèrent se la rapper douce, sans extravagances ni prise de risque. Après une heure de prestation en flow libre mais sans grande surprise, le public semble assez déçu, persuadé que les New-Yorkais ont raté le coche. Il n'a pas tout à fait tort.

 

Sioen

Un talent en herbe à l'état pur...

Écrit par

La Maison de la Culture de Tournai était pleine comme un œuf pour accueillir le spectacle qu'An Pierlé avait dû reporter trois semaines plus tôt, pour cause de vilaine bronchite. En première partie, le tout jeune Sioen, flanqué pour la circonstance du violoniste Renaud Ghilbert, a laissé une belle impression. Sioen est Gantois, joue du piano et chante dans la langue de Shakespeare. Il a fréquenté le conservatoire, au cours de sa tendre enfance. Cela s'entend. Mais ce bagage classique, il le met au service de chansons délibérément pop. Des chansons pop, qu'il chante d'un timbre un peu rocailleux, proche d'un Stef Kamil Carlens (ex dEus, Zita Swoon). Par contre, sa manière de plaquer ses accords de piano en les couplant avec ses inflexions vocales me font penser à Peter Hammil. Une technique qu'il utilise régulièrement. Sioen injecte énormément de sensibilité dans ses chansons, des chansons contagieuses, nonobstant un style austère et des compositions qui tirent parfois en longueur. Pourtant, a contrario de son premier album, il est ici accompagné d'un violoniste. Beaucoup trop discret à mon goût, il ne s'est véritablement libéré que lors de l'avant dernier titre du set. Et ce qui me semblait latent a alors éclaté au grand jour : Renaud Ghilbert a eu une formation jazz et est un fervent admirateur de Django Reinhardt. Mais pourquoi a-t-il attendu si longtemps pour exprimer tout art ? La réponse est simple: un plâtre à l'avant-bras handicapait ses mouvements. Ce qui n'a pas empêché le duo de décrocher un rappel. Pour conclure, s'il est indéniable que Sioen est un talent en herbe à l'état pur, il aurait tout intérêt à s'entourer d'un véritable groupe (NDR : et pourquoi pas un quatuor à cordes ?), pour rendre sa solution sonore plus fluide, plus accessible. Et en particulier sur les planches. Ce qui n'enlève rien, je le répète, à ses mérites…

An Pierlé monte sur les planches, seule, et s'assied derrière son piano sur une grande balle de plastique transparent, siège sur lequel elle rebondit comme un enfant sur un fauteuil moelleux. Très souriante, elle ouvre un thermos pour remplir un grand bol de tisane fumante (NDR : serait-ce une potion de Merlin ?) et en avale une bonne rasade. Un geste qu'elle va reproduire régulièrement, au cours de la soirée Elle s'excuse tout d'abord de n'avoir pu jouer trois semaines plus tôt, dans la même salle, suite à ses problèmes de santé. Elle parle tantôt en néerlandais, tantôt en français, souvent en mélangent les deux, parfois même en Allemand. Une véritable polyglotte, puisqu'elle chante en anglais. Mais surtout, elle fait preuve de beaucoup d'humour. Pourtant, il plane un certain mystère sur ses chansons, un peu comme si on entrait dans un conte de fées. Elle entame son set par " Mud flow ". Limitée à la voix et au piano, cette composition est extraite de son premier album. Et An y montre déjà toute l'étendue de son registre vocal. Qui définitivement me fait penser à celui de Kristin Hersh. Et c'est un compliment ! Passé cette entrée en matière, An fait entrer ses musiciens. Un drummer (Diederick De Kock), un violoncelliste/bassiste (Klaas Delvaux) et son ami et guitariste, Koen Gysen. Et les chansons tantôt romantiques, tantôt terribles, commencent à défiler. Passant de la pop au rock, de la ballade à la musique de chambre, avec une facilité déconcertante. Et pour point d'orgue, " Nobody's fault ", qu'elle chante en duo avec Koen. Bouleversant ! Soudain, An sort de sa réserve et empoigne un accordéon, le temps d'un morceau très enlevé. Puis retourne derrière son piano pour entamer un pot pourri classique totalement désopilant. Elle a beaucoup de charisme et fait reprendre en chœur les " Wouh ! wouh ! " de son " Sing song sally ". A l'issue de cette interprétation, ce même public en remettait encore une couche. Et pour clore le spectacle, la formation s'est lancée dans un morceau de noisy rock, le guitariste puisant joyeusement dans le feedback. Deux rappels, et le public était totalement conquis par sa prestation. Pour preuve, les nombreux albums qu'elle est parvenue à vendre, à l'issue du spectacle, jusque tard dans la nuit. An Pierlé participera aux prochains festivals d'été. Ne la manquez sous aucun prétexte !

 

And Also The Trees

De vieux arbres toujours bien verts…

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And Also The Trees est une formation mythique. Britannique. Née en 1978, en pleine explosion punk. Les deux leaders sont frères : Simon et Justin Huw Jones. Le premier est chanteur et le second guitariste. Ce sont les seuls rescapés du line up originel. En 28 ans, la formation a enregistré dix albums, dont le dernier « (Listen for) the rag and bone man », vient de paraître. AATT est réputé pour sa musique gothique, tantôt introspective, tantôt violente, parfois jazzyfiante, mais au sein de laquelle l’imaginaire occupe une place importante. Un climat entretenu par la nature des lyrics. Vous n’en saurez pas plus pour l’instant, puisqu’à l’issue de leur set, les frangins Simon se sont prêtés à l’exercice de l’interview. Un entretien qui sera publié d’ici quelques jours. Vous pourrez ainsi mieux comprendre l’univers romantique, ténébreux, rural et typiquement insulaire de ce combo issu du Worcestershire…

En première partie, Kim Novak a tenté de nous faire croire qu’il était hanté par Joy Division, The Cure, et toute la scène cold wave des eighties. Mais ne sont pas Editors ou Interpol qui veulent. Responsable d’un premier album en avril dernier, le quatuor normand (NDR : de Caen très exactement) manque assurément de planches. Et son set de piètre facture fait peine à écouter. Ils sont pourtant six sur scène : un drummer, un bassiste et deux guitaristes dont le chanteur (à la voix plus que limite) ainsi que deux mannequins de couturière postés de chaque côté de la scène. Dommage que les modèles n’étaient pas en chair et en os, à l’image d’une jeune Kim Novak, par exemple ; on se serait au moins rincé l’œil à défaut de se boucher les oreilles.

Lorsqu’And Also The Trees monte sur les planches, la Rotonde du Botanique est pleine à craquer. Le public y est même debout. Le line up campe aujourd’hui un quintet. La claviériste (Emer Brizzolara) joue circonstanciellement de la guitare et du melodica. Elle s’est installée à droite de la scène. Le batteur (Paul Hill) participe à l’aventure depuis 1997. Son drumming est à la fois ample, impulsif et syncopé ; il complète parfaitement la ligne de basse jazzyfiante de Ian Jenkins. En fait de basse, il s’agit le plus souvent d’une double basse, que ce virtuose joue tantôt en pinçant les cordes de ses doigts, tantôt avec un archet. A gauche, Justin (NDR : toutes les filles étaient en pâmoison, en regardant ce beau mec au physique à la Léonardo Di Caprio), costard BCBG, joue sur ‘sa’ guitare (NDR : de couleur rouge !) en s’aidant de pédales de distorsion. Lorsqu’elle lui prend aux tripes, il se cambre en arrière. Elle a un son propre. Il a un style très personnel, privilégiant l’émotion, qui a d’ailleurs influencé toute une génération de groupes noisy pop du début des eighties. Et ses interventions aussi parcimonieuses que judicieuses sont un véritable régal pour les oreilles. Simon porte une chemise blanche à col relevé. Il a enfilé une redingote qu’il ôtera au beau milieu du concert, au même moment où Justin laissera tomber la veste. Simon n’a pas une voix extraordinaire, mais elle colle parfaitement à son style déclamatoire, un style qu’il accompagne de postures très théâtrales. Il lève les yeux au ciel, puis les clôt comme s’il cherchait des images d’un autre monde, s’agenouille, étend les bras en croix, susurre dans son micro toute en l’étreignant de ses mains. Parfois, il entame quelques pas de danse semi-classiques, semi épileptiques. La setlist puise dans toute la discographie du groupe, même si elle épingle cinq morceaux du dernier opus, un répertoire parfaitement équilibré pour cette prestation, dont l’intensité croît au fil du temps, atteignant un premier sommet lors du classique « A room for Lucy ». L’envoûtement commence à produire son effet…

Mais lors du premier rappel, la version de « Slow pulse boy » fait monter l’ambiance encore d’un cran. Justin y est sublime sur ses six cordes. Un premier rappel. Puis un second, clôturé par un bouleversant « Virus meadow ». Enflammé, le public en redemande obtient satisfaction. Il en réclamera même un quatrième, qui ne viendra jamais, malgré les acclamations nourries de l’audience, qui se prolongeront encore cinq bonnes minutes. Une situation qui peut parfois engendrer des réactions incontrôlées. Surtout quand on laisse les lumières éteintes et que la musique de fond ne vient pas calmer les ardeurs résiduelles. Heureusement, les frères Jones avaient bien saisi la frustration ; et assez rapidement, après le concert, ils sont venus près du merchandising, signer des autographes, se laisser prendre en photo avec de fans et serrer des pinces. Mais quelle soirée !

Setlist : The beautiful silence – Gone… like the swallows – The suffering of the stream – Under the stars – Maps in her wrists and arms – Brother fear – Paradiso –  Stay away for the accordion girl – Feeling fine – Shaletown – Rive droite

1er rappel : Slow pulse boy – Dialogue

2ème rappel : The legend of Mucklow – There was a man of double deed – Virus meadow

3ème rappel : Vu l’ambiance, j’ai oublié de noter les titres… c’est dire !

Organisation Botanique