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Jean-Claude Mondo

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vendredi, 31 décembre 1999 02:00

Payin´ for my sins

Grady est un jeune chanteur/harmoniciste noir de 30 ans, originaire de Canton, dans le Mississippi. " Playin’ for my sins " constitue bien son deuxième album. Il est vrai que "Goin' back home" n’avait pas eu la chance de tomber dans un bon circuit de distribution.

Dès le départ, l'auditeur est marqué par l'énergie, le caractère sauvage et primaire du chant. Une voix qui peut rappeler quelque part celle de Johnny Copeland. L'harmonica est lui inspiré par Sony Boy Willamson. L'homme ne manque en tout cas pas de tonus! "You got some explaining to do" est une mélodie funky colorée par un trombone et la slappin' basse de Richard Cousins (ex-Robert Cray Band), qui accroche l'oreille. "Good as new" est un hymne lent, victorieux, taillé sur mesure pour sa voix éraillée. "My rooster is king" est joué sur un tempo boogie plein de vigueur. L'harmonica est lâché sur un ton proche du "Wang dang doodle" de Willie Dixon. Il réalise un excellent job lors de sa reprise dramatique de "Goin' down slow", sur un mode déclamatoire. Les phrases d'Alan Mirikitani son subtiles. Il reste bien d'attaque pour le blues rock "Let me be". La guitare est bien sentie! Grady s’autorise, bien entendu, une reprise de Sonny Boy : un "Don't start me talkin" au souffle puissant. Un elpee encourageant dont nous retiendrons la voix très personnelle de notre Champion!

 

vendredi, 31 décembre 1999 02:00

Chicago Rhythm & Blues Kings

Derrière les Chicago R&B Kings, se cachent en fait les Mellow Fellows. Tout au moins trois d'entre eux. En l’occurrence, le saxo Terry Ogolini, le trompettiste Don Tenuto et le bassiste Bob Halaj. Les Mellow Fellows, c’était le groupe qui accompagnait le regretté Larry ‘Big Twist’ Nolan. Le groupe a changé de nom parce qu'il a déniché un nouveau chanteur charismatique, en la personne d'Ernie Peniston. La production de Gene Barge est superbe. Il a réalisé un son impeccable pour ce cocktail explosif de R&B.

Il chante lui-même un splendide "Love is a five letter word", soutenu par le piano tenace de Michael Logan. Barge est aussi un saxophoniste notoire. Il a joué, il y a fort longtemps, pour Chuck Willis, Little Milton et Koko Taylor. Swing et groove, pour l'instrumental "Ho too-do-loo", caractérisé par de brillantes interventions de Tenuto et Ogolini. "Creepin under my skin" est un slow blues royal, balayé par de géniales parties de cuivres et illuminé par un break de guitare imaginé par David Mick. "Homecoming" est une ballade soul instrumentale. Les Kings reprennent 2 compos de Cash McCall, dont un solide "Girlfriend, woman and wife", belle trilogie chantée passionnément par Ernie. Un album de R&B contemporain.

 

vendredi, 31 décembre 1999 02:00

Early hour blues

Les grands, ceux qui ont créé les styles aussi présents ces dernières années, tels que T-Bone Walker, Percy Mayfield, Lowell Fulsom, Johnny Guitar Watson et… Pee Wee Crayton, ont tous disparu, mais leur musique a rarement pris une ride. Pee Wee Crayton a été en son temps un grand novateur. Il suffit d'écouter l'ouverture "Blues at daybreak". Le style, le rythme, les riffs imprimés par les cuivres, le piano qui roucoule et cette guitare très présente à l'avant-plan dessinant des chorus qui nous sont familiers. C'est aussi bien entendu l'ambiance fin de soirée. La moiteur qui s'installe. Les volutes de fumée. Les silhouettes enlacées qui se profilent dans la pénombre de la piste de danse. C'est l'atmosphère de "Early hours" et de "Blues after hours".

L'album ne reprend pas les plus grandes années de l'artiste. Il réunit pour la 1ère fois en CD le meilleur de 2 albums sortis en 83 et 84 sur le label Murray Brothers. Mais qu'est-ce que ça peut être bon de retrouver le jump délirant, le swing torride de "Barefootin", flanqué de Honey Piazza au piano. Malheureusement, l'année suivante, soit en 85, Pee Wee partait pour le paradis des bluesmen. Sa guitare est au bord de la rupture quand il attaque le "When I'm wrong" de BB King, pendant que Rod Piazza plante son harmo dans le décor. Rod prend un solo comme au bon temps où il cotoyait George Smith. Ajoutons que les titres signés Crayton sont pour la plupart issus de la plume de son épouse Esther. A pointer "Red Rose boogie" et "Hearin home". Je serai complet en vous disant que c'est Doug McLeod qui se réserve la guitare rythmique.

 

vendredi, 31 décembre 1999 02:00

Back on track

Quel bonheur d'album nous a donc pondu Arthur Adams! Tout y est. Mais tout d'abord un grand coup de chapeau à l'écriture. Les heureuses mélodies se bousculent au portillon. Le blues, la soul, le R&B, et le funk se mélangent subtilement et en douceur. La guitare affiche une richesse insoupçonnée. Arthur manifeste un talent inné à sortir les bonnes notes au moment voulu ; et jamais une de trop. Le naturel transpire à chaque intervention. "Back on track" est une œuvre colorée, au sens propre comme au sens figuré. Car sur la pochette, le très noir Arthur, flanqué de sa guitare aussi noire, le complet bleu profond et la chemise rouge, pose sur fond jaune. Trop!

Adams doit être le nouveau Cray pour le siècle nouveau! Pourtant, si Arthur est un chanteur remarquable, sur cet opus, on ressent moins de chaleur et de profondeur dans sa voix, relâchement cependant compensé par une fameuse dose de relief. On pense le plus souvent à BB King. Mais aussi, et c’est plus étonnant, à un John Mayall en verve (tendez l'oreille à "Who does she think she is" et "Honda Betty"). Ou encore et surtout à lui-même. Adams est exceptionnellement personnel. Car dans son style truffé d’arrangements spéciaux, l’aventure est toujours au rendez-vous. Je vous conseille d’écouter cet album d'une traite, et vous savourerez une solide tranche de blues qui varie depuis la mélodie de "Back on track" jusqu'au final "Backup man". Arthur est basé depuis plusieurs décennies à Los Angeles, mais il est né à Medon dans le Tennessee. Question blues, son maître était bien entendu BB King. Et BB, est là, sur deux plages, échangeant chorus et vocaux sur "Get you next to me" et "The long haul"; ce dernier d'une beauté à pleurer. On dit de lui qu'il chante comme un ange. C’est vrai que l'émotion n'a pas de limite quand il interprète des titres lents, tels que "You really got it going on" ou "Rehabilitation song". Un must dans le genre!

 

vendredi, 31 décembre 1999 02:00

Live in Chicago

Déjà deux ans que Luther nous a quittés. Il a eu le plaisir de recueillir la pleine gloire de son vivant, mais un peu tard, il faut le reconnaître. Artiste attachant, bluesman extraordinaire, c’est bien un grand qui nous a quitté. Merci à Ruf de sortir ce double album live, dans sa bonne ville de Chicago, qu’il retrouvait à peine.

La part belle est faite aux derniers albums, "Bad love" (3 titres), "Blue streak"(7) et "Reckless" (2). Et c’est son backing band américain, le James Solberg Band qui assure.

Le premier disque devrait ravir ses fans de blues, c’est une certitude. Il se paie ici une superbe tranche de blues, qu’il interprète de sa voix puissante, râpeuse, accrocheuse, en s’accompagnant de sa guitare suramplifiée, implacable. Tout cet album a été enregistré le 3 juin 1995 lors du Chicago Blues Festival. Le plus grand moment est indéniablement le blues lent, "Cherry Red wine". Absolument exceptionnel dans son accomplissement ! Dans le genre, "Bad love" est tout à fait brillant, lui aussi. Les titres rythmés sont volontiers durs, voire agressifs ("Soul fixin’ man" et "Move from the hood"). Luther aimait aussi jouer de la slide. Il reprend le "Give me back my wig" de Hound Dog Taylor et le classique de Tampa Red, "It hurts me too", composition qui figurait bien sûr au répertoire d’Elmore James. Un medley hommage à BB King termine ce disque, comme il clôturait le festival. Partagé entre "Gambler’s blues" et "Sweet little angel", il bénéficie du concours de deux compères du Westside de Chicago: Eddie C. Campbell et surtout Otis Rush. Un moment savoureux.

Le deuxième disque se concentre davantage sur le Luther plus soul, plus R&B. S’il avait enregistré pour Tamla Motown, il aurait pu figurer sans problème dans le catalogue Stax (ici "Think with your heart" vaut bien un standard d’Otis Redding!). Les prises de cet album ont été réalisées en partie au Buddy Guy's Legends, en 95 (retenons le très long "All the king's horses" et la guitare de "Walking papers") ; tandis que quatre fragments proviennent de l'un de ses derniers concerts accordés au Zoo Bar de Lincoln, en mai 97, dans le Nebraska. Pourtant déjà durement atteint par la maladie, il pouvait encore sortir des choses admirables comme "Will it ever change?". Trop, Luther, tu étais trop!!

 

vendredi, 31 décembre 1999 02:00

Arms of the blues

Le leader de Blue Chamber, c'est Big John Dickerson. Un solide musico noir, à la voix basse bien assise, qui marque déjà 66 ans au compteur. Il s’est établi depuis quelques années du côté de Minneapolis. C’est là qu'il a formé Blue Chamber en compagnie du Paul Mayasich et du trompettiste Joe Derasmi.

Blue Chamber débute sur un ton très Memphis, un "Good man blues". La guitare de Mayasich et l'orgue de Scott Miller sont à l'unisson. Un swing cuivré hante "Make the count". La voix de Big John prend toute son ampleur, lorsqu'il chante passionnément le lent "Reap what you sow", une chanson composée par la redoutable paire, Mike Bloomfield et Nick Gravenites, lorsqu’ils sévissaient au sein d’Electric Flag. Sur un ton R&B, légèrement funky, l'ombre de l'Electric Flag passe encore sur une somptueuse partie de 6 cordes accordée à "Tell me". Mais j'aime aussi lorsque l'ambiance se fait Stax. Comme dans la version funk, cuivrée, du "Low down dirty shame" de Carey Bell ; ainsi que sur la reprise explosivement boogie du "You upset me baby" de B.B. King. Un bon album qui se termine en jug style par "Black Coffie". A souligner, la production impeccable de Jim Gaines.

 

vendredi, 31 décembre 1999 02:00

Hit the big time

C'est la plage titulaire qui ouvre l'album. La guitare économe, versatile et très à l'aise de John Franken ainsi que la voix puissante et déchirée de Grana Louise constituent une excellente entrée en matière. Nous sommes à Saint-Paul, la ville collée à Minneapolis, berceau du label Blue Loon. Sous l'étiquette Blue Diamonds, nous retrouvons en fait le Joël Johnson Band qui avait enregistré il n'y a guère, pour Blue Loon. Johnson chante et assure la guitare rythmique. Tom Burns est à l'harmonica, Jon Norstad à la batterie et John Franken, à la guitare solo. Depuis le décès de Will Donicht, c'est Jack Taylor qui tient la basse. Mais la cerise sur le gâteau est apportée par la voix de la noire et néanmoins blonde, Grana Louise. Elle est impressionnante d'aisance et d'autorité sur "Raunchy Rita". Elle chante passionnément le blues et reprend le "Sugar in my bowl" de Nina Simone. Le rythme s'accélère quelque peu sur un rythme de rumba pour "I want my money back", une piste composée par Gaye Adegbalola de Saffire. Le backing band y est éclatant. Joel Johnson se réserve, quand même, quelques parties vocales. Elles font même impression sur "Ain't good lookin", face à la slide de Franken. Et se conjuguent en rythme avec celles de Grana, lors d’un pétillant Won't somedy tell me" qui clôture ce tout bon album.

 

vendredi, 31 décembre 1999 02:00

Early recordings

La Belgique avait déjà enfanté, du côté d'Anvers, ses Bo Weavils. Ceux qui nous concernent nous viennent de l'Hexagone. Au départ, ils étaient deux. Boogie Matt ‘Arrow’, chant, guitare, harmonica et Sleepy Vince Talpaert à la basse. Au hasard des tournées, ils ont engagé Lulu Lelet aux percussions.

Mais venons-en à cet "Early recordings". L'enregistrement est mono, le son est sale, très sale! Le BWBB puise son blues loin dans le passé. Dans le delta du Mississippi où tout a commencé, mais en y intégrant aussi les éléments d'amplification qui ont mis le blues urbain sur les rails dans les villes industrielles du Nord, telles que Chicago ou encore Detroit.

Boogie Matt est assez violent dans la voix, mais aussi et surtout dans la manière dont il traite ses instruments. L’harmonica sur "So loaded" et la guitare sur "Hold me" en sont de parfaites illustrations. Il se sert aussi brutalement de son bottleneck que le bon vieux Hound Dog Taylor. Cap plein sud pour "Fever boogie". L’harmonica est sans doute inspiré par Sonny Boy, mais il se révèle tellement sauvage, bestial même. C'est bien le boogie fiévreux. Pour "Big city blues", retour au Nord. Les cheminées de la Motor City crachent leur fumée noire, âcre, quasi irrespirable. John Lee Hooker se fait un demi-siècle plus jeune. Les portes du juke joint s'ouvrent pour "Drinkin' both night & day", quelque part dans le Mississippi, peut-être du côté de Rolling Fork. Un fantôme passe! Tout au long de l’album, les dix-sept titres s’égrènent ainsi, courts, musclés. Tout ne reste pas au niveau des premiers, mais l'ennui ne s'installe jamais. L'énergie déployée est monstrueuse, le jeu est très immédiat, la sueur et la moiteur s'installent. Matt peut parfois rappeler, sous cet angle, un Papa George Lightfoot ("I'm doing fine"/"That's enough"). Mais c'est bien tout l'héritage de grands du passé qui défile. Depuis Elmore James à Howlin'Wolf en passant par Robert Nighthawk, Lightnin' Hopkins ("I wonder where the women be"), Dr Ross, et même plus au Sud, Slim Harpo ("They call me the hook").

 

vendredi, 31 décembre 1999 02:00

I'm a man of my word

Skeeter Brandon possède une voix superbement taillée pour le blues. Chaude, puissante, à l'aise dans tous les registres. Une voix qui s'est harmonieusement développée dans l'exercice du gospel.

Skeeter s’est établi en Caroline du Nord. Il chante mais joue aussi divinement des claviers, du piano et de l’orgue. « I'm a man of my word » constitue déjà son 4è album concocté en compagnie du groupe Hwy 61, pour le label New Moon de Chapel Hill. Il avait pris les rennes de cette formation en 1990, suite au décès inattendu du leader Walter ‘Lightnin' Bug’ Rhodes. Skeeter voue énormément d'admiration à ce dernier. Il reprend d’ailleurs régulièrement ses compositions, comme ici "How old you got to be" (avec lap steel guitar) et "Now hear this". Deux changements dans Hwy 61. Si le bassiste Chris Grant est toujours au poste, Max Drake a remplacé le talentueux Armand Lenchek aux cordes et Russ Wilson a pris la place aux percussions. L'album est excellent. J’en épinglerai les remarquables blues "I'm a man of my word" et surtout "Drug avenue". Sans oublier le bien cuivré "I'm a hog for you", le Chicago blues à la Elmore James "Stop that grinnin" et un certain "Blues down in my bones" qui se promène sur les rythmes syncopés de la Nouvelle Orléans. Randy Friel, le boss du label a écrit "It ain't right". Rythmé, Skeeter le chante avec toute l'aisance et la sensibilité qui caractérisent sa voix, alors que la guitare de Max rocke ferme. Big band et piano boogie alimentent "The girls are here". Variété des rythmes, qualité des compositions et des musiciens font la part belle à cet elpee, de la 1ère à la dernière minute. Chaudement recommandé !

 

vendredi, 31 décembre 1999 02:00

BlackJack

Gatemouth est un ‘touche à tout’ génial. " BlackJack" date cependant de 1978! Ce n’est sans doute pas le meilleur de Clarence, mais son intérêt réside, sans doute, dans la panoplie de styles qu’il réunit. Il s'attaque avec le même bonheur au blues, au jazz, à la country ou au zydeco.

L'entrée en matière "Here am I" (Me voici) est un blues d'une richesse sans limite. Tous les instruments sont parfaitement en place et sont joués d'une manière tellement créatrice. Et on pense tout particulièrement à la pedal steel de Don Buzard. D'ailleurs, ce "BlackJack" est un album qui laisse la part belle au country. La pedal steel se lie à la flûte de Bobby Campo pour attaquer l’instrumental country swing, "Tippin' in". Nous avons droit à Clarence le violoniste sur le superbe "Song for Renee". Etalant la joie de vivre cajun sur "When my blue moon turns to cold again". Clarence l'harmoniciste, plus rare de nos jours, très animal sur "Street corner". Clarence le guitariste bien sûr. Toujours aussi prodigieux lorsqu’il étale sa vitesse d'exécution sur le très jazzy "Pressure cooker". Et enfin, Clarence le mandoliniste, très cowboy, sur "Take me back to Tulsa". Sur la plage titulaire, il nous démontre pourquoi on l’avait tant comparé au grand T-Bone Walker ; mais il y injecte tant de sa personnalité qu'on lui baisse le chapeau sans réserve. Question dextérité, il ne doit rien à personne, ses échanges avec Don Buzard et Bobby Campo (trompette) sur ""Honey Boy" s’élèvent à un très haut niveau.

 

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