Claud et la musique

Claud sortira son troisième opus studio, « Me and the Music », ce 23 octobre 2026. Ce long playing succède à Supermodels paru en 2023. Pour accompagner cette annonce, il a partagé le single « She Doesn't Love Me », sous forme de clip (et il est disponible…

Enregistré sous Ex:Re

Elena Tonra rompt le silence de son projet solo Ex:Re. La voix du combo indie-folk londonien Daughter annonce la publication de Save As, un nouvel elpee attendu pour le 30 octobre chez 4AD. Pour faire patienter l'auditoire, elle dévoile le single d'ouverture…

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Marquis (de Sade)

Un album hommage, pour tourner la page…

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Marquis de Sade s’est reformé en 2017. C’est lors d’une exposition destinée à célébrer son quarantième anniversaire que le groupe accepte de se reformer. Dans la foulée, en 2018, il entreprend une tournée, pour quelques dates de concerts. Et comme la flamme semble rallumée, il décide de sortir un troisième opus. Mais alors que le projet est bien avancé, Philippe Pascal, le chanteur charismatique, se donne la mort le 12 septembre 2019. Beaucoup auraient jeté l’éponge, mais deux mois après avoir encaissé le choc, Éric Morinière, Thierry Alexandre et Frank Darcel reprennent le collier, afin de sortir cet album… sous le patronyme de Marquis…

Fondé en 1977, Marquis de Sade n’a gravé que deux long playings, ‘Dantzig Twist’ en 1979 et ‘Rue de Siam’ en 1981. Considéré comme le chef de file de la new wave française et influencé par le Velvet Underground et Television, mais également Joy Division, les Stranglers et Talking Heads, il se sépare après la sortie du second elpee, en gravant dans la mémoire du punk/rock, des morceaux devenus classiques comme « Conrad Veidt », « Set in Motion Memories » et « Walls », mais également « Cancer et drogues » ainsi que « Brouillard définitif ». Philippe Pascal et Anzia, présent sur le premier LP de MDS, fondent alors Marc Seberg (1981 - 1992, période au cours de laquelle il réalise 4 albums) et Frank Darcel, Thierry Alexandre et Eric Morinière, Octobre (1981-1986, un album). Puis, malgré quelques projets éphémères, ces musiciens disparaissent des radars… Frank Darcel, le guitariste, part même vivre au Portugal. Il s’y consacre alors à la production, avant de revenir au bercail pour y former Republik, dès 2015…

‘Aurora’, l’album de Marquis est finalement paru ce 5 février 2021. A travers une longue interview accordée par Skype, Frank a accepté de nous parler de toutes les péripéties –parfois dramatiques– rencontrées lors de l’enregistrement de cet LP. Mais aussi de son profil de romancier. De Marquis de Sade, bien sûr. Et puis de la construction de l’Europe, dessein qui lui tient particulièrement à cœur…

Il a fallu trois longues années avant qu’‘Aurora’ ne soit achevé. Vu les événements tragiques affrontés, des moments de découragement sont inévitables. Des circonstances qui auraient pu inciter les musicos de tout plaquer. Frank réagit : « Non, mais nous les trois anciens du groupe, on a toujours eu envie d’aller jusqu’au bout. Je ne dis pas qu’il n’y a pas eu des moments difficiles, mais je ne sais pas pourquoi, j’ai toujours cru que ce disque irait à son terme. Après la disparition de Philippe, on a pris du recul, le temps de reprendre nos esprits. Et, immédiatement, j’ai pensé que l’école belge de rock pouvait nous correspondre. Avant qu’Adriano Cominotto ne me mette en contact avec Simon, je connaissais Ghinzu, dEUS et Balthazar. Et je me disais, mince, ces gens-là, comme en Bretagne, ils ont continué à faire du rock, en anglais avec leur son propre. J’en ai donc déduit que le salut viendrait de Belgique. Je le jure c’est vrai (rires). Et quand Adriano m’a parlé de Simon, on a été intéressé tout de suite. Mais je ne m’imaginais pas que les circonstances allaient prendre une tournure, finalement favorable. Et puis que les critiques des médias à l’égard de cet album seraient aussi positives. D’ailleurs, beaucoup de concerts sont annoncés pour septembre. Bref, s’il s’intitule « Aurora », ce n’est pas par hasard, car il se lève sur un jour nouveau. Et si c’est un album hommage, il tourne aussi la page… »       

Philippe Pascal disparu, il fallait que le trio déniche un chanteur. La première solution que Frank ait envisagée était d’inviter un interprète par titre. Frank explique : « On a d’abord contacté Etienne Daho, puis Dominic Sonic et Christian Dargelos qui avait fondé Marquis de Sade avec moi, il y a très longtemps. Mais entre-temps, on a rencontré Simon Mahieu, et là on s’est rendu compte qu’avec lui, on pouvait remonter un groupe. Mais on avait déjà reçu l’accord de plusieurs invités. On ne pouvait donc plus faire marche arrière. On avait aussi pris langue avec Dirk Polak, car on voulait absolument qu’il interprète une des compos… »

Et ce sera ‘Soulève l’horizon’. Une superbe chanson qui véhicule un message d’espoir. Frank partage cet avis : « C’est une des plus belles chansons de l’album. Elle traduit effectivement un message d’espoir. J’ai écrit ce texte-là en pensant à des êtres très chers disparus et en me demandant ce qui se passerait s’ils revenaient sur terre. Parce que l’album est né au cours d’une période sombre. Et que personnellement, je crois à la réincarnation. Je le confesse. C’est une chanson qui parle d’ailleurs de la réincarnation… Lorsque Dirk a envoyé sa maquette, je l’ai écoutée en présence d’une amie. La version n’était pas mixée. Et en l’écoutant, elle a fondu en larmes. Le morceau dégage vraiment quelque chose et on le remercie vraiment pour sa participation. Enfin, on espère que si on accorde un concert dans son coin, on pourra l’inviter sur scène, évidemment… »

Le nombre de guests justifie sans doute le manque d’homogénéité d’un LP complexe, mais qui tient la route. Frank concède : « Il a un côté un peu foutraque, mais il affirme une identité à travers la musique. On avait besoin de cette catharsis pour remonter la pente. De tout ce monde qui vienne nous donner un coup de main. Parce que le départ de Philippe nous avait laissé sans voix. On bossait sur cet album depuis tellement longtemps quand Philippe a disparu et puis on revenait de New York. Le projet a failli ne jamais voir le jour. Heureusement, la rencontre de Simon a permis de reconsidérer nos plans. Mais il est vrai que ce disque manque un peu d’homogénéité. Sans doute parce qu’il implique des interprètes différents ; mais l’accueil réservé par les médias est bon et il est évident que sur le deuxième album –qu’on ne va pas trop traîner à mettre en route– l’identité de Marquis sera plus palpable… »   

Etienne Daho rend hommage à Philippe Pascal sur ‘Je n’écrirais plus souvent’. Ce qui l’entraîne à (re)chanter sur une composition bien plus alternative que celles qui figurent dans son répertoire devenu mainstream. Frank raconte : « On a proposé deux titres à Etienne, et il a choisi celui-là. Au fur et à mesure qu’il nous a envoyé les parties vocales, on a eu l’impression qu’elles sonnaient comme lorsqu’il avait 25 ans ; comme ce qu’on avait réalisé en sa compagnie, 35 années plus tôt. En fait, tout l’album est très étonnant, vu le déroulement des événements. Non je crois que pour Etienne, c’est aussi une sorte de retour aux sources. Détail amusant, on vient d’apprendre aujourd’hui que ce titre rentrait en playlist sur France Inter. C’est comme une aventure qui recommence. Ce disque s’est nourri de cycles. C’est la raison pour laquelle, à première écoute, il peut dérouter ; mais il s’inscrit dans plusieurs histoires. Dont la fascination que New York exerçait sur nous quand on a démarré la musique. Et maintenant, une partie de ce New York-là joue avec nous. Oui, c’est une drôle d’histoire, cet album… »  

Episode particulier, le retour d’anciens membres du groupe comme Christian Dargelos et Sergeï Papail pour participer aux sessions. Ils interprètent ‘Holodomor’, une chanson inspirée de la famine organisée par le régime stalinien, dont ont souffert les Ukrainiens, dans les années 30. Un comeback quand même inattendu, vu les circonstances de leur éviction. Surtout pour Christian. Frank justifie leur présence : « Il est toujours resté un ami, même si c’est moi qui l’ai viré du groupe en 78. Donc, il subsistait une petite douleur, à cause de cette décision. Dès lors, pour lui, ce n’était pas une revanche, mais aussi un cycle qui s’achevait. Il remettait un pied dans Marquis de Sade. D’une manière un peu détournée, mais bon… Non, non, ils étaient très heureux d’être associés au projet. On ne voulait pas, non plus, d’une réunion d’‘Anciens combattants’, car on savait qu’il y avait 40 ans de punk rock qui nous regardaient… Pour en revenir à la chanson, Marquis de Sade l’interprétait déjà, lors de la deuxième tournée, après la sortie de ‘Rue de Siam’. Mais on ne l’avait jamais enregistrée. Et quand Philippe était encore vivant, il m’a confié avoir envie de reprendre ce morceau. Mais on n’avait pas la maquette. Finalement, on a retrouvé la bande d’un concert accordé à Strasbourg. Et on l’a rejouée. Musicalement, ce n’était pas trop compliqué. Car elle est identique à ce qu’on proposait en 80, sur les planches. On l’a simplement adaptée aux nouvelles technologies de studio. J’ai donc travaillé sur le thème de l’Holodomor, pour écrire le texte. Et dans cet esprit, on a ajouté le discours de Tymochenko au Maïdan, en 2014. Ce qui communique un aspect politique qu’on aimait bien chez Marquis de Sade, au morceau. C’est aussi un message de soutien aux Ukrainiens… »

Richard Hell (Voidoids), Richard Lloyd (Television) et James Chance, véritables légendes du punk américain, ont participé aux sessions. Peter Katis, producteur, ingénieur du son et mixeur régulièrement sollicité dans l’univers du rock alternatif (Kurt Vile, The National, Sharon Van Etten, Shearwater, et la liste et très, très loin d’être exhaustive), a même été approché pour tout mettre en forme… Frank clarifie la situation : « J’ai rencontré Peter lors des secondes sessions new-yorkaises. C’est le voisin des ex-Talking Heads, Tina Weymouth et Chris Frantz. Et ce sont des amis. Ils vivent dans le Connecticut. Mais je les vois régulièrement, quand ils reviennent en Bretagne, car Tina a des origines bretonnes, par sa mère. Et puis, ils avaient aussi assuré une section rythmique sur un disque de Republik. Inutile de dire que lorsque j’avais reçu la session, j’étais comme un enfant au bas du sapin de Noël. Cependant, je n’avais pas l’intention de leur demander de collaborer à l’album de Marquis. Simplement, j’ai informé Tina, qu’on cherchait des guitaristes. Ivan Julian (NDR : Richard Hell & The Voidoids), un pote également, était déjà partant. Elle m’a répondu qu’elle allait me mettre en contact avec Richard Lloyd, parce qu’il n’est pas toujours facile de l’atteindre. D’autant plus qu’il ne vit plus à New York. Et elle a tenu parole. Tina et Chris m’ont aussi hébergé quand je suis allé voir Peter Katis. Et c’est Chris qui m’a emmené chez Peter pour visiter son studio. Ils sont toujours bienveillants. Tina, c’est en quelque sorte la marraine du projet. Quand j’ai rencontré Peter, Philippe était encore là. On souhaitait que ce nouvel album soit distribué aux Etats-Unis. La présence de ces prestigieux invités était un atout, mais bénéficier du concours d’un mixeur de renom comme Peter aurait pu s’avérer déterminant. Et Peter était d’accord sur le principe. On a commencé à échanger les fichiers par Internet. Mais Philippe est décédé et quelque temps plus tard, le Covid a démarré. Dès lors, cette collaboration était devenue improbable. Finalement, on a confié le boulot à notre mixeur maison Sébastien ainsi qu’à Dan Lacksman. Et on est très content du résultat. On ne regrette pas ce choix, mais Peter ça a failli se faire, mais ça ne s’est pas fait… »

Un fameux boulot en perspective, vu le nombre d’invités et les différentes sessions réalisées à des endroits différents. Frank confirme : « Heureusement qu’on ne se sert plus de bandes à l’ancienne. La ‘production executive’ a dû tenir compte des séjours à Bruxelles, Paris et New York, outre ce qu’on avait accompli en Bretagne. Sans oublier que Dirk Polak a réalisé sa session à Amsterdam. C’est l’avantage de la technologie. Avec des bandes, on serait encore occupés de remixer l’album. Un disque dur est très pratique. Il ne pèse que quelques centaines de grammes, et on peut l’emporter avec soi, pour aller aux Etats-Unis, par exemple… »

Sur l’opus, figure une compo interprétée partiellement en allemand, une en portugais, une en néerlandais et les autres en français ou en anglais. Le groupe aurait peut-être pu en prévoir une en breton. D’autant plus que Frank a été impliqué dans l'autonomisme de cette région et est un ancien membre du Parti breton. Et qu’en outre, en 2000, il a produit l’album d’Alan Stivell, ‘Back to Breizh’. Frank n’y avait pas pensé : « On avait travaillé sur son album au SynSound, aussi chez Dan Lacksman, en Belgique. J’aime beaucoup Alan, c’est un ami. Mais je parle mieux le portugais que le breton. J’ai travaillé au Portugal un bon bout de temps ; et quand on produit des disques là-bas, il est exclu de ne pas apprendre la langue. Et il est toujours préférable de parler celle du pays. C’est pourquoi, j’approfondis le breton, en ce moment... » Et d’ajouter : « J’ai insisté pour que Simon interprète une chanson en flamand. Parce qu’au départ, il était parti sur un texte en anglais. Et je lui ai dit que ce serait quand même sympa de l’interpréter dans sa langue natale. J’ai chanté en portugais, tu pourrais en chanter une en flamand ! On a vraiment cette appétence européenne, et l’envie de tourner en Europe, mais pas seulement. Au cours de notre jeunesse, on ne voulait déjà plus de frontières à l’intérieur de l’Europe, et à fortiori du mur de Berlin, qui nous séparait du bloc de l’Est. D’ailleurs on espère que les frontières en Europe seront définitivement effacées dans quelque temps. C’est un peu le message qu’on veut faire passer, en chantant dans plusieurs langues européennes… »

Frank est un Européen convaincu, mais il regrette que l’Europe sociale ne soit pas encore réalisée. Finalement, n’est-elle pas allée trop vite, en ouvrant les frontières aux pays sis plus à l’Est ? La question méritait d’être posée… « Oui, bien sûr, on peut débattre du sujet, car ce qu’on appelle le noyau dur européen n’a pas pris la peine d’harmoniser le processus d’intégration. Mais je pense qu’il n’existe pas de volonté pour y parvenir. Si l’Europe se réalise, ce sera par celle des citoyens européens. Les députés européens sont aujourd’hui élus au suffrage universel. Ce qui n’était pas le cas au départ. Des habitants de villages italiens ont pétitionné et obtenu suffisamment de signatures pour qu’on force le parlement européen à devenir démocratique. La décision remonte à bien longtemps (NDR : en 1979 !). L’Europe dispose des boîtes à outils pour devenir plus efficace, et malgré sa réglementation, elle n’est pas si mal faite. Mais c’est aux citoyens de s’en servir, car les élus considèrent leur mandat comme leur gagne-pain. Et dans ces conditions, l’Europe n’est pas près de se réaliser. Pourtant, je crois beaucoup au passeport européen. J’aimerais qu’il ne mentionne que le nom, le prénom, le lieu de naissance et le domicile. Et rien d’autre que ‘Communauté européenne’ et pas de référence à un pays. Ce serait un pas en avant extraordinaire dans la construction de l’Europe… »

‘European psycho’ se réfère au film ‘American psycho’ de Mary Harron et par conséquent au livre de Bret Easton Ellis du même nom. Apparemment, c’est un thriller qui a marqué Frank. Il confirme : « Oui, c’est un livre que j’ai beaucoup aimé. Il y a ce moment dans le film où le gars qui a commis les pires atrocités se rend compte que la police ne s’intéresse pas vraiment à lui. Ce raccourci sur le monde dans lequel on vit est vraiment fascinant. A l’époque, quand le film est sorti, il a été plutôt décrié, mais personnellement, je l’ai apprécié tout de suite. J’avais aussi découvert Christian Bale, un acteur qui n’était pas totalement débutant, mais que je trouvais extraordinaire dans son rôle. Donc cette histoire m’a influencé. En extrapolant, il faut admettre que le monde a été confié, depuis quelque temps, à des personnages aussi controversés que Trump, Bolsonaro ou Poutine. On se demande alors où se trouve la normalité ? Et finalement, le personnage central de cette chanson estime qu’il commence à être en accord avec la réalité. C'est-à-dire que le monde est devenu aussi dingue que lui. Et ça lui va bien. Mais nous, ça nous inquiète, évidemment… »        

Frank écrit aussi des romans. « Depuis une quinzaine d’années. Du roman noir. « J’en ai publié deux chez Flamarion. J’ai participé à des concours dans le domaine du polar. Le prochain bouquin, ‘L’armée des hommes libres’, est en cours de gestation et de correction. Il ne sera publié que l’année prochaine. Mais je n’ai pas encore choisi l’éditeur… C’est une dystopie qui se déroule en 2030. En Finlande. A Helsinki. Une ville que j’ai découverte il y a 2 ans, que j’ai beaucoup aimée. Et j’ai commencé à écrire ce roman dans la foulée. Le scénario repose sur l’histoire d’un soldat portugais qui s’est perdu dans cette ville, suite à la 3ème guerre mondiale, et après avoir survécu à de tas d’épidémies. Le monde a explosé. Et j’y décris ma version de la post-apocalypse… »

‘Le voyage d’Andrea’, c’est le titre du livre de Manuela Varrasso, mais ce serait un autre hommage à Philippe Pascal. Or c’est un instrumental… Frank s’épanche : « J’ignorais que c’était le titre d’un roman, mais ça m’intéresse. En fait, l’album ‘Rue de Siam’ s’achève par un morceau intitulé ‘Submarines and Icebergs’. Et lors des obsèques de Philippe, c’est ce titre qui a été joué. Ce qui nous a fortement émus. Aussi, en quittant les funérailles, j’ai dit à Thierry et Alexandre, qu’il fallait qu’on lui donne une suite. Qu’on refasse un instrumental en hommage à Philippe et qu’on l’intègre à la fin du nouvel album. Ce fameux disque qu’on n’arrivait pas à terminer. Et finalement, on l’a intitulé ‘Le voyage d’Andréa’, parce que Philippe est parti en voyage. Et Andréa, c’est le surnom qu’il avait choisi à une époque de l’existence de Marquis de Sade. Je pense, par ailleurs, qu’il s’agissait d’un clin d’œil adressé à la bande à Baader. Bien que ce soit Andreas Baader, je crois… »

Etonnant quand même que Dominique A n’ait pas été sollicité pour composer ou interpréter une chanson. Frank réagit : « Il figurait dans la liste des invités potentiels. Mais après avoir rencontré Simon, ceux qu’on pensait contacter ne l’ont pas été… » Dominique a quand même intégré une reprise de ‘L’éclaircie’ (NDR : signée Philippe Pascal, elle figure sur l’elpee de Marc Seberg, ‘Le chant des terres’) sur son dernier opus, ‘Vie étrange’. Frank l’encense : « Cette adaptation est dépouillée, mais elle est magnifique… »

Autre moment émouvant, la reprise d’‘Ocean’ du Velvet Underground, chantée par Dominic Sonic. Il est décédé peu de temps après l’avoir interprétée. Votre serviteur avait eu l’occasion d’assister à un concert de cet artiste, au cours des années 90, à l’Aéronef de Lille. Une affiche dont la première partie était assurée par un groupe constitué de personnes handicapées lors d’un set consacré à la musique, mais également à la poésie. Et pour lequel Dominic était impliqué... Mais à partir de 1997, il se fait de plus en plus discret. Début du millénaire, il se produit encore lors de festivals prestigieux et participe à différents projets. Il grave un cinquième elpee en 2007, fonde AK47 Blues Rendez-vous en 2010 et dans la foulée, repart en tournée. Il publie un dernier LP en 2015. Puis, on perd sa trace. Frank restitue quelque peu son parcours réalisé au cours de ces dernières années : « Il se produisait encore un peu en ‘live’. Il a apporté sa collaboration à plein de gens. Avant de remonter Marquis de Sade, il était venu assurer un duo, lors de sessions de mon dernier groupe, Republik. Il était toujours disponible, mais entre deux disques, il assurait le rôle de roadie pour d’autres formations. Et même pour Marquis de Sade, lors de la tournée de reformation. C’était drôle ! Il aimait tellement la musique et la scène. C’est quelqu’un qui voulait être le plus proche de cette scène. Proche de l’action, en quelque sorte. Un type adorable et tellement chouette ! Et pour nous, il était vraiment naturel qu’il vienne chanter sur le disque aussi… » Et d’ajouter : « Il a toujours été impliqué dans des actions caritatives. La formule peut paraître bizarre, mais pour ceux qui l’ont connu et se souviennent de lui, ils te diront qu’il était impossible de se fâcher avec lui. C’était une sorte de Saint. Comme on en a beaucoup en Bretagne. Et on est vraiment heureux qu’il ait chanté sur le disque. Malheureusement, il nous a quittés, trois semaines après sa participation. Le titre est d’autant plus touchant, évidemment… »

Lorsqu’il est né, Marquis de Sade rêvait de sonner différemment de ce que les groupes français proposaient à la fin des 70’s. Pourtant la musique de Magma et d’Ange sonnait différemment… Frank réplique : « Ange, c’était pas du tout ma tasse de thé. Ce sont des groupes qui n’ont pas du tout été concernés par le mouvement punk. C’était un autre monde. Et d’une certaine manière, c’était un monde que nous voulions voir disparaître. Ils n’ont jamais servi de référence pour moi. J’avais assisté à des concerts de Magma à Rennes, et je reconnais que les prestations étaient impressionnantes. Mais le mouvement punk se foutait royalement des prouesses techniques. Ce qui n’était pas le cas de Magma. Le mouvement punk voulait faire table rase du passé. Ce qui nous intéressait beaucoup. Et cet état d’esprit m’a incité à me lancer dans la musique. J’ai cessé les études à cause du mouvement punk. Sans quoi, je ne serais pas devenu musicien. Après, j’ai appris à jouer de la guitare… »

A ses débuts, Marquis de Sade accordait également une grande importance à l’image. Mais est-ce encore le cas aujourd’hui ? Une question qui méritait également d’être posée. Frank nuance : « Peut-être pas de la même manière. Je pense que l’esthétique sur scène restera importante. Un aspect qu’on retrouve également dans le soin et la sobriété apportés aux pochettes de disques qu’on a essayé de réaliser dans le contexte européen. Peu de couleurs. Une forme d’épure, de retenue. En poursuivant cette espèce de ligne sombre en terme esthétique. Bien sûr, je pense que cette caractéristique est devenue à la fois moins déterminante, tout en demeurant très pertinente, notamment en matière de circulation des images, de réalisation de clips, etc. Richard Dumas, notre photographe pour les séances officielles y est attentif, mais il n’existe plus de code aussi strict qu’aux débuts de Marquis de Sade. Je porte même une chemise à rayures sur la photo de session officielle. Ce que je ne me serais pas permis (rires), il y a 40 ans. On garde cette norme en tête, mais elle est évidemment moins rigide… »  

En cherchant sur la toile, on découvre l’existence d’une chanson intitulée ‘Aurora’, signée par un groupe néo-zélandais baptisé Marquis & The Vanguard, une compo qui figure sur l’Ep ‘My skinny bones’. Drôle de coïncidence ! Frank l’a aussi constaté et il ajoute : « Il y a mieux encore. Marquis c’est également une marque de cheminée produite dans le Nebraska, aux Etats-Unis, dont un des modèles s’appelle Aurora. On pourra bientôt faire leur pub. Sur les moteurs de recherche, les associations de mots incompatibles débouchent rarement sur un résultat. Mais ces deux termes sont un peu sexy. Ce qui explique, forcément, que c’était déjà imprimé quelque part. Je n’ai pas écouté la compo du groupe néo-zélandais. C’est peut-être un groupe issu des années 60 voire 70… » Reconnaissant ne pas avoir approfondi l’info lors de la recherche, je ne puis lui répondre que le titre tient la route (NDR : en fait, il s’agit d’un combo récent qui pratique du néo-folk et dont le morceau en question remonte à 2015). Frank prévient d’un ton amusé : « On diffusera le morceau, avant de monter sur scène. Et on y installera une petite cheminée, aussi (rires)… »    

Lors des sessions, deux morceaux avaient été enregistrés en compagnie Philippe Pascal. Ils figureront sur la future intégrale, actuellement en préparation. Mais pourquoi alors avoir intégré sur le long playing la chanson de Dominic Sonic, et pas celles de leur chanteur emblématique, puisqu’ils sont décédés tous les deux ? Serait-ce pour booster la vente de cette intégrale ? Frank justifie cette option : « Non, pas du tout. Au départ, c’était par respect pour la famille de Philippe. Et puis, ce choix nous paraissait plus cohérent. Le travail sur l’intégrale, il a commencé bien avant le décès de Philippe. La démarche juridique nécessaire pour redevenir propriétaire des premiers albums de Marquis de Sade, a pris 2 ans, une procédure à laquelle Philippe a participé. La récupération de certaines bandes démo était un processus entamé depuis longtemps. Je me suis rendu chez Dan Lacksman, à Bruxelles, il y a 4 ans maintenant, pour nettoyer des bandes, les passer au four, etc. ; car il est aussi spécialiste dans ce domaine. Finalement, on était beaucoup plus à l’aise d’insérer les morceaux interprétés par Philippe, dans l’intégrale, parce que c’est du Marquis de Sade, et le groupe a quand même choisi maintenant le nom Marquis. J’estime que c’est plus honnête. Maintenant, si la maison de disques en profite pour faire de cette exclusivité du markéting, ce n’est pas notre problème. Les compos n’ont même pas encore été mixées. Donc, elles ne pouvaient pas figurer sur « Aurora ». En outre, ce sont des extraits qui comportent une forte charge émotionnelle. On n’a pas eu le cœur à ça et donc… Cette intégrale devrait paraître fin de cette année, mais ce n’est pas certain non plus. Certains chaînons sont encore manquants et on veut vraiment faire un chouette truc… »         

Photo : Richard Dumas

 

Bananagun

The true story of Bananagun

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Alors qu’il nous est interdit de quitter notre chère Belgique pour y prendre quelques jours de vacances, sous des climats plus cléments, il est indispensable de dénicher un exutoire. La musique peut remplir ce rôle à merveille et Bananagun appartient sans aucun doute à cette catégorie de groupes très susceptibles de vous donner la banane (difficile de passer à côté de ce facile jeu de mots…), tout en projetant dans votre imaginaire un séjour au sein d’une contrée lointaine, exotique et davantage ensoleillée. On a d’ailleurs l’impression de pénétrer dans la jungle, en intro de « Bird Up ! »…

« The True Story of Bananagun » constitue le 1er elpee de cette formation australienne, issue de Melbourne, très exactement. Les 11 plages de cet opus sont sculptées dans un psyché/rock aux réminiscences 60’s, mais dont le climat tropical est entretenu par des percus, de la flûte, des synthés, des cuivres, des riffs de gratte et surtout des rythmes empruntés au funk et à l’afrobeat. Pas étonnant que la plupart des compos soient nées lors de jam sessions. La musique proposée évoque ainsi tour à tour Talking Heads circa « Remain in light », la formation brésilienne Os Mutantes ou encore Feli Kuti voire William Onyeabor. Et non seulement elle est dépaysante, mais elle incite le mélomane à remuer. Difficile d’ailleurs de résister aux 7 minutes de « People Talk Too Much », dont le groove est tout bonnement hypnotique. Enfin, cerise sur le gâteau, les mélodies se dévoilent au fil des écoutes et finissent par accrocher…

Hâte d’effectuer un voyage en leur compagnie, lors d’un futur concert !

Clap Your Hands Say Yeah

New Fragility

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Seize ans plus tôt, Clap Your Hands Say Yeah créait le buzz sur la toile à une époque où les mélomanes achetaient encore des cds et les plateformes musicales n’avaient pas encore une emprise aussi conséquente sur le public lambda. A cette époque, donc, éponyme, le premier opus de cette formation new-yorkaise faisait florès, surtout dans l’univers de la scène indie rock. 

Caractéristique principale du band, la voix nasillarde d’Alec Ounsworth, et puis une expression sonore manifestement inspirée par James. Dans la foulée, « Some Loud Thunder » (2007) et Hysterical (2011) parviennent encore à susciter un certain engouement auprès des premiers aficionados. Mais les deux long playings suivants (« Only Run » en 2014 et « The Tourist » en 2017) annoncent un inexorable déclin.  

Pour enregistrer le sixième album, Alec –seul rescapé du line up initial– semble avoir retrouvé l’inspiration. Un peu comme lors des débuts de CYHSY. En outre, il s’est chargé de la mise en forme, de la composition, des arrangements et de l’écriture. Des textes qui relatent les traumatismes causés et les interrogations soulevées par une Amérique victime du ‘trumpisme’.

Lyriques, les compos bénéficient d’une instrumentation plus riche, à l’instar d’ « Innocent Weight », une plage tapissée de cordes. Le disque recèle également une belle ballade acoustique (« Where They Perform Miracles »), traversée par une superbe intervention à l’harmonica. Enfin, le songwriter nous rappelle qu’il a conservé son sens aiguisé de la mélodie sur les excellents « Hesitating Nation » ou encore sur « Mirror Song ».

« New Fragility » devrait rendre une bonne partie de son crédit à Clap Your Hands Say Yeah. En espérant qu’Alec Ounsworth poursuive sur la même voie…

Khruangbin & Leon Bridges

Texas Sun (Ep)

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Coïncidence, mais à l’écoute de ce « Texas Sun », les premiers rayons de soleil commençaient à faire leur apparition. Parce que cet Ep est chargé de bonnes ‘vibes’. Quatre plages livrées de conserve par le trio enfumé Khruangbin et le soulman Leon Bridges ! Après avoir tourné ensemble en 2018, les artistes ont voulu immortaliser ce périple sur disque. Une excellente idée qui permet de savourer cette synergie entre la voix gospel de crooner de Leon et les rythmes très cool, quasi dub, du groupe de Houston à la pointe de la hype. ‘Si vous laissez la musique faire ce qu’elle est censée faire, elle se révélera d’elle-même’, a déclaré Laura Lee, bassiste de Khruangbin. A méditer !

Naked (In A Sphere)

Third Eye (Ep)

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Ecrire quelques mots au sujet d’un disque paru il y a 6 ans constitue un exercice périlleux. L’Ep « Third Eye » de Naked (In a Sphere) attendait en effet dans ma pile des disques encore à chroniquer, depuis 2015. Après quelques écoutes, difficile de dire si ce sont les goûts qui ont évolué à ce point depuis lors, mais ces légères réminiscences d’Evanescence (NDR : ça rime !) me sont totalement étrangères et semblent diablement datées…

Active depuis 2011, la formation sarthoise propose, tout au long de « Third Eye », un rock FM plutôt conventionnel teinté de sonorités trip-hop. Tout est bien réalisé mais vraiment trop ‘propre’ pour laisser une trace quelconque dans l’esprit de votre serviteur…

Daft Punk

Daft Punk explose en plein vol…

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Après 28 ans de parcours, Daft Punk a annoncé via une vidéo explosive, publiée sur les réseaux sociaux et simplement intitulée « Epilogue », ce lundi 22 février, qu’il se séparait.

Pionnier de la French touch, le duo français est responsable d’une musique électronique, fruit d’un cocktail entre techno, house, funk, disco, pop, jazz et métal, tout en véhiculant une imagerie inspirée des jeux vidéo et des mangas.

Formé en 1993 par Thomas Bangalter et Guy-Manuel de Homem-Christo, le duo parisien a gravé quatre albums et a multiplié les collaborations, aussi bien dans l’univers de la musique, du cinéma que de l’art contemporain, décrochant, par ailleurs, sept Grammy Awards sur l'ensemble de sa carrière.  

En outre, des tubes comme « Da Funk », « Digital Love », « Get Lucky » chanté par Pharrell Williams et sur la guitare de Nile Rodgers, « Harder, Better, Faster, Stronger », « One More Time », « Technologic » ainsi que l’incontournable « Around the world » ont fait le tour du monde…

Si l’annonce a surpris, le tandem casqué n’en est cependant pas à son premier coup de ‘com’…

Le clip intégral d’« Epilogue » est disponible ici

 

TV Priest

Uppers

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Premier elpee pour ce quatuor londonien fondé en 2019. Une œuvre qui baigne dans le post punk. Mais un post punk particulièrement dynamique et créatif. Parfois tapissé en toile de fond d’indus. Hormis l’interlude ambient « History work », les onze autres plages de « Uppers » remuent les tripes. Bien sûr le climat est, en général, sombre, reflétant un sentiment de désespoir, de hargne ou de colère, un sentiment exacerbé par la voix déclamatoire et caverneuse de Charlie Drinkwater dont les intonations semblent empruntées à Mark E. Smith, feu le leader de The Fall –encore que sur « Leg room », on pense plutôt à Captain Beefheart (NDR : oui, Don Van Vliet est également décédé, mais huit ans plus tôt) ; mais ce climat est propice à l’envoûtement.

Les guitares sont acérées, tranchantes, parfois trempées dans le funk blanc (« The big curve », « Decoration »), la ligne de basse est mordante comme celle de Jean-Jacques Burnel (The Stranglers), la rythmique lourde, mais offensive et les claviers s’avèrent aussi grinçants qu’acides. Et puis, malgré la complexité des morceaux, le sens mélodique est préservé. Enfin, l’opus s’achève par l’irrésistible « Saintless », un hymne de plus de 7’ qui monte progressivement en intensité avant d’atteindre son point culminant proche de l’euphorie…

Un must !

Nightshift

Zöe

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Second elpee pour ce quintet glaswégien dont l’originalité procède de la présence d’une clarinette qui s’insinue au cœur d’une majorité de compos, à la manière d’un Steven Brown (Tuxedomoon). C’est Georgia Harris qui s’en charge, outre la guitare et le lead vocal. Une voix tour à tour laconique ou versatile régulièrement conjuguée à celle d’Eothen Stern, mais parfois dispensée sous la forme d’une contre-voix. A l’instar de « Piece together », le titre qui ouvre l’opus, une compo lancinante au sein de laquelle se glisse une guitare serpentine. Mais ces harmonies vocales peuvent devenir incantatoires et ombrageuses, un peu comme chez Siouxsie Sioux (« Zöe »).

La plupart des plages sont paradoxalement minimalistes mais parfois aussi complexes. « Power cut » nous entraîne ainsi dans un univers psychédélique aux pulsations métronomiques. Une piste de 7’ dont le final est particulièrement intense. Plus curieux encore, « Outta space » macère au sein d’un climat blafard qui rappelle quelque part Tom Waits. 

Le combo a beau citer Brian Eno comme influence majeure. On ne voit vraiment pas où. Mais une chose est sûre, cet album sort vraiment de l’ordinaire…

Midnight Sister

Painting the roses

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Midnight Sister, c’est le projet de Juliana Giraffe et Ari Balouzian, un duo issu de Los Angeles. Elle est cinéaste, plasticienne et chanteuse. De formation classique, il est producteur, compositeur de musiques de films, claviériste et se consacre aux instruments à cordes. Pour enregistrer son deuxième opus, le couple a reçu le concours d’un backing group se partageant le mellotron, le wurlitzer, l’accordéon, la basse, le violoncelle, la pedal steel, la guitare, les drums, les percus, les cloches et autres sifflets. Sans oublier une section de cuivres.

Intitulé « Painting the roses », cet LP baigne au sein d’une forme de nu disco mâtinée de glam, de pop baroque, de jazz, de psychédélisme ainsi que de musique classique et cinématographique. Notamment ! Sans oublier les chœurs. Tantôt spectraux, angéliques ou en couches. Et même beatlenesques sur « Sorry for the trees ». Indolente, cabaret, elle invite steel guitare, ukulélé et arrangements de cordes emphatiques. D’ailleurs les arrangements de cordes et/ou de cuivres sont légion. Et de nombreuses références aux seventies marquent les compos de cet elpee. Du disco, d’abord. Donna Summer et Chic sur le groovy « Sirens ». Les Bee Gees sur « Limousine ». Du glitter rock ensuite. Marc Bolan sur « Foxes », une ballade mid tempo aux arrangements tarabiscotés inspirés d’Electric Light Orchestra et des Fab Four circa « Magical Mystery Tour ». De la soul bien 70’s sur le slow crapuleux « Satellite ». Mais encore des claviers vintage, veloutés, à la manière de Rod Argent, sur « Tomorrowland ». On a même droit à une touche de free jazz (ce saxophone !) sur « Dearly departed », une plage subrepticement tapissée de chœurs spectraux et qui passe en mode nightclubbien, à mi-parcours…

On en oublierait presque la voix de Giraffe. Sensuelle, théâtrale et vaporeuse, elle évoque parfois celle de Marylin Monroe.

Enfin, le titre de l’album s’inspire du voyage effectué en Argentine par Juliana, afin de retrouver ses racines. Proposé sous la forme d’un tango, « Doctor says », en est une belle illustration.

Laura Perrudin

Perspectives et avatars

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Rennaise, Laura Perrudin est tombée dans la marmite musicale dès sa plus tendre enfance. Et pour une Bretonne, il était naturel d’apprendre à jouer de la harpe celtique dès l’âge de huit ans. Elle s’intéresse ensuite aux instruments plus classiques dont elle assimile la pratique, en parfaite autodidacte ; et, en parallèle, suit des cours dans une école de jazz. C’est donc avec de bonnes cartes en main qu’elle entame son parcours et réalise ses premiers enregistrements. Au fil du temps, elle parvient à se forger un univers bien personnel. A l’aide d’une harpe chromatique électrique unique en son genre, elle mélange les genres. Ne vous attendez cependant pas à plonger au sein d’un univers aussi baroque que celui de Joanna Newsom. Laura Perrudin agrémente sa pop de touches jazzy, soul, électro voire hip hop. Tout y passe ! Elle superpose des boucles, passe de l’électrique à l’acoustique et varie ses interventions vocales, suivant son humeur. Bref, son expression sonore est riche en nuances.   

« Impressions », son premier opus, est paru en 2015. Mais c’est « Poisons & Antidotes », un elpee gravé deux ans plus tard, qui lui permet de se produire lors de festivals, tant consacrés au jazz qu’aux musiques alternatives. Et également d’assurer des supporting acts pour des artistes comme Zucchero et surtout Ibrahim Maalouf.

Intitulé « Perspectives & Avatars », son troisième long playing s’inscrit totalement dans la lignée de ses précédents essais. Mais elle y a bénéficié du concours de prestigieux invités tels que Philippe Katerine, Ian Chang (Son Lux, Moses Sumney) ou encore les chanteuses de jazz américaine Becca Stevens et tunisienne de world et trip hop, Emel Mathlouthi…

Peu connue dans nos contrées, Laura Perrudin mériterait à coup sûr une oreille bien plus attentive des mélomanes. Avec un peu de chance, on pourra peut-être la découvrir prochainement sur les planches, en Belgique…

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