Un dixième album studio pour Idlewild

Idlewild sortira son nouvel opus – un éponyme – ce 3 octobre 2025. Il s’agira de son dixième. En attendant, il a partagé le single intitulé "Stay Out Of Place". Le chanteur Roddy Woomble explique que la chanson traite de la multiplicité des voix et de la…

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La vie explosive de Fine Lame

Groupe de rock poétique incisif, enflammé, tumultueux, exalté, tranchant, Fine Lame convoque le rock français à appétence littéraire et la tradition du spoken word anglo-saxon. Le groupe a sorti un premier Ep 5 titres le 29 novembre 2022 qui évoque tant le…

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The Tea Party

Vivre sa musique avec la même passion que les bluesmen... (archive du mois)

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Chanteur, compositeur et leader du trio canadien Tea Party, Jeff Martin ressemble très fort à Jim Morrison. C'est ce que j'avais pu lire au sein des différents articles consacrés à la biographie du groupe. Mais je ne m'imaginais certainement pas que la ressemblance était aussi frappante. Jeff souffre même d'un léger strabisme divergent comme le défunt et mythique roi Lézard. Et puis sa voix campe le même baryton profond. Il est également poète et plutôt mystique. Heureusement il joue de la guitare et tout comme Jimmy Page porte un grand intérêt à la musique orientale. Rencontre à l’issu de son set accordé dans le cadre du festival Pukkelpop…

Vous avez vécu très longtemps à Windsor, près de Detroit, mais votre firme de disques est canadienne. Tea Party est-il un groupe canadien ou yankee? N'y a-t-il pas une certaine volonté délibérée d'entretenir le mystère?

Il n'y a pas de mystère. En vérité, le groupe a grandi à Windsor dans l'Ontario. Une ville de 120 000 habitants située près de Detroit. Detroit en compte 4 000 000. Ce qui explique pourquoi cette cité subit une très grosse influence de la part des States. A Windsor, la population écoute la radio américaine, regarde les programmes de TV américains, et inévitablement écoute la musique yankee. J'y ai vécu jusque l'âge de 10 ans. Et je dois avouer que j'ai fini par devenir très américanisé. Mais il est très difficile pour un groupe canadien de se faire une place au pays de l'once Sam. Nous n'avons jamais décroché un seul contrat à Detroit. Nous avons dû remonter quatre heures vers le nord. A Toronto. Qui est le centre vital de la musique au Canada. EMI nous y a découvert, et nous a sorti de l'ombre. Aujourd'hui, je vis cependant à Montréal. La ville est beaucoup plus européenne, artistique. Un endroit qui correspond beaucoup mieux à ma sensibilité culturelle, finalement.

Que tu épanches à travers tes lyrics; une sorte de message spirituel?

Je suis très influencé par la poésie française. Charles Baudelaire, Arthur Rimbaud et Paul Verlaine en particulier ; les romanciers anglais Colin Campbell et Robert Graves également. J'ai découvert ma spiritualité en lisant cette littérature. J'explore, à travers mon écriture, les aspects les plus sombres de l'âme humaine. La vie n'a pas que de beaux côtés... Enfin, la religion occupe une place très importante dans mon attitude. J'étais à l'origine de conviction catholique. A l'âge de 16 ans, mon âme a été confrontée aux questions existentielles. J'ai beaucoup réfléchi. J'ai cherché. J'ai énormément lu. Et j'en ai conclu qu'il était nécessaire d'opérer un retour aux sources. Parce que la religion organisée est néfaste à l'humanité. Elle engendre l'intolérance provoque des situations conflictuelles. La foi est personnelle...

Tu crois à la réincarnation?

Oui. (NDR: il entame une grande réflexion sur Nietzsche...)

Au cours de ton set, tu as inclus le refrain de "Love will tear us apart" de Joy Division dans une de tes chansons. Etait-ce une forme d'exorcisme?

Oui. Ou plus exactement un hommage à Ian Curtis. La puissance de son lyrisme m'a toujours impressionnée. Nous avions des goûts, ma foi, très semblables dans le domaine de la littérature et de la poésie...

Est-il exact que tu répugnes tourner des vidéos?

J'apprends à ne plus les détester. En fait, jusqu'à présent, je n'ai toujours pas trouvé un concepteur susceptible de rencontrer mes idées. De faire passer notre symbolisme à travers l'image. Nous ne voulons pas tourner de clip pour le plaisir de le tourner. C'est la raison pour laquelle, jusqu'à présent, nous avons toujours éprouvé des sentiments négatifs à cet égard. Maintenant, nous ne sommes pas totalement hermétiques à cet univers. Il suffirait peut-être de rencontrer le réalisateur compétent.

Nonobstant ton aversion profonde pour les sempiternelles comparaisons avec le Led Zeppelin, je suis au regret de t'annoncer que je trouve de nombreuses affinités entre ton album et le troisième elpee du célèbre dirigeable. Qu'en penses-tu?

Je suppose donc que c'est vrai. L'explication est assez simple. A cette époque, Jimmy Page était influencé par les mêmes guitaristes auxquels je voue une grande admiration aujourd'hui. Page a d'ailleurs également exercé une certaine influence sur moi. Mais il ne faut pas prendre uniquement le passé pour bible. Car si Tea Party laboure dans le même champ que Led Zeppelin, il ne le retourne pas dans le même sens. Je ne dispose pas, par exemple, d'un timbre vocal stratosphérique (NDR: il imite la voix de Plant)... ‘Maybe... babe...’ Tout le monde est influencé quelque part par les autres, et en particulier par les artistes du passé...

Lorsque tu parles de guitaristes auxquels tu voues une grande admiration, je suppose que tu parles d'abord de John Renbourn, de Bert Jansch et de Roy Harper. Et puis, bien sûr de Sony Boy Williamson ainsi que Robert Johnson?

Des modèles! Ils sont parvenus à dynamiser le son de la guitare acoustique en imaginant de nouveaux accords. Des accords susceptibles, comme chez John Renbourn, de sonner comme un luth, un sitar, ou des tas d'autres instruments. Chez Tea Party, j'essaie d'inoculer cette science dans un cadre plus électrique. Mais en y apportant notre propre passion, notre propre humeur, et pas seulement une technique. Roy Harper est davantage pour moi, un ami, un professeur. Il m'a énormément influencé.

Tu as eu le loisir de jouer avec lui!

Nous avons accompli une tournée ensemble au Canada. Et puis nous avons donné un spectacle à Londres au cours duquel nous avons purement et simplement électrifié toutes ses chansons originellement acoustiques. Ce fut un grand moment de fantaisie et de rock'n roll... Sony Boy Williamson, Robert Johnson et BB King appartiennent à un héritage musical transmis par mon père; lorsque tous mes copains écoutaient Ritchie Blackmore et consorts, il m'a demandé de m'asseoir et m'a passé des disques de ces grands bluesmen. Howlin' Wolf également. Sa voix reste pour moi un exemple. Ces racines constituent pour moi une éducation fondamentale qui m’a servi à vivre ma musique avec la même passion que les bluesmen...

Version originale de l’interview parue dans le n° 28 du magazine Mofo de novembre 94.

 

 

Biohazard

Humanistes et extrêmes

Écrit par

Biohazard respire la grande forme. ‘New World Disorder’, le dernier Cd studio en date, tend en tout cas à prouver que le groupe a clairement retrouvé toutes ses ‘ressources’. Pas mal pour un combo extrême annoncé plus d’une fois à la dérive...

« Je partage ton avis! Ce cd-là est vraiment une bombe », nous lance gaillardement Billy Graziadei (guitariste furieux de métier). « J’estime d'ailleurs qu'on n'avait jamais réussi aussi fort. ‘New World Disorder’ c'est vraiment Biohazard à son meilleur niveau. Cet album nous pose d'ailleurs un problème, car nous nous demandons franchement comment nous allons pouvoir faire mieux » (NDR : affirmation suivie d'un rire gras). Il est vrai que des titres tels que ‘Resist’ (rien à voir avec feu Sepultura), ‘Salvation’, ‘Skin’ ou ‘Dogs Of War’ constituent de véritables ‘missiles’ de hardcore métallisé et flambé de la plus virulente espèce. Pas de doute, Biohazard a repris le mors aux dents avec rage, après un ‘Mata Leao’ qui en a laissé pas mal sur leur faim.

Faire Big mais pas simple

« Nous avons abordé l'album avec l'envie de réaliser quelque chose de grand, mais aussi de simple », explique Billy. « En fait, nous tenions absolument à bénéficier du son le plus live, le plus net, le plus direct et le plus percutant possible. Nous avons donc tout simplifié au maximum. Peu de temps en studio, pas de fioritures, juste la hargne de nos compos et un son qui canonne un maximum. Biohazard, c'est ça. Notre meilleur visage, il est là. Nous n'avons besoin de rien d'autre. Notre énergie est notre meilleur message et notre meilleur moyen de communication. En concert, j'adore ressentir les vibrations qui animent le public lorsque nous passons la surmultipliée. C'est géant, c'est grandiose. C'est ce que nous avons voulu approcher sur disque, au maximum: le contact direct en moins, bien évidemment... Je conseille donc vraiment à ceux qui veulent ‘ronronner’ d'écouter autre chose !» Billy se marre, à nouveau, toujours délicatement. Ceci dit, son discours est sans doute adéquat. D'une part, il est vrai que Biohazard n’est jamais aussi percutant que lorsqu’il preste en toute simplicité mais fermeté. Et, d'autre part, la production de l'album, signée Ed Stasium, est adroite de discrétion et de justesse. Juste les paramètres essentiels, et on y va ‘à fond les manettes’. « Ed nous a bien compris, il a bien pigé qu'il devait juste bien nous ‘rendre’. Il avait affaire à des fauves et il devait juste capter leur énergie ». Pari tenu, sans aucun doute...

Du premier jet

Au niveau de ‘l'expression’, le groupe n'a pas fait dans la dentelle non plus, comme d'habitude: « Notre but n'a jamais été de révolutionner le monde, ni même de donner des leçons. Nous livrons nos sentiments, nos sensations, nos perceptions. A l'auditeur d'en faire ce qu'il veut. Nous nous sentons concernés par ce qui se passe autour de nous, comme tout un chacun je crois. Nous livrons donc nos états d'âme. A notre avis, nous vivons une époque très désordonnée, avec son lot imposant d'inepties. Il faut en parler, car les gens doivent être conscients. Or, on les incite à ronronner et s'isoler. On les pousse vers des cultures de masse et, dans le même temps, on perd le respect de l'individu. J'ai, pour ma part, vraiment horreur de ce système. Ce n'est pas normal. Nous en parlons, nous nous exprimons sur ces sujets. C'est important pour nous ». Côté textes, Biohazard travaille également dans la simplicité et la netteté. « Le premier jet est toujours le meilleur », prétend Billy. « C'est comme pour les lignes principales des compos en général. Pas besoin de tourner autour du pot, de faire et de refaire les prises ; le message principal est souvent livré en l’état, sans qu'on y repense et qu'on y repense, qu'on le retravaille dix fois. En fait, dans notre genre, nous sommes des humanistes », explique-t-il encore. « Nous sommes très concernés par ce qui touche à l'espèce humaine, aux individus en général. Nous n'avons aucun pouvoir à faire valoir, mais nous parlons de ce qui les concerne. En voyageant à travers le monde, nous avons découvert des situations dramatiques. A l’origine, nous ne connaissions que celles qui sévissent à Brooklyn! Aujourd'hui, notre vision des événements, sur cette planète, est bien plus large ».

Bye Bob!

Dans son fonctionnement, Biohazard est un groupe terriblement démocratique et il le revendique. « Nous travaillons vraiment très fort en commun », affirme le guitariste. « Nous ne pourrions pas œuvrer autrement. Le groupe rencontre richesse dans l'apport de chacun. Nous composons, nous développons nos chansons ensemble, chacun trouvant la place nécessaire à son expression dans le répertoire du groupe. Nous nous sentons vraiment à l'aise au sein de cette formation, surtout depuis le départ de Bobby (NDLR : Bobby Hambell, parti il y a trois ans) ». Tout baigne donc pour un Biohazard qui, plus que jamais, s'érige en véritable empereur de son registre. « Nous n'avons pas besoin de dominer qui que ce soit », clame pourtant Billy Graziadei. « Nous voulons juste être très forts pour notre public et lui apporter ce qu'il est en droit d’attendre de nous ». A l’écoute de ce nouvel album, il est servi. C'est une évidence!

Article paru dans le n° 78 de novembre 99 du magazine Mofo.

Rebellion

La rébellion silencieuse.

Écrit par

Sans être la découverte de l’année, “Arise: From Ginnungagap To Ragnarok - History of the Vikings, Vol. III”, le nouvel album des Allemands de Rebellion, est intrigant. Aussi, on ne s’est pas fait prier lorsque leur label (Massacre Records) nous a proposé une interview. C’est Tomi Göttlich le bassiste qui s’y est collé. Entre les choses qu’il ne préférait pas dire, les choses qu’il ne voulait pas dire et celles qu’il ne pouvait pas dire, on ne peut pas dire que cette rébellion-là soit des plus bruyantes. Interview sympathique d’un rebelle, qui manifestement ne veut se fâcher avec personne.

Musiczine.net est un magazine musical d’intérêt général. Nos lecteurs ne sont pas forcément des fans de Heavy Metal. Pourrais-tu leur présenter Rebellion ?

Tomi Göttlich : Rebellion est un groupe qui pratique un certain type de Heavy Metal. Il est même difficile à décrire. D’ailleurs, j’estime que cette analyse est davantage du ressort des journalistes. Nous venons définitivement des eighties, car nous ne sommes plus des teenagers ; mais nous avons essayé d’incorporer quelques influences plus modernes pour créer notre propre style et notre propre identité. A l’auditeur de juger si nous y sommes parvenus.

“Arise: From Ginnungagap To Ragnarok - History of the Vikings, Vol. III” constitue votre cinquième album, et le troisième d’une trilogie consacrée aux Vikings. Pourquoi avoir porté votre dévolu sur les célèbres guerriers scandinaves. N’était-il pas beaucoup plus intéressant, en tant qu’Allemands, de parler de l’histoire de votre propre pays ? Un album concept sur les chevaliers teutoniques, par exemple ?

T.G. : D’une manière générale, nous pensions que les Vikings étaient un sujet passionnant quand nous avons décidé de démarrer cette trilogie. A présent, il semble qu’énormément d’autres groupes ont aussi choisi d’écrire sur ce sujet. Nous avons cependant décidé de l’achever, au risque de se voir taxer de suiveurs. Bien sûr, on pourrait penser qu’un groupe allemand est mieux placé pour parler de sujets autochtones ; mais, en tant que professeur d’histoire, j’aime bien creuser profondément des matières que je ne connais pas encore. Ce qui ajoute un peu de piment à ma vie professionnelle.

« Thor » est vraiment une chanson épique extraordinaire. Un pur moment de magie. Avez-vous un jour rêvé d’interpréter ce genre de titre, soutenu par un orchestre symphonique, comme certains groupes contemporains de métal l’ont réalisé ?

T.G. : Effectivement. Ce serait un rêve. Mais c’est surtout une question d’argent, car il faut payer tous ces musiciens.

A l’écoute d’“Arise: From Ginnungagap To Ragnarok - History of the Vikings, Vol. III”, on peut sans conteste entendre l’influence de deux groupes principaux dans votre musique: Grave Digger et Iced Earth. Y en a-t-il d’autres ?

T.G. : Il est assez difficile de se juger soi-même. Je préfère ne pas émettre de commentaires sur ce sujet et laisser à d’autres le soin de le faire.

Je n’ai pas trouvé de dates de concerts sur votre site web  (http://www.rebellion.st) ou sur votre page MySpace (http://www.myspace.com/rebellionfromhell). Vous vous produisez en ‘live’ ?

T.G. : Absolument ! Nous sommes occupés de mettre à jour notre agenda. Nous serons sur la route dès le début de l’année prochaine.

Tomi et Uwe, vous avez tous les deux milité chez le groupe métal culte Grave Digger. Pourquoi êtes vous partis ? Êtes vous toujours en bons termes avec Chris Boltendahl (NDR : Le leader de Grave Digger) ?

T.G. : Nous ne sommes en aucuns termes avec lui, et nous ne voulons pas l’être. Tu peux donc en conclure que le split n’a pas été amical et c’est pourquoi, une fois de plus, je ne désire rien ajouter en à ce sujet. Il n’y a pas de choses gentilles à dire et je n’aime pas dire du mal des gens qui ne sont pas là. (NDR : Suivant cette source pas toujours fiable à 100% qu’est internet, il semblerait qu’il y ait un litige entre Chris Boltendahl et Uwe Lulis parce que ce dernier aurait voulu garder le patronyme ‘Grave Digger’ quand il a quitté le groupe ; ce qui est à notre humble avis un peu ridicule, puisque Boltendahl est l’âme du ‘Creuseur de Tombes’, et que sans son timbre de voix unique, le combo ne pourrait probablement pas exister).

Est-ce qu’un groupe comme Rebellion peut vivre de sa musique ou bien exercez-vous une profession en parallèle, pour joindre les deux bouts ?

T.G. : Non, nous ne pouvons pas vivre de notre musique. Nous sommes déjà très contents quand les royalties couvrent nos dépenses.

Simone est une des deux guitaristes de Rebellion. N’est-ce pas trop difficile pour une fille d’exercer ce rôle dans le monde plutôt misogyne du Power Metal ? Lorsqu’elle est sur scène, les remarques irrévérencieuses ne doivent certainement pas manquer. Les considère-t-elles comme offensantes ou comme relevant du grand ‘Cirque du Heavy Metal’

T.G. : Simone n’est pas présente et je ne peux pas répondre à cette question à sa place. Nous sommes très heureux cependant de son implication dans le groupe et elle se débrouille vraiment bien.

En compagnie de quelle formation majeure aimeriez-vous tourner ? Vous êtes-vous déjà produits hors du Vieux Continent ?

T.G. : Rebellion n’a jamais joué hors de l’Europe. Nous n’aimons pas vraiment nous produire en première partie. Nous préférons la tête d’affiche.

Je suppose que la “Trilogie Viking” est terminée. Quel sera le sujet du prochain album ?

T.G. : Certaines idées trottent déjà dans nos têtes ; mais il n’est pas encore possible d’en parler pour l’instant.

De nos jours, beaucoup de musiciens jouent dans plusieurs groupes ou projets en même temps. Qu’en est-il des membres de Rebellion ?

T.G. : Nous participons à l’aventure d’autres groupes et projets, mais Rebellion est notre groupe principal.

En Allemagne, le Power Metal est une institution. Il existe des centaines de bons groupes issus de votre pays. Qu’est-ce qui, à ton avis, fait la différence entre vous et eux ? Que dirais-tu à nos lecteurs pour les décider à acheter ton disque plutôt que celui d’un autre groupe allemand ?

T.G. : Beaucoup de groupes jouent de la bonne musique, mais en général, ils préfèrent ce qu’ils créent. Chaque musicien estime sa musique meilleure que celle des autres. Je ne désire pas vraiment déprécier les autres artistes et préfère donc laisser le choix aux auditeurs.

Un dernier mot pour vos fans belges ?

T.G. : Keep it heavy, Metal is Rebellion.

The Beta Band

Version 1.0

Malgré un goût prononcé pour les accoutrements loufoques, une mise en scène de leurs concerts pour le moins visionnaire, une approche dadaïste des designs de leurs pochettes et un recours aux lyrics symboliques, les musiciens de Beta Band font preuve d’une maturité intellectuelle, que nous ne soupçonnions pas. Ils savent ce qu’ils veulent. Connaissent l’histoire du rock’n roll. Et laissent finalement peu de place à la fantaisie. Une exception, le studio. Là, ils prennent véritablement leur pied, en jammant pendant des heures. Richard Greentree, le bassiste, et John Mc Lean, le programmateur, s’expliquent…

Peut-on dire que le Beta Band soit un succédané de l’histoire du rock’n roll ?

R : Oui !
J :  Mais progressivement, nous allons essayer de ne conserver que nos propres influences. Celles qui sont internes, pas externes au groupe. C’est la meilleure solution pour aller de l’avant.

Apparemment, vous ne semblez pas trop satisfait de votre nouvel album. Enfin, de la production. Est-ce exact ?

R : Parce qu'il n'est peut être pas aussi parfait qu'il aurait pu l'être. Mais non, je l’aime beaucoup. Il est superbe cet album J : Lorsqu’on crée quelque chose soi-même, on a tendance à jeter un regard de plus en plus critique sur sa propre création. Mais c’est un bon album. Vous pouvez l’acheter les yeux fermés. En fait, c'est surtout du producteur que nous n'étions pas satisfaits!

Est-il exact que vous avez l’intention de remixer chacun des titres de ce disque ? Et si c’est le cas, à qui allez-vous confier cette tâche ? A un DJ, à un autre producteur ? Ou vous sentez-vous capables de l'autoproduire ?

R : Non. L’album est comme il est, et nous n’y changerons plus rien. En fait, nous avons l’intention de sortir un album d’ambient, destiné à susciter des remixes. Mais, c’est toujours à l’état de projet.
J : Tu sais, nous nous sommes rendus compte des problèmes de production, en plein milieu des sessions d’enregistrement Nous n’avions pas fait le bon choix. Nous voulions amener des idées personnelles, mais le producteur était obnubilé par le son analogique. Il avait un blocage. Et nous nous sentions frustrés. Il était têtu comme une mule. Alors on l’a remercié.
R : En réalité, il rejetait sans cesse nos idées. Il faisait une fixation sur les sonorités revivalistes, qu'il estimait plus chaudes et plus bénéfiques au groupe. Il voulait impliquer davantage de guitares. Parce qu’il pensait qu’elles apporteraient un plus. Je ne sais pas. Nous n’étions pas d’accord sur la définition de la musique. De notre musique. Il était très tatillon. Il prétendait que la musique s’assimilait beaucoup mieux lorsqu’on pouvait la danser. Et lorsqu’on a pris congé de lui, il n’était vraiment pas heureux…

Ne penses-tu pas que si la production avait été encore été plus sophistiquée, l’album serait devenu franchement compliqué, alors qu’il est déjà complexe ?

R : Justement ! Nous voulions que l’album soit moins travaillé. Qu'on y voie moins la griffe du producteur. Finalement, nous avions besoin d’un bon ingénieur du son, pas d’un producteur.
J : Si, si, pourquoi pas un producteur, mais pas un mec qui mette sans cesse son nez dans nos affaires.
R : Ce qui explique pourquoi la deuxième partie de l’album épouse un style totalement différent. C’est d'ailleurs une nouvelle direction que nous comptons emprunter dans le futur.

Si nos renseignement sont exacts, la version originale de "The hard one" a été expurgée du sample de Bonnie Tyler, “ Total eclipse of the heart ”, parce que son auteur vous avait refusé l'autorisation. Cette interdiction est-elle définitive ?

R : En fait, celle qui figure sur l’album est la version originale. Elle devrait, il est vrai, sortir sous cette nouvelle version, dans un avenir proche…

Pourquoi les percussions et les effets spéciaux prennent-ils une place aussi importante dans votre musique ?

J : J’imagine que la présence des effets sonores n’est pas gratuite, mais qu’à contrario, ils font partie intégrante de la mélodie. Les percussions sont des éléments qui nous intéressent tous au premier degré. Parce que nous sommes tous quelque part percussionnistes.

Vous avez, je suppose, également recours à des instruments insolites, tels que la batterie de cuisine, quitte à en sampler les sonorités produites ?

R : Ce type d’instrumentation était, à l’origine, une nécessité. Mais aujourd’hui, nous avons moins recours aux ustensiles de cuisine (rires). Ils ont retrouvé aujourd’hui une place qu’ils n’auraient jamais dû quitter, la cuisine… 

Quelle part prend l’improvisation, dans la musique de Beta Band ? Live ? En studio ?

R : Sur scène, tout est bien structuré, programmé, tandis qu’en studio nous parvenons même à composer de nouvelles chansons, rien qu’en jouant ensemble…

Votre méthode de travail va carrément à contre courant des autres groupes ?

J : Il arrive qu’en studio nous utilisions un computer keyboard. Et tout le monde jamme à l’aide de cet instrument, et pas seulement avec une guitare ou une basse…

De toute évidence, vous prenez davantage votre pied en studio que sur les planches ?

R : Effectivement. Et puis, en studio il y a moins de monde.

Pas nécessairement. Il arrive qu'un concert se produise devant un public clairsemé. Nous avons même été témoin d'un set qui s'est déroulé devant une dizaine de personnes. C'était pourtant un excellent groupe britannique.

J : Cette aventure nous est également arrivée. Et en studio, il y en a au moins trente.
R : Mais nous n’avons jamais véritablement expérimenté le live, parce que nos prestations sont extrêmement structurés. Nous n’avons vraiment pas le temps de nous égarer dans une quelconque expérimentation. En studio, nous avons tout le temps de jammer. Un exercice de style que nous adorons. On y est d’ailleurs très bons. Mais en concert, nous ne nous y risquons jamais…

Un jour, vous avez déclaré qu’il n’existait plus de culture jeune aujourd’hui. Ni mods, ni punks, ni rockers. Pour vous, la techno ne reflète donc pas l’esprit de la nouvelle culture contemporaine ?

J : Non, pas du tout ! Toute musique qui rétrécit son champ d’investigation, n’a plus aucun intérêt. Elle se ferme l’accès à l’expérimentation. En fait le public pense que la techno est expérimentale, alors qu’elle n’est qu’un outil destiné à faire danser. Le hip hop était beaucoup plus intéressant, parce qu’il nécessitait un challenge. Enfin, il existe quand même l’une ou l’autre forme de techno qui suscite notre intérêt. Celle qui est pratiquée en Allemagne, notamment…
R : Ce qui m’inquiète le plus, c’est l’étroitesse d’esprit des jeunes qui déifient la techno…
J : Lorsque tu me causes de culture jeune, je pense spontanément au marketing. Si tu ne parviens pas à coller à la mode, tu t’exclus du cercle des branchés. Donc tu dois acheter tel type de fringues, écouter tel type de musique, etc. Lorsque l’acid house s’était révélée, personne ne se posait ce type de question. Tout le monde vivait le temps présent, prenait son pied sans regarder autour de lui. S’exprimait sans devoir faire abstraction de sa propre personnalité. Et puis le phénomène s’est acidifié. Tout le monde s’est focalisé sur le mot acide. C’est devenu une affaire de fric. Donc pour moi, la culture jeune est manipulée par le fric.
R : La culture jeune n’a plus le temps de se développer, parce qu’elle est immédiatement rattrapée par le fric. Elle est bouffée par le marketing. C’est comme si la culture était devenue financière.
J : Et la plupart des médias font tout pour maintenir la situation en place. Ce qui leur permet ainsi de traiter tout ce qu’ils veulent sans trop se creuser la cervelle. Un stratagème qui fait vendre, et puis qui empêche les jeunes de penser. Ces médias pensent ainsi à la place des jeunes, c’est beaucoup moins risqué, et surtout moins fatigant…

Jérémy & Bernard Dagnies.

Merci à Vincent Devos

Interview parue dans le n° 77 d’octobre 1999 du magazine Mofo.

 

Plaid

Electronica pour rire

Écrit par

Pour enregistrer "Rest Proof Clockwork", le duo britannique explique avoir concocté une sorte de ‘funky music pour gamins’. Electronique, chaud, accessible, traditionnel dans un certain sens et non dépourvu d'humour, ce disque a même failli emprunter une orientation plus clubby. Ed Handley et Andy Turner sont étonnés que ce phénomène ne se soit pas produit. C'est qu'ils adorent les surprises dans le travail!

Ce nouvel album porte-t-il la griffe ‘Warp’, d'après toi?

Ed Handley : je n'irais pas jusqu'à le prétendre. Nous aimons certains artistes qui ont signé sur Warp et nous nous tenons au courant de leurs travaux. Certains nous ressemblent peut-être un peu plus que d'autres ; mais en général, chaque signature sur Warp a son identité propre. Dès lors, ce disque n'est pas identifiable immédiatement comme un album Warp ; je ne crois pas.

Votre griffe, c'est quoi alors? L'expérimentation?

Hum, pas vraiment. Je crois que ce domaine est plutôt exploré par des gens comme Autechre ou Squarepusher. Nous sommes plus traditionnels dans pas mal de domaines. Par exemple, nous utilisons de bons vieux synthés pour développer des harmonies et des mélodies.

Vous êtes plutôt des compositeurs?

Oui, même si ce terme peut véhiculer un sens un peu pompeux, nous sommes des compositeurs. En fait, nous ne sommes pas de super instrumentistes. Sur cet album, nous avons d'ailleurs travaillé en compagnie de vocalistes, d’un guitariste, un bassiste, un percussionniste et des dj's. Nous sommes aussi déjà occupés de bosser sur de nouveaux morceaux avec un type qui fait du rap et de la poésie. Il sera probablement sur le prochain album. Mais c'est normal : puisque nous faisons pratiquement tout nous-mêmes, nous ne manions pas un instrument mieux qu'un autre.

Premières fois

La première fois qu'Ed et toi vous vous êtes croisés...

Andy Turner : c'était à l'école, dans l'est de l'Angleterre. Quand nous étions ados, nous écoutions les premiers disques de hip hop. C'est aussi sur la scène hip hop que nous effectué nos premiers pas. C'est ainsi que j'ai vraiment connu Ed. De là, nous nous sommes intéressés à une certaine soul, au funk et au jazz. C'est peut-être la raison pour laquelle aujourd'hui, nous sommes très ouverts à tant de genres différents.

Avant de vous cacher sous Plaid, un pseudo avec lequel vous avez notamment épaulé Björk lors d'une tournée, vous étiez les deux tiers de Black Dog...

Nous avons produit des disques pendant 6 ou 7 ans sous ce nom. Nous avons enregistré 4 albums, réalisé pas mal de remixes et quelques Ep's. Il y a trois ou quatre ans, nous nous sommes séparés de Ken Downie qui a continué sous ce nom et a même sorti un album, je crois, intitulé "Music For Adverts And Short Films". Nous ne partagions plus la même conception de l'évolution musicale du projet. Au départ, Ed et moi voulions que le patronyme disparaisse aussi ; mais après mûre réflexion, nous ne nous sommes plus opposés à la poursuite de l’aventure Black Dog, menée par Ken…

Vous expliquez ne pas collectionner les disques ; d'où vous viennent vos influences dans ce cas ou du moins votre inspiration?

C'est vrai, comme nous ne faisons plus des masses de ‘dj'ing,’ nous n'achetons pas des tonnes de disques. Notre inspiration vient dès lors des situations que nous vivons dans la vie de tous les jours. Manifestement, notre musique est plus issue d'émotions que d'autres styles de musique que nous aurions voulu adapter à notre sauce. Bien sûr, ces influences sont présentes, mais nous ne sommes des émules de personne.

Comment en êtes-vous arrivés à ce ‘funk pour gamins’?

A l'origine, nous pratiquions la musique comme hobby. J'étais dj et Ed écrivait déjà un peu, à partir de beats hip hop. Quand nous avons commencé ensemble, nous nous intéressions à pas mal de styles, sur la scène britannique et sur celle de Detroit. Mais la musique électronique nous semblait manquer cruellement de mélodies. Tout était fort basé sur les éléments rythmiques. L'acid, les raves... C’est ce qui nous a poussé à opter pour cette direction…

Vous travaillez toujours en duo?

Nous travaillons souvent séparément, en fait. J'imagine que c'est le cas pour nombre de formations électroniques. Notre studio commun est articulé autour d'un gros ordinateur ; dès lors, on ne peut pas vraiment y travailler à deux en même temps. Certains titres sont le fruit de collaborations, d'autres sont le résultat d'idées développées séparément. Chacun dispose de son matériel, ce qui nous facilite le boulot. Et puis, on peut plus facilement se laisser aller à la fantaisie ; quand on collabore, il y a toujours des compromis à faire...

Et après?

Déjà une idée du prochain album?

Andy Turner : Il devrait comprendre du matériel audio-visuel. Nous travaillons aussi sur des animations et l'idée est de sortir un Dvd par exemple.

Vous n'enregistrerez donc jamais de dance ?

Nous avons vaguement essayé, mais c'est vraiment pas notre truc. Quand nous optons pour une orientation précise, systématiquement, on emprunte la tangente. C'est assez difficile à faire d'une part, et ça mène rarement à la musique la plus originale ensuite.

Vos sets ne sont donc pas particulièrement dansants!

Parfois quand nous jouons live, nos sets plus abstraits provoquent un peu de confusion dans l'esprit des gens. C'est compréhensible, d'autant que nous en avons déjà joués en club. Actuellement, nous sommes très attentifs aux endroits où nous nous produisons, et nous adaptons notre setlist en conséquence.

Vous l'emmèneriez où, votre musique?

Sur un site ensoleillé, genre une île des Caraïbes. Dans un endroit pas trop peuplé... Avec du soleil en tout cas. Nous attendons toujours qu'on nous propose un gig dans un coin comme celui-là. En Jamaïque par exemple ou à la Barbade, mais nous n'avons pas encore eu cette chance...

(Article paru dans le n° 75 du magazine Mofo d’août 99).

Frank Black

The Man In Black

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Si Frank Black vient de se mettre au régime, il y a belle lurette que son inspiration est, elle, anorexique. Pourtant, l'empathie l'emporte toujours lorsqu'on rencontre ce très gros nounours gentil, pas amer pour un sou, et dont la foi –catholique mais sans l'Inquisition– dans le rock et sa musique est aussi grande que celle qu'il place dans les petits hommes déjà venus de l'espace...

Pourquoi avoir une nouvelle fois utilisé un deux-pistes pour enregistrer "Pistolero"?

Ça ne coûte pas cher et en plus, le résultat me paraît supérieur, parce qu'il me ressemble... C'est plus brut...

Es-tu parfois frustré par ton statut et le manque de considération dont tu fais l'objet?

Personne ne mérite de considération, en particulier dans le milieu du rock. On n'a jamais raison. On ne reçoit que ce qu'on mérite.

Mais les Pixies avaient inventé un concept ; et en les copiant, des groupes grunge ont gagné beaucoup plus d'argent que vous…

Mais j'ai gagné beaucoup d'argent ! On ne peut pas décemment être fâché parce que quelqu'un gagne plus que soi. Et puis, qu'est-ce qui compte? En ce qui me concerne, je peux me payer à bouffer dans n'importe quel restaurant!

Tu y vas souvent ?

Tout dépend de ce qu'on entend par ‘souvent’. Disons facilement deux fois par semaine. Mais qui n’établit pas le lien entre le plaisir et la nourriture? Pour beaucoup de monde, et j'en fais partie, manger est l'une des choses les plus importantes...

Tu te sens bien dans ta peau de ‘gros’?

Faut croire que non puisque j'essaie de perdre du poids en mangeant moins et en faisant de l'exercice!

Est-ce facile de faire régime?

C'est plus simple quand on a recours à un diététicien. Parce que s’imposer un régime personnellement, c'est dur... J'ai déjà perdu un peu poids –5 kilos, ce qui dans mon cas, n'est pas très significatif.

Et E.T. dans tout ca?

D'où vient cet amour de la langue espagnole que tu utilisais à la fois chez les Pixies et puis dans ta carrière solo?

Je crois que c’est dans ma culture ; je veux dire la culture américaine. Pourtant, je ne suis pas très bon en espagnol. Disons que je me débrouille.

Quel est ton avis sur la musique latino, très à la mode ici actuellement?

A Los Angeles, elle passe beaucoup à la radio ; mais on y entend davantage de trucs chicanos que de la musique cubaine, plus en vogue à New York ou Miami bien sûr. Cette idée de village global me plaît bien, comme d'ailleurs le fait que des musiciens issus de tous les horizons puissent passer leur musique dans des médias du ‘Wonderful West’.

Tu n'as pas de plan, du genre enregistrer un disque en compagnie des Gypsy Kings, par exemple?

Non, parce qu'ils font ce qu'ils font. Et puis, ils sont originaires de Bayonne. Moi je viens de Los Angeles.

Ton avis sur la politique de 4AD qui continue à piocher dans l'héritage des Pixies?

Je ne peux pas vraiment m'en plaindre puisqu’elle me permet de toucher des royalties... Ça ne me dérange franchement pas. C'est comme faire briller une vieille voiture...

Quelle est le point commun entre Billy Radcliffe (un des titres phares du dernier album) et disons… Alec Eiffel?

Les deux sont liés à l'aéronautique. "Alec Eiffel" est une chanson biographique à propos de la relation entre Alec et Gustave Eiffel, le constructeur de la tour Eiffel, considéré comme un pionnier de l'aérodynamique. "Billy Radcliffe" est aussi un récit biographique à propos du premier bébé né dans l'espace. Bien sûr, il vit, souffre et meurt à cause de l'aérodynamisme, étant ce qu'il est là où il vit. Peut-être est-il le fils spirituel d'Alec Eiffel...

La simplicité semble être la base de ce que tu proposes actuellement. Penses-tu que la scène rock est trop cérébrale?

Non (il rit)! Elle ne me semble pas cérébrale du tout. Le rock est ce qu'il est. Je crois au rock'n'roll ; mais je ne crois pas forcément à la scène rock actuelle. Elle est une simple pierre dans la statue du rock.

Penses-tu appartenir au présent, au passé ou être un visionnaire?

Je suis du passé et du présent, mais c'est gentil de dire que je suis aussi du futur!

Tu t'attends à quelque chose de spécial de la part des extra-terrestres pour l'an 2000?

Non, je ne crois pas à cette connerie de l'an 2000!

Mais tu crois aux martiens…

Certains jours oui, d'autres non. Tout dépend de quel côté de mon lit je sors le matin (rires).

Le ‘Jeffe’ et les catholiques vont-ils lancer une inquisition rock'n'rollienne?

Non, non. Nous sommes de mauvais catholiques, à l'esprit ouvert et large, des libéraux... Bien que je doive avouer quelques fantaisies sexuelles, du genre attacher des filles et les ‘torturer’. Mais rien de sérieux comparé à l'inquisition espagnole.

Dernière question: tu as des nouvelles de Kim et des autres ?

Les autres ont aussi un nom, tu sais? En fait, je vois tout le temps Joe. Quant aux autres, pas de nouvelles! Pas une lettre, un coup de téléphone... Rien! Nada!

(Article paru dans le n° 74 de juin 1999 du magazine Mofo)

 

Luna

Le jour et la nuit

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Mercury Rev, House Of Love... les références évoquées par "The Days Of Our Nights", le nouvel album des Américains, sont toutes de cette veine doucement mélancolique où les chansons trahissent une émotion à fleur de peau... Malgré cette cinquième plaque fort réussie, le groupe mené par Dean Wareham, l'ex-Galaxie 500, vient néanmoins de se faire jeter par sa firme de disques aux States. Une injustice qu'évoque, entre autres, le guitariste Sean Eden.

Ce nouvel album, produit par Paul Kimble (Grant Lee Buffalo), fait une fois encore la part belle aux guitares et aux textures musicales ; tu les travailles beaucoup au préalable?

Certaines d'entre elles en tout cas. Aux sons les plus bizarres et les plus complexes auxquels nous voulons arriver, nous consacrons bien sûr un peu plus de temps. Pendant l'enregistrement, je me retrouve parfois avec une vingtaine d'effets différents à traiter ; c'est plutôt long et parfois même, je n'arrive pas au résultat escompté, mais ce que j'obtiens est intéressant aussi. Evidemment, nos albums ne sont pas de ceux qui accrochent dès les premières secondes, surtout le dernier ; ils nécessitent quelques écoutes répétées.

Est-ce qu'un guitariste peut avoir les mêmes sources d'inspiration qu'un auteur ?

Je suis en général plutôt impulsif. C'est de la musique du groupe que je m'inspire le plus souvent, jamais des textes. Tout dépend de ce qui m'entoure. Quand je suis dans ma chambre à travailler sur une idée, je tombe parfois sur une ligne dont je deviens... amoureux, et je la développe. Mais ce travail reste instinctif, ce n'est jamais étudié ou préparé. Quand je fais des prises, je garde toujours celle qui m'inspire le plus. En studio, je travaille de la même manière, que je joue un solo ou un rythme basique. On sent tout de suite ce qu'on aime le mieux, sans y penser vraiment, instinctivement. C'est le plus important à mes yeux : une fois sur bande, on entend tout de suite dans quel état d'esprit le morceau a été joué, même s'il ne s'agit que de deux notes. Certains guitaristes sont trop réfléchis, je trouve, et ça s'entend aussi.

A quel genre d'activité peut-on dès lors se livrer en écoutant ce disque? Quelque chose d'impulsif également?

Peut-être (rires). Une chose est certaine : ce n'est pas un album de rock. Nous ne sommes plus rock que sur scène. C'est un disque à écouter en nocturne, éventuellement dans un état second, qui a du sex-appeal aussi. Il ne faut pas forcément l'écouter en faisant l'amour... Disons qu'il circule dans une certaine veine romantique...

Vous être romantiques?

Non, enfin d'une certaine manière... Je ne sais pas. Je crois que nous sommes surtout cyniques. Et romantiques d'une certaine manière? Qui sait? D'une manière compliquée, parce que la vie est compliquée (rires).

Pourquoi tant de différence chez vous entre le disque et la scène?

D'une certaine façon, c'est naturel : les choses ont toujours tendance à être un peu plus brutes et énergiques sur scène. Je crois que c'est autant dû au groupe lui-même qu'aux gens qui l'entourent. Je me suis parfois dit que les chansons que nous avons enregistrées auraient pu être plus agressives, mais quand nous sommes en studio, nous avons une sorte de tendance naturelle à être plus profonds, plus... propres. Il y a tellement d'occasions en studio de se lancer sur des pistes très différentes, d'en faire toujours plus, parfois trop... Nous sommes différents selon les circonstances, ce qui est appréciable, du moins à mon avis.

Vous avez opté pour un producteur pas forcément réputé... mais vous en êtes manifestement contents!

L'enregistrement s'est effectivement très, très bien passé. Même parfois trop bien, dirais-je. Paul Kimble est un type qui ne traîne pas en route. Avec lui, pas la peine de multiplier les prises. Avec moi qui suis probablement le plus perfectionniste du groupe, ça aurait pu se passer nettement plus mal. J'ai juste été frustré de ne pas pouvoir accorder une ou deux heures de plus à l'une ou l'autre chanson...

Au rayon des comparaisons entre Luna et d'autres groupes, on cite parfois Mercury Rev...

Ce sont des amis à nous. Nous avons tourné ensemble, mais nous sommes différents. Ils sont plus psychédéliques que nous ; sauf peut-être sur "Deserter's Song", que je trouve plus romantiquement grandiose, avec plus de claviers et de cordes. Ceci dit, c'est un excellent disque...

Pourquoi cette étonnante cover de Guns N'Roses sur "The Days Of Our Nights"?

A l'origine, elle ne devait être qu'une face B. Puis, Elektra, notre firme de disques aux States, nous a demandé de l'inclure sur cet album. Et ensuite, ils nous ont virés (rires)... L'actuel président a dû décréter qu'il avait fait assez de fric sur notre dos et qu'il était temps pour lui de redevenir un peu plus conservateur! C'est un peu le cas chez toutes les majors, pour l’instant, du moins aux Etats-Unis. Bref, cette cover était au départ une petite plaisanterie faite en répétition. A force, on s'est mis à l'aimer.

Des commentaires de la part d'Axl Rose?

Je ne connais pas ce type, à mon avis, il doit être con... Je ne pense pas que Guns N'Roses soit un grand groupe, mais c'est une bonne chanson. Je ne suis même pas sûr qu'il soit au courant que nous l'ayons reprise...

Et cette chanson, plus ancienne, que vous avez intitulée "23 Minutes In Brussels", elle parle de quoi?

Elle fait référence à un disque de Suicide qui s'intitulait "14 Minutes In..." quelque chose... Je crois qu'à l'époque, ils avaient dû se faire jeter d'une scène à Bruxelles... C'est un peu vague comme réponse, désolé de ne pas pouvoir être plus précis!

 (Article paru dans le n° 73 du magazine Mofo de mai 1999)

Mogwai

La musique, ça se passe dans l’oreille plutôt que le cerveau…

John Cummings et Stuart Leslie Braithwaite, membres de Mogwai, sont plus à l'aise derrière une guitare que devant un journaliste. Ils balbutient deux mots, se regardent et replongent dans leur mutisme... Durs à décoincer, les deux Ecossais, âgés respectivement de 21 et 23 ans! Mais on croit y être arrivé. Après avoir sué...

Evacuons d'abord la question obligée sur l'étiquette ‘post-rock’, puisque Leslie ne manifeste aucun enthousiasme à fournir une réponse: "Pff... Si les gens veulent utiliser ‘pop-music’, c'est bon aussi. Et ‘music’, tout court, me paraît encore mieux". "Avant, nous étions égoïstes, auto-satisfaits", finit par avouer John. "mais demain, nous serons des requins durs et déterminés". "Ouais," rigole Leslie "notre ambition est de devenir fameux et d'avaler la concurrence". Pour arriver à bâtir leur mur de guitares, tous deux mettent en avant les vertus du travail, presque exclusivement. "On a énormément bûché", avouent-ils, la bouche en cœur. "Et si c'était si facile, tout le monde aurait créé cette musique avant nous. Pour ‘Young Team’, notre premier véritable album, on n'avait pas assez écrit de chansons en entrant en studio. Aussi, en prenant du recul, on s’est rendu compte que le résultat n'était pas satisfaisant. Ici, on a le sentiment de s'être vraiment pris en mains, d'avoir consacré beaucoup de soin à ce projet. Ce qui, paradoxalement, nous a semblé plus facile". Ah oui? "Il doit y avoir plusieurs raisons. La principale est sans doute que nous avions enregistré ‘Young Team’ à Glasgow, une ville où on avait évidemment nos habitudes. Résultat: on n'était pas totalement concentrés. Pour la circonstance, nous sommes allés à Buffalo, près de la frontière canadienne, un endroit très tranquille qu'on ne connaissait pas. On y a bossé douze heures par jour".

Le titre de ce deuxième album, dont la sortie est imminente, s’intitule ‘Come On Die Young’. En référence au vieux mythe du rock? "Non", corrige John, "ce n'est pas vraiment sérieux. Ce titre s’inspire de l’histoire d'une bande qui a sévi plusieurs décennies dans les rues de Glasgow. Mon père en faisait d'ailleurs peut-être partie... On est vite tombés d'accord entre nous pour utiliser cette expression de gang. C'est un peu sarcastique". Après ‘Young Team’, on a encore droit à un titre incluant le mot ‘Young’. Pour insister sur leur jeunesse? "C'est une coïncidence. Oui, nous sommes jeunes. Mais le fait d'être jeune induit forcément une comparaison avec d'autres personnes, ce que nous ne souhaitons pas spécialement".

L'intervention d’Iggy

On reproche souvent à la musique de Mogwai, presque totalement instrumentale, de verser dans une sorte d'intellectualisme. Ils sont d'accord? "On n'est pas des intellectuels", intervient John, "ce qui n'empêche pas de penser. A mon sens, la musique doit d'abord être brute, émotionnelle et naturelle. Si on doit réfléchir à la musique, c'est peut-être qu'elle n'est pas aussi bonne qu'on pourrait le croire. La musique, ça se passe dans l'oreille plutôt que dans le cerveau. Malgré tout, lors des interviews, forcément, on est amenés à la théoriser. Mais ce n'est pas nécessairement sans intérêt, c'est plus intellectuel qu'athlétique en tout cas". "Au collège", continue Leslie, "j’ai dû analyser la musique classique et c'est cette étude qui m'en a éloigné. On peut réfléchir bien sûr, mais il ne faut pas aller trop loin, l'important c'est d'écouter"

Le nouvel album de Mogwai s'ouvre sur ‘Punk Rock’, un titre où on entend une sorte de discours prononcé par... Iggy Pop! "Il est très intelligent et très sage", estime John. "On a piqué ses propos lors d'une interview accordée à la  télé. Elle collait parfaitement au feeling de notre album. C'est aussi un bon résumé de notre opinion sur notre musique". "En fait", renchérit Leslie, "on avait enregistré ce morceau comme un instrumental. On a collé le bout d'interview et le résultat sonnait impeccablement bien. C’est tout ! Non, on n'a pas demandé d'autorisation, mais on fait appel à la sagesse d'Iggy. De toute façon, ce n'est sûrement pas de notre part une recherche de profit. Alors...".

Défi et séduction

Ont-ils quand même l'impression que leur musique est accessible? "Certains éléments le sont", estime John, "Mais tout le monde possède un avis différent sur la question, non? Personnellement, je ne pense pas que le ‘country & western’ soit particulièrement accessible ; et pourtant, il y a plein de gens qui en écoute". "Parfois", précise Leslie, "on essaie d'être élémentaires, de garder les chansons en un état fort simple, mais celles-là, on ne les aime pas particulièrement. Pour moi, chaque chanson doit être un défi, et si elle n'est pas accessible au grand public, ce n'est pas rédhibitoire. Le tout est de combiner le défi et la séduction. C’est ce qui est difficile à réaliser, aussi bien d'un côté que de l'autre d'ailleurs".

On conclura l'entretien sur le côté surréaliste d'une tournée promotionnelle à laquelle le groupe est confronté pour la première fois. "On doit parfois faire face à des questions inattendues. Un journaliste américain nous a demandé un truc bizarre où il était question d'un Tampax qu'on trempait dans un verre de vodka. Je n'ai pas tout compris. Mais de toutes manières, cette question n'était pas aussi étrange que la réponse que nous luis avons réservée."

"Très souvent, lors des interviews, une question revient régulièrement sur le tapis : quand allons-nous nous décider à composer une musique de film. Mais ça, c'est quand on veut! Moi, je me verrais bien composer pour un film d'horreur ou pour un James Bond. Ou mieux encore pour un Batman réalisé par Tim Burton". Quand on lui dit que la place est prise par Danny Elfman, le visage de Leslie s'illumine: "C'est vrai que c'est un des rares bons compositeurs de musique de film".

Interview parue dans le n° 72 (avril 99) du magazine Mofo

 

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