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Chroniques

The Civil Wars

Barton Hollow

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Que ceux qui se languissent inlassablement d’une seconde collaboration entre Alison Krauss et Robert Plant lèvent la main ! Ceux qui ne jurent que par ce duo ou les combos paritaires du genre The Swell Season, Angus & Julia Stone ou encore Damien Rice et Lisa Hannigan vont mouiller leurs culottes. La relève s’appelle The Civil Wars et propose un premier LP honnête et quasi irréprochable., rendant ainsi ses lettres de noblesse à la country, genre snobé –souvent à juste titre– par le public européen. « Barton Hollow », l’œuvre d’introduction de Joy Williams et John Paul White, est initialement apparue dans les bacs américains en février 2011. Buzz grandissant oblige, Sony et le couple –sur les planches et pas à la ville– rééditent le disque cette année pour le plus grand bonheur des Européens qui ont droit à 7 morceaux bonus.

Souvent chantés à l’unisson, les mélopées country-folk de The Civil Wars jouent la carte du romantisme, mais pas trop. Le duo fait donc vibrer la corde de l’émotion, notamment lors des délicats « C’est La Mort » et « Girl With The Red Balloon » (NDR : référence au fameux graff de Banksy) ou un « Poison & Wine » d’excellente facture bien qu’un poil moins poignant que le « Falling Slowly » de The Swell Season, dont il se rapproche pas mal. Mais les deux points forts de « Barton Hollow » sont sans conteste le colossal americana du titre-maître et l’instrumental « The Violet Hour », taillés pour épouser la touche ‘replay’. De quoi renouer avec la Country sans discuter.

En guise de bonus dans cette nouvelle mouture de « Barton Hollow », The Civil Wars propose un petit hommage à Michael Jackson lors d’une reprise plutôt correcte de « Billy Jean » et une autre plus originale d’« I Want You Back ». Le duo enchaîne ensuite avec une jolie réinterprétation du « Dance Me To The End Of love » de Cohen.

Le duo se produira en concert le 13 novembre à l’AB. Pas à l’ABClub où ils devaient jouer initialement, mais à l’AB Flex. Et pour sûr qu’on y sera.

Ceremony

Zoo

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La Californie était le terrain de prédilection, fin du XIXème siècle, des groupes de punk-pop responsables d’une musique entraînante et ensoleillée. Un concept parfaitement illustré par Blink 182 et consorts. Enfin, c’est ce que l’Europe a toujours imaginé. Les clichés ont la vie dure ; et pourtant, cet Etat sis à l’Ouest des States a également enfanté des formations de punk garage aussi malsaines que révoltées, à cette même époque…

Et Ceremony, combo issu de Rohner Park (NDR : c’est près de San Francisco) en est un parfait exemple. « Zoo » constitue leur troisième opus, mais le premier publié par le label Matador (Spoon, Guided by Voices, Stephen Malkmus, …) Le band puise notamment ses influences chez les Cramps et Gang of Four pour régurgiter une expression sonore frénétique, qui sent la sueur et flirte avec le hardcore. Les guitares crissent. La basse est caoutchouteuse, hypnotique. Il règne un climat menaçant tout au long de cet elpee, un climat entretenu par la production de John Goodmanson (The Blood Brothers, Girls, Weezer, …) Sans oublier les interventions vocales de Ross Farrar qui oscillent entre chant et hurlements. Pour y dénoncer nos structures sociales, au sein desquelles il n’est pas facile de s’échapper. Ce qui explique le titre du long playing. 

L’œuvre ne dure que 36 bonnes minutes et concède l’un ou l’autre titre dispensable ; mais elle recèle également quelques morceaux d’excellente facture propices au défoulement. A l’instar du survitaminé « Quarantine » ou du languissant « Hotel ».

 

Danny Brillant

Night Life

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Danny est sans aucun doute l’un des leaders du blues rock anglais. Son Redeyeband est au sommet de sa popularité, alignant plus de 150 concerts sur l’année. Il est encore bien jeune, puisqu’il vient seulement de fêter ses 31 balais. Son expérience, il l’a forgée au fil du temps. Il confesse avoir été inspiré par Eric Clapton et Walter Trout ; mais avoue volontiers que le légendaire BB King tient aussi sa place! Ses débuts datent de 1998. Et c’est son père, Ken Bryant, qui se charge de la basse depuis cette époque. Danny compose la majorité de son répertoire, et comme il est prolifique, il compte déjà une belle brochette d’albums à son actif. Il avait déjà publié un “Live”, en 2007. Il remet donc une fois encore le couvert en gravant ce “Night life” immortalisé à Rosmalen, aux Pays-Bas.

Il est à peine monté sur les planches, que ses cordes libèrent un flot de notes incandescentes. L’intensité est dramatique. La voix puissante du jeune homme colle bien à ce rockin’ blues largement amplifié. Lorsqu’il attaque “Tell me”, tout le public est déjà derrière lui. Il torture les sonorités de sa gratte en usant et abusant de ses pédales de distorsion. Mais manifestement, il est au sommet de son art sur les plages imprimées sur un tempo lent. A ce moment là, il peut communiquer tout son ressenti, toute sa souffrance, en conjuguant sa voix menaçante et ses cordes maîtrisées à la perfection. Et il le démontre tout au long de “Just as I am”, le titre maître de son dernier opus studio, paru en 2010. Une recette qu’il applique à “Love of angels” ainsi qu’au final aussi bouleversant que dépouillé “Always with me”. On ne peut pas dire que Danny fasse dans la dentelle. Sa musique est puissante et directe. Pas étonnant qu’il ait beaucoup écouté Walter Trout.  Un exemple ? “Heartbreaker”, qui déclenche une véritable tornade. Son talent d’écriture étant limité par son style, Danny s’autorise plusieurs reprises, toutes bien saignantes : le “Master of disaster” de John Hiatt, le “My baby’s a superstar” de Buddy Guy et une bonne version mais sans surprise du “Knockin’ on heaven’s door” de Bob Dylan.

 

Bright Moments

Natives

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« Natives » est sans surprise un excellent album ! Sans surprise ? Le multi-instrumentiste Kelly Pratt, l’unique tête pensante de Bright Moments, son projet solo, est en effet le magique et mystérieux trompettiste qui a accompagné quelques fleurons de la scène ‘indie’, au cours de ces dernières années. Et notamment Beirut, Arcade Fire, St Vincent, LCD Soundsystem (en live) ainsi que la Française Emilie Simon…

En solo, les compositions de Bright Moments –enregistrées cet hiver dans son appartement de Brooklyn– mélangent d’ailleurs les mélodies slaves arrache-cœurs de Beirut (« Travelers ») et la dextérité folk des compositions d’Andrew Bird (« Tourists »). Les arrangements sont soignés et discrets malgré le recours au piano, à l’accordéon, au cor ou encore aux ‘cavaquinho’, instruments d’origine portugaise à quatre cordes, sorte de guitares à pincer. 

« Natives » où la naissance au grand jour d’un génie caché jusqu’alors (à qui on demanderait juste de légèrement se détacher de ses illustres connaissances...)

 

Bo

Schyzopolis

Écrit par

“Schyzopolis” constitue le troisième elpee de Bo, auteur/compositeur/interprète parisien trentenaire.

Mais qui se cache derrière ces deux lettres ? Hormis Bo Derek, actrice à la plastique superbe qui a marqué les seventies, rien ne transpire quant à l’identité véritable de notre homme sur la toile. Faudra donc s’en contenter et on ne parlera que de sa musique, puisqu’au final, c’est principalement ce qui nous intéresse, n’est-ce pas ?

Bo s’est illustré en 2004 lors de la sortie de son premier album « 323 zap Shangaï baseball ». Bien reçu par la critique, son premier clip « Vegetable » est diffusé sur MCM et MTV. Trois années plus tard, Bo remet le couvert en publiant « Koma Stadium » et un nouveau clip qui cartonne : « Yokohama ». Il est diffusé sur MTV, Virgin TV, France 3... et le net (Youtube).

Intéressant à plus d’un titre, cet artiste mystérieux manifeste un humour très second degré et concentre sa musique sur des rythmes pop/électro. Et le résultat est aussi vivifiant qu’amusant. Mélangeant les langues anglaise et française (parfois dans la même chanson), Bo marie légèreté et consistance dans ses textes.

Inaugurant une série de 12 chansons ‘farfelues’, « Je suis Dieu » annonce clairement la couleur : on va nager en plein délire durant une bonne grosse demi-heure. Et rien à dire, ce titre est un remarquable concentré des ingrédients utilisés par Bo : humour et style !

Seconde plage du CD et actuel morceau promo du disque, « No More Mister Nice Guy » (NDR : excepté le titre, ce morceau n’a strictement rien à voir avec une chanson du vieil Alice Cooper datant de 1973, qu’on se le dise une bonne fois pour toutes) impose une musique rock rétro entraînante. « Lou Reed » est un concentré de bonne humeur et d’humour décalé et là, le parallèle peut être établi, car l’allusion au « Perfect Day » de l’ex Velvet Underground est bien audible.

Agrégeant les styles, Bo décline ses envies, les langues et les hommages aux gens qu’il aime et à qui il vous une admiration palpable : les Beatles (pour la couleur musicale pop), Dutronc père (pour son côté humour décalé) et plus explicitement à Brigitte Bardot et Gainsbourg (« Tokyo ») ou à Tom Jones (« Hello »).

Riche de ces influences, Bo nous sert un album riche et ambitieux où les mélodies sont du plus bel effet. L’instrumentation riche et originale se met au service de la volupté, de la variété et de la folie de ce ‘Bo chanteur’, personnalité plus qu’originale qui mérite que l’on se penche sur son nouveau-né en manifestant autant de curiosité que d’intérêt…

En résumé, jetez-vous sur ce petit bijou de french pop plein de sensibilité et de second degré !

 

Eric Bibb

Deeper in the well

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Agé de 60 ans, ce New-yorkais passe aujourd’hui l’essentiel de son temps de ce côté de l’Atlantique. Son père, Léon, s’était forgé une certaine notoriété dans l’univers du folk, comme chanteur, et son oncle était le pianiste du Modern Jazz Quartet. Le blues écrit et chanté par Eric est très personnel, un style qu’il édulcore de folk, country, soul et gospel. Il a quitté les States, il y a plus de 40 ans. Pour s’établir en Europe. A Paris d’abord, où il rencontre le guitariste Mickey Baker. A Stockholm et Helsinki ensuite. Il est enfin reconnu par ses pairs en 1994, lorsqu’il publie l’elpee “Spirit and the blues”. Depuis, il est régulièrement nominé aux Blues Awards, pour ses productions.

Depuis le début de ce XXIème siècle, il aligne album sur album. Il est avant tout un musicien privilégiant la forme acoustique. Son folk blues est naturel, intimiste. Pour concocter ce long playing, il s’est imprégné de la riche culture louisianaise. Il s’est rendu au studio Cypress Hill, à Pont Breaux, capitale mondiale de l’écrevisse, au cœur du pays Cajun. Enfin, lors des sessions d’enregistrement, il a reçu le concours d’excellents collaborateurs.

Il ouvre la plaque par “Bayou Belle”, largement inspiré par la nature qui l’entoure. Il est soutenu par les voix et les violons de Dirk Powell et de Cedric Watson ainsi que de l’harmonica gémissant de Grant Dermody, venu spécialement de Seattle. “No further” véhicule énormément de sensibilité et de détresse à la fois. Le ton emprunté par l’harmo accentue la sensation de morosité. Faut dire que le climat de l’opus nous plonge dans le désespoir. La voix de Bibb est grave pendant que violon et harmo hantent cet univers blafard. L’arrangement dépouillé de “Boll weevil” nous ramène au blues originel d’avant la grande guerre. Un dialogue s’établit entre la voix, la mandoline et la musique à bouche. Jerry Douglas a ramené son dobro et distille ses notes métalliques tout au long d’“In my time”. Jerry est un musicien de studio. Il a participé à la confection de plus de 1 600 albums! Bibb s’applique pour adapter le “Every wind in the river” de Taj Mahal. Il est épaulé par deux invités. Des Canadiens. Michael Jerome Browne (auteur/compositeur/interprète notoire) à la mandoline et Michel Pepin, à la guitare. La bande à Bibb reprend aussi “Could be you, could be me”, un blues traditionnel issu de la plume d’Harrison Kennedy ainsi que l’incontournable “The times they are a changin’” de Bob Dylan.

 

Soko

I Thought I Was an Alien

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J’étais un admirateur caché d’« I’ll Kill Her », le premier mini-tube de l’intrigante Française Soko. Or, l’estime que je lui ai portée, s’est écroulée après avoir lu quelques interviews accordées par l’artiste. A cause de ses points de vue, plus que contestables. En se révoltant contre le monde entier, cette ado rebelle aurait voulu nous faire croire qu’elle en serait arrivée à renier sa carrière pour défendre ses opinions. Une pilule difficile à avaler, lorsqu’on sait qu’elle a signé chez un major ! C’est donc dubitatif que je me suis lancé à l’écoute d’« I Thought I Was an Alien »…

Premier constat : impossible de résister à la voix fragile, à fleur de peau, de Stéphanie Sokolinski. Finalement, ce sont ses lyrics qui me dérangent. Soko aborde, en effet, sa vie sentimentale et ses angoisses, à l’instar d’une jeune adolescente qui s’épanche dans son journal intime. En s’exprimant avec un accent pas possible ; mais définitivement craquant ! Sa voix est saturée d’émotion. Elle rappelle même le Bright Eyes originel. Et son trémolo qui envahit le très réussi « Treat Your Woman Right » en est la plus belle illustration…

A l’image de la première dame de France, Soko murmure ses textes plus qu’elle ne les chante, sur des mélodies sculptées dans une instrumentation acoustique minimaliste. Le résultat oscillant entre le sublime (« First Love Never Die », « Don’t You Touch Me ») et le ridicule (« Soon Enough We Will die »). Si l’opus semble avoir été enregistré au sein d’une chambre, hantée par l’esprit anti-folk (« Happy Hippy Birthday »), il manque aux compos le second degré qui permet à un Jeffrey Lewis de faire la différence, même si Soko ne se débrouille pas trop mal dans le style.

La nouvelle coqueluche de Virginie Despentes ne supporte apparemment pas l’écoute de ses propres albums. Elle possède pourtant un certain talent. Qu’elle dissimule malheureusement sous une certaine attitude. Non, Soko, tu n’es pas une extra-terrestre ! Juste une artiste très douée qui aurait tout intérêt à le reconnaître…

A découvrir le 5 juillet aux Ardentes à Liège.

 

Seluah

Red Parole

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En 2002, lors de la sortie du premier Ep de Seluah, un critique local affirmait que ce disque était l’un des meilleurs jamais enregistré par un groupe issu de Louisville. Malheureusement après avoir commis ce coup d’éclat (NDR : qui n’a d’ailleurs pas atteint le Vieux Continent), le band a disparu de la circulation. Enfin, pas tout à fait, puisque les membres ont collaboré à différents projets chacun de leur côté (Rachel’s, Boom Bip, …) Ce n’est qu’en 2010, que ce mystérieux combo décide de revenir à la surface, comme par enchantement. Et il se remet à bosser sur un nouvel opus, intitulé « Red Parole », elpee qui a bénéficié de la collaboration de Kevin Ratterman (My Morning Jacket, Young Windows, The Broken Spurs).

« Red Parole » s’ouvre par le brûlant « We Way Never Make It Home ». L’atmosphère est lourde et le tempo lent. Et le rythme imposé par les drums en est la principale cause. Nourri au psychédélisme et au rock 70’s, ce morceau évoque un Black Mountain sous morphine. Et la suite est de la même trempe. Les mélodies sont languissantes, les riffs de guitares hypnotiques, les nappes de claviers généreuses et la voix est douce et éthérée. Et pourtant, si toutes les pistes dépassent largement les 5 minutes, elles ne suscitent jamais de lassitude. Dans le style, Seluah maîtrise parfaitement son sujet. Au fil des plages, l’expression sonore devient de plus en plus féroce. A l’instar de « Black Sand » et « Hell and Back », deux morceaux fouettés par des grattes bien crades et noisy.

Pour concocter cet opus, Seluah a reçu le concours de quelques invités, parmi les quels on épinglera la présence de Christian Frederickson et Rachel Grimes, respectivement au violon et au chant sur « We Way Never Make It Home ». Et ma foi ces participations apportent une autre dimension à ce long playing, tout bonnement parfait.

Je ne reviendrai pas sur l’avis concernant la scène musicale de Louisville. Sa notoriété n’est pas encore établie. Par contre, il est évident que dans le style psyché/rock, il y a bien longtemps que je n’avais plus eu le loisir d’écouter une œuvre aussi remarquable. La dernière fois, c’était probablement « In the Future » de Black Mountain.

 

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