L’aurore de Lathe of Heaven…

Issu de Brooklyn, Lathe of Heaven sortira son nouvel elpee « Aurora », le 29 août. Né d’un processus d'improvisation, cet opus est propulsif, captivant et structuré, abordant des thèmes lourds et incorporant des influences littéraires. En attendant, la…

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dEUS - 19/03/2026
Suede 12-03-26

Coldplay

Revenez nous voir dans 20 ou 30 ans…

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Formé non pas à Oxford, comme le dit la rumeur, mais à Londres –et à l’univ !– Coldplay a longtemps manqué d’un batteur. Will Champion ne jouait que du piano, de la basse, du violon et d’un tas d’autres instruments. Il a dû se mettre à la batterie aussi. C’était en 98, date à laquelle il rejoint Guy Berryman, Jonny Buckland et Chris Martin. Aujourd’hui, à la maison, Coldplay est déjà la nouvelle coqueluche britannique.

D’après la presse spécialisée, les membres du groupe ne sont pas friands d’interviews. « Parce que nous n’avons pas grand-chose à raconter », justifie Will, invitant même l’interlocuteur à revenir les rencontrer d’ici 20 ou 30 ans, lorsque, à l’instar de Bob Dylan, Tom Waits ou Neil Young, ils auront acquis suffisamment d’expérience pour entretenir la conversation. Nous on veut bien, mais tous ceux-là, ils refusent généralement d’accorder des interviews… parce qu’ils ont suffisamment de succès.

« Bonne analyse » reconnaît Will, qui avoue quand même apprécier les débats consacrés à la musique. « Pourvu qu’on ne se contente pas de coller des étiquettes », ajoute-t-il. « Nous ne sommes pas trop tracassés par la catégorie où nous rangent les médias. Par contre, nous essayons de savoir si le public aime ce que nous faisons. Nous voulons insuffler une signification à notre musique, la rendre intemporelle. Dans 20 ans, on espère que les gens pourront encore nous écouter et nous apprécier »

« Nous ne sommes pas Britney Spears, heureusement… Nous n’avons pas une image assez forte pour jouer sur ce tableau, donc nous ne pouvons compter que sur notre talent musical. Il n’est peut-être pas facile de conserver cette philosophie, après plusieurs albums, mais si jamais, nous devions enregistrer un disque que nous estimerions moins bon que le précédent, nous ne le sortirions pas ».

Travail de groupe

Chris Martin possède une superbe voix, qui rappelle tantôt Thom Yorke, tantôt Jeff Buckley. Radiohead, Muse et Travis sont aussi des groupes qui peuvent compter sur de formidables chanteurs. « Oui », rétorque Will, « Mais ces groupes ne sont pas exclusivement centrés sur une seule personne. Il y a une symbiose entre chaque membre. Prend l’exemple de The Verve, ce n’était pas seulement Richard Ashcroft. ‘A nothern soul’ est remarquable ; mais c’est surtout le fruit d’un travail en commun. Par contre, l’album solo (‘Alone with everybody’) m’a laissé sur ma faim. Il a perdu toute sa magie. Ce qui importe dans un groupe, c’est la façon dont les musiciens jouent par rapport aux autres. D’entretenir une émulation. »

Les musiciens du quatuor avouent tous des influences éparses. En fait, ils se disent plutôt inspirés par certaines chansons que par certains artistes. On citera les Beatles, Simon & Gardfunkel, dont ils interprétaient autrefois ‘Mrs Robinson’, mais aussi Neil Young et Tom Waits. « Notre perception de la musique change parce qu’on écoute constamment des choses différentes. J’ai acheté dernièrement ‘Five leaves left’ de Nick Drake. C’est vraiment superbe, mais ce n’est sûrement pas la tasse de thé de Chris »

Coldplay a accompli une tournée, qui est notamment passée par le Japon et l’Ecosse, en compagnie des Flaming Lips. A qui Will voue une grande admiration, surtout à cause de leurs prestations scéniques. En outre, il aime la façon dont ils se comportent dans la vie, de ‘ne pas faire semblant d’être quelqu’un d’autre’.

Parachutes

Coldplay a donc intitulé son premier album ‘Parachutes –aucun rapport avec le ‘Parachute’ des Pretty Things, paru en 69, dont Will ignore d’ailleurs l’existence. Pourquoi ‘Parachutes’ ? « Dès que les problèmes nous précipitent dans le vide, on ouvre son parachute. Face aux épreuves, on se raccroche toujours à quelque chose. C’est la raison pour laquelle nos chansons sont rayonnantes ou au contraire tristes. On ne veut pas être maussades ou cafardeux, mais plutôt mélancoliques. »

C’est Ken Nelson qui s’est occupé de la production. Dès leur première rencontre, le courant est passé. « C’est devenu un copain qui partage nos idées sur la conception de la musique, Pour lui comme pour nous, l’essentiel n’est pas de bénéficier d’une production tape-à-l’œil, technologique et clinquante, mais de parvenir à composer la bonne chanson. »

Pour enregistrer cet elpee, Coldplay a utilisé une méthode assez insolite, qui leur a coûté plusieurs mois de travail : les compositions ont été testées sur scène, reliftées au fil du temps, jusqu’au moment où elles paraissaient au point. « Nous sommes autocritiques. Et si nous sommes contents du résultat obtenu sur le premier album, nous sommes conscients qu’il y a encore du pain sur la planche. Il faut s’améliorer, pas seulement en studio, mais live aussi (NDR : qu’est ce que ça va être !). Il faudra que nous accordions également de meilleures interviews. »

Merci à Vincent Devos.

Interview parue dans le n° 86 du magazine Mofo de septembre 2000.

 

Belle & Sebastian

Ne pas avoir d’image est devenu notre image

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On les dit fragiles et délicats, tout sauf sévèrement burnés. Les Belle & Sebastian vous plaisent peut-être si vous aimez les Smiths, Ennio Morricone, Burt Bacharch ou Pulp ; et puis si vous ne crachez pas sur les accents country ou folk. Le groupe de Glasgow en est à son 4ème album (« Fold your hand child, you walk like a peasant ») qui confirme que la mode est aux titres longs. A l’interview, on nous avait promis le chanteur autiste ; on a dû se contenter de Richard Colburn, un batteur sympathique.

Votre chanteur Stuart Murdoch n’accorde pratiquement aucune interview. Il est timide ou paresseux?

Il a tenté à nouveau l’expérience, il y a quelques semaines, mais sans succès… Je crois que parler de lui, ça l’emmerde.

Il est plutôt introverti que joyeux drille, non?

Introverti, je comprends qu’on le dise et l’écrive ; mais ce n’est pas comme ainsi que je le vois. Il joue même au foot, ce n’est pas ma définition de quelqu’un qui vit reclus.

Vous avez pourtant plutôt joué sur cette image-là, non?

Pas volontairement, en tout cas. Disons qu’on ne voulait pas mettre notre image en avant. Mais finalement, ne pas avoir d’image est devenu notre image ! On s’est fait rattraper par notre choix en quelque sorte. Ce qui me permet de penser que dans ce genre de combat, on ne peut pas toujours gagner.

Etre batteur d'un groupe qui répugne à utiliser les rythmes, c'est plutôt reposant ou plutôt difficile?

Je ne suis pas d’accord avec votre question. Pour moi le rythme est une composante importante de nos chansons, même si, c’est vrai, les mélodies et les atmosphères sont plus souvent nos priorités… Certaines chansons du dernier disque sont même dansables. Je pense à « Beyond the sunrise » ou « Wrong girl ».

OK, c'est votre 4e album. Est-il plutôt meilleur ou pire que les précédents?

A vous de trancher. Les deux précédents étaient bien, mais ce n’était pas exactement ce qu’on voulait faire. Cette fois, comme pour notre premier disque « Tigermilk », nous sommes contents à 100%.

Vous avez donc ressorti « Tigermilk », votre premier elpee. Plutôt parce que vous le vouliez ou parce que tout le monde vous disait de le faire?

On en avait pressé mille. Quatre cents sont partis à famille et aux proches. Conclusion : seulement 600 personnes avaient cet album. Notre but étant quand même de toucher un maximum de monde, on l’a ressorti. « Tigermilk » est notre disque le plus frais, parce que nous avons eu l’occasion de l’enregistrer très rapidement.

Le titre de votre nouveau disque est interminable. Plutôt parce que la mode est aux titres longs ou parce que vous vouliez montrer que vous avez beaucoup de choses à dire?

En fait, la citation provient d’un graffiti qu’on avait vu il y a dix ans à l’unif sur une porte des douches. C’était très mystérieux à nos yeux… Depuis on a appris qu’il s’agit d’une citation de ‘Devils’, une pièce de John Whitting ; ce qu’on ignorait. C’est seulement après la sortie de l’album que quelqu’un nous a montré l’extrait.

Le départ du bassiste Stuart David (NDR : il a choisi de se consacrer totalement à son projet Looper), c'était plutôt une époque qui se terminait ou un bon bol d'air?

Disons que ce départ était prévisible. On connaît Stuart depuis des années. Il y avait déjà vécu une éclipse (prévue) de deux ans. Elle a finalement duré quatre ans. Il ne voulait pas vraiment trancher entre Looper et Belle & Sebastian. Il voulait continuer de front tant qu’il s’en sentait capable ; mais nous, on ne pouvait pas non plus attendre éternellement qu’il soit libre… Cela dit, il joue encore sur la moitié du dernier album

Murdoch, c'est plutôt le nom d'un magnat de la presse ou d'un songwriter?

Heu, les deux, je crois.

(Article paru dans le n° 85 de juillet/août 2000 du magazine Mofo)

Sad Lovers & Giants

Un Géant aux pieds d’argile…

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Dans l’histoire du rock’n roll, une multitude d’artistes ou de groupes n’ont jamais été reconnus à leur juste valeur. C’est de notoriété publique. Pour le groupe Sad Lovers & Giants, la pilule est d’autant plus amère à avaler, qu’il est considéré aujourd’hui comme une légende, alors que le succès lui a toujours été refusé. Issu de la scène post cold wave, à l’instar de Modern English (NDR : du même patelin), des Chameleons (NDR : Mark Burgess était un pote) et d’And Also the Trees (combo toujours en fonction), SL&G n’a jamais caché ses affinités pour Cure, Joy Division et les Smiths. Mais il n’en a jamais porté les stigmates claustrophobes. Mieux encore, sa musique il l’a toujours voulue esthétique, empreinte d’une poésie visionnaire et chargée de pureté émotionnelle. Ce qui explique sans doute pourquoi elle exerce une véritable fascination chez ceux qui ont une fibre quelque peu romantique. D’une manière plus technique, SL&G était parvenu à créer un son unique, tout en atmosphère, en tirant habilement parti des sonorités cristallines obtenues par les deux guitares, sur fond de claviers ouatés. Un phrasé de guitare(s) qu’on retrouve régulièrement chez les adeptes de la britpop tels que Radiohead, Bluetones, Muse, Marion, Whipping Boys, ainsi que les défunts Strangelove. Et la liste n’est pas exhaustive. Sans oublier House Of Love, qui en a conservé le virus pendant plus d’une décennie, pour mieux le transmettre à la génération suivante. En outre, SL&G a déclenché en France, fin des eighties, un mouvement baptisé ‘touching pop’, au sein duquel on retrouvait Little Nemo, Asylum Party, Mary Goes Round et quelques autres.

Un peu d’histoire…

Fondé en 1981, par Garce (chant, guitare) et Tristan Garel Funk (guitare), SL&G est rapidement devenu le porte drapeau du label britannique Midnight Music. A l’époque où les labels indépendants faisaient florès, c’était pour le groupe, une aventure chargée des plus belles espérances. Face à la rationalisation opérée par le marché du disque, dès le début des nineties, l’expérience était plutôt risquée…

Auteur de deux superbes albums en 1982 (« Epic garden music ») et en 1983 (« Feeding the flame »), la formation entre dans les charts indépendants et décroche une Peel Sesion pour Radio 1. De plus en plus apprécié chez les teenagers en Grande-Bretagne, SL&G est invité à l’émission TV de la BBC, ‘Rock goes college’. Mais curieusement, la formation se sépare la veille de l’événement. J’avais eu l’occasion de rencontrer Garce en septembre 1989, mais rien n’avait filtré sur les raisons de ce split. Il faut d’ailleurs croire que le groupe adore entretenir le mystère autour de cette affaire, puisque apparemment aucun journaliste n’est parvenu à leur tirer les vers du nez. Toujours est-il qu’en 1984, le label Midnight music est dans l’expectative. Aussi, pour pallier à la disparition du groupe, il sort une compilation (« In the breeze » - 1984), puis un album live réunissant des prises opérées lors de leur tournée aux Pays Bas (« Total sound » - 1986). Dans le même temps, la firme de disques prospecte tous azimuts pour engager de nouveaux talents. Recrutant au passage les Waltones, et puis recueillant Snake Corps, le nouveau groupe de Tristan Garel Funk et du frère de Garce...

Sad Lovers & Giants, le retour…

En 1987, Garce rencontre le guitariste Tony Mc Guiness. Une réunion féconde, puisque les deux compères décident de remonter SL&G. Ils rappellent l’ancien bassiste Cliff Silver, engagent de nouveaux musiciens et partent en tournée, dès l’enregistrement de l’album « The mirror test ». Le succès qui semblait les bouder jusqu’alors semble enfin poindre à l’horizon. Un ancien titre, « Thing we never did » devient un hit en Espagne. Les States s’intéressent de plus en plus au groupe. Mais surtout le Vieux Continent. Et notamment la France où un fanzine leur est totalement consacré. Garce déclarera un jour n’avoir jamais trop bien compris pourquoi leur musique avait toujours eu un tel impact dans l’hexagone. Probablement une question de sensibilité… 1991 coïncide avec la sortie d’une nouvelle compilation, « Les années vertes », et puis surtout du remarquable « Headland », avec sa fameuse pochette illustrée par les fameuses statues de l’Ile de Pâques.

La fin, faute de moyens…

Tout allait donc pour le mieux dans le meilleur des mondes, lorsque Midnight Music commence à battre de l’aile. En fait, toutes les petites formations engagées par le label coûtent plus qu’elles ne rapportent. Les finances plongent dans le rouge. Le bureau de Paris ferme ses portes. Le distributeur en Espagne rompt le contrat. Plus personne ne voit arriver sur son compte bancaire le moindre penny. Et arrive ce qui devait arriver, Midnight Music dépose le bilan. Très ennuyeux, puisque SL&G venait d’enregistrer un nouvel opus, « Treehouse Poetry ». Il restera d’ailleurs longtemps à l’état de maquette. Le groupe ne s’en remettra pas, puisqu’il décide de splitter pour la deuxième fois…

L’espoir fait vivre…

C’est à l’initiative d’un fan texan que l’intérêt vis à vis du groupe recommence à naître. Il monte un site consacré au groupe. Contacte la firme Anagram qui vient de racheter les droits de Midnight Music, et leur propose de sortir une compilation des meilleurs morceaux. Choisis par les aficionados. Sur le Web. Avec pour résultat la sortie, en 1996, de « E-mail from eternity ». Depuis, Anagram a également sorti un live, réunissant des enregistrements commis à Lausanne en 1988, « La dolce vita ».

Après la seconde séparation de SL&G, Garce avait bien monté un nouveau groupe. Tentative sans grand lendemain, puisque la chanteuse s’est barrée avec le guitariste, au Canada. Ils y filent le parfait amour et jouent au sein des Lovebabies.

Tristan Garel funk, Garce et Tony Mc Guiness sont toujours en contact. Ce dernier prépare un projet en solo. Dans son propre studio à Londres. Il se chuchote qu’il a enregistré un mini album avec Garce. Sous le patronyme Sad Lovers & Giants ? On peut toujours rêver, mais tout les espoirs sont permis !… 

(Article paru dans le n° 83 du magazine Mofo d’Avril 2000)

Epilogue

Et finalement, en 2002, le groupe est retourné en studio pour enregistrer un nouvel elpee, « Melting in the Fullness of Time », avant de recommencer à jouer sporadiquement, sur le Vieux Continent ; notamment en Italie. C’est d’ailleurs en Italie qu’on a retrouvé leur trace, puisqu’ils y tournaient encore récemment, avant d’envisager un périple en Grèce. Pour l’instant, on n’en sait pas davantage. Tout ce qu’on peut espérer, c’est qu’ils décident de se produire près de chez nous ; et croyez-moi, le jeu en vaut la chandelle…

Garçe - chant
Tony McGuinness - guitare
Cliff Silver - basse
Juliet Sainsbury - claviers
Nigel Pollard - drums et percussions

 

Henry Rollins

J’ai l’air d’une brute, mais…

Écrit par

Lorsque nous taillons une bavette ensemble, quelques heures avant son fantastique concert à l'Ancienne Belgique, le 24 mars, Henry Rollins en et encore à pester contre Oasis. Ses nouveaux musicos (les trois ex-Mother Superior) lui ont élaboré une description de la prestation accordée la veille –également à l’AB– de la troupe aux frères Gallagher ; et ce n’était pas très avantageux.

« Moi ça me fout les boules d’entendre un gars toiser son public sur scène » assène le tonique Henry. « Surtout que celui-ci a payé pour le voir. J'aime bien les compos d'Oasis mais je ne supporterais pas de me retrouver dans la foule devant un mec qui chante en mâchant son chewing-gum et reste quasi-immobile, les mains dans le dos, pendant tout le concert. Il prend les gens pour quoi? »

Evidemment, et sans du tout vouloir lui cirer les pompes, Rollins, quand il se produit en ‘live’, c'est toujours pour offrir un maximum aux gens qui viennent le voir. Donc, il se défonce, il donne tout ce qu'il a dans le ventre. « Si je ne fais pas comme ça, j'ai l'impression de me planter, de filer à côté de mes pompes et, à la limite, de tromper les gens. Et ça, purée, ça me ferait mal »

On n'a pas cru déceler la moindre démagogie dans ce genre de propos. Le mec a toujours été du genre réglo –et il est quand même là depuis vingt balais. Il n'a jamais accepté de s'asseoir sur ses valeurs pour faire du beurre. « Ce qui me branche, c'est la création et la réalisation d'un album ou d'un bouquin, pas le résultat final. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle je passe sans cesse de l'un à l'autre, mais que je ‘produis’ sans arrêt... »

Très expansif et percutant sur les planches, Rollins est pourtant un type très renfermé. « J'aime la solitude. C'est mon équilibre. J'ai besoin d'être seul quand je bosse, j'ai besoin de ce calme : de cette espèce de recueillement qui permet d'aller au fond de soi. J'ai l'air d'une brute mais je suis un type qui analyse tout, qui décortique son comportement et démonte ses propres mécanismes. Pouvoir être très spontané et très réfléchi à la fois, c’est l'attitude que globalement, j'aime bien ».

On le sait, Rollins se multiplie. Quand il ne donne pas dans le hardcore furieux (NDR : cf. son dernier cd, une vraie bombe !) il écrit des bouquins, des poésies (intenses, hein, mais faut vraiment avaler...) ou il se commet dans des séances de ‘Spoken words’. Et, quand il en a l'occasion, il joue la comédie au cinéma (un rôle très concluant dans le ‘Lost Highway’ de David Lynch). « Je ne me pose même pas la question de savoir si j'ai raison. Je le fais, c'est tout. Simplement, j'en ai envie et ça me ressemble. Incompatible de jouer du hardcore et d'écrire des poèmes? Ce serait débile de le prétendre. Au contraire, c'est très complémentaire. Moi, ça me fait du bien et ça me libère de ce que j'ai ‘dedans’. Si ça branche aussi les gens de marcher avec moi, tant mieux! »

Article paru dans le n° 82 du magazine Mofo d’avril 2000.

Korn

Pour aller à l'essentiel, pas besoin de grosses machines…

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Au sein de tout groupe imposant, véhiculant une image forte, il existe invariablement, au moins, un leader charismatique, à la personnalité affirmée et quelquefois très trouble aussi. Pensez à Trent Reznor ou Marylin Manson. Chez Korn, ce rôle est incarné par l’étonnant –et le mot est faible– Jonathan Davis, un Californien âgé de 29 ans.

Il semblerait que Jonathan Davis ait, lui aussi, vécu une enfance difficile suite au divorce de ses parents. Dans l’univers su rock contemporain, cette situation semble courante. Cette rupture l’a particulièrement marqué et les conséquences le poursuivent toujours. En outre, avant de devenir le chanteur attitré de Korn, Jonathan déclare avoir travaillé, dès l'âge de 16 ans, comme... assistant de médecin légiste. Afin de l’aider à découper des cadavres. Il a ainsi  entamé des études à la ‘school mortuary science’ de San Francisco. Cette expérience l’a-t-elle transformé en un angoissé chronique, doublé d'un parano qui porte la mention ‘HIV’ en tatouage sur un bras ?

Quoi qu'il en soit, Davis –qui s'exprime relativement peu–a souvent reconnu éprouver beaucoup de mal à se sentir heureux. Ce qui n'a surpris personne ! Davis reconnaît souffrir d’insomnie, née précisément de ses angoisses. « Chaque fois que le bonheur était à portée de main, un malheur m'a frappé » explique-t-il. « Le jour où ‘Follow The Leader’ est entré directement à la première place dans les charts US, j'enterrais mon grand-père! Au sommet de la gloire du groupe, je me suis séparé de ma femme... »

En clair, Davis se méfie désormais de ce bonheur. C'est sans doute la raison pour laquelle il carbure au Prozac : pour au moins connaître un certain bien-être, même virtuel… Bien sûr, son comportement n'étonnera personne, puisque pendant de nombreuses années, il a été sous l’emprise de la cocaïne et à l'alcool. Aujourd'hui, il affirme être sobre. Peut-être parce qu'il est devenu père (NDR : d'un fils prénommé Nathan, né en octobre 95), allez savoir...

Jonathan Davis en a conscience, Korn est, aujourd'hui, le porte-parole de mômes un peu paumés, pour lesquels la vie est un perpétuel combat. A ce titre, son image se rapproche sans doute de celle d'un Kurt Cobain, la surexposition médiatique en moins. « Je me sens comme ces gosses, aussi mal qu'eux » expliquait encore Davis à un journaliste d'un mensuel metal français, il y a quelques mois. « Mais peut-être avons-nous empêché que certains se foutent en l'air (...) Si la musique peut sauver des vies, elle devient spéciale et spirituelle ».

Résumons : Jonathan Davis n'est pas un joyeux drille, son approche de la vie est empreinte de négativisme. Il confirme : « Tout dans ma vie est génial alors je ne peux m'attendre qu'à quelque chose de mauvais... » Néanmoins, il se soigne. Et il y a tout lieu de le considérer comme un type intelligent qui analyse, interprète et exprime son intériorité avec lucidité. Dans l'ensemble, Korn avance. En six ans de production discographique, le groupe a enregistré une progression inimaginable, passant du statut de groupe metal alternatif voire obscur à celui de ténor de la scène rock, de véritable machine à dollars qui dispose de son propre label (Elementree Records) et de son propre festival itinérant (Family Values).

Le guitariste Brian ‘Head’ Welch avait, il y a cinq ans déjà, clairement résumé Korn en nous déclarant que ‘le rock de Korn est vrai’ : « Notre musique sert à communiquer, à nous exprimer, c'est pas pour poser ou pour amasser du blé. Nous sommes, à travers nos compos, exactement à l'image de nos personnalités. » Bon, ce genre de propos est défendu par bon nombre de musiciens, et de prime abord, il fait très ‘cliché’, mais peut-être que derrière cette réflexion, il a quelque chose de concret…

De l’influence de Faith No More sur un fan de Duran Duran

Korn a toujours été convaincu de son succès. Le bassiste Reggie ‘Fieldy’ Arvizu le confirme : « D'aussi loin que je puisse me rappeler, dans notre petit local de répète, alors qu'on n’avait pas encore accordé de concert, on était persuadé de faire de la putain de musique qui allait tout exploser ».

Kom est aujourd'hui un leader. Il a imposé son style, en profitant des brèches ouvertes par d'autres. A titre de référence, Davis reconnaît être grand fan de Faith No More dont il adore l'album ‘The Real Thing’. Initialement, durant son adolescence, il était plutôt adepte du mouvement néo-romantique et de Duran Duran ; ce qui lui avait valu une réputation d'homosexuel. « Faith No More, a été une lumière pour moi. Objectivement, il a encouragé de nombreux groupes à se former, en leur ouvrant une nouvelle voie. Ils sont les précurseurs d'un hard-rock différent. Ils ont été les premiers à introduire des éléments hip-hop dans leur musique ; et à l'époque, c’était très original ».

De Korn à Leader

Korn est l'archétype du groupe metal rock de la seconde moitié des années 90. Brûlant, ésotérique, détraqué et surtout anticonformiste. Au tout début, les choses étaient sans doute différentes. Head s’explique : « L'orientation musicale de Korn a vraiment pris son essor lors de l'arrivée de Jonathan. Toutes les chansons qui figurent sur le premier CD ont été composées à partir du moment où il a débarqué. Avant, on avait écrit plein de trucs mais on n'a rien retenu. Jonathan est vraiment une personnalité, quelqu'un de très complexe. Chez lui, s'exprimer est un besoin et Korn, c'est son exutoire, sa thérapie. C'est la raison pour laquelle nos textes sont si noirs, si angoissants ».

Korn est issu de Bakersfield (Californie), une petite cité américaine perdue et anonyme. Jonathan Davis y est d'ailleurs né en 1971. « On s'est tous ou presque connus sur les bancs de l'école » avait un jour déclaré Welch, installé au soleil dans le parc du Botanique où Korn était venu jouer en première partie de Primus, une de ses influences évidentes. « On a donc forcément joué ensemble. Après un certain temps, on s'est barré pour aller vivre à Los Angeles. On a un peu galéré. En jouant dans d'autres formations ». Les quatre autres membres de Korn ont sévi chez IAPD avant de lancer le groupe. « On a été plus funk-rock ou punk, avant de trouver notre voie, ce qui n'a pas été simple. Korn existe depuis 1991, mais on eu un mal fou à trouver un bon chanteur. Le soir où on a vu Jonathan à l'oeuvre, on a su que c'était lui ! On l'a débauché, simplement » Du groupe Sexart, où il militait. « En pratique, on a surtout évité de mettre des limites à ce qu'on allait projeter. Avoir l’impression d’être poussé dans le dos par quelque chose, sans savoir exactement de quoi il s’agit, est un sentiment assez grisant ».   

Le metal des 90’s

En 94, Korn grave un premier elpee éponyme. Le vrai démarrage du disque nécessitera quelques mois mais dès que la vitesse de croisière sera atteinte, l’ascension sera rapide. L'album deviendra disque d'or aux States et permettra au groupe de partir en tournée en compagnie d’Ozzy Osbourne, Megadeth et Marilyn Mansun, entre autres. A propos de ce premier disque, ‘Head’ nous avait expliqué : « Nous avons tenu à enregistrer en pur analogique. Le matériel utilisé date bien des années 60. Pour aller à l'essentiel, pas besoin de grosses machines. Au contraire… »

Le second opus, ‘Life Is Preachy’, connaîtra une réussite commerciale beaucoup plus rapide. En quelques semaines, il atteint le 3ème rang du Billboard aux States. Par la suite, Davis lui-même admettra pourtant que cet album n'était pas excellent. Peu après la sortie du disque, le band part en tournée dans le cadre du Lollapalooza festival. Il doit, pourtant quitter l'affiche: le guitariste James ‘Munki’ Shaffer –qui joue sur une guitare à 7 cordes– est atteint d’une méningite.

Korn devient de plus en plus énorme. Comme d'habitude, l'Amérique puritaine se fait entendre. A Zeeland, une ville du Michigan, un étudiant est renvoyé de son lycée pour avoir arboré un tee-shirt affublé du logo du groupe. Le directeur de l'école explique sérieusement qu'il considère la musique de Korn comme ‘indécente, vulgaire et obscène’.

C'est surtout grâce à l'album ‘Follow The Leader’, sorti en 98, que Korn atteint le sommet de sa popularité. Le long playing est splendide. Il lui permet d'être identifié dans les médias spécialisés comme un ensemble ‘psycho-musical de chimistes de la sensation hip-métallique’. Une définition qui cerne bien le groupe d'alors ? On n'a pas encore forgé son opinion.

Plus Korn grimpe haut, plus le groupe cherche à rester en contact avec ses fans. Son site web officiel est très actif (1). Il se lance dans une ‘Korn Campaign’ qui le voit traverser les USA d'une côté à l'autre ‘pour rencontrer ses admirateurs et signer en moyenne 2 000 autographes par jour. I1 expérimente en concert le concept de la ‘Korn Cage’, une cage en acier placée sur le podium où on installe des aficionados, pendant le show. Le groupe explique que par ce titre d'album, ‘Follow The Leader’, il insiste sur l’importance d'une nouvelle scène de musique ‘crossover’ qui le voit lui et quelques autres, comme Limp Bizkit, Coal Chamber ou les Deftones, proposer un mélange entre des musiques qui n'ont pas de frontières. Il y a quelques mois, est sorti le 4ème album ‘Issues’. Un disque au succès commercial retentissant, lui aussi. Pour la pochette, le combo a organisé un concours sur MTV. Très metal, ‘Issues’ est moins ‘crossover’ que les précédents long playings. Dans la foulée, la formation s'est lancée dans une gigantesque tournée…

(Article paru dans le n° 83 du Magazine Mofo d’avril 2000) 

(1) Korn a été parmi les premiers artistes metal à miser sur le Net (www.korn.com) pour assurer sa promo et créer un contact direct avec les fans. Les musicos ont été des pionniers pour diffuser un concert via Internet. Cette initiative leur a valu la une de ‘Time Magazine’. Il avait aussi mis tout le contenu de ‘Life Is Preachy’ à disposition des fans sur son site. Mais le standard ‘MP3’ n'était pas encore répandu, à l'époque ...

 


Nine Inch Nails

Puiser sa force dans ses faiblesses…

Écrit par

Trent Reznor manie un équilibrage précis, mais complexe, entre forces et faiblesses. Difficile, sans doute, de dénicher, lors des années 90, un personnage plus central que ne l’a été Trent Reznor. Dans son domaine –le rock ‘industriel’– Reznor et son Nine Inch Nails ont réussi la combinaison parfaite : celle de tout intégrer ou presque. Progressif, pop, metal, atmosphérique, funky, hip hop, distorsions, électronique, loops : tous ces termes peuvent lui être associés, à un moment où à un autre. Il faut être drôlement fort, c'est une évidence, pour embrasser toutes ces tendances en même temps, surtout quand on est conscient de l’important déséquilibre qui existe entre tous ces concepts/termes.

Fort ou fragile

Déséquilibre est le mot qui convient parfaitement à Trent Reznor ; d'autant qu'on a l'impression, lorsqu'on se penche sur sa trajectoire, que cette situation, il l'entretient soigneusement. Il y puise une force, née de ‘ruptures’. Ainsi, l'homme reflète une image de personnage fort, puissant, sûr de lui, solidement ancré dans sa solitude dominatrice (NDR : Reznor est à lui tout seul un ‘groupe’ imposant). Mais à l'intérieur, n'est-il pas une mécanique relativement ‘fragile’ ? On apprend que Reznor a traversé, pendant deux ans, une profonde dépression, suite de la mort, à l'âge de 85 ans, de sa grand-mère, une grand-mère qui l'avait recueilli, à la séparation de ses parents, alors qu'il n'avait cinq ans, et qui l'a élevé. Il a très durement vécu l'épreuve, dit-on. Doit-on y voir le signe que s'il manipule et domine les machines avec aisance pour en extraire une musique d'une très grande puissance intrinsèque, il n'en reste pas moins un être humain parfaitement dépendant de paramètres sentimentaux. Bref, Trent a eu beau avoir ‘dompté’ Marylin Manson en produisant « Antichrist Superstar », il n'en reste pas moins vulnérable. Et quand celui qu'il a aidé à s'élever au rang de rock star ultime, lui a gentiment planté quelques coups de poignards dans le dos en se répandant dans la presse, en propos peu amicaux, à son propos, on peut croire que Trent Reznor en a été affecté.

La mort de grand-maman

En 94, Reznor avait consacré un concept album à la dégénérescence progressive d'un être humain, jusqu'à atteindre un état proche de l'autodestruction. L'année de la sortie de ce « Downward Spiral », Kurt Cobain se donnait la mort...

Reznor, lui-même, n'a sans doute jamais atteint le même niveau de dépression que Cobain, mais il a assurément connu des périodes très, très difficiles. Lui, le ‘bidouilleur’ génial, s'est soudain mis à penser que la musique ne représentait pas grand-chose. Et alors qu'il était au sommet de son art et maîtrisait sa façon de faire cohabiter les sons, les instruments, les couleurs, les rythmes et les (bribes de) mélodies, lui ne ressentait plus l'envie, le besoin de réaliser cette alchimie complexe à la fois sensorielle et mentale!

Etonnante constatation : Reznor a retrouvé le goût au travail en retournant, d'une certaine manière, à la simplicité de la vie. Il s'est isolé au bord de l'océan, à Big Sur en Californie, avec la solitude pour compagne et un piano comme thérapeute.

Trent Reznor est, sans aucun doute, un être tourmenté. Morbide, peut-être? On sait qu'il côtoie la mort tous les jours ou presque ; son studio, le célèbre ‘Nothing Studios’ est, en fait, un ancien funérarium racheté en avril 95 et dont une porte provient de la maison hollywoodienne, où a été assassinée Sharon Tate. Cet immeuble, le théâtre des méfaits perpétrés par Charles Manson en 69 (5 personnes massacrées), Reznor l'avait pris en location avant qu'il ne soit détruit. Difficile, vraiment, de ne pas accorder de signification à ces événements assez troubles.

Présenté comme timide et très introspectif (les deux sont souvent liés), Reznor exprime probablement toute une série de frustrations à travers sa musique qui, souvent, est d'une extrême intensité. Il a lui-même récemment avoué, à propos des deux années qu'il vient de vivre : ‘Ecrire s’et révélé très thérapeutique. J’avais oublié à quel point j’aimais la musique et comment elle m’avait toujours sauvé. Cette fois encore, elle m’a ramené à moi-même. Elle m’a donné la force de continuer’ Reznor puise donc clairement sa force dans ses faiblesses.

(Article paru dans le n° 81 de mars 2000 du magazine Mofo)

Travis

Entre Kubrick et Shirley

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On ne parle que d’eux, pour l’instant, en Grande-Bretagne. Faut dire qu’au moment d’écrire ces lignes, Travis passait la barre des 600 000 albums vendus. Rien que dans l’Albion. Chez nous, la radio vous a sans doute permis d’entendre, voire d’écouter, l’un ou l’autre single. Malgré ce succès, le quatuor de Glasgow est resté simple, ouvert, tout en défendant des idées, pertinentes et personnelles. Un groupe très soudé, aussi, qui se présente au complet aux interviews…

Il y a peu, vous déclariez que tout ce que vous vouliez faire, c’était du rock. Mais aujourd’hui, vous n’en êtes plus tout à fait sûrs…

Cela pourrait être du rock, du roll ou n’importe quoi. Ce qui compte, c’est la direction émotionnelle du groupe. Prenons une chaise ; une chaise est destinée à s’asseoir. Or, Marilyn Mansun est une chaise sur laquelle on ne peut pas s’asseoir. En fait, on pourrait tout aussi bien la définir comme une chaise rock’n roll ou une chaise blah blah blah. La chaise pourrait se traduire par des vêtements que vous enfilez pour monter sur une scène de théâtre. Mais cette même chaise, vous n’allez pas l’emporter pour vous rendre au cinéma. Peut-on s’asseoir dessus ? Si oui, faites-le. Si pas abstenez-vous ! C’est un peu une nécessité. Comme si on disait qu’il fallait rejeter tel type, parce qu’il est blanc ou noir. Et pourquoi le rock est mieux que le roll ? D’un côté, il y a le rock et ses émotions. De l’autre, le roll et les siennes. Le public a soif de rock’n'roll et oublie les émotions. Evidemment, certains ont pris le titre de notre premier album (« All I want to do is rock ») au premier degré. Nous aurions tout aussi bien pu l’intituler « Je voudrais devenir un dessinateur de BD » ou « Un chauffeur de taxi ». Ce qui compte, c’est ce que vous voulez faire. Le mot rock, utilisé dans cette phrase, est un mot comme n’importe quel autre. C’est comme lorsque tu utilises le terme sexe. C’est un mot bien connu. Mais on aurait tout aussi bien pu opter pour « All I wanna do is blah blah blah ».

Noël Gallagher explique que Travis est le groupe qu’il préfère…

C’est sympa. Mais sa réaction n’a rien à voir avec une bénédiction papale. Si le souverain pontife nous avait bénis, le compliment aurait pris une autre dimension. M’enfin, il a un plus grand impact que si c’était une de nos mères qui nous tenait ce type de discours. Ce qui est cool aujourd’hui n’est pas nécessairement ce qui s’écoutera demain. Nous gardons la tête bien sur les épaules…

Peut-on dire que la sensibilité musicale de Travis est féminine, par rapport à celle d’Oasis qui est considérée comme essentiellement masculine ?

Oui, on partage ce point de vue. Tout ce qui est destructeur est masculin. Mais le plus intéressant procède de cette dynamique entre le feeling masculin et féminin. De ce choc entre ces deux mondes.

Apparemment, vous ne voyez pas Bowie d’un très bon œil. Une raison ?

Nous ne sommes pas des inconditionnels de Bowie, mais nous estimons que sa musique est superbe, fantastique. En fait, nous nous demandons si tous les artifices qu’il utilisait n’étaient pas destinés à camouffler la faiblesse de ses chansons. Mais aujoiurd’hui, il s’est débarrassé de tout le tralala, pour redevenir lui-même. Et ça, c’est Bowie ! Il demeure une énigme. Nous ne sommes pas intéressés par ‘fuck the artist’, mais par son œuvre. C’est elle qui est là avant l’artiste. Qu’on s’appelle Bowie ou quelqu’un d’autre. L’artiste est en fait utilisé comme un sachet de thé. On le trempe dans sa tasse pour qu’il infuse. Et lorsqu’on a fini de boire sa tasse de thé, il ne reste plus que le sachet. La musique est plus importante que nous en tant que personnes. Par contre, Marilyn Mansun est plus célèbre que sa musique. Parce qu’il a décidé de se mettre d’abord en évidence…

Y a-t-il une bonne raison pour dédier votre nouvel album à Stanley Kubrick ? Et puis à une certaine Shirley ?

Il y a un tas de spectateurs qui n’ont pas apprécié le film. Mais moi (NDR : Francis), le l’ai trouvé fantastique (NDR : ils ne paraissent pas trop d’accord sur la réponse). En fait, il aurait dû être parolier. Et ce qui transparaît à travers ses films aurait pu se traduire en chanson, en mélodie, en littérature. C’est comme un signal lumineux, comme quelqu’un qui tiendrait un flambeau. Hier, j’ai rencontré un critique de cinéma. Un type qui travaille pour la TV et la presse magazine. Il haïssait le film. Il s’attendait à voir quelque chose de plus sexy. Kubrick a conçu de telles œuvres d’art que le journaliste en fait une interprétation abusive. Il extrapole parce qu’il n’a pas aimé le film, en disant que si le film est nul, Kubrick est nul. En fait, lorsque les gens adorent ce que vous faites ou le détestent, vous êtes dans le bon. Par contre, si la conclusion est toujours accommodante, le résultat ne peut être que médiocre. Il faut que l’artiste soit un déclencheur. Son œuvre doit susciter une réaction. Il en est de même pour la musique. Il faut l’écouter avant de l’apprécier ou de la détester. L’œuvre n’existe pas si personne ne l’écoute, ne la sent, ne la touche. Toutes les tendances artistiques partagent cet objectif. Ce qui explique pourquoi nous avons rendu un hommage à la créativité de Kubrick.

Et Shirley alors ?

C’est un chien qui frétille la queue, lorsqu’il est heureux. Et nous, notre esprit vagabonde quelque part entre celui de ce chien et celui de Kubrick.

Merci à Vincent Devos.

Interview parue dans le n°79 (décembre 99) du magazine MOFO.

Sonic Youth

En général, les producteurs ne comprennent rien...

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Fin des seventies, début des eighties, la scène musicale new-yorkaise est frappée d'un mal mystérieux : la 'no wave'! Un syndrome anticonformiste, anti-commercial, qui touche également le monde artistique de cette cité cosmopolite, et prétend rendre la plus grande liberté d'expression à ses disciples. Un virus avant-gardiste qui pousse tous ceux qui l'ont contracté à saborder systématiquement tout ce qui pourrait être accessible. De cette période chaotique, mais particulièrement féconde en créativité vont naître toute une série de groupes novateurs dits 'underground': Live Skull, DNA, et puis surtout Swans et Sonic Youth. Deux ensembles qui vont rencontrer, tout en conservant leur propre style, une évolution musicale quasi parallèle. Comme par exemple en 1989, lorsqu'ils décideront de passer sur un label major ou lorsqu'ils vont se mettre à accorder une plus grande importance à l'aspect mélodique de leurs compositions ("The Burning World pour Swans et "Goo" pour Sonic Youth). Et puis à cause de cet esprit d'indépendance qu'ils veulent conserver par dessus tout. Sonic Youth vient donc d'enregistrer "Dirty", un album de noisy-punk complexe, savoureux, remarquable, un album qui avait été enregistré sous la houlette du producteur de Nirvana, Butch Vig. C'est Steve Shelley, drummer de Sonic Youth qui s'est  fait le porte-parole du groupe. Nous l'avons a rencontré pour vous...

Quel a été le rôle de la no-wave dans la genèse de Sonic Youth ?

Nous sommes issus de ce mouvement musical minimaliste. Un mouvement qui s'est produit à New York fin des seventies. Il  a donné naissance à des tas d'autres groupes tels que DNA, Lydia Lunch, etc.

Pourquoi les groupes new-yorkais migrent-ils de plus en plus souvent à Los Angeles ? Sonic Youth n'est-il pas tenté par l'aventure ?

Il est plus facile de vivre à l'extérieur de New York. Los Angeles baigne dans un certain confort, bénéficie d'un climat idyllique. Le soleil y brille en permanence. Ce n'est pas pour rien que les rock-stars britanniques s'y installent ‚également. Nous nous y sentons bien. C'est notre chez nous. Ce qui ne nous empêche pas d'aimer les voyages. Et les multiples tournées nous permettent de voir du pays. Quant à Los Angeles, elle est devenue notre seconde résidence parce que notre label s'y trouve. Au fils du temps nous nous sommes fait beaucoup d'amis que nous retrouvons régulièrement et avec plaisir...

N'est-il pas trop difficile de conserver son indépendance lorsqu'on appartient à un label major ?

Je ne crois pas. Nous maîtrisons bien notre sujet. Nous ne laissons le soin à personne d'autre de décider ou de vérifier à notre place. En particulier pour la réalisation de nos disques. Nous choisissons le producteur, l'ingénieur du son, le studio d'enregistrement, et les titres qui composeront l'album. Je pense même qu'il ne nous est jamais venu l'idée d'envoyer une démo à une firme de disques. Geffen se contente de signer les chèques et de payer les studios.

Est-ce que Sonic Youth se sent investi d'une mission bien spécifique ?

Composer, jouer, expérimenter. Composer parce que nous sommes, malgré la fuite du temps, toujours heureux d'enregistrer. Jouer parce que se produire sur scène est excitant. Et expérimenter parce que nous cherchons toujours à innover. Communiquer notre amour de la musique, c'est probablement notre mission.

La plupart des artistes estiment très souvent que le disque qu'ils viennent d'enregistrer est la meilleure création de toute leur œuvre. Pensez-vous la même chose de "Dirty" ?

Tous nos albums sont différents. Il est difficile de déterminer quel est le meilleur. Chaque disque reflète ses propres caractéristiques, des caractéristiques liées aux variations de notre état esprit et à des tas d'autres choses pas toujours évidentes à comprendre. "Dirty" a bien été enregistré. Et inévitablement je l'apprécie beaucoup. C'est tout ce que je peux affirmer.

Comment s'est déroulée la "Weld Tour" qui vous a entraîné dans le sillage de Neil Young, à travers les States? Ne pensez-vous pas avoir été  manipulés ?

La tournée s'est parfaitement déroulée. Neil Young est un musicien fabuleux. Nous avons assisté à ses prestations à plusieurs reprises. Je ne pense pas que nous ayons été manipulés. Nous avons apport‚ une bouffée de fraîcheur à cette tournée, et en retour, nous en avons retiré une fameuse dose d'expérience. Evidemment ce n'était pas toujours facile, car le public de Neil Young appartient à une autre génération, alors que le nôtre est plus jeune. Mais nous n'avons pas été manipulés. L'idée ne m'a d'ailleurs jamais effleuré l'esprit. Certainement pas par Neil Young!

Quel est l'impact de MTV aux States ?

MTV est une très grosse chaîne de télévision capable de diffuser 25 programmes en même temps. J'exagère, mais c'est pour vous donner idée de l'importance de cette institution qui détient un chiffre d'audience assez impressionnant. En fait, dans le domaine musical elle fait la pluie et le beau temps. Elle est capable de construire ou de détruire la carrière d'un artiste. Elle ne doit d'ailleurs pas se soucier de la concurrence, puisqu'elle est la seule sur le marché. Nous avons déjà eu la chance d'y apparaître. Pas très souvent, c'est vrai!

Pour l'enregistrement de "Dirty" vous avez engagé Butch Vig à la production. Pourquoi avoir attendu si longtemps avant de confier ce rôle à une personne extérieure au groupe ?

Auparavant, nous n'accordions guère d'importance au producteur, puisque nous assurions nous même cette fonction. Nous n'avons jamais rencontré de gros problèmes pour nous acquitter de cette tâche. Et puis il n'est pas facile de dénicher l'oiseau rare. En général, ils ne comprennent rien à ce que nous voulons. C'est tout juste si nous ne devrions pas leur enseigner comment ils doivent s'y prendre. Butch, lui est venu à la musique de la même manière que nous. Notre formation musicale repose sur les mêmes bases. L'entente ne pouvait qu'être bonne. Et le résultat est excellent!

Qu'est-ce qui différencie "Dirty" de "Goo" (NDR: le précédent album) ?

Le producteur (NDR: Butch Vig!). Le mixeur (NDR: Andy Wallace, personnage qui a notamment travaillé avec Henry Rollins et les Screaming Treess), et puis une équipe de techniciens dont le talent nous a permis d'œuvrer en toute décontraction, de gagner en spontanéité et en assurance. Et tout cela se ressent tout au long de l'album. En fait nous avons surtout voulu nous débarrasser des questions de coordination qui avaient pesé sur "Goo", pour mieux nous concentrer sur notre sujet.

Sonic Youth est-il un groupe violent ?

Non, pas du tout. Nous sommes plutôt des gens paisibles. Si la violence transpire à travers notre musique, elle n'existe qu'à travers l'esprit de celui qui la perçoit comme telle. Pour nous, elle véhicule une forme d'excitation typiquement blanche , une forme d'excitation bien plus vivace que celle qui tente de se manifester à travers la pop music.

Te sens-tu concerné par le phénomène du racisme qui frappe les Etat Unis? Los Angeles et New York en particulier? Comment as-tu vécu l'explosion de violence qui a suivi l'acquittement des policiers blancs inculpés pour avoir molesté un noir à L.A.? Le Ku Klux Klan exerce-il toujours sa violence xénophobe ?

Le racisme demeure encore et toujours un problème de société aux States, un problème qui fait encore aujourd'hui et malheureusement partie de l'existence de l'Américain. Je ne suis pas politicien, mais il m'interpelle. Les émeutes qui ont éclaté à L.A. nous ont quelque peu surpris. Nous étions à New York et avons suivi les événements à la TV. La faute incombe au gouvernement de Georges Bush qui n'a pas pu prendre ses responsabilités et qui a laissé pourrir la situation. A New York je ne crois pas que le phénomène aurait pu prendre une telle ampleur, car la violence est beaucoup moins liée aux problèmes raciaux. Elle existe mais sous une autre forme. Le Ku Klux Klan ? C'est un chapitre embarrassant. Je suis navré que ce type de secte existe encore...

Quelle est ton opinion sur le développement du SIDA, fléau qui semble toucher particulièrement le pays de l'oncle Sam ?

Le monde a dû adapter son mode de vie en fonction de la maladie. Cette affection est horrible... les membres de Sonic Youth ne sont heureusement pas du style à vivre dangereusement. Nous sommes très prudents et ne calquons certainement pas notre comportement sur l'archétype du groupe rock, c'est à dire dont les membres se droguent et mènent une vie sexuelle hyperactive... le danger est trop important!

Steve’s Sonics

L7 ? Elles sont stupéfiantes!

Fugazi ? Bon groupe américain qui conserve la tête sur les épaules!

Axl Rose ? Une plaisanterie!

Madonna ? Une plaisanterie, mais féminine!

Idoles ? Tom Waits, Leonard Cohen, Birthday Party, Neil Young

Vieux ? Un fait de la vie

Jeune ? Le plus longtemps possible

Sonic Youth ? Ma vie!


(Version originale de l'interview parue dans le n° 5 – septembre 1992 - de Mofo)

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