Light Asylum lève le voile sur un nouvel album

Peu de groupes peuvent se targuer d'avoir le statut de 'groupe culte', mais c'est clairement le cas pour Light Asylum. Emmené par la voix énigmatique de Sharon Funchess, le projet basé à Portland, dans l'Oregon, a secoué le petit monde de la musique…

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Dernier concert - festival

The Cure
The Cure

Motorpsycho

Another Ugly

Le son dispensé par cet ensemble norvégien est tellement sableux, dense, qu'il est plus que probable que cet Ep a été enregistré à l'aide d'un matériel qui date des seventies, voire des sixties. Un peu comme l'affectionne Lenny Kravitz. Ou le garantissait des groupes comme Blind Faith, Free et Pretty Things près d'un quart de siècle plus tôt. Trois mythes qui semblent d'ailleurs exercer une influence majeure sur Motorpsycho. Même si le chanteur possède un timbre vocal proche d'un Greg Dulli (Afghan Wiggs) proche de l'agonie... Pour rester dans le ton, "Another Ugly" implique une cover de Kiss ("Watching You"), un morceau de psychédélisme acoustique consommé dans l'esprit du Jefferson Airplane ("Bluebery Daydream") et en guise de final, une rengaine ‘eurovisionnaire’ interprétée par un baryton qu'enrobe des chœurs mielleux...

 

Bob Mould

Poison Years

Entre la séparation d'Hüsker Dü et la naissance de Sugar, soit entre 1987 et 1992, Bob Mould a gravé deux albums solos. Deux disques qui passeront malheureusement inaperçus pour d'obscurs motifs de marketing... Pourtant, avec le recul, "Workbook" exhalait la même rage électrique et la même fièvre volcanique que le défunt et mythique trio de Minneapolis. Une fièvre exacerbée par les accents sauvages du violoncelliste James Scarpantoni. Plus complexe, mais aussi plus angoissé, plus amer, "Black Sheets of Rain" reflétait davantage l'état dépressif au sein duquel Bob avait fini par s'abandonner. Pourtant, ces deux opus constituent l'indispensable chaînon manquant entre le punk yankee (ou hardcore juvénile, si vous préférez) et le grunge (tout aussi juvénile vous l'avouerez). Enrichi de cinq titres enregistrés ‘live’, "Poison Years" synthétise en neuf morceaux les deux œuvres injustement ignorées. Un document!

 

Madder Rose

Panic On

Auteur d'un remarquable premier album en 1993, Madder Rose vient de rééditer sa performance avec "Panic On". Le quatuor new-yorkais nous invite, à l'instar de Mazzy Star (ça rime), à explorer le labyrinthe de la mélancolie. Mais d'une manière moins sinistre. A cause de l'ambivalence des compositions. Vulnérabilisées par le timbre vocal languissant, gémissant, tendre de Mary Larson. Et meurtries par les cordes de guitares tumultueuses, effilées de Billy Coté. Coproduit par Mark Freegard, personnage impliqué dans la finition du "Last Splash" des Breeders, "Panic On" exerce une fascination qui aurait été filtrée successivement dans l'univers de My Bloody Valentine et de Cowboy Junkies. Epatant !

 

Magnapop

Hot Boxing

Première constatation, ce quartet géorgien n'a plus fait appel à Michael Stipe pour produire son deuxième CD. Pas que Magnapop soit en froid avec le leader de REM. Au contraire! Mais le groupe souhaitait reproduire un son plus énergique, plus métallique, plus trash. Et dans cette optique il s'est tourné vers Bob Mould. Evidemment, connaissant la réputation de cet ex-Hüsker Dü, il ne faisait aucun doute que l'objectif serait atteint. Hormis une version acoustique de "Merry" et un détour par le punk pur et dur ("Pretty Awful"), les quatorze fragments consomment une électricité juvénile crépitante, torturée, à la croisée des chemins de Buffalo Tom, de Belly et bien sûr de Sugar. Une électricité sauvageonne, abrasive, vitriolée de lyrics menaçants, fiévreux, sensuels et grinçants mais conduite par un sens mélodique pop à la fois irrésistible et excitant...

 

Manic Street Preachers

The Holy Bible

A l'issue de la première écoute du troisième opus de cet ensemble gallois, nous étions interloqués. Nous ne connaissions pas encore les circonstances qui avaient entouré les séances d'enregistrement, mais nous ressentions un profond malaise. Pas que le disque soit décevant, au contraire! Mais il inocule une mélancolie presque maladive, glacée, bouleversante, alors que les deux premiers elpees des Manics affrontaient simultanément la vindicte, le glamour et le punk. Que s'est-il donc passé? D'abord le groupe a travaillé d'arrache-pied pendant cinq semaines pour concocter ce disque. Et pour se changer les idées, il n'a rien trouvé de mieux que de prendre, sous forme de vinyle, une overdose de Joy Division. Moralité Richey Edwards, le chanteur guitariste, s'est tapé une déprime. Enfin, cette histoire aurait pu arriver plus tôt. Les textes traduisent cet état d'esprit. En général autobiographiques, ils reflètent une vision hantée, incroyablement désolée de l'existence. On se croirait revenu, lyriquement parlant, aux thèmes ‘cold’ développés par Cure, Bauhaus et bien sûr Ian Curtis début des eighties : holocauste, contrôle des armes, anorexie, suicide, dictature. Sans quoi cet "Holy Bible" constitue un superbe album. Les hymnes mélodiques rampant sous le clapotis des vagues de cordes de guitare tantôt acoustiques, tantôt électriques, tantôt venimeuses (Jane's Addiction?) ; des hymnes qui s'agitent convulsivement sur une ligne de basse aux vertus P.I.L. . Bouleversant !

 

Ian McNabb

Head Like A Rock

Depuis la séparation d'Icicle Works, Ian McNabb n'est toujours pas parvenu à imposer son talent d'artiste solo. L'an dernier, il nous avait gratifiés d'un album en demi-teinte. Ses superbes capacités vocales et son sens mélodique aigre ne parvenant que trop rarement à s'extraire d'arrangements sub Black. Pour enregistrer "Head Like A Rock", Ian a décidé de mettre le paquet. Il est allé à Los Angeles et s'est entouré du gratin de la scène musicale californienne. Et en particulier du mythique Crazy Horse. Jusqu'à ce jour, hormis Neil Young, jamais personne n'avait pensé à leur proposer une semblable collaboration. Et il faut croire que l'idée a plu à Billy Talbot et à Ralph Molina, puisqu'ils ont accepté sans la moindre réserve. Leur intervention se limite cependant à quatre titres ("Fire inside my soul", "You must be prepared to dream", "Child inside a father" et "May you always"), mais quatre fragments qui valent à eux seuls l'acquisition de l'album. Pas besoin de vous faire un dessin pour imaginer la texture électrique des quatre chansons ! Et si le reste de l'œuvre ne possède pas la même pêche, il recèle d'excellentes surprises. Comme cette superbe ballade countrysante "As a life goes by" ou ce savoureux "This time is forever" trempé dans le new Mersey Sound et éclaboussé de steel guitar. Ian flanqué des Crazy Horse a donné quatre concerts en Grande Bretagne il y a quelques semaines. Croisons les doigts pour que cette expérience puisse se renouveler et transiter par la Belgique...

 

Uzeda

Waters

Lorsqu'on évoque le rock italien, on pense inévitablement à Litfiba. Et bien, il faudra bientôt compter sur Uzeda. Un groupe sicilien dont le dernier album a reçu une excellente critique dans le Melody Maker. Ce qui mérite d'être souligné, car en général, la presse britannique n'apprécie pas tellement la concurrence du Vieux Continent... La production de Steve Albini y est sans doute pour quelque chose. Tout comme la remasteration du CD dans les célèbres studios Abbey Road de Londres. N'empêche, ce "Waters" ne manque pas de qualités. Dix compositions liquéfiées dans les guitares sauvages, distordues, intrépides (Pavement? Levitation?), canalisées par les drums hypnotiques, venimeux, et écumées par la voix tantôt alanguie (Kim Gordon), tantôt surexcitée (Polly Harvey?), tantôt gémissante (Kim Deal?) de Giovanna Cacciola. Impressionnant !

Laika

Le secret ? Le travail à la maison !

Écrit par

En juillet 93, la presse spécialisée parlait de Moonshake. Entre autres choses captivantes, on apprenait que Margaret Fiedler quittait le groupe (en compagnie du bassiste Jon Fennett et du producteur Guy Fixsen) pour former Laika, laissant Dave Callahan seul aux commandes du vaisseau. Et, à écouter parler Margaret et Guy, il est quand même amusant de constater à quel point leurs discours sont proches…

Margaret : La séparation était avant tout une décision de Dave. Il voulait continuer sous le nom de Moonshake, afin de prendre d’autres directions. Et je crois qu’il est le seul membre originel qui y soit encore. C’était son choix ; mais je ne le déplore pas. Je pense qu’on est tous les deux beaucoup plus heureux ainsi.
Guy : Mon regard est plus extérieur puisque je n’étais jusqu’ici que producteur ou ingénieur. Mais il me semble que l’intérêt de Moonshake procédait de ce contraste entre deux styles d’écriture très différents. Comme j’écris aussi, maintenant, j’espère qu’on retrouvera dans Laika ce genre de nuances, de combinaisons étranges.

Format chanson

Que pensez-vous, aujourd’hui du tout premier Ep de Moonshake, sorti sur Creation ?

MF : Dave de l’aime pas. Mais moi, c’est le tout premier disque que j’ai enregistré, même si j’ai milité dans des tas de groupes, pendant plusieurs années. J’y suis donc attachée. Je crois que pour un premier disque, ce n’était pas trop mal. Dave qui en comptait déjà 20 à son actif, pensait qu’il n’avait pas réussi ce qu’il voulait faire.
GF : Perso, c’est le deuxième disque que je produisais. On était encore assez naïfs, ce qui s’entend sur l’Ep… On est toujours très liés au format chanson, parce qu’il donne la vraie responsabilité d’une musique. Aussi bizarres qu’ils soient, tous les titres de l’album ont des couplets et un refrain. Comme il n’y a pas de guitares habituelles, c’est moins facile, mais la structure reste celle d’une chanson. Par exemple, on se lancerait pas dans 10 minutes d’ambient, sans vocaux. On aime les mélodies ! Et puis, on ne voudrait pas enregistrer des disques dont les gens pourraient se dire : ‘c’est très intelligent, mais je n’aime pas’. Il faut qu’ils aient avant tout du plaisir à l’écoute de notre musique.

Quels rapports entretenez-vous avec la guitare ?

MF : On utilise quand même des guitares en studio, mais peu sur scène. Juste parfois pour en sortir des sons qui de toute façon ressemblent à des samples. En concert on utilise avant tout ces samples, mais aussi des sequencers, des percussions et de la flûte. Un instrument n’est pas bon ou mauvais en lui-même, que ce soit une guitare ou un sampler, tout dépend de la manière dont on s’en sert. Tu sais on travaille beaucoup à la maison et, du coup, on a tout notre temps pour essayer plein de trucs et se rendre compte de ce qui vaut le coup ou pas. Si quelque chose marche, ça finit par atterrir sur le disque, que ce soit acoustique ou électronique, programmé ou live. On n’a pas la contrainte d’entrer dans un studio, loué pour une semaine avec l’obligation de boucler un album.

Leur propre studio

GF : des groupes comme Kraftwerk, Can ou aujourd’hui My Bloody Valentine, Cocteau Twins et les Beastie Boys possèdent leur propre studio. Et c’est la raison pour laquelle ils ont un son caractéristique, qu’on l’aime ou pas, qui leur appartient vraiment. Non seulement, ça personnalise leurs disques, mais ça leur permet de ‘vivre avec’. En tant que producteur, j’ai vu tellement de groupes obligés de bosser dans la précipitation, et frustrés de ne pas toujours obtenir ce qu’ils souhaitaient. Parfois, parce que moi-même, je n’avais pas le temps de vraiment comprendre ce qu’ils espéraient. Dans ces conditions, la chance compte énormément, pour réussir ou non un disque.

(Article paru dans le n°29 du magazine Mofo de décembre 94)

 

Balanescu Quartet

Luminitza

En 1992, Balanescu Quartet rendait sur "Possessed" un bel hommage à Kraftwerk, en adaptant à la sauce classique des covers du mythique duo teuton. En publiant "Luminitza", la formation semble avoir définitivement tourné la page et opter plus classiquement pour la musique de chambre. Avant-gardiste, il est vrai. Expérimentale même, à la manière de Tuxedo Moon circa "Divine" ou de Barry Adamson, il faut le souligner. Mais à notre humble avis, essentiellement destinée à sonoriser la bande sonore cinématographique. Pas de pot!

 

 

 

The Afghan Whigs

What jail is like

Attention, ceci n'est pas un nouvel album du quartette de Cincinnati, mais une compilation partagée entre titres studio et morceaux ‘live’. Hormis deux versions du titre maître, composition qui figurait sur "Gentlemen", et "Now you know", version enregistrée en public de ce dernier opus, "What jail is like" s'attaque à quatre covers de rhythm’n’blues. La plus célèbre, "My world is empty without you" des Supremes n'ayant cependant voix au chapitre que pour la moitié de la cover. Ce qui n'empêche pas le CD d'être d'excellente facture. En tous cas, il permettra aux nombreux (et surtout nombreuses) fans (qui a dit groupies?) de patienter jusqu'au prochain elpee. Il règne, d'ailleurs, tout au long de cette œuvre, une tension blanche, latente, sensuelle ; une tension alimentée par un tourbillon d'émotions capricieuses. Emotions suscitées par la voix déchirée, fiévreuse (et le mot est faible!), passionnelle de Greg Dulli, organe vocal qui provoquerait (au féminin!) les fantasmes les plus pervers... Mais là, c'est une autre histoire!