La nation fantôme de The Besnard Lakes…

Le septième opus de Besnard Lakes, « The Besnard Lakes Are the Ghost Nation », paraîtra ce 10 octobre, confirmant ainsi son statut de l'un des groupes les plus constants de ces 20 dernières années, dont la vision et la qualité sont difficilement égalables…

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Asgaroth

Red Shift

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A l'image d'un 4AD dans la musique alternative, le label anglais Peaceville demeure très sélectif dans le choix de ses poulains. Il attache une grande importance à l'esthétisme, à l'innovation musicale, et propose en règle générale des produits haut de gamme. Anathema, My Dying Bride, Katatonia et Opeth sont de ceux-là. Nouveaux venus sur la scène dark metal, Asgaroth nous livre un " Red Shift " surprenant d'audace et de maîtrise. Peaceville ne s'est pas trompé, une nouvelle fois. Combinant les envolées psychédéliques d'Hawkwind à l'énergie d'un Dimmu Borgir, cette formation catalane signe une œuvre déconcertante, où plusieurs tendances se retrouvent canalisées. Si le groupe ne se complaît pas dans la facilité, chaque titre demande une écoute approfondie pour en décrypter toutes les finesses. Expérimental, le heavy torturé d'Asgaroth l'est assurément. Les tempos à géométrie variable oscillent entre divagations et psychédélisme noir. L'efficacité des mélodies n'a d'égale que la grande diversité des ambiances froides qui se dégagent de la plaque à la fois cosmique et brutale. Les surprises fusent à chaque instant, contribuant à faire de ce disque un véritable travail d'architecte de la musique heavy du futur. Eblouissant et d'une beauté désarmante, Red Shift ne connaîtra probablement pas le succès qu'il mérite, mais deviendra à coup sûr un album culte.

Asian Dub Foundation

Keep Bangin´ On The Walls

Pour apprécier Asian Dub Foundation à sa juste valeur, il faut les voir en live : c'est en effet sur scène que la musique métissée du collectif londonien prend toute sa saveur et exprime au mieux sa force de frappe. Mélange épicé de samples vindicatifs, de breakbeats sauvages, de percussions indiennes et de rap féroce, la fusion bouillonnante d'ADF s'appréhende davantage en prise avec le réel et dans l'urgence, bref en concert, que sur CD. Ce n'est pas avachi dans son fauteuil qu'on écoute au mieux les discours d'ADF, politisés à l'extrême, mais dans la fournaise d'une salle de concert, le poing serré en l'air et les tympans violentés par la puissance sonore. A cet égard, " Keep Bangin' On The Walls " pourrait bien être le meilleur album d'ADF, puisqu'il restitue avec intensité le véritable impact des beats et des paroles, souvent muselés sur disques par la précision du travail en studio. Si les titres du dernier album sont ici privilégiés (" Fortress Europe ", " La Haine ", " Rise to the Challenge ", " 2 Face ",…), on retrouve avec plaisir ces " Charge ", " Riddim I Like " et " Rebel Warrior " qui ont fait la réputation scénique du groupe. Sans conteste un des meilleurs en live… même que c'est marqué sur le sticker publicitaire qui orne la pochette. Pour une fois, on n'osera pas dire le contraire.

At The Close Of Every Day

If you spoke to me

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Cet Ep 4 titres constitue la suite logique de « Zalig zijn de armen van geest ». Paru l’an dernier, cet opus avait d’ailleurs reçu une excellente critique de Musiczine. Evoquant tantôt Pinback, voire Songs : Ohia (ce côté un peu monolithique) ou encore la tribu de Will Oldham, on y ressentait leur amour pour le tout acoustique ; mais surtout on y retrouvait les mêmes ambiances intimistes, les mêmes idées de textes reposant sur l’amour et les désillusions. Bref des chansons qui ne respirent pas la joie de vivre : romances déchues marmonnées sur un ton parfois monocorde, batterie qui traîne et guitares qui trébuchent. Axel Kabboord et Minco Eggersman ont donc repris la même recette pour concocter les quatre plages de cet « If you spoke to me ». En y ajoutant un zeste d’orchestrations symphoniques. Serait-ce une indication de leur nouvelle orientation musicale ?

At The Close Of Every Day

Zalig Zijn de Armen van Geest

Minco Eggersman et Axel Kabboord nous viennent de Hollande, pays d'Anouk et de Brainpower, mais surtout de Spinvis, dont ils sont d'ailleurs un peu les cousins germains : même amour pour le tout-acoustique, mêmes ambiances intimistes, mêmes idées de textes (amour et désillusions). Un point, pourtant, les sépare : At The Close of Every Day ne chante pas en flamand (sauf sur la chanson-titre), ce qui nous évite d'effroyables maux de tête (d'autant que l'accent hollandais est d'une laideur incomparable). Dommage pour Spinvis dont la qualité des compositions sont pourtant irréprochables ; et tant mieux pour nos deux amis fans d'Arid (" At The Close of Every Day " sont les premiers mots de la première chanson du premier album des Gantois)… Arid ? A l'écoute des superbes " Hallways " et " Rain or Shine ", on pencherait plutôt pour Pinback, voire Songs : Ohia (ce côté un peu monolithique) ou à la tribu de Will Oldham. Jasper, certes un copain, n'est pas ici (et heureusement) le modèle à suivre : le coup des gargarises et des cours de chant avec une Armande flamande, c'est pas trop la ‘kopje koffie’ de Minco et Axel. C'est que les chansons de ces deux lascars ne respirent pas la joie de vivre : romances déchues marmonnées sur un ton parfois monocorde (" The Drive-way "), batterie qui traîne et guitares qui trébuchent, ce premier disque semble avoir été composé le lendemain de la veille, dans le brouillard (la pochette) et sans l'électricité. Pas drôle, mais d'une gravité prenante.

Athlete

Vehicles & Animals

Mélodies débonnaires, chansons en escaliers (ou à tiroirs), délires savamment dosés : les quatre Anglais d'Athlete pourraient bien devenir les nouveaux Eels, à condition de lâcher du lest, que cette pop-rock juteuse enfin se libère et vraiment se défoule. Attention : " Vehicles & Animals " n'est pas un coup dans l'eau, bien au contraire. Sauf que ces Athlete doivent encore faire un peu d'altères, pour que leurs chansons gonflent, prennent de l'ampleur, du charisme. Ces gars-là sont encore jeunes : ils ont tout leur temps pour cultiver leurs biceps (plus de peps, d'énergie, moins d'hésitations), de quoi passer le cap du deuxième album avec les honneurs et les médailles qui vont avec. Le signe de cette prochaine " révélation " ? Les singles (" El Salvador ", " You Got The Style ", plus " New Project " et la chanson-titre), plutôt ravageurs, comme quoi Athlete se révèle doué pour le 100 mètres, mais moins pour le 10.000. A leurs côtés, sur les starting-blocks, on retrouve Pavement, The Beta Band, Guided by Voices, Super Furry Animals, Gomez. Une chose est sûre : lors de la prochaine course, on pariera sur ces quatre gamins. Pour eux, le podium n'est plus très loin.

Athome Project

Athome Project

Ca commence plutôt bien avec deux morceaux rappelant avec joie combien Roni Size, et surtout Massive Attack, ont été des précurseurs de la chose trip hop. Après, ça se gâte un peu, quand un type genre Seal claironne des trucs ineptes sur un fond nu-jazz downtempo qui lorgne méchamment du côté obscur de la lounge… Heureusement, après ces quelques minutes de déroute, Stian Jacobsen sort de sa léthargie et rétablit le cap, en osant l'instrumental façon Compost et (feu) Nuphonic. Avec " Analogue Acoustics ", il se prend pour Red Snapper à lui tout seul (la contrebasse et la trompette), tout en lorgnant gentiment vers une drum'n'bass sympathique, quoiqu'un peu paresseuse. C'est en fait là que le bât blesse : Jacobsen manque de suite dans les idées, ce qui l'oblige à rallonger ses morceaux de longues improvisations sans fin pour feindre d'être un gars inspiré et mélomane. Le titre suivant le confirme : d'abord agréable à l'écoute, le morceau s'enlise ensuite dans une purée indigeste à base de synthés aigrelets du plus mauvais goût. Pour finir, Jacobsen essaie une dernière fois d'accrocher notre oreille, avec du dub et de la house downtempo pépères, mais sans aucun orgueil. Ce type n'aurait-il pas la mononucléose ?

Audio Bullys

Ego War

Il paraît que Simon Franks et Tom Dinsdale, les deux teigneux qui se cachent derrière Audio Bullys, n'aiment pas qu'on décrive leur musique comme de la " house pour hooligans ". Quitte à se prendre des claques, nous on trouve qu'" Ego War " réunit pourtant tous les éléments basiques de cette purée " lad " qui fait la joie des supporters de David Beckham : gros big beat viril, argot des banlieues, refrains crétins, poumtchak qui mousse,… Ne manque plus que l'odeur des vestiaires ! N'empêche, pour foutre le feu aux " kop ", y a pas mieux qu'un petit " We Don't Care ", tube bâtard mais à l'addiction dangereuse… De ses grands frères baggy (Happy Mondays, Lo-Fidelity Allstars, voire EMF et KLF), Audio Bullys n'a gardé que le pire : du gros son qui tâche mais qui fait danser, surtout après dix à-fond. Parfois, ça se calme du côté de la buvette (" The Things "), mais jamais pour longtemps : il reste la deuxième mi-temps. En face, un noyau dur (Stereo MC's, Basement Jaxx, The Streets) semble difficile à battre. Carton rouge ! Le tournoi vient de commencer, et les voilà déjà sur le banc de touche ! Faites gaffe, les gars : en deuxième division, on rigole moins avec les branleurs.

Audioslave

Audioslave

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Comment ne pas avoir salivé, mais surtout frôler le fou rire, en prenant connaissance de la formation d'Audioslave ? Et comment aujourd'hui regretter d'avoir eu à la vivre ? Pour la première question, la réponse est tellement simple : Audioslave, c'est Chris Cornell, chanteur de feu Soundgarden, groupe remarqué et parfois remarquable, découvert pour la plupart d'entre nous lors de l'explosion du grunge. Toujours au micro, il est ici épaulé par les ¾ de cet autre phénomène que fut Rage Against The Machine, à pareille époque. La carrière des uns a sombré dans le grand univers de l'anecdotique, alors que celle des autres était encore d'actualité, jusqu'il y a peu, notamment en matière de diffusion de la bonne parole. Une bonne parole empreinte de dénonciation et d'activisme politique, balancée sur fond d'incandescence sonore. Sans Zach De La Rocha, RATM est en quelque sorte décapité de sa figure de proue, de son porte parole. Quant à le remplacer par Cornell… Franchement, je n'aurais jamais imaginé qu'ils puissent être copains. M'enfin, pourquoi pas. La réponse à la deuxième question maintenant : je l'avoue humblement, j'ai toujours plutôt eu un faible pour RATM. Morello rassemble de sa gratte de sons incroyables, Tim Bob libère des grooves imparables de sa basse et Brad Wilk fracasse toujours ses fûts avec la même détermination. Puissant. Comme d'habitude, me rétorquera-t-on. Mais il existe des habitudes à ne pas perdre. Le problème, finalement, ne vient pas de Cornell. Non, sa voix collait à merveille à l'univers sonore de Soundgarden. Or, dès l'intro de " Cochise ", on imagine que le temps ne s'est pas arrêté. Que De La Rocha va nous balancer une de ces phrases assassines en pleine tronche. Et bien non. Cornell n'arrive que très rarement à s'envoler ; même si sa bonne volonté transparaît à de (très) rares (mais bonnes) occasions. Bouh… Il faudra s'y résoudre. En ces temps où l'on nous sert continuellement cette soupe fadasse estampillée rock, néo truc ou néo truc rock, le consensus fait les yeux doux à son plus farouche ennemi. Resist.

Reneé Austin

Sweet talk

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Reneé possède un registre vocal qui s'étale sur près de cinq octaves. Ce qui est pour le moins inhabituel dans le chef d'une vocaliste. Elle est née à San Diego, mais a passé toute sa jeunesse au Texas. Elle a grandi au sein d'une famille musicale et a très tôt chanté à l'église. Ses héroïnes ont pour nom Aretha Franklin, Tina Turner, Janis Joplin, Etta James, Gladys Knight ; mais aussi Marcia Ball, Lou Ann Barton et Angela Strehli. En puisant dans le R&B, la soul, le rock et la pop, elle est parvenue à créer son propre style.

Depuis 1986, elle s'est établie à Minneapolis où elle fait depuis partie de la scène locale. Elle a commis son premier elpee en 1997 : "Dancing with Mr Blue". Chez Rainbow. Elle y apparaît déjà comme une chanteuse hors de l'ordinaire. Son deuxième album a été enregistré à Nashville, dans le Tennessee.

La belle voix sauvage de Reneé est introduite par l'harmonica de Joe T. Cook, un des meilleurs souffleurs du Minnesota. "Pretend we never met" est une excellente chanson composée par Bruce McCabe. Elle l'interprète dans un style rockin' R&B qu'affectionne tout particulièrement Mick Jagger et Rod Stewart. Elle partage ici un savoureux duo avec le Texan Delbert McClinton. Les deux voix complices se complètent à merveille devant les riffs de Kevin Bowe et l'orgue de Jeff Victor. Le répertoire privilégie les plages R&B imprimées sur un rythme funky. A l'instar de "Pour the sugar slowly". Ou très rock. Découpé dans une bonne slide, "Bitter water" en est la plus belle démonstration. "When something is wrong" est une ballade soul. Les musiciens sont essentiellement issus du Jonny Lang Band : les guitaristes Kevin Bowe et Paul Diethelm, le pianiste Bruce McCabe et le drummer Billy Thomnes. Rock endiablé, "Bottom of a heart" est guidé par cette voix si aisément modulable et le piano boogie de McCabe. "Fool moon" évolue dans un registre cabaret. Nous pouvons y humer les effluves de tabac et d'alcool qui s'emmêlent. Renee peut étaler toutes les capacités de son organe. "Bury the hatchet" débute d'une manière très roots avant d'éclater en boogie speedé duquel se détachent les ivoires de Bruce. McCabe est un des meilleurs pianistes contemporains (NDR : attention, il ne faut pas le confondre avec Matt McCabe, qui a longtemps milité chez Roomful of Blues). Originaire de l'Iowa, Bruce est depuis longtemps un des fers de lance de la scène blues de Minneapolis. Au cours des 60's, il a sévi successivement chez les Aces, Straights and Shuffles (NDR : en compagnie de Kim Wilson, un an avant qu'il n'émigre à Austin pour former les Fabulous Thunderbirds, Bob Bingham et Luther Tucker), ensuite les Lamont Cranston Band et les Hoopsnakes. Aujourd'hui, il bosse aux côtés de Jonni Lang. "Unraveling" est une ballade inoffensive caressée par la trompette de Dave Jensen. La fin d'album est de très bonne facture. "Ain't nobody", tout d'abord. Qu'elle chante devant un piano solitaire. "Black pearl", ensuite. S'ouvrant par les accents du Delta, il est sobrement accompagné par la slide d'Andy Dee. Probablement un des meilleurs moments de cet opus. Car si ce disque reste agréable à écouter, je trouve que Renee Austin manque encore de présence et surtout de charisme. Elle possède une belle voix, mais il existe tellement tant de concurrence dans le domaine. A suivre, donc…

Autechre

Draft 7.30

Le cas Autechre est un cas à part dans l'univers de la musique électronique. Depuis leur début il y a plus de dix ans, Sean Booth et Rob Brown n'ont cessé d'emprunter les chemins les plus escarpés, les virages les plus dangereux, les tunnels les plus obscurs. A chaque album, le duo se renouvèle, risque sa peau, tente de nouvelles acrobaties bruitistes, se dérobe à la moindre tentative extérieure de classification. Leurs modulations crépitantes, leurs cliquetis postindustriels, leurs déflagrations arythmiques n'ont pas d'égal en musique populaire : au mieux pourrions-nous comparer leurs travaux les plus récents aux œuvres expérimentales des " metteurs en sons " savants des années 1950 et 1960, de Stockhausen à Xenakis. L'électronica d'Autechre, puisqu'il faut bien lui donner un nom, se rapprocherait donc avant tout des musiques sérielles et concrètes, ces terrains minés où la recherche sonore primait sur le sens et l'émotion. Parce qu'il ne sert à rien de trouver une signification aux circonvolutions terrifiantes du duo britannique. La musique d'Autechre se suffit à elle-même, point barre. Sans équivalent dans la scène électro actuelle, et ce depuis le milieu des années 90, Autechre navigue seul, se fichant comme d'une guigne du quand-dira-t-on et des pisse-vinaigre qui taxent leurs compositions d'hermétisme janséniste. La preuve : avec ce nouvel album, Sean Booth et Rob Brown délaissent un peu leurs laptops (trop présents sur leur précédent " Confield ") pour revenir à leurs vieux séquenceurs et leurs boîtes à rythmes. Et de rythme, ce " Draft 7.30 " n'en manque pas : chaque morceau est ainsi construit selon une structure complexe de beats qui s'entrechoquent et de fragmentations qui se renvoient la balle. Sur " V-PROC " par exemple, des breakbeats atomisés jouent au ping-pong avec des loops anarchiques, créant une sorte de funk squelettique sur lequel on oserait presque danser. De ces constructions en spirales, à la tridimensionnalité effarante, on ressort exténué mais ravi. Une fois encore, Autechre nous aura pris au dépourvu : on pensait ne plus trop connaître cette sensation de perpétuelle découverte, persuadé que la musique électronique était déjà dans l'impasse. Raté : ce " Draft 7.30 " en est l'impressionnante contradiction. En un mot : essentiel.

 

16 Horsepower

Olden

Écrit par

" Olen " n'est pas un nouvel elpee de 16 Horsepower, mais un recueil partagé en trois volets que séparent deux interviews totalement inutiles. La première (NDR : le rôle de la religion dans l'œuvre de David Eugene Edwards) aurait pu être intéressante, mais elle cesse au bout de 20 secondes. La seconde ne nous apprend rien d'autre que nous ne sachions déjà. Mais venons-en au contenu de l'œuvre. Les deux premiers tiers de l'opus réunissent dix démos (dont deux versions d' « American wheeze ») enregistrées entre 1993 et 1994 à Denver, démos qui serviront ensuite à la confection de l'EP éponyme (NDR : aujourd'hui quasi introuvable !) ainsi qu'aux albums " Sackcloth 'n' ashes " et " Low estate ". Le plus souvent très différentes du produit fini, elles surprennent par leur climat intimiste. Ce qui accentue l'intensité dramatique des chansons. Un inédit : " Train serenade ", un morceau écrit et chanté par le bassiste originel, Kevin Soll. Les six derniers titres datent d'octobre 1994. Il s'agit des meilleures prises immortalisées 'live' au Mercury Café de Denver. Et elles reflètent parfaitement le climat au sein duquel baigne leur musique unique, ténébreuse, fruit d'un mélange hantant, spirituel, de country, de blues, de punk et de swamp. On y trouve une rareté : " Slow guilt trot ". Apparemment la flip side d'un single paru exclusivement en vinyle.

 

A Perfect Circle

Thirteenth Step

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La présence de Maynard Keenan, chanteur de Tool et de James Iha, ex Smashing Pumpkins pourrait à elle seule justifier l'achat de ce second opus. Dérangeant pour ceux qui voyaient dans le groupe une alternative plus pop à la musique heavy-intello de Tool ! Les privilégiés qui ont eu la chance de les découvrir live en première partie de Deftones à Louvain auront vite fait la part des choses; A Perfect Circle fait dans le metal moderne, mais joue davantage sur les atmosphères sonores que sur la puissance des riffs de guitare. Sans s'éloigner de manière radicale de ce qui a fait le succès de son premier album, le combo ose prendre des risques en flirtant avec les huit minutes dès le titre d'intro. Si la musique est plus sombre que par le passé, si l'album semble plus difficile à digérer, les douze titres de "Thirteenth Step" ne s'éloignent finalement pas tellement de la construction complexe de "Lateralus", chef-d’œuvre incontestable du metal contemporain. Destiné à un public large d'esprit et amateur de substances psychotropes, ce deuxième essai est une invitation à la rêverie et au voyage dans les méandres d'une musique mélancolique et torturée.

Absynthe Minded

History make science fiction

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A l'origine (NDR: c'est à dire en 1999), Absynthe Minded était le projet du seul chanteur/compositeur/multi-instumentiste, Bert Ostijn. Un projet fatalement lo-fi puisqu'il était partagé entre un huit pistes et l'artiste, dans son appartement à Gand, qu'il avait aménagé en studio. Au bout de quelques démos, Bert se décide à s'entourer de quelques collaborateurs. Quatre musiciens en compagnie desquels il concocte une nouvelle démo (" Sweet oblivion ") avant de partir en tournée. Nous sommes alors en 2002. " History make science fiction " constitue son premier EP. Six titres qui oscillent du jazz au folk en passant par le blues et la pop. Faut dire que la formule instrumentale (guitare acoustique, contrebasse, piano, chant et violon) se prête bien à ce style qui évoque tour à tour à Zita Swoon, Tom Waits ou à Hawkley Workman. Avec même un zeste de Howlin' Wolf sur le blues " John Lee Hooker ", de Dutronc tout au long du cool " Pretty horny flow " et d'Ozark Henry pour le final " From nowhere to return ". Excellente surprise, au sein du line up, figure Renaud Ghilbert, l'excellent violoniste qui épaule régulièrement Sioen. Renaud est un grand admirateur de Django Reinhardt, et ses excellentes interventions au violon, tout au long de ce six titres, communiquent une fameuse dose de swing aux compositions. On devrait y voir plus clair lors de la sortie de l'album. Mais à première vue, les choses se présentent plutôt bien.

Salvatore Adamo

C´est ma vie - Les plus grand succès

Adamo, c'est un peu le crooner préféré de nos grands-parents, un homme qu'on connaît pour sa gentillesse et sa modestie, l'idole de nos parents quand ils avaient 20 ans… La Reine Paola est une de ses premières fans. Même Arno a repris ses " Filles du bord de mer ". Dans les années 60, il vendait autant de disques que les Beatles. Les Japonaises en sont folles. Burgalat aurait aimé produire son dernier disque. Cette double compile retrace, en 40 titres, 40 ans de carrière au service de la variété italo-belge. A 60 ans, Adamo ne fait certes plus battre le cœur des midinettes, mais son talent de chanteur un peu guimauve parvient encore à nous séduire. Sans blagues. Ecouter " La Nuit " en regardant tomber la neige, " N'est-ce pas merveilleux " ? Tu cries son nom : " Sans toi, ma mie ", et les violons pleurent, " A vot' bon cœur "… " Elle… ", " F… comme femme ", l'amour lui ressemble. Mais voilà, la fille s'est barrée. " Elle était belle pourtant "… Et comment. " Une mèche de cheveux " brillant sous un néon, un roman de Verlaine, une " Valse d'été "… Viens là, ma brune, laisse tes mains sur mes hanches. Ne pars pas. Au bord de la mer, nous nous baladerons sous la pluie. Sèche tes larmes, regarde les nuages : demain, la lune. C'est déjà ça, le bonheur. Oui, c'est vrai, " la mer a bercé tant d'amour dans le creux de ses vagues ". Rappelle-toi " Notre roman ", tous ces rêves dans nos bagages, le ruisseau partagé de notre adolescence. J'ai beau crier ton nom, mais l'amour est perdu… Tu permets, Adamo ? Sans elle, ma tête explose. J'ai oublié que les roses sont roses. Si jamais… Je crie son nom. " La nuit/Je deviens fou ". C'est sa vie. La nôtre aussi, en quelque sorte.

Adrian Bouldt

Presents

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Il était une fois un personnage étrange qui répondait au nom d'Adrian Bouldt. Un troubadour très actif au cours des sixties et des seventies. Enfin davantage pour ses aventures adultérines que pour l'immortalisation d'une quelconque chanson. Décédé en 1979, sa seule et unique réussite ( ?!?!) procédait de sa progéniture illégitime. Parmi laquelle figure Jojo, David, Delphine, Mitch, Fran et Roux. Des enfants qui ne connurent jamais leur père et qui décidèrent, une fois réunis, de reprendre pour nom d'artiste, le nom de famille de leur géniteur. En voilà une belle comptine des temps modernes. C'est en tout cas ce que nous raconte la biographie consacrée au groupe. Personnellement, je pense qu'elle est aussi crédible que l'histoire des frères Ramones…

Maintenant, revenons un peu à la réalité. Adrian Bouldt est un sextuor, probablement issu de la région de Liège, qui vient de commettre son premier album. Double de surcroît ! La deuxième plaque recèle une vidéo de " Sweet babe ", ainsi que six fragments dont trois remixes. S'il fallait uniquement se baser sur ce second morceau de plastique, la notion de trip hop serait omniprésente. Celle de Beth Gibbons, de Hooverphonic et de Dream City Film Club (NDR : pour ceux qui l'ignoreraient, il s'agit de l'ancien groupe de Michael J Sheehy ), en particulier. De toute beauté, le remix de " Sunday morning " y est même supérieur à la version originale. Et celui de " Sweet babe " nettement plus torride et sensuel que sous son format conventionnel. Faut dire que le morceau originel trahit certaines affinités avec Mazzy Star. Même la voix de Delphine s'y montre aussi fantomatique. La voix de Delphine ! Un élément important dans l'expression sonore d'Adrian Bouldt. Tantôt claire, tantôt vibrante, souvent overdubbée, elle laisse régulièrement transparaître des inflexions proches de Tanya Donnelly. Throwing Muses, c'est d'ailleurs un groupe auquel on pense, après avoir écouté les premiers morceaux de " Presents ". A l'instar de " The wet grass ", de " Sunday morning " et surtout du complexe " Bethléem ". Mais avec des guitares moins envahissantes. Un début d'album susceptible, suivant les sensibilités, de rappeler tantôt Pollen, les Sugarcubes ou encore les Cranes. Enigmatique, incantatoire, " Playboy " évoluant plutôt sur un mode 'Pjharveyesque'. L'elpee recèle quelques moments moins intenses (NDR : plus faibles, pour les mauvaises langues). Et je pense plus particulièrement aux fragments instrumentaux. Faut dire que lorsqu'un groupe possède une vocaliste de la trempe de Delphine… Mais aussi des chansons plus romantiques, alimentées tantôt par un piano sonore (parfois électrique), des claviers fluides, un violon volatil, une guitare reverb, une basse cold, des drums souples ou des cuivres ténébreux (Morphine ?) Une excellente surprise !

Aereogramme

Sleep and Release

Il y a un peu plus d'un an, on avait écrit à propos d'Aereogramme qu'‘entre popsongs gentillettes et finals métalleux gargantuesques, le groupe avait du mal à choisir son camp’. Avec ce deuxième album, le constat reste le même, sauf que les quatre Anglais ont mis de l'eau dans leur vin et affiné leur plume. Résultat : " Sleep and Release " sonne toujours comme du Sigur Ros et du Sonic Youth, du Radiohead et du Deftones, mais les transitions entre les genres se font davantage en nuance. Finies l'impatience et l'incontinence ! A cet égard, le diptyque " A Simple Process of Elimination "/" Older " fait figure de véritable révélation : alors que tout commence dans la douceur, entre électronique raffinée et lyrisme à fleur de peau, de brèves interférences annoncent un virement doux mais marqué vers l'explosion imminente, sans que l'on ne sursaute plus de sa chaise, comme lors de l'écoute de ce premier album de triste mémoire. Leur style unique, fait de sursauts spontanés et d'accalmies bienvenues, se traduit d'ailleurs à merveille dans le titre : " Sleep and Release ", le calme puis la tempête, et ainsi de suite. En évitant de trancher entre leur désir de faire du bruit et celui de nous bercer, les quatre d'Aereogramme n'ont donc toujours pas choisi " de quel côté de la force ils se pencheront "... A la différence qu'ici, on est sans cesse surpris, dans le bon sens du terme… N'avions-nous pas dit, il y a un an, qu'il fallait juste leur laisser le temps d'un peu mûrir et de peaufiner leur démarche ? C'est chose faite, et ça en valait largement la peine.

Stinky Lou & The Goon Mat With Lord Bernardo

Fat sausage for dinner

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« Fat sausage for dinner » constitue (NDR : enfin !) le premier album officiel de Mathias Dalle (The Goon Mat) et Laurent Gossens (Stinky Lou). Pour la circonstance, nos amis français ont reçu le concours de l'harmoniciste Lord Bernado. Fin 2003, il avaient commis une excellent démo, "A roots blues and boogie night". Sur cet elpee, ils en reprennent trois titres. A l’époque, ils nous avaient séduits par leur blues poisseux. Celui qui s’inspire des juke joints poussiéreux produits au cœur du Delta du Mississippi. Ils persistent et signent !
 
En ouverture, "One more time" nous plonge immédiatement dans ce Delta. Un avant-goût de l’aventure que nous allons vivre. Fermez les yeux et imaginez que vous êtes à un jet de pierre des collines sises au nord du Mississippi. Au bord des rives. Près de Clarksdale voire de Vicksburgh, très exactement. Naturelle, la slide est très roots. Lord Bernado souffle nerveusement et en rythme. La voix chevrotante de Matt est lumineuse. L'esprit local est parfaitement respecté. L’assimilation de ce patrimoine est une réussite totale. Il est d’ailleurs conseillé d’écouter plusieurs fois de suite cette entrée en matière, pour se rendre compte de l’exploit. Le profil rots est nettement accentué tout au long d’"I wonder". Matt donne de l’impulsion dans la voix. Il caresse son bass drum. Le washtub de Stinky Lou entre dans la danse. Le rythme prend son envol. La complicité opérée entre la voix et les cordes est saisissante. Elle fait même merveille tout au long d’"Its 'a shame". Marc T ne résiste plus. Il s'assied derrière les drums et secoue le shaker. L'harmonica de Lord Bernado fait son apparition sur un rythme proche des meilleurs moments de Jimmy Reed ; ceux qu’il célébrait à ses débuts. Tout un contexte qui permet de communiquer ce petit grain de folie à "You drive me crazy". La production de Marc Tee met la voix de Matt à l'avant-plan. Elle la rend percutante, puissante et tellement présente. "Somebody else" est imprimé sur un tempo immédiatement reconnaissable. Nous sommes dans l’univers du géant "Howlin' Wolf". Matt hausse la voix comme s’il était hanté par le loup mythique. L'harmo souligne chaque ligne vocale. Cet instrument enrichit la solution sonore, c’est une certitude. En outre, Bernardo dispose d’un tel registre, qu’il est capable de s’adapter à toutes les situations. Ce qui ne l’empêche pas de bien se mettre en évidence. A l’instar de "Tell me", une plage minimaliste, réminiscente de Ligthnin' Hopkins voire de John Lee Hooker. La fusion du réalisme, de l’authenticité et du magnétisme ! "Cha cha cha" manifeste des accents exotiques. Une invitation à vous remuer. Très musicale, la slide rayonne. Un fragment de courte durée particulièrement relaxant. Une pause qui prélude un nouveau plongeon dans le grand fleuve aux berges boueuses. La ligne du chemin de fer est toute proche. Elle mène au Grand Ouest. Le rêve d'une vie meilleure. La guitare menace, écrase comme si elle voulait exacerber ce songe qui tourmente l'âme avant que la folie nous rejoigne. C’est la "San fransissy line"… Les percussions au pied de Marc T passent à l'avant-plan pour imprimer une marque Fat Possum à "I don't want you". Le rythme est envoûtant et hypnotique. L'harmo répète son motif en soulignant la slide. Nous sommes dans le Haut Mississippi, un moment privilégié propice à la reprise furieuse du "Poor black Mattie" de R.L Burnside. Le climat est saturé d'humidité. Tous les regards sont orientés vers la vallée, où le grand fleuve s'étire. La guitare invite les convives à chanter en chœur "Moanin' and tumblin". Le bonheur est dans l'âme. Marc T et Elmore D rejoignent bientôt Matt, Lou et Benardo. La finale est très expérimentale. Mais dans l’esprit de Fat Possum. Marc T a créé de toutes pièces cet univers hypnotique qui enveloppe "I don't treat you right". Les sonorités fluctuent. Les voix et instruments sont trafiqués. Nous quittons ce monde du mal vivre dans une folie surréaliste. Les esprits de Stinky Lou & the Goon Mat sont en pleine ébullition. Bien que chez eux dans le monde des juke joints, ils ne restent pas en place et veulent bousculer leurs propres traditions. Ils nous réservent probablement de nouvelles surprises dans futur. Mais passeront-ils des arrières salles poussiéreuses et enfumées vers le garage débridé et sauvage?

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L'an dernier, Wire avait célébré sa reformation en signant, coup sur coup, deux Eps répondant au nom de " Read & Burn ". Le premier avait d'ailleurs recueilli une excellente critique au sein de cette rubrique. Leur nouvel album réunit trois titres issus de ce disque, dont le punk irrésistible et métronomique " In the art of stopping ", l'impétueux et hybride " Comet " et " The Agfers of Kodack ", un hymne post punk déchiré par les tonalités élégantes et décapantes des deux guitares. Trois titres du second Ep (NDR : uniquement disponible via le web) ont également été retenus. En l'occurrence l'implacable et mécanique " Read and burn ", le furieux et tempétueux " Spent ", qui donne également le titre à cet opus, ainsi que le fascinant et très élaboré " 99.9 ", un fragment de 7'42 dont la texture glisse progressivement de l'ambient quasi religieuse au post industriel. Post industriel, c'est d'ailleurs le maître mot de cet elpee. Mais un post industriel le plus souvent dansant, minimaliste, hypnotique, parfois même robotique. A l'instar de " Nice streets above ", composition qui figurait sur le " Read & burn 2 ", mais sous une version différente. Reste donc 4 inédits, dont " Mr Marx's table ", une pop song qui aurait pu figurer sur " A bell is a cup (until it is struck) ", le mid tempo pulsant " Being watched ", le funèbre " You can't leave now ", un morceau dont le chant de Newman oscille entre inquiétude et sérénité, alors que le tempo semble tourner à la vitesse d'un 33 au lieu d'un 45 tours, et enfin le technoïde " Half eaten ", un titre au cours duquel vocaux possédés, électricité vivifiante et bpm s'agitent au sein d'un même espace sonore. Le tout dispensé avec un raffinement à couper au rasoir et sur un ton sombre, agressif, contemporain si vous préférez. Un must !

 

Super Furry Animals

Phantom power

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Une chose est sûre, cette formation galloise voue un culte aux Beach Boys et aux Byrds. En observant la pochette de ce " Phantom Power ", on ne peut d'ailleurs s'empêcher de penser à la bande à Brian Wilson et à celle de Roger Mc Guinn. Et après avoir écouté leur sixième album, c'est encore plus flagrant. Maintenant n'allez surtout pas conclure que SFA se contente de s'inspirer de ces deux légendes. Ce serait beaucoup trop réducteur. En dix années d'existence, cette formation galloise est toujours parvenue à se renouveler. Et donc à surprendre. Mais le plus étonnant procède de leur faculté à passer à l'échelon supérieur. Ce qui peut paraître invraisemblable, lorsqu'on connaît la qualité de " Rings around the world ", leur précédent opus. Et à l'instar de ce cette œuvre incontournable, la formation a le bon goût de continuer à mettre tout son talent au service d'un éclectisme très inspiré. Capable même de s'aventurer dans la bossa nova filmique (" Valet parking "), le folklore des Caraïbes (le ska cuivré " The undefeated "), le glam (" Golden rethriever "), la britpop 'blurienne' (" Hello sunshine " et " Bleed forever ") et, même de rendre un hommage aux Beatles, à travers le jazzyfiant " Father father # 1 ". Découpé en 14 fragments, " Phantom power " a bénéficié du concours de Mario Caldaro Jr, le producteur des Beastie Boys, au mixing. Des plages, pour la plupart, enrichies d'orchestrations lumineuses, dignes des Flaming Lips. Des chansons dont les mélodies vaporeuses sont régulièrement teintées d'un psychédélisme subtil; un psychédélisme qui se mue pourtant en acid punk garage sur le 'stoogien' " Out of control ". Et on n'est pas au bout de nos surprises ! Les complexes " The piccolo snare " (NDR : un compromis entre les Mama's & The Papa's, les Doors et Love), le baroque " Cityscape skybaby " (NDR : entre le Floyd, ELO et Brian Eno) et " Slow life " (NDR : imaginez Plaid converti au blues !) incarnant autant de Zombies qui peuplent cette remarquable " Phantom power ". Un must !

 

Bob Sinclar

III

Le maquereau de la French Touch Bob Sinclar est de retour pour un troisième méfait disco(graphique). D'entrée " The Beat Goes On ", qu'on croirait composé pour le générique de Nice People, sent l'eurodance … " Kiss My Eyes ", dont l'accordéon semble avoir été piqué à Jeunet et son Amélie - cette France rance - nous fait le coup de l'Yvette Horner pétée à l'ecsta : bad trip. " If I was the best fucker in this world, would you come ? ", susurre une voix mâle sur le titre suivant (" If I Was ") : ce dont on est sûr, c'est que Bob n'est pas le meilleur des compositeurs, juste un peine-à-jouir du music business. Même Cerrone, son mentor et de trente ans son aîné, bande plus fort ; c'est dire ! Après cette déconfiture, voilà qu'il tente de rattraper le coup pendant une demi-heure d'elektroklash (" La Music Is Fantastique ") : l'opportuniste ! La house filtrée n'ayant plus la cote sur les Champs Elysées, Bob n'avait plus d'autre choix que de ressortir ces vieux disques de Moroder et de Mantronix. Ben tiens ! Sacré Bob : la prochaine fois, trouves-toi d'autres couillons. Allô Mirwais ?

Hank Harry

Far From Clever

L'écoute de ce disque nous plonge dans un univers décalé et mélancolique qui rappelle un peu celui de notre enfance : cette époque bénie où on rêvait tout haut en s'imaginant la fille de ses rêves. Hank Harry n'a pas encore trouvé l'amour, mais son album pétille d'une allégresse qui fait chaud au cœur et aux oreilles. Face aux désillusions sentimentales que la vie nous réserve, " Far From Clever " se veut le parfait antidote. Un concentré fragile mais enthousiaste de douces ritournelles pour mieux passer l'hiver, et tous ces caps larmoyants de l'existence. D'amour, cet album en regorge, parce que c'est " notre Graal à tous " (cfr l'interview), et qu'il est censé nous rendre heureux, " comme un enfant " (" Little Love "). L'enfance, encore : de l'introduction tirée de " La Nuit du Chasseur " aux chœurs angéliques qui rappellent les BOs de Danny Elfman (Tim Burton), " Far From Clever " exhale un doux parfum d'innocence et de candeur. Une aubaine pour qui déplore les résignations de l'âge adulte, ses joies consumées et ses routines désastreuses. Mais si l'univers enchanteur d'Hank Harry semble prendre sa source (de jouvence) à ce stade de la vie où l'on voit le monde avec de grands yeux naïfs et purs, il n'en reste pas moins d'une lucidité somme toute rassurante. Sous les enluminures pop se cache en fin de compte une réalité qu'il est parfois difficile d'admettre (la rupture, l'incompréhension, la solitude), mais qu'Hank Harry défie à bras-le-corps avec une sincérité et un allant sans pudeur. Derrière ces cuivres rutilants, ces vocalises parfois tapageuses, ces mélodies fantasques, se cache un homme en lutte avec ses démons, la tête parfois dans les étoiles mais les pieds bien sur terre. Hank Harry n'est pas un artisan lunatique qui se réfugierait dans ses chansons pour fuir ce monde où tout n'est pas toujours rose : juste un type qui se sert de son talent d'artiste pour mettre en musique ses doutes et ses rancœurs, bref les transcender pour atteindre - un jour - au bonheur, celui (vital) de l'amour. Et quel talent ! Bénéficiant de l'aide musicale précieuse d'Aurélie Muller (Melon Galia) et de Thomas Van Cottom (ex-Venus), Hank Harry a réussi un album d'une envergure insoupçonnée, un véritable petit joyau de " pop sentimentale " où se bousculent des mélodies qui touchent droit au cœur. Du tube festif (" Turnaround, " Hot Summer ") à la ballade tire-larmes (" My Clock (10:30am) ", " Little Love ", " Lily of the Valley ", " So Long "), Hank Harry décline avec panache les sentiments qui nous tenaillent lorsqu'on est amoureux : du désespoir de la rupture à l'euphorie magique du coup de foudre. Tour à tour crooner vulnérable (" So Long ", son " Eté indien " à lui ?), Mr Loyal déguisé en Cupidon (" Hot Summer "), grand romantique sur l'édredon (" My Clock (10:30am) " et ses notes sibyllines comme suspendues dans l'éther), noceur en pleine ébullition de tendresse (" My Clock (10:30pm) "), cocu magnifique se réveillant d'une cuite d'amour veule enfin consommée (" Anyway "), Hank Harry se montre sans fards, et tel quel nous tend généreusement le miroir… Parce que dans ses chansons se retrouvent en fin de compte nos propres histoires. Pour tout cela, " Far From Clever " est un disque à chérir, dans lequel on se love parce qu'il nous réconforte mais aussi nous ravive. Comme quoi la musique, quand elle est belle, peut à la fois nous réjouir et nous guérir, et quand le cœur sursaute de joie ou de tristesse, s'avérer des plus indispensables.