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Kreator - 25/03/2026
Hooverphonic

Dour festival 2026 : dimanche 19 juillet

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Bon nombre de festivaliers anticipent déjà le rush des départs prévu ce lundi. Sacs à la main, certains gagnent leur véhicule dans l’espoir de quitter le site plus calmement. Ils se souviennent sans doute de ces années où il fallait patienter des heures, sous un soleil de plomb, avant de retrouver le bitume.

Votre serviteur doit malheureusement écourter sa journée, pour raison familiale. Dommage, car ce clap de fin aligne encore de belles affiches, dont Ghinzu, The Experimental Tropic Blues Band ou Interpol. Sur le papier, il s’agit même sans doute de la journée la plus riche musicalement.

À la suite de la défection d’Odezene, Eosine se produit à 18 heures. Une bonne nouvelle : programmée en début d’après-midi, la formation aurait probablement attiré moins de monde.

En attendant, cap sur la Boombox pour découvrir Elea.

Jeune pousse de la pop francophone, Elea s’est fait remarquer par des compositions introspectives et une sensibilité artistique immédiate. Entre mélodies accrocheuses et confidences intimes, la chanteuse s’est frayé un chemin jusqu’aux grands festivals, séduisant un auditoire sensible à sa sincérité.

Sous ses airs parfois fragiles, Elea affirme une identité visuelle claire. Sur les planches, elle a enfilé un pantalon trop court, un bonnet qui lui donne un petit côté écolier et, détail plus inattendu, une cravate.

Au fond du podium, son nom s’affiche en grand, ponctué de clins d’œil pleins d’autodérision : un bonnet rose posé sur le ‘E’ et le ‘A’, une cravate sur le ‘L’. Ces signes distinctifs renforcent l’univers graphique de la tournée. La jeune artiste maîtrise déjà quelques recettes du marketing.

Côté line-up, elle est épaulée par un bassiste et un batteur, tandis qu’un DJ, installé au centre de l’estrade, soigne l’habillage sonore et les rythmiques du set.

Dès les premières notes de titres entraînants comme « Nouveau départ » ou « Tout recommencer », le ton est donné. Elea se livre au fil du concert, évoquant auprès de la foule son goût pour la musique classique et Eddy de Pretto. Pour lui rendre hommage, elle interprète une version très personnelle de « Random », exercice qu’elle aborde avec assurance.

C’est toutefois sa reprise de « Creep » de Radiohead qui surprend le plus. Elle y mêle français, anglais et incursions rap dans une version ample, efficace, qui réveille la fosse. La tension grimpe encore au son de « Briller » et de « Passionnée de toi ».

Pour remercier les aficionados venus nombreux, elle présente en exclusivité « Pour moi », un titre inédit annoncé pour le mois d’août. Plus ambiancé et rythmé que ses morceaux habituels, il laisse entendre une orientation plus marquée vers le rap.

Enfin, pour prendre congé de ses hôtes, elle propose une relecture d’un titre de Maître Gims, moins spectaculaire que les moments précédents, mais assez légère pour refermer la prestation sans lourdeur.

L’Atelier accueille ensuite Kaat Van Straelen.

Figure montante du paysage musical, Kaat Van Straelen séduit par un univers situé entre pop organique, mélodies soignées et textes intimistes. Grâce à des compositions ciselées et une présence lumineuse, l’artiste s’est peu à peu imposée sur des affiches plus exposées, affirmant une signature singulière.

Sur les planches, la formule reste épurée, efficace et résolument rock. Le combo réunit un bassiste, une chanteuse, un guitariste et un drummer. Le bassiste, chevelu comme un lion, imprime une présence visuelle sauvage qui contraste agréablement avec la finesse des mélodies.

Devant une salle pleine à craquer, l’échange fonctionne bien. Au fil du set, la formation alterne rythmes accrocheurs et chansons plus douces, mettant en valeur la voix poignante et cristalline de la chanteuse.

Si la connexion semble réelle entre Kaat Van Straelen et la fosse, votre serviteur, lui, n’accroche pas. Une proposition plus appétissante attend peut-être du côté de la Petite Maison dans la Prairie : High Vis s’y colle.

Originaire de Grande-Bretagne, High Vis s’est rapidement imposé parmi les formations marquantes du punk et du post-hardcore actuels. Entre urgence abrasive, mélodies directes et textes ancrés dans la réalité de la classe ouvrière, le band a gagné une solide réputation sur les circuits alternatifs internationaux.

Sur l’estrade, le line-up va droit au but : deux guitares, un préposé au chant et un batteur redoutablement nerveux.

Dès l’intro et le brûlot « Drop Me Out », l’énergie jaillit. Ça part dans tous les sens, et la foule réagit immédiatement. Le combo enchaîne les salves sonores, traversant des morceaux tendus comme « Walking Wires », « Altitude » et l’implacable « Out Cold ».

Le frontman se dépense sans compter, harangue l’auditoire et accentue la tension de chaque titre. À sa droite, le guitariste ne ménage pas non plus ses efforts : ses gestes amples martèlent les accords et donnent du relief à « Mob DLA », « 0151 » ou encore « Guided Tour ».

La tension ne retombe pas lorsque surgissent les riffs incisifs de « Choose to Lose » et la charge de « Mind’s a Lie ».

Guidé par une voix âpre, le set s’achève sur « Trauma Bonds ». La foule ressort secouée, mais convaincue par une prestation viscérale et sans concession. De la rage, de la sueur et peu de place pour le compromis.

Il est 18 heures : Eosine peut entrer en piste.

Lorsque les musiciens d’Eosine grimpent sur l’estrade, on mesure à peine qu’un combo aussi jeune puisse déjà bénéficier d’une telle popularité. Emmenée par Elena Lacroix, à la guitare électrique et au chant, la formation compte quelques EP à son actif, dont « Obsidian » (2021) et « Carolline » (2023), mixés et masterisés par Mark Gardener himself, l’un des chanteurs-guitaristes du légendaire Ride.

Entre dreampop et shoegaze, Eosine esquisse un univers qui évoque Slowdive ou Cocteau Twins, tout en cherchant à s’en distinguer par une couleur sonore propre.

Toute l’équipe est vêtue de blanc. Serait-ce l’immaculée conception ? Elena Lacroix s’installe d’un pas sûr, entourée d’un batteur, d’un second guitariste et d’un bassiste chevronné. Au milieu de cette esthétique vaporeuse, un détail plus décalé attire l’œil : le second guitariste arbore une coupe mulet, touche amusante dans ce tableau soigneusement composé.

La voix peine à se dégager en début de set, mais la chanteuse corrige rapidement le tir et trouve sa place dans le mix.

Entre les morceaux, Elena s’adresse à l’auditoire en français, en néerlandais puis en anglais, chaque fois sans hésitation, ce qui crée une proximité immédiate.

Le combo dégage une belle énergie, taillée pour le live. Dès les premières notes de « Digitaline » ou de « A Scent », la voix laisse entendre des intonations qui rappellent Björk, tandis que les guitares oscillent entre reverb, chorus et delay.

Les compositions flirtent avec une abstraction sidérale et entraînent l’auditoire dans un climat presque cosmique. Le set gagne peu à peu en intensité avant de se refermer sur des vagues hypnotiques, marque de fabrique du combo.

Elena Lacroix manie sa guitare avec précision, tandis que la frappe du batteur alterne souplesse et rigueur.

Eosine signe ainsi un show carré et maîtrisé, confirmant son aisance sur les planches. Vaporeux, précis et cosmique : un triptyque idéal pour clore cette édition.

L’édition 2026 du festival de Dour s’achève ici. Entre le départ de son organisateur historique, Damien Dufrasne, lié au festival depuis 35 ans, un déficit structurel et les stratégies financières des actionnaires, l’édition 2027 pourrait réserver bien des surprises. Et pas forcément les meilleures.

(Organisation : Dour festival)

Dour festival 20026 : samedi 18 juillet

Écrit par

Et de trois ! Une journée supplémentaire commence à peser dans les guiboles. Même si le site paraît moins étendu cette année, il faut encore avaler pas mal de kilomètres, les podiums restant bien éloignés les uns des autres.

Les températures, plus respirables que lors des deux jours précédents, offrent un vrai répit aux festivaliers.

La journée se place sous le signe de la détente et de la découverte. Votre serviteur file donc vers la Petite Maison dans la Prairie, l’un des hauts lieux du rock, pour y écouter une toute jeune demoiselle du nom de Théa.

Propulsée par une ascension rapide sur le circuit indépendant francophone, Théa s’impose comme une voix singulière, entre urgence punk, esthétique pop et production électronique acérée.

Elle passe sans peine des climats intimistes de « Echo » ou « PTSMR » aux décharges sonores de brûlots tels que « h4rdro0ck3r ». L’autrice-compositrice-interprète s’est taillé une solide réputation sur les planches. Habituée des clubs underground et des tremplins alternatifs qui l’ont aguerrie, elle promène aujourd’hui sa gouaille et sa rage sur les grands podiums de festivals, auprès d’une jeunesse en quête d’authenticité brute.

Sur les planches, le regard accroche d’abord une batterie rose installée au milieu des projecteurs, tandis que les amplis, placés à l’opposé, affichent le même coloris flashy. À les voir ainsi trôner, on croirait presque le matériel sponsorisé par la Commune de Boussu, voisine du festival, dont le rose passe pour la couleur préférée de la Bourgmestre, affectueusement surnommée Barbie dans l’intimité. C’est dire !

Théa ne s’embarrasse pas toujours de délicatesse, et c’est précisément ce qui nourrit sa force. Tandis que résonnent des titres percutants comme « Hannah Montana », « Allo ? C Moi » ou l’euphorique « Enfants D’la Rave », elle livre ce soir « Bby me laisse pas », composition faussement nostalgique traversée par des beats proches de l’électro-rock. Elle n’abandonne jamais son goût pour le récit cru, notamment sous « Anxiolytiques » et son refrain cathartique – On a baisé une dernière fois. C’est fin, c’est frais et ça se mange sans faim.

Entre deux décharges sonores comme « Guillotine » ou l’entêtant « Cavale ! Cavale ! », l’artiste dessine un versant plus nuancé et réellement intéressant.

Ses textes, chargés d’une rage manifeste, parlent à une foule jeune qui semble connaître l’artiste sur le bout des doigts. Elle scande d’un même élan des titres comme « Qui Fera Taire les Kidz Fucked Up ?? », plus portée à vibrer collectivement qu’à reprendre sagement des refrains balisés.

Au cœur de cette déferlante électrique, le set prend soudain une tournure plus intime grâce à « Juste ami ». En version piano-voix, le registre change, et son grain vocal particulier trouve pleinement sa place, laissant entrevoir une fragilité plus directe.

Fidèle à ses convictions et à l’esprit frondeur de ses prestations, l’artiste ponctue aussi son passage de prises de parole antifascistes et antiracistes, qui donnent une autre portée au concert.

Une chose est sûre : le passage de Théa à Dour ne laisse guère indifférent. C’est cru, brut et sincère.

À une encâblure de là, la curiosité de votre serviteur le pousse vers l’Atelier, non pas pour bricoler, mais pour y voir Lézar. Pas l’animal, mais la formation, pardi !

Né dans le bouillonnement du circuit alternatif, Lézar s’est peu à peu faufilé dans le paysage musical en cultivant une esthétique singulière, loin des sentiers battus.

Nourri d’influences éclectiques, le projet s’est structuré au fil des répétitions et des passages locaux, jusqu’à trouver sa place dans l’effervescence de grands rendez-vous comme Dour.

Sur l’estrade, le quatuor réunit guitare, basse, batterie et chant, ce dernier incarné par une chanteuse à la présence affirmée.

L’univers proposé se situe à mille lieues de l’ambiance nerveuse à laquelle votre serviteur venait de s’habituer. Il doit bien se rendre à l’évidence : préférant d’autres horizons, il décide sagement de changer de crèmerie.

Et la déception ne s’invite pas au programme. Bob Vylan constitue sans doute l’une des belles surprises de cette édition 2026.

L’hémicycle de la Petite Maison dans la Prairie affiche complet. Signe que le spectacle annoncé risque de secouer les lieux.

Originaire de Londres, Bob Vylan réunit Bobby au chant et Bobbie à la batterie. À la croisée du punk, du rap et du rock alternatif, le duo s’est rapidement taillé un nom sur le circuit international grâce à des prestations viscérales et à un engagement politique tranché, qui bousculent les codes des grands festivals européens.

Sur le podium, un grand écran occupe l’arrière-plan. S’y succèdent des images de nature et, surtout, des textes politiquement engagés. La configuration s’avère minimale : un chanteur, un batteur et une bande-son percutante, qui renforce les compositions du duo.

La musique de Bob Vylan secoue d’emblée : elle respire une énergie foutraque et nerveuse.

Dès les premières notes de titres comme « We Live Here », « Down » ou l’explosif « GYAG (Get Yourself a Gun) », le ton est donné.

Le frontman, engagé et tendu comme un ressort, ne tient pas en place. Il bouge, sautille sans discontinuer et galvanise la foule au rythme de morceaux incisifs tels que « Makes Me Violent », « Take That », « Northern Line » ou le cynique « Sick Sad World ». Qu’il enchaîne l’urgence de « Ring the Alarm », la lourdeur moite de « Wicked & Bad » ou l’ironie mordante de « Pretty Songs », il occupe l’espace scénique par une intensité constante.

Entre « I Heard You Want Your Country Back » et l’implacable « Hunger Games », on retient aussi l’hommage rendu à Stephen Lawrence.

Pour rappel, ce jeune étudiant noir britannique de 18 ans a été assassiné en 1993 à un arrêt de bus de Londres, lors d’une attaque raciste qui a profondément ébranlé le Royaume-Uni et mis en lumière les failles institutionnelles ainsi que le racisme systémique de la police britannique.

En invoquant sa mémoire, le duo ancre sa prestation dans une réalité historique et militante forte. Rage, mémoire et frontalité : voilà le triptyque Bob Vylan.

Pour terminer cette journée, place aux déjantés de TVOD. Derrière cet acronyme ne se cache pas une chaîne de télévision, mais une bande de joyeux lurons déchaînés dont l’objectif consiste à contenter une foule exigeante musicalement.

Dans la lignée des formations qui raniment l’urgence du rock indépendant, TVOD s’est forgé une solide réputation au fil de prestations intenses. Entre nostalgie vénéneuse, énergie post-punk et tension abrasive, le sextuor s’impose comme une valeur sûre à suivre sur les scènes alternatives européennes.

Sur les planches, le line-up est complet et généreux : une batterie, une basse, deux guitares, un clavier et un chant. Côté style, le frontman annonce la couleur grâce à un t-shirt jaune à manches longues flanqué du logo Martini, clin d’œil rétro assumé qui donne le ‘la’ de la performance.

La formation délivre une sonorité héritée des années 80-90. Dès que résonnent « Uniform », « Pool House » ou l’implacable « Car Wreck », les guitares suintent la distorsion et le batteur claque ses baguettes sur les fûts par une précision rageuse, rappelant la grande époque des vieux briscards du rock.

Mais les frasques survoltées du chanteur justifient à elles seules le détour et propulsent le show dans une zone délicieusement foutraque. Il court, hoche la tête frénétiquement et sautille sans répit sur des salves sonores telles que « Super Spy », « MUD », « Ex-Boyfriend Beat » ou le cinglant « Clorox ». Entre deux accélérations sauvages comme « Pilots », « Rerun » ou le percutant « PIT », il mène la danse de bout en bout, pour le plus grand bonheur des aficionados massés au pied du podium.

Alors que la tension grimpe au son de « Meetings », « Wet Brain », « Wells Fargo » et de l’hymne incandescent « Party Time », le set s’embrase pour de bon.

Sous les vagues sonores hypnotiques de « Alien » et de l’entêtant « Mantis », les musiciens finissent par emboîter le pas de leur gourou. Dans un élan collectif, la troupe entière s’abandonne à un final où elle s’écroule sur les planches, couchée au sol et happée par la transe.

Nostalgie, transe et sueur : TVOD vient à bout des derniers organismes encore debout.

Plus rien de vraiment apaisant n’apparaissant au menu, votre serviteur préfère tourner les talons et parcourir les quelques kilomètres qui le séparent de son cocon.

(Organisation : Dour festival)

Dour Festival 2026 : vendredi 17 juillet

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Hormis la tête d’affiche du jour, aucun nom de l’affiche ne parlait vraiment à votre serviteur. Tant mieux : c’est souvent dans ce genre de brouillard que son flair aime s’aventurer.

Direction la Petite Maison dans la Prairie, où le nez le mène tout droit vers Yoa.

En quelques années, Yoa s’est imposée parmi les nouveaux visages de la pop française. Après une poignée d’EP, la chanteuse franco-suisse a publié en janvier 2025 son premier long playing, « La Favorite », disque très personnel où elle aborde la santé mentale, les relations amoureuses, les violences sexuelles et l’identité. Cette progression rapide lui vaut, en 2025, la Victoire de la Musique de la Révélation Scène.

C’est autour de cet opus qu’elle pose pour la première fois le pied à Dour. Elle aborde l’exercice dans une décontraction communicative, à l’aise devant une foule qu’elle doit pourtant encore convaincre en partie.

Avant le concert, elle fixe une règle simple : le respect demeure la base de toute prestation. On aime ou on n’aime pas ; si la proposition ne convient pas, il suffit de partir.

La remarque prend tout son sens dans un festival comme Dour, dont la diversité de programmation permet à chacun de trouver chaussure à son pied parmi les podiums et les univers les plus variés.

Dès les premières minutes, la chanteuse impose une présence singulière, soutenue par une voix profonde qui tranche avec l’image fragile et aérienne que son univers pop électronique pourrait laisser supposer.

Sur les planches, Yoa est rejointe par deux danseuses. Le trio compose rapidement un ensemble cohérent, les trois artistes évoluant en réelle harmonie. La synchronisation réussie des danseuses prolonge les morceaux plutôt qu’elle ne les illustre platement. Le mouvement devient une composante du spectacle et lui apporte une dimension visuelle inattendue.

C’est ce caractère surprenant qui frappe surtout. Yoa ne se limite pas à aligner ses titres. Le set joue sur les contrastes, entre chansons douces, presque intimistes, et morceaux plus dansants, nourris d’électronique. Cette alternance évite au concert de s’installer dans une seule ambiance et révèle plusieurs facettes de son univers.

Parmi les titres interprétés, « 2013 » s’inscrit pleinement dans cette proposition à la fois personnelle et contemporaine. Yoa chante exclusivement en français, plaçant ses textes au cœur d’un spectacle où musique, voix et chorégraphie dialoguent en permanence.

La prestation aurait toutefois gagné en crédibilité par une prise de risque vocale plus marquée. Yoa chante sur bande-son, choix qui laisse une légère frustration au regard de la qualité de sa voix et de la maîtrise de son univers scénique. Cette voix profonde mériterait un dispositif live plus affirmé. Le contraste entre cette présence vocale singulière et l’usage d’une bande enregistrée donne parfois l’impression que le spectacle aurait pu franchir un cap.

Reste une première apparition à Dour convaincante. À l’aise devant l’auditoire, soutenue par deux danseuses parfaitement calées et capable de passer naturellement de la douceur à des rythmiques plus dansantes, Yoa propose un spectacle équilibré. Il confirme surtout que son univers ne se limite pas à une pop électronique introspective : sur podium, l’artiste entend aussi mettre les corps en mouvement, sans renoncer à la sensibilité qui constitue l’une de ses forces.

Toujours à la Petite Maison dans la Prairie, changement radical d’ambiance pour le show de Peaches.

La Canadienne, figure incontournable de l’electroclash et de l’electropunk depuis le début des années 2000, s’est bâti une réputation internationale grâce à une musique provocante, décomplexée, et à des performances qui brouillent les frontières entre concert, geste artistique et cabaret. Par son nouvel opus, « No Lube So Rude », elle prolonge son travail autour du corps, de l’identité et des normes sociales.

Autant le préciser d’emblée : Peaches n’a pas choisi la demi-mesure.

Dès son entrée sur les planches, le ton est donné. La chanteuse transforme presque chaque chanson en nouveau tableau. Pratiquement chaque titre s’accompagne d’une tenue différente, faisant basculer le concert vers un défilé surréaliste. Cette succession de costumes participe à la volonté de surprendre, de provoquer et de jouer sur les codes.

À ses côtés, deux danseuses aux allures volontairement ambiguës complètent le dispositif. Corps, costumes et accessoires brouillent les repères et rendent difficile la distinction entre les identités et les genres représentés. Peaches entretient elle-même ce flou, laissant planer le doute sur ce qu’elle souhaite donner à voir. La surprise, elle, tient bon jusqu’au bout.

Les deux comparses se livrent à des chorégraphies physiques, laissant les corps s’exprimer hors des conventions. La synchronisation entre les trois artistes fonctionne particulièrement bien et donne au spectacle une cohérence visuelle nette. Peaches et ses deux partenaires forment un véritable trio, où la danse pèse autant que la musique.

C’est là que réside la force de cette prestation. Une fois encore, le recours à une bande-son trouble pourtant légèrement l’ensemble. Comme pour Yoa, le spectacle aurait sans doute gagné en impact par une interprétation live. La présence scénique de Peaches, son expérience et sa capacité à capter l’attention auraient pu soutenir un dispositif musical plus organique.

Le volet visuel prend toutefois vite le relais. Impossible de décrocher les yeux de l’estrade. Chaque morceau apporte son lot de surprises, de changements d’apparence et de situations décalées. On ne sait jamais vraiment ce qui va arriver ensuite, et c’est précisément ce qui tient la foule en haleine.

Le set cherche clairement à provoquer le rire ou le choc. Peaches travaille cette frontière sans choisir totalement son camp. Elle provoque, amuse, interpelle et pousse l’auditoire à s’interroger sur ce qu’il regarde. Le corps devient outil artistique, terrain de jeu et parfois arme de provocation.

Musicalement, le personnage central évoque un improbable croisement entre Nina Hagen et Anne Clark. De la première, elle retient cette capacité à repousser les limites de la performance et à transformer l’extravagance en langage artistique. De la seconde, elle conserve cette froideur électronique et cette manière d’utiliser le corps comme instrument au service d’une musique qui ne cherche pas forcément à séduire.

Le résultat tient autant de la performance artistique que du spectacle musical. Peaches ne vise pas la prestation conventionnelle : elle impose son univers, ses codes et ses ambiguïtés. Si l’absence de véritable interprétation live laisse un léger goût d’inachevé, la richesse du dispositif visuel et la complémentarité entre la chanteuse et ses deux danseuses maintiennent l’attention.

Dans l’enceinte de la Petite Maison dans la Prairie, Peaches livre finalement un show à son image : provocateur, déroutant, drôle, parfois déstabilisant, impossible à enfermer dans une case. Un spectacle où l’on hésite entre rire, surprise et simple abandon au mouvement.

Votre serviteur se poste ensuite face à la Main Stage, coincé parmi une brochette de jeunes gaillards qui ne doivent pas dépasser la vingtaine, pour y (re)voir Orelsan.

Le rappeur caennais n’est plus vraiment à présenter. Depuis ses débuts à la fin des années 2000, Orelsan s’est imposé comme l’une des figures majeures du rap français. De « Perdu d’avance » à « Civilisation », en passant par « Le Chant des sirènes » et « La fête est finie », il a bâti une carrière jalonnée de succès populaires, de textes générationnels et d’une capacité rare à faire évoluer son personnage sans perdre son identité. Ses disques l’ont porté bien au-delà du seul cercle rap, jusqu’à en faire l’un des artistes francophones les plus populaires de sa génération.

Le frontman débarque soutenu par une machine scénique parfaitement huilée. Le concert se construit comme une succession de chapitres, autant de séquences qui structurent la progression du spectacle et de la narration. Cette architecture permet à Orelsan de naviguer entre différentes ambiances et plusieurs périodes de sa carrière, tout en conservant un fil conducteur.

Les chorégraphies témoignent d’un vrai travail de mise en scène. Les mouvements s’enchaînent précisément, tandis que l’écran géant installé en fond de plateau diffuse des visuels qui renforcent l’atmosphère de chaque morceau. L’ensemble apparaît spectaculaire, millimétré et pensé dans le détail.

Le concert démarre par « Yoroï », avant « Basique », qui plonge immédiatement la fosse dans l’univers du rappeur. « La Quête », « Le Pacte », « Plus rien », « Ailleurs » et « Boss » installent ensuite progressivement la dynamique du set.

Orelsan alterne les titres issus de ses différentes périodes, faisant voyager l’auditoire dans une discographie désormais particulièrement riche. Le medley « Pour le pire / Jimmy Punchline / Le Chant des sirènes / À l’heure où j’me couche / La pluie / Rêves bizarres » revisite plusieurs morceaux emblématiques, avant « Encore une fois » et « Défaite de famille ».

Le spectacle ne manque pas de moments forts. « Oulalalala », « L’odeur de l’essence », « Tellement d’amis », « Du propre » et « SAMA » maintiennent la pression, tandis que « Soleil levant », « Les Monstres » et « Athéna » apportent d’autres nuances à un set qui joue constamment sur les contrastes.

La foule connaît les paroles et ne se prive pas de le signaler. Orelsan peut compter sur une armée de fans qui reprend les morceaux à ses côtés et transforme la Main Stage en gigantesque karaoké. Le rappeur, lui, se dépense sans compter : il court, saute, harangue l’auditoire et multiplie les déplacements, comme s’il cherchait à repousser ses propres limites.

La dernière partie du concert s’articule autour de « Jour meilleur », « Épiphanie » et « La Terre est ronde », offrant une conclusion plus apaisée après un spectacle mené tambour battant.

Et pourtant, malgré cette énergie, quelque chose semble manquer. Orelsan se dépense sans compter, mais le spectacle paraît par moments si calibré, si maîtrisé, qu’il perd un peu de spontanéité. Tout est là : chorégraphies, écrans, effets visuels, scénographie et artiste infatigable. Derrière cette impression de perfection, il manque peut-être un supplément d’âme. Et la vieille bagnole posée sur les planches, depuis laquelle il se poste parfois pour chanter, ne change pas vraiment l’affaire.

Le contraste frappe d’autant plus que la discographie d’Orelsan repose largement sur une écriture personnelle, parfois intime, souvent introspective. Sur podium, cette dimension semble par moments reléguée derrière une production spectaculaire qui privilégie l’efficacité.

Le pari reste largement réussi sur le plan du divertissement. Le spectacle est solide, professionnel et visuellement impressionnant. Orelsan maîtrise les codes de la grande scène et sait comment entraîner une foule venue avant tout pour lui.

Cette foule, justement, était particulièrement dense. Le parterre, pris d’assaut par les fans du rappeur, chantait chaque refrain, reprenait chaque punchline et célébrait son idole.

Orelsan aura donc livré un spectacle sans faute technique majeure, soutenu par une scénographie ambitieuse et une énergie communicative. Un show efficace, même si, derrière cette machine parfaitement réglée, on aurait aimé retrouver davantage de cette part intime qui nourrit la richesse de l’artiste.

Avant de filer vers ses pénates, votre serviteur s’offre un dernier détour dans l’hémicycle de la Petite Maison dans la Prairie, pour y attraper le spectacle d’Oklou, alias Marylou Mayniel, productrice, chanteuse et compositrice française peu à peu imposée comme l’une des figures singulières de la nouvelle pop électronique.

Après plusieurs projets, dont la mixtape « Galore » en 2020, elle franchit une nouvelle étape par « choke enough », son premier véritable disque studio, sorti en février 2025. L’opus confirme son goût pour les atmosphères éthérées et les expérimentations électroniques, quelque part entre ambient, pop rêveuse et pulsations club.

À Dour, Oklou vient précisément défendre cet univers particulier, difficile à enfermer dans une catégorie. La Petite Maison dans la Prairie se transforme alors en bulle hors du temps, loin de l’agitation des autres podiums. La prestation cherche davantage à installer une atmosphère qu’à provoquer une déferlante d’énergie.

Oklou impose rapidement une présence retenue. Sa voix fragile et délicate se pose sur des nappes électroniques qui confèrent au set une dimension presque irréelle. Ici, pas question de chercher l’efficacité immédiate ni de multiplier les effets spectaculaires : tout se joue dans les textures, les nuances et les silences.

La musique flotte entre deux mondes. D’un côté, des compositions intimes et cotonneuses qui invitent à l’introspection ; de l’autre, des rythmiques plus électroniques rappelant les origines club de l’artiste. Ce contraste constitue l’une des forces de son univers et évite au concert de sombrer dans la monotonie.

Il faut pourtant accepter de se laisser porter. Oklou ne livre pas un spectacle construit autour d’une succession de tubes destinés à faire chanter la foule d’un festival. Son approche est plus sensorielle. Elle demande au spectateur de prendre le temps d’entrer dans son univers, de se laisser absorber par ces sonorités parfois étranges, parfois mélancoliques, mais toujours travaillées.

Cette proposition peut dérouter dans le contexte de Dour. Là où certains podiums cherchent à faire exploser les corps, Oklou semble plutôt vouloir les suspendre. Son concert fonctionne comme une parenthèse, une respiration au milieu du tumulte.

L’auditoire de la Petite Maison dans la Prairie semble progressivement se laisser gagner par cette atmosphère. Les compositions prennent une dimension immersive et esquissent un langage sonore propre à l’artiste.

C’est peut-être là que réside la singularité d’Oklou. Là où la pop électronique contemporaine cherche souvent à impressionner par la démesure, elle choisit la suggestion, voire l’intuition. Ses morceaux progressent par petites touches, construisant des paysages sonores dans lesquels la voix se fond plutôt qu’elle ne s’impose.

La prestation ne cherche donc pas à conquérir Dour par la force, mais plutôt à l’apprivoiser. Oklou propose une expérience musicale délicate, expérimentale et profondément personnelle, qui confirme la place particulière qu’elle occupe aujourd’hui dans le paysage électronique français.

À la Petite Maison dans la Prairie, la Française aura finalement offert un moment suspendu, quelque part entre rêve éveillé et réalité numérique. Le concert ne se donne pas immédiatement, mais gagne à être appréhendé comme une immersion. Dans le tumulte d’un festival comme Dour, cette capacité à créer une véritable bulle sonore constitue déjà une forme de réussite.

Un moment dense, traversé d’une intensité discrète. Une seconde journée qui s’achève dans l’amour. C’est aussi ça, Dour !

(Organisation : Dour Festival)

Dour festival 2026 : jeudi 16 juillet

Écrit par

Pour sa 36e édition, le Dour Festival n’a pas seulement revu sa programmation : il a aussi repensé une partie de son architecture. Six espaces thématiques — Last Arena, De Balzaal, Boombox, PMP, Dub Corner et L’Atelier — ont redessiné la circulation sur le site, tandis qu’une journée d’ouverture inédite, « The Opening », lançait les festivités dès le mercredi, quatre podiums déjà en activité. Une entrée en matière destinée aux habitués, le temps de prendre ses repères.

Côté logistique, l’organisation a revu le dispositif de parkings et de navettes : quatre zones de stationnement, reliées notamment depuis Anderlecht, Berchem, Hal, Vilvorde, Malines, Nivelles et la gare de Quiévrain. Depuis le 1er mars, la TVA sur les nuitées est passée de 6 à 12 % en Belgique, une décision gouvernementale susceptible de peser sur la formule camping, pilier économique du festival. Le secteur événementiel doit désormais composer avec des marges toujours plus étroites.

Le sold-out n’a pas été atteint cette année, sans doute en raison de coûts élevés et d’une affiche moins riche que lors des éditions précédentes. Mais au-delà des chiffres et des plans de site, la même faune continue de donner à Dour sa texture singulière. Ici, la mode n’obéit à aucune règle : déguisements improbables, tenues bricolées la veille au fond d’une tente, looks proches du dénuement complet, le tout dans une indifférence générale. N’y mettez pas bobonne, elle y perdrait son dentier !

Le site semble ainsi échapper aux codes vestimentaires habituels, comme si la plaine douroise devenait, pendant cinq jours, un territoire soustrait au regard extérieur. À intervalles réguliers, où que l’on se trouve, jaillit le cri de ralliement devenu totem sonore : un ‘Dourrreeeehhhh’ » lancé à pleins poumons, repris d’un espace à l’autre, rappelant que malgré les nouveaux podiums et les parkings réorganisés, l’essentiel demeure : cette communion chaotique propre au festival.

Après environ quarante-cinq minutes de marche sur les terres douroises, votre serviteur atteint enfin le site sous un soleil de plomb. Direction la Last Arena, espace principal planté face au VIP. À cette heure de l’après-midi, la foule reste clairsemée. C’est YĪN YĪN qui ouvre le bal.

Les membres de YĪN YĪN sont d’abord des gens de la nuit. Leur amitié s’est construite sur le terrain, au fil de soirées DIY qu’ils organisaient avant même d’envisager de monter une formation. Le déclic survient lorsque Yves Lennertz et Kees Berkers enregistrent une cassette inspirée des musiques du sud et du sud-est asiatique. Le duo s’installe, entouré d’une montagne d’instruments, dans un local de répétition loué près de Maastricht, puis y grave plusieurs morceaux en trois jours.

Pour donner vie à ces titres sur les planches, les deux musiciens sollicitent des amis le temps d’un concert. Ce soir-là, le duo devient quatuor, rejoint par Remy Scheren à la basse et Robbert Verwijlen aux claviers. Cette spontanéité, née de l’urgence et de l’amitié plutôt que d’un calcul de carrière, restera la marque de fabrique du combo en studio comme en répétition. YĪN YĪN puise aussi son énergie dans les concerts : le contact direct auprès de l’auditoire nourrit un son pensé pour mettre les corps en mouvement.

Au fil du temps, la formation a enrichi sa palette, intégrant davantage de samples, de boîtes à rythmes et de synthétiseurs. Le line-up a évolué : Yves Lennertz a cédé la guitare à Erik Bandt en 2023, avant que Jérôme Scheren ne succède à Robbert Verwijlen aux claviers début 2025. C’est donc l’équipe actuelle — Kees Berkers, Remy Scheren, Erik Bandt et Jérôme Scheren — qui s’est produite à Dour, fidèle à l’esprit fondateur tout en affirmant une identité sonore renouvelée.

Sur le papier, YĪN YĪN tient du pari improbable : un quatuor néerlandais de Maastricht nourri au psych-rock thaïlandais des années 60-70, relevé de funk, de disco et d’expérimentations électroniques. Sur le podium, ce grand écart trouve d’abord sa logique. Le band montre pourtant vite ses limites. Privé de chant, le set repose entièrement sur l’échange instrumental entre section rythmique, riffs de guitare précis et nappes de synthés. Le groove ne relâche jamais la pression et installe une atmosphère hypnotique, mais son caractère répétitif finit par désarçonner.

En fond de plateau, un écran géant diffuse des images dominées par un rouge omniprésent, sans véritable fil conducteur. Surtout, aucune interaction ne vient rompre la distance : pas un mot, aucun regard appuyé vers l’auditoire, comme si la formation jouait pour elle-même. Le résultat laisse une impression paradoxale : une musique fascinante dans l’idée, maîtrisée techniquement, mais plus adaptée à une écoute solitaire, , verre de whisky dans une main et joint dans l’autre qu’à l’électrisation d’un champ de festival un jeudi soir.

Puisque Dour reste le terrain de la découverte, cap sur la Petite Maison dans la Prairie pour écouter Quentin Lepoutre, alias Myd, musicien, producteur et ingénieur du son français. S’agissant d’un set purement électronique, votre serviteur n’y restera guère plus de dix minutes avant de chercher une matière plus organique à la Boombox, où se produisent Scylla & Furax.

Derrière Scylla se cache Gilles Alpen, rappeur, slameur et poète belge dont la voix rauque et l’écriture affûtée ont marqué le rap francophone. Originaire de Drogenbos puis installé à Forest, il découvre l’écriture à l’adolescence, refuge qui deviendra sa voie. En 2002, il fonde le collectif OPAK auprès de Karib, L’AB7, Masta Pi et DJ Alien. Deux disques collectifs posent les bases : « L’Arme à l’œil » (2004) et « Dénominateur commun » (2006). Sa carrière solo démarre en 2009 par l’EP « Immersion », puis s’affirme avec « Abysses » en 2013, opus salué par la critique et classé 7e de l’Ultratop belge.

Sa collaboration auprès du pianiste Sofiane Pamart donne naissance à « Pleine Lune » et « Pleine Lune 2 », où rap et musique classique cherchent un équilibre entre puissance brute et contemplation. En 2025, il s’associe à Furax Barbarossa pour « Portes du désert », prélude à une tournée commune. Le duo opte ici pour un dispositif minimaliste : l’un au chant, l’autre au son, une configuration qui laisse toute la place à l’écriture et au dialogue des deux voix. Cette sobriété convient à un rap français qui n’a pas besoin d’artifices pour exister.

C’est pourtant là que le bât blesse. Entre Scylla, Bruxellois à la voix grave, et Furax Barbarossa, Toulousain au flow tranchant, les codes du genre s’enchaînent sans grande surprise. Dans les textes comme dans la gestuelle, les poncifs reviennent : mains levées pour faire répondre l’auditoire en chœur, punchlines calibrées pour déclencher l’ovation, postures de défi face à la fosse et vocabulaire scénique déjà connu des amateurs. La recette fonctionne malgré tout. Le public, nombreux devant la Boombox, suit le duo, reprend les refrains et scande les couplets les plus connus.

Scylla et Furax Barbarossa parviennent ainsi à fédérer une foule conquise d’avance, la gardant dans leur poche du premier au dernier titre. La preuve qu’une écriture solide et une complicité de plateau bien rodée suffisent parfois à emporter l’adhésion, même lorsque la surprise manque.

La Main Stage entre ensuite en effervescence : Zwangere Guy s’apprête à livrer un set appelé à marquer cette journée et probablement déjà le festival. Né à Anvers, l’artiste s’est imposé au fil des années comme l’une des figures les plus singulières du rap flamand, grâce à une plume affûtée et un franc-parler sans filtre. De ses débuts sur les planches anversoises à des collaborations qui ont dépassé les frontières linguistiques du pays, il a bâti une trajectoire qui l’amène aujourd’hui bien au-delà du seul auditoire néerlandophone.

Sur scène, l’homme attire l’attention, vêtu d’une étonnante tenue verte qui tranche sur le reste de l’affiche. Il est épaulé par deux comparses affairés aux machines, façonnant en direct la matière sonore du set. Ce qui frappe surtout, c’est sa gymnastique linguistique : Zwangere Guy passe du flamand au français, qu’il maîtrise impeccablement, puis à l’anglais, changeant de langue au gré des morceaux afin que le plus grand nombre puisse le suivre.

Certaines compositions mêlent d’ailleurs langue de Molière et de Vondel, matérialisant sur disque cette porosité linguistique qu’il pratique déjà sur les planches. Un compromis à la belge, en somme. Le public flamand s’est déplacé en nombre pour soutenir son artiste. Et pour cause : il rappelle lui-même qu’il s’agit de la première invitation d’un artiste flamand sur l’affiche de Dour. La démarche vise clairement à rallier la foule à sa cause. C’est aussi sa septième apparition sur le site, mais la toute première sur la Main Stage, progression qu’il dit vivre avec fierté.

Il confie vouloir écrire davantage en français, tout en évoquant certaines craintes face à une concurrence déjà bien installée, de Damso à Orelsan en passant par d’autres poids lourds du genre. Cette réserve paraît pourtant peu fondée : la langue de Molière lui convient et pourrait lui ouvrir les marchés francophones, donnant à sa musique une résonance plus large.

Il faudra attendre la fin du set pour entendre une bonne vieille guitare électrique s’inviter dans le mix, preuve qu’instruments organiques et rap peuvent encore cohabiter. Le concert se révèle solide, stimulé par des morceaux énergiques et une fosse très réceptive : une belle surprise de cette édition 2026. Même lorsque l’idiome empêchait de saisir tout le propos, on percevait un artiste enragé face à certaines idéologies politiques, exprimant plus clairement, à d’autres moments, son aversion pour la droite et les fascistes.

Cette première journée s’achève donc en demi-teinte, oscillant du médiocre au très bon. Un peu comme le climat belge, capable de traverser plusieurs saisons en une seule journée.

(Organisation : Dour festival)

LaSemo 2026 : dimanche 12 juillet

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Ce dimanche referme la 19e édition de LaSemo, qui attire sur ses plaines plusieurs dizaines de milliers de festivaliers.

Dans l’ensemble, l’affiche étaait moins intéressante que lors des éditions précédentes : les organisateurs ont concentré leurs moyens sur quelques têtes d’affiche internationales, au détriment des découvertes. Un choix économique, donc, qui pèse sur l’équilibre artistique.

Votre serviteur rejoint d’abord la guinguette pour assister à la prestation de Rau Ze.

Né en 2022 de la complicité entre Rose Perron (voix) et Félix Paul (claviers, réalisation), le duo s’impose en quelques années comme l’une des révélations les plus solides du paysage québécois.

Lauréat des Francouvertes dès sa première année d’existence, Rau_Ze décroche en 2024 le Félix de l’Album R&B/Soul de l’année pour son premier opus, « Virer nos vies », avant d’être nommé Révélation Radio-Canada 2024-2025.

Sa signature auprès du label parisien WLab (Wagram Music) en 2025 accélère son implantation européenne, grâce notamment à des passages remarqués au Paléo Festival, au Festival Avec le Temps et au Luzern Festival. LaSemo prolonge ainsi une trajectoire déjà bien engagée sur le Vieux Continent, pour une première apparition belge du duo.

Sur les planches, la majorité des titres proviennent de ce premier disque, paru il y a deux ans. La voix de Rose Perron et les nappes de claviers de Félix Paul dessinent une musique douce et enveloppante, à la croisée de la soul et du jazz.

Entre « Sumerset », « Virer nos vies » et « Pas la peine », le duo installe un groove délicat et invite à une écoute attentive.

Le set touche à sa fin lorsque votre serviteur gagne la prairie pour écouter Xavier Rudd, figure majeure du folk-roots.

Multi-instrumentiste originaire de Torquay, dans le Victoria, en Australie, Xavier Rudd se forge depuis le début des années 2000 une réputation d’homme-orchestre marqué par la culture aborigène : didgeridoo (parfois trois à la fois, en respiration circulaire), guitare Weissenborn slide, banjo, harmonica, percussions… Révélé par « To Let » (2002), il bâtit une discographie dense et engagée — « Solace », « Food in the Belly », « White Moth », « Dark Shades of Blue », « Koonyum Sun » au sein de Xavier Rudd & The United Nations, « Spirit Bird » (son plus grand succès), « Nanna », « Storm Boy », jusqu’à « Jan Juc Moon » en 2022. Sa musique, ancrée dans un folk-roots teinté de reggae et de blues, relaie aussi un message constant en faveur des peuples et cultures aborigènes.

Après une pause discographique, il revient sur les planches dans un format resserré et exigeant : seul aux commandes, il agence en direct boucles, instruments et paysages sonores, rejoint depuis 2025 par la multi-instrumentiste Lisa Purmodh. LaSemo s’inscrit dans sa tournée européenne 2026, qui le mène ensuite aux Vieilles Charrues une semaine plus tard.

Xavier Rudd impressionne par sa précision. Un homme, un podium, une pile d’instruments qui se répondent en boucle : le musicien occupe une place singulière dans le paysage musical mondial grâce à une pratique poussée très loin, celle du live looping.

Sur le podium, il combine en temps réel guitare, synthétiseurs, didgeridoo et percussions diverses. Chaque son est capté, bouclé, puis superposé, jusqu’à former sous les yeux de la foule une architecture musicale complète — sans overdub, sans studio, sans filet.

Sa musique, essentiellement instrumentale et improvisée, navigue entre ambient, world et méditation sonore. Ce choix artistique forge une identité immédiatement reconnaissable, entre rituel et expérimentation.

La maîtrise technique de Xavier Rudd reste impressionnante. Mais au-delà de la prouesse, son approche touche autant à la contemplation qu’à une forme de soin sonore, loin de l’énergie festive habituelle des festivals.

Enfin, le dernier concert suivi par votre hôte lors de cette ultime journée est celui de l’increvable Puggy, trio belge réunissant le chanteur-guitariste Matthew Irons, le bassiste Romain Descampe et le batteur Egil ‘Ziggy’ Franzén.

Fondée en 2005 à Bruxelles, la formation explore une pop-rock acoustique traversée de légères influences latines.

Irons est loin d'être un inconnu : il s’est notamment investi comme coach dans le télécrochet The Voice Belgique.

« The Way We Thought It Was », composition tirée du nouvel opus, ouvre le concert. Pendant que Matt cisèle les riffs, Romain malmène ses cordes, tandis que le troisième larron pilonne fûts et cymbales, raide comme un piquet. L’ensemble sonne énergique, rock et direct.

La tension monte, la fosse réagit, et la sueur perle vite sur le front des musiciens lorsque « Never Give Up » embraye. « I Do » baigne dans une atmosphère ample, renforcée par des claviers largement syncopés.

Puis « Something Good », extrait de « Are We There Yet – After Sunset », prend le relais et confirme la maturité acquise par le combo depuis ses débuts. Plus structuré, « Change the Colors » libère des sonorités pop-rock dansantes, héritées de l’identité première de la formation, ici dans une version acoustique qui nuance le morceau.

Matt reprend ensuite ses six cordes électriques pour « On My Mind », composition aigre-douce qui lui permet de grimper allègrement dans les aigus.

Mais les vieux titres conservent leur pouvoir. Après quelques pitreries, les musiciens changent de registre : Matt reprend la gratte semi-acoustique et entame une ballade délicate, dans une configuration résolument atmosphérique. « How I Needed You » berce l’auditoire.

Pour maintenir le cap et retenir l’attention des festivaliers, désormais plus nombreux, « Last Day on Earth » laisse les percussions décoller, tandis que la basse encaisse une série d’assauts. Le morceau frappe par ses riffs singuliers et son solo tonitruant, parfaitement tenu par Irons lors du bridge.

Un moment suspendu : la frontière entre l’estrade et la plaine s’estompe au profit d’un élan collectif.

Le set approche doucement de son terme. « When You Know » constitue l’un des piliers d’un show solide, pacouru par de belles progressions au clavier et un solo de batterie nerveux. La foule répond présente, tandis que le trio entretient une énergie fédératrice.

L'édition s'achève ici pour votre serviteur, l'affiche ne présentant plus guère d'intérêt.

Cette édition restera marquée par des températures caniculaires et un line-up recentré sur quelques valeurs sûres.

Que réserve la 20ème  édition ?

(Organisation : LaSemo)

LaSemo 2026 : samedi 11 juillet

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La chaleur écrase encore davantage le site que la veille. Par endroits, une fine pluie semble pourtant tomber du ciel. En y regardant mieux, elle provient des grands ventilateurs-brumisateurs installés un peu partout pour rafraîchir les festivaliers… et, pourquoi pas, les idées.

Il faut donc du courage, et sans doute une pointe d’inconscience, pour passer une journée entière sous un soleil de plomb. Le parc d’Enghien offre heureusement de larges zones arborées. Sans cette ombre bienvenue, tenir le rythme relèverait de l’exploit.

À son arrivée sur le site, votre serviteur rejoint la Prairie, l’espace le moins ombragé du festival, où Sam Sauvage ouvre les festivités de l’après-midi. Mieux vaut s’armer contre la canicule.

Révélé par les clips publiés sur Instagram, Sam Sauvage cultive une allure de dandy qui rappelle parfois Pierre de Maere, accueilli ici même lors de la précédente édition du LaSemo.

Le chanteur grimpe sur les planches d’un pas hésitant, le regard perdu, le corps volontairement désarticulé. Auteur-compositeur-interprète, il navigue aisément entre chanson française et pop contemporaine, comme l’illustre « Le Chant des sirènes ».

Cheveux ébouriffés, silhouette de savant fou, le jeune artiste entraîne vite la foule dans un univers décalé et instable, où résonne notamment « Les gens dansent (j’adore) ».

Entre liberté, désillusions amoureuses et jeunesse désinvolte, Sam Sauvage poursuit son introspection par « J’suis pas bo », morceau qui évoque, dans son propos, « Allô maman bobo » d’Alain Souchon. Il enchaîne ensuite par « Je ne t’aime plus », récit poétique qui confirme son goût pour une écriture sensible et imagée.

À la ville, Hugo Brebion manie les mots finement. Sa plume romantique s’appuie sur des textes à la fausse candeur qui séduisent rapidement l’auditoire.

Derrière une allure fragile, une démarche maladroite et une présence volontairement décalée, Sam Sauvage maîtrise son personnage. Au fil du concert, il entraîne les festivaliers dans un univers burlesque et théâtral, où l’excès reste sous contrôle.

L’eau accompagne décidément cette journée caniculaire. Cette fois, direction la Guinguette, nichée au cœur des bois, pour assister au concert de Julie Rains.

Contrairement aux éditions précédentes, la Guinguette adopte cette année un décor plus épuré. Les vieilles caisses en bois et les vinyles disséminés sur l’estrade disparaissent au profit d’une scénographie plus sobre.

L’auditoire répond présent. Il y a foule dans cet écrin boisé, sans doute l’un des espaces les plus agréables du festival en cette après-midi brûlante. Les bières fraîches et les glaces deviennent d’ailleurs les vedettes du moment.

Julie Rains, de son vrai nom Julie Rens, est chanteuse, compositrice et multi-instrumentiste bruxelloise. Elle se révèle d’abord au sein de Juicy, le duo formé auprès de Sasha Vovk, où jazz contemporain, soul, R&B et humour s’entremêlent jusqu’à imposer le projet sur le paysage francophone belge. Depuis, elle poursuit une trajectoire solo sous le nom de Julie Rains et développe un univers plus introspectif, teinté de pop électronique.

Épaulée par un seul musicien, l’artiste façonne en direct un paysage sonore nourri de machines électroniques. Le tandem construit un répertoire où se croisent pop alternative, electronica, ambient, soul, jazz contemporain et influences world.

Cette prestation lui permet de défendre son premier EP, « Lentement ».

Malheureusement, des titres comme « Tu mens » ou « T’as perdu » peinent à rallier la foule. Plusieurs éléments peuvent expliquer cette réserve : des compositions parfois répétitives, une interprétation peu contrastée et une approche sonore bruitiste qui finit par créer une distance.

Même « Doucement », proposé dans une formule piano-voix plus intimiste, ne décolle pas vraiment.

Julie Rains reste une artiste dont on apprécie surtout la démarche novatrice et la recherche esthétique, davantage que la profondeur émotionnelle des compositions.

Après une vingtaine de minutes, retour vers la Prairie pour le concert de Mentissa.

Originaire de Belgique, la chanteuse s’installe en France afin d’y développer sa carrière. Le contraste par rapport à la prestation précédente saute aux oreilles. Là où Julie Rains privilégie les expérimentations électroniques, Mentissa propose une pop chaleureuse, élégante et immédiatement accessible. C’est aussi l’intérêt d’un festival : passer d’un univers à l’autre, multiplier les découvertes et varier les plaisirs.

Vêtue d’une étonnante tenue à froufrous qui souligne son tempérament pétillant, la chanteuse s’entoure de musiciens aguerris.

Un auditoire plutôt jeune lui réserve un accueil enthousiaste. Mentissa reste liée à son parcours remarqué dans la dixième saison de The Voice France, où elle révèle toute l’étendue de son talent. Ironie du destin, elle devient ensuite coach de l’émission dans sa version belge, une belle étape dans son parcours.

Mentissa ne se cache pas derrière un personnage. Elle évoque ses doutes, ses complexes et ses aspirations. Sa voix claire sert notamment « Balance », où elle revient sur son rapport au corps, les injonctions esthétiques et les sacrifices consentis pour répondre à certains standards de beauté.

Revenue jouer sur ses terres, elle défend son nouvel opus, « Enfants difficiles ». Son précédent disque lui avait permis de collaborer auprès de plusieurs auteurs reconnus, parmi lesquels Vincha — fidèle partenaire de Ben Mazué —, Yannick Noah et Claudio Capéo.

Entre pop contemporaine et chanson française, Mentissa livre une prestation solide et maîtrisée. Une mélancolie discrète traverse le concert, renforcée par les interventions du violoncelle qui apportent profondeur et émotion à l’ensemble.

En injectant beaucoup d’humour, elle joue ensuite les entremetteuses et invite les célibataires présents à trouver l’âme sœur pendant « Close to You ». L’atmosphère gagne encore en douceur lors de « Parce que c’est toi », interprété en version piano-voix auprès d’Alex au clavier.

Lorsque résonnent les premières notes de « Et bam », chanson écrite et composée par Vianney, Mentissa touche une foule déjà acquise à sa cause. Sa voix, capable de nuances délicates, confirme la maturité artistique d’une chanteuse encore jeune.

« Désolée » clôture un concert assez classique dans sa construction, mais très agréable. Peu à peu, les festivaliers jusque-là statiques se laissent gagner par le refrain et accompagnent l’artiste dans une ambiance chaleureuse.

La soirée réserve encore une dernière surprise. Mentissa revient sur les planches en compagnie de son petit frère pour interpréter « Enfants difficiles », morceau qui donne son nom à l’opus et à la tournée. La conclusion se veut intime et symbolique.

Retour à la Guinguette pour retrouver Bernard Minet, figure familière de toute une génération. Révélé au sein des Musclés, il marque aussi les années Club Dorothée grâce à une multitude de génériques de dessins animés devenus cultes.

À 72 ans, le chanteur continue de faire vivre ce patrimoine télévisuel sur les planches. Aux côtés du Bernard Minet Metal Band, projet lancé en 2020, il revisite ses grands succès dans des versions rock et metal. Cette formule lui permet aussi de se produire régulièrement lors de conventions dédiées à la pop culture.

Artistiquement, la proposition ne brille pas par sa subtilité. Mais ce n’est manifestement pas ce que la foule vient chercher. Les tubes de toute une époque touchent instantanément les aficionados, quelle que soit leur génération. Les plus anciens replongent dans leurs souvenirs d’enfance, tandis que les plus jeunes découvrent, souvent amusés, ces refrains emblématiques.

L’ambiance reste bon enfant. On chante, on rit, on retrouve le temps de quelques morceaux l’insouciance des mercredis après-midi devant Club Dorothée. La force de Bernard Minet tient sans doute là : offrir, le temps d’un concert, une parenthèse régressive où le plaisir l’emporte sur le reste.

Il y a des concerts qu’on attend longtemps sans trop y croire. Celui de Vanessa Paradis, samedi soir au parc d’Enghien, appartient à cette catégorie. Seule date belge de son année 2026, inscrite dans la programmation XXL de cette 19e édition du LaSemo, la chanteuse retrouve une foule venue de plusieurs générations pour l’un des rendez-vous les plus attendus du festival.

Dès les premières notes de « Trésor », le ton s’installe : pas d’artifice ni de démonstration de force, mais une élégance naturelle qui accompagne l’artiste depuis près de quarante ans.

Longiligne, la chevelure en mouvement, elle occupe l’estrade par une grâce féline, ce mélange de retenue et d’abandon qui nourrit sa singularité. À 53 ans, la voix a peut-être perdu un peu de son mordant d’antan, parfois légèrement voilée, mais elle conserve cette proximité rare, cette capacité à transformer une plaine bondée en espace presque intime.

« Marilyn & John » et « Divine idylle » embrasent rapidement la fosse : votre serviteur observe une marée de smartphones se lever à l’unisson, tandis que les refrains repris en chœur témoignent de l’attachement de l’auditoire à l’artiste.

« Les initiales des anges » enchaîne, introduite par quelques mots pudiques autour d’un souvenir personnel. La plaine se tait alors, suspendue à sa voix.

La setlist, pensée comme une traversée de carrière, alterne habilement les tempos. « Ces mots simples » et « Sunday Mondays » apaisent le rythme avant que « Commando » ne relance l’énergie rock, servi par une formation très soudée — sept ou huit complices visiblement heureux de jouer ensemble, auxquels Vanessa Paradis rend hommage à plusieurs reprises au fil de la soirée. « Élégie » et « Pourtant » suivent dans la même élégance discrète, avant que « Dès que j’t’vois » ne remette la foule en mouvement.

Le concert prend ensuite des accents plus intimes grâce à « Les épines du cœur » et « Just as Long as You Are There », où la chanteuse retrouve ce grain de voix anglophone hérité de ses collaborations new-yorkaises.

« Il y a » et « Love Song » prolongent cette parenthèse feutrée avant l’un des temps forts de la soirée : « Joe le taxi ». Le tube, immanquable sans devenir lassant, ressurgit dans une version dansante qui transforme instantanément la Prairie en dancefloor à ciel ouvert.

L’ombre de Serge Gainsbourg plane naturellement sur la fin du set, par « Mi amor », puis « Dis-lui toi que je t’aime » et « Tandem », rappelant combien la rencontre entre le songwriter et la toute jeune Vanessa Paradis a marqué la chanson française.

Le concert se referme sur « Bouquet final », titre phare du nouvel opus « Le retour des beaux jours ». Clin d’œil du programmateur ou hasard de setlist, l’expression sonne en tout cas comme un adieu bien trouvé.

Après plus d’une heure sur les planches, Vanessa Paradis quitte la Prairie sous les applaudissements nourris d’une foule conquise, laissant place à Nile Rodgers & Chic pour la suite de la soirée disco-funk.

Ce passage au LaSemo confirme qu’au-delà des modes et des générations, Vanessa Paradis conserve l’art de transformer un rendez-vous populaire en moment suspendu.

(Organisation LaSemo)

LaSemo 2026 : vendredi 10 juillet

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Le festival LaSemo ne ressemble à aucun autre. Pour son dix-neuvième anniversaire, le rendez-vous du Parc d’Enghien affronte une équation délicate : un contexte économique qui pèse sur le portefeuille des Belges et une météo caniculaire qui éprouve autant l’organisation que les festivaliers.

Malgré la chaleur et les contraintes budgétaires, l’esprit du festival demeure intact, solidement inscrit dans cet écrin de verdure fort de quatre siècles d’histoire.

L’expérience LaSemo tient d’abord de l’immersion. Le festival cultive une approche globale où la musique n’est qu’un chemin parmi d’autres vers la convivialité. Espaces de bien-être, conférences, cabaret et fameuse ‘papoterie’ composent un microcosme accueillant.

La dimension écologique, souvent réduite ailleurs à un argument marketing, structure ici l’événement. Le recyclage intégral des ressources et les toilettes sèches rappellent que l’art de la fête gagne à s’inscrire dans une sobriété concrète.

C’est dans ce cadre, orchestré par l’inclassable Jean-Jean — moustache british et humour pince-sans-rire en guise de signature — que la programmation démarre.

Lorsque votre serviteur prend place parmi les badauds, Gaël Faye investit le podium de la prairie, à une encablure du château.

Seule date belge de l’artiste, le concert s’impose vite comme un moment à part, où littérature et rap dialoguent sans se trahir.

Après deux premiers disques solos et deux EP restés relativement discrets, il publie « Lundi méchant » en 2020. Son nom résonne plus largement en 2022 grâce à sa participation à l’EP « Éphémère » aux côtés de Grand Corps Malade et Ben Mazué.

Entre « Petit Pays » — auréolé du Goncourt des lycéens — et « Seuls et Vaincus », extrait de « Lundi Méchant », on retrouve ce qui fonde la réputation scénique de Gaël Faye : une manière très personnelle de tordre le verbe et de faire claquer la langue sans sacrifier le sens.

Sa plume, saluée par la critique littéraire comme par l’auditoire des salles de concert, circule entre l’intime et le politique : l’enfance heureuse à Bujumbura, la guerre qui emporte tout, l’exil à Versailles, puis cette question qui traverse son œuvre : comment bâtir une humanité commune après la déchirure ?

Sur les planches, le rappeur devient conteur, soutenu par des musiciens qui accompagnent ses variations de flow : tantôt conversationnel, presque intime, tantôt plus tranchant sur les textes rageurs.

Le passage en piano-voix constitue le temps fort, une option audacieuse que son entourage lui avait pourtant déconseillée. À tort…

Cette mise à nu révèle la force de ses compositions et dépasse la frontière entre amateurs de rap et lecteurs de son œuvre littéraire.

En clôture, les chœurs soulignent son statut : celui d’une voix singulière, capable de transformer la mélancolie en élan lumineux.

La soirée bascule ensuite dans un tout autre registre lorsque Julien Doré rejoint à son tour le podium de la prairie.

La plaine affiche complet. Il faut dire que le gaillard à la chevelure… dorée s’est révélé il y a quinze ans lors du casting de Nouvelle Star, en France, où il interprétait « Excellent », une composition signée Sharko.

Cette reprise permet alors à David Bartholomé et à ses acolytes de toucher une nouvelle audience ; elle connaît même un succès « culte », relayé ensuite par de nombreux joueurs de ukulélé sur internet. « I Need Someone » suivra la même trajectoire.

Depuis, Doré surprend régulièrement par des disques iconoclastes, des clips peuplés d’animaux et des messages percutants sur les réseaux sociaux.

Doré signe une entrée fracassante depuis les coulisses. Vêtu de blanc, il se présente devant une foule fidèle tandis que l’hymne belge « Chef, un p’tit verre on a soif » retentit durant de longues minutes.

Face au défi posé par le match Belgique-Espagne, l’artiste privilégie un pragmatisme efficace et amusant : en avançant son concert d’une heure, il transforme une contrainte logistique en moment de communion.

Dès l’ouverture sur « Le Lac », le ton est donné : une introspection sensible, mêlée à une célébration de la nature et du féminin. La suite du set aligne les tubes — « Kiss Me Forever », « Coco Câline » ou encore « Les limites » — tandis que les paroles s’affichent sur écran géant, façon karaoké. Chaque membre de son équipe bénéficie aussi d’une présentation amusante.

Chez Doré, le sérieux reste poreux. La reprise des « Démons de minuit » et l’invitation lancée à quelques festivaliers de rejoindre son canapé installé sur l’estrade pour suivre le match installent un climat de proximité.

Fidèle à son goût du mélange, l’artiste alterne moments de précision musicale et instants de pur délire, jusqu’aux apparitions de ses pandas et diplodocus fétiches.

Le live, puissant et énergique, conserve une sincérité teintée d’introspection. Juju reste égal à lui-même : lorsqu’on force le cours des événements, on les abîme.

Très second degré et proche d’un auditoire qui le suit depuis les débuts, l’artiste semble moins jouer un rôle qu’habiter pleinement son univers.

Habitué aux fantaisies visuelles et aux créatures qui peuplent ses clips, Doré invite ici ses compagnons les plus improbables : diplodocus affectueux et pandas fétiches.

Même si le spectacle flirte parfois avec le surdimensionné, Doré livre une prestation surprenante, généreuse, loufoque et surréaliste, où l’ampleur du dispositif n’efface jamais le dialogue constant noué avec la fosse.

Au terme de cette journée, le rappel sur la comptine « Ah les crocodiles » résume l’ADN de LaSemo : ne jamais se prendre trop au sérieux tout en défendant une réelle exigence artistique.

La Belgique s’incline finalement 2-1 face à l’Espagne, ce vendredi à Los Angeles, en quart de finale de la Coupe du monde 2026, et manque ainsi la demi-finale contre la France.

Le malheur des uns nourrit parfois le soulagement des autres… Doré se retire, sourire aux lèvres, tandis que la Belgique ne retrouvera pas la France en demi-finales de la Coupe du monde 2026.

(Organisation : LaSemo)

 

Burning Spear

Malgré ses 81 balais, Burning Spear rallume la flamme du reggae/roots à l’Ancienne Belgique.

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La Ballroom de l’Ancienne Belgique célèbre le reggae roots ce soir. Burning Spear, figure majeure du genre et disciple revendiqué de l’héritage jamaïcain, revient à Bruxelles à 81 ans, toujours alerte, entouré de neuf musiciens parfaitement soudés. La salle affiche complet et rassemble un auditoire multigénérationnel, où les rastas se mêlent aux amateurs de longue date comme aux curieux venus découvrir une légende vivante.

Winston Rodney, alias Burning Spear, débute sa carrière dans les années 1960 en Jamaïque, sur les conseils de Bob Marley, avant d’enregistrer son premier single, « Door Peep », en 1969 sur le label Studio One. Profondément ancré dans la foi rastafari et les idéaux panafricains de Marcus Garvey, il forge un reggae hypnotique et militant, traversé de rythmiques puissantes, de cuivres et de percussions. Son opus « Marcus Garvey » (1975), devenu un classique du genre, a célébré son cinquantième anniversaire en 2025. Burning Spear compte deux Grammy Awards, remportés pour « Calling Rastafari » (2000) et « Jah Is Real » (2009), ainsi que plus de douze nominations. Son dernier disque studio, « No Destroyer », sorti en 2023, a été nommé aux Grammy Awards 2024 dans la catégorie Best Reggae Album.

L’influence de Burning Spear sur le reggae reste considérable. Son héritage musical rappelle l’autonomie et l’autodétermination de la diaspora africaine. Après plus de six décennies de carrière, son message conserve toute sa force et son chant garde cette intensité immédiatement reconnaissable. Winston Rodney attribue le lancement de son parcours musical à une rencontre décisive auprès de Bob Marley. Tous deux vivaient dans la paroisse de St. Ann, en Jamaïque. Comme le raconte Burning Spear : ‘Bob se rendait à sa ferme. Il avançait auprès d’un âne, quelques seaux, une fourche, une machette et des plantes. Nous avons simplement discuté d’homme à homme, et je lui ai dit que j’aimerais me lancer dans le monde de la musique. Bob m’a répondu : “D’accord, passe au Studio One.” ‘. C’est là que Burning Spear enregistre ses deux premiers elpees cultes, « Burning Spear » et « Rocking Time ».

Son retour constitue donc un événement pour le reggae en Belgique. Sa dernière prestation à l’AB remontait à 1992 : trente-quatre ans d’attente avant de revoir cette voix majeure, dont les chansons continuent de défendre la paix, la justice et l’amour.

La première partie revient aux Roots Warriors, formation liégeoise active depuis 1983.

Le combo réunit B Dread aux drums, Ioanis au chant, Raph au mix, Sarahyan et Hugo aux claviers, Seb à la basse, Sam au saxophone et Serge à la trompette. Dès les premières mesures, les Liégeois installent un climat roots solide, nourri de riddims jamaïcains, de lignes de basse rondes et d’une pulsation souple qui met rapidement la fosse en mouvement. Les claviers dessinent un tapis chaleureux, les cuivres répondent par touches nettes et le mix injecte de discrètes secousses dub sans brouiller l’ensemble. Ioanis guide le set d’une voix posée, efficace, qui privilégie la ferveur collective plutôt que l’effet facile. Les reprises de classiques jamaïcains trouvent leur place auprès de compositions originales plus engagées, et le band évite l’exercice de style nostalgique : il joue sur l’intensité, respire ensemble et garde le tempo vivant. Les dreads se balancent, les premiers rangs répondent, les refrains circulent, tandis que la section rythmique prépare idéalement l’arrivée de Burning Spear. Cette entrée en matière ne cherche pas à voler la lumière ; elle chauffe patiemment la salle, rappelle l’ancrage liégeois du roots en Belgique et offre un set généreux, cohérent, traversé de vibrations dub profondes.

Votre serviteur découvrait cette formation et la surprise s’avère heureuse : une première partie solide, chaleureuse et parfaitement calibrée pour ouvrir la soirée (page ‘Artistes’ ici).

Setlist : « Promise Land-Satta », « True Rasta », « Slave Driver », « Jogging », « Police And Thieves », « Fade Away », « Caution », « Fisherman », « Israelites », « Jehosaphat », « Melt Away », « Johnny Big Mouth ».

Place ensuite à Burning Spear et à son backing group. 

Les huit musiciens prennent place sur les planches. À gauche, un solide trio de cuivres — trompette, trombone à coulisse et saxophone — s’installe en fond de plateau. Au centre, le claviériste se poste derrière ses instruments, tandis qu’à droite, un impressionnant batteur domine l’estrade. Devant lui, le bassiste, parfaitement synchronisé auprès de son complice de la section rythmique, s’aligne près du guitariste rythmique. À leurs côtés, le second guitariste, Cecil Ordonez, impose rapidement une ambiance brûlante et fait monter la température au fil des morceaux. Burning Spear arrive en dernier. Il court, danse, bondit et traverse l’espace d’un pas incroyablement vif, comme si les années n’avaient pas prise sur lui. Dès les premières notes, Winston Rodney embrase la Ballroom et galvanise la foule, qui se lève et vibre au rythme de sa musique. Sa voix puissante, alliée à un jeu de percussions inspiré, touche l’auditoire et déclenche une ovation après chaque morceau.

La formation impressionne par sa cohésion. Cecil Ordonez s’impose toutefois comme l’un des grands favoris de la salle : ses pas de danse nerveux et son énergie communicative électrisent le concert du début à la fin.

La section de cuivres, emmenée par le tromboniste Micah Robinson, le saxophoniste Clyde Cummings et le trompettiste James Smith, entretient un groove irrésistible et révèle son aisance lors de solos précis.

Face à une Ballroom comble et vibrante, le chanteur jamaïcain livre une performance spirituelle et militante, soutenue par des cuivres efficaces et des rythmiques hypnotiques. Il célèbre plus de six décennies de carrière sans relâcher l’intensité.

Ce concert s’inscrit dans le cadre du ‘Continuation Of The Marcus Garvey Self Reliance Tourr’, et confirme qu’à près de 81 ans, sa voix, sa présence sur le podium et son message d’autodétermination demeurent bien vivants.

La setlist accorde naturellement une large place aux classiques, tout en intégrant plusieurs titres issus de son projet collaboratif « Call On Me » (Burning Spear and Friends), paru au printemps 2026. Les fans saluent une véritable communion auprès de l’artiste, notamment pendant les morceaux emblématiques qui nourrissent sa légende depuis les grandes heures du mythique Studio One.

Le concert restera comme un moment fort pour l’un des derniers grands témoins vivants du reggae roots. L’ambiance circule entre les musiciens, la star jamaïcaine et une foule conquise. Burning Spear tient 96 minutes sans faiblir : respect pour l’artiste et pour ses musicos, solides jusqu’au bout.

Setlist : « Happy Day », « She's Mine », « Columbus », « Tumble Down », « Driver », « Identity », « Great Men », « The Youth », « Nyah Keith », « The Sun », « Old Marcus », « Garvey », « Man In The Hills ».

(Organisation : GreenHouse Talent)

 

 

Mons au Carré 2026 : vendredi 3 juillet

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Troisième jour de festival, troisième immersion. Direction l’Arsonic, ancienne caserne montoise transformée en Maison de l’Écoute.

Dans cet écrin architectural, pensé pour l’écoute, deux formations rappellent que la puissance musicale tient parfois à peu de chose : une voix, un instrument, une présence juste.

L’Arsonic ne ressemble à aucun autre lieu. Par sa vocation d’espace dédié aux expérimentations sonores et aux installations artistiques, la salle propose une expérience d’écoute très particulière.

Son architecture, autour d’une jauge modulable de 280 places et de gradins qui se font face, oblige toutefois les artistes à penser leur placement. Chaque positionnement devient alors un choix scénographique.

Moon on Earth relève ce défi de manière radicale : les musiciens tournent le dos à une partie des spectateurs installés sur le petit gradin.

Formation emblématique du folk-rock montois, Moon on Earth signe ici son retour après douze ans de silence discographique. Mené par Julien Crête, également figure du paysage médiatique local et vice-président du Club de la Presse Hainaut-Mons, le combo montre que dix-sept années d’existence n’ont pas altéré sa cohésion.

Aux côtés de Johanne Lovera (chant, xylophone), Charlotte Danhier (violoncelle), Hugo Simoens (accordéon) et Nicolas Sanna (guitare), la formation livre un set de vingt minutes, bref mais dense.

Dans cette configuration dépouillée, les harmonies vocales se déploient avec douceur sur des titres tels que Over Me ou Great Song.

Le choix de jouer de dos peut dérouter une partie de l’auditoire, mais il recentre l’attention sur l’intime et sur le son. La salle reste suspendue à ces notes qui résonnent dans l’Arsonic avec une grande netteté.

Après le départ de Moon on Earth, le centre de l’arène accueille un piano Yamaha, placé de manière à offrir cette fois une perspective équilibrée à l’ensemble de l’auditoire.

C’est là que s’installent An Pierlé et Koen Gisen, partenaires à la ville comme sur les planches depuis 1997.

Dès les premières minutes, An Pierlé fixe le cadre : le concert prend la forme d’une traversée de leur parcours, une rétrospective épurée où chaque chanson se débarrasse de ses arrangements studio pour retrouver son élan initial.

Piano, voix et saxophone : une formule minimale, mais d’une efficacité immédiate. Sur des titres comme Mud Stories (2013), la chanteuse habite pleinement le morceau, martèle le clavier d’une conviction fébrile tandis que ses talons marquent le rythme sur le parquet.

Tout au long de la soirée, l’artiste privilégie la proximité, ponctuant le set d’anecdotes sur sa trajectoire de femme et de musicienne. Elle évoque les coulisses du métier, notamment ses négociations mouvementées auprès de son ancienne maison de disques, ou encore la difficulté des relations de longue durée, tout en lançant un regard complice vers Koen Gisen. Pour prolonger cet échange, elle invite la foule à participer à un rituel de partage : chacun peut consigner ses ressentis dans un carnet dédié, et le concert prend ainsi une dimension collective.

L’émotion s’intensifie lorsque des couples montent sur le podium pour une danse lente et sensuelle, qui modifie peu à peu l’atmosphère du lieu.

Koen Gisen, fidèle à sa discrétion, reste en retrait et accompagne le jeu de sa partenaire sans chercher à s’imposer. Leur collaboration, amorcée dès le deuxième disque de l’artiste, trouve ici de nouveaux reliefs, notamment dans une version ample et hypnotique de Sing Song Sally, tirée de l’opus Helium Sunset.

La surprise vient d’une incursion dans le répertoire francophone par une interprétation sensible d’Avec le temps, de Léo Ferré. L’auditoire reprend le refrain en chœur dans une atmosphère recueillie. Cet hommage, dans le prolongement de ses reprises passées — on pense à Il est 5 heures, Paris s’éveille — confirme son aisance à s’approprier les classiques.

En explorant son répertoire plus récent, notamment Imaginary Summer, extrait de Wiga Waga (2021), An Pierlé relie les époques et transforme les souvenirs liés à sa grand-mère en matière poétique.

Pendant une heure vingt, le duo construit une parenthèse intense, où la simplicité permet d’aller au plus près des chansons.

À l’Arsonic, musique, mots et images se croisent et invitent à écouter autrement : soi-même, les autres, le temps qui passe.

La musique d’An Pierlé ne se contente pas d’adoucir les mœurs : elle réapprend à habiter le silence.

(Organisation : Sumons)

Mons au Carré 2026 : mercredi 1er juillet 2026

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Girls In Hawaii ne s’était plus produit depuis plusieurs années, à l’exception de la tournée célébrant les vingt ans de son premier opus, « From Here to There », en 2023, qui avait rempli quatre soirs l’Ancienne Belgique. Né au début des années 2000, Girls In Hawaii s’est imposé au fil du temps parmi les repères de l’indie rock européen. De « From Here To There » (2003) à « Everest » (2013), en passant par « Plan Your Escape » (2008), la formation a bâti un univers musical qui accompagne toute une génération d’auditeurs.

Cette date montoise lance une nouvelle tournée européenne, précédée d’une semaine de résidence et de répétitions au Manège de Mons. Elle accompagne la sortie annoncée d’« Eldorado », attendu en septembre. La première partie revient à Alice George Perez, artiste située entre folk contemporain et art-pop. La chaleur est telle, ce soir-là, que même les spectateurs les plus motivés patientent dehors avant l’arrivée des musiciens sur les planches, histoire de préserver leurs forces.

Un quart d’heure avant l’horaire prévu — la projection du match sur écran géant impose de composer par le calendrier sportif — Antoine Wielemans, Lionel Vancauwenberghe et leurs musiciens gagnent les planches et ouvrent le bal par « Is It Happening Right Now », un titre inédit extrait du prochain disque. Le morceau oppose matières organiques et textures synthétiques, invite à lever les yeux vers le ciel et à savourer l’instant présent. L’accueil se révèle chaleureux. Très vite, « Eldorado », lui aussi inédit, dévoile une écriture plus rythmée, plus brute, presque conceptuelle, qui déroute agréablement une partie de l’auditoire.

Le souvenir de Denis Wielemans, ancien batteur du combo disparu dans un accident de la route en 2010, demeure présent lors des concerts de Girls In Hawaii. « Misses », extrait d’« Everest », lui adresse un hommage sobre et sensible. Ce disque, né dans un contexte de deuil et de reconstruction, reste sans doute l’un des plus accomplis de leur parcours. L’atmosphère gagne peu à peu en tension. Sur l’entraînant « Found The Ground », le batteur imprime sa cadence à la charley, à la ride, à la caisse claire et à la grosse caisse, tandis que la voix légèrement éraillée du chanteur prend tout son relief.

« Not Dead » suit, titre qui retrouve une place de choix dans le nouveau tour de chant de la formation. La précision instrumentale, constante tout au long du set, se confirme sur « Who’s To Blame » et « Not Your Fault », deux nouvelles compositions où rythmique syncopée et chœurs dessinent un ensemble aux couleurs nettes. Plus de deux décennies après ses débuts, le quintette conserve une réelle force de proposition.

Quelques minutes plus tard, l’incontournable « Switzerland », où l’électro et le piano servent la mélodie, ravive l’élan du band. « Rorschach », tout en guitares saturées, clôt ensuite cette première partie de set dans une tension maîtrisée. La formation quitte les planches pour mieux y revenir presque aussitôt, par « Changes Will Be Lost », « Goddess » — dernier inédit de la setlist — puis « Monkey », extrait de « Nocturne », paru en 2017.

« This Farm Will End Up In Fire », morceau doux-amer à la mélancolie enveloppante, installe un moment de sérénité collective, chaque musicien reprenant en chœur son refrain entêtant. « Flavor », caractérisé par son intro de basse répétitive, referme finalement les débats dans une dernière montée en intensité.

Girls In Hawaii signe un retour solide, sans renier vingt ans de répertoire, et confirme sa place parmi les formations majeures de l’indé-pop belge.

(Organisation : Sumons)

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