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Eiskeller

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Pour enregistrer son nouvel album, Timothée Régnier a investi les anciennes glacières de Saint-Gilles à Bruxelles. Ce qui explique son titre (« Eiskeller », se traduit par ‘cave à glace’, en allemand) et que le son du produit fini est si particulier. C’était de toute évidence, le but !

Tout au long de cet opus, il se réserve toutes les parties instrumentales, mais également le chant. Il faut le rappeler, Timothée est un grand fan des Beatles, et tout particulièrement de Lennon. Mais s’il emprunte les inflexions au regretté John, il n’en a pas le timbre. Bien sûr, dans ses compos on retrouve çà et là des références aux quatre de Liverpool. « From the start » constitue certainement le morceau qui en trahit le plus. Champêtre, il a recours au mellotron, un peu comme sur « Strawberry fields for ever » et puis on y rencontre un solo à la Rickenbacker. Un peu aussi sur « Wasted love ». A cause des arrangements orchestraux et du drumming feutré à la Ringo Starr, même si la plage s’enfonce plutôt dans l’univers d’un Bowie originel, circa « Space oditty ».  Malheureusement, le reste de cet LP cumule un peu trop de ballades moelleuses et atmosphériques. Sur l’une d’entre elles, (« Risging high »), la voix rappelle même celle du défunt Christophe ! Tourmentée, elle ne parvient pas à décoller sur le liturgique « I still walk ». Alors quand elle est vocodée (« Cold and tired »), on imagine (?!?!?) que c’est une erreur de parcours.

22 for Silicon Alone

L’Art est le miroir inversé de la vie

22 for Silicon Alone, c’est un projet drivé par Alexis Pfrimmer. Auteur, compositeur, interprète, producteur et réalisateur, il vit à Bruxelles. Ce 21 mai 2021, il a sorti son premier elpee, "Only Dark Matters". Tout au long de cet album, Alexis nous entraîne dans un voyage plein de rebondissements. Chaque chanson possède sa propre combinaison atypique de styles et pourtant rien ne semble décousu. Ce patchwork magistral et original, largement influencé par le rock, se permet d'étonnantes digressions : du heavy metal au jazz léger, en passant par le drum&bass et même l'EDM. Et finalement, on a l'impression de participer à la bande-son d'un film sans images.

Apparemment le patronyme de ton projet, tu l’aurais déniché en surfant sur le site officiel de la NASA. Tu confirmes ?

Effectivement, je suis très intéressé par les sciences et les questions qu’elles soulèvent. Toute l’activité de l’humanité est basée sur la recherche de moyens de plus en plus efficaces pour essayer de faire perdurer l’espèce. Hier, elle a su dompter le feu et aujourd’hui elle cherche à conquérir l’espace. Pour que l’humanité continue de grandir, nous sommes obligés de dépasser nos convictions. Le feu brûle mais on peut aussi s’en servir pour cuisiner. J’avoue que la conquête spatiale me fascine. Elle nous confronte à nos propres limites… En surfant sur la toile, afin de chercher un nom pour ce projet, je suis atterri sur le site de la NASA. Et j’y ai lu un article où figuraient ces quelques mots. Il décrivait la composition d’une combinaison de cosmonaute pour laquelle il était estimé qu’il faudrait une couche de 22mm de silicone pour être complètement protégé des rayons cosmiques. L’idée m’a parue intéressante, car elle me rappelait notamment les concepts développés par Hundertwasser, le peintre-roi aux 5 peaux. Je me suis alors demandé comment nous, sur terre, on se protégeait et surtout que risquerait-il de nous arriver, si nous enlevions cette combinaison?

Comment est née l'idée de ce projet, par ailleurs intéressant ?

Merci pour le compliment. J’ai toujours rêvé de me lancer dans la musique ou le cinéma. Mes parents m’ont toujours encouragé à réaliser mes objectifs. C’est grâce à eux et ma famille que j’y suis parvenu, donc. Ils ont cru en mon potentiel et m’ont ouvert à la culture et aux arts. Même s’ils ne comprenaient pas toujours pourquoi je m’intéressais à certains secteurs et pas à d’autres, ils m’ont toujours laissé libre de choisir. La liberté, même si elle peut effrayer, est très stimulante. Dans le passé, d’autres que moi y sont parvenus et donc j’estimais que j’en étais également capable. Ce projet s’inscrit dans la continuité. Ce n’est pas le premier et de nombreux sont similaires, mais toutes ces expériences m’ont permis de passer un palier… Dans mes notes, j’avais mentionné la phrase ‘Only Dark Matters’. Puis un jour, par hasard, j’ai l’ai retrouvée. Je me suis levé et une idée m’a traversé l’esprit : ‘C’est un titre d’album !’ Mais après, comment la concrétiser ? Entre le rêve et la réalité, il n’y a pourtant qu’un pas. Alors il faut oser. Puis je me suis rappelé la réflexion de Godard : ‘Faire un film c’est trouver l’argent’. J’ai donc réuni la somme nécessaire pour entrer en studio et je l’ai booké. Je n’avais donc plus d’autre solution que de m’y rendre pour enregistrer et de dénicher des musiciens. Et bien sûr, de composer de la musique…

Vous avez reçu le concours de toute une série de musiciens chevronnés. Où et comment les avez-vous recrutés ?

Comme un réalisateur. J’avais leurs profils en tête, car je ne voulais pas me servir de samples, comme matière première. J’avais composé pour les instruments que je souhaitais ; et afin de mettre en œuvre ces intentions, je fréquentais les salles de concerts et scrutais régulièrement les réseaux sociaux. Un exemple : le choix de Joachim, le violoniste. Pendant que je scrollais machinalement sur Facebook, j’ai vu défiler le lien vers une vidéo de Magma qu’un ami avait postée. Or, j’adore ce groupe. Je clique dessus. Dans cette vidéo, annonçant la date d’un concert évènement pour célébrer les 45 ans d’existence du groupe, Joachim, élève de Didier Lockwood, était interviewé. J’ai énormément apprécié son discours et son attitude. J’ai mis la vidéo sur pause et j’ai contacté ce musicien. Il s’est montré immédiatement ouvert à l’expérience. Je me suis déplacé à Paris pour le rencontrer. Le courant est bien passé. Et il a accepté de participer à l’aventure…

Quel public espérez-vous atteindre à travers ce projet ?   

J’essaye de ne pas espérer trop d’attentes. Il s’agit avant tout d’un échange. Je réalise. Je me place là où je pense devoir être. J’en parle… Mon âme se nourrit de ces rencontres, c’est ça l’essentiel. Ce qui me conforte ce sont les retours. Très souvent les gens sont enthousiastes, même si ce n’est pas ce qu’ils écoutent habituellement. La musique leur parle d’une manière ou d’une autre. J’espère que ce disque fera vibrer les gens. Quel que soit leur avis et leurs retours, qu’ils aiment ou qu’ils détestent, je serais heureux de le savoir. Mais surtout, si cet album leur permet  de voyager, de s’évader, alors j’aurai tout gagné. Si j’ai conservé l’une ou l’autre séquence sur ce disque, c’est avant tout parce qu’elles m’incitaient à chanter, me mettaient en mouvement ou me communiquaient des frissons. Alors si le public a la même réaction, c’est formidable.

A première écoute, il y a quelque chose de mystérieux et de légèrement sombre dans ta musique, pas d’une gravité effrayante, mais plutôt de mystique et de mélancolique. Était-ce un choix délibéré d’entretenir un tel climat ?

Si c’est ton ressenti, alors il est forcément vrai. Mais je reconnais ma démarche dans ces mots, oui. J’apprécie la nuance ‘légèrement’ car dans mon approche j’essaye, dans la mesure du possible, de  rester stable sur le fil, à la recherche de cet équilibre. Ce sont les contrastes qui créent la richesse.  Comme je le disais tantôt, j’ai imaginé le titre « Only Dark Matters » avant même de commencer à composer. Avec un titre pareil, le ton était donné. Mystérieux, mystique et mélancolique, oui c’est sûr. Encore une fois, mes influences sont variées et dépassent largement le cadre musical. Poe, Kafka en font partie, par exemple. J’aime également le cinéma de Tarkovsky, Lynch ou encore Maya Deren, car leurs œuvres invitent à un voyage intérieur, et c’est clairement cette démarche d’introspection qui a motivé l’écriture. Cette envie de questionner le monde à partir de mes propres contradictions.

Vu ton intérêt conjoint pour la musique et le cinéma, les références cinématographiques ne sont donc pas surprenantes…

Il existe mille et une manières d’exprimer une émotion mais personnellement j’estime que les images et les sons sont indissociables. J’entends une porte qui claque, je vois cette porte claquer, je sursaute. 22 for Silicon Alone est un projet audiovisuel. On vient d’ailleurs de tourner un clip que j’ai réalisé en compagnie d’une équipe formidable. Il sortira en juin. L’an dernier, j’ai monté et animé celui consacré au premier single, « 0+1=2 »...

Au fil des écoutes de cet elpee, les compos semblent de plus en plus riches. Cette invitation à la découverte était-elle également un processus conscient ?

Perso, j’aime les œuvres qui demandent d’y revenir plus d’une fois. J’ai choisi de travailler avec François, car on était sur la même longueur d’onde. Ma musique comptait déjà plusieurs niveaux de lecture, aussi nous nous sommes donc amusés à en développer d’autres au travers des paroles.

Il existe également une approche poétique et théâtrale dans les compositions. Poétique, certainement, à travers les paroles chantées en français. Et théâtrale, surtout derrière la musique et les voix. Une explication ?

L’Art est le miroir inversé de la vie. Dans cet album, j’ai mis tout ce que j’avais dans les tripes. Tout a toujours été un prétexte pour me donner en spectacle. J’ai toujours adoré fouler les planches. Très jeune déjà, que ce soit pour ma famille, mes voisins ou à l’école, je n’ai jamais pu m’empêcher de me mettre en scène. C’est mon exutoire…

Quand tu chantes dans ta langue natale, est-ce pour apporter une touche de chanson française à tes compositions ?

Mes principales influences sont anglo-saxonnes. Je ne me suis réellement intéressé à la chanson française que très tard. Mais comme je suis de nationalité française, forcément, j’ai voulu approfondir ma relation avec cette langue. Donc oui, il y a une touche et même un peu plus…

La pandémie a-t-elle boosté ta productivité ? Cette période a incité, par exemple, certains musiciens à composer davantage… 

Les confinements m’ont permis de prendre le temps pour finir l’album (NDR : il a été mixé et masterisé courant de l’été 2020). J’ai beaucoup écrit, oui, et pas que de la musique. Comme pour beaucoup, c’était avant tout un retour à l’essentiel et clairement pour moi une période de productivité intense.

Que penses-tu du streaming en direct ? Bien que le terme ‘direct’ soit devenu un euphémisme…

La crise nous a poussés à se remettre en question et à se réinventer. Je suis heureux de voir que même si nous ne pouvons pas jouer devant un public, il est quand même possible de se produire, et ainsi de conserver un lien avec lui. Espérons que l’on puisse bientôt se remettre au stage diving car, il faut le rappeler, nous sommes quand même des êtres non-virtuels, à la base…

Quel regard portes-tu sur le futur du groupe ? Penses-tu partir en tournée, à la conquête du monde, par exemple ?

Je ne m’avance pas trop sur le sujet, car on dépense beaucoup d’énergie à se justifier, surtout quand on annonce un événement et qu’il ne se produit pas. Je préfère ne décevoir personne. J’espère que suite à la sortie de l’album, du clip et de l’enregistrement ‘live’ prévu en septembre, lors de notre résidence à la Maison des Cultures de Molenbeek-Saint-Jean, nombreux seront ceux qui s’intéresseront au projet. J’ai bon espoir que l’équipe s’agrandisse et que nous puissions partir en tournée dès que c’est possible, dans une forme de conquête du monde. Que l’album soit découvert par un maximum de personnes et qu’on nous appelle pour venir se produire en concert !

On suppose également que tu as toujours des projets dans le domaine du cinéma ? As-tu un film en préparation ?

Yesss. Des infos bientôt…

CélénaSophia

Ce n’est pas en arrière qu’il faut regarder…

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Ça y est ! Nous sommes déconfinés après 7 mois d’attente ! Enfin, le cycle des concerts reprend ! Un bon début : second spectacle ce soir, organisé par Silly concerts. Il ne se déroule pas au Salon. Des travaux ont été entrepris pour rénover la salle. Dès lors il se déroulera dans les jardins du Centre Culturel, sous chapiteau. Pas plus de 50 spectateurs. Ils devront être masqués et restés assis pur respecter les gestes barrière. Ce soir, en tête d’affiche, la fratrie Tornabene aka CélénaSophia. A force de travail, elles ont acquis ‘des planches’ ; et elles vont encore le démontrer lors de leur prestation.

La première partie est assurée par Clara Gotto. Agée de 20 ans, cette jeune chanteuse/claviériste est épaulée par son paternel qui se consacre à la guitare semi-acoustique et aux backing vocaux. Plutôt sympa, il a le chic pour détendre l’atmosphère. Son humour décapant révèle un amoureux de la langue française. Et apparemment c’est lui qui écrit les textes des chansons. Il nous signale que le répertoire va nous inviter au voyage. Et comme le père et la fille sont originaire d’Italie, le périple est immédiat. Ainsi « Sur la riviera », on imagine deux amoureux qui se promènent, main dans la main, ou circulent sur de petites routes à bord d’une vespa. On épinglera encore « Des ABL sur le pavé », une compo qui se réfère à sa contestation éclairée de Gainsbarre. A suivre de très près…

Setlist : « Rumba », « Sur la riviera », « Le dernier virage », « Des ABL sur le pavé », « La Sille ».

Depuis le début de leur parcours, les frangines épousent une courbe ascendante. Jérôme Magnée (Dan San, Yew, Ebbène...) leur a apporté un fameux coup de main en se chargeant de la direction artistique lors de la réalisation de leur premier album. C’est grâce à lui que les filles ont décroché la médaille de bronze aux Jeux de la Francophonie d'Abidjan, en 2017.

Né de la fusion des deux prénoms (Céléna et Sophia), elles sont responsables d’une chanson française réaliste et urbaine. En 2015, elles avaient publié un premier Ep (« A l’aventure ») qui leur a permis de fouler les premières grosses scènes en Belgique (Botanique, Francofolies de Spa, BSF, ...) et à l'étranger (Suisse, France, Canada, Côte d'Ivoire). Elles participent à deux reprises aux rencontres d'Astaffort au cours desquelles Francis Cabrel et son équipe les aident à peaufiner leur répertoire.

Ce soir, elles sont venues présenter leur bébé, un premier long playing paru en janvier dernier et intitulé « Les Géantes Bleues ». Les deux sœurs y affirment leur féminité, leurs doutes, leurs besoins d’évasion et de passions ainsi que leurs acharnements. Et par-dessus tout, leurs valeurs et leurs idéaux. Si le folk pratiqué à l’origine n’a pas disparu, il s’est enrichi de beats, de codes empruntés au hip-hop, de gimmicks pop, de beaux effets aériens sur les guitares et d’un zeste d’électro.

Pas de Jérôme Magnée derrière les fûts pour épauler CélénaSophia. Il est remplacé par les sonorités électro et les percus d’un iPad. Par contre, elles se partagent bien guitares électrique et acoustique ; Céléna surtout l’électrique, Sophia, la sèche. Et leurs interventions lancinantes collent bien aux morceaux les plus introspectifs…

Elles sont accueillies en triomphe, malgré le maigre public. Céléna se décrit comme une ‘vraie impulsive’. Sophia comme une ‘fausse calme’, mais elles sont fusionnelles. D’ailleurs, pour monter sur les planches elles portent la même tenue : leggin noir, tee-shirt noir, chaussures et vestes dorées et brillantes.

La set list est essentiellement puisée au sein du premier opus y compris la reprise de « Comment est ta peine », une composition signée Benjamin Biolay. Seuls deux tubes plus anciens (« Les pieds sur terre » et « Dis-le-moi plus fort ») seront également interprétés. Elles accordent une attention particulière aux chansons que les frangines ont dédiées à leur maman, perdue trop tôt. Ce qui suscite beaucoup d’émotion. Le concert s’achève par « Folie reviens », leur dernier single. Le message est clair : ‘Ce n’est pas en arrière qu’il faut regarder…’ C’est une ligne de conduite, un slogan pour CélénaSophia. Elles ne reviendront pas sur les planches…

Assez participatif, le public a même pu se dandiner et applaudir devant son siège. Fait dire que Madame Ingrid Corona veillait au grain…

Setlist : « On s'en souviendra pas », « Les vents contraires », « Pile ou face », Seul hôtel », « Les pieds sur terre », « Passage secret », « Me plonger dans tes yeux », « Je te vengerai » « Comment est ta peine ? » (Benjamin Biolay), « Les géantes bleues », « Je cours après le temps », « Dis-le-moi plus fort », « Ne rentrons pas », « Folie reviens ».

Organisation : Silly concerts et Centre Culturel de Silly

Gaëtan Roussel

Est-ce que tu sais ?

Écrit par

Il a d’abord sévi chez Louise Attaque et Tarmac, puis s’est lancé en solo et ensuite en duo, notamment en compagnie de Rachida Brakni, mais a également enfilé le costume d’auteur et de producteur, et tout particulièrement pour Bashung et Vanessa Paradis. Il faut le reconnaître, Gaëtan Roussel multiplie les expériences musicales avec une facilité déconcertante depuis de nombreuses années.

A l’aube du 25ème anniversaire du groupe qui l’a porté à l’autel d’un succès populaire et critique, l’énigmatique chanteur à la signature vocale singulière nous propose son quatrième opus. Un disque aussi détonnant que grisant… 

Partiellement écrits avant le confinement, les onze titres de ce disque traitent de la condition humaine, de la capacité de résistance ("Les Matins difficiles"), du partage générationnel ("La Photo") en passant par le réconfort amoureux ("Je me jette à ton cou", "Tout contre toi").

Tramée essentiellement sur la guitare acoustique et la voix, la musique du presque quinqua agrège allégresse et délicatesse ; et pourtant, son timbre éraillé apporte un côté dramatique et intimiste au propos. 

"Est-ce que tu sais?", c’est avant tout un disque d’amour et de résilience au cours duquel l’auteur et son réalisateur Maxime Le Guil (Christophe, Camille, Vincent Delerm…), sans chœurs, ni anglicismes, mais en épinglant quelques duos (Camélia Jordana sur "La photo" et Alain Souchon pour "Sans sommeil") et en s’autorisant quelques envolées de violons ci et là, ont accompli un travail  sans concession où l’à-propos de l’homme rejoint celui du grand mélodiste.

Une œuvre ambitieuse mais aboutie dont la diversité et l’amplitude sont tempérées par cet ersatz de sobriété propice à l’introspection et au dépouillement.

En gravant "Est-ce que tu sais?", Roussel (se) pose des questions, sans parvenir pour autant à donner des réponses, chacun étant invité, au fond, à trouver les siennes…

Mike Polizze

Long lost solace find

Écrit par

Etabli à Philadelphie, Mike Polizze appartient à cette vague d’artistes indie-rock talentueux sur laquelle Adam Granduciel (leader de War on Drugs) et Kurt Vile (ex-War on Drugs) surfent comme meilleurs ambassadeurs.

Alors qu’il milite chez Purling Hiss, une formation rock/garage issue de  Philadelphie, Mike cherche déjà à explorer d’autres horizons musicaux. Il décide alors de débrancher l’électricité et de se lancer en solo. 

Pour enregistrer son premier opus, il s’est bien entouré, puisqu’il a pu compter sur le concours de son ami Kurt Vile (il se sert ici de toute une panoplie d’instruments et se charge des chœurs) et de Jeff Zeigler, ingénieur du son pour War on Drugs, Kurt Vile et Steve Gunn).

Vu la liste des collaborateurs, il n’est pas étonnant que la musique de ce « Long Lost Solace Find » nous plonge au sein d’un univers sonore réminiscent de Kurt Vile. Même le timbre vocal de Polizze est proche de celui de Vile. Et tout comme lui, il a décidé d’en revenir aux racines du folk/blues américain.

Impeccables, les dix ballades aux mélodies entêtantes et lumineuses se nourrissent judicieusement de guitare sèche (surtout), jouée en slide (évidemment !), d’harmonica et de cuivres, oscillant de l’allégresse (« Revelation ») à la mélancolie (« Cheewawa », « Wishing Well »).

Pour un premier essai, Mike Polizze marque des points. Son « Long Lost Solace » s’écoute d’une traite sans jamais baisser de régime. Et si l’artiste marche sur les traces de Kurt Vile, il n’est pas loin de le rattraper… 

Un Âne Gonflable

Un âne gonflable

Écrit par

Drôle de nom pour un groupe ! Surtout quand on sait qu’il compte en ses rangs des musiciens allemands. Et qu’il est établi à Berlin. Mais on comprend mieux ce choix, lorsqu’on apprend qu’il est drivé le ‘frenchy’ Luc André. Un Âne Gonflable est responsable d’élégantes chansons indie-pop interprétées dans la langue de Molière, de Shakespeare (avec un accent français ‘of course’) ou même de Goethe.

Le premier opus d'un Âne Gonflable est éponyme, un disque dont les compos naviguent entre indie pop nourrie aux guitares sautillantes à la Two Door Cinema Club (« Strawberry Sunday ») et rock hexagonal plus basique (« La Presqu’Ile » lorgne manifestement vers Luke). Dommage que le chant ne soit pas toujours assuré…

Link Protrudi

The Best of

Écrit par

Link Protudi n’est autre que Rudi Produti, le leader du groupe légendaire The Fuzztones. Flanqué des Jaymen, il permet ainsi à un projet parallèle de rendre hommage à la musique surf, à Link Wray et au rock’n’roll originel. Sur ce ‘best of’ on retrouve des plages issues des albums « Drive it home », « Missing link », « Naked Crisco Twister party » et « Seduction » ; mais dans des versions inédites et remasterisées. Exclusivement instrumentaux, les morceaux nous replongent à la fin des 50’s et au début des 60’s, à une époque où le son surf de la guitare électrique était une référence ; et en particulier chez les Shadows.

Link Produdi & The Jaymen

Cesar Quinn

Opal

Écrit par

Issu de Duffel, Frederik Daelemans fréquente l’Académie des Beaux-Arts de Gand où il suit des cours de producteur. Multi-instrumentiste (NDR : il se consacre au chant, à la guitare, au piano et au violoncelle), il a recruté des musicos qui partagent les mêmes idées musicales pour fonder Cesar Quinn.

Après avoir publié quelques singles, qui ont bénéficié de clips vidéo artistiques réalisés par la copine de Frederik, Kayla Van Durme, Cesar Quinn nous propose son premier opus. Non seulement, il s’intitule « Opal », mais chaque titre a reçu le nom d’une pierre précieuse.

Expérimentale, la musique ne manque pourtant pas de charme. Elle navigue entre indie rock atmosphérique, post punk, psychédélisme et jazz moderne, tout en y invitant subrepticement de l’électronique. La voix de Frederik se révèle tour à tour grave et déclamatoire, versatile ou alors limpide, notamment lorsqu’elle se conjugue en harmonies avec une vocaliste.

Quand elles se complexifient, les compos évoquent tantôt Radiohead, Mahavishnu Orchestra ou encore Tuxedo Moon. Et puis, il y a ce piano électrique qui accentue la touche jazzyfiante de la solution sonore (NDR : la guitare et la section rythmique ne sont cependant pas en reste), le violoncelle de Frederik suppléant, dans l’imaginaire, le violon de feu Jean-Luc Ponty ou de Blaine L. Reininger.  

Dans un autre registre, « Opal (intro) » est plutôt hanté par Durutti Column ; vaporeuses et chatoyantes, les interventions à la six cordes rappelant celles de Vini Reilly.

Excellent dans le style !

Goldmund

The Time it Takes

Écrit par

Originaire de Pennsylvanie, Keith Kenniff est compositeur, multi-instrumentiste et producteur de musique électronique. Non seulement il multiplie les projets, mais c’est également un touche-à-tout. Il est impliqué chez Mint Julep, Helios et A Pale Fire, mais compose également des B.O. pour le cinéma, la télévision et la danse. En 2010, il a également fondé le label Unseen. Mais surtout il crée de la musique post-classique sous le patronyme de Goldmund, depuis cinq albums.

A l’ombre d’artistes tels que Nils Frahms ou Olafur Arnalds, auxquels on pense immanquablement en écoutant sa musique, l’Américain développe un style néo-classique en s’accompagnant aux claviers et tout particulièrement au piano.

A l’image de la pochette de « The Time it Takes », Kenniff élabore des morceaux instrumentaux atmosphériques, poétiques et mélancoliques. Sous un minimalisme d’apparence, il superpose les nappes afin de donner naissance à de petites perles sonores finement sculptées, à l’instar de l’excellent « Abandon ». Cet album agit comme un parfait anti-dépresseur, un remède nécessaire et salutaire en ces moments difficiles que nous traversons…

Palberta

Palberta5000

Écrit par

Palberta est un trio féminin réunissant Ani Ivry-Block, Lily Koningsberg et Nina Ryser. Issu de New-York, il nous propose son cinquième elpee.

Première constatation, les harmonies vocales échangées entre les trois filles sont remarquables. Suffit d’écouter les premières secondes de « Fragile place », entonnées a cappella, pour s’en rendre compte. Expérimentale, baroque, la musique est bien plus difficile d’accès. Un peu dans l’esprit des débuts de Throwing Muses voire des Slits. Certains titres sont répétitifs jusqu’à l’obsession. D’autres sont sculptés dans le post punk. Ou prennent un malin plaisir de changer constamment de tempo. Mais l’opus recèle également des plages complètement décalées. A l’instar du final « Before I got here », qui intègre une fanfare. D’« All over my face », une piste abrasive qui lorgne vers le funk blanc de Shriekback. De la valse « The cow ». Et comme elles aiment l’humour vache, elles nous invitent prestement à aller se faire cuire un œuf sur « Eggs n’bac’ ». Le dadaïsme à le Devo, on le croise sur « Hey ». Sur les 16 titres, on a même droit à un morceau de 18’. Sept d’entre eux ne dépassent d’ailleurs pas les 2’. Cependant, c’est ce contraste saisissant entre les harmonies vocales et l’instrumentation qui forge l’originalité de cette musique…

Pour votre info, sachez que les nanas n’hésitent pas à s’échanger les instruments, suivant les compos. Sans quoi, « Palberta5000 » constitue l’album le plus pop de cette formation active sur le circuit D.I.Y. et underground yankee depuis près de 10 ans.

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