L’aurore de Lathe of Heaven…

Issu de Brooklyn, Lathe of Heaven sortira son nouvel elpee « Aurora », le 29 août. Né d’un processus d'improvisation, cet opus est propulsif, captivant et structuré, abordant des thèmes lourds et incorporant des influences littéraires. En attendant, la…

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Teethe : de la douleur au soulagement…

Le groupe texan de slowcore Teethe sortira son nouvel elpee, « Magic Of The Sale », ce 8 août. Sur cet album, il dévoile son monde triste et beau, où les quatre auteurs, chanteurs et artistes distincts de la formation posent une série de questions…

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Shora

Malval

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Shora nous vient de Genève et a déjà tourné en compagnie de groupes aussi divers que Black Dice, The Dillinger Escape Plan ou Suicide. On a connu pire comme curriculum. Pratiquant un post-rock sépulcral tout en évitant sagement les écueils grandiloquents du gothique, les Helvètes nous infligent d’envoûtantes mélopées dont on ne ressort jamais indemne. Contrairement aux grandioses Explosions in the sky, climat réconfortant menant à un orgasme salutaire, Shora s’ébat dans un style raide et glacial. Ici, le climax est au service du grand frisson. Un rouleau-compresseur oppressant qui laisse gisant et pantois. Quelques notes de piano s’égrènent, un orgue clérical pousse à la contemplation. S’ils sonnaient comme ça dans les églises, il y a belle lurette que nous nous serions tous remis à la prière. Tout ici s’apparente à un voyage au cœur d’un esprit contrarié en perpétuel changement d’humeur. Alors, ne cherchez pas, vous ne serez en sécurité nulle part. Adieu bonnes gens.

Simple Plan

Still Not Getting Any…

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Si les cavaliers de l’apocalypse devaient un jour déployer leur courroux sur notre misérable planète, il serait de notre devoir à nous tous, pauvres pêcheurs, de lutter contre ces créatures avec les armes dont nous disposons. Exit les armes traditionnelles ! Dieu sait qu’un arsenal ordinaire ne serait point de taille à vaincre ou, tout du moins, affaiblir les quatre paladins de la mort avant que ces derniers ne nous effacent à jamais de la surface de ce globe. Il nous faudra donc être créatifs. Pour ma part, je propose un simple plan. Ayant constaté l’effet dévastateur de ce « Still Not Getting Any… » sur ma personne, je propose d’en faire notre arme ultime, celle par laquelle nous triompheront de la damnation... Plus sérieusement, le second opus du groupe de teenagers canadiens, sorti en octobre 2004 puis réédité cinq mois plus tard dans une « Special Tour Edition », ne contient aucun élément permettant de s’y attarder. Des horripilants « Shut Up ! » et, surtout, « Jump » aux ballades de bon aloi que sont « Crazy » et « Untitled », les gamins de Simple Plan réinterprètent à la perfection le top 10 pop-punk de MTV en n’y apportant absolument rien de neuf. La rage adolescente parcourant les titres « Me Against The World » ou « Welcome To My Life » fera, sans aucun doute, un tabac en musique de fond dans les Skate-Parks mais sera difficilement endurable dans un monde de ‘grands’. A mettre au chaud pour votre petite sœur ou pour le jour du jugement dernier.

People On Holiday

Is It a New Gnu ?

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Issu de la rencontre entre Eemily Soler, Laurent Mounier et Eric Cihigoyenetche, les Français de People On Holiday viennent de commettre un premier album : "Is It a New Gnu ?" Un opus qui s’inscrit dans la lignée des Eps que le groupe avait d’ailleurs autoproduit. Echafaudé sur une structure, ma foi, fort classique (guitare/basse/batterie), ce trio a le bon goût d’intégrer épisodiquement d’autres instruments tels que les cuivres ou les percussions. Manifestement inspiré par des grosses pointures comme Talking Heads, Sonic Youth ou encore Dionysos, cet elpee est un véritable plaisir pour les oreilles. De la folie pure maîtrisée par un groupe complètement déjanté. Ne poursuivant qu’un seul objectif : vous apprivoiser. Et comment rester insensible à cet accent délicieusement ‘frenchy’ du vocaliste ? Qui chante ses lyrics en anglais, vous vous en doutez. J’ai particulièrement flashé sur trois morceaux. Tout d’abord les très rafraîchissants "Glasses Songs" ainsi que "Whimsical Stories", et enfin "I Am an Exile", plage dont la musique évolue dans un registre assez proche de la mythique et défunte bande à David Byrne. Un disque d’excellente facture qui laisse augurer la naissance d’un tout grand groupe…

Okkervil River

Black sheep boy

Écrit par

Fondé à la fin des 90’s, Okkervil River nous vient du New Hampshire. Une formation drivée par Will Sheff et Seth Warren. Et responsable de 4 albums à ce jour. Guitariste mais surtout chanteur, Will a également développé un projet alternatif, Shearwater, en compagnie duquel il a déjà commis trois elpees : “The Dissolving Room” en 2001, “Everybody Makes Mistakes” en 2002 et “Winged Life” en 2004. Si à l’origine, le line up se résumait à un quatuor, il est passé aujourd’hui à un sextuor. Ce qui explique sans doute la diversification de leur expression sonore. Fondamentalement alt country, Okkervil River évoque tout d’abord Centro Matic. Ou plus exactement South San Gabriel. Surtout dans sa phase la plus acoustique. Aussi gémissante que celle de Johnson (NDR : Will également), la voix de Sheff n’est pas étrangère à ce phénomène. Mais tout au long de « Black sheep boy », Okkervil River a le bon goût de varier les styles, le tempo et l’instrumentation. Une instrumentation riche, très riche même. Bien sûr, les guitares (acoustique et électrique), la basse, les drums sont très présents. Mais aussi la lap steel, l’orgue à soufflets, la mandoline, les percus, le vibraphone et le Wurlitzer ; le tout saupoudré d’un zeste d’électronique. Sans oublier celle que se réserve les invités, parmi lesquels figurent une section de cordes et une trompette. Ce dernier (Michael Kapinus) apportant une coloration très cuivrée à plusieurs des fragments. Un peu dans l’esprit de Calexico. L’elpee recèle même l’un ou l’autre titre plus insolite. Et je pense tout particulièrement à « Black », morceau imprimé sur un tempo new wave et fouetté par une basse caoutchouteuse. Ou encore « The latest toughs », morceau alerte trempé dans la power pop. Plage longue (7 minutes) particulièrement élaborée, « So come back, I’m waiting » nous entraîne dans un voyage sonore tumultueux mais mélancolique parsemé de déflagrations émotionnelles et climatiques, un périple qui s’achève dans la paix d’arrangements somptueux. Le meilleur morceau de l’opus ! Et probablement la synthèse de l’énorme potentiel affiché par Overkill River.

The Others

The Others

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Plus de huit mois après sa sortie, la première pierre de The Others entame son processus d’effritement. Sans se montrer passéiste, il conviendra de souligner la jolie tignasse de ‘Robert Smith’, maladroitement exhibée par le bassiste, Johnny Others (quel nom !). A première vue, on se demande même pourquoi ce speedé des quatre cordes se trimballe un corbeau mort sur la tête. Mais tous les goûts sont dans la nature… Après, le cas du chanteur, Dominic Masters, demeure plus problématique. Célèbre complice de défonce de Pete Doherty, il est régulièrement agité de secousses de folie douce, s’acharne à s’égosiller par le nez (est-ce humainement possible ?) et affiche un inquiétant rictus de perturbé notoire. Ensuite, c’est l’histoire d’un disque volontaire, de titres qui se jettent aveuglément dans une bataille sans ennemi. Peu importe, c’est jouissif. Surfant sur une rythmique empruntée au répertoire de Gang Of Four, « Lackey » entame la mise à feu. « William » poursuit l’effort par l’entremise d’un refrain à hurler saoul, voire complètement bourré. Plus loin, ce sont les Ramones qui sont conviés chez The Others. C’est rapide, urgent et déjà entendu. Mais le tout est beuglé avec une telle passion que le disque s’acquitte rapidement de son plagiat. L’énergie suinte de partout et les mélodies tentent d’imprimer le rythme imposé par ces impérieux gamins londoniens. The Others, des ‘likely lads’ convaincus de l’impact conséquent de l’œuvre des Libertines. Et si, en 2006, l’enfer, c’est ‘les autres’, les Babyshambles démontrent que la chute n’en sera que meilleure : ‘Down in Albion, mister Prime Minister !’, ‘Down in Albion’…

Magnetophone

The Man Who Ate The Man

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A Birmingham, Magnétophone enregistre les discussions sonores du duo Matt Saunders et John Hanson depuis les premières lueurs du siècle nouveau. Des débats éthérés, hypnotiques qui, doucement, gravitent dans l’air, déposant, ici et là, d’innocentes notes de mélancolie. Evoluant dans une sphère dédiée à l’électronica, le nouvel album de Magnétophone fait la part belle aux collaborations. Et c’est cool ! Puisque Kim Deal est au rendez-vous... En compagnie de Kelley, sa frangine au violon, elle se pose derrière les fûts et participe à une expérience étrange, au gré des boucles hallucinogènes de « Kel’s Vintage Thought ». Toujours belles, les instrumentations tracent de fabuleuses sinusoïdes qui, subtilement, se glissent entre une basse, un clavier, toujours accompagnées d’effets électroniques avenants. Sur « The Man Who Ate The Man », le synthétiseur marque son territoire d’un bout à l’autre, rapprochant l’univers de Magnétophone des structures intelligentes d’Autechre. Parmi les collaborations, la touche écossaise de James Yorkston sur « I’ve Been Looking Around Me » nous rappelle qu’après la pluie et la grisaille, vient le beau temps, les jours meilleurs, le psychédélisme en prime. Comme le confirment les relents psychotropes de « In The Hours After » et « Motion G ». Lentes Superpositions Décompressantes en perspective.

Lagwagon

Resolve

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Lagwagon revient de loin. Après nous avoir balancé une demi-douzaine de ‘punk rawk’ acide en pleine poire, après avoir engagé Ken Stringfellow (The Posies) pour un court moment et, surtout, après avoir fait le deuil de son batteur, Derrick Plourde (NDR : il s’est suicidé en 2005), le groupe californien nous offre « Resolve », troublant témoignage d’une incontestable apogée artistique. En addition des riffs, toujours aussi brefs et efficaces, Lagwagon n’hésite pas à dévoiler une écriture plus orientée par les émotions que sur ses efforts précédents. Une indéniable sensibilité se dégage de titres tels que « Days Of New », « The Contortionist » ou l’excellente hidden track « The Chemist ». Un peu plus posé qu’auparavant, le punk rêche du groupe californien laisse parfois transparaître un côté pop-rock familier. Si bien que, par moments, le fantôme des Foo Fighters (période éponyme) plane au-dessus de certaines compositions (« Virus »). Malgré l’absence évidente d’allégresse, « Resolve » s’écoute en définitive comme une virevoltante et sincère ode à l'espérance.

Hooverphonic

No More Sweet Music

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Le groupe bruxellois recueille l’unanimité. Hooverphonic, c’est le Nord et le Sud du pays, Kim Clijsters et Justine Henin sur la même portion de terrain. Depuis la sortie de « Blue Wonder Power Milk » en 1998, le projet totalitaire d’Alex Callier est devenu un buzz énorme. Chouchou en sa patrie, admiré par une cohorte de spectateurs internationaux, Hooverphonic revient aux affaires par l’entremise de « No More Sweet Music ». Le groupe, représenté par le trio Geike Arnaert (voix), Alex Callier (Dieu tout-puissant) et Raymond Geerts (guitare), arpente le même tapis rouge que lors de ses précédentes réalisations. Sous les flashes, les paillettes et le strass de la réussite, ce sixième (double) album trotte sur les hits, bottes en cuir et costard en flanelle pour tout apparat. « Plus de musique douce ? » Et le cul des auditeurs, c’est du poulet ? Soyons sérieux : Hooverphonic inscrit ce disque dans la continuité de son œuvre et, si les 11 titres de cet album ne scintillent pas d’une originalité éblouissante, ils ont le mérite d’afficher une propreté irréprochable. De « We All Float » à « Your Heart Me » en passant par « Wake up » ou l’éponyme « No More Sweet Music », les hits radio sont à nouveau au rendez-vous. Cette collection de tubes, impeccable et propre sur elle, accentue les contours d’une musique évoluant aux confins de l’electronica, de la pop et d’une imagerie cinématographique condescendante Complété par deux DVD et une remise en contexte électronique des titres originaux de « No More Sweet Music », l’album affiche sa générosité et sa volonté exploratoire. Cet album est donc la suite réussie des aventures d’Hooverphonic : une évolution qui conflue au gré d’un long fleuve. Tranquille, forcément. « No More Sweet Music ? »

Fort Minor

The Rising Tide

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Projet ‘solo’ de Mike Shinoda, tête pensante de Linkin Park, Fort Minor déverse son premier flot de rimes hip-hop sur un « Rising Tied » commercialement bien ficelé. De la pochette de l’album jusqu’à ses sonorités, l’intégralité de l’univers de Fort Minor résonne comme son équivalent néo-métal. A défaut de créativité, le pseudo-rappeur ressert la formule magique qui fait le succès de son premier groupe : des refrains entêtants entrecoupés de deux ou trois couplets raps bien balancés. Pas étonnant donc de se surprendre à fredonner les airs de « The Rising Tide » ad nauseum. C’est en cette capacité d’interpeller l’auditeur, bon gré, mal gré, que réside tout le prodige de Shinoda. Preuve en est le succès immédiat de « Believe Me », un premier extrait indéniablement engageant. Véritable concentré de singles potentiels, ce 1er album semi-autobiographique conte le parcours du jeune homme, de son enfance (le radical « Kengi ») à sa carrière actuelle (« Get Me Gone », brève lettre ouverte aux détracteurs de son groupe de rock, intelligente mais trop réfléchie pour être sincère). On lui reprochera principalement de ne pas avoir compris le principe du side-project, l’ombre de Linkin Park se faisant parfois trop pesante sur certains titres (« Right Now », « Slip Out The Back »). Outre les collaborations prestigieuses des John Legend, The Roots et autres Common, Fort Minor s’offre également la présence de Jonah Matranga, roi de la multiplication de projets Emo, sur un « Where’d You Go » Jimmy Eat Worldien ainsi qu’un moins probant « Red To Black ». Quiconque aura beau s’efforcer à ne pas adhérer à la nouvelle frasque musicale de Mike Shinoda devra néanmoins lui reconnaître une efficacité incontestable.

Various Artists

Ziriguiboom : The Now Sound of Brazil 2

Écrit par

Ziriguiboom est une division du séminal label belge Crammed dédiée à la nouvelle musique brésilienne. Constitué d’artistes internationaux (principalement brésiliens mais établis aussi à Londres, New York et Amsterdam), la démarche du label consiste à mettre en avant des artistes puisant dans leurs racines brésiliennes tout en y intégrant des éléments communs à la musique populaire d’aujourd’hui. La musique électronique y est fortement représentée mais aussi le hip hop ou encore le reggae. Ce deuxième volume réunit donc les travaux passés et à venir d’artistes ayant déjà largement fait leur preuve : Bebel Gilberto, Cibelle, Zuco 103 ou encore Bossacucanova. De la musique qui favorise ses éléments dansants et mélodiques mais qui se prête plus aux atmosphères tamisées qu’au bruit et à la fureur propres aux dancefloors. Néanmoins, cette compilation constitue une excellente introduction aux travaux du label et recèle beaucoup de bonnes choses. On citera « Inexplicata », l’excellente bossa psychédélique d’Apollo Nove, la mélancolie électro acoustique de Cibelle manifestée tout au long d’« Esplendor », le plus classique mais plaisant Celso Fonseca, le déjanté « Trancelim de marfim » d’Isaar et de Dj Dolores, le remix de Bebel Gilberto opéré par Thievery Corporation et enfin « Love is Queen Omega », une improbable collaboration entre Lee Scratch Perry et Zuco 103.

Beyond The Labyrinth

Signs

Écrit par

Nouveau venu sur la scène métal, ce groupe belge propose 12 compositions simples et efficaces, alliant énergie et mélodie, la plupart sous un format FM. Aucune démonstration cependant ; le groupe privilégiant un travail collectif plutôt réussi. Rythmique, guitares et claviers se partagent l'espace sonore avec amabilité. On a bien droit à quelques soli, d'ailleurs efficaces, mais rapidement décochés, et au service d'un rock essentiellement festif qui ne se prend jamais trop au sérieux. Tout n'est pas irréprochable. Certains trouveront même un ou deux titres patauds. Mais une majorité de plages sont fort agréables, dans un registre Hard/Pop mélodique et énergique sans agressivité. Et certaines s'avèrent furieusement bonnes (« Media Vision », « Freak Show », « Tomorrow is gone »). En outre, ce Cd plus qu’honnête bénéficie d’une production très. Un bon début pour Beyond the Labyrinth ; mais qui toutes vérifications faites, s'avère aussi un bon groupe de scène.

Barbara Blue

Big Blue

Écrit par

Barbara est née à Pittsburgh, en Pennsylvanie. Elle a toujours eu le blues. Une passion qu’elle a pu manifester en rejoignant une multitude d’artistes sur les planches. Et en particulier Taj Mahal et son Phantom Blues Band, Delbert McClinton, les Nighthawks, Marcia Ball, et la liste n’est pas exhaustive… Elle a monté son propre groupe en 1989. Depuis, elle s’est établie à Memphis ; et chaque semaine, depuis maintenant sept ans, elle chante dans Beale Street. Barbara compte trois albums à son actif : "Out of the blue", "Sell my jewellery" et ce « Memphis 3rd & Beale », un disque dont la sortie remonte quand même à 2004. De quoi nous faire patienter jusqu’à son nouvel opus prévu pour début 2006 et qui s’intitulera "Love, money can't buy". Ce troisième elpee a été enregistré à Los Angeles en compagnie des musiciens du Phantom Blues Band de Taj Mahal ; mais aussi du guitariste Johnny Lee Schell, du drummer Tony Braunagel, du claviériste Mike Finnigan et du bassiste Larry Fulcher.

Les Texicali Horns allument la mèche de cet opus. Darrell Leonard à la trompette et Joe Sublett au saxophone s’en donnent à cœur joie. Un tel R&B nous rappelle que nous sommes bien à Memphis, au cœur de Beale Street. Barbara possède une superbe voix. Elle attaque "24-7-365" d’un timbre fort proche de celui de la pianiste Marcia Ball. Un style qu’elle reconduit pour "Rainy night in Memphis". Les changements de rythmes sont colorés par l'orgue de Mr Finnigan. JL Schell dispense un bon solo. John "Juke" Logan ébauche quelques timides phrases à l'harmonica. Barbara a repris deux compos signées Bobby Boyd. Tout d’abord l'excellent "I don't need no man like that". Du pur R&B bien cuivré imprimé sur un tempo modéré. Ensuite le superbe "If I had you", une ballade lente très Stax. Boyd est un compositeur texan qui a beaucoup sévi à Nashville où il a écrit pour Garth Brooks et Conway Twitty. Il est aujourd'hui à établi à Austin où il est surtout connu pour ses collaborations opérées en compagnie de Stephen Bruton et de WC Clark. Barbara chante "Red Cadillac & the Blues", un blues rythmé auquel participent d’une manière impeccable et très professionnelle des musiciens de Taj Mahal. Miss Blue possède une voix puissante dont le timbre est susceptible d'éclater à tout instant. Pas étonnant qu’elle soit parfois comparée à la regrettée Janis Joplin. Et sa version du "Don't put no headstone on my grave" en est la plus belle illustration. Un blues lent signé Charlie Rich (NDR : disparu depuis dix ans, cet illustre chanteur de country interprétait avec le même bonheur le rock'n'roll, le gospel et le R&B) et parcouru par le magnifique sax de Sublett. Caractérisé par une nouvelle prouesse vocale de Barbara, son "The road comes to me" demeure dans le blues. Elle attaque le "All night long" de Nancy Apple (NDR : elle est considérée comme la reine de la musique country à Memphis). Braunagel donne le groove nécessaire à ce boogie shuffle. Juke Logan s'époumone dans les aigus de son harmo pendant que la slide de Jimmy Lee soupire… Barbara prend même la direction de Chicago pour chanter "Careful blues". Mr Logan est heureux de souffler comme au bon temps du Southside. Schell se prend pour Jimmy Rogers et Finnigan pour Otis Spann. Un tout bon classique ! Elle exécute à la perfection une version funky du "Lie no better", une compo issue de la plume du Texan Gary Nicholson, avant d'entonner, la voix emplie d’émotion, la jolie mélodie du "Lake Charles" de Lucinda Williams. Le rythme hypnotique et l'orgue Hammond préludent une plage très attendue : "One good man", un des grands blues de Janis Joplin. Miss Blue confère à ses vocaux toute l'intonation et la pugnacité nécessaire. Et elle ne doit guère forcer pour atteindre son but! Cet opus d’excellente facture s’achève par une autre composition de Nancy Apple : "You can't stop my love". Les accents du jazz traditionnel y sont entretenus par la trompette de Darrell Leonard. Barbara partage le chant en duo avec un Mike Finnigan qui a emprunté un timbre très Satchmo.

 

Apollo Nove

Res Inexplicata Volans

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On a fait la connaissance d’Apollo Nove sur le premier album de Cibelle. L’homme se réservait la production et l’emballage sonore du premier et prometteur opus de la belle brésilienne. Ce premier album solo ne doit pas faire oublier que le personnage est loin d’être un débutant : il a trempé dans le hip hop dans les années nonante en compagnie de Marcelo D2 au sein du groupe Planet Hump. Depuis, il a continué sur sa voie en produisant d’autres artistes et en commettant quelques remixes. « Res Inexplicata Volans » est la formule latine pour désigner les O.V.N.I. ; et on peut dire que ce patronyme est parfait. Une œuvre psychédélique qui part de la musique brésilienne pour l’emmener dans l’espace et sur d’autres planètes. Apollo chante sur plusieurs titres (dont l’excellent titre maître) mais a aussi invité plusieurs chanteurs de premier choix : Cibelle, Seu Jorge, Céu ou encore Tita Lima. Entre expérimentations sonores et mélodies, ce premier effort est forcément inégal mais contient une flopée d’excellents morceaux. On a déjà cité la bossa nova psychédélique d’« Inexplicata », mais la bossa r’n’b de « Traz Um Alivio » fait également mouche. Dans un registre assez lascif, Seu Jorge phéromonise la ballade « Ensaboar Você » qui devrait figurer prochainement sur toutes les compilations dédiées au sexe. On épinglera aussi une reprise iconoclaste d’AC-DC : « I’m Rocker ». Ponctuée de scratches mélodiques étranges mais réussis, elle est interprétée en clé bossa. Le reste est un cran au-dessous, car Apollo Nove noie souvent ses morceaux sous des couches d’effets et de claviers qui finissent par disloquer les chansons ; mais l’ensemble a au moins le mérite d’être audacieux et original, ce qui se fait rare de nos jours.

Chris Stills

Chris Stills

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Première réaction en apercevant les contours du disque : ‘c’est qui ce type ?’. On apprend alors qu’il s’agit du fils de Véronique Sanson. Inévitablement, on évalue le risque encouru : ‘s’il couine comme sa mère, on est mal barrés…’. Mais on se rassure, dégottant, ici et là, de nobles collaborations en compagnie de Jean-Louis Murat, Stephan Eicher ou encore Ryan Adams. Moins sceptiques qu’au départ, on lance donc la galette du Franco-américain dans le lecteur en se laissant bercer par son contenu, démarrant sur un reposant « Golden Hour ». Mais dès le deuxième titre, tout bascule déjà. Hélas ! La voix du jeune homme irrite et se noie dans une marée de guimauve dans laquelle le reste de l’album continuera de baigner, à quelques exceptions près. Sur les quatre titres chantés dans la langue de sa mère, seul « Kitty Cathy » sauve les meubles (merci Jean-Louis !). Sur ceux interprétés dans la langue de papa (Stephen Stills), c’est un honorable « For You » (merci Ryan !) et les potables « Story Of A Dying Man », proche de Brendan Benson, et « Landslide » qui sortent du lot. Si ce n’était pour ces rares bons morceaux, d’aucuns auraient certainement jeté cet album dans le bac ‘blues soldé’…

Dean Reichert

Misty´s joint

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Etabli dans l’état de Washington, au nord de la Côte Ouest, ce chanteur/guitariste compte déjà quelques années d'expérience à son actif. Il a côtoyé maint artistes notoires ; et en particulier Too Slim (des Taildraggers), Little Bill Engelhart (des Blue Notes), DK Stewart et les Seattle Women. En 2003, il a enregistré et produit "Confessions of a mad man" de Mark Riley, un disque qui a été plébiscité meilleur album blues de la Washington Blues Society. En 2001, il milite au sien d’un tribute band de blues à Seattle : la Blues Power Revue. Une sorte de réplique aux Blues Brothers. De passage à Portland, il se mue en directeur musical pour la chanteuse Margo Tufo, tout en lui apportant son concours à la guitare. Mais Dean drive également sa propre formation. Une équipe qui vient donc de commettre « Misty´s joint », un opus dont la musique est le fruit d’un savant mélange de blues, de R&B, de funk, de rock et de soul. Il est soutenu par une brochette d’excellents musiciens locaux, dont une majorité sévissaient déjà chez la Blues Power Revue. Il signe dix des onze plages, a opéré toutes les prises de son et assuré la production de cet elpee.

L'album s’ouvre par une compo funk : "One way". La section rythmique est solide. Le piano et l'orgue de Ric Ulsky épousent aisément ce rythme. Les cordes de Dean s’autorisent déjà un solo aérien de très bonne facture. "Something I said" est une superbe ballade digne de la quintessence de Steely Dan. Les arrangements rythmiques complexes font mouche. La ligne mélodique imperturbable. Blues lent, "Cold love" évolue dans un style proche du Memphis blues. Rick Ulsky se charge de l'orgue Hammond. Son ami Mark Riley lui donne la réplique aux vocaux. Les parties de guitare sont élégantes, parcimonieuses, mais efficaces. Le titre maître est sculpté dans le soul funk. Une ballade au cours de laquelle Steve Peterson imprime de ses drums, des rythmes probablement calqués sur ceux de Little Feat. Inspiré, Reichert exécute un solo très original, à la saveur jazz, face à une section de cuivres dont le concours enrichit le spectre de cette plage! Excellent ballade funky/blues/rock, "Movin" trace des lignes de guitares fort originales, tantôt sous la forme de courtes phrases à la Albert King, tantôt en amplifiant judicieusement certains passages. Probablement le meilleur morceau de l’opus ! Dean affiche un profil plus classique, tout en conservant sa singularité, pour attaquer "Let the groove". L'orgue Hammond de l'excellent Buck England se dégage de l'ensemble avant de céder le relais à un Reichert très en verve sur ce titre proche d’un BB King en rythme. Empreint de mélancolie et de tristesse, "Bad day" reflète un sentiment que tous les humains connaissent lorsqu’ils sont atteints par le spleen. Superbe et puissant, le chant de Reichert est ici bien mis en évidence face à l'orgue de Buck. "Opportunity" marque un retour au funk, un funk cuivré par le sax ténor de Keith Klawitter et la trompette d’Andy Omdah. Une seule reprise : "Body & Fender man", une compo signée Doc Pomus/Duke Robillard. England est aux claviers et Dean reste aussi enchanteur tout au long de cette version blues/funk aux accents jazzyfiants. De bonne facture, cet opus se referme comme il avait commencé. Dans un registre funk. Lors d’une compo qui s’intitule "Just won't stop"…

Kenny Lavitz

Too many hats

Écrit par

Kenny Lavitz est issu de la scène de Portland, dans l’Oregon. Une scène fort dynamique au sein de laquelle il exerce ses talents de guitariste aussi bien dans le domaine du blues, du jazz que du rock. Il a fait ses débuts dans le New Jersey et à New York avant d’émigrer à Miami, en Floride, en profitant pour introduire des éléments latins dans sa musique. Il met ensuite le cap sur Los Angeles avant de terminer son parcours de globe trotter à Portland, où il a fondé son Kenny Lavitz Kombo, un projet de Bluesjam et de funk blues. Pour le concrétiser, il engage Rudy Battjes à la batterie, Jon Hughes à la basse et Tim Bly au saxophone. Kenny avait déjà commis un premier album en compagnie de Scott White : "Muddy Water".

Ce nouvel opus s'ouvre sous les accents métalliques, bruts et primaires dispensés par la slide de Lavitz. Il y impose un tempo puissant et enlevé. L'orgue Hammond de Dave Fleishner tapisse le décor. Naturelle et légèrement rauque, la voix s'engage dès ces premiers instants. "Frogs feet" emprunte un profil funky. Le rythme est assuré ici par Rudy, Jon et les claviers de Dave. Soutenu par cette solide assise, Kenny concède même des accords très rythmiques. Tim Bly se libère au saxophone tandis que la guitare égrène quelques petites phrases particulièrement jazzyfiante. Le rythme accélère pour affronter le boogie léger "No lake". Mais qu'est-ce que la guitare de Lavitz peut dégager comme énergie ! Il semble planer dans son propre univers ; lorsque soudain, un harmonica survient d’on ne sait où. Et devinez qui vient de pousser les porters du Westside studio ? Le souffleur northwest américain par excellence : Paul deLay. Le Kombo souffle quelque peu et Kenny épingle une très belle ballade à la mélodie généreuse : "Stumblin". Il semble jouer sur un dobro acoustique. L'orgue est toujours bien présent. "Religion of the rhythm" bénéficie d’excellents arrangements. Au sein de cette mélodie féconde se pose la voix féminine de Pam Baker. Mais également le dobro, la guitare bien amplifiée mais parcimonieuse, l'orgue et le chant paresseux. Et le résultat est étonnant ! Battjes martèle ses peaux sur un tempo lent, délicatement funky tout au long de "Low blood brothers". Une compo qui ne manque pas d’allure et qui permet à Kenny de se réserver un solo équilibré tout en libérant le sax. La slide opère son retour lors de "Thru the night", un superbe blues frappé d’indolence. Mais chaque phrase vocale est ponctuée par les accents toniques de la slide. Courte plage instrumentale, "Birdscraps" est un exercice très technique, purement jazz, au cours duquel Kenny peut rendre hommage à Charlie Parker. R&B tonique, "Fried fish" aligne des changements de rythmes entrecoupés de très jolis passages instrumentaux. De nouveau jazz mais amusante, "Out of my head" est une plage presque dixieland. La clarinette de Madison Lavitz s’y révèle très présente ; mais on y décèle surtout les brèves interventions empreintes de virtuosité sur les cordes. Lavitz est seul pour interpréter "Another day". Il y célèbre le country/blues en s’accompagnant uniquement d’une guitare sèche, sur laquelle il fait glisser son bottleneck. Insolite, cet opus ne semble pas avoir de fil conducteur. Cependant, il permet à l'artiste d’afficher différentes facettes de son talent. Les idées y foisonnent. Et le jazz refait constamment surface. A l’instar de "Conversation", un fragment qui permet à la guitare de disserter tout en choisissant pour trait d'union, l'orgue Hammond de Fleishner. L’elpee s’achève officiellement par "Going fishing". De sa voix légèrement fausset, Kenny entonne une ballade blues du sud. Il sera rejoint par son voisin, Paul deLay. N’éteignez pas votre lecteur Cd, car le disque recèle encore une plage cachée. Kenny y chante à nouveau seul. En s’accompagnant à la guitare sèche, le bottleneck au doigt…

Sheryl Crow

Wildflower

Écrit par

Pour Sheryl, il s’en est passé des choses depuis la sortie de son premier « Tuesday Night Music Club », en 1993. Après s’être accoquinée à Eric Clapton, avoir repris « Sweet Child o’Mine » des Guns N’ Roses et vendu plus de 25 millions d’albums à travers le monde, la belle s’est un peu fait oublier. Mais c’était pour mieux revenir dans la course, diriger le peloton et s’échapper en compagnie de son Texan préféré, Lance Armstrong. Plus célèbre en Europe pour ses poses fluocariles au pied du podium de son maillot jaune de mari, Sheryl Crow demeure pourtant une des figures emblématiques de la bande FM. Et « Wildflower » ne fait que confirmer sa position de favorite pour le tour 2006 des chanteuses portant la bannière étoilée en étendard sur le bois usé de la guitare folk. Oubliées les Alanis Morissette, Bonnie Raitt, Joan Osborne et autres Melissa Etherridge. Sheryl peut s’afficher fièrement sur la pochette de son nouvel album : elle a passé le sommet des nineties, seule en tête. Le nouvel opus de la jolie blonde développe le même braquet que ses prédécesseurs : intimité, mélancolie, fun et complaintes amoureuses. La stratégie est connue et les singles annoncés que sont « Good is Good », « I Know Why » et « Where Has All The Love Gone » vont encore lever les bras sur la ligne d’arrivée américaine. Mais devraient se contenter de remonter les bidons européens.

Fiona Apple

Extraordinary Machine

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Depuis 1996, Fiona Apple a signé trois albums. Petit dernier de la trilogie, « Extraordinary Machine » vient confirmer tout le talent de la New-Yorkaise. A la production, Mike Elizondo peut faire valoir un superbe travail, en succédant parfaitement aux prouesses technologiques de Jon Brion sur « When The Pawn ». Des chansons à la mélancolie assumée s’écoulent ici comme autant de sensibles ritournelles. Sautillant entre jazz, pop et poèmes épiques, les titres d’« Extraordinary Machine » séduisent les organes auditifs et offrent des paysages esquissés de cuivres et de cordes. Le timbre sublime, Fiona penche une nouvelle fois sa voix vers l’avant, offrant des tubes atypiques : « Get Him Back », « O’Sailor » ou « Tymps ». Jamais à court d’inspiration, la belle Américaine légitime pleinement le temps nécessaire pour graver ces perles sonores. Le disque s’achève par une production de Brion : « Waltz (better than fine) ». The Last « Waltz », un bien bel épilogue. ‘Rockumentaire’ mon cher Watson ! (2005)

White Willow

Storm Season

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Encore un superbe objet venu du Nord. Le groupe finlandais White Willow n'en est pas à son coup d'essai et son précédent album, 'Sacrament' reste hautement recommandable. Malgré les changements de personnel, l'auditeur n'est pas dépaysé par cette nouvelle production. Et l'option beaucoup plus électrique n'éclipse pas totalement les instruments plus familiers de la musique folklorique (NDR : la flûte, voire classique (NDR : le violoncelle). L'atmosphère générale est typiquement scandinave, sombre et plutôt nauséeuse, voire menaçante. Les compositions tablent souvent sur le contraste entre une base rythmique pesante à souhait, et les lignes mélodiques plus légères tracées par la flûte, la guitare sèche ou un clavier. Le chant de Sylvia Erichsen est tour à tour sensuel et très haut perché. Le principal compositeur est le guitariste Jacob Holm-Lupo, mais la contribution de chacun est déterminante dans la splendide réussite que constitue cet album très riche tant sur le plan musical que sur celui des sonorités. Certains pourront regretter que White Willow ait concédé un peu de sa différence pour se rapprocher de ses voisins en vogue, Paatos en tête. Par ailleurs, cette démarche les conduit parfois aussi vers un univers que ne renierait pas un Hooverphonic neurasthénique. Si ces repères éveillent votre curiosité, vous ne risquez pas d'être déçus. Ces sentiers sont trop rarement arpentés pour ne pas être originaux.

The National

Nous sommes tombés amoureux de New York

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Le line up de The National est tout à fait singulier, puisqu'à l'instar des débuts du défunt Immaculate Fools, il implique une paire de frères (les frangins Dessner et Devendorf). Et un chanteur et lyriciste qui réponde au nom de Matt Berninger. Responsable de trois albums à ce jour - dont l'excellent " Alligator ", paru voici quelques semaines - le quintet est issu de Cincinnati, mais vit à New York. C'est d'ailleurs dans la métropole d'adoption que l'histoire de cette formation a commencé. Ce qui méritait une explication. A l'issue de leur set remarquable accordé dans le cadre du festival Pukkelpop ; Matt et Bryan Devendorf (NDR : le drummer) ont bien voulu éclaircir la situation…

Tout comme AfghanWhigs (NDR : que Greg Dulli vient de remonter), les membres de The National sont donc originaires de Cincinnati, dans l'Ohio. Mais si la bande à Dulli s'est installée à Los Angeles, celle de Berninger a plutôt opté pour la côte est des Etats-Unis. Matt s'explique : " Nous ne sommes pas partis à New York pour fonder un groupe. Ni pour aller à la rencontre du succès. L'idée de ce collectif est née plus tard. Maintenant, il est vrai que si nous étions demeurés à Cincinnati, j'ai du mal à imaginer qu'un tel projet aurait pu naître. Vivre à New York est extrêmement motivant. Il y a tant de choses à faire dans cette ville. On peut y réaliser ses rêves. Projeter de belles perspectives de carrière. Parce qu'il existe des tas de clubs qui permettent de se produire en concert… " Et Bryan d'ajouter : " Les gens y sont beaucoup plus ambitieux " Matt reprend le crachoir : " Cette métropole vous inspire. Dulli a émigré à L.A. Et je ne sais pas dans quelle mesure Cincinnati a pu lui apporter une quelconque créativité. D'ailleurs, je pense qu'il s'est barré de là assez rapidement. " Apparemment, ils ne sont pas près d'y revenir. Matt confirme : " Je doute que nous y remettions un jour les pieds. Nous sommes tombés amoureux de New York. Il est difficile de retourner dans ton bled, lorsque tu y as vécu. Si nous devions le quitter, ce serait pour une autre grande ville ; comme Paris, par exemple… " Il est vrai que la France est le premier pays européen à s'être enflammé pour The National. Sur le vieux continent, ils ont d'ailleurs d'abord été signés par le label indépendant bordelais Talitres, chez qui les deux premiers albums sont sortis (NDR : depuis, ils sont passés chez Beggars Banquet et distribués par V2 dans le Benelux !). Matt acquiesce : " Nous comptons beaucoup de fans en France. J'ai eu une petite amie française à New York. Nos premiers concerts en Europe ont été accordés à Paris… Nous avons, en quelque sorte, une french connection. On peut même dire que Bryce est francophile, puisque sa copine est issue de Paris. " Faut aussi croire que la sensibilité de leur musique plaît à ce public. Et Matt d'ajouter : " C'est peut être également la raison pour laquelle Paris nous plaît. En fait le public français est réceptif à la musique confessionnelle. A cette forme de sincérité. " Et d'élégance…

Hormis lors du premier album, le violoniste/claviériste Padma Newsome a participé aux sessions d'enregistrement de tous les autres disques. En outre, il lui arrive régulièrement (NDR : pas à l'occasion de ce Pukkelpop, cependant) de tourner en compagnie du groupe. Est-il pour autant considéré comme membre à part entière de la formation ou tout simplement collaborateur régulier ? Bryan éclaircit la situation : " Il nous accompagne généralement en tournée. Mais il vit en Australie. Chaque fois qu'il a la possibilité de nous rejoindre, il débarque. Disons que les ¾ du temps, il est présent. Mais parfois, ce n'est pas possible. Pourtant, tu peux le considérer comme un membre effectif de The National. Il est même devenu un des éléments majeurs du groupe Voire son pilier central… " Ce qui explique, sans doute pourquoi 'live' son absence oblige le combo à proposer un set totalement différent. " Oui, absolument !" confirme Matt. "Tu as pu t'en rendre compte aujourd'hui. Lorsqu'il est présent, il ajoute ses parties de violon et de claviers. La musique est alors plus atmosphérique. Sans lui, on essaie de produire des shows distincts. Plus intenses, plus électriques, pour maintenir l'intérêt. " Peter Katis (Interpol, Mercury Rev, etc.) a assuré la production d''Alligator'. Pas étonnant lorsqu'on sait qu'il vit également à New York. Et puis ils sont devenus des amis. Bryan en profite pour balancer une vanne : " On l'a choisi parce qu'il danse remarquablement bien (rires). Sérieusement, ce type a bien les pieds sur terre. Il est très calme. Il cherche avant tout à rendre le son cohérent. En fait, il joue le rôle de l'ingénieur du son. Et c'est ce dont nous avons besoin. " Parce que les musiciens du groupe sont d'éternels insatisfaits. Il leur arrive même de retravailler une chanson, parce qu'ils estiment qu'elle est trop accessible. Matt confirme : " Nous sommes dubitatifs lorsqu'une chanson nous plaît instantanément. En général on l'apprécie pendant quelques jours, puis on la trouve banale. Si elle est trop accessible, c'est parce qu'elle est trop familière. Et nous craignons cette réaction. Parce qu'elle suscite rapidement l'ennui. "

De nombreux critiques rock comparent la musique de The National à celle de Tindersticks. Et puis le baryton de Matt à celui de Stuart A. Staples. Il est à supposer que depuis le temps que ce type d'articles se multiplie, les musiciens se sont décidés à écouter les disques du groupe britannique. Bryan donne son avis : " Stuart est un beau mec doué d'une belle voix. Mais je suis surtout sensible au talent du drummer (NDR : fallait s'en douter !) Il a un toucher, un feeling, exceptionnels. Pour ma part, c'est un des meilleurs au monde ! " Matt, de son côté confesse : " Nous n'étions pas spécialement des fans. Nous étions simplement au courant de leur production. Mais après avoir lu les critiques qui relevaient des similitudes entre les deux groupes, on s'est quand même décidés à les écouter. En fait, nous partageons les mêmes goûts. Et en particulier pour Nick Cave. Dont la façon d'écrire des chansons, des mélodies, m'a toujours impressionnée. En ce qui concerne la voix, j'essaie de faire du mieux que je peux. Il existe sans soute une influence quelque part, mais vous devez comprendre que ce timbre est inhérent à ma tessiture. Celle d'un baryton. C'est à la fois mental et physiologique… "

Dans les chansons de The National, on retrouve des contes mélancoliques alimentés par le sexe, l'alcoolisme, la rupture, la paranoïa et la solitude. De la tendresse aussi. Des observations finement détaillées de la vie et de l'amour, la comédie humaine peinte avec de l'humour noir ; et plus que probablement un exorcisme des propres angoisses de Berninger. Mais en utilisant la narration, Matt cherche-t-il à créer une distance entre lui et son sujet ? (NDR : silence), Matt semble médusé : " … Il y a des parties autobiographiques et d'autres narratives. De la fantaisie, aussi. De l'imaginaire et des choses toutes construites. Si les chansons reposaient uniquement sur la biographie de l'être humain, ce serait moins riche. Il faut donc romancer. Donc on imagine des gens face à certaines situations. On crée des personnages en partie autobiographiques et partiellement fictifs. Le but n'est pas de se cacher derrière un quelconque paravent, mais plutôt de construire une atmosphère, susciter de l'émotion… " Ce qui explique sans doute pourquoi le cinéma est également une source d'inspiration pour les chansons de The National. Matt confirme : " On aime beaucoup le cinéma. Almodovar notamment. Et en particulier les longs métrages 'Parle avec elle' et 'Tout sur ma mère'. On est allé voir récemment 'Eternal sunshine of the spotless mind', et ce film nous a beaucoup plu. Et puis, nous vouons un culte aux classiques comme 'Ghostbusters' ou 'The graduate'. Ce dernier met en scène des personnes maladroites plongées dans des situations inconfortables. Des individus faibles occupés de se dégrader. Nos chansons sont écrites comme des scénarios de films… "

Tout au long d''Alligator', on ressent une forme de désenchantement vis-à-vis de la vie et du monde contemporain. Seraient-ils fatalistes ? Bryan hoche la tête d'un air affirmatif. Matt réfute cette analyse : " On peut considérer qu'il existe, dans notre écriture, un mélange de cynisme, de mélancolie, de pessimisme, de désenchantement, de dégoût par rapport au monde. Mais aussi d'humour et d'optimisme. L'être humain veut être heureux, et c'est normal. Mais il doit se battre pour y parvenir. Je ne pense pas qu'on puisse considérer notre démarche comme négative ; simplement elle est le résultat d'une observation des gens dans leurs moments faibles et leurs moments forts… " Pourtant dans la chanson 'Looking for Astronauts', on ressent une volonté de fuir la société. Un type d'évasion qui pourrait conduire au suicide… Bryan et Matt ne semblent toujours pas sur la même longueur d'ondes. Mais ce dernier finit par trancher : " L'herbe est toujours plus verte chez ton voisin. C'est dans ce sens là que j'ai écrit cette chanson. En pensant aux gens qui sont disparus, qui disparaissent, qui sont perdus. Je n'imaginais pas qu'elle aurait pu prendre une signification aussi destructrice… "

 
Merci à Vincent Devos

V.O.

Délivrance non sous-titrée

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Collectif fragile articulé autour de l'âme sensible de Boris Gronemberger, V.O. offre " Pictures " au monde. Ce premier album insuffle à la Belgique une autre vision de son univers musical, une autre façon de vivre la pop. Les éloges ne seront jamais suffisants pour acclamer le travail de ces artisans stakhanovistes de la belle musique. Indomptables et incompréhensibles, les mélodies se construisent ici pièce par pièce comme la plus somptueuse des mosaïques. Petit entretien en compagnie de Boris Gronemberger, l'architecte de ce fameux projet.

Boris, peux-tu me retracer brièvement l'histoire de V.O. ?

Notre histoire remonte à l'année 2000. A l'époque, nous jouions au sein de Grinberg, un projet instrumental. Mais je ressentais le besoin et l'envie d'écrire des chansons. Nous nous sommes produites pour la première fois dans le cadre d'un festival organisé à Louvain-La-Neuve : le 'First Steps and false alarm'. Cet événement met en exergue le travail de musiciens qui prennent l'habitude de jouer dans leur chambre ou dans leur cave. Un des organisateurs qui connaissait Grinberg m'a alors proposé d'y participer. J'ai profité de cette opportunité pour mettre V.O. sur pied. Au début, le projet se réduisait à une simple échappée en solitaire. Mais peu à peu, il devenait très difficile d'assurer toutes les compositions seul sur scène. J'ai donc décidé de me tourner vers les autres membres de Grinberg pour m'accompagner. Actuellement, nous sommes cinq : mon frère Dimitri aux claviers, Cédric Castus (Grinberg) à la guitare, Frédéric Renaux (Grinberg) à la basse et Julien Paschal (Sharko) à la batterie

A côté de V.O., tu collabores également à d'autres projets. Tu es notamment le guitariste attitré de la belle Françoiz Breut. Comment vous êtes-vous rencontrés ?

Je l'accompagne effectivement depuis près de quatre ans… C'est vraiment une artiste formidable. Là, nous venons d'achever l'enregistrement de son troisième album (NDR : " Une saison volée ") et nous partirons bientôt en tournée pour le défendre…

Comment perçois-tu V.O. dans notre paysage musical ?

Nous sommes une sorte de formation à part. Notre musique ne passe pas en radio, contrairement à la plupart des formations pop-rock actuelles. Nous nous intégrons dans une communauté d'artiste bien implantée en Belgique mais dont personne ne parle ! En Belgique, il y a une foule de labels intéressants et défricheurs dont on ne souligne pas suffisamment le boulot : c'est une certitude ! Une scène belge alternative évolue aujourd'hui dans l'ombre. Même si notre musique demeure indissociable de la pop, nous faisons partie intégrante de cette scène alternative ! Dans notre Royaume, on ne compte plus les groupes géniaux ! Pour moi, c'est une chose très positive de retourner les projecteurs pour s'apercevoir de la qualité des projets qui se trament en coulisses !

" Pictures ", votre nouvel album, vient de paraître. Qu'attendez-vous de sa sortie ?

Pour être honnête : pas grand-chose ! J'espère quand même que les gens pourront écouter notre musique et qu'elle sera accessible dans le commerce. Et il ne faut pas penser que cette étape soit évidente dans une petite structure comme la nôtre ! Il est difficile de se faire une place dans la jungle des sorties discographique hebdomadaires… Mais nous n'escomptons pas un énorme succès. Tout simplement parce que cette hypothèse n'entre pas vraiment dans notre éthique. Quand j'ai commencé à jouer de la musique au sein d'un groupe, j'étais idéaliste, voire utopiste par rapport à la réussite dans le monde de la musique. C'est en commençant à collaborer avec d'autres artistes que je me suis rendu à l'évidence…

Qui s'est chargé du visuel de la pochette du disque ?

Ce travail revient à Maxime, un des grands artisans de chez Matamore Recordings … et un peu à moi aussi ! A l'intérieur du disque, on peut découvrir une magnifique tête de taureau… (NDR : une expérience visuelle à vivre). C'est une photo prise durant l'enregistrement du dernier album de 'Françoiz Breut'. Nous filmions toutes les prises de sons et par hasard, nous sommes tombés sur ce masque étrange. Inutile de préciser que c'est parti en cacahouète… Cette image est assez cocasse et biscornue. Je trouvais cette photo suffisamment originale pour illustrer la partie intérieure de notre disque !

Le 17 juin, ouvrira la Fête de la musique en grande pompe. Que penses-tu d'une initiative comme la Fête de la Musique ?

D'année en année, l'affiche ne cesse d'évoluer et offre un aperçu de plus en plus large des musiques émergentes. De plus, la promotion associée à l'évènement connaît également un essor considérable. Par contre, il serait très intéressant de faire évoluer le concept de la Fête de la Musique vers d'autres disciplines artistiques !

Pour toi, un concert accordé à cette occasion est-il un concert comme un autre ou a-t-il une saveur particulière ?

Pour les spectateurs qui n'assistent pas souvent à un concert, il est certain que les représentations offertes à l'occasion de la Fête de la Musique doivent avoir une signification particulière. Mais pour nous, un concert reste un concert et se doit d'être joué avec la même envie de partager notre musique !

Quel est le prochain concert auquel tu assisteras ?

En tant que spectateur ? Certainement une des nombreuses premières parties de Françoiz Breut ! On va jouer en même temps que Sonic Youth en France. Ce sera peut-être l'occasion de les voir ! Et puis, notre tournée passe par Barcelone et son fabuleux Festival Primavera (NDR : à l'affiche, on retrouvera notamment The Arcade Fire, Maxïmo Park, New Order, The Wedding Present, Vitalic, Gang of Four, The Stooges, Nouvelle Vague, Mercury Rev…) De quoi passer d'excellentes vacances !

Quel est le disque que tu offrirais à ton pire ennemi ?

Sans hésiter, je crois que ce serait " Smile " des Beach Boys. Simplement parce que j'adore cet album. C'est une manière comme une autre de sourire à son pire ennemi, non ?

Quel est l'album préféré de V.O ?

Difficile de répondre à une question commune. Surtout lorsque les autres ne sont pas présents… Nous avons des goûts tellement différents… Néanmoins, je pencherai pour l'album " Camoufleur " de Gastr Del Sol ! Chez V.O., tout le monde sera d'accord pour célébrer ce disque…

Quel est pour vous le meilleur album de tous les temps ?

J'opte sans conteste pour le " double blanc " des Beatles !

Dans ta collection, y a-t-il un disque que tu as aujourd'hui honte d'écouter ?

Un disque que j'ai honte d'écouter ? Bon, je dois passer aux aveux : je possède un exemplaire du dernier album des Destiny's Child…