Winter adults only ?

Winter, une artiste issue de la nouvelle génération de shoegaze, a annoncé la sortie de son nouvel album, « Adult Romantix », prévue pour le 22 août via son nouveau label Winspear. Cet elpee, inspiré par des textes de la période romantique comme…

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16 Horsepower

Un retour en grâce, avec la bénédiction de la voix divine de David Eugene Edwards...

Après plus de vingt ans de silence, 16 Horsepower est enfin de retour, et revient sur scène auréolé d'une image presque mystique. Grâce à son univers sombre et envoûtant mêlant rock, folk et alt-country, le groupe américain légendaire a marqué toute une génération.

Les musiciens originaux, David Eugene Edwards, Jean-Yves Tola et Pascal Humbert, sont accompagnés par Chuck French (Wovenhand) à la guitare. Bien que basée à Denver, dans le Colorado, la formation compte deux musiciens français dans son line up : singulier ! Pour la petite histoire, auparavant, ils militaient tous deux au sein de Passion Fodder. Il y a deux ans, Edwards avait déjà prouvé, en solo, dans cette même salle, sa capacité à toucher le public au plus profond de son âme. Rien d'étonnant, dès lors, que les tickets des deux dates du 31 mai et du 1er juin aient été vendues en un temps record.

Pour être bref : ce concert restera gravé dans les mémoires. L’atmosphère est lourde, presque suffocante. On se croirait dans le désert du Great Sand Dunes. Sur l’écran, le logo du groupe et un message de bienvenue s’affichent sobrement. Dès les premières notes de « I Seen What I Saw », l’ambiance s'installe : celle d’une Amérique crépusculaire, où Edwards se bat contre ses démons intérieurs et invoque le Tout-Puissant. On le sait, ses concerts sont beaucoup plus que des concerts, ce sont des rituels. Une voix unique, incantatoire, aux accents quasi mystiques. ‘The Voice of God’, serait-on tenté de dire. Sa musique est tribale, teintée de sonorités amérindiennes. Pas étonnant, puisque du sang cherokee coule dans ses veines. Assis sur son tabouret, coiffé de son inséparable chapeau Fedora, il semble habité. « Brimstone Rock » et « Straw Foot » prennent une dimension encore plus inquiétante en live, soutenus par la contrebasse de Pascal Humbert. Sur l’écran, des images de serpents, de chevaux et d’oiseaux blancs défilent, comme des apparitions dans un rêve chamanique.

La formation alterne les instruments avec une précision chirurgicale, passant de la 'lap steel' à l’accordéon, du banjo à la guitare 'solid body'. Les paysages sonores créés sont aussi beaux qu'ensorcelants. Les classiques « American Wheeze », « Black Soul Choir », « Haw », « Heel On The Shovel » et surtout « Splinters », font vibrer la salle. On est frappé par le son. Il est énorme, puissant et d'une clarté éblouissante. Par moments, Edwards chante des intros mêlant anglais et langues amérindiennes. Il captive totalement l’attention du public, qui semble envoûté par ses gestes et sa voix.

Les rappels, « Hutterite Mile » et « Blessed Persistence », maintiennent cette tension gothique jusqu’au coup de grâce final, asséné par « For Heaven’s Sake ».

Vingt ans plus tard, 16 Horsepower reste un phénomène unique. On aura à nouveau vécu un moment inoubliable, comme une cérémonie lumineuse, chargée d’une rare intensité...

(Photos ici)

 

Setlist :

I Seen What I Saw

Haw

Dead Run

Brimstone Rock

Straw Foot

Splinters

American Wheeze

Heel on the Shovel

Horse Head

South Pennsylvania Waltz

Sac of Religion

Strong Man

Black Soul Choir

Black Bush

Phyllis Ruth

Harm’s Way

Clogger

Poor Mouth

Rappel :

Hutterite Mile

Blessed Persistence

For Heaven’s Sake

 

Organisation :  De Roma

Requin Chagrin

Mon nouvel album a un côté solaire, lumineux...

Requin Chagrin, c'est le projet de la chanteuse et multi-instrumentiste française Marion Brunetto. Cerveau de l’opération depuis ses débuts, en 2014, elle propose une dream pop où la new-wave, la shoegaze, la surf music, et une touche 'garage', se mélangent à merveille.

C'est un peu l'histoire d'un énorme coup de cœur, au moment où son titre “Sémaphore” a envahi les ondes et les réseaux. L'artiste y capturait parfaitement un certain zeitgeist, un esprit de l'époque que l'on traverse, une certaine idée de ce que c'est de vivre aujourd'hui, un peu comme Indochine l'avait fait, un peu comme Fauve l'avait fait également. D'ailleurs, à propos d'Indochine, Marion a vite été repérée par Nicolas Sirkis, qui l'a signée sur son label, KMS Disques. Cette collaboration a permis à Marion de réaliser plusieurs rêves, comme assurer la première partie de la tournée d’Indochine et, il y a 2 ans, composer un titre avec Nicolas Sirkis, “Girlfriend', paru sur l'album “Babel Babel”.

En février dernier, Marion est venue présenter son nouvel opus, “Décollage”, au Botanique, à Bruxelles. L'occasion idéale pour la rencontrer ! Dans sa loge, elle affiche un look discret et élégant, les mèches blondes tombant négligemment sur une simple chemise kaki. Elle apparaît comme une jeune femme réservée, sensible, un peu farouche mais tellement attachante.

Alors, Marion, on est au Botanique où tu vas te produire. Ton nouvel elpee marque un retour aux sources, si je ne me trompe, vu que tu t'es retirée dans le pays de ton enfance pour le composer ?

Marion Brunetto (MB) : Oui, c'est ça. Je suis allée m'isoler, entre guillemets, entourée de ma famille, là où j'ai grandi, à Ramatuelle. J'y ai installé un studio éphémère. J'ai ramené les instruments que j'avais à Paris pour recréer un laboratoire de création musicale. En plus, j'ai pu y installer une batterie, ce qui n'est pas possible à Paris.

C'est le premier instrument dont tu as appris à jouer, je crois.

MB : Oui, j'adore jouer de la batterie. Et, donc, je me suis un peu coupée de tout, sauf de ma famille, et de mes instruments. L'objectif était d'expérimenter et de voir ce que ça pouvait donner. Je ne savais pas trop où j'allais...

Tu avais acquis de nouveaux instruments ?

MB : Oui, un synthé, un Juno 60 de marque Roland.

Un instrument légendaire ! De quoi ouvrir des voies pour l'inspiration.

MB : Oui. Sur l'album précédent, Gaël Etienne, mon claviériste, m'avait prêté un Juno 106. C'était la première fois que je disposais d’un synthétiseur sur lequel je pouvais créer des sons. J'avais déjà travaillé avec des 'plug-ins' sur ordinateur mais là, sur l'instrument physique, c'est différent. Tu as accès aux paramètres, comme le VCA, par simple pression d'un bouton. Dès lors, j'avais l'impression de retrouver tous les sons que j'avais déjà entendus. Et je me suis dit : Mais c'est...

C'est la caverne d'Ali Baba.

MB : Absolument ! Et le Juno 60, en plus, dispose d'un arpégiateur (NDR : un module permettant d'exécuter automatiquement un arpège à partir d'un accord plaqué sur le clavier).

Dans 'Rêveries', c'est donc un arpège créé à l'aide du Juno ?

MB : Oui. Et quand je suis entrée en studio, je suis tombée sur un Yamaha CS80. Donc, j'en ai aussi profité pour l'utiliser au moment du mixage.

Notons au passage que c'est ici, à Bruxelles, au studio ICP, que tu as finalisé le disque.

MB : Effectivement ! La première étape, chez moi, à Ramatuelle, c'était pour la création, pour élaborer les démos. Ensuite, je suis passée à l'étape 'studio' pour refaire les enregistrements définitifs.

Il y a des choses que tu as conservées des maquettes ?

MB : En fait, j'ai quand même gardé pas mal de choses.

Chez toi, tu enregistrais sur un 4 pistes ?

MB : Oui, c'est un quatre pistes Yamaha, qui n'est pas très connu, mais qui fait très bien le job. Je m'en suis servi, par exemple, sur le titre « Parachute ». Et j'ai gardé des prises de guitare et de synthé. J'ai aussi conservé des enregistrements de boîtes à rythmes.

Composer la majorité de l’album dans le sud a communiqué à l'ensemble un côté plus lumineux, non ?

MB : Absolument ! Je ne m'en suis pas rendu compte au début, parce que j'étais dans une espèce de brouillard. J'avais élaboré des maquettes, qui allaient un peu dans tous les sens. Puis, j'ai réalisé un tri. Et, finalement, il est vrai que la musique est plus solaire, peut-être plus lumineuse, et c'est tant mieux ! Quand j'étais en studio, l'ingénieur du son, Antoine (NDR : Antoine Barbe), avec qui j'ai passé beaucoup de temps, m'a confié : ‘C'est cool, il y a une belle lumière dans ta musique’. Dès lors, on a maintenu cette couleur comme orientation pour l'album et tant mieux si ça s'entend, c'est cool.

Tu as l'impression qu'auparavant, ta musique était plus tourmentée ou plus brute ?

MB : Oui, je pense que clairement, le premier album était plus brut, 100% roots. Le deuxième était différent, plus mélancolique, je pense. Et le troisième, il était plus en mode 'nuit'. Pas forcément triste, juste plongé dans une ambiance nocturne. La pochette dépeint parfaitement cette atmosphère. On y voit une voiture et un crépuscule au loin. Pour « Décollage », on se retrouve en pleine journée, sous un ciel très bleu. C'est comme une grande bouffée d'air frais.

C'est ce qu'on voit dans le clip de « Parachute ».

MB : Exactement. Il a été tourné dans le sud.

Sur le morceau « Rêveries », tu termines par un solo de guitare complètement dingue. Que s’est-il passé (rires) ?

MB : C'est vrai que quand je l'ai enregistré, je me suis dit : Pourquoi ?

Pourquoi pas ?

MB : Ben oui ! Pourquoi pas ! Autrefois, on ne se privait pas de solos. Il y avait deux couplets, deux refrains et puis un solo. Et là, je me suis laissé guider par mon instinct...

Tu vas voir, tout à l'heure, on va parler d'une de tes collègues, qui a eu exactement le même feeling.

MB : OK.

C'est, entre autres, la raison pour laquelle j'aime qualifier ta musique de 'rétrofuturiste'. La 'dream-pop rétrofuturiste'.

MB : Oui, c'est quelque chose comme ça. Je vois ce que tu veux dire.

Maintenant, je te propose de répondre à un petit 'blind-test'.

MB : Allez, let's go.

Rassure-toi : il est taillé sur mesure, donc normalement, ça devrait aller.

Extrait n° 1

MB : C'est Indochine ! ‘‘Girlfriend'' ! J'ai eu l'immense plaisir de coécrire cette chanson avec Nicolas. Vraiment, je suis hyper contente de ce duo, dont je n'avais même pas osé rêver.

Ça s'est passé comment ?

MB : De manière assez simple. Nicolas m'avait demandé de lui envoyer des maquettes de morceaux. Et donc, je lui avais transmis une ébauche de musique. Et quelques mois plus tard, il me répond : ‘C'était quoi le morceau que tu m'avais envoyé ? C'était bien !’ Conséquence : grosse panique. De quel morceau parle-t-il ? Où est cette maquette ?  

Imagine, si tu ne l'avais pas retrouvée...

MB : L'angoisse. Heureusement, je la retrouve et je lui envoie. Plus tard, il réagit : ‘Tiens, il faudrait se voir pour travailler sur cette chanson’. A ce moment-là, il n'y avait que la musique, pas de voix. Donc, on s'est retrouvés à Paris pour bosser sur les voix. Et quand il est venu enregistrer l'album « Babel Babel »' ici, à Bruxelles, il m'a invité à passer une après-midi pour enregistrera les voix. Et lorsque j'ai écouté la maquette finale, c'était une belle surprise. Les idées musicales de ma maquette bénéficiaient d’un son énorme. Enfin bref, un super souvenir et je suis très contente du résultat final, en tout cas.

Ce qui est bien, c'est qu'on reconnaît bien le côté 'Requin Chagrin' dans le morceau. Une belle combinaison des deux univers.

MB : Oui, c'est marrant.

Extrait n° 2

MB : C'est les Cure ! « Boys Don't Cry » !

Il s’agit du premier morceau sur lequel tu as joué, quand tu étais jeune, non ?

MB : Oui ! Mon frère m'avait permis de découvrir le « Best of » des Cure, le disque dont la pochette en noir et blanc représente un vieux monsieur. (NDR : « Standing on a Beach ») Je l'ai écouté d'une traite et j'ai essayé d'accompagner le morceau en jouant des percussions.

Extrait n° 3

MB : Facile. Les Beach Boys, et « Surfin' USA ».

C'est pour le côté 'surf' de ta musique. On indique toujours wave, post-punk. Mais existe aussi un côté 'surf' et un côté 'garage'.

MB : Oui, j'adore le garage.

Pour le garage, quelle référence citerais-tu ?

MB : Des trucs pas connus. Pour moi, le groupe que j'associe à ce style, c'est les Sonics.

Ah oui, dans les années '60.

MB : Je me suis retrouvée, un jour dans un groupe de garage, à jouer de la batterie. C'est un peu ainsi que j'ai découvert ce style. Ils m'ont demandé ce que j’écoutais.  J’ai répondu : ‘Les Pixies et Indochine’. Ils m'ont conseillé d’écouter les « Nuggets ». J’ignore si tu connais.

Oui, je connais de nom.

MB : C'est une compilation de chansons garage, des classiques mais aussi des morceaux obscurs des années '60 (NDLR : parmi les compilations essentielles consacrées au garage des sixties, il y a les « Nuggets » et les « Pebbles »).

Extrait n° 4

MB : Ça, je les ai écoutés 1 000 fois. Qui est-ce ?

C'est le début de la pop française new-wave. Fin des années '70, début des années '80. C'est la base.

MB : C'est horrible. Je connais mais je ne reviens pas sur le nom.

Il s’agit d’« Attitudes » de Marie et les Garçons.

MB : Ah oui ! Il y en a une autre qui est vachement plus connue, c'est « Re-Bop' ». Là, si tu m'avais passé ça, j'aurais trouvé sans hésiter. Je suis hyper contente. Ça me rappelle trop souvenirs. Mais je m'en veux de n’avoir pas réussi à deviner...

Extrait n° 5

MB : Ah, je ne connais pas.

C'est la chanteuse de Cocteau Twins, Elisabeth Fraser, mais au sein d’un autre projet, This Mortal Coil. La compo s’intitule « Song To The Siren », une reprise d'un morceau de Tim Buckley, le père de Jeff Buckley.

MB : Ah ok. Tu vois, je suis contente de faire des découvertes. Trop bien.

Extrait n° 6

MB : John Maus !

Le titre : « Maniac ».

MB : Bon, ça c'était facile. Et c'est une de mes chansons préférées.

Extrait n° 7

MB : Fishbach ?

Bingo ! Il s’agit de « Mortel ».

MB : C'est d'elle dont tu parlais tout à l'heure ? J'en étais sûre.

La dernière fois que je l'ai interviewée, je lui ai passé un extrait de « Sémaphore » et elle a deviné tout de suite. Elle a ajouté : ‘Requin Chagrin, j'adore’. Elle m'a aussi raconté que tu l'avais dépannée d'un médiator.

MB : Oui, c’était drôle. C’était il y a longtemps, sans doute lors de l’un de nos premiers concerts communs. On jouait au même endroit et, juste avant de monter sur scène, elle m’a dit : ‘Mince, je n’ai plus de médiator’. Et je lui en ai refilé un exemplaire. C’était un médiator Frank Zappa qui était joint au magazine Guitar Part. J’en ai alors conclu que je ne le reverrais peut-être jamais. Puis, plus tard, on s’est recroisées, je lui ai demandé si elle s’en souvenait, et on a éclaté de rire.

Comme je le racontais tout à l'heure, elle aussi est partie dans un délire avec des solos de guitares électriques, dans son avant-dernier album. C'était carrément du Scorpions.

MB : Oui, je ne suis pas étonnée. Elle s'est fait plaisir.

Il est vrai qu'on voit le lien entre vous deux. Au niveau musical, bien sûr, pour le côté un peu rétrofuturiste mais aussi dans la personnalité. La discrétion, la gentillesse et également, on va dire, le contraire de l'ambition. Tu vois ce que je veux dire ?

MB : Oui, faire des trucs qu'on aime.

Oui, le contraire de ceux dont les dents raclent le plancher. Vous, vous êtes plutôt du style : ‘Je fais ce que j'ai envie de faire’.

MB : Oui, voilà. J'essaie de faire ainsi, c'est sûr, et je pense que c'est le cas pour elle aussi. Sinon, on ne ferait pas des solos à la fin des morceaux comme ça... (rires)

Merci, Marion.

MB : Merci à toi ! Je m'en veux de ne pas avoir deviner Marie et les Garçons.

C'est normal. Personne n'est parfait... (rires)

MB : Mais trop contente, en tout cas.

 

Pour écouter l'interview en version audio, diffusée dans l'émission WAVES, c’est ici 

Pour lire le compte-rendu du concert de Requin Chagrin au Botanique, rendez-vous sur la page ‘Artistes’, en cliquant sur le nom ‘Requin Chagrin’, en vert, dans le cadre ‘Informations complémentaires’, ci-dessous, puis cliquez sur l'onglet 'Concerts'.

Les Nuits Botanique 2026 : samedi 23 mai

Cette journée des Nuits du samedi 23 mai est consacrée au style rock indie / post-punk et au programme, figurent quelques véritables brûlots, parfaitement en phase avec la chaleur étouffante qui inonde le site du centre culturel.

Neuf ans après leur premier passage aux Nuits, avant Sleaford Mods, Shame revient à Bruxelles et l'énergie est intacte. Le groupe de post-punk londonien n’a rien perdu de sa fougue scénique. Le chanteur et frontman, Charlie Steen, torse nu et habité, a une nouvelle fois dirigé le public en faisant preuve d'une autorité presque animale, transformant l'espace de la Fountain Stage en une fosse à pogo.

Dès le premier titre, « Concrete », le ton est donné : urgence, sueur et rage. Les morceaux plus récents issus de “Cutthroat”, “Cowards Around”, “Nothing Better”, “Quiet Life” et “Lampião“ tiennent magnifiquement la route. Le son, cependant, est assez brouillon, mais n'est-ce pas là une des caractéristiques du punk ? ‘On va vous jouer du folk allemand !’, ironise Steen et la formation se lance dans un dernier galop effréné ponctué par “One Rizla” et “Cutthroat”.

A peine remis de ce déferlement d'énergie brute, les festivaliers sont ensuite invités à se déplacer vers l'Orangerie. ’Here comes the Suuns’, pourrait-on chanter, en paraphrasant les Beatles ! Depuis leur formation, en 2007, à Montréal, les Canadiens de Suuns construisent un univers sonore hypnotique et ce, en affichant une maîtrise impressionnante. Ils laissent s'entremêler indie-rock, krautrock, shoegaze et neo-psychedelia, révélant un style unique et novateur. Emmenés par Ben Shemie, Ils assurent une prestation remarquable, principalement axée sur leurs nouvelles compositions, tout en offrant, en clôture, une superbe interprétation de leur classique « 2020 », sorti en 2013. Un vrai régal !

Retour vers la Fountain Stage pour découvrir la sensation post-punk de ces dernières années : Molchat Doma. Le trio biélorusse est un véritable OVNI. Il est passé du statut de groupe obscur à celui de stars internationales, grâce à "Судно" (’Sudno’, qui signifie ‘Vaisseau’), un morceau qui est devenu viral suite aux vidéos sur Tik-Tok, capitalisant des centaines de millions de vues sur les différentes plates-formes.. Au cours des dernières années, leur son a évolué pour incorporer des sonorités électro.

Sur les planches, c'est le chanteur, Egor Shkutko, qui est le point focal de l'attention. Vêtu d’une longue robe noire et arborant une barbe fournie, il offre un spectacle visuel pour le moins singulier. On pourrait le comparer à un Raspoutine postapocalyptique. Ses déhanchements sont saccadés et sa voix caverneuse donne à l'ensemble une tonalité mélancolique typiquement slave. La setlist s'articule autour de leur dernier album, l'excellent ’Belaya Polosa’ (’White Stripe’), paru en 2024 sur le label américain Sacred Bones Records. Epinglons la magnifique compo “III”, rehaussée de sonorités de synthés hypnotiques, empruntés à la new-wave mais aussi au krautrock. Le public, présent en nombre, réserve un accueil triomphal à la formation biélorusse, qui a prouvé qu'elle était bien davantage qu'un phénomène TikTok !

 

Signalons qu'en lever de rideau, Sword II, le band d’Atlanta, avait séduit les festivaliers grâce à ses sonorités très 90’s, bien présentes sur leur album « Electric Hour ». Cameron Picton, ex-bassiste de Black Midi, avait, quant à lui, présenté son nouveau projet My New Band Believe, dont le premier opus éponyme est paru il y a peu. On avait pu découvrir une musique ambitieuse, à la croisée du folk baroque et de la pop intimiste, sublimée en ‘live’ par une instrumentation riche et théâtrale.

L’affiche proposait également Maria Somerville • Horse Lords • Ugly • Stonks • Rafael Toral • Sergeant • Truthpaste • The Family Men • Yamila • Alice George Perez • Amanda Mur.

Molchat Doma + Shame + Suuns

(Organisation : Botanique)

Steve Hackett

L’élégance et la classe progressive en deux actes...

Écrit par

La dernière apparition de Steve Hackett à l’Ancienne Belgique remonte à deux ans. À 76 ans, le guitariste affiche toujours une belle prestance et conserve intacte sa maîtrise de la guitare. Au programme : de longs développements sur cet instrument. Quelques places restent libres dans un Cirque Royal presque comble. Sans première partie, la soirée se divise en deux actes séparés par un entracte de quinze minutes, puis se prolonge par un rappel de deux titres. Le premier volet explore la carrière solo de Steve Hackett ; le second revient sur son passage décisif chez Genesis. C’est évidemment cette séquence qu’attendent les admirateurs de la première heure. La tournée s’intitule ‘Best Of Genesis & Solo Gems Tour 2026’ : l’intitulé correspond bien au programme, même si l’ordre annoncé est inversé. Inutile d’entretenir le suspense : la seconde partie constitue l’aimant principal de la soirée.

À 19 h 45, la formation entre en scène. Un son de cloche ouvre le set et lance « The Devil's Cathedral ». D’emblée, les regards convergent vers la six-cordes de Steve. Son jeu impressionne par la richesse de ses arrangements. Au terme du morceau, il présente en français les musicos qui l’entourent depuis des années : à sa gauche, Rob Townsend, au saxophone, à la clarinette, à la flûte et aux claviers ; juste derrière, sur une longue estrade, Lalle Larsson, aux claviers et à l’orgue Hammond ; au centre, le chanteur Nad Sylvan, chargé de se substituer à Peter Gabriel ; enfin, à droite, le batteur Felix Lehrmann.

Au premier rang campent Rob, légèrement de biais, Steve au centre, puis le bassiste Jonas Reingold à droite, juste devant Felix Lehrmann. Nad Sylvan s’installe en retrait derrière Steve : une disposition nouvelle, puisqu’il occupait jusqu’alors le flanc droit du guitariste, sur la même ligne. Sur « Every Day », tandis que Steve mène les développements à la guitare et assure le chant, les autres musiciens renforcent les chœurs. Comme souvent dans le rock progressif, le titre gagne peu à peu en intensité avant de s’achever sur un passage instrumental très étiré. Steve dévoile ensuite « The Sea Inside », destiné à figurer sur son prochain opus, presque achevé. Si le reste du disque tient ce niveau, l’ensemble s’annonce solide. Le morceau déploie un souffle épique : nappes d’orgue, solos de guitare et percussions métronomiques à la couleur tribale s’y relaient. Retour ensuite à un classique, « Ace of Wands », écrit juste avant le départ de Hackett de Genesis et l’ouverture de sa carrière solo. Les tintements de cloches proviennent ici des pédales actionnées par Rob.

« The Steppes » s’ouvre sur un solo de saxophone soprano de Rob, multi-instrumentiste particulièrement inspiré, tandis que la basse prend des accents de contrebasse grâce à son jeu de pédales. « Camino Royale » embraie. Ili permet encore à Steve de mettre en valeur son toucher, notamment à la slide guitare, avant une longue séquence instrumentale sur « Shadow Of The Hierophant », point final de cette première partie.

Steve annonce une pause de quinze minutes, puis précise que la seconde partie puisera dans le répertoire de Genesis entre 1971 et 1978, soit la période qu’il traverse aux côtés de Peter Gabriel, Phil Collins, Mike Rutherford et Tony Banks. Les applaudissements et les cris ne tardent pas. C’est clairement le moment attendu par la majorité des aficionados.

La seconde partie débute à 21 h 00 par « Watcher of the Skies ». Nad Sylvan y occupe davantage l’avant-plan et restitue les lignes vocales de Peter Gabriel presque à l’identique. Les admirateurs de Genesis y trouvent aussitôt leur compte et la salle monte en température. Sur « The Cinema Show », Jonas saisit une double manche, basse en bas, guitare douze cordes au-dessus. Steve invite la foule à reprendre les paroles, connues d’une bonne partie de l’auditoire. Derrière votre serviteur, un voisin s’y emploie d’ailleurs sans faiblir. L’exercice prend toute son ampleur durant les plus de vingt minutes de « Supper's Ready ». Les titres issus du répertoire de Genesis passent ici par le prisme Hackett, dans des versions réinterprétées qui tiennent bien la route.

Le final, « Firth of Fifth », s’ouvre sur une longue introduction aux claviers signée Lalle, relayée par un ample solo de Rob à la flûte traversière puis au saxophone soprano. Chaque musicien bénéficie ensuite de son moment de mise en avant, soutenu par un jeu de lumières ciblé qui souligne efficacement les interventions.

Le rappel réunit deux titres. « Dance on a Volcano » relance la machine sous les fumigènes et laisse place à un long solo de batterie signé Felix Lehrmann. Le groupe enchaîne ensuite sur « Los Endos », bifurque vers « Slogans », puis revient une dernière fois à « Los Endos » pour conclure.

Steve Hackett a livré un concert d’une grande classe, focalisé sur quelques pièces marquantes de son parcours solo et de parcours accompli au sein de Genesis. Le guitariste conserve une technique remarquable, sans en remettre une couche, et s’impose, par moments, une forme de concentration presque contemplative. Une prestation solide, servie par un répertoire éprouvé.

Setlist :

Partie 1 : « The Devil's Cathedral », « Every Day », « The Sea Inside », « Ace of Wands », « The Steppes », « Camino Royale », « Shadow Of The Hierophant ».

Partie 2 : « Watcher of the Skies » (Genesis song), « The Cinema Show » (Genesis song), « Aisle Of Plenty » (Genesis song), « Supper's Ready » (Genesis song), « Firth Of Fifth » (Genesis song).

Rappel : « Dance On A Volcano » (Genesis song), « Los Endos, Slogans, Los Endos » (Genesis song).

Organisation : (Live Nation)

Robert Jon & The Wreck

Volume sonore excessif…

Écrit par

Ce soir, le concert se déroulera en configuration AB Box, complète pour l’occasion. Robert Jon & The Wreck accorde à Bruxelles une date unique dans le cadre de sa tournée européenne et britannique, précédé par Boogie Beasts en ouverture. La salle affiche une belle affluence et les conditions sonores s’annoncent idéales.

Robert Jon & The Wreck puise dans le rock sudiste, les longues échappées de guitare et des harmonies vocales bien en place. Originaire du sud de la Californie, la formation reprend les codes du genre tout en y injectant une énergie très personnelle. Depuis 2011, Robert Jon Burrison (chant, guitare), Andrew Espantman (batterie, chœurs), Henry James Schneekluth (guitare solo, chœurs) et Warren Murrel (basse) tournent sans relâche. Rejoint plus récemment par le claviériste Jake Abernathie, le quintette continue d’élargir sa discographie et de multiplier les dates. Il a notamment partagé l’estrade aux côtés de Joe Bonamassa, Buddy Guy, Blackberry Smoke, The Mavericks, Little Feat et Rival Sons. Sa signature chez Journeyman Records, le label de Joe Bonamassa, marque une étape importante. Son dernier opus, « Heartbreaks & Last Goodbyes », prolonge l’élan des débuts tout en ouvrant la porte à des couleurs plus audacieuses.

Le band ranime un imaginaire sudiste hérité des Allman Brothers, de Lynyrd Skynyrd et de quelques autres références du genre. Son rock’n’roll, nourri de blues et de country, parle d’emblée aux amateurs de rock sudiste classique.

Boogie Beasts est un quatuor belge de blues alternatif né entre le Limbourg et Liège. Fondée en 2011 à la suite d’une jam session au bar de blues ‘De Blauwe Kater’, à Louvain, la formation mêle blues, boogie, rock et garage rock. Elle donne un premier concert le 10 septembre 2011 au festival Blue Moon de Visé. Le combo réunit les guitaristes et chanteurs Jan Jaspers et Patrick Louis, l’harmoniciste Fabian Bennardo et le batteur Gert Servaes.

Le set démarre à 19 h 50. Bennardo prend place à gauche, armé de son harmonica, micro en main et son fil autour du cou. Les deux guitaristes se rangent sur la droite, Jan Jaspers près du centre, Patrick Louis à ses côtés. Gert Servaes s’installe en retrait devant la toile de fond du combo. Les musicos interprètent sept titres tirés de leur sixième disque, « Don’t Be So Mean ! », paru le 17/04/2026. Ce long playing rend hommage à R. L. Burnside. Pour l’occasion, le quatuor s’appuie sur plusieurs invités de marque : G. Love, Duwayne Burnside, Kenny Brown, Luther Dickinson, Cedric Maes et Pablo van de Poel. Le projet célèbre à la fois les 15 ans de Boogie Beasts et le centenaire de la naissance de R. L. Burnside.

« Jumper On The Line » ouvre le set. Le titre, solidement charpenté, passe très bien sous les couleurs du quatuor belge. La rythmique tourne sans relâche, les riffs de slide tranchent net et l’harmonica déchire l’ensemble. Sur les planches, Boogie Beasts recrée l’atmosphère moite des juke joints du Mississippi et entraîne la foule dans un mouvement collectif immédiat.

Le quatuor enchaîne par « Alice Mae », qui clôt le nouvel opus. La voix singulière mène l’auditoire vers un Sud fantasmé, pendant que l’harmonica et les guitares se croisent et se répondent. Fabian Bennardo s’y dépense sans compter. Une respiration arrive ensuite par « Fireman Ring The Bell ». Puis « Shake ‘Em On Down » confirme toute l’efficacité du répertoire en live. L’ensemble tient la route de bout en bout, et la découverte du nouvel LP sur scène s’avère convaincante ‘page ‘Artistes’ ici). 

Setlist : « Jumper On The Line », « Alice Mae », « Fireman Ring The Bell », « Shake ‘Em On Down », « Peaches », « Skinny Woman », « Going Down South », « Big Mama’s Door ». Tous signés par R.L. Burnside, sauf le dernier, par Alvin Youngblood Hart

La salle monte rapidement en température avant l’arrivée des cinq musiciens de Robert Jon & The Wreck. En fond d’estrade, une grande tenture affiche le nom du band, son logo et la mention ‘Rock’n’roll’.

Le set s’ouvre sur « The Devil Is Your Only Friend », titre-programme s’il en est. La batterie cogne fort, la slide d’Henry James répond, puis le riff lance la machine pendant que la voix rocailleuse de Robert Jon ramène vers le sud des États-Unis. Les longs solos d’Henry James évoquent tour à tour Jimi Hendrix, Carlos Santana ou Allen Collins, tandis que le timbre de Robert Jon Burrison rappelle parfois Jon Popper et Warren Haynes.

« Stone Cold Killer », extrait de « Red Moon Rising » (2024), durcit encore le ton. Le morceau frappe par sa sécheresse et par son solo de slide, qui rappelle par moments Pete Wells de Rose Tattoo. « Sittin' Pretty » pousse plus loin un rock’n’roll brut et direct. Quant à « Back To The Beginning Again », son riff a des allures de Led Zeppelin.

Placée d’abord juste devant l’estrade, l’écoute se révèle vite éprouvante tant le volume sonore grimpe. Un déplacement vers le fond de la salle ne change rien : le décibelmètre oscille entre 115 et 120 dB. À ce niveau, le son devient franchement excessif.

« Arroyo », nouveau titre extrait de « Wreckage, Vol. 3 », paru en 2026, passe malheureusement dans des conditions sonores trop agressives pour convaincre. L’écoute devient pénible, ce qui pousse votre serviteur à quitter la salle avant la fin, comme plusieurs spectateurs. L’occasion, malgré tout, d’échanger quelques mots auprès des musiciens de Boogie Beasts, attendus au Zik-Zak d’Ittre le 28/08/2026.

Setlist : « The Devil Is Your Only Friend », « Stone Cold Killer », « Sittin' Pretty », « Back To The Beginning Again », « Arroyo », « Dark Angel », « Keep Myself Clean », « Don't Let Me Go », « Bring Me Back Home Again », « Tired Of Drinking Alone », « Oh Miss Carolina », « Cold Night ».

Rappel : « Shine A Light On Me Brother », « Rager ».

(Organisation : Greenhouse Talent)

Fischer-Z

Un demi-siècle de carrière et toujours chargé de Watts…

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Fischer-Z, alias John Watts, célèbre à l’Ancienne Belgique cinquante ans de carrière devant une salle comble. Pionnière de l’art-punk britannique, la formation fondée en 1976 marque l’anniversaire par une série de dates à guichets fermés en Belgique, tandis que paraît le coffret 3 CD « Word Paradise », qui réunit les trois premiers opus et plusieurs bonus. Un nouveau disque studio, « X-Ray Serenade », est annoncé pour le 4 septembre 2026. Son premier extrait, « Strings », s’accompagne d’un clip au charme vintage tourné dans l’église St Paul’s de Circomedia, à Bristol, en compagnie de Ruby LeStrange. Le morceau évoque la manière dont nos actes finissent toujours par nous rattraper.

John Watts, chapeau melon sur la tête, présente lui-même la première partie. Chloe Leigh s’avance ensuite sur les planches, seule à droite du plateau, armée de sa guitare électroacoustique. La chanteuse livre des chansons nourries d’amour, de perte, de nostalgie et de joie dans un registre qui croise folk et flamenco. Son prochain opus, inspiré par ses racines du sud de l’Espagne, prolonge cette identité ouverte sur plusieurs horizons. Vêtue d’une jupe noire à pois, de Doc Martens et d’un haut sombre, elle impose d’emblée une présence discrète mais sûre. Le micro ne sert pas toujours son articulation, sans pour autant effacer le relief de morceaux tels que « House By The Sea » et « Stephanie ». « Reality », qu’elle dit emprunter à un fandango de Malaga, rappelle d’ailleurs ses origines andalouses. Nourrie par l’héritage de Leonard Cohen et Laura Marling, Chloe Leigh tient son récital sans appui, les yeux souvent clos, dans une bulle qui ne verse jamais dans la passivité (pour les photos, c’est ici et la page ‘Artistes’ ). 

À l’AB, Fischer-Z célèbre ce cinquantième anniversaire par un set dense et direct. John Watts, très en voix, aligne classiques new wave et titres plus récents sans s’abriter derrière la nostalgie. La formation conserve ce mélange de nerf mélodique, de regard social et d’élan pop qui lui vaut une place à part dans le post-punk britannique. Entouré de cinq musiciens, Watts occupe le centre du podium, guitare en main, entre un batteur installé sur une estrade à gauche, une claviériste-guitariste perchée à droite, puis, au premier rang, un bassiste et un second guitariste rythmique. Tous arborent le même chapeau melon noir. Le concert s’ouvre sur quatre extraits de « World Salad », défendus dans des versions plus tendues que sur le disque d’origine.

« Pretty Paracetamol » lance les hostilités sur un ton sec, nerveux, presque ironique. John Watts salue aussitôt la foule, qui lui réserve un accueil chaleureux. « Wax Dolls » enchaîne et fixe d’emblée la couleur de la soirée. « Remember Russia », teinté de reggae, apporte un détour plus solaire, avant « The Worker », repris en chœur par toute la salle. Le set ménage ensuite une respiration sous la forme d’« Angel Of Gardenia », tiré de « Thirteen Stories High », disque solo de Watts, dont la fragilité atteint sa cible. « Damascus Disco » et « I Smelt Roses (In the Underground) » relancent la mécanique par leur satire sociale, tandis que « Battalions Of Strangers » et « Head On » incitent l’auditoire à danser.

« So Long » et « The Perfect Day » ramènent l’assistance vers un terrain familier : les voix montent, plusieurs visages se ferment pour mieux écouter. « When Love Goes Wrong », traversé d’inflexions Motown, constitue l’un des sommets du set, tant sa mélancolie et son groove gagnent en ampleur dans l’acoustique de la salle. Pendant « Red Skies Over Paradise », baigné de rouge, le concert se tend encore. Puis, « Battalions Of Strangers » et « Damascus Disco » communiquent finalement un élan décisif. Vers la fin, John jette un œil à ses partitions, repart aussitôt et entraîne bientôt toute la salle à se lever. Quand il descend de l’estrade, guitare à la main, pour rejoindre la foule, le geste resserre encore le lien noué tout au long du concert. Lors du rappel, il accorde à l’auditoire « Marliese » puis une seconde version de « So Long », mais dans une mouture plus étirée.

Pour ses cinquante ans, Fischer-Z signe à Bruxelles un best of solide, nourri de classiques et de titres plus récents. Une soirée tenue de bout en bout. La formation repasse par Het Depot de Leuven le 6 novembre 2026.

Setlist : « Strings » (préenregistré), « Pretty Paracetamol », « Wax Dolls », « Remember Russia », « The Worker », « Angel Of Gardenia » (John Watts song), « Marguerite », « Well Meaning Ghost » (Followed by band introduction), « So Long » (Balad version), « The Perfect Day », « Tightrope », « Choose », « Red Skies Over Paradise », « Cruise Missiles », « Battalions Of Strangers », « Damascus Disco », « When Love Goes Wrong », « One Voice » (John Watts song), « Head On » (John Watts song)

Rappel : « Marliese », « So Long » (Normal version)

(Pour les photos c’est ici

(Organisation : Greenhouse Talent)

La culture techno underground de l’Abstact à La Louvière

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Abstract Recordings est un label belge basé à La Louvière (Hainaut). Créé en 2022 par Flavio Rizzo (Ferdinand De Marne) et Mauro Valdemi (MAO), il prolonge naturellement leur premier projet, Milkshake Label, lancé en 2019. Le duo défend une culture électronique underground, sombre et immersive, appuyée par des mélodies hypnotiques.

Ferdinand De Marne, producteur belgo-italien, mêle techno mélodique et minimal. Il a partagé l’affiche avec Joachim Pastor, Joris Delacroix, Einmusik, Lexer et Stereoclip. MAO, producteur belge, développe une approche planante et dansante de la melodic/minimal techno. En 2022, les deux cousins cofondent Abstract Recordings avec l’ambition de faire rayonner la scène underground. Le label compte aussi SMAKO, producteur originaire de la Province du Luxembourg, influencé notamment par Umek, Boris Brejcha et Anyma, à la croisée de la techno mélodique et de la house (Gate01, Faubourg, Solaris).

Bonjour, c’est la première fois que je viens ici. Pouvez-vous présenter le lieu et le projet derrière cette salle ?

Abstract Recordings : au départ, Abstract est un label de musique électronique (techno mélodique/minimal) actif depuis 2019 via notre premier projet, puis structuré sous le nom Abstract Recordings en 2022. Après avoir coorganisé plusieurs événements, l’idée d’ouvrir notre propre club s’est imposée. Nous avons cherché un lieu adapté et nous avons déniché cet espace à La Louvière, notre ville d’origine. La salle est louée (bail de location) et sert avant tout à accueillir des événements de type club et des concerts.

La salle intègre-t-elle aussi un studio d’enregistrement ?

Non. Il y a bien un studio au fond du bâtiment, mais il est sous-loué à un groupe. De notre côté, nous travaillons au sein de nos studios personnels, chacun chez soi. Ici, c’est vraiment un lieu dédié aux événements (et, au besoin, à des réunions). Avoir un studio lié à Abstract n’est pas à l’ordre du jour, mais on ne ferme pas la porte pour la suite.

Avant de disposer de propre lieu, vous organisiez déjà des événements ?

Oui. Pendant un temps, nous avons coorganisé et coproduit des soirées avec d’autres collectifs. Avoir notre propre lieu était une étape importante pour développer Abstract au-delà du label et proposer une programmation régulière, dans de bonnes conditions.

Vous organisiez déjà des événements dans la région ?

Oui, notamment à La Louvière, et aussi à Lessines en coproduction avec le Centre culturel. Aujourd’hui, grâce à cette salle, on a l’impression d’être retombés sur nos pieds ‘chez nous’, à La Louvière.

Côté label, que produisez-vous et comment fonctionne Abstract Recordings ?

Nous sortons des productions techno ; principalement melodic/minimal techno. Pour l’instant, le label réunit trois producteurs : Ferdinand De Marne, MAO et SMAKO. On ne cherche pas à multiplier les signatures : on préfère se concentrer sur peu d’artistes et faire les choses correctement pour chaque sortie. À ce jour, nous travaillons surtout en distribution digitale, mais nous préparons une distribution physique dans un avenir proche.

Donc, l’ADN reste avant tout la techno ?

Oui, clairement. Notre ligne de conduite c’est la techno. Il nous est arrivé de donner un coup de main à des amis sur un projet, comme une sortie réalisée avec Jack Taylor à l’époque, mais ce n’est pas le cœur du label : nous ne sommes pas un label rock ou ‘alternatif’.

J’ai vu passer l’annonce d’un festival : c’est ici qu’il se déroule ?

Non, pas ici. Nous avons organisé un festival, Alicine : un événement techno, plus précisément orienté melodic techno. Mais ce n’est pas un ‘festival de la salle’ à venir : c’était une des productions dont nous parlions.

Un mot de conclusion : qu’avez-vous envie de construire avec Abstract, ici, à La Louvière ?

On fait tout ça avant tout par passion : on ne vit pas de la musique, mais on y met beaucoup de cœur. L’objectif est de ramener du monde à La Louvière, d’y inviter des artistes, y compris internationaux, et de proposer une programmation de qualité dans un esprit underground. La techno reste notre point de départ, mais on aime aussi le rock : si le projet et l’énergie s’y prêtent, on peut s’ouvrir à d’autres propositions.

La région possède déjà une histoire de lieux et d’initiatives. Vous vous inscrivez dans cette continuité ?

Oui, il y a eu- et il reste - des lieux comme Le Stock. Notre idée est d’ajouter une pierre à l’édifice en remettant la techno au centre, tout en conservant une sensibilité underground et ouverte.

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WolfRock 2026 : samedi 11 avril

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Cette 18e édition du WolRock prend une tonalité particulière : Fabien Dieu, figure centrale du milieu musical, s’est éteint courant septembre, au terme d’une longue maladie. Pour saluer sa mémoire, l’affiche réunit naturellement des formations qu’il tenait en haute estime.

Mission accomplie : l’événement affiche complet depuis plusieurs semaines.

Au programme, quatre formations (re)posent leurs amplis sur les terres douroises, également hôtes du Dour Festival.

Kaiser Place ouvre le bal. Le quatuor aligne Laurent Lallemand au chant, Jérôme Pichuèque derrière les fûts, Alex Bosser à la guitare solo et Deborah Lehane à la basse.

La formation ne débute pas : elle a déjà tourné sur des rendez-vous bien identifiés (DMF, Scène Sur Sambre, Fêtes de Wallonie) et assuré des premières parties pour Hooverphonic, Suarez ou encore Machiavel.

Le quatuor défend une pop-rock britannique, mélodique et nerveuse, nourrie notamment par Oasis, Stereophonics et Placebo.

Les titres s’enchaînent sans ménagement. Les mélodies accrochent vite, le son reste irréprochable et, même loin des radars depuis un temps, le combo n’a rien perdu de son potentiel.

Au micro, Laurent Lallemand impose une présence nerveuse, guitare en bandoulière, et soigne chaque attaque. La section rythmique verrouille le tempo et installe le groove qui porte les lignes mélodiques. Alex Bosser, lui, cisèle des touches de relief, entre mélancolie et éclats plus lumineux. Le résultat reste brut, tendu, efficace.

Kaiser Place ne se limite pas à dérouler un set : les morceaux prennent corps. La formation rappelle, une fois encore, que l’exercice du concert convient parfaitement à ses musiciens.

Après une vingtaine de minutes d’entracte, Dresscode investit l’estrade. Probablement la surprise la plus nette de la soirée.

Le duo belge naît en 2019 autour de David Brichard et Fred Hyat ; un troisième musicien les rejoint pour les prestations live.

Le « dress code » désigne l’ensemble, souvent tacite, des règles qui encadrent une tenue selon le contexte : projeter une image professionnelle, coller à un thème, maintenir une cohérence sociale, du White Tie le plus strict aux options les plus décontractées.

Ici, le lien reste flou. Le guitariste arbore une tenue Adidas qui l’apparente davantage à un sportif qu’à un musicien. Le chanteur mise, lui, sur une allure plus soignée. Quant au batteur, il opte pour la légèreté : le jeu réclame de l’amplitude.

Le duo compose des titres à la croisée du rock et de l’électro, sur fond de thèmes sombres : l’amour, la société de consommation.

Après plusieurs passages remarqués sur les podiums, la formation revient récemment par un nouvel EP, « Under The Surface », dont « Get Rid Of Fears » sert d’éclaireur.

Les chansons arrivent à maturité sans précipitation. Tout paraît naturel, presque instinctif : c’est direct, alerte, convaincant.

Les compositions brassent électro-rock, synthpop, industriel et new wave, sur un fil mélancolique qui mène de Depeche Mode à Interpol, en passant par Nine Inch Nails.

À la guitare, le jeu reste précis et maîtrisé : slides, bends et effets s’enchaînent sans démonstration inutile.

Le chant, chargé d’émotion, épouse la rugosité des synthétiseurs et la densité de la six-cordes.

Des refrains accrocheurs tranchent sur des climats plus sombres, au sein d’une atmosphère à la fois aérienne et profonde. Sous la surface, la tension affleure et le morceau menace de basculer.

Sans durcir totalement vers l’industriel, Dresscode conserve une élégance mordante et aligne ce soir une série de titres taillés pour fédérer, sur un socle résolument énergique.

Milk prend ensuite possession du podium. À la basse : Sébastien Préaud, l’un des piliers de ce mini-festival. Les initiés le connaissent aussi chez At Night, passé la semaine dernière par l’Ancienne Belgique.

Le projet local s’est forgé une solide réputation dans les circuits régionaux. Puis il a tiré sa révérence il y a quelques années, lors d’un dernier passage au Canal10, lieu très fréquenté du côté de Saint-Ghislain.

Cette reformation, annoncée comme éphémère, poursuit un objectif simple : honorer la mémoire du fondateur du WR.

« I Want You » lance les hostilités. Dès l’intro, Milk va droit au but : zéro chichi, pas d’artifices. Le son s’avère organique, dense ; la section rythmique maintient une pression constante. Aline Renard porte le refrain, la voix un peu fragile au départ, puis de plus en plus assurée au fil du set.

Dans la fosse, la foule s’échauffe sur la pulsation répétitive et l’attaque sombre de la basse. Les riffs acérés de « Body Harmony » prennent vite le relais. Le titre figure lui aussi sur « Romantic », long playing paru en 2009, qui garde aujourd’hui encore une vraie fraîcheur.

Milk puise dans les meilleures aspérités du rock alternatif des années 90, sans pastiche.

Moment à part : Dorian, fils de Fabien, rejoint le band et reprend à la guitare électrique « Personal Jesus » (Depeche Mode). La salle retient son souffle.

« J’suis A Bout », « Fire Space », « Come On Me » : les morceaux s’enchaînent sans temps mort. Derrière l’énergie du concert, on devine une écriture rigoureuse ; la voix sert de fil conducteur à ce chaos parfaitement tenu, entre fragilité et puissance.

Les rythmes s’avèrent redoutablement entêtants. Le set reste cohérent du début à la fin, comme le confirment « Be Yourself » et « Forget », deux titres rugueux.

Milk referme la parenthèse par une version inattendue de « Forget » (Sofa Mix).

Les musiciens s’avancent ensuite au bord du podium pour saluer. Une bande-son enchaîne alors, pendant de longues minutes, « Avant de nous dire adieu » de Jeane Manson.

Pour conclure ce 18e chapitre, We Are Waves prend le relais.

La formation n’a rien d’inconnu ici : elle revient régulièrement sur les planches du micro-festival. L’auditoire répond présent, et le plaisir se lit autant côté musiciens que côté salle.

Le quatuor réunit Viax (voix, guitares), Cisa (synthés), Mene (basse) et Adriano (batterie). Direction Turin, en Italie.

Le combo cumule près de vingt ans de parcours. Parti du heavy metal, il explore ensuite le nu-metal, le rock alternatif, le post-rock, puis flirte même par moments avec le folk.

Animés par le rock, l’art et la recherche, ces Transalpins proposent une lecture personnelle de la new wave : un son hybride qui tire vers un heavy électro, puis vers des accents post-grunge.

Sur « EMDR », « Something To Lose » ou « 1982 », on comprend vite que l’on ne parle pas de musique de chambre.

Chaque composition tombe juste. Les musiciens affichent une vraie expérience, au point que l’instrument prolonge le geste.

À l’écoute de « Mirrors » ou « Lovers Loners Losers », les affinités avec The Cure sautent aux oreilles : guitares électriques, synthés, boucles hypnotiques et batterie évoquent l’ère « Disintegration ».

Autre détail frappant : certaines inflexions vocales rappellent Jim Kerr (Simple Minds). Le set assume des réminiscences eighties, jusque dans l’esthétique plus « garage ».

La température grimpe ; la sueur perle sur les visages. Le concert se termine sur « Sports », morceau où les instruments se dissolvent dans un brouhaha volontairement déroutant.

Il est un peu plus de minuit lorsque la soirée s’achève. Malgré les protections auditives, un sifflement persiste aux oreilles, souvenir tenace d’une longue série de concerts.

Les organisateurs fixent déjà le prochain rendez-vous : 10 avril 2027. Même lieu, même ambiance.

Fabien, lui, restera dans les mémoires. Et, d’une certaine manière, au premier rang.

(Organisation Centre culturel de Dour)

epona

Dénoncer les violences faites aux femmes n’est plus un tabou, c’est un combat permanent…

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Epona possède déjà une longue carrière artistique et protéiforme. Elle excelle aussi bien au théâtre, au cinéma que dans la musique.

Jeune, belle et féministe jusqu’au bout des ongles, sa tessiture vocale n’est pas sans rappeler une certaine… Charles, épousant au passage de belles envolées sauvages et graves.

A travers un premier Ep intitulé « Help I’m Fine », cette femme/enfant au visage de poupon se met à nu, de manière touchante, maladroite parfois, mais toujours avec détermination, sur un lit d’histoires personnelles qui parleront au plus grand nombre.

Mademoiselle Guillaume à l’état-civil accorde quelques minutes de son temps précieux à Musiczine afin de se livrer sans fard, mais avec la justesse des grand(e)s Sages juste après une prestation remarquée dans le cadre du festival ‘Aout en Eclats’.

Epona, le féminisme et les thématiques liées à l'égalité femmes-hommes appartiennent depuis longtemps à ton identité. Ce combat a-t-il aujourd’hui toujours une raison d’exister, et tout particulièrement en Europe occidentale ?

Oui, je le crois ! A cette différence près que nous sommes davantage privilégiés en Europe par rapport au reste du monde. De nos jours, il existe encore des combats à mener. Il faut continuer à en parler, c’est très important ! Ces thématiques me tiennent beaucoup à cœur, d’autant que je suis issue d’une grande famille, dont huit sœurs. Depuis toutes ces années, j'ai entendu énormément de témoignages choquants qui ne devraient pas se produire dans une société qui se dit contemporaine. Alors, si on peut les éviter, tant mieux !

Ton témoignage suit le mouvement ‘#MeToo’ né en 2006 et fondé par l’Afro-américaine Tarana Burke pour aider les femmes victimes de violences sexuelles et appartenant à des minorités. Initialement destiné aux habitantes d’Harlem, à New York, #metoo va être retrouver relayé auprès d’Américaines de toutes origines, grâce aux méandres d’Internet. Il faudra néanmoins attendre 2017 et le procès Weinstein, producteur américain accusé de multiples viols, pour que l’hashtag connaisse un développement international. J’imagine que cette mouvance #MeToo t’a impacté, non seulement en tant que femme, mais aussi comme féministe ?

J’ignore pourquoi, mais je me suis souvent retrouvée dans beaucoup de projets au sein desquels le viol était très présent, au théâtre avec des récits ou au cinéma lors d’interprétations de textes relatifs à ce type d’agression sexuelle. D’une manière générale, nous nous sommes beaucoup renseignées sur cette thématique par la lecture ou encore par le biais de documentaires. Je dirais qu’il y a plusieurs années que le mouvement ‘MeToo’ affecte ma vie.

On a la nette impression que les langues se délient davantage dans le milieu artistique pour faire cesser ces abus d’atteintes sexuelles d’hommes sur les femmes. Je viens de citer Weinstein. J’aurais pu parler de Depardieu, Jan Fabre ou encore R. Kelly, tous condamnés, alors qu’il y a encore quelques années, ces faits auraient été passés sous silence…

Tu as raison, mais il y a encore énormément de sujets tabous dans le milieu ! J’ai écrit une chanson dans laquelle j'aborde une histoire personnelle vécue dans l’univers du cinéma. Alors oui, évidemment, l’hashtag #MeToo dénonce de grandes célébrités, mais il subsiste encore énormément de petites personnes qui se font passer pour des réalisateurs dans le but d’arriver à leurs fins. Je suis contente de pouvoir défendre cette cause par le biais de la musique, même si le sujet reste difficile.

Savais-tu qu’il existait de grandes disparités en Belgique, selon les régions ? En Flandre, 5% ne connaissent pas le mouvement #MeToo, à Bruxelles 11% et en Wallonie 20%...

Je l’ignorais totalement.

Ce sont des chiffres officiels pourtant !

Je suis étonnée de cette différence culturelle, c’est surprenant !

De nos jours, les femmes restent également encore sous-représentée en Wallonie-Bruxelles dans une multitude de domaines, et notamment celui de la musique. Y consacres-tu une idéologie particulière en tant que jeune chanteuse dont le succès est croissant ?

On dénombre de plus en plus de mouvements ou de collectifs qui tentent   de valoriser les femmes. Tant mieux, mais cette proportion n’est pas encore assez élevée à mon sens. Il est nécessaire de continuer à en parler, d’organiser des événements spécialisés qui ne promeuvent que les femmes, de manière à leur donner plus de visibilité.

Un premier EP 4 titres intitulé « Help I’m Fine » est paru en 2023. Les thématiques développées tournent autour d’histoires personnelles ou de ton entourage. Se mettre à nu demande du courage et une bonne dose d’introspection. Au-delà de l’hommage rendu à toutes ces victimes, j’ai la nette impression que tes chansons exorcisent quelque chose de plus profond qui sommeille en toi.

Un peu des deux, je pense ! Rendre hommage à mon entourage ainsi qu’à toutes ces femmes, est une démarche qui me touche évidemment. C’est très important pour moi ! Le prochain EP, qui sera bientôt disponible (NDLR : « Traumas » est paru le 7 novembre 2025 et la release party s’est déroulée au Botanique, en janvier 2026) aborde ces sujets, mais sous un angle un peu plus personnel. Je me suis plongé un peu plus profondément encore dans mes histoires. Longtemps, chanter en anglais me permettait de me cacher. Mais, j’ai très vite remarqué, lors des interviews que les thématiques étaient scrutées. La difficulté du français est qu’il demande plus d’investissement sur le plan psychologique. Est-ce que cela me permet d’exorciser quelque chose de plus profond ? Oui, je le pense. Il y a des sujets que j'aborde et dont je ne parle pas nécessairement dans mon entourage. Coucher des textes sur le papier et en faire des chansons, permet au sujet de prendre vie et de susciter le débat avec mes proches. Pas plus tard qu’hier, j’ai publié sur les réseaux sociaux un contenu sur les violences. Beaucoup d’internautes souhaitaient que j’en fasse un podcast. La parole libère autant qu’elle peut engendrer de la difficulté. Certains artistes craignent de parler de leurs expériences vécues, de peur de devoir se justifier lors d’interviews. Pour ma part, je suis parvenue à m’en détacher. La violence n’est pas un tabou, mais un combat permanent.

« Naked man (in the forest) » relate la rencontre de l’une de tes sœurs avec un exhibitionniste dans une forêt alors qu’elle y faisait des besoins pressants. Alors que cette scène pourrait prêter à sourire, tu as réussi à la transformer en chanson satirique à la musicalité légère …

Tu es fort bien renseigné ! Effectivement, l’une de mes sœurs a eu la désagréable surprise de rencontrer un exhibitionniste en allant faire ses besoins dans une forêt. Dans la musicalité de cette compo, il y a quelque chose de très léger, c’est vrai. Pour le nouvel EP, ce côté satirique s’effacera pour laisser la place à davantage d’intimisme. Je craignais les préjugés tout simplement. En réalité, la simple idée que les auditeurs puissent me coller l’étiquette de celle qui reparle de sujets embarrassants, trop lourds à entendre, m’effrayait. Le premier opus abordait les événements suivant une perspective pas ‘trop dure’, pas ‘trop meurtrie’ ; ce qui est sans doute plus intéressant et captivant pour le public. Pareil pour « Don't Care », une chanson évoquant le harcèlement de rue et dans laquelle j’interprète le ‘mindset’ d'un agresseur, en exagérant constamment. Il s’agit d’un point de vue personnel. La musicalité légère parle sans doute au plus grand nombre. Et si les auditeurs sont réceptifs aux messages véhiculés, tant mieux.

Je me permets de faire le parallèle avec « Siner you » qui aborde l’agression d’un proche sur d’autres proches. Encore un sujet d’une gravité extrême, mais traité sous une forme rock très colorée…

Oui, c’est un peu une chanson de vengeance. Il s’agit de l’histoire d'un proche qui a agressé sexuellement plusieurs personnes que je connais également. Lorsque j’en ai parlé, mes propos n’ont pas été prise en compte. J’étais rouge de colère. Alors, j’ai ressenti le besoin de coucher cette histoire sur papier. Cette chanson est une réaction à ce déni. Je n’avais qu’une envie : que le nom de cet agresseur et ses agissements soient dévoilés.

En abordant des sujets aussi personnels, ne crains-tu pas des dérives ? De te voir reprocher une forme d’égotisme ? De de devenir, en quelque sorte, le porte-parole d’une cause, si juste soit-elle ?

Un peu, si. Mais, en l’état, le projet musical n’a pas encore suffisamment décollé. Donc, on ne pose pas encore énormément de questions à ce sujet. Mais, s’il le faut, je deviendrai la porte-parole de cette cause, oui !

Finalement, Epona dénonce tout ce qui n’est plus possible d’accepter ?

J'aime beaucoup cette phrase ! J’essaie d'aborder les petites choses au quotidien. Nous avons discuté de la chanson « Naked Man in the Forest », qui traite de l'exhibitionnisme. Si l’histoire peut effectivement prêter à sourire, en réalité, la situation est bien plus interpellante. Il y a toutes ces micro-agressions que les femmes éprouvent en rue ou dans les transports en commun. Combien ne subissent-elles pas l’insistance des hommes ? Ces agressions quotidiennes finissent pas être banalisées pour tomber ensuite dans l’oubli. Il est donc normal de penser que les femmes puissent être rapidement tétanisées par un simple toucher, un mot déplacé.

« Peine pour toi » surprend. Un titre exclusivement chanté en français dans lequel on apprend qu’un type a subtilisé des photos que l’on devine intimes. Tu y dévoiles une facette plus vulnérable, alors que, jusqu’ici, les chansons étaient plus engagées.

Un jour la police m’a contactée pour me signifier qu’on avait retrouvé des images me concernant. Je ne savais évidemment pas que ce type possédait ce genre de photos. Plus tard, j’ai reçu, dans ma boîte aux lettres, une série de documents concernant des plaintes à ce sujet. Je me suis dit qu’il fallait convertir cette affaire en chanson. J’étais seule face à ma haine car c’était une histoire que je n’avais pas dévoilée. Il fallait donc que je puisse l’extérioriser. Les mots sont ainsi venus naturellement comme glissant de mes mains. Côté musique, Dimitri venait de composer et il était satisfait du résultat. Voilà comment cette chanson est née.

Tu possèdes le statut d’artiste, ce qui te permet d’être rémunérée grâce au théâtre et au cinéma. La rémunération des artistes belges est une question qui se pose depuis la nuit des temps. Est-il encore utopique de penser que l’on peut vivre de sa musique en 2025 vu l’émergence des plates-formes de streaming ?

J'ai publié récemment un post sur Instagram à ce sujet. Avoir ce statut permet de rémunérer à sa juste valeur toutes ces semaines de répétition et de création de visuel. Ce message a récolté beaucoup de vues et suscité de nombreuses réactions. D’une manière générale, il est devenu relativement difficile de vivre de sa passion. Très honnêtement, j’ai pris énormément de plaisir à jouer ici aujourd’hui, mais le cachet est amplement insuffisant pour combler tout l’investissement derrière le projet. Quant au visuel, il est essentiel dans ce métier si on veut se faire connaître car aujourd’hui, les programmations de festival et de musiques sont réalisées, la plupart du temps, par le biais des réseaux sociaux. Et pourtant, le visuel n’est pas rémunéré. Les artistes n’ont alors d’autres choix que d’avoir une profession en parallèle. Je possède effectivement ce statut grâce au théâtre, mais malheureusement, pas par la musique. Pour être tout à fait transparente, si je n’avais pas perçu ces cachets, j’aurais été dans l’obligation de prendre un travail alimentaire. Et par conséquent, consacrer moins de temps pour l’écriture et devoir éventuellement m’absenter pour monter sur scène ; ce qui dans la pratique serait tout simplement impossible. Il est donc important de soutenir les artistes, d’où l’existence de cette démarche personnelle.

Tu es issue d’une famille très nombres, 10 enfants, dont 8 filles, nés de deux pères différents. L’une de tes demi-sœurs est relativement connue dans le milieu puisqu’il s’agit de la moitié du binôme Colt, anciennement Coline et Toitoine. Je crois savoir qu’elle t’a aidée pour l’écriture d’un prochain morceau qui devrait sortir prochainement. Est-ce exact ?

Mais, où as-tu donc trouvé cette information ? Je n’ai dû la communiquer qu’à deux ou trois reprises en concert. Elle a effectivement une très belle plume. Elle devrait prochainement entamer une formation aux Beaux-Arts. Elle aimerait beaucoup écrire un livre sur notre famille, sur ses affres et son côté ténébreux. Coline va également m’épauler dans l’écriture de chansons d’autant qu’il est plus difficile d’écrire en français. J’aime beaucoup sa manière d’appréhender les textes.

Si je peux me permettre, ta voix est sublime dans les chansons douces, comme sur ces guitare/voix. Cependant, en formule groupe, on la perçoit plus difficilement. J’ignore s’il s’agit d’un problème de balance, mais c’est dommage car on ne parvient pas toujours à percevoir la subtilité du propos…

Tu as parfaitement raison ! J’en suis consciente ! Ces défauts techniques m’ennuient d’autant plus que je n’arrive pas à les expliquer. Lors des premiers concerts, les gens entendaient parfois difficilement ce que je chantais. Nous avons même dû changer d’ingénieur du son. C’est quelque chose de très frustrant. On devrait peut-être envisager d’autres moyens de mettre en évidence la voix, comme diminuer les frappes sur les peaux lorsque je pose ma voix et les augmenter à nouveau sur les parties instrumentales par exemple. D’une manière générale, les gens apprécient la combinaison guitare/voix. Mais, j’aime aussi énormément les chansons qui envoient du lourd lorsque le batteur nous accompagne. En concert, j’aime alterner chansons douces et fortes.

Tu as récemment prouvé sur la RTBF que tu étais une artiste complète, capable de porter des mots sous cette formule guitare/voix. Comptes-tu l’exploiter dans le futur ?

A vrai dire, on a déjà pas mal tiré parti du format guitare-voix, y compris dans le cadre de concerts privés. A mes débuts, je manquais de confiance. J’avais pourtant des retours positifs lorsque j’adoptais cette formule intimiste. Je ressens l’envie d’en faire davantage. Mais, toutes les chansons ne s’y prêtent pas. Je pense, par exemple, à « Sinner, you », plus difficile à jouer en guitare-voix.

Les artworks des singles et des EP montrent soit des visages brouillés que l’on parvient difficilement à distinguer, des ombres ou une partie du personnage. Est-ce un manifeste pour l’anonymat ?

Je me suis toujours inspirée du rock, tant pour le son que l’image. Lorsque j’ai lancé le projet, je ne ressentais pas nécessairement l’envie d'être représentée physiquement. J’ai accepté un jour de clipper avec quelqu’un tout à fait librement. Pour le second, je souhaitais avoir moins de visibilité. Finalement, on m’y voit beaucoup (rires). Dans le milieu, pas mal de personnes m’ont conseillé de montrer mon visage, quitte à le supprimer plus tard. Pour le second EP, je souhaitais me montrer davantage et m’assumer pleinement. Une manière déguisée d’aimer mon corps sans doute. Je serais même prête à être nue sur scène et de le revendiquer (rires).

Tu as collaboré avec Dimitri Eggermont pour ton premier EP. Comment envisagez-vous la suite des aventures ?

Nous continuons d’écrire en vue d’un potentiel troisième EP qui se focalisera sur la chanson française. Je travaillerai toujours avec Dimitri. Mais, en vue d’améliorer les compositions, nous cherchons de petites collaborations. La première a été assurée par Charles de Schutter, ingénieur du son établi à Bruxelles. Nous avons également travaillé en compagnie d’un autre ingé-son basé à Gand qui a bossé pour pas mal d'artistes connus en Flandre comme Kids With Buns, Isée, etc. Nous n’avons donc aucune idée précise du prochain qui se chargera du troisième EP.

Tu as surpris ton public en interprétant une reprise d’un groupe de rock américain, originaire de New York, The Strokes, qui a acquis sa renommée dès le début des années 2000. Etonnant pour une jeune femme de 24 ans, dont ta génération est plus encline à écouter de la techno ou du rap.

A une certaine époque, j’étais entourée de jeunes baignant dans le rap. Mais très vite, j’ai découvert le rock. De plus en plus, autour de moi, les gens écoutent du rock. A vrai dire, j’ai accroché il y a 4 ou 5 ans. Les Strokes sont venus s’ajouter très vite à cet algorithme. Dimitri et moi, nous nous sommes vite rendu compte que nous partagions les mêmes goûts musicaux. Il était assez surpris d’apprendre que ce que j’aimais, lui, l’écoutait il y a 20 ans (rires).

The Vaccines

“Do You Remember Rock’n’roll Radio ?”,15 ans plus tard, mais pas seulement…

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En 2026, The Vaccines célèbrent les quinze ans de leur premier elpee devenu culte, « What Did You Expect From The Vaccines ? » (NDLR : un titre emprunté à une compo des Ramones, datant de 1980). Le quatuor britannique choisit de marquer l’événement sur les podiums, en proposant l’intégralité de ce disque fondateur, complétée par une sélection de titres couvrant l’ensemble de son répertoire. À Bruxelles, la formation londonienne investit le Cirque Royal sous une atmosphère déjà électrique, propice à une soirée festive.

Publié en mars 2011, ce long playing a atteint directement la quatrième place des charts britanniques, décroché une certification platine et inauguré une série d’opus classés sans interruption dans le top 5 outre-Manche. La trajectoire s’est poursuivie jusqu’à « Pick‑Up Full Of Pink Carnations », paru en 2024, sixième LP studio du combo, désormais solidement installé sur la scène rock internationale. Considéré comme l’un des grands disques rock britanniques des années 2010, ce premier opus aligne des titres devenus incontournables, à l’instar de « If You Wanna, Post Break‑Up Sex » ou « Wreckin’ Bar (Ra Ra Ra) », encore capables de fédérer anciens fidèles et nouveaux adeptes.

Deux ans après un concert belge à guichets fermés, The Vaccines reviennent offrir une parenthèse de nostalgie, construite autour de riffs incisifs et de mélodies immédiatement identifiables.

La mise en jambes est assurée par GANS, duo britannique à l’énergie brute, parfois présenté comme une version 3.0 des Sex Pistols. Originaire de Birmingham, l’ensemble publie en 2025 « Good For The Soul », premier opus où se croisent post‑punk primaire et accents électro‑rock. Le tandem, composé d’un guitariste‑claviériste et d’un batteur, s’adjoint ponctuellement un flûtiste‑saxophoniste‑chanteur, véritable détonateur scénique. Le chant se partage, la tension ne retombe jamais et l’exécution exige un engagement total.

Sur les planches, GANS privilégie l’impact direct sans renoncer aux nuances. L’ouverture, structurée autour de « A Fool, In Time et It’s Just Life », plante immédiatement le décor. Leur électro‑rock évoque par instants les Viagra Boys, tout en cultivant un punk amplifié et dansant. Les tempos soutenus entraînent la fosse dans une transe quasi continue, tandis que certaines plages s’autorisent des détours noisy, alternatifs, voire légèrement funky, comme sur « I Think I Like You ». Lors du final, « Oh George », le drummer descend au cœur du public pour conclure un set aussi minimaliste que dévastateur (page ‘Artistes’ ici). 

Setlist : « A FOOL », « IN TIME », « IT’S JUST LIFE », « I THINK I LIKE YOU », « STEP-PSYCHOSIS », « THE KING'S HEAD », « THIS PRODUCT », « OH GEORGE ».

Une fois la salle chauffée à blanc, place aux maîtres de cérémonie. Pas de décor superflu pour The Vaccines : une tenture en fond de scène, une estrade à trois niveaux exclusivement réservée au batteur, et deux guitaristes positionnés en première ligne. À 21 h précises, les lumières s’éteignent tandis que résonne « Do You Remember Rock ’n’Roll Radio ? » des Ramones. « Blow It Up et Wreckin’ Bar (Ra Ra Ra) » déclenchent d’emblée une réaction en chaîne dans la fosse.

Après une salutation succincte, le band enchaîne « Post Break‑Up Sex » et « Wetsuit », transformant le Cirque Royal en salle survoltée. Les morceaux du premier elpee, courts, nerveux et fédérateurs, s’enchaînent sans temps mort. Nørgaard provoque les premiers pogos, tandis que « If You Wanna » et « Family Friend » accentuent encore la montée en intensité. À mesure que le disque anniversaire touche à sa fin, seule la version acoustique de « Somebody Else’s Child » manque à l’appel. Pour l’occasion, Freddie Cowan troque sa guitare pour les claviers, tandis que Justin Young s’assied brièvement, rare moment de respiration dans un concert mené tambour battant.

Puisant ensuite dans un répertoire plus large, The Vaccines déroulent une seconde partie accueillie avec le même enthousiasme. « Your Love Is My Favourite Band », malgré son vernis légèrement kitsch, est repris en chœur, tout comme « Headphones Baby ». La preuve qu’une pop indé simple et efficace suffit encore à fédérer un auditoire entier un lundi soir. « Heartbreak Kid » et « I Can’t Quit » préparent le terrain avant un final constitué de « Teenage Icon » et « I Always New ».

Lors du rappel, Justin Young revient seul sur l’estrade pour interpréter « No Hope », gratte acoustique en main, un titre composé non loin de là, à l’AB. La foule immortalise l’instant, tandis que le reste du quatuor rejoint finalement les planches pour dévoiler de nouvelles compositions. « Ten Years Too Far » offre un avant‑goût prometteur du septième long playing actuellement en préparation, avant que « All My Friends Are Falling In Love », interprété à la demande, ne clôture la soirée dans une explosion collective.

En célébrant le quinzième anniversaire de « What Did You Expect From The Vaccines ? », la formation rappelle sa capacité intacte à captiver une salle entière. Une prestation généreuse, qui donne déjà un avant‑goût d’été et annonce un retour attendu, notamment au Rock Werchter le 2 juillet prochain.

Setlist : Intro préenregistrée : « Do You Remember Rock 'n’Roll Radio ? » (Ramones song),

LP » What Did You Expect From The Vaccines ? » en intégralité mais dans le désordre.

« Blow It Up », « Wreckin' Bar (Ra Ra Ra) », « Post Break-Up Sex », « Wetsuit », « A Lack Of Understanding », « Nørgaard », « Under Your Thumb », « Wolf Pack », « All In White », « If You Wanna », « Family Friend », « Somebody Else's Child ».

« Your Love Is My Favourite Band », « Headphones Baby », « Handsome », « Heartbreak Kid », « Lunar Eclipse », « I Can't Quit », « Teenage Icon », « I Always Knew ».

Rappel : « No Hope » (Acoustique), « Ten Years Too Far » (New song), « Tiger Blood » (sur demande du public), « All My Friends Are Falling In Love »

(Organisation : Live Nation)

 

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