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Elvis’ Ghettoblaster

Masters on a private joke

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Elvis' Ghettoblaster est un groupe issu de la région de Bruxelles. Une formation responsable d’un nouvel album. Mortel ! Son titre ? « Love is a Schizophrenic Hungry Monster ». Si vous habitez la capitale, vous ne pouvez passer à côté de cette affiche jaune illustrée par un poste de radio. C’est aussi l’image reproduite au recto de la pochette. Elvis' Ghettoblaster c’est également un groupe dont les prestations ‘live’ sont accordées à l’arrache et avec les tripes. De joyeux drilles qui ne se prennent pas au sérieux. Pourtant, ils injectent dans leur musique toute leur passion et toute leur énergie. Une manière de démontrer leur sincérité. Cette interview a presque été volée au peu de temps libre dont ils disposent. Ce qui ne les a pas empêchés de répondre aux questions en leur âme et conscience.

Alors première question, Elvis' GhettoBlaster pourquoi ? Et pourquoi pas Jonnhy Radio Cassette d’abord ?

Julien : C’est une longue histoire… Une ‘private joke’.
Enzo : Le nom du groupe est un hommage à Elvis Presley et au hip hop, mais aussi aux ghettoblasters, des radios souvent énormes que trimballaient les breakdancers. Aux débuts de l’aventure je me chargeais des bruitages et des collages à l’aide d’un ghettoblaster et Greg (notre chanteur) y ajoutait le chant en imitant Elvis. Le nom du groupe s’est ainsi imposé,  même si les gens l’écorchent ou l’oublient quinze secondes après l’avoir entendu.
John: C’est surtout qu’Elvis est meilleur que Johnny et c’est un ghettoblaster est indémodable !

J’ai la berlue ou quoi ? Le booklet mentionne un line-up de 4 musiciens et vous ne vous produisez que sous la forme d’un trio, sur scène ? Quel est le schizo dans le groupe qui se paie un dédoublement de personnalité ?

Julien : C’est moi ! Non, je rigole. En fait, c’est moins marrant…
Enzo : Nous avons composé l’album à quatre. On s’apprêtait à le sortir en novembre de l’année passée mais notre chanteur est tombé malade. Il ne pourra plus participer aux concerts avant 2009. On a un peu réfléchi sur la suite des événements. On ne souhaitait pas repousser la sortie du disque à 2009. Le projet aurait perdu de sa fraîcheur, et musicalement on serait passé à autre chose. Le choix n’a pas été facile à opérer, mais on a décidé de continuer à trois. Maintenant nous partageons tous les vocaux ; d’ailleurs nous avons reçu de bons échos de cette nouvelle formule. Nous ambitionnons même de devenir les Beach Boys du rock garage.
Julien : La formule marche plutôt bien, même s’il a fallu deux ou trois concerts pour s’y habituer.

Sinon les événements se bousculent pour vous. On voit vos affiches un peu partout chez les disquaires et celles de vos concerts sont bien mises en évidence. Le bouche à oreille marche bien aussi. Que vous manque-t-il pour passer à la radio ?

John : De bonnes chansons…
Julien : Qu’on soit vêtus de jeans slims, chaussés de souliers pointus et coiffés comme George Michael à l’époque de « Wham ! ». Plus sérieusement, on n’entre apparemment pas dans le moule ; c’est du moins les échos que nous avons reçus.
Enzo : Nos morceaux sont surtout diffusés sur les radios libres et universitaires. En ce qui concerne les grosses stations comme Pure FM ou feu Mint, c’est plus compliqué. Chez Pure, des animateurs comme Jacques de Pierpont ou Sylvestre Defontaine nous programment régulièrement dans leurs émissions respectives. Mais pour passer en journée, c’est une autre paire de manches. Comme disait IAM, reste underground…
Julien : Si tu as l’esprit d’observation, le rock crasseux ne passe plus trop sur antenne, pour l’instant. Ce qui marche ? C’est le rock de stade ultra produit générateur de grands hymnes héroïques ou bien alors le folk. Personnellement, j’ai vraiment l’impression qu’on est revenu à l’époque des groupes de garçons coiffeurs. C’est « The final Countdown » d’Europe, les panties léopard en moins… Je crois que certaines radios n’osent plus sélectionner de musique un peu plus barrée… On n’est plus en 1998… De plus, le marché en Belgique est très petit. Tout le monde se connaît ; et ce sont souvent les mêmes qui trustent les temps d’antenne…

J’ai assisté à un de vos sets sur les planches. Quelle pèche ! C’est encoure plus puissant que sur le disque ! Vous vous bridez en studio ou vous ne vous imposez pas les mêmes limites en ‘live’ ?

Enzo : Dans tous les cas, le studio c’est une autre manière de travailler. La palette de sons utilisés est plus riche et il y a plus d’arrangements. Un concert rencontre une autre dynamique, c’est vrai. C’est plus vivant. Et cet esprit n’est pas toujours facile à restituer sur disque. Pour le prochain peut-être…
John : Ce sont deux aspects complètement différents ; et le traitement est donc distinct. Mais nous en sommes conscients. Et puis sur scène, tu bénéficies de la présence du public qu’il n’est pas possible d’inviter en studio... on devrait y penser à l’avenir.
Julien : Non. Mais c’est très compliqué de restituer sur disque, l’énergie ‘live’… Et puis on ne disposait pas des moyens techniques pour enregistrer tout en une seule prise. Tous ensemble dans la même pièce. Ce qui aurait été plus rock and roll… Il n’y a que « Stoner » qui a été réalisé dans ces conditions. Pour le reste, c’était de manière classique, instrument par instrument. Le résultat de ce type d’enregistrement est souvent un peu plus sage. Mais bon, c’est quand même pas de la variété hein ?

« Love is a Schizophrenic Hungry Monster » constitue votre deuxième album. Eprouvez-vous davantage de fierté à son égard que vis-à-vis du premier ?

Julien : Largement plus que pour le premier. Il n’était qu’à moitié réussi. Une expérience de jeunesse avec laquelle on a fait nos armes.
Enzo : Le premier a des côtés attachants. On l’a enregistré alors que le groupe existait depuis deux ans. C’est notre première expérience en studio et on l’a enregistré dans des conditions un peu chaotiques. L’ingé son fumait trop de pétards et notre producteur de l’époque épousait un mode de vie rock’n’roll. J’ai mixé l’album avec lui en une journée et une nuit, à l’arrache sur des bandes huit pistes qu’on avait saturées pour obtenir des sons plus chauds. C’est pas vraiment la meilleure manière de procéder… Résultat, il est partagé entre des bonnes choses et d’autres totalement ratées qui me font encore rire aujourd’hui. Entre le premier album et le second, on a tous participé à d’autres projets musicaux et on a acquis des connaissances techniques qui nous ont permis de ne pas faire deux fois les mêmes conneries. Donc, artistiquement, on a réalisé notre projet en concoctant ce  « Love, etc. ». Christine Verschorren (Ghinzu, Kris Dane et quelques autres) a également apporté son concours. Elle a mixé l’album de main de maître. Au fil du temps, tu finis toujours par te dire qu’un morceau aurait pu sonner mieux ou plus audacieux… Mais faut pas se fixer là-dessus et essayer de continuer à avancer artistiquement.
Julien : Pour « Love is a Schizophrenic Hungry Monster », je suis convaincu qu’on pourra le reprendre en main dans dix ans et se regarder sans honte dans une glace en se disant : ‘On a fait un bon album de rock’. Et puis on a dû se battre presque seuls pendant deux ans pour mener le projet à son terme. Ce qui rend son aboutissement encore plus jubilatoire…

Vous changez constamment de label. Vous vous engueulez avec tout le monde ou quoi ?

Julien : Non, mais c’est dur de dénicher un label qui veuille vraiment travailler sur ton disque.
Enzo : Celui de  notre premier album s’appelait Magnet Records. C’était une structure bruxelloise montée par Jean-Pol Van Ham, un type très branché sur la musique et particulièrement enthousiaste. A l’époque il a signé une dizaine de groupes en même temps. Mais il ne parvenait plus à suivre l’ensemble de son écurie. C’était un peu trop pour un seul homme. Conséquence : les albums étaient quasi ignorés et ne bénéficiaient d’aucune promo. Sortir le premier album a été un parcours du combattant, car Magnet commençait à péricliter. Un peu plus tard Jean Pol a revu le cadre de ses activités. Il a commencé à bosser avec Vaya Con Dios et il a construit un studio à Louvain. Signer des groupes n’est plus sa priorité. Pour le deuxième d’Elvis, on n’avait donc plus de label. On a essayé de trouver un deal pour l’album en Belgique et à l’étranger mais nos recherches n’ont pas abouties. Vu qu’on n’est jamais mieux servi que par soi-même, on a décidé de s’en charger personnellement.
Julien : Pour nous, on préfère une petite structure qui se bat vraiment pour nous qu’un gros truc au sein duquel tu n’es qu’un groupe parmi 50 autres.

Le paquet d’effets electro tout le long de l’album est franchement succulent. D’où proviennent tous ces sons ?

Julien : C’est Enzo qui les a imaginés dans sa cave, en buvant du vin sarde… !
Enzo : J’ai toujours aimé triturer les sons et cette technique a toujours été une composante importante du groupe. Je suis fan de reggae et de hip hop. Ce sont des genres qui utilisent beaucoup l’électronique. Il était donc naturel que je les injecte dans les morceaux…

Comment se déroule le processus de composition chez Elvis ? Chacun vient y mettre son grain de sel ou vous composez en tribu ?

Enzo : Le processus de base est collectif : quelqu’un amène une idée et le groupe la retravaille.
John : Chacun amène des idées et les autres viennent greffer les leurs. C’est ainsi depuis le début.
Julien : La plupart du temps on crée les morceaux ensemble. Quelquefois, les idées démarrent lors de chipotages en répet’…
Enzo : Dès que la structure du titre est fixée, on enregistre pour voir comment la compo sonne. Si c’est bon, je m’amuse à ajouter des sons et d’autres instruments, histoire de voir où on peut ‘amener’ le titre.

La durée assez courte des morceaux, c’est un peu dans l’esprit punk-rock, non ?

Julien : Tout à fait ! On est de grand partisans du format 2 minutes 30 ou 3 minutes. C’est l’essence même du rock non ?
Enzo : On est tous des fans de punk rock et puis notre musique passe mieux si elle est concise.
John : Oui, essayer d'aller à l'essentiel ! Avant on jouait un morceau qui pouvait durer 10 minutes. La structure n'était pas figée et on se laissait aller.
Julien : Il faut qu’une chanson soit directe et pas trop longue, sinon le public se lasse. Tu imagines un morceau d’Elvis’ Ghettoblaster long de 7 minutes ? Quelle horreur ! Les gens prendraient leurs jambes à leur cou. C’est trop bruyant…

En adoptant un format aussi court, ne craignez-vous pas justement de réduire l’univers qui gravite autour de vous ? Des morceaux de 25 minutes à la Mars Volta sont dans vos cordes. Ce genre de délire peut marquer les esprits, non ?

Enzo : Comme John te disait, à l'époque où on était quatre, on disposait d’un très long morceau qui dépassait souvent le quart d'heure. Cette longue transe bruitiste, très ‘free’, était devenue assez chouette à jouer. On pourrait y revenir un jour. Pour les chansons courtes, c'est une critique qui revient souvent, mais on est des inconditionnels de la maxime ‘less is more’

L’elpee recèle quelques petites perles. Et je pense à « Stoner » ou « Fears » par exemple, deux titres qui sentent le souffre et la damnation. Le coté ‘dark’ colle bien à votre image. Envisagez-vous de poursuivre dans cette voie ?

Julien : A une certaine époque on assumait moins ce côté un peu plus ‘sombre’, peut être un peu cliché… Nous apprécions la perspective du deuxième degré, voire même, carrément du quinzième…
Enzo : Il est probable qu’il existe une tendance dépressive dans ce groupe. J’imagine qu’on continuera à réaliser des choses légères et d’autres moins. Même si au sein de chaque morceau on injecte une petite dose d’humour !
John : On verra …

Comment voyez-vous l’avenir ?

John : Je pense qu'on peut encore faire un très bon album
Julien : Difficile à dire aujourd’hui. On va d’abord le défendre… Et puis voir si on en a un troisième dans le ventre.

Et comment le concevez-vous dans votre esprit ?

Enzo : A une certaine époque, on a tous espéré pouvoir vivre de notre art. On en est un peu revenus.
John : Personnellement, je verrais bien un deal signé auprès d’un label qui s'occupe de tout ce qui est administratif... et nous on se concentre sur ce qui nous intéresse...
Julien :
Franchement, si lorsque nous avons entamé l’aventure Elvis, on m’avait dit que je vivrais tout ce que j’y ai déjà vécu, j’aurais signé à deux mains. Même si on a aussi traversé des moments très difficiles.

La scène belge éprouve d'énormes difficultés pour faire décoller les projets. Vous avez tenté d’ouvrir d’autres horizons ?

Julien : Pour t’exporter, tu dois avoir déjà vendu pas mal d’albums dans ton propre pays... C’est le problème. Mais on est en contact avec la France…
Enzo : Julien et moi-même avons participé à l’organisation des soirées Rock&Brol, des soirées éclectiques où le rock croise l’électro qui croise le hip hop qui croise le reggae. En plus on invite des groupes qu’on aime bien. John John Bretzel (notre bassiste) milite chez Austin Lace depuis de nombreuses années. J’ai aussi vécu une bonne partie du parcours d’Austin Lace (NDR : il vient de cesser sa collaboration). J’ai également pris part à d’autres projets comme Hallo Kosmo (du hip hop en allemand) et je m’amuse à assurer le rôle de dj, de temps en temps. Notre chanteur, Greg, est également impliqué au sein d’autres projets : Mr Mo In Jojoland et Albern Borges. J’ai brièvement participé à ce dernier. Il est toujours enrichissant de multiplier les collaborations artistiques. Elles te permettent de progresser tout en nourrissant ta propre muse. Mais attention à l’indigestion !

Quels sont vos prochains concerts ??

Julien : Dour, Bucolique Festival, Botanique en octobre,… le mieux est de consulter notre page Myspace http://www.myspace.com/elvisghettoblaster

Une dernière question en Private Joke comme vous en savourez : qui est ce photographe qui  réalise vos clichés tout pourris ?

Enzo : Un cas désespéré. Un type bizarre passionné par la taille des déjections des dinosaures.
John : Silvio, un dealer d'Etterbeek !
Julien : Ouais, c’est lui qui fournit Enzo en vin du terroir…  

(photo : Silvio Cassano)

My Brightest Diamond

Une skateuse à l’opéra

Écrit par

Petit mètre 60, sweat capuche aux mille têtes de morts, coiffure surmodelée de diva, Shara Worden est l’incarnation du contraste. Tantôt maturité et naturel lui donnent l’aura d’une femme fatale, tantôt indécision et pudeur ravivent son air de moineau égaré. Les propos sont réservés, orientés, puis on saisit une accroche; un accordéon sur la pochette –non, je n’en joue pas ! C’est mon père !– et c’est l’occasion de tisser le fil de l’histoire familiale d’une sensibilité musicale ; les rêves de gamines, les vocalises à l’âge de 7 ans, la formation ‘classique’. Mais alors, les têtes de mort sur le sweat ? Là, les résistances tombent et la posture sage et posée s’effiloche aussi vite que jaillissent les réminiscences. Clins d’œil amusés et elle se raconte enfin ; une ambition d’opérette, une passion de skateuse puis une audition à la limite de l’échec car l’élève tardive –étourdie ou impertinente ?– entre en scène toujours munie de ses skates. Une sérieuse réprimande, un choix, un tournant décisif et, les skates au placard, c’est la musicienne qui triomphe. Tout sourire après ces incursions dans de doux-amers souvenirs et, enfin, Shara Worden rayonne autant que sa voix grave et troublante. Puis la vie reprend son cours. Jolie rencontre pour un joli album ; mille dents de requins et à peu près autant de frissons.

Certaines chansons du deuxième album ont été écrites avant la sortie du précédent, “Bring me the workhorse”. Pourquoi ne pas les avoir intégrées?

Je m’explique. Au début, j’ai voulu distinguer les chansons enregistrées en compagnie du ‘String quartet arrangement’, parce qu’elles semblaient mieux coller ensemble; mais au fil du temps, j’ai commencé à embrasser une nouvelle approche du répertoire et à le trouver plus proche, plus homogène. Là j’ai pensé, c’est vrai, que les chansons « Pluto’s moon » and « Goodbye forever » auraient pu très bien figurer sur le premier album ; par contre « Inside a boy », « The ice and the storm » et « From the top of the moon » sont des nouveaux morceaux. Je les ai composés l’année dernière et ils sont vraiment liés à ce nouveau cd.

Veux-tu dire que tu étais vraiment dans un autre état d’esprit ?

Oui, je crois. Simplement, parce que je ne pouvais pas aller aussi loin qu’avant. Tu vois, sur le premier, la plupart des chansons, je les ai écrites surtout pour moi, au calme. A cette époque, je me contentais d’un concert par mois ; donc elles n’étaient pas spécifiquement destinées à meubler un an de tournée. Par contre, lors du deuxième, j’ai été plus réaliste ; et je me suis dit qu’elles allaient sans doute me servir pendant une année. Alors, qu’est-ce que j’ai envie de jouer ! Mais tu vois, je ne souhaite pas me taper « The diamond » tous les soirs ! A la limite, je n’ai pas trop l’intention de l’interpréter en public. Parce que c’est trop lourd et techniquement extrêmement difficile à reproduire. Et puis ça exige une grande dépense d’énergie.

Et quand as-tu commencé à chanter ?

En fait, je n’ai jamais cessé. J’ai commencé quand j’étais toute petite.

Tu as accompagné Sufjan Stevens, tout un temps ?

Nous avons accompli une tournée au Japon ensemble. C’est un musicien extraordinaire. Ce périple m’a donné l’inspiration pour me lancer dans le projet My Brightest Diamond.

Tu imagines une collaboration avec lui ?

Aucune idée, vraiment ! C’est comme essayer de capturer un papillon ! Sufjan est constamment occupé de zigzaguer. Il est impossible de prévoir sa trajectoire !

Le titre de l’elpee, si j’ai bien compris, les « 1 000 dents de requins » se réfèrent aux mille petits rayons de soleil qui te piquent doucement lorsque tu interagis avec quelqu’un ; ça représenterait donc la distance idéale à garder face aux proches pour être touché sans trop s’exposer… enfin, si j’ai bien compris ?

(rires) Ah ! Maintenant tu comprends combien il est dur pour moi d’expliquer le titre de cet album aux journalistes ! Oui, c’est vraiment l’idée que j’essaie de faire passer ; mais elle demeure très abstraite. Dans toute relation, tu rencontres des dysfonctionnements. Quand tu débranches les connections malsaines, il faut les remplacer par des bonnes connections ; autrement dit, changer sa façon d’aimer. Et j’ai l’impression que la vie c’est ça ; les connections malsaines, c’est l’insécurité, tes propres peurs, tes habitudes, tes façons de te protéger dont tu n’es pas conscient ; alors tu fonces dedans, et c’est en te blessant que ça devient conscient ; là, tu te dis, la prochaine fois que je verrai l’obstacle, je ne foncerai plus dedans ; et donc c’est ça l’équilibre à rechercher, à travers les mille dents de requins.

Sur le morceau « Black’n costaud » figurent des phrases en français. As-tu eu l’occasion de l’apprendre?

Un peu, j’ai pris des cours. Je le comprends mais le parle mal. En fait, ces paroles se résument simplement à quelques phrases issues d’un opéra de Ravel ; la seule ligne que j’ai vraiment changée c’est ‘marmalad’moi’.

Aimerais-tu travailler en compagnie d’artistes francophones ?

Malheureusement, je n’en connais pas beaucoup. J’aime beaucoup les romantiques des années 90. Debussy surtout. C’est toute mon éducation musicale !

Est-ce un choix de se tourner essentiellement vers une formation classique ?

En vérité, je préfère ; car dans le style classique, tu vas plutôt composer ta musique en fonction de l’écriture, alors qu’en rock tu vas peut-être penser les paroles en fonction d’un rythme déjà établi. Personnellement, j’ai plutôt l’envie de conserver une liberté de choix dans l’écriture. Donc j’attache une valeur plus importante au songwriting. C’est la raison pour laquelle j’adopte le profil de type classique. Le rythme y est secondaire, alors qu’il est primordial dans le rock.

Y a-t-il des artistes que tu admires en compagnie desquels tu rêverais de tourner ?

Mais ça serait une véritable torture ! Je fondrais littéralement. J’avoue, ce serait clairement Nina Simone. Je l’aime énormément. Mais vraiment, je me décomposerais sur scène. Et puis j’aurais aimé voir Tom Waits, Peter Gabriel, Sonic Youth… Edith Piaf… Ils sont tous magnifiques.

L’accordéon sur la pochette… C’est bien toi, et pourtant tu n’en joues pas ?

Non, bien vu ! Je n’en joue pas. C’est mon père! Et c’est un symbole fort de ma famille, qui m’a baigné dans la musique. Et puis j’estime que l’accordéon est un pont entre la musique moderne et traditionnelle.

Et l’échelle sur la pochette ?

En fait, j’ai pompé l’idée chez un peintre allemand qui peint toujours des échelles ; c’est un symbole sur lequel il travaille beaucoup. Elle représente le pont entre la terre et le ciel. J’aimais bien cette idée.

« Bring me the workhorse » a été entièrement remixé dans un second album. Projettes-tu de recommencer une semblable expérience pour « A thousand shark’ teeth »?

C’est déjà prévu ! Il y aura plusieurs remixes, mais pas réunis sur un seul disque. Pour la circonstance, le concept impliquera trois artistes différents qui remixeront et produiront 3 EP’s.

Tu aimes aussi les sons électroniques alors, malgré ta formation de classique ?

J’aime tout !

Te sens-tu prêt à enregistrer un album électro ?

Pourquoi pas ! Maintenant, je ne suis pas une experte en matière de technique ; mais il est vrai que j’utilise les programmes informatiques pour enregistrer tout moi-même ; donc je pourrais apprendre vite ; je crois. Un jour, qui sait ! Et il est vrai qu’à une certaine époque j’écoutais un large spectre de styles musicaux. Même du punk ! Au collège, je sortais avec mes amis punks et j’étais skateuse. En réalité, j’ai un peu le vertige quand je regarde mon passé. Je me demande vraiment ‘mais qui suis-je au fond ?’ Et je crois que dans ma vie j’ai essayé de me chercher. A travers différentes façons d’être. J’étais une adolescente tourmentée à l’époque et le monde du skate me permettait un peu de sortir ma colère. Mais alors, le contraste, c’est que je me consacrais à l’opéra en même temps. Et j’ai même presque perdu un emploi à cause de mon comportement. Lors d’une audience, à la pause, avec trois collègues, on se rendait sur le parking où il y avait une rampe de skate. Et un jour, j’ai presque raté une épreuve, car j’étais occupée à faire du skate ! Par la suite, je n’ai plus travaillé au sein de cette boîte. Par mesure de prudence, ils voulaient me confisquer mes skates ! C’est vrai que mon attitude n’était pas très professionnelle ; j’ai presque raté mon entrée… J’étais tellement en retard que je suis arrivée sur scène chaussée de mes skates !

Pratiques-tu toujours du skate ?

Non… rires… Ca ne collait pas trop à l’opéra… J’ai fait mon choix !

Album : A thousand shark’s teeth; sortie le 17 juin 2008

 

Ben Ricour

Son image

Écrit par

Ben Ricour, alchimiste des mots et sorcier des rythmes est de retour. Après son ‘Aventure’ plutôt solitaire, il s'est joliment entouré pour son second album, ‘Ton image’. Albin de la Simone, Thomas Bloch et autres talents ont mis les pieds dans ses ballades, de hasard en envies…

"Je ne voulais pas faire de collaborations à tout prix. C'est venu comme ça, au fil des rencontres. Au départ, il devait y avoir un truc avec Olivia sur l'album (NDR : Olivia Ruiz), mais ça ne s'arrangeait pas bien, c'était compliqué… et j'ai horreur de ce qui est compliqué. En ce qui concerne Mickaël de Mickey 3D il y avait un réel désir de collaboration. Pour -M-, c'était totalement imprévu. Il est passé au studio et je crois qu’il a été  électrisé de se retrouver une gratte dans les mains, du coup il m'a fait un truc très psychédélique." Et quand une improvisation chédidienne rencontre l'univers de Ben Ricour, ça donne ‘5 minutes’, un rendez-vous manqué, une aventure qui se termine à bout de souffle pour ne jamais finir à court d'idées. Une des nombreuses versions de ces passions, omniprésentes dans l'album: "J'aime m'adresser à une seule personne dans mes chansons. Cette proximité est indispensable". De l'amour donc ; forcément aventureux, entier, brûlant. Du sexe aussi, à la fois extension et genèse: "C'est un peu devenu une tradition. J'ai l'impression que quand on introduit du sexe dans les chansons on y met automatiquement de la légèreté. Puis il y a l'idée de tout lâcher, c'est cette évasion qui me plait."

Ces fugues hors du temps s'attaquent aux frontières dans ‘1/4 de sang,’ réflexion sur la filiation adressée à sa mère, Eurasienne arrivée en France à 14 ans: "C'est venu tout d'un coup, dans mon évolution. Petit, on m'appelait le Chintock, j'ai la trentaine et en grandissant on repense à tout ça. Puis je sens ce côté en moi, je mange asiatique et je ressens des choses qui m'interpellent." L’Asie fantasmée dans le regard, il évoque le Vietnam qui l'intrigue et l'appelle: "Je n'y ai jamais mis les pieds, je n'ai jamais rencontré ma famille là-bas, mais je pense que cette chanson va me permettre d'y aller. Je vais peut-être partir pour une tournée en septembre. J'espère…"

Impossible de parler de ‘Ton image’ sans évoquer la problématique écologique. Délicate déclaration d'amour à la nature, aveu de culpabilité et crainte de l'impuissance qui échappent à la moralisation: "Plus j'avance et plus je me dis que c'est important. Le premier album était déjà très nature, mais plus dans la description. Là j'ai vraiment la trouille pour la planète. Si j'ai l'occasion de faire quelque chose pour l'aider, si j'ai l'opportunité de faire des concerts, des actions, je n'hésiterai pas. Tout le monde veut réagir mais on est déjà tellement occupé d'essayer de s'en sortir soi même qu'on en oublie où l'on vit. On a quand même troué la couche d'ozone… c'est dingue!"

De l'amour, du sexe, des petits oiseaux… Résumé comme tel, l'album a de quoi laisser perplexe. Pourtant la force de ses ballades résulte de cette capacité de sublimer, par l'emprunt de chemins de traverse. Ben Ricour parvient à surprendre en tirant parti du trop entendu. Les pieds dans la neige, courant derrière un train, il se plait à apparaître là où nous ne l'attendions pas, tout en restant à distance raisonnable: "Je veux rester accessible, même si, la prochaine fois, je me lancerai peut-être dans quelque chose  de plus barré…" Il échappe aux tournures alambiquées des chanteurs prétentieux faute de mieux et livre, sans même chercher d'accords compliqués, des titres énergiques d'une profondeur aérienne. Alors quand, les traits de papier glacé, il lance en interview "Avant, j'ai été électricien, plombier. A force de m'être retrouvé sur différents chantiers, je pense que je pourrais carrément construire une maison, monter les murs,… " On ne s'étonne pas outre mesure tant la richesse du personnage est perceptible au premier contact. Il suffit qu'il ajoute: "J'adore le contact avec les matières, le toucher", pour qu'on retrouve la sensualité qui transpire des textes, de la voix subtilement rauque et que ce parcours atypique devienne l'évidence même.

Auteur, compositeur, interprète, cet artiste polymorphe prête à l'occasion sa plume à d'autres chanteurs, le temps d'émotions partagées: "Quand on écrit pour soi, on est en permanence dans le doute, poussé à extraire des choses de soi. Quand c'est pour quelqu'un d'autre, j'ai l'impression d’accomplir le travail d'un peintre. Il faut coller le plus possible à la personne qu'on a devant soi, c'est très intéressant." Outre sa présence auprès de Florent Pagny pour « Abracadabra », il a caressé de ses pinceaux ‘J'traine des pieds’, un des succès peps d'Olivia Ruiz. Une autre toile en vue? "Là, j'entame ma tournée, puis elle vient de terminer la sienne et je sais qu'il faut parfois plusieurs mois pour reprendre un contact complet avec la réalité. Mais si elle me redemande de bosser pour elle, j'y retourne avec plaisir. D'ailleurs, j'ai déjà une super chanson pour elle. Elle est fascinée par l'univers des Rita Mitsouko et ce que j'ai écrit c'est vraiment une Ritasong qui lui irait bien."

Sa tournée, il va la débuter, seul et impatient, avant d'être rejoint par ses musiciens: "Les concerts, c'est mon environnement. L'album est un peu un prétexte même si j'aime beaucoup le travail en studio. J'ai hâte de repartir sur la route, de redevenir un performer. En plus les musiciens sont des amis de longue date, on va pouvoir créer une confiance et se fabriquer une famille. On débutera dans des clubs, j'aime beaucoup cette idée de repartir de zéro."  L'album quant à lui sortira le 26 octobre.

 

 

Veence Hanao

Electron libre pour hip-hop décomplexé

Écrit par

A peine remis de sa victoire au concours ‘Musique à la française’, Veence Hanao s’est emparé de la scène pour mieux paraphraser ses mots exaltés. Nouveau chantre intello d’une culture urbaine consciente, Veence Hanao chante ses textes à qui veut les entendre. Et ils sont de plus en plus nombreux. Cet été, cet amateur de soul au cœur jazzy se laisse découvrir sur les planches des Francofolies de Spa, du Dour Festival et d’Eu’ritmix. Rencontre avec un artiste au verbe acéré et à la langue bien pendue.

L’histoire de ta carrière solo est inextricablement liée à celles de Festen et Autumn. Peux-tu nous présenter ces différents projets ?

Dès mes débuts, j’ai eu la chance de rencontrer Noza, un jeune producteur. Je suis vite revenu vers lui pour lui faire part de mes envies. A l’époque, il venait de commencer un projet en compagnie de Pixel et Barok. Ils jouaient ensemble au sein d’une formation complètement décalée, proche du néo-dadaïsme : Festen. Noza m’a aidé à enregistrer mes premiers morceaux et m’a invité à rejoindre Festen. On s’est rapidement retrouvé à la tête de deux démos finalisées : une pour Festen et l’autre pour mon projet solo. Entre temps, Barok a quitté Festen. Avec Noza, on a encore cherché à toucher à d’autres styles musicaux. On a donc lancé Autumn. On s’est détourné des sonorités électroniques pour se concentrer sur le jazz et la soul des années 60. Le hip-hop reste, bien évidemment, le ciment de ces différents projets.

Aujourd’hui, Festen n’est plus. La fin du groupe coïncide-t-elle avec une volonté de ne pas s’éparpiller, d’éviter d’embrouiller l’auditeur ?

Inévitablement, une confusion s’installait. Quand on jouait pour Festen, on présentait quelques morceaux de mon projet solo. Quand je montais sur scène, les gens disaient : ‘Ah, c’est Veence Hanao de Festen !’ Quand nous avons lancé Autumn, certains venaient télécharger les morceaux en pensant écouter Festen. Bref, c’était un peu l’anarchie. Cependant, les raisons de la séparation de Festen ne sont pas à chercher de ce côté… Nous avions des envies différentes à l’égard de Festen. Aujourd’hui, on en est arrivé à penser qu’il s’agissait davantage d’un projet conceptualisé qu’un groupe !

Ta musique évolue entre le hip-hop, le jazz, l’electro, le slam et la poésie. Comment la décrirais-tu ?

J’ai la chance de bosser en compagnie de Noza, un gars d’une grande culture, capable de produire des sons qui partent dans tous les sens. Au risque de frôler une certaine incohérence, je souhaite conserver ce côté touche-à-tout. Je veux faire des choses différentes et éviter de restreindre mon univers. Maintenant, pour décrire ma musique, on peut dire qu’il s’agit d’un croisement entre le rap et le slam avec des influences electro et jazz.

Sur scène, tu joues déjà de nouveaux morceaux. Te lasses-tu facilement de l’interprétation de tes propres morceaux ?

Oui, je me lasse facilement. J’ai besoin de mouvement. Plus j’en fais, plus je suis critique par rapport au passé. Cela me permet d’évoluer. De toute façon, je ne suis pas encore au stade où les fans viennent pour entendre un morceau particulier. Aujourd’hui, j’ouvre les concerts pour des têtes d’affiche. Dès lors, j’offre de la découverte au public.

Vas-tu commercialiser ton premier album éponyme ?

C’est davantage une carte de visite. Grâce à cet enregistrement, on a eu la chance de remporter le concours ‘Musique à la française’ et de participer aux Nuits Botanique. Mais, à mes yeux, ce premier essai discographique est bouclé depuis longtemps ! Aujourd’hui, j’ai une terrible faim créative. Dans quelques semaines, Nous allons bientôt commencer à travailler sur de nouveaux titres. Nous voulons maintenant trouver un distributeur, peut-être lancer les bases d’un nouveau label. A l’occasion de notre tournée d’été, on offrira toutes nos chansons en téléchargement gratuit ! Mais on n’éprouve aucun regret à l’égard de ce premier album : il nous a permis de gagner un concours, de toucher un public dans quelques magasins spécialisés, de jouer de chouettes dates, de participer à des festivals. En quelque sorte, il s’agissait de présentations. Maintenant, elles sont faites !

Quel regard portes-tu sur la scène hip-hop belge ?

D’une manière générale, la scène hip-hop est boycottée. Nous sommes victimes d’un certain blocage. Cependant, nous ne nous donnons pas les moyens de nos ambitions. Certains rappeurs font preuve de bonne volonté... Malheureusement, il ne suffit pas de prendre un micro dans une cave pour sortir du lot ! Nous sommes mal informés sur le système culturel… On manque d’outils. Le paradoxe en Belgique, c’est qu’au moment où la scène hip-hop se réveille et s’active, elle ne dispose même plus des moyens mis en œuvre par le passé. Pour un Starflam, par exemple… Mais je déteste entretenir le rôle de la victime. Aujourd’hui, la culture rock est installée. A une époque, le rock a dû se battre pour en arriver là. Désormais, il est aux portes de toutes les institutions culturelles du pays. Je ne vais pas dire que c’est normal. Mais dans un même temps, les rappeurs ne font rien pour améliorer la situation. Alors, chacun doit y mettre du sien. Ce n’est pas impossible ! Arrêtons de cultiver le mépris gratuit : les gens ne veulent pas de mal au hip-hop !

Quels albums conseillerais-tu à Monsieur et Madame Tout-le-Monde ?

Le « Madvillainy » de Madvillain, « Champion Sound » de Jaylib, « Opera Puccino » d’Oxmo Puccino, « The Disrupt » de Oh No et l’incontournable Ella Fitzgerald pour son « Lullabies of Birdland ».

En concert :

Le 13 juillet : Dour Festival

Le 22 juillet : Francofolies de Spa

Le 18 août : Festival Eu’ritmix

 

CocoRosie

L’arme à l’oeil

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Comment expliquer le phénomène CocoRosie ? En moins de trois ans, Bianca Casady et sa sœur Sierra sont devenues le dada le plus hype chez les hippies post-modernes. Cette nouvelle communauté est bigarrée : fashionistas, pères de famille, joyeux girons, mères au foyer et adolescent(e)s mélancoliques. En trois albums, les deux Américaines ont repéré le point sensible d’une société éclatée. Avec son folk tarabiscoté de mille astuces infantiles, CocoRosie est passé de sa chambre à coucher au sommet de l’affiche. Sans même comprendre les raisons de son succès. Pour ce troisième album, intitulé « The Adventures of Ghosthorse & Stillborn », les voix mutines des deux sœurs se détachent pour laisser place à une castafiore (Sierra) et une enfant blessée (Bianca). La poésie énamourée et les larmes de joie des débuts s’ornent aujourd’hui d’une conscience politique. Dans cet opéra urbain, CocoRosie est une Superstar. Même Jésus Christ cherche sa place. Si la religion a perdu une grande part de son mysticisme, Bianca et Sierra seront bientôt plus célèbres que la Vierge Marie. Demandez à John Lennon.

Parfois, un regard suffit pour comprendre. Bianca et Sierra sont nées sous les étoiles : des stars, des vraies. Maquillées de jour, comme de nuit, les deux sœurs ressemblent à des vedettes hollywoodiennes : intouchables, impénétrables. Une casquette vissée sur une tignasse rasée et peroxydée, une veste de training sur les épaules, un jean grisonnant, forcément moulant, un foulard rouge serré autour de la cuisse, Bianca est là, face à nous, plantée dans ses pompes blanches. Premier constat : son air triste ne fait pas les belles chansons d’amour de son groupe. « C’est difficile à gérer. Toute cette attention, cette pression, ces questions sur ta vie, tes envies. Aujourd’hui, je ne sais même pas si je crois encore en l’amour ». Ambiance. Malgré ses épanchements émotionnels et une rupture sentimentale mal digérée (NDR : avec Devendra Banhart), Bianca demeure charismatique, christique. « A l’époque de la ‘Maison de Mon Rêve’, notre premier album, tout semblait évident, simple. C’était un rêve éveillé », explique Bianca. Aujourd’hui, CocoRosie est une formation populaire, presque un porte-drapeau générationnel. « Nous n’avons pas cherché à devenir des icônes ou un symbole quelconque. Si des gens se reconnaissent en nous, c’est une bonne chose. Mais nous n’avons jamais cherché cette reconnaissance. » Toujours est-il que le nouvel album des deux sœurs est attendu et sera entendu. Les sœurs Casady le savent et profitent de l’occasion pour habiller leur folk aux mélodies mutines de textes engagés. A ce titre, les paroles de ‘Japan’ sont illustratives : « Everyone wants to go to Iraq. But once they go, they don’t come back ». Quand on aborde le sujet, Bianca s’emballe : « Le fait de toucher un public plus large ne change en rien notre façon de travailler, de voir le monde. Notre réalité n’est pas forcément différente de la vôtre. L’art est un champ de liberté. Il faut le cultiver. » Toujours mystérieuse, elle repousse encore les limites de l’allégorie lorsqu’on aborde la photographie de Pierre et Gilles, illustrant la pochette de leur nouvel album. « Oh, c’est simple. Sur cette photo, nous apparaissons sous les traits des ‘jumelles sanglantes’ (NDR : The Bloody Twins). Là, évidement, elles sont mortes. On est donc au paradis et on navigue sur la voûte d’un arc-en-ciel. » Voilà bien longtemps qu’on n’avait plus entendu telle explication... Si l’univers du disque se vit comme une nébuleuse aventure mythologique, la musique de CocoRosie permet à l’auditeur de se rattacher à une certaine réalité. Car « The Adventures of Ghosthorse & Stillborn » regorge des subtilités d’usage : harpe miniature, jouets d'enfants, crépitements électroniques, guitare titubante, beats humains et timbres vocaux effarouchés. Petites nouveautés cependant : l’affirmation d’un goût immodéré pour l’opéra et l’accentuation d’un phrasé coulé dans le hip-hop. «  Tout ça n’est pas nouveau... Sierra a suivi des études de chant lyrique. D’ailleurs, elle est fan de Debussy et Fauré. Et nous avons toujours apprécié le hip-hop. Mais, au fond, ce n’est pas essentiel. L’important, c’est de continuer à créer, d’être en relation avec sa musique, de rechercher de nouvelles lignes d’expression et d’y trouver du plaisir. » Sur ce nouvel album, l’objectif semble atteint, tout comme le grand public. Un jour, peut-être, les deux filles seront les vedettes de vos plus belles émissions de divertissement. Ce jour-là, l’appellation ‘variété’ en sortira grandie. A coup sûr.


 

The Rakes

Sporting Club

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Le groupe londonien était en ville le temps d'une journée promotionnelle pour la sortie de leur nouvel album « Ten New Messages ». Jouant à saute moutons au dessus des ferries et à dessine moi un ampli, The Rakes nous est finalement parvenu en recommandé depuis les ondes de la BBC.

A regarder les nuages classés en cumulus au dessus des têtes et à siffloter les quelques notes contractées plus tôt sous l'emprise de leurs plaques disco rock, je me rapproche tranquillement de notre rendez vous, histoire de ne pas leur faire prendre un râteau. C'est dans une atmosphère détendue et loin d'être enfumée que je perçois au loin deux silhouettes dont les lignes sveltes et nonchalantes invitent à la rencontre. Très rapidement voire machinalement nous nous installons sur des fauteuils matelassés après avoir commandé gentiment nos boissons. Et c'est confortablement installés au bar de l'hôtel, qu'Alan Donohoe et Jamie Hornsmith m'accueillent en toute élégance pour trinquer chaleureusement à une énième série de questions. M'avouant leurs penchants exotiques (Bowie et Daft Punk) et une tendance à travestir les réponses dans la jungle du journalisme à la chaîne « histoire de changer de disque », leur sympathie héberge généreusement ma curiosité et c'est tout naturellement qu'ils me retracent le baptême de leurs débuts modestes à accumuler les jobs à temps plein, les répets de garage et les vidéos à budget réduit?

« Notre première vidéo nous a coûté 70 euros !! On n'avait pas vraiment le choix et très peu de temps à consacrer à notre musique? sachant que l'on s'enfilait des temps pleins ! » Dépassant la technique adolescente des trois accords propre à leur jeune premier 'Capture / Release', le combo a pris de l'âge, mûri, creusé et exploré les souterrains du rock outre-manche. Et en prenant de l'envergure, ils se sont même mis à fréquenter le gratin de la scène

anglo, à en devenir les vieux potes de Bloc Party ou Franz Ferdinand. En gros, le groupe grandit et avec eux leur musique. On est loin des accords basiques mais tenaces qui auront marqués Donohoe et ses congénères dans leur vieil appart décrépit. Un décollage qui se fait désormais à bord d'un '10 new chords' comme le suggère Hornsmith entre deux gorgées d'eau plate « On a commencé en sachant à peine jouer plus de trois accords, et depuis qu'on l'on se focalise davantage sur le groupe, notre jeu a beaucoup changé ! » Le spontané et la fraîcheur des débuts ont fait place à une réflexion, de l'inédit et cette évolution se remarque notamment par des apports électroniques, davantage de ch?urs et l'adhésion d'un shoegazing. Sans pour autant délaisser les rythmes ventilateurs et les basses qui dandinent aux vestiaires, le quatuor frappe davantage dans la technique endossant tout en rigueur leur nouveau statut à temps plein. Un loisir quasi sportif qui pourrait presque se ranger dans la catégorie des heures supp

quand il s'agit pour Donohoe de me vendre les bienfaits de la natation sur la respiration « C'est comme quand tu fais des vocalises avec un piano. Quand tu nages, tu contrôles ton rythme respiratoire, tu te focalises dessus et c'est un bon exercice pour le chant » me sort-il tout en dégustant sagement son verre de vin rouge.

C'est l'heure du thé à Londres et on se prendrait vite au jeu des ragots de comptoir tant les deux compères débitent un maximum d'informations à la seconde, avec un sublime accent british quasi incompréhensible parfois. Des discoboys parés pour les soirées rollers sous stroboscopes, qui scénarisent leurs titres et reprennent ceux de Gainsbourg sur demande des Inrocks (« Le Poinçonneur des Lilas » réarrangé en « Just a Man With a Job »), on adhère, tout comme ces derniers le font pour Arcade Fire (« Funeral ») et Danger Mouse (« The Grey Album »). Influencés ? Sans doute. En tout cas le résultat est là, un son travaillé dans l'art anglais et énergique à souhait.

!!!

Le mythe est en marche

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Ceux qui aiment se secouer le bas des reins vont en avoir pour leur argent. Les incomparables !!! sont de retour. Trois ans après l'incroyable gifle assénée par « Louden Up Now », la formation au nom atypique (généralement prononcé chk chk chk) revient avec un « Myth Takes » encore plus prodigieux. Nic Offer (chant) et Allan Wilson (percussions), plus ou moins en forme malgré trois journées intense de promo, nous parlent de leur nouveau bébé.

Accorder des interviews toute la journée, c'est un peu la rançon de la gloire. Cet exercice vous fatigue déjà ?

Allan : Il fait partie du boulot, on assume. Heureusement, on a droit à un peu de repos entre la tournée de promo et la tournée mondiale.

Comment expliquer que vous vous soyez embarqués à huit dans la même aventure ?

A. : On s'est tous connus à Sacramento. A l'époque où on a commencé à jouer, nous étions déjà amis tous les huit.

Nic : Tout a vraiment démarré une belle nuit sur une simple `jam' improvisée. A la fin de la soirée, on avait composé plusieurs morceaux. On en était trop satisfait pour en rester à ce stade.

On peut considérer vos morceaux comme un patchwork de plusieurs genres. Comment les décririez-vous ?

N. : Patchwork Music, c'est pas mal.

A. : On ne sait pas trop? Dance Music, Rhythmic Dance? Peu importe.

N. : Moi, je la définis simplement comme du Punk Funk ou Disco Punk.

La pochette de « Myth Takes » est enrichie d'une magnifique illustration de Kevin Hooyman. Quelle est l'histoire de ce dessin ?

A. : Nous nous sommes drogués avec lui pendant six mois non-stop?

N. : Et on lui a demandé de nous faire un croquis illustrant les fesses d'une femme. La pochette de « Myth Takes » en est le résultat. C'était assez inattendu.

A. : Oui, on a tout de suite accepté quand on a vu qu'il y avait tout de même une paire de fesses dessus (rires).

N. : En bref, on adore tout ce qu'il fait.

Le titre éponyme est très différent de tout ce que vous avez pu faire jusqu'ici?

A. : Le groupe voulait prendre une nouvelle direction. Cette chanson, aussi bien que le reste de l'album en général, est assez différente au niveau du son et du tempo. Ce dernier est d'ailleurs plus rapide que celui habituellement utilisé.

N. : En ce qui concerne « Myth Takes », on savait la conviction de détenir une chanson surprenante. Elle faisait l'unanimité et devait absolument faire office de plage d'ouverture. Histoire que les auditeurs plongent directement dans le bain.

Et John (Pugh, batterie) interprète beaucoup plus de titres qu'auparavant?

N. : Oui, il se débrouillait plutôt bien sur « Louden Up Now », alors nous l'avons généreusement laissé chanter un peu plus (rires). En fait, il s'est principalement occupé des chansons que, personnellement, je n'appréciais pas trop. Comme par exemple « Sweet Life ». Je n'ai pas vraiment aimé cette chanson. John a décidé de l'interpréter à ma place. Le résultat est finalement génial. Par contre, pour « A New Name », c'était différent. Mario (Andreoni, guitare) n'était pas satisfait de mes vocalises sur ce titre. Celles de John collaient mieux à l'ambiance de cette compo. En général, j'aime l'idée de passer d'un chanteur à l'autre. N'observer la perspective que d'une seule personne sur l'entièreté d'un disque peut parfois être lassant.

Après avoir assuré la première partie des concerts de Red Hot Chili Peppers face 25.000 personnes, ne commencez-vous pas à rêver d'occuper une tête d'affiche devant un parterre aussi impressionnant ?

A. : Pour commencer, je n'aurais jamais cru un jour me retrouver ici, à accomplir une tournée mondiale de promotion pour un album que j'aime beaucoup et être entouré de gens qui soutiennent le groupe. C'est déjà une part de rêve qui se concrétise. Quant au reste, tout est possible.

N. : En fait 6.000 ou 25.000 voire plus, c'est du pareil au même. On ne voit pas vraiment les visages donc ce n'est pas aussi impressionnant qu'il n'y paraît. Mais c'est impressionnant quand même. Tu vois ce que je veux dire ?

A vous voir sur les planches, on pourrait facilement croire que c'est la fête 24h/24 en votre compagnie. L'ambiance est la même en studio ?

A. : En studio, il faut être très patient. On passe le plus clair de notre temps à attendre. Il y a des jours pendant lesquels on s'amuse bien. Puis d'autres où on s'emmerde tellement qu'il faut téléphoner au studio le lendemain pour savoir si le reste du groupe va avoir besoin de nous ou si on peut rester glander chez soi. Ce n'est pas aussi fun que d'être sur scène.

Les clips de « Hello, Is This Thing On ? » et « Heart of Hearts » étaient principalement constitués d'extraits live. Pour « Must Be The Moon », vous avez tourné votre première `véritable' vidéo. !!! en clip, ça donne quoi ?

N. : On vient de la terminer. Les scènes sont un peu folles et relatent une histoire de sorcière vaudou. Au cours de laquelle un paquet de filles essaie de nous agripper (rires) !

Vous avez sorti un EP contenant deux reprises assez inattendues. Vous comptez remettre le couvert ?

A. : Oui, j'aimerais bien. Tant qu'elles sont intéressantes.

N. : Ces deux reprises sont arrivées naturellement. Nous nous sommes simplement dit `Tiens, pourquoi pas ?' Personnellement, j'aimerais enregistrer un album de reprises. Ce serait fun et ce serait un bon moyen de rester dans l'actualité entre deux sorties plus `officielles'. En ce moment, je n'ai pas trop d'idées quant au choix de reprises potentielles. Mais ces choix doivent être intelligents. En reprenant ces deux titres, on y a ajouté quelque chose. On ne s'est pas contentés de les réinterpréter tels quels.

Quelle est votre manière favorite de prononcer le nom du groupe ?

Ils se mettent tous les deux à imiter ce qui ressemble à une sonnerie de portable.

Je vois que avez dû répondre à cette question toute la journée. Comment je retranscris ça, moi ? (rires)

A. : Y a-t-il un podcast sur votre site ?

Non?

A. : Il est temps d'y penser (rires) !

(Merci à Didier)

The Experimental Tropic Blues Band

Le serpent et le loup...

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Il aura donc fallu attendre presqu'une année pour voir sortir le premier véritable album d'Experimental Tropic Blues Band. Pourtant, Dirty Wolf (alias Psycho Tiger) et Boogie Snake prévoyaient sa parution vers le mois de mai. Apparemment, les événements ne se sont pas déroulés comme ils l'imaginaient. Vous le constaterez vous-même à la lecture de cet entretien que les deux chanteurs/guitaristes avaient accordée lors de la dernière édition du festival d'Hiver Rock. Une interview au cours de laquelle, on ne pouvait, non plus, passer sous silence les différents projets parallèles menés par les différents membres de l'E.T.B.B.

Quand on parle de l'Experimental Tropic Blues Band, on évoque d'abord ses prestations 'live'. C'est sur les planches qu'il a bâti sa réputation. Peut-on affirmer que c'est l'endroit qui vous motive le plus ? Le moteur du groupe en quelque sorte ?

Dirty Wolf : Effectivement, c'est sur la scène qu'on s'exprime le mieux. Pour l'instant, nous sommes en studio pour terminer notre album. En fait, on s'est rendu compte que lors de l'enregistrement de nos deux précédents disques, nous n'étions pas parvenus à y communiquer ce feeling 'live'. C'est ce qu'on va essayer de faire sur cd. Mais c'est très difficile à concrétiser…

Lorsque vous êtes sur les planches, Dirty Wolf baragouine en anglais entre les morceaux. Est-ce le reflet d'un l'attitude ?

D.W. : Ouais, c'est l'attitude ! Parfois, j'ai du mal à parler en français. Surtout quand on joue une musique comme la nôtre. Tu m'imagines balancer : 'Allez les gars' ou 'Est-ce que vous voulez du sale rock ?'. C'est ridicule… 'Come on' ou 'Do you wanna dirty rock', ce n'est pas pareil ! Maintenant, je ne sais pas trop pourquoi, mais on a toujours fait ainsi. Cependant, lors de certains concerts, je parle quand même dans ma langue natale. Notamment, lorsqu'il se produit un événement assez marrant. Finalement, j'aime bien les groupes qui parlent en anglais. Ca me dépayse un peu. Même si je parle très mal l'anglais. Surtout moi…

Lors de vos sets, il arrive régulièrement que vous vous laissez porter par le public. Lors de l'édition du festival de Dour 2005, je pense que c'était Boogie Snake.

Boogie Snake : (s'adressant à Dirty Wolf) Oui, mais tu l'as fait aussi !

D.W. : Ouais, ouais…

Pas trop les boules, quand même ?

B.S. : Il y avait tellement de monde, qu'il n'était pas possible de tomber. Et de se casser quelque chose.

D.W. : Il aime ça, hein !

B.S. : J'adore le snake diving !

Sais-tu que dans le passé, Peter Gabriel était coutumier du fait ?

B.S. : Non ! Je pensais plutôt à Iggy Pop ou des gens comme lui.

D.W. : C'est vraiment une sensation étrange.

B.S. : Physique.

D.W. Etrange aussi, car c'est incroyable de voler au-dessus de la foule. Tu vois leurs têtes de près. Et cette situation te communique une énergie incroyable.

B.S. : Alors qu'ils prennent des godasses dans la tronche.

D.W. : Ou alors, ils te tirent le froc. Ou encore tu finis par tomber…

Et des tas de filles crient à poils ?

D.W. : Non, là alors, je suis trop fatigué (rires)

Pour jouer une musique comme la vôtre, il faut adorer le blues et le rock'n roll. Mais qu'est ce qui vous a poussé à fonder un groupe semblable ?

B. S. : Notre admiration pour des artistes comme Elvis, Bo Diddley, Bob Log, John Spencer, etc.

D.W. : Les Cramps…

B.S. : R.L. Burnside, Skip James, Blind Willie Johnson, Otis Rush, et puis toute l'écurie du label Fat Possum…

Ce qui explique pourquoi on vous décrit parfois comme les héritiers naturels des Cramps et du Jon Spencer Blues Explosion ?

D.W. : Surtout des Cramps ! (rires)

A l'instar de la bande à Lux Interior et de Poison Ivy, votre répertoire inclut des reprises (NDR : le premier elpee des Cramps était exclusivement constitué de covers). N'envisagez-vous pas, dans le futur, l'enregistrement d'un album exclusivement consacré à ce type d'exercice ?

B.S. : Non, je ne le pense pas. Ce type de projet pose trop de problèmes de droits d'auteurs. Et on ne sait pas trop comment s'y prendre pour aborder le sujet. Enfin, il faut aussi en payer un certain prix…

D.W. : Pour l'instant, on joue sur scène, une version du « Garbage man » des Cramps (NDR : elle est sur le nouvel album !). Une autre de Bo Diddley et aussi d'Alan Vega.

B.S. : D'André Williams également (rires)

Vu le style musical pratiqué, ne craignez-vous pas que dans un futur plus ou moins proche, vous aurez rapidement fait le tour du sujet ?

B.S. : A premier abord, cette musique paraît, assez limitée. Mais en vérité, elle offre bien plus d'alternatives qu'il n'y paraît. Dans l'univers du rock, il y a toujours moyen d'emprunter une direction différente.

D.W. : La question ne se pose même pas, car on joue de la musique pour se faire plaisir et on a envie de continuer pour cette même raison. Qu'on soit seul, à deux, à trois ou à quatre, on continuera à faire du Tropic. Et tant pis si ça ne marche plus. J'espère simplement que j'aurais toujours la force de continuer… J'en ai même la quasi-certitude. Mon avis peut paraître prétentieux, mais j'ai trop la flamme pour m'arrêter. Et je pense que mon acolyte blond partage mon opinion.

Revendiquez-vous d'autres legs ?

D.W. : Bien sûr, nous ne sommes pas seulement influencés par le blues et le rock'n roll. Nous apprécions également la musique très dure, directe. Celle où on sent que les musiciens mettent leurs tripes sur la table. Un don de soi. Et que l'on ressent au plus profond de soi-même.

B.S. : J'apprécie aussi la musique country. Pour l'instant j'écoute beaucoup Johnny Cash.

Arbitrairement, je vais considérer l'E.T.B.B. comme groupe fédérateur au sein d'une multitude de projets auxquels vous participez. Colonel Bastard, c'est un projet solo imaginé par Psycho Tiger ?

D.W. : (d'une voix caverneuse) Dirty Wolf…

Seasick implique Boogie Snake ?

D.W. : Il ne s'appelle pas Boogie Snake dans Seasick, mais JJ.

Et enfin il y a Two Star Hotel au sein duquel militent le guitariste et le bassiste de Seasick. C'est tout ?

D.W. : A peu près. Ce n'est déjà pas si mal non ? Ah oui, il y a aussi l'Electric Ladies Blues, un ensemble auquel participe la copine de Boogie Snake.

Je suppose que vous multipliez les projets pour élargir votre horizon musical ?

D.W. : Nous ne souhaitons pas élargir notre horizon musical, mais on a trop d'énergie à dépenser. Trop d'idées. Alors pourquoi se limiter à un seul projet ?

B.S. : Il n'est pas possible de se contenter d'un seul projet. Nous écrivons trop de chansons. Et puis, nous ne pouvons concevoir de ne se concentrer que sur un style de musique. Nous avons besoin d'autre chose. De ressentir d'autres vibrations.

D.W. : En vérité, ce n'est pas l'E.T.B.B. qui est fédérateur, mais Seasick. C'est notre premier groupe. Nous participons à son aventure depuis 11 ans.

B.S. : Quatorze ans !

C'est ce groupe qui a emporté le Concours-Circuit dans la catégorie métal, en 2004 ? Un résultat plutôt étonnant, non ?

D.W. : Ce prix a provoqué un véritable scandale !

B.S. : J'ai vu des gens pleurer de dépit, parce qu'on avait décroché la palme (rires). Enfin, plus exactement parce que leur groupe préféré n'avait rien gagné. Pitoyable !

A propos de Seasick, j'ai lu qu'ils reconnaissaient pour influences majeures la physique nucléaire et les expériences sur le conditionnent du cerveau humain par Milgram et Hasch. (fou rire général). Vous assumez ?

B.S. : Il fallait bien écrire quelque chose, non ?

D.W. : Ce n'est pas vrai ! C'est parce que Jean-Jacques et Ben sont influencés par tout ce qui se rapporte à l'univers gothique et romantique (rires) : Clyde Barker, les films de série B ou d'horreur, etc. Et je crois que ce sont ces caractéristiques qui sont reflétées chez Seasick. Vraiment ! C'est la raison pour laquelle on écrit des textes semblables. J'ai également lu qu'on écoutait Seasick comme on regarde un film de David Lynch. Et c'est une bonne comparaison. Parce que la musique est très violente et directe. Surtout dans la manière de la donner. Personnellement, j'estime qu'elle est plus punk que metal.

B.S. : C'est sans doute la raison pour laquelle nous avions été versés dans la catégorie métal, lors du Concours-Circuit.

D.W. : C'est dans la manière d'exprimer la musique.

B.S. : Qui libère une énergie parfois dure à encaisser…

On dit de Colonel Bastard qu'il pratique du karaoké-rock-théâtral au sein duquel il n'y a pas de réelle ligne conductrice, mais une improvisation constante…

D.W. : Du karaoké'n roll. Très exactement ! Non, attention, je tiens à mettre les points sur les 'i' (rires). Je reconnais que c'est assez improvisé. Pas les paroles, ni la musique. En fait, je glisse un cd dans le lecteur et je chante dessus. Il n'y a pas de groupe pour m'accompagner. J'apporte quand même mon propre compact disc. L'impro, c'est la mise en scène. Il faut imaginer que je suis seul sur scène. Je dois me donner à fond sur la musique, même si elle est 'nazze'. Sur de l'électro, par exemple. Or, je déteste l'électro. Enfin, il n'y a pas que de l'électro. Donc, je chante sur un support sonore. Qui importe peu, finalement. Je fais en quelque sorte du théâtre en musique. Dès que je monte sur scène, je cherche des endroits où je vais pouvoir me jeter. Où je vais pouvoir faire des trucs. Je ne prévois pas ce que je vais accomplir. Faut que ce soit du 'live' ! Et tant pis si je me casse la gueule ou si je me pète des doigts. C'est ainsi. Ces risques font partie du show… (il souffle)

L'album de Two Star Hotel est paru chez Sounds Of Subterrania! Et sa distribution a été confiée à Sonic RendezVous. Curieux non ?

B.S. : Il faut savoir qu'Al et Ben Plastic ont fondé un groupe qui a connu un certain succès au cours des années 80 : Hiatus. En Allemagne. Et dans le milieu 'crustcore'. La formation a même accompli une tournée mondiale. Jusqu'aux States. Et apparemment, ils ont conservé leurs contacts avec l'Allemagne. Notamment de cette époque. Ce qui explique pourquoi ils se sont retrouvés sur ce label.

On dit de Two Star Hotel, qu'il pratique du Plastic avant-rock ? Une explication ?

D.W. : Je pense qu'ils seraient plus aptes à répondre à ces questions. Parce qu'on risque de raconter des conneries…

Vous relevez du Collectif Jaune Orange. Etes-vous simplement groupe membre ou êtes-vous impliqués dans le conseil d'Administration ?

D.W. : Tout le monde a son mot à dire dans Jaune Orange. Les gens imaginent que c'est un gros bazar. Mais ce n'est pas du tout le cas. C'est une structure très familiale. Il n'y a qu'une ou deux personnes vraiment responsables. Finalement, cette association n'existe que par hasard. Et tous les gens qui en dépendent s'entendent bien. Tout roule parfaitement…

Qu'est-ce que vous a apporté ce collectif ?

D.W. : Enormément. Et d'ailleurs, on commence seulement à en recueillir les fruits. Parce que le collectif prend une ampleur de plus en plus importante et jouit de plus en plus d'une excellente notoriété. Les gens prennent, aujourd'hui, au sérieux, Jaune Orange.

Et Girls In Hawaii y est sans doute, un peu pour quelque chose ?

D.W. : C'est Jaune Orange qui a découvert Girls In Hawaii. Depuis, il a pris une toute autre dimension…

Que devient l'harmoniciste Lord Bernardo ? Il avait notamment participé à l'enregistrement du mini album « Dynamite Boogie ».

D.W. : On le voit de moins en moins. En fait, il a son propre groupe : Stinky Lou & Goon Mat, en compagnie duquel il tourne beaucoup, sans compter ses collaborations diverses. Mais pour nous, c'est plus un ami qu'un musicien. Il vient parfois encore nous rejoindre, mais quand il est libre. C'est-à-dire très épisodiquement…

Vous êtes actuellement en studio. Peut-on lever un coin du voile qui recouvre les sessions d'enregistrement ? Y a-t-il des invités ?

D.W. : John Roo est notre ingénieur du son. C'est un bosseur. En outre on partage la même philosophie en matière de musique. Et c'est devenu un pote. D'ailleurs, on ne peut pas travailler en compagnie de gens avec lesquels on ne s'entend pas. Et pour l'instant on ne travaille qu'avec des amis. Les sessions d'enregistrement se déroulent à Waimes… On n'a invité personne. Rien que nous trois et l'ingénieur du son. On a même emporté nos tartines.

B.S. : Et quelques bouteilles de whiskey…

Et pour la musique ?

D.W. : C'est du rock'n roll. Maintenant, il est difficile d'en dire davantage tant que tout n'est pas terminé. Notamment les parties vocales et le mixing. Mais on y est presque. On a voulu prendre une nouvelle direction, même s'il recèle beaucoup de boogie. Et puis il est très puissant, plus puissant que tout ce qu'on a enregistré jusqu'à présent.

Et la date de sortie de cet opus ?

D.W. : Il part au mastering le 27 avril, donc 3 semaines plus tard, il devrait être dans les bacs. Si tout va bien. Et pour ton info, il s'intitule « Gangrene blues » (rires). Parce que nous considérons que nous somme quelque part la gangrène du blues. (NDR : en définitive, il s'appelle « Hellelujah »)

(La suite de l'interview nous propulse le 26 janvier 2007. Juste pour obtenir quelques éclaircissements relatifs à l'entretien que vous venez de lire. Dirty Wolf nous répond par téléphone.) L'album devait sortir en mai 2006. Il compte huit mois de retard. Vous avez rencontré des contretemps majeurs ?

D.W. : Non, pas vraiment. En fait, ce retard est dû à la confection de la pochette. Tout simplement.

Lors de notre rencontre, vous m'aviez répondu, que lors des sessions d'enregistrement, vous n'aviez reçu le concours d'aucun invité. Ce qui est loin d'être le cas, puisque Arno est venu apporter son concours à l'harmonica, sur deux de vos chansons (« Twice blues » et « Dry whisky »).

D.W. : A cette époque, ta question nous avait pris de court. En fait, nous avions eu l'accord verbal d'Arno pour qu'il vienne jouer de l'harmonica sur l'une ou l'autre de nos chansons. Mais il n'était pas encore passé en studio. Et on s'est dit, merde alors, comment as-tu fait pour savoir ce que personne ne savait ? Et pour ne pas que l'affaire capote, on a préféré tout nier en bloc. On aurait eu l'air malin s'il avait décliné l'invitation. Pour le reste tu peux savoir que Lio qui joue au sein d'Electric Ladies Blues et dans Le Prince Harry nous accompagne au piano sur deux titres. Je te le signale, car on va bientôt parler de ces groupes. Et en bien !

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