L’école d’art de Library Card

Library Card a beaucoup joué en live à travers l'Europe et les États-Unis. Son nouveau morceau, "Art School", est devenu un favori du public lors de ses concerts. Ce titre marque un nouveau chapitre pour la formation, qui est rapidement devenue l'un des…

Le rire de Will Paquin

Will Paquin sortira son premier elpee, « Hahaha », ce 12 septembre. Orienté guitare,…

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Paddang à la poursuite des fantômes…

Paddang est un trio de rock psyché formé en 2020 à Toulouse. Osees et King Crimson à fond dans lʼautoradio et un nom de groupe inspiré d'un spot de surf en Indonésie, Paddang file à toute berzingue dans une épopée cosmique. Les trois voix dictent le ton et…

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Eastern Lane

Shades of Black

Décidément, Rough Trade signe en ce moment des groupes à la pelle. Eastern Lane : quatre jeunes Anglais de la rase campagne écossaise, qui s'ennuyaient ferme à gratter en vain leurs guitares, et rêvaient de lendemains meilleurs. En tête d'affiche du festival de Glastonbury, par exemple. Signés sur le prestigieux label londonien, Eastern Lane peut y croire, même si ses chansons n'ont rien de très original. La meilleure carte de visite du groupe, c'est cette faculté étonnante de changer de registre : du rock tenace de " Dead July " et " Holy Arms " (qu'on croirait piqués aux Strokes) à l'americana branque de " Humard " et " Portrait of Tuesday ", genre Jason Molina et Neil Young (ce qui revient au même)… Il est toujours difficile de choisir son camp, alors autant ne pas choisir : Eastern Lane, c'est de l'indie rock accouplé à de la country malade. The Pixies at Saint Quentin. Du Starsailor charcuté par Phil Spector et repris en chœur par la troupe de Palace (" No Salvation "). Du rock new-yorkais envoyé paître chez Sparklehorse. Ca vous fait une belle jambe, ce jeu des sept familles ? Le travail du chroniqueur se révèle parfois une tâche ardue (et pourquoi pas " Jack White à la place de Bob Dylan dans " Pat Garrett et Billy le Kid " ou " I Am Kloot jouant son va-tout lors d'une partie d'échecs acharnée avec Gram Parsons et David Pajo " ?) A vous de jouer : imaginez les meilleures comparaisons, jeux de mots et contrepèteries.

Easy Bill & The Big Beat

Midnight creep

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Le climat du Colorado est peut être aride mais le blues y reste vivace. Alors, une fois n’est pas coutume, mais je vous propose de nous y arrêter. Pour découvrir un certain Easy Bill Towber, un jeune musicien dont le point d’ancrage se situe dans les fifties ; et plus précisément la scène urban blues de Chicago.

Dès l'ouverture, vous être envoûtés par le climat sonore de ce premier opus. La production opérée par Nick Moss est impressionnante. Si vous appréciez Mark "Tee" Thijs, vous ne pourrez qu’adorer Easy Bill. Le "Gonna tell your mother" de McCracklin est un véritable brûlot. Une claque ! A cause de la sonorité de la guitare, mais aussi de la puissance et de la conviction du lead singer, que les autres musiciens soutiennent en chœur. La section rythmique est placée bien en avant. La basse de RD Jones et la batterie de Kyle Roberts constituent une base sûre et idéale pour cette musique propulsée dans ce 21ème siècle encore naissant. Deux autres instruments tirent encore ici leur épingle du jeu : l'harmonica de Gerry Hundt et le piano de Mark Richardson. Le rythme demeure aussi franc pour aborder "Starving for your love", une composition au cours de laquelle les cuivres renforcent l'impact de la guitare. Tout est parfaitement mis en place. Tous les musiciens ont posé leurs marques. Ce qui leur permet d’intervenir à tour de rôle. Tout au long de "Swinging on a vine", un R&B que n'aurait pas renié les Blues Brothers, le saxophone de Ken Plum, le piano et bien sûr la guitare s’en donnent à cœur joie. Quant à la voix de Big Bill, elle se joue des événements. Les néons s'éteignent. Les couples d'étreignent sur la piste de danse. Vous l'aurez deviné, le rythme ralentit. Une ambiance fin de soirée s'installe. Au milieu des volutes de fumées, Mr T-Bone Walker donne le ton : "Live to love" est un plaisir des oreilles. Les saxes de Ken susurrent des mots doux. La retenue d'Easy Bill impressionne. Dynamisé par les rythmes sautillants de la Nouvelle Orléans, "Shooty booty" reproduit une ambiance plus festive. Le saxophone et le piano s'envolent. Inspiré par le son southside de Muddy Waters, le vif "Whiskey drinking woman" opère un retour vers Chicago. Gerry y souffle comme Little Walter. Tous ces musiciens ont bien assimilé l'esprit du passé : celui de Chicago, de la Louisiane, mais aussi les ambiances plus feutrées de la West Coast. Le swing et la légèreté sont au rendez-vous. Et "Down boy", ainsi que "Spending time", un fragment au cours duquel le piano se fait jazzy, tant il swingue, en sont les plus belles démonstrations. Easy Bill mène son petit orchestre de main de maître sur l’excellente plage, "One more kiss", une bonne dose de joie de vivre dans la voix. L'harmoniciste Gerry Hundt opère un retour sur la plage titulaire. Responsable de la production (NDR : qu’il assure avec un rare bonheur), Nick Moss a ramené dans ses valises "Awful thoughts", une composition tellement imprégnée du Chicago des fifties (NDR : celui de Muddy Waters, bien sûr) qu’elle en devient un réel plaisir. Et lorsqu’Easy Bill délivre parcimonieusement ses notes, l'émotion ne peut que passer. L'album s’achève par "Side-track", un instrumental imprimé sur un rythme proche du célèbre "Honky Tonk" de Bill Dogett qui met en exergue le travail du saxophoniste. Si vous appréciez Tee, Nick Curran, Little Charlie & the Nightcats, je vous recommande cet opus qui est, je le confirme, une véritable réussite.

 

Eberg

Plastic Lions

Un couple se renvoie doucement la balle sur une électro de nature docile, discutant meubles comme s'il était chez Ikea un après-midi d'hiver, froid et morne comme l'étendue neigeuse des steppes islandaises. La femme, de sa petite voix acidulée (entre Cerys Matthews de Catatonia et Stina Nordenstam), dit à son copain qu'il faudrait prendre ce petit meuble en bois de chêne, parce qu'il irait bien dans leur flat de Reykjavik. Lui répond qu'ils ont déjà acheté une commode à 150 euros et qu'il vaudrait mieux attendre un peu, le temps d'être bien installés, surtout que cet ordi, dans lequel ils ont investi pour faire de la musique, leur a déjà coûté un pont. Une musique faite de bleeps timides et d'acoustique tranquille, qui ressemble à du Postal Service et du Departure Lounge, voire du Gus Gus, des voisins de palier qui font péter les BPMs tous les samedis soirs, jusqu'à les empêcher de dormir tranquille, eux qui travaillent dur pour sortir de leur condition d'honnêtes bidouilleurs à peine connus en dehors de la ville. Leurs amis les avaient pourtant prévenus : pour réussir à être signés sur Morr, Mego ou Tomlab, il leur faudrait délaisser ce côté châtié qui les dessert un peu, et transformer leur " indietronica " un peu lisse, gentille comme tout, en quelque chose de plus rythmé et/ou de plus complexe… De plus abouti en somme. D'ici là, ils devront se faire une raison : pour payer le loyer et les étagères Benny, il faudra se serrer la ceinture. Et persévérer dans l'écriture pour entrevoir un jour, qui sait, la lumière d'une carrière à la Mum.

 

Edenbridge

Aphelion

Écrit par

Alors qu'installés confortablement dans le music business, Guns n' Roses, Sisters of Mercy, Boston et quelques autres grosses pointures du rock, se complaisent à offrir à leurs fans un album toutes les décennies, d'autres artistes soucieux de faire leurs preuves se fendent de sortir une plaque tous les dix mois. La formation autrichienne Edenbridge appartient à cette catégorie de groupes prolifiques et vient d'enfanter son troisième brûlot en l'espace d'un peu plus de deux ans. Moins immédiat que son prédécesseur "Arcana", mais probablement un brin plus heavy, "Aphelion" garde néanmoins la griffe immédiatement identifiable du combo de Lanvall, le guitariste et principal compositeur du combo, bien entendu. Impossible de ne pas établir un parallèle avec la musique épique de Nightwish, tant la voix de Sabine Edelsbacher évoque le magnifique organe de Tarja, tant les mélodies sont puissantes et les changements de breaks incessants. Mais Edenbridge, bien que possédant un potentiel certain, n'est pas encore en passe de dépasser son maître. Il manque encore aux Autrichiens ce petit quelque chose qui fera toute la différence. Au fil des écoutes, une impression de linéarité commence à vous envahir, même si certains titres, tels "Deadend Fire", "Farpoint Anywhere" ou l'excellent "Where silence has lease" apportent leurs doses d'émotions et une impression de bien-être immédiate. Soulignons également le superbe duo entre Miss Edelsbacher et D.C. Cooper (ex Royal Hunt) sur la longue plage qui boucle l'album, et surtout l'édition limitée pochette hologramme sur laquelle tout amateur de très bel objet se plongera sans tarder. Un régal pour les yeux! Un plaisir honnête pour les oreilles, sans plus.

Eels

Shootenanny !

Écrit par

Mark Oliver Everett va mieux. Enfin, le sort semble un peu plus clément à son égard. Faut dire que dans le passé, il a payé un lourd tribut au destin. Destin qu'il répercutait à travers ses chansons. Des chansons autobiographiques qui lui servaient, en quelque sorte, de thérapie. Il lui reste, bien sûr, encore quelques séquelles. Et nous le rappelle à travers le meilleur fragment de cet opus, " Agony ", un rythm'n blues lancinant, réminiscent d'" I put a spell on you " de Screamin' Jay Hawkins ". Pas que le reste soit de mauvaise facture, mais en général, hormis le beatlenesque " Somebody loves you " et le très incisif " Saturday morning ", l'audace est rarement au rendez-vous. La voix rauque, éraillée, d'E est toujours aussi chargée d'émotion. Elle s'aventure même, sur l'un ou l'autre fragment dans le falsetto. Ses lyrics, tantôt ironiques, parfois drôles mais jamais joyeux, ont le pouvoir d'interpeller. Les mélodies, le plus souvent contagieuses, sont même susceptibles d'épouser un profil hymnique (" Wrong about boby "). La production de John Parish, musicien mieux connu pour son travail en compagnie de PJ harvey, irréprochable. Alors, où le bât blesse-t-il ? Nulle part ! Et c'est justement là le problème…

Eiffel

Le quart d´heure des ahuris

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Ce groupe français propose un rock incendiaire dans le style Noir Désir. Avec conviction, avec fierté. Toujours sur le fil du rasoir. Car quand on choisit résolument la voie poétique, on en fait vite de trop. Eiffel bascule parfois du mauvais côté, mais a certainement le mérite de se démarquer de ces milliers de nouveaux groupes qui se baladent facilement au gré des chansons légères, ironiques, humoristiques. Ici, on ne se contente pas de deux jeux de mots pour prétendre avoir atteint les sommets de l'écriture rock. Donc, même si on n'a pas tout aimé, même si le résultat global n'est finalement pas très original, on reste sur une impression positive. En particulier grâce au formidable "Il pleut des cordes, c'est à se pendre" qui ouvre l'album.

Eilera

Facettes

Écrit par

Si un roulement de tambour saluait les CDs les plus intéressants de notre site, vous l'auriez entendu en vous arrêtant à Eilera. Ce duo de Montpellier nous livre une œuvre audacieuse et très séduisante. Ce qui impressionne d'emblée, c'est la qualité irréprochable de la production. Claire et précise, fine et ample. Puis la voix d'Aurélie, omniprésente : entre femme-enfant exaspérée à la Björk et complainte limpide digne de Petronella Nettermalm (Paatos) voire d'Anneke Van Giersbergen (Gathering), Aurélie évoquera encore tantôt Tori Amos, Kate Bush, Dolores O'Riordan (Cranberries) ou même Ann Pierlé par son chant tantôt doux, tantôt angoissé ou incantatoire, toujours chargé d'émotion. Ce qui ne devrait pas éclipser l'originalité de la démarche, la richesse des arrangements et l'évidence de mélodies souvent envoûtantes. Eilera se livre à un métissage très réussi entre électro-pop sautillante, pop-rock décalée soucieuse à la fois de profondeur et d'esthétique, et ambiances celtiques voire scandinaves teintées de gothique. Avec l'incursion récurrente de rythmiques hip-hop parfois sulfureuses et d'une guitare affiliée 'métal atmosphérique' libérant avec parcimonie des soli fort émotionnels. Une ballade acoustique et intimiste succédera donc à une décharge 'dance' fougueuse ponctuée de breaks câlins; puis une complainte languissante nous ouvrira ses grands espaces pour nous conduire vers une redoutable montée en puissance. Boîte à rythme, samples et autres sonorités synthétiques côtoient guitare sèche et violon au cœur d'un album élégant et cohérent où il se passe toujours quelque chose. Mon seul reproche : une ou deux plages méritaient vraiment un plus long développement. Ce qui aurait d'ailleurs pallié à la relative brièveté de l'ensemble. Ceci dit, Aurélie Potin Suau et Loïc Tézénas révèlent un talent indéniable servi par un background déjà riche et une collaboration mature. Si les artistes cités plus haut vous plaisent, ou si des groupes comme Crest, Antimatter ou Paatos éveillent votre intérêt, ne passez surtout pas à côté d'Eilera. A la recherche d'un label, le groupe est ouvert à toute proposition via Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. .

 

El Ray

Shoot From The Hip

Voilà quatre types venus du Nord (Danemark) qui savent manier la guitare comme au bon vieux temps de Dick Dale : ça swingue à un train d’enfer, sans s’emmerder avec des paroles et des couplets à rallonge. El Firetone, El Twang, El Doc’Torro et El Fuerte n’ont pas seulement des noms de scène à faire pâlir de honte Dick Valentine et ses sbires (Electric Six), ils jouent aussi une musique qu’on croyait disparue depuis des lustres, du moins de ce côté-ci de l’Atlantique : le surf. Pas ce sport de tapettes qui font du banc solaire, mais ce truc instrumental vaguement crétin, drôle à écouter sur la plage en matant les pépettes, mais pas chez soi parce que franchement, on a autre chose à foutre. " C’est dément ", dirait Phil Dirt, le maître ès surf aux States (c’est ce qu’il dit dans la bio du groupe, en tout cas). Nous on dira juste que c’est drôle, parce qu’à part Dick Dale et nos 50 Foot Combo nationaux, on n’y connaît que dalle (vous apprécierez le jeu de mot). D’ailleurs qui écoute encore ce genre de truc de nos jours, à part les sexagénaires de Floride ? Pas grand-monde, et c’est peu de le dire. Pour en savoir plus, vous n’avez qu’à écumer les bourses de disques. El ciao bonsoir !

Da Familia

Profession de Foi

Voilà un album de rock fusion qui déménage sans faire de son malin, met le feu sans jouer au gros dur. Da Familia, c'est quatre types bourrés d'énergie (Pablo au micro, Jeda à la basse, Sko à la batterie et JP Devox aux guitares et programmations) dont la musique emballe dès la première écoute, une " Culture Mixta " de rock, de métal, de hip hop, de funk et de ragga. " Hè perdido la fè " ouvre la bal sous les meilleurs auspices, avec ses grosses guitares à la Watcha et son groove rappelant Starflam (à la prod', Jean-Charmes Crémers). " Culture Mixta " ravive la flamme du P-Funk, avec sa basse rutilante et ses appels à la tolérance : " Y a pas de B-Boy, y a pas de Rocker/On est juste nous sur le son/… On n'mélange pas qu'les styles/Mais aussi les générations ". Da Familia mixe culture de la fête et prises de position, parce que la déconne peut ouvrir les horizons : " J'ai des idéaux dont j'débats/Objectif : rester vrai, rester nous dans c'qu'on fait ". La musique reste ici un médium contestataire, pour parler de la drogue (" Fumigène "), condamner le machisme (" 7/69 "), hurler son dégoût du système (" En mon âme et conscience "). Du nu-métal épicé de " Solidaire " (leur " Antisocial " à eux ?) au chaloupé titre de clôture (même pas crédité), cette " Profession de Foi " débordante de rage (et de tubes) prouve que Da Familia est loin d'être une blague belge. Et que le rock fusion à la française (Pleymo, Wtacha, Lofofora,…) n'est pas réservé qu'à nos voisins de l'Hexagone. Big up !

Etienne Daho

Réévolution

‘Ennemi de soi-même, comment aimer les autres ?’, chante Etienne Daho dès les premières notes de ce nouvel album : une introduction d'une impudeur téméraire, qui nous rappelle avec véhémence que le Français s'est toujours plu à tout remettre en question, aussi bien lui-même que sa musique. Une " réévolution ", comme l'impose le titre. Une confidence, murmurée à nos oreilles comme l'on dévoile ses plus grandes faiblesses. Un témoignage étonnant, presque intimidant, dévoilant les obsessions et les peurs d'un grand songwriter au cœur tendre mais fragile. Le doute, donc, est semé… Mais déjà la mélodie s'envole, les violons s'élancent, et Daho nous rassure : " Quand demain se lèvera/Je serai libre ". " Retour à toi ", à l'amour sans cesse évalué, à ces nobles sentiments qui font de belles chansons. Retour à la normale. Daho, " debout et les poings levés " (" Réévolution "), se bat vaillament face à ces démons qui le hantent. Le son, plus rock, plus live, traduit cette assurance. " Pourquoi sentir l'orage en soi " (" L'orage ") puisqu'il reste de l'espoir, d'être un jour aimé, compris, choyé ? C'est le souhait d'Etienne Daho, dont chaque album ressasse les mêmes lubies : la peur de vieillir, d'être oublié, " d'in-voluer ". Depuis " Corps et Armes ", on sent pourtant poindre un sentiment de quiétude chez l'homme d'Oran, ne serait-ce que dans le chant, si juste, si clair, si apaisé. Les mélodies, elles aussi, distillent cette envie d'être en paix, avec soi-même et les autres. A la première écoute, ça paraît trop mou, un peu vague. Mais le temps donne vite raison à ces chansons sans morgue, au charme insidieux. Si " If " (déjà présent sur l'album de Ginger Ale) agace par ses rimes du Jeu des Dictionnaires, des titres comme " L'inconstant " (et ces riffs orageux) et " Talisman " (son " Heroes " à lui ?) subjuguent par leur évidence. Daho, l'éternel adolescent, à la fois charismatique et fragile, délicat et viril : une image qu'il cultive avec honneur et sincérité. " Peu importe si le flacon est éphémère, pourvu que le charme opère ", clame-t-il à la fin de l'album (" Les Liens d'Eros ", en duo avec Marianne Faithfull)… Pour nous, cette pop n'a rien de périssable, puisqu'elle distille ses charmes depuis plus de 15 ans. Une ré(é)volution, encore et toujours…

 

Damer

Damer (Ep)

"I wanna be in your radioshow", chantent les quatre donzelles de Damer sur le premier morceau de cet EP fleur bleue… Le problème, c'est que leurs chansonnettes pop n'ont rien d'exceptionnel, et surtout, ressemblent à s'y méprendre à du Belle & Sebastian… mais sans pour autant damer le pion au groupe de Stuart et de la charmante Isobel. Pourtant, l'espoir de passer un jour sur les ondes n'est pas totalement vain pour ces quatre jeunes filles venues d'Hollande : eh oui ! Isobel vient de jeter l'éponge, laissant Stuart tout seul et tout triste… Allez-y, jeunes libellules, sautez sur cette occasion en or ! Battez-vous ! Séduisez ces faux jeunes aux dents longues, faites leur retrouver le sourire ! Sans Belle, Sebastian n'est qu'un pauvre minable, et vous feriez bien d'en profiter.

The Dandy Warhols

Welcome to the monkey house

Écrit par

Les Dandy Warhols aiment brouiller les pistes. Observez la pochette, tout d'abord : elle arbore une banane qui s'ouvre à l'aide d'une fermeture-éclair. Soit une allusion à peine voilée au Velvet Underground qui se serait ouvert aux Rolling Stones de " Sticky fingers ". Après avoir écouté l'album, j'ai vainement cherché le rapport. La raison est toute simple, pour enregistrer son nouvel opus, le groupe a bénéficié du concours de toute une équipe qui s'est surtout illustrée au cours des eighties. Soit Nick Rhodes, l'ex claviériste de Duran Duran à la co-production (qui a emmené le chanteur, Simon le Bon, dans ses bagages), Nile Rodgers de Chic (qui avait aussi travaillé à une certaine époque avec les DD) à la guitare, et Tony Visconti (le producteur de Bowie) à la basse (mais pour un seul titre). Résultat des courses, la première moitié de l'opus nous replonge 20 bonnes années en arrière. Pour y danser sur une pop synthétique ; ou si vous préférez une new wave dansante, teintée avec chic ( ?!?!?) de disco et de funk. Et je vous avoue que " We used to be friends ", " Plan A ", " The dope (wonderful you) " et " I'm a scientist" recèlent ce 'groove' contagieux et viscéral qui gangrenait des hits tels que " Planet Earth " et " Girls on films ". Même le nonchalant " I am over it " adopte un profil semblable. Plus rock dans l'esprit du précédent album, " The Dandy Warhols love almost everyone " marque un changement radical de cap. Co-écrit avec Nick Rhodes, le très beau " Insincere because I " nous entraîne dans un univers atmosphérique, glacial, cristallisé par de superbes harmonies vocales. Le spectre de Bowie plane sur le dispensable " I am sound ". Calquant même sa rythmique sur " Ashes to ashes ". Une ombre qui hante de nouveau " You were the last high ". Ecrit en collaboration avec Evan Dando, ce morceau produit une très belle mélodie 'garynumanesque'. Mid tempo, " Heavenly " possède tous les atouts pour devenir un tube. Par contre le glam " Hit rock bottom " pastiche un peu trop T Rex, à mon goût. L'opus s'achève par l'envoûtant, énigmatique, " You come in burned ", sorte de Fad Gadget sous valium. Dommage que tout l'album n'affiche pas la pêche des premiers morceaux.

Danger Mouse & Jemini

Ghetto Pop Life

La galaxie Lex (succursale hip hop de Warp) brille de deux nouvelles étoiles : DJ Danger Mouse, producteur aux mains d'or, et Jemini " The Gifted One ", MC new-yorkais au flow limpide et corsé. A deux, ils viennent de signer un premier album qui a tout d'un classique : samples bétonnés, rimes habiles, humour gratiné, sens du groove et tubes en cascades. " I was born a MC ", prétend Jemini dans l'intro de ce disque boombastic : tout au long de ces 14 titres d'une qualité irréprochable, le rappeur squatte le mic sans qu'on s'en lasse. C'est que dans l'ombre, Danger Mouse balance la sauce avec grande classe : violons à la Busta Rhymes (" Born-A-MC "), chœurs d'opéra (" Ghetto Pop Life "), guitares funky (" Omega Supreme "), cuivres " morriconiens " (" The Only One "), r'n'b sans la mélasse FM (" Copy Cats ", " Yoo-Hoo ! "), blues en 78 tours (" Don't Do Drugs "), soupirs féminins (" I'm a Doomee "), notes bleues (" Knuckle Sandwich "),… Il y a belle lurette qu'on n'avait plus jasé de la sorte sur un album de hip hop ! Tout, ici, est propice à la déconne, mais avec un savoir-faire et un panache qui se révèlent le plus souvent la marque des grands disques. Sur quelques titres, des invités en grande forme se joignent à la fête : J-Zone, The Pharcyde (la claque " Medieval "), The Liks des Alkoholiks et Prince Po d'Organized Konfusion… Tous avec la ferme conviction qu'il est encore possible de faire du rap comme il y a 15 ans, sans frime ni stéroïdes (rappelez-vous le Daisy Age, Prince Paul, Pete Rock, etc.). Et même si l'on est avant tout là pour s'amuser, il y a aussi des moments de réflexion, comme sur " Bush Boys " et " Here We Go Again ", véritables diatribes anti-impérialistes qui prouvent qu'en Amérique, des voix osent encore s'élever face à l'ignorance, l'incompétence et l'injustice. Pour toutes ces bonnes raisons, réservons à cette galette une place de choix dans notre discothèque. Le disque hip hop de l'année ?

Debbie Davies

Key to love

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Issue de Los Angeles, cette chanteuse/guitariste a dépassé le cap du demi-siècle, l'année dernière. Elle a fait ses armes au sein du groupe d'Albert Collins. Le père Albert lui aura tout appris, et même présenté son batteur d'alors, un certain Coco Montoya. Qui deviendra célèbre plus tard, en troquant ses deux baguettes contre une six cordes. Chez les Bluesbreakers de John Mayall. L'idée n'était donc pas banale de sous-titrer son nouvel opus, "A celebration of the Music of John Mayall". D'ailleurs, tout émoustillé, le vieux John est venu rédiger quelques notes sur la pochette. Il est vrai que Miss Debbie a débuté sa carrière en 86. Au sein de la formation féminine de Maggie Mayall et les Cadillacs!! A cette époque, John lui demande de participer à l'enregistrement de son elpee "A sense of place", un disque qui paraîtra en 1990. Sa présence est créditée sur "Without her".

Elle a entamé son aventure en solo, il y a plus de dix ans. Et commis pas moins de trois albums pour Blind Pig et trois autres pour Shanachie. Sans compter "Grand Union" en 98, pour Blueside. En compagnie d'Otis Grand et Anson Funderburgh. Et "Homesick for the road" en 99, pour Telarc. En compagnie de Kenny Neal et de Tab Benoit. Elle est ici épaulée par sa section rythmique : Don Castagno (un ancien de Popa Chubby) à la batterie, et Alan J Hager à la basse. Et puis, pour célébrer le vieux loup, visez l'entrée des artistes.

L'album s'ouvre par "Light the fuse", une plage peu connue issue de "Wake up call", un disque paru en 93. La plage démarre sur un tempo élevé. Bruce Katz, le claviériste, est le premier à tirer son épingle du jeu. L'ancien musicien des Broadcasters de Ronnie Earl se réserve successivement un solo de piano boogie et d'orgue Hammond. Une bonne entrée en matière. "Chicago line" avait été enregistré par Mayall dès son tout premier elpee. Intitulé "John Mayall plays John Mayall", il était sorti en 65. John avait écrit ce titre en pensant à l'un de ses harmonicistes favoris : James Cotton. Et c'est bien ce dernier qui est revenu pour souffler sur un rythme du chemin de fer. En outre, Le vieux Jimmy est à son top ! Debbie réalise là une superbe version de ce titre qui salue le beat de Bo Diddley. "Hard road" est la chanson générique de l'album du même nom. Sorti en 67, il avait bénéficié du concours de Peter Green à la guitare. Un superbe blues écrit par Mayall. Le guitariste au sens mélodique appuyé, capable de faire chanter paresseusement ses cordes dans un registre assez unique, ne pouvait être que Mick Taylor. Il baigne dans son élément, l'ami Mick! "Room to move" constitue, sans doute, la composition la plus célèbre de John. Sa première mouture était d'abord apparue sur l'album "Turning point". En 69. Proche de l'originale et traversée par l'harmo de luxe de James Cotton, cette nouvelle version est tout à fait réussie ! "Takin' it all to Vegas" est issu de la plume de Debbie. Un blues au tempo enlevé, caractérisé par le piano roulant et la guitare largement inspirée par Albert Collins. "Dream about the blues" est un blues typique, signé John Mayall. Debbie le chante avec passion, comme elle le respire. Les deux guitares sont bien présentes. Celle de Debbie, bien sûr, et puis de Paul Opalach, à la slide. Manifestement, le style Mick Taylor est mis ici en exergue. Ce sens de la mélodie et cette sensibilité exacerbée sont toujours d'actualité sur un autre fragment peu connu : le très doux "I should know better". Debbie y joue superbement de la guitare acoustique, très hispanisante, nonobstant une délicieuse finale électrique. Dynamique et nerveuse, la plage titulaire relève bien entendu du fameux album "Bluesbreakers". Paru en 1966, il impliquait Eric Clapton à la guitare. "I'm a sucker for love" est en effet, un blues rocker très Mayall. Le piano boogie de Katz se paie un nouveau super solo. La guitare est nerveuse comme pouvait l'être celle de Clapton, à ses débuts. Elle soutient aussitôt la comparaison, tout au long d'un autre titre emprunté à "Bluesbreakers" : le fabuleux instrumental signé L.C Frazier : "Steppin' out". Miss Davies reproduit la prouesse de Clapton avec une facilité déconcertante. Un ban pour Debbie! "Nature's disappearing" constitue une nouvelle page d'émotion. Debbie avoue avoir tiré ce morceau de "Wake up call" ; mais cette compo figurait déjà sur "USA Union", en 70. Tout au long de cette plage un peu funky, Peter Green souffle dans l'harmo. Il libère les soli de guitare. Nonobstant sa réserve, Peter demeure toujours aussi inspiré et intéressant! Debbie referme son album par "I just came to play" : 'je suis juste venue jouer, ne sois pas si modeste!' Elle joue ici à la manière d'Albert King avec toujours autant de facilité. Tiens, l'aviez-vous remarqué ? Elle a enfin dévissé son éternel béret du sommet de son crâne. Et ma foi, malgré ses 50 balais, elle est encore bien mignonne. Excellent !

Guy Davis

Chocolate to the bone

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"Chocolate to the bone" constitue déjà le sixième opus de Guy pour le label Red House. Le dernier, "Give in kind", date de l'an dernier. Guy Davis vit à New York City. Chanteur, compositeur, mais aussi acteur, il joua à Broadway le rôle de Robert Johnson dans la pièce "Robert Johnson : Trick the devil". En 1993. Son 1er album, "Stomp down rider" remonte à 1995. Ce tout nouvel album est parsemé de dédicaces adressées aux gens qu'il apprécie. Et, le plus souvent à ses deux grands-pères, deux ouvriers des chemins de fer, ainsi qu'à Nina Simone et John Jackson.

Guy ouvre les hostilités par "Limetown". Ecrit par Sleepy John Estes, il rend hommage à ce célèbre citoyen de Brownsville ; mais David y a ajouté quelques nouveaux versets, issu de sa plume. "Tell me where the road is" est une bien jolie composition. Elle relate ses relations amour/haine rencontrées sur la route. Guy reprend le traditionnel "Step it up and go". Il ne sait à qui l'attribuer : Leadbelly ? Josh White ? Ou John Jackson ? Qu'importe, il l'interprète en pensant à Blind Willie McTell. Howard Johnson y assure les parties de basse… au tuba. Son regard remonte un demi-siècle en arrière lorsqu'il exécute "I believe I'll lose my mind" de John Lee Hooker. Et quand Mr Davis écrit, il a régulièrement un bluesman de naguère en tête. A l'instar de "Right on time", dédié à Furry Lewis ou encore de "Set a place on me" de nouveau à Blind Willie McTell. Tramée par l'orgue Hammond de Tommy "T-Bone" Wolk et les cordes de guitare à la beauté immaculée de Nerak Roth Patterson, cette dernière plage embrasse une bien jolie mélodie. Le morceau traditionnel "Shortnin' bread" est dédié à son oncle, Pete Seeger. Et le "Drifting blues" de Charles Brown à la fois à Buddy Guy ainsi qu'à la mémoire de son compère, Junior Wells. Une version que Guy réussit brillamment. Son "Sho'nuff satisfied" dégage beaucoup de gaieté et de bonne humeur, avant de vibrer pour le "Matchbox blues" de Blind Lemon Jefferson. Guy embraie alors par un hommage à ses dieux musicaux. Tout d'abord Jorma Kaukonen, le guitariste de Jefferson Airplane et de Hot Tuna, à travers "Honey babe". Ensuite, Willie Dixon, tout au long d'un "Back door man" chanté à la manière de … Howlin' Wolf! Le "Railroad story" ne manque pas son but. Qui ne connaît pas le célèbre "Whoopin' style" de Sonny Terry ? La conclusion est brillamment réservée à "Saturday blues". Une adaptation consacrée à Ishman Bracey, son compositeur, derechef enrichie par les curieux effets du tuba. Tout bon! Mr Guy Davis possède une superbe voix, une voix idéalement sculptée pour chanter ce type de répertoire…

De Vets

De tattoos van de blues

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Lorsque Daniel Droixhe, alias Elmore D, chante le blues en patois liégeois, certains s'interrogent. Je les comprends. Les Vets ont décidé de chanter leur blues en flamand. J'apprécie énormément mes compatriotes flamands. A la fois pour leur culture et leur ouverture d'esprit. Mais chanté dans la langue de Vondel, le blues passe très mal ! Ce qui est vraiment dommage, car les Vets sont capables d'atteindre un niveau musical très élevé. Est-il nécessaire de vous présenter leur line up ? Parce que les Vets ne manquent pas d'humour : Pim Vets au chant et à l'harmonica, Pat Vets à la guitare, Wim Vets à la basse et, bien sûr, Stan Vets aux drums. En outre, nos Vets ont tout composé, alors qu'en réalité ils répondent sûrement aux patronymes de Roegiest, Winnepenninckx et puis, pourquoi pas de De Cort, Fievé, de Habils ou encore de De Groef. Sacrés Flamands! Et nos Vets, croyez-moi, connaissent la signification du blues.

Dès l'ouverture, un shuffle vous attend au détour pour un "Dat komt voor mekaar" dont l'assise rythmique est d'une solidité à toute épreuve. Très enlevé et inspiré par Little Walter, "Goed raak" est exécuté à l'harmonica comme un R.J Mischo en grande forme. Ils sont également susceptibles de swinguer le tonnerre. Et d'évoluer sur un mode très jump. A l'instar de "Liefde maakt blind" (l'Amour rend aveugle) et de "Verdorie nog aan toe". Ils jouent aussi superbement le blues. Et je pense tout particulièrement à "Je staat me bij". Le Chicago blues ? Ils excellent également, en l'imprimant sur un tempo très élevé. Comme sur "De droom fabriek" et the "Dream factory", illuminé par une superbe intervention à l'harmonica. Et je vous prie de croire que le guitariste sait gratter ! L'instant suivant, les Vets jouent le Texas blues comme les Fab T-Birds. "Pak de poen", une espèce de "Fine, fine, fine" au tempo percutant et au dynamisme communicatif en est la plus belle démonstration. Il sont aussi capables de sonner comme Little Charlie & the Nightcats, en alignant de toutes bonnes répliques dignes de Rick Estrin ou de Charlie Baty. C'est évident chez "Terug naar je wereld" et "Back to your world". Cet opus s'achève, sans surprise, dans le Delta ; une slide ou un dobro bien immergé dans le Mississippi. Nonobstant la réserve due au côté guttural de la langue, " De tattoos van de blues " demeure un tout bon album ; et la plage titulaire, délicatement cuivrée, reflète parfaitement le potentiel de la formation.

Dead Can Dance

Wake

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Considéré à l'origine comme un maître de la musique gothique symphonique, Dead Can Dance va évoluer de plus en plus vers un univers sonore davantage influencé par la world, expérimentant au passage le chant grégorien, le folklore celte, la Renaissance, Le Moyen-Orient et les rythmes du Brésil et de l'Afrique occidentale Jusqu'en 1998, année de leur séparation. Mais le plus remarquable et le plus paradoxal, c'est que ce duo australien est parvenu à séduire un public rock, à l'aide d'une musique qui ne doit pratiquement rien au style. Enfin, pas tout à fait, puisque son premier elpee (NDR : éponyme) impliquait une instrumentation électrique et acoustique tout à fait conventionnelle. Nonobstant la présence de " Frontier " sous sa version démo et l'inédit " The lotus eaters ", ce double CD risque de faire double emploi pour celles et ceux qui se sont procurés le " Box set ". M'enfin, j'ai l'impression qu'il s'adressait avant tout aux aficionados. Pour les autres, et en particulier pour les profanes, ce " Wake " synthétise parfaitement l'œuvre de ce duo aussie. Un duo partagé entre Lisa Gerrard, vocaliste à la voix pure, céleste, presque mystique qui se servait d'une sorte de zither chinois, le Yang Ch'in, et Brenda Perry, multi-instumentiste doué d'un baryton profond, qui s'intéressait beaucoup à la musique médiévale, mais aussi africaine, matière qu'il avait d'ailleurs approchée en accomplissant des études d'anthropologie.

Dead Meadow

Shivering king and others

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Si on ne tient pas compte du 'live' "Got live if you want it", "Shivering king and others" constitue le troisième album de ce trio issu de Washington DC. Hormis l'instrumental "Wayfarers all", un fragment de heavy folk inspiré par le 3ème elpee de Led Zeppelin, les deux premiers tiers de l'opus baignent dans un rock soixante-huitard, ténébreux, aux relents de psychédélisme primaire. Une solution sonore plutôt revivaliste qui évoque tour à tour Hawkwind, Free, le Cream, Blue Cheer, Robin Thrower, et sous sa forme la plus blues, Ten Years After. Electricité distordue, sale, bourdonnante et tempo répétitif, monotone, noient la plupart du temps les vocaux trafiqués de Jason Simon. Vous voyez le topo. Mais en fin de parcours, Dead Meadow prend un virage à 180°. Pour trois compositions sculptées dans les cordes de guitare acoustique. Le titre maître, " She's mine " et " Heaven ". Trois fragments remarquables qui nous replongent dans l'univers du défunt Swans, trois plages qui déferlent, telles des vagues tempétueuses, sur les récifs de la mélancolie. Et si le final, " Raise the fall ", renoue avec l'électricité, c'est dans le même esprit. Près de 7 minutes sanctifiées par des harmonies vocales mystiques, et dont la texture crescendo est tramée sur un mode post rock digne de Mogwai.

 

Dead Soul Tribe

A Murder of Crows

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Classé troisième dans la liste des albums du mois de septembre du très respectable magazine hollandais Aardschock, le deuxième album de Dead Soul Tribe, groupe formé par l’ex Psychotic Waltz Devon Graves, est une authentique bouffée d'air frais dans le paysage hard n' heavy du moment. Inclassable, innovateur, mélodique et parfois tribal au niveau des rythmiques, "A Murder of Crows" est susceptible de séduire différentes franges des amateurs de metal. Le chant, doux et frais comme la rosée du matin, évoque tantôt Marillion, tantôt Porcupine Tree, pour se faire parfois plus agressif sur les passages les plus speedés. Mais l'ensemble de l’œuvre évolue dans un registre lent, voire mid-tempo, et n'est pas sans lien de parenté avec la musique progressive. On pense à Queensryche voire à Amorphis, et certaines atmosphères lorgnent même vers l'alternatif torturé d'un Muse. Les musiciens savent y faire, le talent est au rendez-vous, et l'apparition inattendue d'une flûte traversière sur trois des douze titres qui composent la rondelle accentue davantage la démarche expérimentale du groupe. Toute en finesse et sans artifices, la musique de Dead Soul Tribe semble familière mais reste énigmatique et complexe. Brillamment construite, cette collection de titres déconcertants joue sur les sentiments de l'auditeur et possède, outre son côté metal post progressif, cette petite touche pop fort attendrissante. Il suffit de jeter une oreille sur le splendide « In a Garden Made of Stone », dont le son de guitare a été emprunté à Black Sabbath, pour se rendre compte qu'on tient là une œuvre sublime et subtile, dont l'abondance de mélodies luxueusement ciselées touchera les âmes sensibles. A recommander aux fans de Tool, Porcupine Tree et Ark, trois groupes qui évoluent dans des registres différents. C'est dire si les influences de Dead Soul Tribe n'ont pas de frontières !

 

Death Cab For Cutie

Transatlanticism

Benjamin Gibbard n'a même pas 25 ans, et déjà une belle carrière derrière lui : après l'excellent album de son side-project électro-pop The Postal Service (" Give Up ", une perle), voici qu'il récidive la même année en compagnie de son groupe plus " indie-rock ", Death Cab For Cutie. Mais cette fois, le jeune prodige a calmé ses ardeurs et nous propose un joli recueil de 11 chansons douces-amères, portées par sa voix toujours si caressante, des riffs parfois rebelles et du piano aux notes légères. S'il inaugure le bal par un titre taillé pour les ondes (" The New Year ", de la pop sophistiquée mais pas vaniteuse), Gibbard ne se prend pas la tête : à choisir, mieux vaut rester dans l'ombre que d'être grillé par les spotlights. Parce que DCFC, malgré son évidence mélodique qui rappelle Papas Fritas, Bright Eyes et les Pet Shop Boys de " Being Boring " (ben oui), n'est pas vraiment taillé pour le succès de masse. Exposer ces vignettes pop à la lumière aveuglante des diktats FM équivaudrait à les dénaturer et les détruire. Pour apprécier justement ces chansons raffinées, mieux vaut donc les écouter tout seul dans sa chambre, les écouteurs sur les oreilles. La démarche est égoïste, mais le bonheur, ici, est à ce prix. Une fois apprivoisées, peut-être alors pourront-elles être partagées. Liée par une indéfectible joie, la petite communauté réunie autour de Gibbard pourra dès lors reprendre en chœur les " pa pa pa " de rigueur, et s'extasier devant ces compos aux charmes vénéneux. Jusqu'à se perdre et se fondre dans l'allégresse collective d'un grand moment pop devenu trop rare.

The Decemberists

Castaways and Cutouts

Après un EP 5 titres, Colin Meloy et sa troupe de folkeux opiniâtres sortent leur premier album, taillé dans le folk-rock le plus lancinant et dans la pop la plus champêtre. A cinq, ils jouent d'un peu de tout : accordéon, piano, orgue Hammond, pedal steel, theremin, percussions. Sur cet enchevêtrement digne des Levellers et de Sheryl Crow (pire : Tom Petty), la voix de Meloy se paie le luxe de singer Neil Finn de Crowded House… Tout un programme ! Ajoutez au tableau du western spaghetti (" A Cautionary Song ") et des riffs à la Camper Van Beethoven (" Odalisque "), et le compte est bon : The Decemberists n'inventent rien, et on s'ennuie ferme. Un peu comme au mois de décembre, tiens, coincé chez soi à regarder la neige tomber dehors, à moitié somnolent. Vivement le printemps.