La terre fissurée de Daffo

À seulement 20 ans, Daffo, artiste indie-rock basée à Brooklyn, transforme le tumulte intérieur en chansons brutes et poétiques, d’une étrange beauté. Entre l’énergie DIY et des arrangements délicats, sa musique oscille entre fragilité et intensité. Révélée…

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La Divine Comédie de Lora Gabriel

Lora Gabriel a trouvé sa voie en oscillant constamment entre les polarités pour mieux les réconcilier. Cette quête débute dès son enfance, lorsqu'un professeur de flûte traversière, au conservatoire, lui propose de chanter les notes qu'elle joue. Son premier…

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Lomepal nous parle de Jeannine…

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Après le succès de son premier album, « FLIP », paru en 2017, un opus certifié double disque de platine, Lomepal dévoile son nouvel essai « Jeannine ».

Réalisé par Pierrick Devin et Lomepal, la sortie commerciale est annoncée pour le 7 décembre prochain.

En attendant, un feat avec Roméo Elvis ici

 

Interpol

Un peu trop sur rails…

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Pas grand monde à l’arrivée de votre serviteur devant les grilles de Forest National. Même à l’ouverture des portes la foule ne s’y bouscule pas. Interpol s’y produit, pourtant, ce soir. Il est venu défendre son dernier elpee, « Marauder », paru en septembre dernier. Un bon cru ! Pourtant, il y a de quoi être inquiet de l’affluence. 2 500 personnes sont attendues, alors que la salle peut en accueillir plus de 7 000. Mais en pénétrant au sein de FN, on se rend compte que les lieux ont été aménagés en conséquence. Les balcons du haut sont condamnés par d’immenses tentures noires. La fosse a été réduite des deux tiers. Le podium s’avance profondément dans la fosse. Et les premiers gradins se remplissent correctement. Une formule ‘club’ qui va se révéler intéressante, favorisant la proximité entre la foule et les artistes ; et puis elle va procurer un son de bonne qualité. Ce qui est plutôt rare dans cette salle.

Le supporting act est assuré par Nilüfer Yanya. D’origine turque d'origine turque, irlandaise et bajan, cette Londonienne figure dans la liste finale du ‘BBC Sound’, en 2018. En outre, elle a été invitée par Courtney Barnett pour jouer dans le cadre du denier ‘Sonic City’. 

Sur les planches, elle est soutenue par la multi-instrumentiste Jazzi Bobbi et le claviériste/bassiste, Luke Bower. Blonde, Jazzi se réserve de superbes envolées jazzyfiantes au saxophone. Graveleux, soul groovy, le timbre de voix de Nilüfer est savoureux. Tour à tour, on pense à la regrettée Amy Winehouse, Sade voire Janelle Manaë. Evidemment, les racines moyen-orientales de Mrs Yany filtrent à travers sa musique. Et tout particulièrement sur la reprise du « Hey » des Pixies. Elle nous réserve, son nouveau single, le touchant « Heavyweight Champion of the Year », en primeur. Elle se produira dans le cadre de l’édition 2019 des Nuits Botanique, le 29 avril.  

Place ensuite à la tête d’affiche, Interpol. Du line up initial, il ne reste plus que Paul Banks (voix, guitare rythmique) et Daniel Kessler (guitare, chœurs). On pourrait presque ajouter Sam Fogarino (drums), présent depuis l’an 2000. Sur les planches, Ils sont soutenus par Brandon Curtis (claviers, chœurs) et Brad Truax (basse). A son actif, six opus studio. La set list va privilégier le dernier, « Marauder », ainsi que les deux premiers, 2002 : « Turn on the Bright Lights » et « Antics », le troisième, « One love too », ne livrant que deux titres.

Surmontés d’énormes spots, dix gigantesques tubes leds verticaux entourent les artistes. Trois boules à facettes sont disposées à des hauteurs différentes, et elles vont refléter les faisceaux lasers dans la fosse.  

« Pionneer To The Falls » ouvre le set. Les artistes sont bien alignés mais adoptent une posture plutôt statique. La voix de Banks –peu interactif, par ailleurs– et l’instrumentation respectent un parfait équilibre, reflétant une belle homogénéité au sein du groupe. Et si les claviers s’immiscent insidieusement dans l’ensemble, c’est quand même les percus, tribales et énergiques de Sam Fogarino, qui s’imposent tout au long de « C’Mere », et de briller par ses interventions de caisse claire sur « Stay In Touch ». De temps à autre, les spectres de Joy Division et des Chameleons se mettent à rôder, mais également ceux de Kraftwerk, à cause des sonorités électroniques, qu’on pourrait qualifier de métronomiques. Les titres se succèdent sans la moindre surprise. Section rythmique imparable, cordes de gratte incisives, voix bien timbrée, mais sans grande passion : c’est irréprochable, mais un peu trop sur rails. Y compris lors d’un rappel, réservant à l’auditoire, trois compos…

Setlist : « Pionneer To The Falls », « C’Mere », «  If You Really Love Nothing », « Public Pervert », « Roland », « Complications », « Say Hello To The Angels », « NYC », « The Rover », « Rest My Chemistry », « NYSMAW », « Stay In Touch », « All The Rage Back Home », « The New », « Flight of Fancy », « Slow Hands ».

Rappel : « Lights », « Evil », « Obstacle 1 »

(Organisation : Live Nation)

La Jungle

Une course-poursuite entre musique et physique

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La Jungle est de sortie, ce soir, au Salon de Silly, dans le cadre des Nuits Plasma. En tournée, le duo revient de Dijon pour assurer une des dernières dates de l’année 2018. Pas trop le temps de réaliser des balances parfaites. No prob, ces pros sont capables de les régler dès les premières minutes du set. Qui va se dérouler au sein du bistrot, en formule club. Et il y a du peuple pour accueillir la paire montoise…

Screaming Use Of Bass assure le supporting act, un quatuor atypique impliquant deux bassistes, dont Joris Oster (Yel, Organic, Silver Riot) et Michaël Colart, mais également le chanteur Jairo Alvarez Garcia et le drummer Olivier Justin (Organic,Yel).

« Just Shine » ouvre les hostilités. Et, bien évidemment, c’est la combinaison entre les deux basses qui forge la singularité de l’expression sonore. L’une libère des sonorités distinctes, incisives et mécaniques ; et l’autre, caoutchouteuses. Saccadé, le tempo finit par envoûter. La voix est limpide, atmosphérique ou enflammée. Et la musique navigue quelque part entre cold wave, rock, indus, post punk, psyché, stoner, électro et prog. Parfois, le spectre d’Archive se met à planer. Mais également, et sans trop savoir pourquoi, celui de Pearl Jam. Le groupe n’en oublie pas « Agora », son single percutant. « Plastic Dream » met en exergue des percussions paradoxalement sauvages ou métronomiques. A limite de la saturation, une des basses claque littéralement, tout au long de « Perfect Profile ». La formation a prévu de graver un album en 2019. Mais si vous souhaitez en connaître davantage sur ce combo, cliquez ici.

Setlist : « Just Shine », « Emergencia », « Breackdown », « Cinnamon Light », « Perfect Profile », « Sliding Doors », « Plastic Dream », « Agora », « Utopia ».

Mathieu Flasse et Rémy Venant appliquent la fameuse équation ‘1 + 1 = 3’ à leur math/kraut/noisy/funk rock transique et débridé. Une six cordes, un casio et un kit de batterie : après deux breaks et trois accords, ils font déjà péter le mercure, alors que les yeux s’irritent de sueur. Au sein de cette jungle équatoriale, peuplée de bêtes sauvages, dangereuses et venimeuses, la température devient rapidement torride et humide.

Structurées en crescendo, parfois même s’ébrouant sur un tempo lent, les compos giclent de riffs métalliques, d’éclats de noise, alors que les assauts de toms et cymbales sont guidés par les oscillations du stroboscope. Les loops sont créés en ‘live’, à partir de la guitare ou de la voix. Rien n’est préenregistré, et pourtant le résultat est rigoureux. Un peu dans l’esprit de Métroland voire de Kraftwerk. Et des morceaux comme « Hahehiho », « Ape In A Python » ou « Thylacine » en sont de parfaites illustrations. Un concert de La Jungle est considéré comme une expérience unique à découvrir. L’énergie est omniprésente. On a l’impression d’assister à une course-poursuite entre musique et physique. A l’issue du show, les t-shirts des musicos sont trempés de sueur, comme s’ils sortaient de la machine à laver, sans avoir été essorés…

(Organisation : Silly Concerts ASBL)

Snowden

Anti-Anti

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La voix nonchalante de Jordan Jeffares pourrait être prise comme une invitation à la fuite. Telle une aventure improvisée en pleine nuit d’été, les Américains de Snowden sortent leurs plus beaux atouts et font résonner leurs chants jusqu’aux cimes. Peut-être pas pour rien que Jade Tree les a recruté du fin fond de leur cambrousse pour poser leur première pierre « Anti-Anti », faisant suite aux échos radiophoniques qui ont vite fait le tour de leur Géorgie natale. Des invités d’honneur, connus sous les noms de reverbs (vocaux, cordes) et lo-fi, prennent place sur l’opus et copinent sur un rock harmonique habillé en indie pour l’occaz. Une combinaison qui s’est vite vue supporter Clap Your hands Say Yeah ou les remarquables Arcade Fire avant d’être soutenue à son tour par le producteur Eric Wofford (Explosions in the Sky, My Morning Jacket). Et on doit se l’avouer : leurs petites balises gonflées de gaz atmosphérique flottent dans un équilibre constant et éthéré. L’embarcation Snowden est sur la bonne voie, celle de l’insubmersible. Et ce n’est pas mal pour un début.



Whispering sons

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Il est de ces lumières émanant des ténèbres dont les beautés secrètes gisent dans l’ombre. Des beautés qui se languissent d’être caressées, embrassées, délivrées, possédées.

Hurlant de ce désir ardent d’être découvertes, exposées au grand jour jusqu’à s’en brûler la rétine au contact d’un soleil trop éclatant. Imprimant alors à notre imaginaire une photographie obsédante à laquelle l’inconscient se lie passionnément...

Telles la madeleine de Proust, ces lumières ont vocation de raviver le souvenir, le plaisir qu’on pensait éteint.

Agissant de même, le premier opus de Whispering Sons renvoie à ces plaisirs maladifs. Cette excitation particulière au contact d’une jouissance retrouvée.

Dans un style froid, pour ne pas dire glacial, le combo bruxellois inocule sa cohorte de mélodies funestes et addictives comme un poison fatal.

Abrasif et teinté de l’urgence du post punk, marbré et nimbé des ambiances d’une cold wave réinventée, ce premier opus évite tous les pièges du genre pourtant ouverts béants sous leurs pieds.

Découverts par le biais de quelques titres épars, notamment sur l’Ep « Endless Party », paru en 2015, ce quintet, vainqueur de l’Humo Rock Rally l’année suivante, est rapidement devenu digne d’intérêt. La sortie de ce premier elpee, simplement magistral, consolide cette impression et suscite l’engouement.

Dans un registre où il paraît difficile de ne pas sombrer dans la redite (au mieux) ou dans le ridicule (au pire), peu de formations sillonnent le paysage sonore aussi brillamment…

En évitant le piège de l’hommage à ses pairs et en prenant le parti d’user de codes en vigueur pour délivrer son propre style, Whispering Sons dépoussière un genre et pose sur la table la somme de ses arguments.

Emboîtant le pas à Kiss The Anus Of A Black Cat, autre formation noir-jaune-rouge incontournable, tout en empruntant les sentiers corrosifs et nappés d’une lave incandescente d’une généalogie anglo-saxonne fatalement indissociable, Whispering Sons grave ici son « Image » et surtout son patronyme dans la stèle des premiers albums frondeurs et incontournables.

Balisé dès la première ligne de basse, marqué immédiatement par l’empreinte de la voix androgyne de Fenne Kuppens, voix d’outre-tombe aux résonances spectrales, ciselé par une guitare nimbée de Chorus et martelé d’un bout à l’autre par des drums martiaux et compulsifs, « Image » aurait certainement fait le buzz à l’orée des années quatre-vingt mais ne pâlit d’aucune manière de cette référence, restant, en ce troisième tiers de l’année 2018, un album fondamental.

Loin de la hype et d’une certaine idée de la modernité, où l’immédiat voudrait s’imposer à tout prix, négligeant et bafouant ce qui est appelé à perdurer, Whispering Sons signe un album intemporel, résurgence d’un certain passé, mais sciemment tourné vers l’avenir, nous abandonnant livides et extatiques et surtout en attente de vivre encore davantage d’émotions.

Bart Walker

Waiting on daylight

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Bart Walker est un enfant de Nashville. C'est pourtant à Memphis qu'il s’est converti au blues. De retour dans la capitale de la country music, il reste fidèle à ce blues. Chanteur/guitariste, Bart a beaucoup appris à l'écoute de Stevie Ray Vaughan. Son premier opus, "Who am I", remonte à 2011.

"It's all good" nous embarque dans un funky R&B. Constitué de Smith à la basse et de Steve Potts aux drums, la section rythmique est très solide. Dave Bart possède une voix claire et directe. Sa première sortie sur la slide est remarquable. Elle lorgne même du côté de Duane Allman. Southern rock, "Black clouds" libère des riffs lourds et dramatiques. "Took it like a man" nous entraîne sur les routes du Texas, à la manière de ZZ Top. A l’instar du trio de Dallas, les sonorités de gratte sont bien grasses. Toujours aussi accablant, "Girl you bad" brandit une menace. La slide est constamment prête à bondir pour se défendre. Rock, "Gotta be you" est issu de la plume de Gary Nicholson. Une plage qui opère alors un retour vers le ZZ Top originel. Soit 40 ans plus tôt. Nous baignons dans l’ambiance de "Rio Grande Mud". Implacable, elle déblaie tout sur son passage ; aussi quand Bart écrase ses pédales, il est au sommet de son art et rien ne peut plus l'arrêter! Indolente, tendre, paisible même, "Waitin' on daylight" est une piste balisée par l'orgue de Rick Steff (de Lucero). "Happy" marque le retour au Southern. Du rock sans compromission. Les changements de rythme sont frappants. L’envol des cordes est réminiscent de l’Allman Brothers Band. Boogie et rock pactisent pour dominer la reprise saignante du "Hipshake it" de J.B Hutto, l'un des rois de la slide chicagolaise. Southern blues, "Mary & me" est subtilement coloré de country. L'orgue tapisse bien le décor sonore, et la slide en remet une couche. Toujours contaminé par le rock sudiste flamboyant, "99%" libère soigneusement ses riffs. Faut dire que la mise en forme de Jim Gaines, n’est pas étrangère au résultat. Cet elpee s’achève par un dernier clin d’œil adressé aux frères Allman, lors d’une cover ralentie de "Whipping post", un hymne sudiste que Bart chante d'un timbre éraillé, proche de Gregg, pendant que le fantôme de Duane hante les cordes…

 

Godspeed You ! Black Emperor

Lift your fists like antennas to heaven !

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Groupe atypique par excellence, GY!BE pousse le souci de l'effacement et de l'outrance à son extrême. Dans le packaging tout d'abord : double cd de 2 plages chacun (+/- 90 minutes au total). Dans le nom du groupe ensuite, uniquement imprimé en tout petit dans le livret. Dans les illustrations lugubres et morbides aussi ; des illustrations chargées d'ironie, de résignation, mais aussi paradoxalement de salut. Dans la musique enfin. Articulé donc en deux parties, " Lift… " nous entraîne dans un long voyage muet, envoûtant, hanté, transpercé de dialogues volés et désincarnés, au travers de longues étendues sèches de toute vie. Musique mélancolique sous laquelle gronde une furie, un besoin de s'élever, de repousser un certain fatalisme. Musique d'abandon aussi. Car il faut accorder à GY!BE (guitares, basses, batteries, violon et violoncelle) une confiance aveugle pour accepter d'aller là où ils nous emmènent. Pas bien loin d'une perdition tout compte fait. On rapprochera volontiers GY!BE de Mogwai et de toute une série d'autres artistes du label Kranky, mais uniquement pour ne pas tomber dans la critique purement abstraite. Au delà de ces similitudes, il faut surtout retenir que GY!BE ! compose une musique entière, dans le sens impossible à fragmenter. D'ailleurs l'écoute d'une traite de ce double cd est hautement recommandée. Et d'être surpris d'entendre d'une manière ou d'une autre des moments de sa propre vie racontés en musique.

 

Björk

Vespertine

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" Vespertine " croustille comme les pas sur la neige, craquèle au rythme des bavardages digitaux, volète en compagnie d'étranges petites voix qui chuchotent au creux de votre oreille avant de s'évanouir furtivement, dans la lumière du crépuscule… Pour enregistrer son nouvel opus, Björk a reçu le concours d'une multitude de collaborateurs. Les familiers tout d'abord : Guy Sigworth, Mark Bell, les programmateurs Valgeir Sugurdsson et Marius de Vries, l'ingénieur du son Mark " Spike " Stent et l'arrangeur de la musique du film " Dancer in the dark ", Vince Mendoza. Mais également quelques nouvelles têtes ; et en particulier le duo de bidouilleurs Matmos, Matthew Herbert, Bogdan Raczynski, Thomas Knak et le harpiste Zeena Parkins. Sans oublier un orchestre symphonique et une équipe de choristes féminine, composée de 16 Eskimos. Et si le booklet n'en fait pas mention, je soupçonne fort la présence d'Elisabeth Fraser (si ce n'est celle de Lisa Gerrard) sur le remarquable " It's up to you ". Tout un arsenal destiné à élaborer un espace sonore envoûtant, contemplatif. Un espace sonore terriblement contemporain, propice à la méditation, ode à la solitude au sein de laquelle la sorcière blanche épanche ses émotions, de sa voix tour à tour intimiste, sensuelle ou féroce. Un bien bel album qui exige cependant une certaine sérénité d'esprit, pour être apprécié à sa juste valeur…

 

Yann Cole

Soulmate

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Yann Cole était encore un gosse, lorsque sa famille (NDR : de nationalité française !) s’est expatriée dans le Sud des Etats-Unis. Il a donc vécu toute sa jeunesse là-bas. Ce qui lui a permis de découvrir le patrimoine musical de Memphis à la Nouvelle Orléans, en suivant le cours du Mississippi. Quand il revient à Paris, il possède un bagage musical suffisant pour jouer sa propre musique : un cocktail subtil de soul, de funk et de blues. Il milite tout d’abord au sein de formations comme Lazy Rooster ou le Little Big Band. Puis décide de driver son son propre band. Un choix qu’il n’a opéré que récemment. Yann aime la musique noire. Celle de Ray Charles, Stevie Wonder, Prince et BB King. "Soulmate" constitue son premier album. Pour l’enregistrer, il a reçu le concours de son équipe. C'est-à-dire Kim Yarbrough, un New-yorkais dont la carte de visite mentionne l’une ou l’autre collaboration en compagnie de Bernard Allison et Lucky Peterson, le drummer Stéphane Minana, et le claviériste Laurent Daire, un musicien extrêmement influencé par Stevie Wonder, Billy Preston et Herbie Hancock. Pour la circonstance, le line up est enrichi d’une section de quatre cuivres. Hormis trois reprises, Yann a composé le reste des compos de cet opus.

"Soulmate" s’ouvre dans le funk. Plage nerveuse, "Superman of the night" évolue dans un registre proche de Stevie Wonder. Instantanément, nous sommes touchés par la voix bouleversante, très musicale, de Yann. Tous les instruments contribuent à la conception de la trame funk. Les cuivres soulignent les vocaux. Particulièrement expressive, une guitare prend son premier envol. Très blues, cette excellente entrée en matière lorgne du côté de BB King. Cette même guitare introduit "Ain't nobody". La voix du leader est imprégnée d’une sensibilité naturelle. Elle peut même se travestir en de multiples instruments. Kim et Laurent rejoignent les chœurs subtilement funky de cette compo sculptée dans une soul moderne rappelant Steely Dan voire Darryl Hall & John Oates. Invariablement, cette guitare est caressée par des doigts agiles et lestes. Elle vagabonde et ouvre pour le saxophone. Une plage qui accroche! Et "Midnight lover" est du même niveau. "Hot girl" trempe dans le pur funk. Les drums métronomiques de Stéphane sont ici mis en exergue. Mais également le jeu varié de Laurent sur l'orgue Hammond. Tantôt au service du rythme, tantôt en solo, il invite à la danse. La première reprise est celle du "I wish It would rain" des Temptations. Une interprétation heureuse et empreinte de douceur ; mais paradoxalement parcourue par cette voix terriblement expressive face au seul piano de Daire. Cole chante alors le "(Don't you lie to me) I get evil" de Tampa Red, à la manière d''Albert King, mais dans une version funk dansante. Une bien jolie introduction au saxophone nous annonce le bouleversant "Motherless woman". La mélodie est accrocheuse. Yann dialogue avec ses cordes. Certainement, un des sommets de l'album. Les atouts des musiciens sont bien mis en exergue tout au long d’une autre ballade : "Have I got the right". Les voix, le rythme et l'orgue Hammond en particulier. Bonne surprise, l'album s’achève dans le blues. Tout d'abord "No good man". Un solide shuffle rehaussé par la présence du plus texan des guitaristes français : Phil Fernandez, le leader de Big Dez. La finale est consacrée à une cover du "Ain't nobody's home" de BB King. Agrémentée à la sauce Yann Cole, elle préserve cependant l'esprit de Memphis, y compris les voix, les cuivres et l'orgue. Dans le style, cet opus est remarquable. Yann Cole : un artiste, une voix à suivre!

Thierry Crommen

Versions originales

Écrit par

Thierry est un musicien belge. Il jouit d’une solide réputation. Agé de 48 ans, c’est un spécialiste de l'harmonica. Non seulement il possède une technique irréprochable, mais il est également très créatif. Son talent et son discernement devraient, sans aucun doute, lui permettre un jour de devenir le digne successeur de Toots Thielemans. Il joue de cette musique à bouche depuis plus de trente ans. Se maîtres répondent aux noms de Toots, bien sûr, mais également de Stevie Wonder et du Français Jean-Jacques Milteau. Il possède l'âme et le cœur du musicien mais sa tête est aussi bien faite, puisque ce psychologue est diplômé de l'université de Liège. De 1988 à 96, il a apporté sa collaboration au chanteur français Michel Fugain. Il a aussi travaillé auprès de nombreux artistes belges, parmi lesquels figurent Fred and the Healers, Clouseau, Froidebise, Pierre Rapsat et Johan Verminnen. Il y a quelques années, il a monté un trio particulièrement apprécié dans l’univers du jazz, en compagnie du guitariste Chris De Pauw et du pianiste Erno. En 2005, le contrebassiste Achim Tang est venu enrichir le line up, qui est ainsi passé à un quartet. Instrumental, cet elpee brille par sa diversité. Les compos sont toujours mélodieuses et les instruments acoustiques sont au service de l'ensemble. Les quatre acteurs manifestent une cohésion irréprochable.

Le chanteur Sanseverino vocalise et joue de la guitare manouche sur "Démolissons les mots", une plage qu’il a écrite avec Thierry. Chris De Pauw signe "Volte-face", une belle occasion pour lui de siéger derrière le piano lors d’un montage instrumental assez complexe, théâtre de changements de rythmes et d'atmosphères multiples. Au passage, Tang se divertit à la basse sur le thème hispanisant créé par le piano. D'une manière uniforme, les mélodies sont riches et accrochent instantanément l'oreille. Le tendre et doux "La marche" en est la plus belle démonstration. "Gigue de Krommenc'h" est issu de la plume de Froidebise. Un morceau allègre qui nous entraîne dans une farandole guillerette bretonne. L’éclectisme de cet opus oscille également entre la légèreté manouche ("Boplubie") au climat oriental. Sur "Zayak", tout d’abord. Un titre hypnotique issu du répertoire de Karim Baggili, un chanteur jordano-yougoslave venu colorer l’expression sonore des cordes de son oud, un luth moyenâgeux! Pour "Hora Lautareasca", ensuite. Sur des accents slaves, Karim invite l'harmoniciste américain Bill Barrett à échanger des phrases à l’instrument chromatique et diatonique. Enfin, pour ne pas oublier son long parcours opéré auprès de Michel Fugain, il accorde une version colorée et très personnelle de "Je n'aurai pas le temps". Une fresque instrumentale de grande qualité!

Amplifier

Insider

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Difficile de coller une étiquette à Amplifier. A la fois heavy et post rock, le trio établi à Manchester est annoncé comme le meilleur des combos british de ces cinq dernières années ! Connaissant l’objectivité des journalistes anglais quand il est question de redorer le blason de la ‘Grande Dame’ (NDR : elle n’est plus la référence absolue en matière de rock depuis des lustres, il faut le reconnaître), nous avons préféré écouter cet « Insider » deux fois plutôt qu’une avant de vous livrer nos commentaires.

Amplifier a fait mouche lors de ses apparitions durant l’été dernier au festival de Roskilde, ou encore au très metal Download Fest ainsi qu’à notre Pukkelpop national. Rien d’étonnant ! Les compos d’« Insider », après une deuxième écoute attentive, s’infiltrent dans votre mémoire pour ne plus en sortir. Entre douleur et jouissance, la musique d’Amplifier est lourde comme une chape de plomb, mais sait aussi se faire aérienne, vicieuse, incisive, voire psyché dans son développement et ses atmosphères. Les comparaisons avec Tool sont inévitables, tant le combo s’inscrit dans une démarche similaire, mais nous soulignerons également des liens incontestables avec l’immense mais méconnu combo british Oceansize. Menée de façon très énergique, la section rythmique laisse également une place prépondérante au groove, tandis que le guitariste-leader Sel Balamir use sans modération de pédales aux effets les plus variés, saturation en tête.

La production est particulièrement soignée. Lorsqu’on connaît les compétences des producteurs Steve Lyon (The Cure) et Chris Sheldon (Foo Fighters), on comprend mieux pourquoi cet opus a une pêche d’enfer. Amplifier séduira les fans de Black Sabbath comme ceux de Sonic Youth. Vivement recommandé !

 

 

Lee Ranaldo

Between the times and the tides

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Au départ, cet album devait être ‘unplugged’. Et puis au fil du temps et des sessions d’enregistrement, il s’est largement électrifié. Ne laissant plus au tracklisting que deux morceaux dominés par l’acoustique. Deux chansons au cours desquelles Lee dévoile toute la vulnérabilité de son feeling. Tout d’abord « Hammer blows », puis « Stranded », traversé par quelques éclats de slide et dont la fin de parcours s’enfonce subrepticement dans le psychédélisme. Des références que Lee assume, et notamment lors du final « Tomorrow never comes », sorte de clin d’œil qu’il adresse au « Tomorrow never knows » des Fab Four.

Pour concocter cet elpee, le gratteur de Sonic Youth a bénéficié du concours de quelques invités. Pas des manchots ! Jugez plutôt : Nels Cline (Wilco, etc.), Bob Bert et Steve Shelley (le premier et le dernier drummer de Sonic Youth), le claviériste John Medeski sans oublier Jim O’Rourke qui a sévi également quelque temps chez S.Y. Le tout à été coproduit par Ranaldo et le fameux John Agnello.

Résultat des courses ? Un opus comme votre serviteur les apprécie. Fruit d’une rencontre entre cordes électriques et semi-acoustiques, il se révèle légèrement psychédélique et subtilement teinté d’americana. Tout en ne négligeant jamais le sens mélodique. Beaucoup de grattes donc, mais aussi cet orgue savoureusement rogné et judicieusement dispensé.

Si l’album s’ouvre par un « Waiting on a dream » au riff vaguement pompé à « Paint it Black » des Stones, il recèle plusieurs perles. A l’instar de « X time as I knew her » dont les interventions à la ‘six cordes’ peuvent évoquer John Mascis (Dinosaur Jr.), un titre dont la seconde partie entre dans une sorte de transe chamanique. Du très West Coast, presque ‘Paisley Underground’ (NDR : pensez à Steve Wynn) « Angles ». Du ‘Paisley Underground’ qu’on retrouve sous la forme la plus offensive de « Fire island (phases) », en alternance avec de l’Americana circa Wilco, sur la plus tendre. Les 7 minutes de « Shouts », encore un morceau à la structure élaborée, s’ouvrant docilement avant de s’enfoncer dans une noisy à la Sonic Youth, l’épouse de Lee se chargeant de déclamer en spoken word. Et enfin le plus pop « Lost », dont les vapeurs sixties qui émanent des cordes tour à tour tintinnabulantes, semi-acoustiques ou encore légèrement teintées de psychédélisme, nous renvoient à un certain Buffalo Springfield. Enfin, il ne fait pas mésestimer la voix de Ranaldo, dont le timbre grave et déchirant sied bien à ce climat ma foi agréablement mélancolique. Un chouette album !

 

Pere Ubu

Lady From Shangai

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Ames syncopées, priez pour nous !

Trente-sept ans que David Thomas ne fait rien comme les autres ; et on se doute, ce n’est pas demain la veille qu’il va retourner sa veste.

Elément central, dernier rescapé, fondateur et frondeur du Pere Ubu originel, qui en a vu passer du monde, et du beau monde de surcroît, cette figure de proue de Rock dit avant-gardiste perpétue le mouvement initié dès les débuts, conservant toute sa lucidité et sa verve tout au long de ce dix-septième opus sous le pseudonyme royal emprunté au poète et écrivain Alfred Jarry.

« Thanks », morceau d’ouverture rappelle d’ailleurs le premier album, « The Modern Dance », détournant les codes du Disco et usant des mêmes chemins facétieux (on appréciera au passage le traitement réservé au « Ring My Bell » d’Anita Ward).

Ce périple découpé en onze titres d’une modernité déconcertante permet à ce vieux de la vielle de continuer son œuvre dans une semi-indifférence qui lui sied parfaitement.

« Lady From Shangai » creuse donc le même sillon que ses précédents essais, déconstruisant et réinventant la Dance music dans un esprit révolutionnaire et bien sûr, loin d’être évident à comprendre.

En 1978, Allen Ravenstine, alors membre du groupe disait : ‘Les Sex Pistols ont chanté « No Future », mais il y a un futur et nous essayons de le construire.’

Nous sommes en 2013 et les travaux continuent…

 

Dirty Three

She has no strings apollo

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Septième galette pour le trio aussie Dirty Three. Et au sud-est rien de bien nouveau. Voilà donc une dizaine d'années, que sortis de leur Melbourne natal, nos trois musiciens ont jeté au monde une émotion, certes relativement inclassable, mais qui commence à manquer cruellement de sons frais. A la croisée des chemins, entre folk et rock noisy, le groupe a conservé depuis toujours une formule inébranlable, à savoir une musique instrumentale, mélancolique, intime et passionnée, emmenée par un violoniste habité (possédé ?) qui répond au nom de Warren Ellis. Derrière ce personnage, Jim White aux drums et Mick Turner à la gratte tentent tant bien que mal à se faire une place. Jusqu'à présent, la sauce prenait. Il faut dire que tous participent ou tout au moins collaborent, à des side-projects réputés. White apporte ses baguettes dans le Boxhead Ensemble ou chez Chan Marshall de Cat Power ; tout comme Turner et Ellis d'ailleurs. L'ombre d'Ellis risquant de masquer le travail de nos 2 compagnons, ils décident alors de former The Tren Brothers (Drag City). C'est dire le besoin de respirer. Quant à Ellis, il lui arrive aussi de pousser de l'archet chez les Bad Seeds de Nick Cave. Un compatriote ! De la dispersion commence à se manifester. Pas d'affolement pourtant. Ce constat sous forme de bilan ne signifie finalement pas grand chose. "She has no strings Apollo" ne regroupe peut-être pas les sommets du groupe, mais des 7 titres émergent quand même quelques moments de bravoure. Et on se remet à rêver d'une collection de la trempe des précédents elpees. Relevons malgré tout "Long way to go with no punch" et son piano répétitif. Et... heu ! C'est à peu près tout. Live, Dirty Three m'a laissé sur ma faim lors de leur dernière tournée et j'apprends que le concert bruxellois prochain est annulé. Ils partageaient l'affiche avec Catpower. On leur accordera donc le bénéfice du doute… Y'a de l'inceste dans l'air je vous le dis moi...

…And You Know Us By The Trail Of Dead

Source tags & codes

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J'ignore si cette formation texane (NDR : d'Austin très exactement) cherche à figurer dans le Guiness book pour la longueur de son patronyme ; mais une chose est sûre, elle est réputée pour ses prestations live dévastatrices. Que vous supposez sans doute taillées dans le punk. Oui, mais un punk yankee. A la fois expérimental, viscéral, menaçant, implacable et tentaculaire. Un peu comme le pratiquait Sonic Youth, il y a près de quinze ans. D'ailleurs, Sonic Youth est probablement une des influences majeures chez A.Y.W.K.U.B.T.T.O.D. ; et en particulier l'album " Daydream nation " (NDR : paru en 1988). Heureusement, le groupe ne se contente pas de marcher sur les traces de son maître spirituel. Il a aussi le bon goût d'élargir son horizon sonore. Et c'est le cas sur leur nouvel opus, " Source tags & codes ". A la new wave, tout d'abord. Rien que pour le tempo imprimé tout au long de " Another morning stoner ". D'une manière plus évidente chez " Baudelaire " et " Life is elsewhere ". A cause de ce sens mélodique ténébreux, dramatique, emphatique, si bien maîtrisé par feu Adrian Borland, lorsqu'ils'était encore à la t^te du Sound. Et si " It was there that I saw you " navigue quelque part entre U2 circa " Boy " et Hüsker Dü, l'excellent titre maître est tellement riche et contagieux qu'il aurait pu relever du répertoire d'un Built To Spill voire du défunt Cell. A contrario, il est vrai qu'" Homage " épouse plutôt le hardcore d'un Fugazi. Mais c'est plutôt l'exception qui confirme la règle. Et si le combo a recours à la technologie moderne, c'est avant tout pour entrelacer les 13 fragments de l'opus, un peu comme s'il avait voulu accomplir un concept album. Une bonne surprise !

Neil Young

Living with war

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On a beau être fan de Neil Young, il y a des moments où on se demande s’il a encore toute sa tête. Flash-back : à l’issue de l’attentat perpétré le 11 septembre par les intégristes islamistes, Neil avait ouvertement pris parti pour l’administration Bush. Emporté par la spirale propagandiste du président des Etats-Unis et surtout de ses sbires, il avait même déclaré que l’invasion (NDR : la deuxième) des troupes US en Irak était parfaitement justifiée. Dans les années 80, il avait déjà défendu les idées d’une autre dangereuse marionnette : Ronald Reagan. Avant de s’excuser pour sa méprise. L’histoire est un éternel recommencement, puisque le Canadien vient de se rendre compte qu’il s’est encore fourvoyé. Et que GWB et sa bande ont mené l’Amérique en bateau. Voire au bord de la guerre mondiale. Sans oublier de rappeler les multiples dérives de l’infâme personnage qui utilise la religion pour se faire élire ou diviser le peuple tout en négligeant les populations noires, comme celles victimes du désastre qui s’est produit à la Nouvelle Orléans. Nous on veut bien, mais comme dirait Jacques Dutronc après avoir retourné sa veste, le voilà qui retourne son pantalon. Les Etats-Unis auraient besoin d’un leader. Un vrai. Un tatoué ! Et pourquoi pas une femme ou un homme de couleur ? Mieux vaut tard que jamais ; mais il aurait peut-être fallu qu’il explique pourquoi il a diamétralement changé d’avis…

On passe maintenant à l’aspect musical. Et là, c’est une excellente nouvelle. Après le décevant Prairie Wind, commis l’an dernier, Neil en est revenu à l’électricité la plus urgente, la plus vivifiante, la plus rageuse. Et sans son Crazy Horse ! Composé, écrit et enregistré en 9 jours, son 39ème elpee propose une majorité de plages sculptées dans l’électricité la plus blanche, la plus crue. Neil considère même cette musique comme du metal folk ! On n’est ainsi parfois plus très loin du Paisley Underground d’un Steve Wynn. Et il faut remonter à « Mirror ball » (1995), concocté en compagnie des musiciens de Pearl Jam ou « Ragged Glory » pour retrouver une telle débauche d’intensité électrique. D’ailleurs, des compos comme l’hypnotique et vindicatif « The restless consumer » (NDR : digne de « Southern man »), les hymniques « Shock and awe » et « Lookin’ for a leader » (« Rockin’ the free world » ?) ou le ‘dylanesque’ « Flags of freedom » valent leur pesant de bonnes vibrations. La touche d’originalité procède de la présence circonstancielle d’une trompette. Maintenant, tout n’est pas parfait. Parce qu’il y a deux flops magistraux. Deux titres qui prêtent à sourire. Tout d’abord le grotesque « Let’s impeach the president » (NDR : c’était pas destiné à une œuvre caritative ?) qui a réuni plus de 100 musiciens et chanteurs ; et puis le final « America the beautiful », sorte d’éloge grandiloquent de l’Amérique et de ses Américains (NDR : Joyeux Noël !). Drôle d’idée ! Mais il est vrai que le Canada fait également partie du continent américain… N’empêche, nonobstant l’un ou l’autre dérapage, il y a des lustres que le loner ne nous avait plus réservé un opus d’aussi bonne facture…

 

 

Danielson

Ships

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Daniel Smith est le personnage central de la famille Danielson, au sein de laquelle militent frères, sœurs, beaux-frères, belles-sœurs et leurs meilleurs amis. Une quarantaine de personnes, dont Sufjan Stevens et les membres de Deerhof, ont ainsi participé à la confection de « Ships », leur nouvel album. Jusqu’à présent, les différents projets de Daniel Smith (NDR : il se produit et enregistre également en solo) s’avéraient plutôt minimalistes. L’évolution est absolument étonnante, car une foultitude d’instruments a été utilisée sur cet opus orchestral. Normal vu le nombre de participants. Découpé en 11 titres, cet elpee constitue probablement la plus grosse surprise de l’année 2006. Un peu comme Arcade Fire l’avait été l’an dernier. D’ailleurs, s’il faut évoquer quelques points de référence, le groupe de Toronto y a sa place. Mais aussi, et à des degrés divers, les Mothers of Invention, les Sparks, Devendra Banhart, les Flaming Lips et les Super Furry Animals. Il est d’ailleurs quasi impossible de décortiquer les compos de cette œuvre, tant elle est riche, même si la trame de fond demeure folk. Une constante : le falsetto - régulièrement soutenu par des chœurs - tour à tour glapissant, capricieux, perçant, pépiant, nerveux ou nasal de Daniel. Qui est également responsable des lyrics. Reflets de sa foi évangéliste (NDR : sur les planches la formation se produit vêtue comme des membres de l’armée du salut !), ils ne reflètent pas un dessein de conversion des âmes égarées ; mais simplement cherchent à soulever la question existentielle. Une prédiction qui vaut ce qu’elle vaut : Danielson risque bientôt de convertir de nouveaux disciples en colportant une muse aussi originale… Impressionnant !

 

Madrugada

The deep end

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Si à l’origine, cette formation norvégienne pratiquait une musique très électrique, dont l’intensité blanche rappelait une autre formation scandinave qui répondait au nom de Leather Nun, au fil du temps elle s’est convertie à une forme de blues urbain blues plus sombre, plus mélancolique, dont l’amplitude est parvenue à réverbérer des accents empruntés tantôt à Nick Cave, à Grant Lee Buffalo ou encore à Hugo Race. Pour son quatrième opus, l’empreinte des Bad Seeds est encore plus marquée. Et en particulier celle des elpees « Your funeral…my trial » voire « Kicking against the pricks », même si « The deep end » n’est pas constitué de reprises. Hormis le titre d’ouverture, « The kids are on high street », dont la mélodie rappelle le REM des débuts - Sivert Hoyen empruntant même pour la circonstance le timbre de Michael Stipe -, l’hymnique « Elektro vakkum », titre glam rock hymnique dont les guitares sont sculptées dans l’esprit d’un Bowie voire de Mott The Hoople, ainsi que « Hold on to you », trempé dans la magnificence mélancolique, le reste de l’opus est partagé entre blues, gospel, country et rythm’n blues. Un expression sonore ténébreuse, gothique même, vous vous en doutez, au sein de laquelle le baryton profond, grave de Sivert continue d’épancher toutes ses émotions, tout son spleen, sous le couvert de quelque sombre prédiction. Mais tout au long de ce nouvel opus, les plages sont susceptibles de se couvrir d’accents hispaniques (« Stories from the streets » et ses rythmes flamenco, « Hard to come back » et ses répliques dans la langue de Cervantès) ou de swing (« Sail away » traversé par un piano/clavier réminiscent du « Riders on the storm » des Doors). Encore qu’en fin de parcours, la pedal steel ou la lap steel de Doug Pettibon (NDR : un invité de marque !) accentuent nettement la tendance country/blues.

Le Peuple de l’Herbe

Radio Blood Money

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Le productif label Pias (An Pierlé, Editors, MSTRKRFT,…), recèle quelques valeurs sûres et propose ici en toute confiance, la quatrième expérience studio pour les petits Français du Peuple de l’Herbe : le dénommé « Radio Blood Money ». Ce petit Peuple fait tourner depuis 10 ans (le premier album est paru seulement en 2000) tout ce qu’ils possèdent : platines, revendications, cordes, synthés, trompettes et certainement un nombre non négligeable de têtes et de pétards. Ce dernier opus ne change pas trop des autres, et il faut le dire, n’apporte rien d’extraordinairement innovant. Toujours le même mélange de Hiphop, Jazz, Dub et Jungle qui entre en fusion au fil du débit incessant d’une expression libérale sur la consommation d’idées et de psychotropes. Malgré tout, Psychostick, Spagg, N’Zenzy, Pee, les acteurs, déroulent sur cet album, des beats plus jazzy et laissent un peu en retrait le côté jungle. Ce dernier opère quelques incursions (« History » « Goes, Dopebeats », etc.) et enflamme tout sur son passage. Moment adéquat choisi par JC001, le dernier membre du groupe, pour poser son organe vocal, de ce ton grave et sensuel qui le caractérise, apportant une touche africaine et un groove qui sert de nœud à l’emballage de l’album. Les éternelles intros, piquées à de vieux films ou documentaires, devenus désormais la marque de fabrique du groupe, viennent jalonner comme à leur habitude les 12 plages de manière caustique. On peut considérer « Radio Blood Money » conçu sur un axe qui le partage en 2 parties. La première se rapprochant plus des précédents albums, la deuxième un peu plus introspective tendance electro, conscientisant d’éternels problèmes de société. Même si l’ensemble fait un peu potache et que l’esprit fumiste règne par l’absurde, les revendications et les textes restent crédibles et placent Le Peuple de l’Herbe à la tête d’un mouvement de consommateurs conscients et loin d’être débiles.

Live Nation : les prochains concerts (udpate 27/11/2018)

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Samedi 2 mars 2019 – Yann Tiersen – Salle Reine Elisabeth – Anvers

Mardi 19 mars 2019 – Martin Solveig – Ancienne Belgique, Bruxelles

Mardi 23 avril 2019 – Blackwave – De Roma, Borgerhout

http://www.livenation.be

 

Angèle

Prête pour les grandes scènes…

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La tournée d’automne d’Angèle va pratiquement se dérouler à guichets fermés, à l’instar de ses deux concerts programmés à l’Ancienne Belgique. Si bien que de nouvelles dates ont été ajoutées pour 2019, dont le Palais 12, le 19 novembre, et le Lotto Arena, le 10 novembre.

De l’anglais au français, de la pop au r’n’b, Angèle est parvenue progressivement à imposer son style volontiers décalé. Y compris dans l’Hexagone, où elle va d’ailleurs se produire l’an prochain. Angèle n’est autre que la sœur de Romeo Elvis, la fille de Marka et de Laurence Bibot. Cependant, à 22 ans, elle n’a pas besoin de ce lien filial pour réussir et se forger un prénom. Elle s’en détache même. Joyeuse, joueuse, désinvolte (un peu), la Bruxelloise prend par exemple de haut la « Loi De Murphy » une chanson co-écrite avec Veence Hanao et Matthew Irons, qui a atteint plus de seize millions de vues sur la toile. Et ses deux singles suivants, « Je Veux Tes Yeux », puis « La Thune », marchent allègrement sur les traces du premier tube. Musicalement, elle tire aussi bien parti de la pop, de l’électro que du hip hop, parfois du jazz, une forme d’éclectisme dont s’inspirent de nombreux artistes contemporains.   

Salomé Dos Santos assure le supporting act. Alias Blu Samu, cette compositrice-interprète belgo-portugaise est originaire d’Anvers, mais relève de la scène hip-hop bruxelloise. Elle vit auprès de ses potes du 77 et se produit à travers le pays, en compagnie de Zwangere Guy. Mais depuis la sortie de son Ep « Blue », en 2015, elle a séduit de nouveaux adeptes grâce à son mélange intuitif de hip-hop et de soul. Tout de go, elle annonce qu’elle doit mettre le feu ; et flanquée d’une djette, elle va entretenir une belle ambiance dans la fosse. Elle prépare l’enregistrement d’un premier elpee…

Deux estrades sont disposées sur le podium. Celle de gauche est destinée au drummer, et de droite au préposé aux synthétiseurs et machines. Plus de bassiste. Un synthé de couleur rouge sur roulettes est réservé à Angèle (NDR : ce qui lui permettra de le déplacer sur les planches). Alors que le light show inonde la scène, les musicos débarquent. On devine également la présence de deux yeux projetés sur une toile de fond. On entend la voix samplée d’Angèle. Le regard est maintenant bien visible, alors que l’artiste déboule, armée d’une immense mitraillette en plastique de teinte bleue. Elle dépose le jouet sur l’estrade. Elle est vêtue d’un pantalon rouge, un pull en treillis militaire et est coiffée d’un béret. L’auditoire lui réserve de longs applaudissements.

Le set s’ouvre par « La Thune ». Elle bondit d’avant en arrière, sur un rythme de reggae, tout en invitant la fosse à jumper. Ses deux musicos assurent les chœurs. Tout en chantant, elle tâte du MPD, placé à sa droite et salue le public. Elle vient se planter derrière son clavier et attaque l’engagé « Balance Ton Quoi » Le public s’emballe. Elle calme le jeu et signale que c’est elle qui chante. Elle ajoute qu’une petite chatte doit traverser l’œil et si elle va trop vite, elle risque de se casser la figure. La Bruxelloise reprend tout à zéro et lorsque le public est en effervescence, elle exécute quelques pas de danse, alors que le jeu de lumières nous en met plein la vue. Lors du plus paisible « Les Matins », elle se sert de son fameux clavier rouge sur roulettes. La foule reprend en chœur le refrain de « Jalousie », un autre titre au cours duquel le light show est à nouveau éblouissant.      

Angèle est modeste, humble, à taille humaine. Elle a la tête bien sur les épaules, mais c’est indéniable, sur les planches, c’est une fille sensible qui vit ses chansons et son écriture. Tout au long de « T’es Beau », la cover de Pauline Croze, les premiers rangs lèvent les bras et les balancent de droite à gauche, alors que smartphones illuminent la salle. « La Loi de Murphy » déclenche un fol enthousiasme dans la fosse ; un morceau au cours duquel l’interactivité entre Angèle et le public est à son comble. Il connaît parfaitement le refrain et le reprend en chœur. En se produisant dans la capitale de l’Europe, elle ne pouvait négliger « Bruxelles ». Et puis, c’est chez elle. Enfin, pour clore le spectacle en beauté, son frangin, Romeo Elvis, la rejoint pour interpréter « Tout Oublier ».  

Mais Angèle va nous accorder un rappel de trois chansons. Elle revient donc sur le podium, après avoir enfilé un froc scintillant. Au cours de « Ta Reine », elle remercie son public, ses musicos, son manager et sa famille. Et après « Flou », elle conclut ce concert par l’inévitable « Je Veux Tes yeux »…

Manifestement, le nouveau show d’Angèle a été imaginé pour les grandes scènes. En outre, ce soir, elle a conquis un public intergénérationnel…

Setlist : « La Thune », « Balance Ton Quoi », « Les matins », « Victime Des réseaux », « Jalousie », « T’es Beau » (Pauline Croze cover), « La Loi de Murphy », « Bruxelles » (Dick Annegarn Cover), « Nombreux », « Flemme », « Tout Oublier » avec Roméo Elvis.

Rappel : « Ta reine », « Flou », « Je veux tes Yeux ».

(Organisation : Live Nation)