La terre fissurée de Daffo

À seulement 20 ans, Daffo, artiste indie-rock basée à Brooklyn, transforme le tumulte intérieur en chansons brutes et poétiques, d’une étrange beauté. Entre l’énergie DIY et des arrangements délicats, sa musique oscille entre fragilité et intensité. Révélée…

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And Also The Trees

Ne pas avoir eu de hit a été une chance

Le groupe britannique And Also The Trees compte depuis longtemps parmi les favoris de la rédaction. Originaire d’Inkberrow, paisible village de la campagne anglaise, la formation façonne depuis 1979 une œuvre singulière, affranchie des classifications convenues. Nourrie de post-punk, sa musique se teinte d’accents néo-classiques et de réminiscences néo-folk, plongée dans une atmosphère tellurique, romantique et presque mystique.

Au cœur de cet univers se détache Simon Huw Jones, figure charismatique et profondément sincère, dont l’authenticité suscite immédiatement l’attachement. Musiczine l’a rencontré à l’occasion du concert exceptionnel accordé par les ‘Trees’ dans l’écrin intimiste de l’église ‘La Nef’, à Namur. Nous lui avons proposé un blind-test : reconnaître des extraits, puis les commenter.

Bonjour Simon. Nous nous sommes à La Nef, à Namur, pour le premier concert de votre nouvelle tournée.

SJ : Exactement.

Vous présentez donc un nouvel opus, « The Devil’s Door ».

SJ : Oui. Je crois que six titres de ce disque figurent dans notre setlist. Les répéter en si peu de temps a représenté un vrai défi, car nous vivons tous aux quatre coins de l’Europe. Finalement, nous nous sommes retrouvés à Londres pour les dernières répétitions.

Je t’ai préparé un blind-test.

SJ : D’accord.

Extrait n° 1

SJ : And Also The Trees : « I Lit A Light ». C’est l’une de ces chansons pour lesquelles nous nous sommes demandé : « Comment allons-nous l’intituler ? » Nous avons cherché pendant des heures, sans trouver. Finalement, nous avons repris le premier vers, un peu comme le font les poètes.

Ce nouvel elpee constitue donc le troisième volet d’une trilogie entamée par « The Bone Carver », puis prolongée par « Mother of Pearl Moon ».

SJ : Oui.

Et « The Devil’s Door » en signe le troisième et dernier chapitre ?

SJ : Le dernier, oui, normalement.

Si je comprends bien, les trois disques se répondent par leur esthétique musicale et par les instruments mobilisés ?

SJ : Oui, et par les musiciens également. C’est le premier album auquel les cinq musiciens ont tous contribué au niveau des compositions : mon frère Justin, Paul Hill à la batterie, Grant Gordon à la basse, Colin Ozanne et moi-même. La clarinette de Colin joue un rôle essentiel ; elle forme un fil conducteur qui traverse les trois opus et les relie entre eux.

Ce dernier elpee accueille aussi des invités de marque.

SJ : Absolument, notamment Catherine Graindorge, la merveilleuse violoniste et altiste belge.

Cette fois, tu ne l’as pas rebaptisée Catherine Gainsbourg, comme lors de notre précédente interview (rires) !

SJ : Ai-je vraiment dit ça ? Et pourtant, je n’avais rien bu (rires) !

À mes yeux, ce nouveau long playing incarne parfaitement And Also The Trees. J’ai choisi « I Lit A Light » précisément pour cette raison : ce titre sonne comme un classique d’AATT.

SJ : Ce morceau a mis du temps à se dessiner. Certaines compositions s’assemblent naturellement ; d’autres exigent davantage de travail et de réflexion. Celui-ci appartient à la deuxième catégorie.

Pour « Mother of Pearl Moon », vous aviez envisagé une parution sous le patronyme de ‘Brothers of The Trees’, votre projet acoustique. La même question s’est-elle posée pour « The Devil’s Door » ?

SJ : Non, dès le départ, il s’agissait d’un disque d’And Also The Trees.

D’accord, passons au deuxième extrait.

Extrait n° 2

SJ : Oh, je l’ai reconnu. C’est « Interstellar Overdrive », de Pink Floyd.

C’est l’un des morceaux qui a tout déclenché pour vous…

SJ : Tu l’as sans doute choisi parce que c’est l’un des tout premiers morceaux que Justin a réussi à jouer à la guitare, à ses débuts, quand il avait 14 ou 15 ans. Il le jouait sur une seule corde de sa guitare acoustique. Je me suis alors dit : « Tiens, mon frère sait jouer de la guitare ! »

L’autre morceau qu’il interprétait, c’était « ESP », des Buzzcocks.

SJ : Exactement.

À propos de Pink Floyd, Justin a confié que les Trees pratiquaient, selon lui, une forme de psychédélisme sombre.

SJ : Oui, dans un sens, c’est vrai. À l’époque, nous écoutions surtout « Relics », une compilation parue en cassette préenregistrée. Nous possédions aussi la compilation bleue des Beatles.

Et « Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band » ?

SJ : C’est notre grand frère qui possédait « Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band ».

Extrait n° 3

SJ : Oh, c’est The Cure !

C’est « Warsong », extrait de leur dernier disque.

SJ : Mon Dieu, il m’a fallu longtemps pour le reconnaître ! J’ai beaucoup écouté leur dernier opus, « Songs of A Lost World », mais pas assez attentivement pour en retenir tous les détails. J’aime beaucoup la guitare. Robert Smith reste un guitariste vraiment sous-estimé. Justin l’a toujours affirmé, et je partage son avis.

Vous assurerez d’ailleurs leur première partie à Nîmes !

SJ : Oui. Ils nous ont choisis pour ouvrir leurs trois concerts dans les arènes, en juillet prochain. Je me réjouis de rejouer auprès d’eux. La dernière fois remontait à douze ans, à l’Apollo de Londres. Je ne savais pas trop à quoi m’attendre, car je n’avais plus vraiment écouté The Cure depuis longtemps, ni assisté à l’un de leurs concerts depuis des années. Justin, lui, était resté en contact par e-mail. L’expérience s’est révélée formidable. Alors, quand Justin m’a parlé de Nîmes, je me suis dit : « C’est magnifique de les revoir et de rejouer auprès d’eux, surtout que j’adore le nouvel opus. » Et quel lieu splendide pour jouer !

Pour ceux qui l’ignorent, The Cure a joué un rôle crucial au début de votre carrière : ils ont produit votre première cassette et votre premier long playing.

SJ : Et le premier single… Robert nous avait également demandé d’ouvrir pour eux à l’époque. C’était notre troisième concert ; nous manquions vraiment d’expérience.

En quelque sorte, la boucle se referme aujourd’hui…

SJ : Oui. Le plus incroyable, c’est que nos carrières ont suivi des trajectoires radicalement différentes. Nous partageons toutefois un point commun : aucun de nos deux groupes ne s’est séparé avant de se reformer. Nous avons continué, chacun sur notre propre chemin. De temps à autre, nos routes se croisent. Et c’est formidable qu’elles se rejoignent de nouveau, 45 ans plus tard.

 Je me souviens qu’à l’époque, Robert aurait déclaré qu’And Also The Trees surpassait The Cure !

SJ : Je crois que c’est une légende.

Cela dit, cette formule lui ressemble assez.

SJ : C’est possible. Il se montre très humble et très généreux.

Il aurait confié à Wire que The Cure arrêterait dès qu’il atteindrait le même succès. Plus tard, lorsque le groupe a explosé, les membres de Wire seraient allés trouver la bande à Robert en backstage, à Bruxelles, pour leur demander : « Alors, vous arrêtez quand » (rires) ?

SJ : C’est fou, ça !

Oui, les frères Pauly, de Parade Ground, m’ont raconté cette anecdote. Elle illustre assez bien l’humour de Robert.

SJ : Oui, c’est vrai.

Extrait n° 4

SJ : « My Lady d’Arbanville », de Cat Stevens !

Si je ne me trompe pas, il s’agit de la seule reprise jamais enregistrée par AATT, non ?

SJ : Oui. Elle figurait sur « Farewell To The Shade ».

J’ai toujours pensé que cette chanson annonçait très bien l’esthétique d’AATT. Non pas que vous l’ayez copiée, mais elle semble préfigurer votre univers musical.

SJ : Intéressant.

En 1970, Cat Stevens a écrit cette chanson. Plus de dix ans plus tard, And Also The Trees a, d’une certaine manière, développé ce climat pour en créer un langage à part entière : le romantisme, l’anglicité, la fibre folk, mais aussi l’ombre, le ‘dark’ et la présence de la mort.

SJ : Je vois ce que tu veux dire.

Sais-tu que cette chanson évoque sa petite amie, Patti d’Arbanville ?

SJ : Je l’ignorais.

C’était un mannequin très demandé. Un jour, elle est partie à New York. Déçu, il a composé cette chanson où il la décrit comme un cadavre, parce qu’à ses yeux, son départ équivalait à une mort symbolique.

SJ : Ah, je vois. Je ne connaissais pas l’histoire de cette chanson.

Elle est ensuite devenue une actrice connue, notamment dans le cinéma érotique.

SJ : Vraiment ?

Oui, comme dans « Bilitis », en France.

SJ : En tout cas, nous avons repris cette chanson et, franchement, nous le regrettons aujourd’hui. Le résultat ne nous semble pas très réussi. À l’époque, The Cure s’orientait vers une veine plus mainstream, confortée par des tubes comme « Lovecats ». En France, notre maison de disques, New Rose, estimait qu’un espace se libérait et que nous pouvions occuper la place de The Cure comme groupe underground ou plutôt de rock alternatif. Mais pour y parvenir, ils nous ont lancé : « Il vous faut un tube. » Nous nous sommes dit : « Nous n’écrivons pas vraiment de tubes. Prenons une chanson de quelqu’un d’autre et voyons ce que cela donne. » Finalement, nous avons retiré tous les éléments commerciaux et accrocheurs du morceau. Quand le label a entendu notre version, ils ont réagi : « Mais qu’est-ce qu’ils ont fait ? » De toute évidence, cela ne deviendrait pas un tube. Ce fut un tournant dans notre carrière, car dans le monde de la musique, un succès change tout : il permet d’enchaîner les tournées et de gagner beaucoup d’argent.

C’est dommage…

SJ : Avec le recul, je pense que c’était une bonne chose de ne pas avoir décroché de hit. Cela aurait changé notre parcours, et nous aurait aussi transformés en tant que personnes.

Extrait n° 5

SJ : C’est l’incroyable version de Scott Walker du classique de Jacques Brel, « Ne Me Quitte Pas ». Magnifique. Mais je crois préférer l’originale.

En revanche, pour « My Death », les versions de Scott Walker et de David Bowie surpassent l’originale, non ?

SJ : Oh, absolument, sans aucun doute. Je dirais même que Bowie l’emporte peut-être, simplement parce que la version live est grandiose.

Oui, celle interprétée lors du dernier concert de la tournée « Ziggy Stardust », au moment où il a mis à mort son personnage.

SJ : C’est vraiment un classique.

Scott Walker incarne, à mes yeux (NDLR : oreilles ?), le chanteur baryton par excellence.

SJ : Oui, je suis d’accord.

Lui et Jim Morrison.

SJ : N’oublions pas Frank Sinatra.

Oui, Frank Sinatra, bien sûr !

Extrait n° 6

SJ : Les Doors ! Et « Crystal Ship » !

Je l’aime particulièrement, parce qu’elle reste moins connue.

SJ : C’est l’une de leurs meilleures chansons. Les paroles sont également superbes. Au début d’And Also The Trees, Jim Morrison me fascinait. J’avais lu « No One Gets Out Of Here Alive ».

Ah oui, le livre !

SJ : Je voulais devenir comme Jim. Plus récemment, j’ai lu l’excellente autobiographie de Robbie Krieger, le guitariste des Doors. Il y déconstruit en quelque sorte le mythe de Jim, et c’est salutaire, car Jim ne correspondait pas à l’image que les gens imaginaient.

En tant qu’être humain, tu veux dire ?

SJ : En tant qu’être humain, bien sûr. On découvre aussi qu’en réalité, travailler à ses côtés relevait du cauchemar. Il échappait à tout contrôle. Il s’agissait probablement d’un homme magnifique au départ, mais la célébrité l’a entraîné sous l’emprise de la drogue et de l’alcool.

C’est triste, en effet…

Extrait n° 7

SJ : C’est nous. C’est « The Legend of Mucklow ».

La chanson évoque des fantômes, non ?

SJ : Oui. Une histoire de fantôme circulait dans le hameau du Worcestershire où nous avons grandi. Un certain Mucklow aurait été pendu pour avoir volé du bétail. Les gens racontaient avoir aperçu son spectre rôder dans le hameau, sous la silhouette d’un cavalier. Un soir, ma copine, qui ne croyait pas aux fantômes, s’est retrouvée nez à nez avec lui en voiture, au détour d’une allée. Il l’a suivie sur la route, et cette rencontre l’a profondément troublée.

Crois-tu aux fantômes ?

SJ : Je crois que j’y crois et que je n’y crois pas en même temps. J’ai toutefois vécu des expériences qu’aucune explication rationnelle ne permet d’éclairer. Et je connais des personnes qui ont traversé des situations tout aussi inexplicables.

Tout repose finalement sur la perception.

SJ : Bien sûr.

Extrait n° 8

SJ : On dirait la voix de Brendan Perry.

Oui, c’est bien lui ! Il s’agit de Dead Can Dance. Le morceau s’intitule « Fortune Presents Gifts Not According To The Book ».

SJ : Bizarrement, je n’ai jamais vraiment accroché à Dead Can Dance. J’ai essayé, mais cela n’a pas fonctionné pour moi. Ici, j’ai reconnu la voix de Brendan Perry grâce à sa collaboration auprès d’Olivier Mellano.

J’ai choisi Dead Can Dance parce que, à mon avis, leur univers dégage une atmosphère comparable à celle d’And Also The Trees.

SJ : Beaucoup de gens qui aiment And Also The Trees apprécient aussi Dead Can Dance. Je ne dirais pas que je ne les aime pas ; disons plutôt que je n’ai jamais vraiment accroché. Peut-être n’ai-je pas écouté les bons disques. De quel opus est-il extrait ?

Il provient du disque « Aion ».

SJ : D’accord.

C’était leur période médiévale, néo-folk, sombre, presque mystique. À leurs débuts, pourtant, ils venaient du post-punk, comme vous. Ils ont ensuite évolué vers le gothique, le médiéval, puis la world music, nourrie d’influences orientales.

Extrait n° 9

SJ : Oui, je vois ce que c’est. An Pierlé !

Elle vit à Gand, comme tu le sais, puisque tu y as enregistré auprès de Catherine Graindorge.

SJ : Oui ! Je ne me souviens pas du titre de cette chanson.

Elle s’intitule « Cold Winter » et figure sur l’album « An Pierlé & White Velvet ».

SJ : C’est un disque que j’adore.

La dernière fois que nous nous sommes vus, je t’avais conseillé d’écouter « Arches ».

SJ : J’ai écouté « Arches ». J’aime bien, mais pas autant que celui-ci. Je trouve que « Arches » rappelle pas mal Anna von Hausswolff. Je ne sais pas si elle a subi son influence.

C’est vraiment étrange, car je pense exactement la même chose. La preuve : l’extrait suivant est…

Extrait n° 10

SJ : Voilà : c’est Anna von Hausswolff.

Un morceau complètement fou : « The Mysterious Vanishing of Electra ».

SJ : Tu vois, j’adore ce morceau. C’est aussi l’un de ses meilleurs.

L’as-tu déjà vue en concert ?

SJ : Je l’ai vue trois fois sur scène. La première, je n’avais jamais entendu parler d’elle. Un ami m’a dit : « Tu devrais aller la voir. » C’était à Genève. J’y suis allé sans grandes attentes, car les derniers concerts auxquels j’avais assisté m’avaient beaucoup déçu. Je me demandais même si le problème ne venait pas de moi : je baigne dans la musique depuis si longtemps que je me croyais peut-être en burn-out vis-à-vis des concerts. Puis je suis allé voir Anna, et elle m’a complètement bouleversé. C’était incroyable. Ce concert reste l’un des meilleurs auxquels j’ai assisté.

C’était à quelle période ? Celle de « Dead Magic » ?

SJ : Oui. Je ne connaissais aucun de ses disques. C’était dans un tout petit théâtre, devant peut-être 150 ou 200 personnes, ce qui paraît incroyable. Ensuite, je l’ai vue en première partie de Nick Cave au Festival de Montreux. J’ai trouvé cela bien, mais moins puissant que la première fois. Enfin, je l’ai revue l’année dernière au festival Nox Orae, au bord du lac Léman, en Suisse romande. Franchement, j’ai été déçu. Je n’aime pas ses nouveaux morceaux. Elle a perdu un guitariste et engagé une saxophoniste.

Oui. J’estime que la saxophoniste (NDR : Lisen Rylander Löve) prend trop de place.

SJ : Clairement !

Et elle assure aussi la première partie. Résultat : trop de saxo. Or, trop de saxo, ce n’est pas bon (rires).

SJ : Non, non, il faut vraiment manier le saxo avec prudence.

En tout cas, la tournée de « Dead Magic » était tout simplement magique !

SJ : Je lui voue toujours un immense respect, mais, au final, elle m’a épaté la première fois, satisfait la seconde et déçu la dernière.

Extrait n° 11

SJ : Facile : c’est à nouveau AATT, dans « Macbeth’s Head ».

J’adore cette chanson. Tu as expliqué un jour qu’elle était trop difficile à interpréter en live. Pourquoi ?

SJ : C’est vraiment difficile. Nous avons essayé, mais cela ne fonctionne pas.

Est-ce parce que ta ligne vocale descend trop dans les graves ?

SJ : En partie. Mais nous n’avons jamais réussi à obtenir la fluidité recherchée. Nous nous montrons très exigeants envers nous-mêmes. Espérons que le son sera bon ce soir !

Dernier extrait

SJ : Ce titre me dit quelque chose. Est-ce AATT ? Non, c’est November !

Bingo !

SJ : C’est le projet que je partage en compagnie de Bernard Trontin…

… des Young Gods, qui vit à Genève. Préparez-vous un nouvel opus ?

SJ : Oui. Il est presque prêt ! La chanson, ici, s’intitule « Run With The Deer ». D’ailleurs, c’est amusant, car j’ai repris les paroles de cette composition pour le projet mené auprès de Catherine Graindorge. Pendant la préparation de la tournée « Songs for the Dead », elle m’a déclaré : « J’ai ce morceau intitulé “Animal”, que je joue en rappel. » Elle m’a demandé si j’avais des paroles à y ajouter. J’ai essayé d’y placer celles de « Run With The Deer », et cela a merveilleusement fonctionné. Le plus difficile pour moi, lorsque je joue auprès de Catherine, c’est que le violon porte une charge émotionnelle immense. J’éprouve des difficultés à garder ma voix sous contrôle. Je dois éviter de me laisser submerger.

Vraiment ? À ce point-là ?

SJ : Oui, absolument. Quand je quitte la scène après l’avoir interprétée, je suis vraiment dans un état second.

Ah, maintenant je comprends mieux : après le concert donné auprès de Catherine, à Tervuren, tu semblais évoluer dans un autre monde.

SJ : Son violon m’emmène très loin.

Peut-on dès lors espérer une nouvelle collaboration entre vous ?

SJ : Je ne sais pas. Je serais très heureux qu’elle m’invite à nouveau pour travailler à ses côtés.

Elle participe d’ailleurs à votre dernier opus, non ?

SJ : Oui ! Elle assure quelques chœurs dans « The Return of The Reapers » et à la fin de « The Trickster ». Elle joue aussi du violon dans « The Rifleman’s Wedding » ; c’est vraiment magnifique. Elle est incroyable, je l’aime beaucoup.

Nous l’aimons tous. Elle ouvrira d’ailleurs la soirée avant vous. Je suis certain que cette église accueillera un concert merveilleux.

SJ : Tu nous mets la pression, là (rires).

L’église vous transmettra de bonnes vibrations. Tu le sais, elles se dressent toujours sur…

SJ : Oui, sur des hauts lieux énergétiques.

Voilà. Merci beaucoup, Simon.

SJ : Merci, Phil.

(Photo : Christophe dehousse)

Pour écouter et commander l’opus « The Devil’s Door », rendez-vous ici

Pour écouter la version audio de cette interview, rendez-vous dans l’émission « WAVES »,

(Merci à And Also The Trees, Simon Jones, La Nef et l’émission « WAVES »).

Humbe

Humbe, maître de son ciel à l’Ancienne Belgique

Écrit par

Humbe, de son vrai nom Humberto Rodríguez Terrazas, s’impose comme l’une des figures marquantes de la pop mexicaine contemporaine. Alors que la musique régionale mexicaine domine encore le paysage grand public, l’artiste façonne discrètement un univers singulier, entre R&B en espagnol et pop mélodique. Il affine un son intime, ample, nostalgique et moderne, nourri par une écriture où la vulnérabilité devient force.

L’ascension de Humbe ne relève pas du hasard. De sa nomination aux Latin Grammy Awards dans la catégorie Meilleur nouvel artiste lors de la 22e cérémonie annuelle à son statut actuel, il a bâti sa carrière sur l’authenticité et la constance. Des disques comme « Aurora » et « Esencia » consolident sa place dans le paysage musical, tandis que son projet indépendant « Armagedón » prouve qu’il peut progresser sans grande maison de disques. En 2025, plus de 2,14 millions d’unités équivalent album certifiées par « AMPROFON » confirment l’ampleur de son audience.

Son nouveau projet, « DUEÑO DEL CIELO », prend la forme d’un double opus de 22 titres, enregistré en Islande. L’œuvre se présente comme une expérience cinématographique, entre paysages sonores éthérés, passages plus intenses et moments de vulnérabilité, reflet d’un processus de réinvention personnelle et artistique. Ce long playing clôt la trilogie conceptuelle amorcée par « ESENCIA » (2023) et prolongée par « ARMAGEDÓN » (2024), récit symbolique autour de la vie, de l’amour, de la perte et de la reconstruction. Dans « DUEÑO DEL CIELO », Humbe transmet un message d’espoir : lorsque tout s’effondre, le ciel demeure un espace où recommencer.

Au vu de l’affluence et de la forte demande de tickets — 450 places —, le concert quitte l’AB Club pour la grande salle, configurée en AB Box. La soirée démarre quinze minutes plus tard que prévu. Pas de setlist visible, pas de première partie, pas de musiciens : seulement Humbe, un danseur et une danseuse. Dans la salle, une foule multiculturelle et intergénérationnelle, majoritairement composée de jeunes adolescentes et de spectateurs latinos, se presse sur le dance floor. Le concert se déroule dans la langue de Cervantes. Sur les planches, un tapis d’ouate recouvre l’espace, tandis que d’immenses rideaux blancs en satin plissé descendent du plafond et installent un décor vaporeux.

La salle se transforme peu à peu en décor presque céleste, comme si l’artiste invitait la foule dans un paysage onirique conçu à son image. Lorsqu’il rejoint le podium, entouré de ses danseurs, puis lance « ASTROS », la réaction éclate aussitôt. Les cris remplissent l’AB Box, mais derrière l’intensité sonore se dessine surtout une connexion réelle.

Cette relation se mesure à la manière dont l’auditoire connaît chaque parole. Des morceaux comme « Fantasmas » — devenu viral sur TikTok et souvent associé aux thèmes de la perte et de l’identité — résonnent particulièrement en live. On l’entend dans les voix qui se fragilisent au milieu des refrains, dans l’attention accordée à chaque phrase, comme si chacune trouvait un écho intime. Les titres plébiscités par les fans suivent : « Morfina », « Vegas », « 50mm » et « HIMNO » modifient tour à tour l’atmosphère de la salle. Le set progresse comme un récit, entre tristesse, espoir et amour, sans rupture inutile.

Côté production, le spectacle privilégie la simplicité et laisse respirer l’essentiel. La voix de Humbe, brute et expressive, occupe le centre, tandis que des visuels immersifs dessinent un arrière-plan aux tons doux. Les danseurs insufflent du mouvement et de la texture sans détourner l’attention ; ils renforcent l’atmosphère plutôt qu’ils ne la dominent. Chaque élément semble pensé pour soutenir l’émotion. Reste un bémol : les instruments sont reproduits sur bandes, peut-être par souci d’économie, et le volume s’avère parfois trop élevé. L’ensemble conserve toutefois l’énergie d’un concert dansant, latino et bon enfant.

(Organisation : Gracia Live)

Emmy d’Arc

Intense, précis et chargé d’émotion…

Écrit par

Initialement annoncé à l’AB Club, le concert d’Emmy D’Arc a finalement rejoint la Grande Salle de l’Ancienne Belgique, face à une demande de billets bien supérieure aux prévisions. Résultat : une soirée à guichets fermés, où l’artiste confirme l’élan né de son premier disque et d’une visibilité récemment accrue.

Emmy D’Arc possède-t-elle une voix remarquable ? Oui. Son premier opus, Braving Fears, paru l’an dernier, tient-il ses promesses ? Sans hésitation. Mérite-t-elle le déplacement en concert ? Certainement : forte de plus de 500 prestations, elle affiche déjà une solide expérience. Cependant, il y a pourtant fort à parier qu’une partie du grand public l’a surtout découverte après son passage dans l’émission Ik Vraag Het Aan, diffusée sur la VRT.

La soirée s’annonce dense et habitée. Ce n’est pas la première fois que votre serviteur assiste à un concert d’Emmy, et cette nouvelle rencontre confirme l’impression laissée par les précédentes.

Teun Truijen assure la première partie avec élégance : sa voix aérienne capte rapidement l’attention de l’assemblée. Cette autrice-compositrice-interprète et danseuse belgo-néerlandaise, originaire de Maastricht et installée à Anvers, poursuit une trajectoire prometteuse. Ancienne danseuse professionnelle, elle a notamment accompagné Eefje de Visser en tournée avant de se consacrer pleinement à son projet musical. Médaillée d’argent au Humo’s Rock Rally en 2024, Teun confirme les qualités déjà entrevues. Les titres de son premier EP, Home Is Growing On Me, récemment paru, dessinent un univers où une pop indie rêveuse rejoint des émotions directes. Son passé de danseuse nourrit une présence sur les planches à la fois souple, précise et naturelle. L’auditoire de l’AB se laisse gagner par ce registre personnel, partagé entre élans lumineux et mélancolie délicate. Sa musique associe profondeur soul et climat vaporeux, dans un son brut mais ouvert. Nourri par l’honnêteté et l’émotion vive, l’art de Teun s’ancre dans la narration et offre un aperçu sans filtre de ses pensées, de ses sentiments et de ses luttes (Page ‘Artistes ici). 

La tenture s’ouvre ; un spot éclaire le centre du podium. Emmy apparaît, guitare semi-acoustique en main. Chemise blanche à damiers, pantalon de cuir noir : elle occupe seule l’espace, épaulée par ses loop machines et un clavier placé à sa gauche. Aucun musicien ne l’accompagne. Elle affronte une foule déjà acquise, qui applaudit dès les premières paroles. Elle lance White Flag en acoustique, crie « Come on », et la salle reprend le refrain. L’instant fonctionne immédiatement. Le son est impeccable, comme souvent dans ce temple bruxellois de la musique. Les lumières s’éteignent ; Emmy change de guitare à chaque chanson. Elle enchaîne ensuite I’m Alright. À la fin du titre, elle remercie l’auditoire et explique qu’elle va remplir la Grande Salle en solo grâce à sa loop machine : elle capte les sons frappés sur le bord de sa guitare, puis les superpose en couches successives. Pour Hit Me, elle tapote l’instrument, enregistre la boucle et rejoint aussitôt le piano. Les ivoires résonnent, la fosse applaudit, la température grimpe au fil du set. Le jeu de lumière souligne efficacement sa présence : six puissants projecteurs l’entourent sur une estrade posée à mi-hauteur, tandis que les spots du plafond baignent tour à tour l’artiste et la salle.

La suite démontre surtout sa maîtrise : captiver une grande salle en solo ne s’improvise pas. Emmy D’Arc n’a pas besoin d’une formation imposante. Guitare acoustique, harmonica, piano, voix aérienne et loop station lui suffisent pour construire en direct des arrangements denses et mobiles. Le set trouve son équilibre entre titres appréciés du répertoire et morceaux issus de son premier opus. Words, Hit Me, The Day, Wish I’d Never Met You et le poignant Frontline sont repris en chœur par l’auditoire. Entre ces repères, Emmy dévoile aussi quelques compositions inédites. Elles révèlent un univers plus ample, des structures plus travaillées et des thèmes qui gagnent en maturité. L’un des moments forts survient lorsqu’Admiral Freebee rejoint les planches, armé d’une guitare semi-acoustique et d’un harmonica à la main. Tous deux livrent une version habitée de son classique Rag’n’Run, Emmy assurant les chœurs, tandis qu’un violoncelle ajoute une teinte mélancolique. Elle se montre également convaincante à l’harmonica, qu’elle marie aux ivoires. Votre serviteur a probablement assisté à l’un des concerts les plus marquants de son année 2026 : intense, précis et chargé d’émotion.

Setlist : « White Flag », « I’m Alright », « Ghosts », « Hit Me », « The Day », « Frontline », « November », « What’s On Your Mind ? », « Just Say ’Bye’ », « Rag’n’ Run », « The Consequence », « Words », « Back To You », « In The Shadow ».

Rappel : « Troy » (cover Sinéad O’Connor)

(Organisation : Ancienne Belgique)

16 Horsepower

Un retour en grâce, avec la bénédiction de la voix divine de David Eugene Edwards...

Après plus de vingt ans de silence, 16 Horsepower est enfin de retour, et revient sur scène auréolé d'une image presque mystique. Grâce à son univers sombre et envoûtant mêlant rock, folk et alt-country, le groupe américain légendaire a marqué toute une génération.

Les musiciens originaux, David Eugene Edwards, Jean-Yves Tola et Pascal Humbert, sont accompagnés par Chuck French (Wovenhand) à la guitare. Bien que basée à Denver, dans le Colorado, la formation compte deux musiciens français dans son line up : singulier ! Pour la petite histoire, auparavant, ils militaient tous deux au sein de Passion Fodder. Il y a deux ans, Edwards avait déjà prouvé, en solo, dans cette même salle, sa capacité à toucher le public au plus profond de son âme. Rien d'étonnant, dès lors, que les tickets des deux dates du 31 mai et du 1er juin aient été vendues en un temps record.

Pour être bref : ce concert restera gravé dans les mémoires. L’atmosphère est lourde, presque suffocante. On se croirait dans le désert du Great Sand Dunes. Sur l’écran, le logo du groupe et un message de bienvenue s’affichent sobrement. Dès les premières notes de « I Seen What I Saw », l’ambiance s'installe : celle d’une Amérique crépusculaire, où Edwards se bat contre ses démons intérieurs et invoque le Tout-Puissant. On le sait, ses concerts sont beaucoup plus que des concerts, ce sont des rituels. Une voix unique, incantatoire, aux accents quasi mystiques. ‘The Voice of God’, serait-on tenté de dire. Sa musique est tribale, teintée de sonorités amérindiennes. Pas étonnant, puisque du sang cherokee coule dans ses veines. Assis sur son tabouret, coiffé de son inséparable chapeau Fedora, il semble habité. « Brimstone Rock » et « Straw Foot » prennent une dimension encore plus inquiétante en live, soutenus par la contrebasse de Pascal Humbert. Sur l’écran, des images de serpents, de chevaux et d’oiseaux blancs défilent, comme des apparitions dans un rêve chamanique.

La formation alterne les instruments avec une précision chirurgicale, passant de la 'lap steel' à l’accordéon, du banjo à la guitare 'solid body'. Les paysages sonores créés sont aussi beaux qu'ensorcelants. Les classiques « American Wheeze », « Black Soul Choir », « Haw », « Heel On The Shovel » et surtout « Splinters », font vibrer la salle. On est frappé par le son. Il est énorme, puissant et d'une clarté éblouissante. Par moments, Edwards chante des intros mêlant anglais et langues amérindiennes. Il captive totalement l’attention du public, qui semble envoûté par ses gestes et sa voix.

Les rappels, « Hutterite Mile » et « Blessed Persistence », maintiennent cette tension gothique jusqu’au coup de grâce final, asséné par « For Heaven’s Sake ».

Vingt ans plus tard, 16 Horsepower reste un phénomène unique. On aura à nouveau vécu un moment inoubliable, comme une cérémonie lumineuse, chargée d’une rare intensité...

(Photos ici)

 

Setlist :

I Seen What I Saw

Haw

Dead Run

Brimstone Rock

Straw Foot

Splinters

American Wheeze

Heel on the Shovel

Horse Head

South Pennsylvania Waltz

Sac of Religion

Strong Man

Black Soul Choir

Black Bush

Phyllis Ruth

Harm’s Way

Clogger

Poor Mouth

Rappel :

Hutterite Mile

Blessed Persistence

For Heaven’s Sake

 

Organisation :  De Roma

Requin Chagrin

Mon nouvel album a un côté solaire, lumineux...

Requin Chagrin, c'est le projet de la chanteuse et multi-instrumentiste française Marion Brunetto. Cerveau de l’opération depuis ses débuts, en 2014, elle propose une dream pop où la new-wave, la shoegaze, la surf music, et une touche 'garage', se mélangent à merveille.

C'est un peu l'histoire d'un énorme coup de cœur, au moment où son titre “Sémaphore” a envahi les ondes et les réseaux. L'artiste y capturait parfaitement un certain zeitgeist, un esprit de l'époque que l'on traverse, une certaine idée de ce que c'est de vivre aujourd'hui, un peu comme Indochine l'avait fait, un peu comme Fauve l'avait fait également. D'ailleurs, à propos d'Indochine, Marion a vite été repérée par Nicolas Sirkis, qui l'a signée sur son label, KMS Disques. Cette collaboration a permis à Marion de réaliser plusieurs rêves, comme assurer la première partie de la tournée d’Indochine et, il y a 2 ans, composer un titre avec Nicolas Sirkis, “Girlfriend', paru sur l'album “Babel Babel”.

En février dernier, Marion est venue présenter son nouvel opus, “Décollage”, au Botanique, à Bruxelles. L'occasion idéale pour la rencontrer ! Dans sa loge, elle affiche un look discret et élégant, les mèches blondes tombant négligemment sur une simple chemise kaki. Elle apparaît comme une jeune femme réservée, sensible, un peu farouche mais tellement attachante.

Alors, Marion, on est au Botanique où tu vas te produire. Ton nouvel elpee marque un retour aux sources, si je ne me trompe, vu que tu t'es retirée dans le pays de ton enfance pour le composer ?

Marion Brunetto (MB) : Oui, c'est ça. Je suis allée m'isoler, entre guillemets, entourée de ma famille, là où j'ai grandi, à Ramatuelle. J'y ai installé un studio éphémère. J'ai ramené les instruments que j'avais à Paris pour recréer un laboratoire de création musicale. En plus, j'ai pu y installer une batterie, ce qui n'est pas possible à Paris.

C'est le premier instrument dont tu as appris à jouer, je crois.

MB : Oui, j'adore jouer de la batterie. Et, donc, je me suis un peu coupée de tout, sauf de ma famille, et de mes instruments. L'objectif était d'expérimenter et de voir ce que ça pouvait donner. Je ne savais pas trop où j'allais...

Tu avais acquis de nouveaux instruments ?

MB : Oui, un synthé, un Juno 60 de marque Roland.

Un instrument légendaire ! De quoi ouvrir des voies pour l'inspiration.

MB : Oui. Sur l'album précédent, Gaël Etienne, mon claviériste, m'avait prêté un Juno 106. C'était la première fois que je disposais d’un synthétiseur sur lequel je pouvais créer des sons. J'avais déjà travaillé avec des 'plug-ins' sur ordinateur mais là, sur l'instrument physique, c'est différent. Tu as accès aux paramètres, comme le VCA, par simple pression d'un bouton. Dès lors, j'avais l'impression de retrouver tous les sons que j'avais déjà entendus. Et je me suis dit : Mais c'est...

C'est la caverne d'Ali Baba.

MB : Absolument ! Et le Juno 60, en plus, dispose d'un arpégiateur (NDR : un module permettant d'exécuter automatiquement un arpège à partir d'un accord plaqué sur le clavier).

Dans 'Rêveries', c'est donc un arpège créé à l'aide du Juno ?

MB : Oui. Et quand je suis entrée en studio, je suis tombée sur un Yamaha CS80. Donc, j'en ai aussi profité pour l'utiliser au moment du mixage.

Notons au passage que c'est ici, à Bruxelles, au studio ICP, que tu as finalisé le disque.

MB : Effectivement ! La première étape, chez moi, à Ramatuelle, c'était pour la création, pour élaborer les démos. Ensuite, je suis passée à l'étape 'studio' pour refaire les enregistrements définitifs.

Il y a des choses que tu as conservées des maquettes ?

MB : En fait, j'ai quand même gardé pas mal de choses.

Chez toi, tu enregistrais sur un 4 pistes ?

MB : Oui, c'est un quatre pistes Yamaha, qui n'est pas très connu, mais qui fait très bien le job. Je m'en suis servi, par exemple, sur le titre « Parachute ». Et j'ai gardé des prises de guitare et de synthé. J'ai aussi conservé des enregistrements de boîtes à rythmes.

Composer la majorité de l’album dans le sud a communiqué à l'ensemble un côté plus lumineux, non ?

MB : Absolument ! Je ne m'en suis pas rendu compte au début, parce que j'étais dans une espèce de brouillard. J'avais élaboré des maquettes, qui allaient un peu dans tous les sens. Puis, j'ai réalisé un tri. Et, finalement, il est vrai que la musique est plus solaire, peut-être plus lumineuse, et c'est tant mieux ! Quand j'étais en studio, l'ingénieur du son, Antoine (NDR : Antoine Barbe), avec qui j'ai passé beaucoup de temps, m'a confié : ‘C'est cool, il y a une belle lumière dans ta musique’. Dès lors, on a maintenu cette couleur comme orientation pour l'album et tant mieux si ça s'entend, c'est cool.

Tu as l'impression qu'auparavant, ta musique était plus tourmentée ou plus brute ?

MB : Oui, je pense que clairement, le premier album était plus brut, 100% roots. Le deuxième était différent, plus mélancolique, je pense. Et le troisième, il était plus en mode 'nuit'. Pas forcément triste, juste plongé dans une ambiance nocturne. La pochette dépeint parfaitement cette atmosphère. On y voit une voiture et un crépuscule au loin. Pour « Décollage », on se retrouve en pleine journée, sous un ciel très bleu. C'est comme une grande bouffée d'air frais.

C'est ce qu'on voit dans le clip de « Parachute ».

MB : Exactement. Il a été tourné dans le sud.

Sur le morceau « Rêveries », tu termines par un solo de guitare complètement dingue. Que s’est-il passé (rires) ?

MB : C'est vrai que quand je l'ai enregistré, je me suis dit : Pourquoi ?

Pourquoi pas ?

MB : Ben oui ! Pourquoi pas ! Autrefois, on ne se privait pas de solos. Il y avait deux couplets, deux refrains et puis un solo. Et là, je me suis laissé guider par mon instinct...

Tu vas voir, tout à l'heure, on va parler d'une de tes collègues, qui a eu exactement le même feeling.

MB : OK.

C'est, entre autres, la raison pour laquelle j'aime qualifier ta musique de 'rétrofuturiste'. La 'dream-pop rétrofuturiste'.

MB : Oui, c'est quelque chose comme ça. Je vois ce que tu veux dire.

Maintenant, je te propose de répondre à un petit 'blind-test'.

MB : Allez, let's go.

Rassure-toi : il est taillé sur mesure, donc normalement, ça devrait aller.

Extrait n° 1

MB : C'est Indochine ! ‘‘Girlfriend'' ! J'ai eu l'immense plaisir de coécrire cette chanson avec Nicolas. Vraiment, je suis hyper contente de ce duo, dont je n'avais même pas osé rêver.

Ça s'est passé comment ?

MB : De manière assez simple. Nicolas m'avait demandé de lui envoyer des maquettes de morceaux. Et donc, je lui avais transmis une ébauche de musique. Et quelques mois plus tard, il me répond : ‘C'était quoi le morceau que tu m'avais envoyé ? C'était bien !’ Conséquence : grosse panique. De quel morceau parle-t-il ? Où est cette maquette ?  

Imagine, si tu ne l'avais pas retrouvée...

MB : L'angoisse. Heureusement, je la retrouve et je lui envoie. Plus tard, il réagit : ‘Tiens, il faudrait se voir pour travailler sur cette chanson’. A ce moment-là, il n'y avait que la musique, pas de voix. Donc, on s'est retrouvés à Paris pour bosser sur les voix. Et quand il est venu enregistrer l'album « Babel Babel »' ici, à Bruxelles, il m'a invité à passer une après-midi pour enregistrera les voix. Et lorsque j'ai écouté la maquette finale, c'était une belle surprise. Les idées musicales de ma maquette bénéficiaient d’un son énorme. Enfin bref, un super souvenir et je suis très contente du résultat final, en tout cas.

Ce qui est bien, c'est qu'on reconnaît bien le côté 'Requin Chagrin' dans le morceau. Une belle combinaison des deux univers.

MB : Oui, c'est marrant.

Extrait n° 2

MB : C'est les Cure ! « Boys Don't Cry » !

Il s’agit du premier morceau sur lequel tu as joué, quand tu étais jeune, non ?

MB : Oui ! Mon frère m'avait permis de découvrir le « Best of » des Cure, le disque dont la pochette en noir et blanc représente un vieux monsieur. (NDR : « Standing on a Beach ») Je l'ai écouté d'une traite et j'ai essayé d'accompagner le morceau en jouant des percussions.

Extrait n° 3

MB : Facile. Les Beach Boys, et « Surfin' USA ».

C'est pour le côté 'surf' de ta musique. On indique toujours wave, post-punk. Mais existe aussi un côté 'surf' et un côté 'garage'.

MB : Oui, j'adore le garage.

Pour le garage, quelle référence citerais-tu ?

MB : Des trucs pas connus. Pour moi, le groupe que j'associe à ce style, c'est les Sonics.

Ah oui, dans les années '60.

MB : Je me suis retrouvée, un jour dans un groupe de garage, à jouer de la batterie. C'est un peu ainsi que j'ai découvert ce style. Ils m'ont demandé ce que j’écoutais.  J’ai répondu : ‘Les Pixies et Indochine’. Ils m'ont conseillé d’écouter les « Nuggets ». J’ignore si tu connais.

Oui, je connais de nom.

MB : C'est une compilation de chansons garage, des classiques mais aussi des morceaux obscurs des années '60 (NDLR : parmi les compilations essentielles consacrées au garage des sixties, il y a les « Nuggets » et les « Pebbles »).

Extrait n° 4

MB : Ça, je les ai écoutés 1 000 fois. Qui est-ce ?

C'est le début de la pop française new-wave. Fin des années '70, début des années '80. C'est la base.

MB : C'est horrible. Je connais mais je ne reviens pas sur le nom.

Il s’agit d’« Attitudes » de Marie et les Garçons.

MB : Ah oui ! Il y en a une autre qui est vachement plus connue, c'est « Re-Bop' ». Là, si tu m'avais passé ça, j'aurais trouvé sans hésiter. Je suis hyper contente. Ça me rappelle trop souvenirs. Mais je m'en veux de n’avoir pas réussi à deviner...

Extrait n° 5

MB : Ah, je ne connais pas.

C'est la chanteuse de Cocteau Twins, Elisabeth Fraser, mais au sein d’un autre projet, This Mortal Coil. La compo s’intitule « Song To The Siren », une reprise d'un morceau de Tim Buckley, le père de Jeff Buckley.

MB : Ah ok. Tu vois, je suis contente de faire des découvertes. Trop bien.

Extrait n° 6

MB : John Maus !

Le titre : « Maniac ».

MB : Bon, ça c'était facile. Et c'est une de mes chansons préférées.

Extrait n° 7

MB : Fishbach ?

Bingo ! Il s’agit de « Mortel ».

MB : C'est d'elle dont tu parlais tout à l'heure ? J'en étais sûre.

La dernière fois que je l'ai interviewée, je lui ai passé un extrait de « Sémaphore » et elle a deviné tout de suite. Elle a ajouté : ‘Requin Chagrin, j'adore’. Elle m'a aussi raconté que tu l'avais dépannée d'un médiator.

MB : Oui, c’était drôle. C’était il y a longtemps, sans doute lors de l’un de nos premiers concerts communs. On jouait au même endroit et, juste avant de monter sur scène, elle m’a dit : ‘Mince, je n’ai plus de médiator’. Et je lui en ai refilé un exemplaire. C’était un médiator Frank Zappa qui était joint au magazine Guitar Part. J’en ai alors conclu que je ne le reverrais peut-être jamais. Puis, plus tard, on s’est recroisées, je lui ai demandé si elle s’en souvenait, et on a éclaté de rire.

Comme je le racontais tout à l'heure, elle aussi est partie dans un délire avec des solos de guitares électriques, dans son avant-dernier album. C'était carrément du Scorpions.

MB : Oui, je ne suis pas étonnée. Elle s'est fait plaisir.

Il est vrai qu'on voit le lien entre vous deux. Au niveau musical, bien sûr, pour le côté un peu rétrofuturiste mais aussi dans la personnalité. La discrétion, la gentillesse et également, on va dire, le contraire de l'ambition. Tu vois ce que je veux dire ?

MB : Oui, faire des trucs qu'on aime.

Oui, le contraire de ceux dont les dents raclent le plancher. Vous, vous êtes plutôt du style : ‘Je fais ce que j'ai envie de faire’.

MB : Oui, voilà. J'essaie de faire ainsi, c'est sûr, et je pense que c'est le cas pour elle aussi. Sinon, on ne ferait pas des solos à la fin des morceaux comme ça... (rires)

Merci, Marion.

MB : Merci à toi ! Je m'en veux de ne pas avoir deviner Marie et les Garçons.

C'est normal. Personne n'est parfait... (rires)

MB : Mais trop contente, en tout cas.

 

Pour écouter l'interview en version audio, diffusée dans l'émission WAVES, c’est ici 

Pour lire le compte-rendu du concert de Requin Chagrin au Botanique, rendez-vous sur la page ‘Artistes’, en cliquant sur le nom ‘Requin Chagrin’, en vert, dans le cadre ‘Informations complémentaires’, ci-dessous, puis cliquez sur l'onglet 'Concerts'.

Les Nuits Botanique 2026 : samedi 23 mai

Cette journée des Nuits du samedi 23 mai est consacrée au style rock indie / post-punk et au programme, figurent quelques véritables brûlots, parfaitement en phase avec la chaleur étouffante qui inonde le site du centre culturel.

Neuf ans après leur premier passage aux Nuits, avant Sleaford Mods, Shame revient à Bruxelles et l'énergie est intacte. Le groupe de post-punk londonien n’a rien perdu de sa fougue scénique. Le chanteur et frontman, Charlie Steen, torse nu et habité, a une nouvelle fois dirigé le public en faisant preuve d'une autorité presque animale, transformant l'espace de la Fountain Stage en une fosse à pogo.

Dès le premier titre, « Concrete », le ton est donné : urgence, sueur et rage. Les morceaux plus récents issus de “Cutthroat”, “Cowards Around”, “Nothing Better”, “Quiet Life” et “Lampião“ tiennent magnifiquement la route. Le son, cependant, est assez brouillon, mais n'est-ce pas là une des caractéristiques du punk ? ‘On va vous jouer du folk allemand !’, ironise Steen et la formation se lance dans un dernier galop effréné ponctué par “One Rizla” et “Cutthroat”.

A peine remis de ce déferlement d'énergie brute, les festivaliers sont ensuite invités à se déplacer vers l'Orangerie. ’Here comes the Suuns’, pourrait-on chanter, en paraphrasant les Beatles ! Depuis leur formation, en 2007, à Montréal, les Canadiens de Suuns construisent un univers sonore hypnotique et ce, en affichant une maîtrise impressionnante. Ils laissent s'entremêler indie-rock, krautrock, shoegaze et neo-psychedelia, révélant un style unique et novateur. Emmenés par Ben Shemie, Ils assurent une prestation remarquable, principalement axée sur leurs nouvelles compositions, tout en offrant, en clôture, une superbe interprétation de leur classique « 2020 », sorti en 2013. Un vrai régal !

Retour vers la Fountain Stage pour découvrir la sensation post-punk de ces dernières années : Molchat Doma. Le trio biélorusse est un véritable OVNI. Il est passé du statut de groupe obscur à celui de stars internationales, grâce à "Судно" (’Sudno’, qui signifie ‘Vaisseau’), un morceau qui est devenu viral suite aux vidéos sur Tik-Tok, capitalisant des centaines de millions de vues sur les différentes plates-formes.. Au cours des dernières années, leur son a évolué pour incorporer des sonorités électro.

Sur les planches, c'est le chanteur, Egor Shkutko, qui est le point focal de l'attention. Vêtu d’une longue robe noire et arborant une barbe fournie, il offre un spectacle visuel pour le moins singulier. On pourrait le comparer à un Raspoutine postapocalyptique. Ses déhanchements sont saccadés et sa voix caverneuse donne à l'ensemble une tonalité mélancolique typiquement slave. La setlist s'articule autour de leur dernier album, l'excellent ’Belaya Polosa’ (’White Stripe’), paru en 2024 sur le label américain Sacred Bones Records. Epinglons la magnifique compo “III”, rehaussée de sonorités de synthés hypnotiques, empruntés à la new-wave mais aussi au krautrock. Le public, présent en nombre, réserve un accueil triomphal à la formation biélorusse, qui a prouvé qu'elle était bien davantage qu'un phénomène TikTok !

 

Signalons qu'en lever de rideau, Sword II, le band d’Atlanta, avait séduit les festivaliers grâce à ses sonorités très 90’s, bien présentes sur leur album « Electric Hour ». Cameron Picton, ex-bassiste de Black Midi, avait, quant à lui, présenté son nouveau projet My New Band Believe, dont le premier opus éponyme est paru il y a peu. On avait pu découvrir une musique ambitieuse, à la croisée du folk baroque et de la pop intimiste, sublimée en ‘live’ par une instrumentation riche et théâtrale.

L’affiche proposait également Maria Somerville • Horse Lords • Ugly • Stonks • Rafael Toral • Sergeant • Truthpaste • The Family Men • Yamila • Alice George Perez • Amanda Mur.

Molchat Doma + Shame + Suuns

(Organisation : Botanique)

Steve Hackett

L’élégance et la classe progressive en deux actes...

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La dernière apparition de Steve Hackett à l’Ancienne Belgique remonte à deux ans. À 76 ans, le guitariste affiche toujours une belle prestance et conserve intacte sa maîtrise de la guitare. Au programme : de longs développements sur cet instrument. Quelques places restent libres dans un Cirque Royal presque comble. Sans première partie, la soirée se divise en deux actes séparés par un entracte de quinze minutes, puis se prolonge par un rappel de deux titres. Le premier volet explore la carrière solo de Steve Hackett ; le second revient sur son passage décisif chez Genesis. C’est évidemment cette séquence qu’attendent les admirateurs de la première heure. La tournée s’intitule ‘Best Of Genesis & Solo Gems Tour 2026’ : l’intitulé correspond bien au programme, même si l’ordre annoncé est inversé. Inutile d’entretenir le suspense : la seconde partie constitue l’aimant principal de la soirée.

À 19 h 45, la formation entre en scène. Un son de cloche ouvre le set et lance « The Devil's Cathedral ». D’emblée, les regards convergent vers la six-cordes de Steve. Son jeu impressionne par la richesse de ses arrangements. Au terme du morceau, il présente en français les musicos qui l’entourent depuis des années : à sa gauche, Rob Townsend, au saxophone, à la clarinette, à la flûte et aux claviers ; juste derrière, sur une longue estrade, Lalle Larsson, aux claviers et à l’orgue Hammond ; au centre, le chanteur Nad Sylvan, chargé de se substituer à Peter Gabriel ; enfin, à droite, le batteur Felix Lehrmann.

Au premier rang campent Rob, légèrement de biais, Steve au centre, puis le bassiste Jonas Reingold à droite, juste devant Felix Lehrmann. Nad Sylvan s’installe en retrait derrière Steve : une disposition nouvelle, puisqu’il occupait jusqu’alors le flanc droit du guitariste, sur la même ligne. Sur « Every Day », tandis que Steve mène les développements à la guitare et assure le chant, les autres musiciens renforcent les chœurs. Comme souvent dans le rock progressif, le titre gagne peu à peu en intensité avant de s’achever sur un passage instrumental très étiré. Steve dévoile ensuite « The Sea Inside », destiné à figurer sur son prochain opus, presque achevé. Si le reste du disque tient ce niveau, l’ensemble s’annonce solide. Le morceau déploie un souffle épique : nappes d’orgue, solos de guitare et percussions métronomiques à la couleur tribale s’y relaient. Retour ensuite à un classique, « Ace of Wands », écrit juste avant le départ de Hackett de Genesis et l’ouverture de sa carrière solo. Les tintements de cloches proviennent ici des pédales actionnées par Rob.

« The Steppes » s’ouvre sur un solo de saxophone soprano de Rob, multi-instrumentiste particulièrement inspiré, tandis que la basse prend des accents de contrebasse grâce à son jeu de pédales. « Camino Royale » embraie. Ili permet encore à Steve de mettre en valeur son toucher, notamment à la slide guitare, avant une longue séquence instrumentale sur « Shadow Of The Hierophant », point final de cette première partie.

Steve annonce une pause de quinze minutes, puis précise que la seconde partie puisera dans le répertoire de Genesis entre 1971 et 1978, soit la période qu’il traverse aux côtés de Peter Gabriel, Phil Collins, Mike Rutherford et Tony Banks. Les applaudissements et les cris ne tardent pas. C’est clairement le moment attendu par la majorité des aficionados.

La seconde partie débute à 21 h 00 par « Watcher of the Skies ». Nad Sylvan y occupe davantage l’avant-plan et restitue les lignes vocales de Peter Gabriel presque à l’identique. Les admirateurs de Genesis y trouvent aussitôt leur compte et la salle monte en température. Sur « The Cinema Show », Jonas saisit une double manche, basse en bas, guitare douze cordes au-dessus. Steve invite la foule à reprendre les paroles, connues d’une bonne partie de l’auditoire. Derrière votre serviteur, un voisin s’y emploie d’ailleurs sans faiblir. L’exercice prend toute son ampleur durant les plus de vingt minutes de « Supper's Ready ». Les titres issus du répertoire de Genesis passent ici par le prisme Hackett, dans des versions réinterprétées qui tiennent bien la route.

Le final, « Firth of Fifth », s’ouvre sur une longue introduction aux claviers signée Lalle, relayée par un ample solo de Rob à la flûte traversière puis au saxophone soprano. Chaque musicien bénéficie ensuite de son moment de mise en avant, soutenu par un jeu de lumières ciblé qui souligne efficacement les interventions.

Le rappel réunit deux titres. « Dance on a Volcano » relance la machine sous les fumigènes et laisse place à un long solo de batterie signé Felix Lehrmann. Le groupe enchaîne ensuite sur « Los Endos », bifurque vers « Slogans », puis revient une dernière fois à « Los Endos » pour conclure.

Steve Hackett a livré un concert d’une grande classe, focalisé sur quelques pièces marquantes de son parcours solo et de parcours accompli au sein de Genesis. Le guitariste conserve une technique remarquable, sans en remettre une couche, et s’impose, par moments, une forme de concentration presque contemplative. Une prestation solide, servie par un répertoire éprouvé.

Setlist :

Partie 1 : « The Devil's Cathedral », « Every Day », « The Sea Inside », « Ace of Wands », « The Steppes », « Camino Royale », « Shadow Of The Hierophant ».

Partie 2 : « Watcher of the Skies » (Genesis song), « The Cinema Show » (Genesis song), « Aisle Of Plenty » (Genesis song), « Supper's Ready » (Genesis song), « Firth Of Fifth » (Genesis song).

Rappel : « Dance On A Volcano » (Genesis song), « Los Endos, Slogans, Los Endos » (Genesis song).

Organisation : (Live Nation)

Robert Jon & The Wreck

Volume sonore excessif…

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Ce soir, le concert se déroulera en configuration AB Box, complète pour l’occasion. Robert Jon & The Wreck accorde à Bruxelles une date unique dans le cadre de sa tournée européenne et britannique, précédé par Boogie Beasts en ouverture. La salle affiche une belle affluence et les conditions sonores s’annoncent idéales.

Robert Jon & The Wreck puise dans le rock sudiste, les longues échappées de guitare et des harmonies vocales bien en place. Originaire du sud de la Californie, la formation reprend les codes du genre tout en y injectant une énergie très personnelle. Depuis 2011, Robert Jon Burrison (chant, guitare), Andrew Espantman (batterie, chœurs), Henry James Schneekluth (guitare solo, chœurs) et Warren Murrel (basse) tournent sans relâche. Rejoint plus récemment par le claviériste Jake Abernathie, le quintette continue d’élargir sa discographie et de multiplier les dates. Il a notamment partagé l’estrade aux côtés de Joe Bonamassa, Buddy Guy, Blackberry Smoke, The Mavericks, Little Feat et Rival Sons. Sa signature chez Journeyman Records, le label de Joe Bonamassa, marque une étape importante. Son dernier opus, « Heartbreaks & Last Goodbyes », prolonge l’élan des débuts tout en ouvrant la porte à des couleurs plus audacieuses.

Le band ranime un imaginaire sudiste hérité des Allman Brothers, de Lynyrd Skynyrd et de quelques autres références du genre. Son rock’n’roll, nourri de blues et de country, parle d’emblée aux amateurs de rock sudiste classique.

Boogie Beasts est un quatuor belge de blues alternatif né entre le Limbourg et Liège. Fondée en 2011 à la suite d’une jam session au bar de blues ‘De Blauwe Kater’, à Louvain, la formation mêle blues, boogie, rock et garage rock. Elle donne un premier concert le 10 septembre 2011 au festival Blue Moon de Visé. Le combo réunit les guitaristes et chanteurs Jan Jaspers et Patrick Louis, l’harmoniciste Fabian Bennardo et le batteur Gert Servaes.

Le set démarre à 19 h 50. Bennardo prend place à gauche, armé de son harmonica, micro en main et son fil autour du cou. Les deux guitaristes se rangent sur la droite, Jan Jaspers près du centre, Patrick Louis à ses côtés. Gert Servaes s’installe en retrait devant la toile de fond du combo. Les musicos interprètent sept titres tirés de leur sixième disque, « Don’t Be So Mean ! », paru le 17/04/2026. Ce long playing rend hommage à R. L. Burnside. Pour l’occasion, le quatuor s’appuie sur plusieurs invités de marque : G. Love, Duwayne Burnside, Kenny Brown, Luther Dickinson, Cedric Maes et Pablo van de Poel. Le projet célèbre à la fois les 15 ans de Boogie Beasts et le centenaire de la naissance de R. L. Burnside.

« Jumper On The Line » ouvre le set. Le titre, solidement charpenté, passe très bien sous les couleurs du quatuor belge. La rythmique tourne sans relâche, les riffs de slide tranchent net et l’harmonica déchire l’ensemble. Sur les planches, Boogie Beasts recrée l’atmosphère moite des juke joints du Mississippi et entraîne la foule dans un mouvement collectif immédiat.

Le quatuor enchaîne par « Alice Mae », qui clôt le nouvel opus. La voix singulière mène l’auditoire vers un Sud fantasmé, pendant que l’harmonica et les guitares se croisent et se répondent. Fabian Bennardo s’y dépense sans compter. Une respiration arrive ensuite par « Fireman Ring The Bell ». Puis « Shake ‘Em On Down » confirme toute l’efficacité du répertoire en live. L’ensemble tient la route de bout en bout, et la découverte du nouvel LP sur scène s’avère convaincante ‘page ‘Artistes’ ici). 

Setlist : « Jumper On The Line », « Alice Mae », « Fireman Ring The Bell », « Shake ‘Em On Down », « Peaches », « Skinny Woman », « Going Down South », « Big Mama’s Door ». Tous signés par R.L. Burnside, sauf le dernier, par Alvin Youngblood Hart

La salle monte rapidement en température avant l’arrivée des cinq musiciens de Robert Jon & The Wreck. En fond d’estrade, une grande tenture affiche le nom du band, son logo et la mention ‘Rock’n’roll’.

Le set s’ouvre sur « The Devil Is Your Only Friend », titre-programme s’il en est. La batterie cogne fort, la slide d’Henry James répond, puis le riff lance la machine pendant que la voix rocailleuse de Robert Jon ramène vers le sud des États-Unis. Les longs solos d’Henry James évoquent tour à tour Jimi Hendrix, Carlos Santana ou Allen Collins, tandis que le timbre de Robert Jon Burrison rappelle parfois Jon Popper et Warren Haynes.

« Stone Cold Killer », extrait de « Red Moon Rising » (2024), durcit encore le ton. Le morceau frappe par sa sécheresse et par son solo de slide, qui rappelle par moments Pete Wells de Rose Tattoo. « Sittin' Pretty » pousse plus loin un rock’n’roll brut et direct. Quant à « Back To The Beginning Again », son riff a des allures de Led Zeppelin.

Placée d’abord juste devant l’estrade, l’écoute se révèle vite éprouvante tant le volume sonore grimpe. Un déplacement vers le fond de la salle ne change rien : le décibelmètre oscille entre 115 et 120 dB. À ce niveau, le son devient franchement excessif.

« Arroyo », nouveau titre extrait de « Wreckage, Vol. 3 », paru en 2026, passe malheureusement dans des conditions sonores trop agressives pour convaincre. L’écoute devient pénible, ce qui pousse votre serviteur à quitter la salle avant la fin, comme plusieurs spectateurs. L’occasion, malgré tout, d’échanger quelques mots auprès des musiciens de Boogie Beasts, attendus au Zik-Zak d’Ittre le 28/08/2026.

Setlist : « The Devil Is Your Only Friend », « Stone Cold Killer », « Sittin' Pretty », « Back To The Beginning Again », « Arroyo », « Dark Angel », « Keep Myself Clean », « Don't Let Me Go », « Bring Me Back Home Again », « Tired Of Drinking Alone », « Oh Miss Carolina », « Cold Night ».

Rappel : « Shine A Light On Me Brother », « Rager ».

(Organisation : Greenhouse Talent)

Fischer-Z

Un demi-siècle de carrière et toujours chargé de Watts…

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Fischer-Z, alias John Watts, célèbre à l’Ancienne Belgique cinquante ans de carrière devant une salle comble. Pionnière de l’art-punk britannique, la formation fondée en 1976 marque l’anniversaire par une série de dates à guichets fermés en Belgique, tandis que paraît le coffret 3 CD « Word Paradise », qui réunit les trois premiers opus et plusieurs bonus. Un nouveau disque studio, « X-Ray Serenade », est annoncé pour le 4 septembre 2026. Son premier extrait, « Strings », s’accompagne d’un clip au charme vintage tourné dans l’église St Paul’s de Circomedia, à Bristol, en compagnie de Ruby LeStrange. Le morceau évoque la manière dont nos actes finissent toujours par nous rattraper.

John Watts, chapeau melon sur la tête, présente lui-même la première partie. Chloe Leigh s’avance ensuite sur les planches, seule à droite du plateau, armée de sa guitare électroacoustique. La chanteuse livre des chansons nourries d’amour, de perte, de nostalgie et de joie dans un registre qui croise folk et flamenco. Son prochain opus, inspiré par ses racines du sud de l’Espagne, prolonge cette identité ouverte sur plusieurs horizons. Vêtue d’une jupe noire à pois, de Doc Martens et d’un haut sombre, elle impose d’emblée une présence discrète mais sûre. Le micro ne sert pas toujours son articulation, sans pour autant effacer le relief de morceaux tels que « House By The Sea » et « Stephanie ». « Reality », qu’elle dit emprunter à un fandango de Malaga, rappelle d’ailleurs ses origines andalouses. Nourrie par l’héritage de Leonard Cohen et Laura Marling, Chloe Leigh tient son récital sans appui, les yeux souvent clos, dans une bulle qui ne verse jamais dans la passivité (pour les photos, c’est ici et la page ‘Artistes’ ). 

À l’AB, Fischer-Z célèbre ce cinquantième anniversaire par un set dense et direct. John Watts, très en voix, aligne classiques new wave et titres plus récents sans s’abriter derrière la nostalgie. La formation conserve ce mélange de nerf mélodique, de regard social et d’élan pop qui lui vaut une place à part dans le post-punk britannique. Entouré de cinq musiciens, Watts occupe le centre du podium, guitare en main, entre un batteur installé sur une estrade à gauche, une claviériste-guitariste perchée à droite, puis, au premier rang, un bassiste et un second guitariste rythmique. Tous arborent le même chapeau melon noir. Le concert s’ouvre sur quatre extraits de « World Salad », défendus dans des versions plus tendues que sur le disque d’origine.

« Pretty Paracetamol » lance les hostilités sur un ton sec, nerveux, presque ironique. John Watts salue aussitôt la foule, qui lui réserve un accueil chaleureux. « Wax Dolls » enchaîne et fixe d’emblée la couleur de la soirée. « Remember Russia », teinté de reggae, apporte un détour plus solaire, avant « The Worker », repris en chœur par toute la salle. Le set ménage ensuite une respiration sous la forme d’« Angel Of Gardenia », tiré de « Thirteen Stories High », disque solo de Watts, dont la fragilité atteint sa cible. « Damascus Disco » et « I Smelt Roses (In the Underground) » relancent la mécanique par leur satire sociale, tandis que « Battalions Of Strangers » et « Head On » incitent l’auditoire à danser.

« So Long » et « The Perfect Day » ramènent l’assistance vers un terrain familier : les voix montent, plusieurs visages se ferment pour mieux écouter. « When Love Goes Wrong », traversé d’inflexions Motown, constitue l’un des sommets du set, tant sa mélancolie et son groove gagnent en ampleur dans l’acoustique de la salle. Pendant « Red Skies Over Paradise », baigné de rouge, le concert se tend encore. Puis, « Battalions Of Strangers » et « Damascus Disco » communiquent finalement un élan décisif. Vers la fin, John jette un œil à ses partitions, repart aussitôt et entraîne bientôt toute la salle à se lever. Quand il descend de l’estrade, guitare à la main, pour rejoindre la foule, le geste resserre encore le lien noué tout au long du concert. Lors du rappel, il accorde à l’auditoire « Marliese » puis une seconde version de « So Long », mais dans une mouture plus étirée.

Pour ses cinquante ans, Fischer-Z signe à Bruxelles un best of solide, nourri de classiques et de titres plus récents. Une soirée tenue de bout en bout. La formation repasse par Het Depot de Leuven le 6 novembre 2026.

Setlist : « Strings » (préenregistré), « Pretty Paracetamol », « Wax Dolls », « Remember Russia », « The Worker », « Angel Of Gardenia » (John Watts song), « Marguerite », « Well Meaning Ghost » (Followed by band introduction), « So Long » (Balad version), « The Perfect Day », « Tightrope », « Choose », « Red Skies Over Paradise », « Cruise Missiles », « Battalions Of Strangers », « Damascus Disco », « When Love Goes Wrong », « One Voice » (John Watts song), « Head On » (John Watts song)

Rappel : « Marliese », « So Long » (Normal version)

(Pour les photos c’est ici

(Organisation : Greenhouse Talent)

La culture techno underground de l’Abstact à La Louvière

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Abstract Recordings est un label belge basé à La Louvière (Hainaut). Créé en 2022 par Flavio Rizzo (Ferdinand De Marne) et Mauro Valdemi (MAO), il prolonge naturellement leur premier projet, Milkshake Label, lancé en 2019. Le duo défend une culture électronique underground, sombre et immersive, appuyée par des mélodies hypnotiques.

Ferdinand De Marne, producteur belgo-italien, mêle techno mélodique et minimal. Il a partagé l’affiche avec Joachim Pastor, Joris Delacroix, Einmusik, Lexer et Stereoclip. MAO, producteur belge, développe une approche planante et dansante de la melodic/minimal techno. En 2022, les deux cousins cofondent Abstract Recordings avec l’ambition de faire rayonner la scène underground. Le label compte aussi SMAKO, producteur originaire de la Province du Luxembourg, influencé notamment par Umek, Boris Brejcha et Anyma, à la croisée de la techno mélodique et de la house (Gate01, Faubourg, Solaris).

Bonjour, c’est la première fois que je viens ici. Pouvez-vous présenter le lieu et le projet derrière cette salle ?

Abstract Recordings : au départ, Abstract est un label de musique électronique (techno mélodique/minimal) actif depuis 2019 via notre premier projet, puis structuré sous le nom Abstract Recordings en 2022. Après avoir coorganisé plusieurs événements, l’idée d’ouvrir notre propre club s’est imposée. Nous avons cherché un lieu adapté et nous avons déniché cet espace à La Louvière, notre ville d’origine. La salle est louée (bail de location) et sert avant tout à accueillir des événements de type club et des concerts.

La salle intègre-t-elle aussi un studio d’enregistrement ?

Non. Il y a bien un studio au fond du bâtiment, mais il est sous-loué à un groupe. De notre côté, nous travaillons au sein de nos studios personnels, chacun chez soi. Ici, c’est vraiment un lieu dédié aux événements (et, au besoin, à des réunions). Avoir un studio lié à Abstract n’est pas à l’ordre du jour, mais on ne ferme pas la porte pour la suite.

Avant de disposer de propre lieu, vous organisiez déjà des événements ?

Oui. Pendant un temps, nous avons coorganisé et coproduit des soirées avec d’autres collectifs. Avoir notre propre lieu était une étape importante pour développer Abstract au-delà du label et proposer une programmation régulière, dans de bonnes conditions.

Vous organisiez déjà des événements dans la région ?

Oui, notamment à La Louvière, et aussi à Lessines en coproduction avec le Centre culturel. Aujourd’hui, grâce à cette salle, on a l’impression d’être retombés sur nos pieds ‘chez nous’, à La Louvière.

Côté label, que produisez-vous et comment fonctionne Abstract Recordings ?

Nous sortons des productions techno ; principalement melodic/minimal techno. Pour l’instant, le label réunit trois producteurs : Ferdinand De Marne, MAO et SMAKO. On ne cherche pas à multiplier les signatures : on préfère se concentrer sur peu d’artistes et faire les choses correctement pour chaque sortie. À ce jour, nous travaillons surtout en distribution digitale, mais nous préparons une distribution physique dans un avenir proche.

Donc, l’ADN reste avant tout la techno ?

Oui, clairement. Notre ligne de conduite c’est la techno. Il nous est arrivé de donner un coup de main à des amis sur un projet, comme une sortie réalisée avec Jack Taylor à l’époque, mais ce n’est pas le cœur du label : nous ne sommes pas un label rock ou ‘alternatif’.

J’ai vu passer l’annonce d’un festival : c’est ici qu’il se déroule ?

Non, pas ici. Nous avons organisé un festival, Alicine : un événement techno, plus précisément orienté melodic techno. Mais ce n’est pas un ‘festival de la salle’ à venir : c’était une des productions dont nous parlions.

Un mot de conclusion : qu’avez-vous envie de construire avec Abstract, ici, à La Louvière ?

On fait tout ça avant tout par passion : on ne vit pas de la musique, mais on y met beaucoup de cœur. L’objectif est de ramener du monde à La Louvière, d’y inviter des artistes, y compris internationaux, et de proposer une programmation de qualité dans un esprit underground. La techno reste notre point de départ, mais on aime aussi le rock : si le projet et l’énergie s’y prêtent, on peut s’ouvrir à d’autres propositions.

La région possède déjà une histoire de lieux et d’initiatives. Vous vous inscrivez dans cette continuité ?

Oui, il y a eu- et il reste - des lieux comme Le Stock. Notre idée est d’ajouter une pierre à l’édifice en remettant la techno au centre, tout en conservant une sensibilité underground et ouverte.

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