L’appel à débrancher des Burning Heads

La formation skate punk orléanaise Burning Heads vient de partager un second extrait de son nouvel opus « All Fired Up ». Attendu pour le 16 octobre 2026, ce disque succède au titre « SOS 2 » publié début septembre. À l'aube de ses quatre décennies de…

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Aidan Moffat (Arab Strap) en featuring sur le nouveau single de ĠENN

ĠENN dévoile aujourd'hui « Jaguar Sun », un nouveau single en collaboration avec Aidan Moffat d’Arab Strap. Le titre sort au format digital ainsi qu'en 12’’ sur le label Rock Action Records, fondé par Mogwai, et accompagne l’annonce d’une tournée européenne…

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SALVIA (Ukraine + Belgium)

Concours – 2 x 1 ticket à gagner pour le concert de SALVIA le jeudi 17 décembre 2026 au Botanique à Bruxelles (Rotonde)

Écrit par

Concours – 2 x 1 ticket à gagner pour le concert de SALVIA le jeudi 17 décembre 2026 au Botanique à Bruxelles (Rotonde).

Gagnez 2 x 1 tickets pour le concert de SALVIA le jeudi 17 décembre 2026 au Botanique à Bruxelles (Rotonde). SALVIA est le projet de Nicole Selivan, artiste ukrainienne installée à Bruxelles. Elle propose une musique sombre et hypnotique, à la croisée des chemins de la darkwave, du post-punk et de la dreampop, caractérisée par des lignes de basse profondes et des rythmiques électroniques. Elle relève de l'écurie Mayway Records, basée à Courtrai.

Plus d'infos sur https://botanique.be/fr/concert/salvia-2026

Comment gagner ces tickets (2 x 1 places) ?

Remplissez le formulaire en bas de la page, répondez à la question en soulignant la bonne réponse copiez et collez-le dans votre réponse et envoyez-le à Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

(pas d’attachment, il ne sera pas ouvert)

et répondez à la question avant le 8 décembre 2026

1 seul envoi par participant.

 

Le gagnant sera informé personnellement et recevra son billet par e-mail.

 

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Question : de quel pays est originaire SALVIA ?

  1. Pologne
  2. Ukraine
     
  3. Roumanie

 

 

Prénom :

Nom :

E-mail :

 

Panchiko

Connaissez-vous l'incroyable histoire de Panchiko ?

Écrit par

En 1997, à Nottingham, Owain Davies, Andy Wright, Shaun Ferreday et un batteur prénommé John fondent Panchiko. En 2000, ils gravent un EP intitulé "Death Metal", mais cet enregistrement ne rencontre pas le succès espéré, ils décident de ne pas poursuivre l’aventure.

Mais le groupe attire l'attention du public en 2016, lorsqu'un utilisateur de 4chan découvre dans un magasin d'occasion de la cité qui a enfanté Robin des Bois, leur EP "D>E>A>T>H>M>E>T>A>L", et le partage en ligne. Le disque acquiert le statut de "Lostwave" et donne naissance à une communauté de fans qui s'est alors consacrée à la recherche des membres de la formation. Des investigations qui durent jusqu'en 2020, lorsque Davies est retrouvé et contacté par un fan via Facebook : Panchiko renaît de ses cendres et sort deux albums : "Failed at Math" en 2023 et "Ginkgo" en 2025.

Et il se produisaient ce samedi 10 octobre 2026, à l’Aéronef de Lille, précédés par deux supporting acts, Mirra Maze et Alison's Halo.

Mirra Maze constitue une excellente surprise. Leur répertoire navigue quelque part entre shoegaze, néo psych-pop, indie pop et rock alternatif. De quoi enflammer immédiatement un public qui n'attend que ça ! C.J. Mirra, Luci Mercer, Jack Benjamin et Tom enchaînent leurs deux singles sur la scène lilloise, "Red Violet Light" et surtout le magnifique "Self Medicate", avec énormément de talent. Leur mini gig de cinq titres constitue une vraie découverte (page ‘Artistes’ ici). 

Les Anglais avaient bien chauffé la salle ! Mais, hélas, les Américains d’Alison's Halo vont un peu refroidir l'atmosphère... Pourtant, Catherine et Adam Cooper, accompagnés de David Rogers ou Roger Brogan bourlinguent depuis 1994, à la recherche d'un véritable succès. Agréable, leur musique vogue à la croisée des chemins de la dream pop et du shoegaze, mais une balance mal réglée éclipse la voix cristalline de Catherine, que l'on entend à peine. Le volume sonore des guitares est trop élevé ! Ajoutons-y le faux départ d'un morceau et une présence, sur les planches, proche du néant, et vous obtenez une prestation quelque peu décevante).

Place enfin à Panchiko ! Dix petites minutes de retard à peine sur l'horaire initialement prévu. Pas mal après deux premières parties.

Le set s’ouvre par "Ginkgo" et "All they wanted". Et de suite on peut remarquer la bonhomie de ses membres. Andy Wright fait le pitre. Il n'arrête pas d'envoyer des "pouces" au public, alors que Shaun Ferreday le concurrence avec des "cœurs". Et les nouveaux membres, Rob Harris et John Schofield, ne sont pas en reste.

Mais comment se comporte Owen Davies, le chanteur-guitariste du band ?

Sans doute plus réservé, il se concentre essentiellement sur son chant : et quelle voix !!! De la puissance, un registre à plusieurs octaves. Et le tout est juste !

On ressent immédiatement que les membres du combo sont heureux de ce qu'ils vivent. Evidemment, durant leurs seize années loin de la scène rock, auraient-ils pu imaginer un jour se retrouver à Lille, face à un millier de fans conquis ? Et c'est ainsi depuis le début de leur tournée. Et parfois dans des salles bien plus grandes !

Les morceaux s'enchaînent, toujours en alliant de beauté et originalité : "Until I know", "Cut", "Failed at Math", "Gwen Everest", "Florida", "Shelled and Cooked", ... jusqu'aux irrésistibles "Death Metal" et "La Puta".

La prestation est sans faille. Owen Davies est, entre-temps, sorti de sa réserve et s'est adressé, à plusieurs reprises, à la foule. Non sans une pointe d’humour, car ça rigolait bien plein centre, sur le devant du podium. Ces fans-là devaient venir de Nottingham ! Car il faut avouer qu’on avait bien du mal à les comprendre vu leur foutu accent à couper au couteau...

En tous cas, si vous ne savez pas quel groupe découvrir, foncez les yeux fermés et les oreilles grandes ouvertes sur Panchiko ! C'est du très haut niveau.

(Organisation : Aéronef)

Ultra Vomit

L’art d’appréhender le metal au second degré…

Écrit par

Il fallait oser : transformer le métal en une gigantesque cour de récréation, détourner les plus grands noms du genre et métamorphoser des histoires de canards, de chiens ou de pâtisseries en véritables hymnes. Depuis plus de vingt ans, Ultra Vomit cultive cet art du grand n'importe quoi grâce à un talent unique. Ce vendredi 9 octobre, les Nantais font escale à l'Ancienne Belgique de Bruxelles, tandis que Bob's Not Dead se charge d'ouvrir les hostilités. Cette affiche réjouit les amateurs de guitares saturées et d'humour sans frontières.

Véritable OVNI de la production française, ce combo s'avère capable de transmuer les riffs les plus assassins en une farce musicale. Inutile d’espérer décrocher une place à la dernière minute : le concert affiche complet. C'est une nouvelle démonstration de la popularité grandissante d’une formation qui impose sa marque de fabrique, à mi-chemin entre puissance, pastiche et humour potache.

Après avoir notamment rempli l'Olympia à Paris et l'OM à Liège, Ultra Vomit inscrit l'Ancienne Belgique à son tableau de chasse. Ce succès témoigne de l'évolution d'un auditoire manifestement prêt à célébrer un band qui revendique son goût du second degré. Le quatuor rappelle une évidence : on peut aimer les rythmiques dévastatrices tout en conservant un penchant pour l'absurde. C'est précisément cette liberté qui explique la longévité et la popularité de ce groupe. 

À 20 heures, Bob's Not Dead ouvre les hostilités dans un registre éloigné des déflagrations métalliques promises par la tête d'affiche. Immergé dans son univers punk acoustique, brandissant des textes mordants et un humour volontiers provocateur, le Français impose sa personnalité singulière. Derrière la gouaille et les formules assassines se dessine un artiste sensible, capable de déclencher le sourire autant que la réflexion. Malgré un contraste musical évident par rapport à Ultra Vomit, une même volonté de bousculer les conventions réunit les artistes.

Cette entrée en matière atypique remplit parfaitement son rôle de mise en jambes, l'artiste réussissant à embraser la fosse avant l'arrivée des Nantais. Ici ce sont les mots qui servent de trame. Des textes tantôt caustiques, tantôt tendres, mais toujours en préservant une authenticité imperméable aux modes. 

Pour Ultra Vomit, le ridicule s'avère une affaire de professionnels : la puissance du métal, le sérieux en moins. À 20 h 50, les Nantais ont la lourde mission de donner corps à la promesse d'une soirée aussi brutale que désopilante. Car derrière ce nom singulier se cache une véritable machine de guerre. Ce combo ne se résume pas à un band humoristique ; il réunit avant tout des musiciens aguerris, capables de jongler entre heavy metal traditionnel, thrash, death metal, metalcore et sonorités modernes.

Cocorico belge : la réalisation du décor scénique est signé Kaernunos, atelier de création d'Uccle, en région bruxelloise. Spécialisée dans la conception d'accessoires et d'univers fantastiques pour le cinéma ou le théâtre – illustrée notamment par la série « Vikings » –, cette structure artisanale signe l'écrin d'Ultra Vomit. Exit l'estrade réduite à quelques amplificateurs et à une batterie : le quatuor s'offre un espace théâtral démesuré. De grandes structures rouges, des plateformes à plusieurs niveaux, des escaliers lumineux et une imposante installation vidéo donnent à l'ensemble des allures de music-hall passé à la moulinette du gros son. Les inscriptions lumineuses aux couleurs flamboyantes renforcent cette esthétique excessive, entre émission de variétés déjantée et cabaret monumental.

La batterie, juchée en hauteur, domine l'ensemble tandis que les autres musiciens arpentent les différents niveaux du dispositif. Les projections vidéo et les jeux de lumière permettent de changer d'ambiance au gré des compositions et de leurs innombrables clins d'œil musicaux. Cette scénographie prolonge directement l'identité artistique de la formation. Tout semble exagéré, presque caricatural, mais derrière cette extravagance se devine un minutieux travail de fabrication. Habitués à donner vie à des mondes imaginaires, les artisans bruxellois apportent une dimension visuelle qui rapproche le spectacle d'une production théâtrale. Le contraste s'avère savoureux puisque cette débauche de moyens sert des morceaux dont les sujets oscillent entre canards, pâtisseries et considérations absurdes. Grâce à cette mise en scène grandiose, Ultra Vomit pousse son concept jusqu'au bout, et le résultat visuel est saisissant.

La spécialité de la formation consiste à s'approprier les codes des grands noms du genre pour mieux les détourner. Metallica, Rammstein, Gojira, Motörhead, ou encore toute une galerie de références parfois très éloignées du métal, constituent autant de terrains de jeu pour cette bande de joyeux artificiers. C'est précisément là que réside le génie d'Ultra Vomit : faire cohabiter une musique techniquement redoutable et des textes totalement absurdes, sans que l’un ne prenne jamais le pas sur l'autre.

Impossible d'évoquer le combo sans revenir sur les morceaux qui construisent sa réputation. « Je collectionne des canards (vivants) », « Boulangerie Pâtisserie », « Mechanical Chiwawa » ou encore « Évier Metal » illustrent à merveille cette capacité à métamorphoser les situations les plus improbables en compositions particulièrement efficaces. Le plus étonnant reste le soin apporté aux arrangements. Les parodies s'avèrent tellement bien réalisées qu'en occultant les paroles, l'auditeur croit écouter une authentique formation de metal extrême.

Paru en 2024, le dernier opus, « Le Pouvoir de la Puissance », enrichit encore cet arsenal. Des titres comme « Doigts de Metal », « Le Coq », « Takoyaki » ou « Ricard Peinard » prolongent cette tradition du grand écart stylistique, où la virtuosité instrumentale sert une imagination sans limites. Sur le podium, cette diversité constitue la grande force du groupe. Les changements de styles, les clins d'œil musicaux et les interventions humoristiques transforment le concert en un véritable spectacle, bien au-delà d'une simple succession de morceaux.

Ce qui distingue surtout Ultra Vomit de nombreuses autres formations, c'est cette faculté de tourner en dérision un univers souvent associé à une certaine gravité. Les Nantais connaissent les codes du métal sur le bout des doigts : guitares saturées, rythmiques explosives et attitudes martiales. Mais plutôt que de les reproduire au premier degré, ils préfèrent les pousser jusqu'à l'absurde. Cette autodérision n'empêche jamais le band de faire preuve d'une réelle crédibilité musicale. C'est même tout le paradoxe de cet elpee : plus les chansons s'avèrent ridicules, plus leur interprétation exige de la rigueur. Là où certains craignent une simple succession de plaisanteries, la formation propose une formule élaborée, nourrie par des années de pratique et une solide connaissance de l'histoire du rock. Cette approche explique pourquoi le quatuor parvient à séduire bien au-delà du cercle traditionnel des amateurs de musique extrême.

Cette escale bruxelloise à guichets fermés confirme le statut de phénomène incontournable du métal francophone acquis par Ultra Vomit. Le groupe développe une formule immédiatement identifiable, mélange de virtuosité, de parodie et d'énergie communicative. Cette recette continue de séduire la foule. Au fond, les Nantais réalisent un exploit remarquable : rendre hommage au métal tout en bousculant joyeusement ses conventions. Une chose est certaine : le combo n'a pas besoin de se prendre au sérieux pour être pris au sérieux. C'est l'art de prouver qu'entre deux riffs ravageurs, un bon éclat de rire est très susceptible de s'inviter parfaitement dans l’auditoire !

(Organisation : Intersection VZW)

Guy Verlinde & The Artisans of Solace

L’élégance du blues pour un dernier tour de piste en Wallonie.

Écrit par

Un parfum particulier flotte dans l’air du Zik-Zak ce 2 octobre 2026. La salle d’Ittre lance un mois d’octobre placé sous le signe de son dixième anniversaire, mais l'événement réside surtout dans les adieux à la Wallonie de Guy Verlinde & The Artisans of Solace, venus donner leur ultime concert dans la région avant la dissolution de la formation. Cette réalité confère à la soirée une dimension supplémentaire, partagée entre célébration, émotion et sentiment de tourner une page. À 50 ans, Guy Verlinde bénéficie d'un contexte idéal pour revisiter une carrière qui le place depuis deux décennies parmi les figures incontournables du blues noir-jaune-rouge. Fort de 17 opus au compteur et de podiums partagés au fil des années en compagnie de légendes telles que B.B. King, Santana, John Fogerty, John Hiatt, Jeff Beck ou encore Canned Heat, le musicien jouit d'une réputation de performer solidement établie bien au-delà des frontières belges. Cette tournée anniversaire s'impose moins comme une rétrospective nostalgique que comme une mise en mouvement de tout ce parcours.

Dès son entrée sur les planches, Verlinde rappelle précisément pourquoi il a bâti sa renommée sur le live. Guitare en bandoulière, harmonica et micro américain à portée de main, la voix chargée de vécu, le Gantois ne cherche jamais à jouer au guitar hero. Chez lui, le blues demeure avant tout une affaire de narration, de transmission et de proximité. Il s'adresse à la foule, introduit les morceaux, laisse respirer les silences et transforme rapidement la salle en un lieu presque intime. Malgré une cinquantaine de préventes seulement, l'intensité s'avère parfaite et la complicité unit l'auditoire et les artistes à la manière d’un showcase cosy. Le Zik-Zak se prête idéalement à cet exercice. Sa configuration rapprochée et son acoustique permettent d'approcher directement les musiciens, une qualité que la salle revendique d'ailleurs comme l'un de ses principaux atouts.

Guy Verlinde ne joue évidemment pas seul ; The Artisans of Solace soutiennent magistralement le concert. À la guitare électrique, Stef Paglia, également connu pour son travail au sein de la formation The BluesBones, apporte cette touche nerveuse et contemporaine capable d'orienter le blues vers le rock sans jamais le dénaturer. Ses interventions visent la sobriété : quelques notes suffisent souvent pour densifier un morceau ou répondre à Verlinde par de savoureux dialogues de guitares. Derrière les claviers et le banjo, Tom Eylenbosch insuffle au contraire beaucoup de couleurs. Tantôt blues, tantôt folk ou Americana, son jeu élargit considérablement le spectre sonore du combo. La paire rythmique constituée de René Stock à la contrebasse et de Benoit Maddens à la batterie et aux percussions offre à l'ensemble cette respiration si particulière : un ancrage assez solide pour propulser les morceaux, mais toujours assez souple pour laisser circuler l'émotion.

C'est d'ailleurs là que réside la véritable réussite des Artisans of Solace. Ce quintette ne se contente pas d'escorter Guy Verlinde : il donne une seconde vie à ses compositions. Le blues traditionnel constitue toujours la colonne vertébrale du répertoire, mais celui-ci se nourrit largement de roots, de folk et d'Americana. Le programme officiel présentait justement cette musique comme un voyage traversé par des histoires d'amour, d'espoir et de résurrection. Sur l'estrade, ces mots prennent tout leur sens. Le concert progresse ainsi par vagues. Durant les moments électriques, Paglia et Verlinde intensifient progressivement la tension tandis que la section rythmique métamorphose le Zik-Zak en véritable club de blues. Viennent ensuite des passages nettement plus dépouillés, où une guitare acoustique, une ligne de contrebasse ou quelques accords de clavier suffisent pour modifier totalement l'atmosphère.

Verlinde excelle dans cette alternance. Il sait pousser l'auditoire à frapper du pied avant, quelques minutes plus tard, de guider la foule vers une écoute beaucoup plus intérieure. C'est précisément ce qui distingue Guy Verlinde de bon nombre de musiciens enfermés dans une conception orthodoxe du genre. Son univers ne repose pas sur une succession de démonstrations instrumentales. Même lorsque le combo prend son envol, la virtuosité demeure au service des chansons. Les solos racontent une histoire, les respirations comptent, tout comme les regards complices. On perçoit derrière ce band de nombreuses heures de route et de planches communes. Le Zik-Zak annonçait d'ailleurs les Artisans comme des partenaires en compagnie desquels Verlinde a déjà parcouru « beaucoup de kilomètres musicaux ». Ce vécu s'entend : les changements de dynamique s'opèrent naturellement et personne n'a besoin de surveiller son voisin pour deviner la direction du morceau.

Dans ce contexte particulier, certains titres revêtent une autre couleur. Face à cette ultime apparition wallonne, les thèmes de reconstruction, de passage du temps et de renaissance semblent commenter d'eux-mêmes la soirée. Verlinde conserve cette chaleur et cette générosité qui caractérisent depuis longtemps son identité artistique. Il échange volontiers par le dialogue et l'humour, ce qui lui permet de désamorcer les séquences chargées d'émotion. La fosse d'Ittre répond présent. L'auditoire écoute intensément, mais applaudit tout aussi généreusement les improvisations instrumentales.

Plus le concert progresse, plus la séparation entre l'estrade et la salle s'efface. C'est là que Verlinde donne le meilleur de lui-même : lorsqu'il ne semble plus interpréter un répertoire face à des spectateurs, mais plutôt bâtir la soirée en leur compagnie. Au moment où résonnent les dernières notes, une pointe de mélancolie surgit. Car au-delà du « 50th Anniversary Tour », cette date s'apparente à un au revoir. Pas nécessairement à Guy Verlinde, dont l'activité musicale se poursuit, mais à cette alchimie précise unissant cinq musiciens. Elle mérite amplement cette célébration.

Après deux décennies passées à défendre sa propre vision de cette musique, Guy Verlinde n'a plus grand-chose à prouver. Ce concert montre pourtant un artiste éloigné de tout pilote automatique. À 50 ans, il célèbre son parcours sans s'ériger en attraction patrimoniale, préférant rappeler que le blues reste vivant tant qu'on lui insuffle une part de soi. Aux côtés de Stef Paglia, Tom Eylenbosch, René Stock et Benoit Maddens, il a structuré une formation capable d'unir puissance électrique, finesse acoustique et profondeur émotionnelle. Pour le Zik-Zak, qui fête ses dix ans en ce mois d'octobre 2026, l'ouverture s'avère hautement symbolique : une salle créée par des passionnés accueille un musicien qui, après des milliers de kilomètres, continue à jouer comme si chaque concert était unique.

La soirée s'achève sur une note chaleureuse et authentique, où le blues retrouve ses fondements : des histoires, des musiciens et une communauté pour les partager.

Setlist : « Bon Ton Rouler », « Lovestrong », « Feel Alive », « Treat Me Right », « Soul Javin’ », « Me And My Blues », « Learnin’ How To Love You », « Lovelight Shine », « My Little Girl », « Better Days Ahead », « Ain’T No Sunshine », « Goin’ Down To Mississippi », « Gator Bop », « Winter Blues ».

Rappel : « Powered By The Blues ».

Organisation : Rock Nation et Zik-Zak.

 

Les Tit' Nassels

Les Autres

Écrit par

Près de trente ans après leurs débuts, Les Tit’Nassels poursuivent leur route en façonnant la chanson française selon leur propre méthode : raconter de petites histoires pour aborder des sujets bien plus vastes. Sur cet elpee, Axl et Sophie semblent avoir déniché le titre idéal pour synthétiser leur univers. Car derrière les personnages, les anecdotes, l’humour et les mélodies immédiatement familières, leur œuvre traite depuis toujours des relations humaines.

Cette fois, ils l’annoncent clairement : « Les Autres » occupent le centre du tableau. Après « À double tour », dont les deux volumes ont marqué le début des années 2020, le binôme revient au travers d'un opus plus resserré de neuf morceaux. Pas question pour autant de révolutionner une formule éprouvée. Les Tit’Nassels restent attachés à une chanson française mélodique, accessible et profondément narrative, où le texte prime sur la démonstration. Leur force réside dans cette capacité à feindre le récit d'une aventure ordinaire avant que celle-ci ne finisse par nous renvoyer à nos propres contradictions.

Le morceau éponyme « Les Autres » donne naturellement le ton. Il y est question de ces individus que l’on croise, que l’on aime, que l’on juge parfois trop vite et dont les trajectoires s’entremêlent à la nôtre. À une époque où le repli sur soi devient parfois un réflexe, Axl et Sophie défendent au contraire une idée fondamentale : nous n’existons jamais tout à fait seuls. Derrière la simplicité du propos transparaît une vision profondément humaniste.

C’est probablement là que bat le cœur de ce disque. Le duo observe le quotidien sans chercher à transformer chaque titre en manifeste. Les inquiétudes personnelles côtoient les coups de cœur et les coups de gueule, nourris par cette tendresse légèrement désabusée qui caractérise leur signature. Mais cette douceur n'exclut pas le mordant.

Au travers du titre « Hashtag », dévoilé en 2026, la formation prouve qu’elle sait toujours sortir les griffes. Le morceau prend directement pour cible le discours masculiniste et délaisse par moments la délicatesse habituelle du combo pour adopter des mots beaucoup plus tranchants. L’engagement ne s’impose pourtant jamais de manière artificielle : il prolonge cette obsession pour les rapports interpersonnels, la perception de l’altérité et la manière dont certaines idéologies corrompent ces liens. Un constat similaire s'impose à l'écoute de « La Ballade Des Imbéciles Heureux », dont le titre arbore cette ironie typique de la formation. Derrière son apparente légèreté se cache une critique de la facilité intellectuelle, de cette tentation confortable qui pousse à ne plus rien questionner pour vivre plus tranquillement. Là encore, les musiciens préfèrent raconter et suggérer plutôt que donner des leçons.

Cette démarche distingue Les Tit’Nassels de nombreux groupes dits « engagés ». Chez eux, le message ne supplante jamais les personnages. L’humain reste au premier plan. Musicalement, les premiers éléments disponibles ne laissent pas présager de rupture radicale. Et tant mieux. L’identité du band repose précisément sur des mélodies immédiatement identifiables, une écriture où la musique soutient le récit sans l’étouffer, et surtout sur la complémentarité d’Axl et Sophie. Après tant d’années, l'union de leurs deux voix demeure le véritable fil conducteur de l’aventure. Il s'avère d’ailleurs cohérent de voir Les Tit’Nassels dédier aujourd’hui un long playing aux « autres ». Depuis leurs premières compositions, ils bâtissent leur répertoire à partir de figures ordinaires, de rencontres, d’amours, de désillusions et de fragments de vie. En changeant constamment de visage, ils racontent finalement toujours un peu la même personne : nous.

Dans « Les Autres », le duo rappelle surtout une évidence que notre époque tend parfois à oublier : seul, on peut raconter son histoire, mais ce sont les autres qui lui donnent du relief.

Le spectacle s'annonce festif, déjanté, schizonévrose à souhait et délirant !

Jeronimo

Réaliser un rêve, c'est difficile, mais c'est peut-être encore plus difficile dès qu'on l'a réalisé…

Écrit par

Douze ans après « Zinzin » et une longue éclipse, Jeronimo est remonté sur un grand podium, celui de Ronquières, pour y déployer « La difficulté des rêves », un elpee né dans l'intimité d'une ferme réaménagée en studio.

Entre-temps, l'homme n'a jamais cessé de jouer, à l'instar de Saint André, The Engines of Love ou les Loved Drones, mais c'est bien sous ce nom-là qu'il retrouve une identité directe, presque frontale. Sur scène, entouré d'une formation élargie, il revisite ses classiques tout en convoquant ses fantômes et ses proches.

Retour donc sur cette renaissance, entre acceptation apaisée, hommages fraternels et rêves enfin assumés.

Jérôme, tu as grandi au cœur la scène liégeoise des années 80. Aujourd’hui encore, cette région est un véritable terreau artistique. Qu'est-ce que cette ville t'a transmis que tu n'aurais trouvé nulle part ailleurs ?

Je ne sais pas si c'est lié à Liège en particulier. À des moments précis de mon adolescence, je suis tombé sur des personnes clés, je dirais qu'il s'agit avant tout d'une histoire de rencontres avec d'autres mélomanes.

À nos débuts, nous ne jouions pas d'instruments. Ado, j'ai rencontré des jeunes de mon âge qui écoutaient les mêmes choses ; ils m'ont filé pas mal de conseils, toujours dans le milieu alternatif. Évidemment, la gravitation vers le milieu musical en place a été rapide : on commence à monter les premiers groupes, et on se greffe naturellement à la vie musicale liégeoise.

J'ignore si cette ville possède quelque chose de particulier, cela aurait très bien pu se dérouler à Bruxelles ou à Rennes. Liège possédait peut-être une culture urbaine un peu plus affirmée que Namur, tout en cultivant ce terreau alternatif, sans doute moins présent à Namur, mais qu'on retrouvait aussi à Bruxelles, voire à Anvers. C'est peut-être ce terreau qui a permis à Liège de favoriser ce type de scène.

Je me souviens, par exemple du passage, à la Chapelle, à Liège, de groupes comme The Cure.

Après avoir mis Jeronimo en sommeil (dernier album « Zinzin », en 2013), tu as multiplié les projets plus ou moins confidentiels : » Raid Aérien » sous ton vrai nom, Everyone Is Guilty, « Thamel ». Que représente aujourd'hui le retour à une formation plus large sur scène ?

C'était une façon de renouer avec des chansons peut-être un peu plus légères, un univers musical un peu plus « ciel bleu ».

Les projets dans lesquels j'ai évolué étaient en effet plus exigeants, plus plombés : Thamel était instrumental, très lent, sous mon nom, « Raid Aérien » était très tendu. J'ai pas mal joué au sein de Everyone is Guilty, où l'on faisait de la musique roots américaine, très sombre.

Aujourd'hui, j'y vais un peu naturellement. Revenir vers des accords majeurs, des mélodies plus ouvertes, un peu plus « up », remettre un peu de ciel bleu là-dedans, tout simplement : je pense que ce retour y trouve son origine.

Peut-être que la naissance de ma fille m'a poussé à envisager l'avenir et les choses au quotidien de manière plus ouverte et plus optimiste. Je crois que c'est un peu un mélange de tout ça.

On pourrait dire que ta carrière est faite d'un aller-retour permanent entre la lumière et la fuite de la lumière : un succès, puis une disparition, un retour, puis un nouveau silence. Est-ce un rythme que tu choisis, ou un rythme qui te choisit ?

C'est une bonne question ! En fait, c'est le genre de choses que je faisais déjà à l'époque. J'ai joué avec d'autres artistes comme Mark Gardener de Ride ou Saint André, avec Hugo Chastanet, Marc Morgan, Colline Hill ou encore Olivier Juprelle.

Entre deux albums, une période s'écoulait et j'en profitais pour jouer ailleurs, apprendre d'autres trucs, d'autres chansons, parfois d'autres styles. J'ai l'impression que c'est une espèce de démarche naturelle pour moi.

Actuellement, je joue encore dans un groupe de musique instrumentale, qui n'a donc absolument rien à voir avec le style de Jeronimo. C'est une démarche que j'ai toujours entreprise pour me nourrir et m'oxygéner. Faire du Jeronimo tout le temps serait pour moi barbant !

Tu reviens sous le patronyme Jeronimo après douze ans de silence. Qu'est-ce que ce nom porte, ou autorise, aujourd'hui, que les autres alias ne permettaient pas ?

Là maintenant, avec Jeronimo, je peux faire un peu ce que je veux, vu qu'il n'y a plus vraiment d'enjeux. Je vois mal comment le projet pourrait aller commercialement plus haut que ce qu'il a été. Franchement, ce n'est absolument pas mon but.

J'aime bien que Jeronimo puisse livrer des produits de 3 minutes 30 bien fichus, ça s'appelle un single. À ce titre, je trouve que « Comme un Fakir » est un chouette morceau.

Mais bon, il faut savoir raison garder : il faut pouvoir se dire qu'à ce moment-ci de mon parcours, ce n'est pas la priorité. Si quelques singles peuvent m'aider à venir jouer ici, c'est super. Mais le plaisir avant toute chose.

Y a-t-il un moment précis où tu as cru que Jeronimo ne reviendrait jamais ?

Oui, évidemment ! Par moments, j'en avais même un peu marre, soit par fatigue, soit par impuissance.

Juste après le troisième album, « Mélodies démolies », je me suis vraiment senti impuissant. La roue a tourné et des plus jeunes ont fait leur entrée. Je pense notamment à Saint André, qui avait le vent en poupe avec des mélodies plus légères, plus consensuelles, ou encore à Suarez. J'étais traversé par des sentiments désagréables.

Et puis, par moments, le caractère répétitif m'ennuyait également, et je voulais passer à autre chose. Tu sais, quand tu fais la même chose pendant 10-12 ans, non-stop, ça finit par se ressembler d'une année à l'autre. La Wallonie n'est pas un territoire sans fin, alors on voyage et on se pose la question d'un projet aux Pays-Bas ou en Angleterre.

Maintenant, tout ça, c'est derrière. La notion de plaisir est au centre des débats.

Tu as également enchaîné les projets collectifs : Saint André, The Engines of Love, les Loved Drones de Miam Monster Miam. Est-ce une manière de rester musicien sans avoir à porter, seul, le poids d'un nom et d'une identité publique ?

C'est tout à fait ça : remettre au centre sa vocation de musicien, pas de leader de groupe, pas d'image.

Me trouver aux côtés du chanteur est un vrai bonheur : je n'ai pas le poids du projet à porter, je suis là pour jouer de la guitare. C'est ma formation première !

Je crois aussi que c'est pour cette raison que je vais m'oxygéner entre deux albums. Quand on est en train de composer et d'enregistrer l'album, on sait qu'on a toute l'élaboration sur ses seules épaules, et ensuite, il faut le porter sur scène. On sait que ça va durer un an, parfois davantage.

Pour ce nouvel opus, « La Difficulté des Rêves », tu es parti d'une abondance de morceaux pour n'en garder qu'une poignée. Y a-t-il un titre resté sur le carreau que tu regrettes particulièrement d'avoir laissé de côté, et pourquoi ?

Le choix s'opère rapidement, on le sait dès le départ. Sur les 30-40 chansons, on repère vite les 4 ou 5 qui vont apparaître sur la face A.

Le choix de la face B est plus complexe : comment poursuit-on ? Y a-t-il des cartouches à garder pour sortir un EP six mois plus tard, dont un nouveau single inédit pour relancer ? Ce sont des questions à se poser.

J'ai déjà une série de titres qui ne figurent pas sur le disque, mais qui ont du potentiel et qui verront le jour début d'année prochaine, dans un format plus court. Le temps qui passe, c'est un bon directeur artistique.

Que signifie pour toi la difficulté des rêves, au sens le plus littéral du terme ? Quels sont les rêves que le Jeronimo d’hier n’a pu voir aboutir ?

Le choix des titres des disques est en général instinctif et un peu irréfléchi. J'aime bien quand je le dis ou quand je l'écris, je ne réfléchis pas vraiment au sens à donner.

On m'a d'ailleurs souvent posé la question pour « 12h33 » : qu'est-ce que ça veut bien pouvoir dire ? Franchement, j'ai inventé des trucs.

Ici, je dirais que c'est un peu la même chose : c'est un titre compliqué, je dois essayer de rassembler des morceaux pour donner une explication.

Réaliser un rêve, c'est difficile, mais c'est peut-être encore plus difficile dès qu'on l'a réalisé. C'est également difficile de le maintenir, de continuer à l'alimenter et à le faire vivre. Mais faire une bonne pizza, c'est difficile aussi !

Cet opus a été façonné dans l'instinct, en se servant de prises brutes, dans une pièce convertie en studio de fortune sous les toits d'une vieille ferme. Ce cadre presque improbable a-t-il influencé le son du disque dans sa globalité, ou seulement son processus ?

Je dirais que l'endroit, les circonstances, le décor et le très peu de matériel utilisé ont conditionné le résultat. J'ai commencé à enregistrer des démos et le produit fini me plaisait, j'ai construit le disque sur cette base, sans devoir partir d'une page blanche.

Il n'y a pas beaucoup de pistes sur cet opus, peut-être 24, ce qui est minimaliste. Il n'y a pas beaucoup de touches, c'est très peu arrangé, principalement des parties de guitare. Il y a de temps en temps quelque chose d'un peu plus raffiné, mais rien de comparable à ce que j'ai pu réaliser précédemment.

Il fallait que le produit fini tienne la route avec le moins de choses possible. Donc oui, ça n'a pas été un album très compliqué à enregistrer ou à mixer, comparativement à « Raid Aérien » par exemple, qui, lui, était nettement plus complexe à entrevoir.

La structure musicale s'est imposée plus vite que les textes. Werner Moron, plasticien et non musicien, a été un déclencheur. Le fait qu'il ne soit pas musicien a-t-il constitué une plus-value par rapport à une écriture en solo, où tu maîtrises tout du début à la fin ?

Nous avions déjà réalisé des performances dans le milieu de l'art contemporain. C'est un personnage captivant, extrêmement exigeant également.

Sans rien lui dire, j'ai commencé à lui piquer des phrases parce qu'elles constituent de belles paroles de chanson. Werner baigne plutôt dans le format long ; ses textes peuvent durer six heures. Et moi, je voulais garder celui du trois minutes. J'ai décidé de lui envoyer le résultat, afin de voir comment il allait réagir.

Par exemple, la chanson « Comme Un Fakir » a été construite sur cette base. Lorsque je cite « Assis sur le présent », ce n'est pas moi, c'est bien lui qui l'a écrit. Il était quasiment en larmes. Il m'a dit : « C'est génial parce que j'entends quelque part une partie de mon travail qui est compactée en trois minutes », ce que je ne suis jamais parvenu à réaliser.

Mais, tu sais, on ne s'est jamais assis au coin d'une table comme nous le faisons toi et moi aujourd'hui. Et comme l'exercice avait plu, je lui ai demandé si je pouvais continuer en ce sens. Il m'a dit : « Vas-y, vas-y. Détourne, vole. »

Cela a donc été un véritable travail de collage, mettre ici et là nos idées respectives en commun.

Un avion pour Londres, sur scène, tu l'as présenté comme un « invité spécial parmi nous » en hommage à Marc Morgan. Qu'est-ce que cette reprise te permet de dire que tu n'aurais pas pu écrire toi-même ?

J'ai bossé avec lui, passé beaucoup de temps avec lui également. C'était un orfèvre, tant dans son écriture que dans sa façon de composer.

Je suis incapable d'écrire avec cette finesse qui le caractérisait, et je m'en suis encore rendu compte lorsque j'ai fait cette reprise.

Marc m'a beaucoup appris et m'a fait voyager. Il m'a emmené aux États-Unis, au Canada, et m'a aussi fait enregistrer à Berlin. J'aurais pu faire un album entier de reprises à sa mémoire.

Les longues promenades avec ta fille Jeanne ont participé à la résurrection de Jeronimo — c'est une image que tu as beaucoup racontée déjà. Y a-t-il une ligne précise du disque que tu ne pourrais pas encore lui expliquer ?

Elle me demande souvent dans la voiture d'écouter l'album. Tu sais, quand j'imaginais les titres, je l'avais parfois sur les genoux. À la maison, il y a des instruments partout. Sa maman est la percussionniste du groupe, elle baigne depuis sa naissance dans ce milieu.

Si je devais lui dire quelque chose, ce serait dans la première chanson : « Qu'il ne doit rien. Il ne faut rien. Rien ne t'oblige. » Je lui dirais donc qu'elle n'est contrainte à rien, fais ton truc, en avant, quoi ! C'est de cette manière que j'essaie de l'accompagner, modestement.

Elle fait de très beaux dessins et, par moments, elle me demande : « Et là, regarde, c'est pas grave si le ciel est rose ? » Je l'encourage, parce que le soir, le ciel est rose. Il faut encourager les enfants au lâcher-prise.

Je suis parfois surpris de la grande sagesse qui les habite dès l'âge de 4-5 ans. Je me sens tellement vieux…

Le disque renoue avec les vibrations indie des débuts, réverb et vibrato fin des années 80. À 53 ans, revenir consciemment à un son de jeunesse, c'est de la nostalgie assumée ou une manière de boucler une boucle ?

Je n'entretiens pas de nostalgie particulière par rapport à cette année-là. Je ne vais pas voir The Cure en concert par exemple, ça ne m'intéresse pas, je les ai vus à l'époque. Je ne vais pas voir les groupes que j'allais voir il y a 20 ans, je les ai vus. En revanche, je suis allé en revoir quelques-uns et c'était une catastrophe.

J'aime bien les sons de cette époque, ceux des claviers ou des guitares qui ne vieillissent pas. Ils ne sont pas passés de mode, ils ne se rattachent pas à une époque particulière. Le son de guitare de Peter Buck (REM, ndlr) était très beau, et il l'est toujours !

Ce sont des gens qui ont apporté une esthétique un peu différente de ce qu'il y avait dans les années 70, et qui est toujours d'actualité aujourd'hui. J'aime ces sons et me sens à l'aise avec eux. Je sais les manier plus facilement que d'autres.

Il n'y a presque aucune structure derrière ce disque — pas de major, un pressage artisanal. À cet âge et avec l’expérience que tu possèdes, sortir un album sans filet, est-ce une liberté reconquise ou une nécessité qui s'est imposée à toi ?

J'ai un peu du mal à te répondre parce que je crois que je ne vais pas aussi loin dans la réflexion. Je suis quelqu'un d'assez terre à terre. C'est pareil avec les paroles, je m'arrête au son, à ce qu'il me procure. Suis-je prêt à incarner cette chanson ou cet album sur scène ?

Je ne me suis jamais senti enfermé dans un domaine où il fallait absolument que je me libère, je n'ai jamais ressenti ça. Je n'ai pas l'impression que le son de l'album s'impose. C'est assez intéressant parce que je ne raisonne pas vraiment comme ça.

En général, on a un meilleur éclairage sur un album quand on achève celui d'après. Je comprends mieux aujourd'hui certaines choses sur « Raid Aérien ». Il faut du recul, je crois. C'est une question à laquelle je pourrais te répondre d'ici deux ans.

On se donne donc rendez-vous dans deux ans ?

D'accord ! Avec plaisir !

Tu t'entoures aujourd'hui d'un line-up neuf sur scène — Guillaume Vierset, Gaëtan Streel, Leticia Collet, Jérôme Danthinne, Charlotte Lamby — pour revisiter d'anciens morceaux entièrement repensés. Cette formation découle-t-elle d'une nécessité artistique pour faire vitre ou revivre ces morceaux ?

Je connaissais certains des musiciens, comme Gaétan à la basse et Jérôme à la batterie. Les trois autres ont un très bon niveau.

À vrai dire, on s'est rencontrés dans un festival, il y a deux ans. On était tous là, perdus dans la montagne, plusieurs jours à jouer tous les soirs. On se connaissait déjà, mais là, on a vraiment fait connaissance, c'est là que l'idée a germé. Je me suis dit que je nous verrais bien tous les six à jouer mes morceaux.

Guillaume Bierset à la guitare, Charlotte aux percussions et Laetitia au clavier venaient déjà me voir en concert lorsqu'ils avaient 14-15 ans. Je trouvais amusant d'intégrer une nouvelle génération dans le groupe pour amener de la fraîcheur et du talent.

Si le Jérôme de 2002, encensé par la critique et programmé partout, pouvait entendre « La difficulté des rêves », qu'est-ce qui le surprendrait le plus ?

Je ne sais pas, c'est bien difficile à dire. À vrai dire, je ne sais pas répondre à cette question.

Ne pas y répondre, c’est déjà y répondre …

Oui, tu as raison !

Erato

Je vis au présent, pas dans le passé (Bolle)

Erato trace sa route depuis 1993 et n’a jamais caché son amour pour la new wave typique des années 80, jusqu’à l’EBM. Au fil des décennies, le groupe bruxellois a gravé d’excellents opus, tels que A Killed God, The Irreplaceable One, Erato - III et NaIVe. Mais à partir de 2015, le silence le plus complet s'installe. Puis, le 10 août 2023, Erato ouvre la soirée new wave des Fonnefeesten, à Lokeren, avant Arbeid Adelt et A Split Second. La formation refait ainsi surface, comme si elle n’avait jamais disparu. Après avoir enregistré l’EP Android Suicide en juin de l’année dernière, elle le sort en vinyle en mai dernier, puis vient le défendre sur scène le 30 du même mois, à Asse. Elle semble donc retrouver sa vitesse de croisière. Au cours d’un agréable entretien, Bolle, le chanteur, nous a parlé du passé, mais surtout du présent et de l’avenir d’Erato, ainsi que de l’ensemble de la scène liée à l’EBM. 

Depuis la naissance d’Erato au cours des nineties, le chemin s’est révélé parfois difficile, mais vous signez votre retour aujourd’hui. Comment expliquez-vous cette renaissance ? 

Bolle : À l’origine, nous projetions de publier cet EP beaucoup plus tôt. C’est précisément sur ce point qu’Erato s’est retrouvé bloqué. À cette époque, les concerts n'existaient plus et toute la dynamique semblait s’essouffler. Certains membres ont développé d’autres centres d’intérêt et se sont lancés dans des projets parallèles. Frank, notre guitariste de la première génération, a heureusement rallumé la flamme. Nous avons repris les répétitions et nous voulions enfin publier toutes ces chansons qui étaient déjà prêtes mais n’avaient jamais vu le jour. Ce processus a demandé beaucoup de temps, mais nous nous réjouissons que l’EP soit enfin paru. 

Les nouveaux morceaux semblent refléter davantage de profondeur et de douceur. Est-ce le signe d’une évolution naturelle du groupe ? 

Bolle : Cela prouve surtout que nous avons mûri et que les textes manifestent effectivement plus de vécu qu’auparavant. Divers éléments, comme les parties de batterie, ont été réenregistrés sous la houlette de Marjo derrière les fûts. Nous avons donc certainement retravaillé certains arrangements, mais cela ne signifie nullement que nous sommes devenus plus doux, et cela ne découle pas non plus de frustrations enfouies. Enfin, je ne pense pas. Mais il est possible que certains de ces sentiments se soient glissés inconsciemment dans les morceaux. 

Cette facette plus sombre convient particulièrement au groupe. Mais s’avère-t-il nécessaire de chercher une signification précise à ces compositions ? 

Bolle : Nous n’avons pas consciemment décidé de redevenir plus sombres. Nous avons toujours revendiqué un style assez éclectique. On ne peut pas vraiment enfermer notre musique dans une seule case. Nous nous situons quelque part entre le gothic rock typique, à l'instar de Sisters of Mercy et Killing Joke, et d’autres styles plus électroniques, teintés parfois d'influences punk ou post-punk. Mais cette alchimie se crée très naturellement. Nos influences demeurent très larges et nous composons les morceaux que nous aimons, ceux que nous éprouvons l’envie d’entendre ou qui nous amusent, indépendamment des genres. Nous restons bien sûr toujours ancrés dans ce registre sombre typique qui a bercé notre jeunesse et qui forge notre identité. Cela fait partie intégrante de notre ADN. 

Est-il devenu plus difficile, aujourd’hui, de diffuser votre musique ? Des festivals comme le BIMfest ou les Fonnefeesten et les Lokerse Feesten accordent pourtant une place à la new wave. Ces initiatives suffisent-elles à élargir votre public ?

Bolle : C’est à la fois plus difficile et plus facile. Nous évoluons évidemment dans une niche. Du moins en Belgique, elle ne rassemble pas des millions de personnes. À l’étranger, en Allemagne par exemple, le public se montre un peu plus nombreux. D’un autre côté, grâce à Internet, aux réseaux sociaux et aux outils numériques actuels, le monde s’est rétréci. La musique peut se diffuser beaucoup plus largement.
D’ailleurs, à l'occasion de la tournée d’adieu de Front 242, j’ai l’impression qu’on assiste à une sorte de revival. Les formations qui évoluent dans le post-punk contribuent également à cette nouvelle dynamique. C’est aussi la raison pour laquelle les Fonnefeesten et les Lokerse Feesten programment une journée dédiée à la new wave. Cela prouve qu’il existe un regain d’intérêt et qu’une partie du public reste toujours ouverte à ce genre musical. 

Ce regain d’intérêt peut-il permettre à Erato de franchir enfin un nouveau cap ? Malgré la qualité et la longévité du groupe, vous êtes souvent restés aux portes d’une véritable éclosion. Comment expliquez-vous cette situation ?

Bolle : Je ne peux pas vraiment me prononcer de manière absolue sur le sujet, puisque j’ai rejoint le groupe en 2000. Je pense que nous avons toujours été meilleurs en live que sur disque. À la fin des années 90, Erato a un peu raté le coche au moment où il aurait fallu franchir un cap, à une période où pas mal de groupes de la scène commençaient à percer. Par conséquent, nous évoluons toujours en deuxième ou troisième division aujourd’hui (rires).
Mais depuis la reformation d’Erato, nous avons tout de même pu décrocher quelques grands concerts. En 2023, aux Fonnefeesten, nous avons ainsi pu jouer devant un large public. Nous revenons également de Malte, où nous nous sommes produits face à un auditoire international et où nous avons reçu un accueil très chaleureux.
Pourtant, le grand succès et les scènes majeures nous échappent encore. Je pense que nous restons encore un peu trop méconnus du grand public pour y prétendre. Nous ne disposons d’aucun booker et nous gérons tout par nous-mêmes, si bien que les démarches prennent parfois un peu plus de temps. De plus, nous concilions tous un travail et une famille. La musique ne constitue pas notre gagne-pain. Notre groupe compte six membres et lorsqu’une proposition arrive, nous devons réussir à nous libérer. Tous ces facteurs jouent évidemment un rôle.
Pour le moment, nous bénéficions d'un bon élan et de belles perspectives se profilent. Nous avons présenté notre EP au ’t Smiske à Asse, une petite salle capable d'accueillir quelques centaines de personnes. C’est tout aussi agréable que de se produire devant mille ou deux mille personnes. Nous jouons pour le plaisir, pour transporter les gens dans notre univers et les divertir. Telle est notre ambition. Tant que nous pourrons poursuivre ainsi, nous continuerons.

Est-ce cette manière d’aborder la musique qui vous a permis de traverser les périodes plus difficiles ? Qu’est-ce qui vous a empêchés de jeter l’éponge ?

Bolle : Erato s’apparente tout simplement à une drôle de bête qui nous a mordus. Le line-up a évolué plusieurs fois au fil des années. Durant ces trente ans d'existence, les occasions de laisser Erato s’éteindre ou de tout abandonner n'ont pas manqué.
Mais d’une manière ou d’une autre, nous ressentions toujours cette volonté de maintenir le projet en vie et de le relancer. Erato constitue un ancrage vers lequel nous revenons systématiquement. La musique représente une véritable passion, un moyen d’expression indispensable. Nous n’avons jamais réellement tiré notre révérence, même durant les phases de silence du groupe. Jacques et moi poursuivions sans cesse l’écriture de nouveaux morceaux. Erato fait partie intégrante de notre vie, il incarne un projet vers lequel nous pouvons nous tourner à tout moment. Cette dynamique persistera probablement.

En prenant du recul, y a-t-il des choix ou des décisions que vous poseriez différemment aujourd’hui ?

Bolle : Évidemment, certains choix auraient pu prendre une autre direction. Cela s’avère inévitable dans un parcours de vie. Nous avons probablement négligé quelques opportunités par manque d’envie ou de temps à ces instants précis. Mais comme le veut le dicton, les regrets surgissent toujours après coup…
Erato se produit toujours sur scène. Nous savourons ces instants et nous continuons de nous consacrer à ce qui nous anime. Cette quête de notoriété n’a d'ailleurs jamais constitué un réel objectif en soi. Des occasions se sont présentées, mais nous les avons écartées car elles auraient exigé des concessions ou nous auraient contraints à sacrifier une part de notre intégrité. Peut-être jouirions-nous d'une plus grande popularité aujourd’hui. Pour autant, nous n’éprouvons aucun remords.
Bien sûr, nous aimerions fouler de plus grandes scènes, car nous pensons sincèrement que nos compositions le méritent. Mais la qualité artistique s'avère souvent le dernier critère qui détermine votre place sur les grands festivals… Et Erato fait systématiquement passer sa musique au premier plan. Il y a donc peu de regrets à nourrir. De toute façon, ils s'avèrent stériles. Je vis au présent, pas dans le passé. 

Revenons au présent : comment avez-vous accueilli les réactions suscitées par l’EP et sa date de « concert release » ? 

Bolle : Dans l’ensemble, nous recueillons d'excellents retours. Nous avons également vendu pas mal de disques, ce qui m’étonne parfois. Lors du concert de release, par exemple, j’ai dû dédicacer de nombreuses pochettes de vinyles. J’ai aussi entendu beaucoup de demandes pour un format CD, car certaines personnes ne possèdent pas de platine.
Nous tenions justement à presser un elpee, ce qui représentait une première pour nous. Il reste également possible d’écouter ou de télécharger l’EP sur Spotify, même s’il manque deux plages sur la plateforme. En revanche, les chroniques ne pullulent pas encore, en tout cas pas vraiment en Belgique. 

Lorsqu’un groupe belge souhaite franchir un nouveau cap, sa nationalité freine-t-elle sa progression ? 

Bolle : C’est une réalité sur laquelle nous n’avons finalement que peu de prise. Il est vrai que la scène électro bénéficie d'un développement plus important en Allemagne que chez nous. Nous faisons également figure d’oiseaux rares dans ce paysage : les amateurs de musique texturée par les guitares se tournent plus facilement vers nous.
Grâce à la version digitale, nous constatons que nous fédérons beaucoup d’auditeurs au Brésil, en Pologne, en Grèce… un peu partout dans le monde. Ces retours s'avèrent vraiment très chaleureux, même s’il n’est évidemment pas simple d’aller jouer dans tous ces pays.
Par conséquent, nous commençons à concentrer nos efforts sur la Wallonie et Bruxelles, car un public y existe et les gens ne nous connaissent pas encore. Cette situation semble assez étrange et nous voulons y remédier. Nous prospectons également du côté des pays voisins, mais ces dates de concerts doivent rester compatibles avec nos emplois et nos vies personnelles… Nous ne pouvons tout simplement pas partir n’importe où. 

Il est étonnant qu’un groupe bruxellois rencontre autant de difficultés à se faire connaître en Wallonie. La frontière entre les deux communautés linguistiques reste-t-elle aussi marquée dans le secteur musical ? 

Bolle : C’est effectivement assez curieux, et nous ne nous étions jamais vraiment posé la question auparavant. Nous nous sommes orientés presque automatiquement vers la Flandre.
Ce n’est que récemment, en renouant le contact avec nos anciens amis de The Breath of Life et en nous liant d’amitié avec The Ultimate Dreamers, que nous avons pris conscience de l’existence de ce public de l’autre côté de la frontière linguistique.
Nous avons récemment livré une très bonne prestation à Tubize. Nous étions inconnus du public francophone et ces spectateurs l'étaient tout autant pour nous, mais le courant est immédiatement passé. D’ailleurs, lors de la présentation de notre EP à Asse, beaucoup de nos nouveaux amis wallons avaient fait le déplacement. L’objectif consiste donc clairement à partir à la conquête du sud de la Belgique. Nous avons d’ailleurs déjà un concert programmé prochainement à Charleroi. 

Le numérique et les réseaux sociaux vous ouvrent-ils aujourd’hui des portes qui seraient restées fermées auparavant ? 

Bolle : Génèrent-ils directement de nouvelles opportunités ? Pas nécessairement. En revanche, votre musique bénéficie d'une diffusion beaucoup plus large, et ce rayonnement multiplie effectivement les débouchés. Les morceaux circulent plus facilement et les auditeurs peuvent nous repérer partout.
L’inconvénient réside dans l'immensité de l’offre actuelle : il devient difficile de sortir du lot au milieu d'une telle multitude de formations au sein de ce grand océan numérique. Cela demeure un défi permanent. Mais il y a vingt ans, nous n’aurions jamais imaginé conquérir un public en Pologne ou à Malte. Et pourtant, nous nous sommes produits récemment à Malte. Donc oui, grâce à ces outils, un programmateur peut nous repérer, alors que cette démarche s'avérait beaucoup moins évidente auparavant. 

La new wave, l’EBM et la scène gothic attirent encore un public largement composé de fidèles de longue date. Ce vieillissement des passionnés menace-t-il le renouvellement du genre, ou observez-vous l’arrivée d’une nouvelle génération ? 

Bolle : Cette réalité nous frappe également. Dans le milieu Gothic, EBM et New Wave, les concerts rassemblent généralement des personnes âgées de quarante à soixante ans. Il s'agit souvent de nostalgiques qui replongent dans la musique de leur jeunesse.
Cependant, des jeunes grandissent également bercés par ces sonorités et découvrent le genre aujourd’hui. Quelques nouvelles formations s’en inspirent d’ailleurs, ce qui contribue à une certaine renaissance. Comme je le mentionnais, certains festivals grand public programment désormais des groupes de new wave ou de styles apparentés, offrant ainsi aux jeunes l'occasion de s'initier à cet univers.
Il existe également des émissions de radio comme Meurissey sur Willy, où Stijn Meuris diffuse aussi bien les classiques du genre que de nouvelles compositions et des artistes moins médiatisés. Erato a déjà partagé l’honneur d’y être diffusé. Ce canal permet également de toucher un public plus jeune. Si l’on compare avec le metal, le Gothic s'apparente un peu à son petit frère. Le metal possède aussi son public, mais sa communauté s’est davantage élargie aux jeunes générations. Existe-t-il une explication à cette différence ? Non, pas vraiment. 

Comment expliquez-vous que, malgré votre longue absence, Erato ait conservé des sympathisants aussi fidèles ? 

Bolle : Ce constat s'est révélé particulièrement chaleureux. Malgré notre absence pendant plusieurs années, un public fervent a continué de suivre notre parcours et nous accompagne encore aujourd’hui.
À cet égard, le concert des Fonnefeesten a constitué un véritable moment fort. J’en suis reparti très ému. Après une si longue éclipse, je reconnaissais énormément de visages dans les rangs et j’apercevais beaucoup d’anciens T-shirts d’Erato. Les fans de l’époque avaient visiblement répondu présent, heureux de nous retrouver enfin. Ils sautaient, criaient et scandaient nos morceaux à nos côtés. C’était fantastique.
Ils se sont également déplacés en nombre lors de notre release à Asse, tout comme des figures de la scène que nous côtoyions autrefois. Nous pensions les avoir perdus de vue, mais il n’en était rien. Quelques fidèles de Waregem — you know who you are — assistent même à chacun de nos concerts, effectuant le déplacement jusqu’au Limbourg. Cet élan nous touche et nous leur en vouons une profonde reconnaissance. 

Après la présentation de l’EP, quelles sont les prochaines étapes pour Erato ? 

Bolle : Nous partagerons bientôt la scène avec WegSfeer à Westrand, un excellent groupe de reprises. Nous espérons ainsi séduire des spectateurs qui ne nous connaissent pas encore. Nous entretenons également quelques contacts en Belgique et à l’étranger pour décrocher de nouvelles dates. Par ailleurs, nous ambitionnons de nous produire sur de plus grandes scènes.
Parallèlement, nous retravaillons quelques anciens morceaux. Notre nouveau bassiste s’est intégré avec une rapidité incroyable en quelques mois. Marjo a également trouvé parfaitement sa place. Jacques et moi venons d'écrire de nouvelles compositions. Nous espérons les enregistrer prochainement et, cette fois, accélérer la cadence afin de publier plus rapidement un nouvel album. Le train est en marche… 

En parallèle d’Erato, menez-vous actuellement d’autres projets personnels ou artistiques ? 

Bolle : Lorsque Erato se trouvait un peu sur une voie de garage, j’ai commencé à chanter pour une formation tribute de punk rock, The Dirty Harries. Cette expérience s'est révélée très réjouissante. Elle exigeait une approche complètement différente d’Erato, mais procurait un pur plaisir et m’a permis de perfectionner ma technique vocale. Cette aventure touche maintenant à sa fin.
Pendant cette période, je me suis également lancé dans le stand-up. En tant que frontman, j’avais déjà remarqué ma capacité à faire rire le public, et j’aime faire le pitre en coulisses. Sous le pseudonyme de Gery La Boule, je présenterai bientôt mon premier spectacle complet dans les salles. Après avoir assuré pendant des années les premières parties d’artistes comme Nigel Williams, Raf Coppens ou Erhan Demirci, ce nouveau défi s'annonce particulièrement excitant.

Après toutes ces années dans l’underground, quelle ambition anime encore Erato ? Les grandes scènes restent-elles un objectif, ou cherchez-vous avant tout à poursuivre l’aventure à votre manière ? 

Bolle : Se produire sur de plus grandes scènes constitue certainement une ambition et représenterait une magnifique opportunité. Fouler les planches des Fonnefeesten ou des Lokerse Feesten, par exemple, s'annoncerait formidable. Nous visons également une participation accrue aux grands festivals capables de rassembler un large public.
Notre récente prestation à Malte a d'ailleurs stimulé notre envie d’aller plus loin. C’est pourquoi des événements d'envergure tels que le Wave-Gotik-Treffen de Leipzig, le M’era Luna ou le Castlefest figurent en bonne place sur notre liste de souhaits. Ce rêve ne semble absolument pas irréalisable, et nous comptons bien déployer les efforts nécessaires pour y parvenir. En attendant, nous souhaitons multiplier les concerts dans un maximum d'endroits chaleureux. Rencontrer de nouvelles têtes, monter sur scène et pérenniser cette dynamique définissent, en fin de compte, notre principale aspiration. 

Vous semblez encore avoir de belles années devant vous. Qu’est-ce qui pourrait, un jour, vous résoudre à mettre un terme à l’aventure Erato ? 

Bolle : Si mes capacités physiques s'amenuisaient, ou si ma voix venait à me faire défaut, l'aventure prendrait nécessairement fin.
L'épilogue d'Erato dépend donc de deux facteurs précis : une incapacité physique majeure ou la perte de notre enthousiasme. Monter sur scène doit impérativement demeurer une source de joie. J’essaie systématiquement de privilégier mes passions et de rejeter les contraintes contraires à mes aspirations. Par conséquent, si l’envie s’évanouissait complètement, le rideau tomberait définitivement. Mais tant que le plaisir nous anime, que le divertissement reste au rendez-vous et que notre santé nous le permet, nous poursuivrons la route d'Erato. 

Merci pour cet entretien.

Pour approfondir votre connaissance du groupe, explorer sa discographie et suivre son actualité, n’hésitez pas à visiter sa page « Artistes » en sélectionnant le lien Erato, mis en évidence en vert, au sein de l’encadré « Informations complémentaires » ci-dessous.

 

Les Solidarités 2026 : dimanche 6 septembre

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Les organisateurs des Solidarités peuvent se réjouir de la clémence de la météo. Hormis le vendredi où quelques fines pluies éparses ont joué les touble-fête, les journées de samedi et dimanche baignent dans un soleil radieux, idéal pour attirer la foule. Il se murmure d'ores et déjà que cette édition s'avère exceptionnelle sur le plan des ventes.

Du côté de la programmation, l'événement propose une belle affiche. Si le premier volet se centre davantage sur le rock et le second s'oriente vers les familles, ce troisième et dernier chapitre offre un compromis équilibré entre les deux.

Il est un peu moins de 17 heures lorsque la Place des Arts accueille Ben Mazué. C’est l’heure à laquelle votre serviteur arrive à bon port également. Promis à une carrière de médecin, Benjamin Mazuet à l'état-civil opte pour la musique alors qu'il n'a que 25 ans.

Pour ce concert, plusieurs multi-instrumentistes l'entourent. Installés sur des éléments surélevés à des niveaux différents, les musiciens se trouvent ainsi pleinement mis en valeur. L'estrade, elle, est jonchée de fougères ; un décor original qui rapproche l'auditoire de la nature. L'artiste saisit sa guitare sèche sur certains titres, mais une constante demeure : il sautille et parcourt les planches d’un bout à l’autre tel un athlète. Un écran blanc géant domine le podium pour habiller le spectacle en images.

Dès le premier morceau, le leader s'émancipe en descendant au cœur de la fosse. D'emblée, cet amoureux des mots et de l'émotion se dévoile à travers ses compositions. Ses joies, ses peines et ses états d'âme retentissent au gré de ses maux. Auteur-compositeur-interprète, Benji couche ses sentiments sur le papier pour bâtir des mélodies porteuses de sens, pour lui comme pour les autres. Ses récits se révèlent familiers et sincères.

Très loquace, il ressent le besoin d'expliquer la genèse de quasiment chacune de ses chansons. Ainsi, « Quand Je Marche » à peine achevée, il confie l'avoir écrite en s'interrogeant sur la vie et le temps qui passe. Ce titre, couronné par le prix Charles Cros à sa sortie, reste l'un des plus emblématiques de son répertoire, et les spectateurs namurois ne s'y trompent pas en reprenant le refrain en chœur.

L'artiste vient défendre les couleurs de son dernier opus, « Famille ». De son propre aveu, sa tournée aurait dû s'arrêter deux mois plus tôt, mais le succès rencontré a permis d'ajouter plusieurs dates. Les Solidarités en bénéficient, pour le plus grand bonheur des festivaliers. Aujourd'hui marque précisément l'ultime concert de sa tournée. Un élan nostalgique traverse le chanteur et insuffle à sa prestation une intensité particulière.

La famille occupe le centre des débats ce soir-là : celle que l'on construit, celle que l'on regarde grandir et celle qui nous a conçus. Très communicatif, il rappelle que « 10 Ans De Nous » est une composition adressée à la femme qui l'a poussé à embrasser la carrière musicale ; celle-là même qu'il a épousée, qui lui a donné des enfants, et dont il a ensuite divorcé. Les histoires d'amour finissent parfois mal. Il balaie alors l'auditoire du regard où des couples s'enlacent. Il les observe, les envie presque, et confie à haute voix qu'il aurait aimé, lui aussi, prolonger cette union.

Lorsque résonnent les premières notes de « J'attends », sur cette plaine particulièrement dense, une femme apparaît sur l'écran géant dressé derrière le podium. Ben Mazué engage alors par écrans interposés une discussion virtuelle sous la forme de SMS projetés en direct. Ce dispositif, aussi simple qu'efficace, happe instantanément l'assistance. La famille reste chez lui une notion qui le plonge dans un profond spleen et l'interroge sur son envie d'en fonder une nouvelle.

« Nous Deux Contre Le Reste Du Monde » et « Famille », morceau-titre de l'opus, prolongent cette veine intimiste. L'artiste y décrit le foyer tel un cœur autour duquel gravitent les énergies, évoquant une photo aimantée sur le frigo qui formerait une seule et même entité.

« Gaffe Aux Autres », duo enregistré à l'origine sous la forme d'un partage avec Jérémy Frérot, vient ensuite prêcher la bienveillance et l'empathie, valeurs cardinales chez le chanteur. « C'est L'heure » raconte le vertige d'un père devant le temps qui file sur ses enfants. Selon ses propres mots, mieux vaut une belle histoire écourtée qu'une existence médiocre ; une philosophie qui insuffle à « Tailler La Route » une tonalité lucide et apaisée.

« Cette Guerre », qui ouvre habituellement le elpee, résonne ce soir comme un hommage aux combats secrets de chacun. Sur « Rupture », il règle ses comptes par des formules percutantes, déclenchant les rires complices d'une fosse conquise. « Crush » adoucit le propos en narrant l'histoire d'Émilie, qui n'ose avouer ses sentiments à celui qu'elle observe de loin — un récit de courage amoureux que Benji dépeint à merveille.

Intellectuellement torturé, Mazué redonne à la chanson française ses lettres de noblesse. À 45 ans, en pleine maturité, l'homme continue de se chercher et de se réinventer. Il s'épanouit dans ces chroniques du quotidien. Fondamentalement curieux, la nature humaine le questionne, et ses interrogations fusent sans forcément trouver de réponse. Au terme d'un tour de chant d'une heure, il se livre pleinement à travers ses thèmes de prédilection : l'amour perdu, espéré, ou simplement observé chez les autres depuis les planches.

Cap ensuite sur la scène PV, où Imany s'apprête à monter sur l'estrade. Sur le grand écran posé en arrière-plan, un mot s'affiche en lettres capitales : « WOMEN DESERVE RAGE ». L'auditoire s'interroge et cherche la nuance derrière la formule. La chanteuse la lui offre rapidement : les femmes possèdent le droit d'être en colère. Un avis tranché. Si on ne lui connaissait qu'une soul feutrée et un grain de voix mélancolique, l'artiste surprend par son engagement.

La Franco-Comorienne présente « Women Deserve Rage » (2025), son long playing le plus personnel et direct, mêlant pouvoir féminin, réinvention et libération. Après des années de retenue soul, elle revendique ici une parole forte sur l'affirmation de soi. L'artiste a pourtant beaucoup voyagé avant ce tournant. Repérée en 2010 par l'EP « Acoustic Sessions », elle enchaîne avec «The Shape of a Broken Heart » (2011), « The Wrong Kind of War » (2016), puis l'expérience de « Voodoo Cello » (2021) où sa voix s'unissait aux harmonies de huit violoncelles. Une trajectoire qui évoque une Tracy Chapman contemporaine, tant la leader partage cette gravité et cette manière d'habiter un texte.

Fidèle à son nom, qui signifie la foi ou l'espoir en swahili, Imany construit son set comme une traversée. Sur « Your Funeral », elle sollicite directement les aficionados, les invitant à songer aux personnes toxiques de leur entourage. Ce rituel thérapeutique prend un tour inattendu : après un bref échange improvisé, le gouvernement et ses mesures d'austérité s'imposent comme cible collective. Une réponse payante qui rappelle que sa colère trouve un écho concret chez ses fans.

Outre sa formation habituelle, la chanteuse s'entoure d'instruments à vent qui teintent le combo de couleurs soul, en parfaite adéquation avec sa voix éraillée caractéristique. Le sommet émotionnel survient tout au long de « Why Don't You », jolie ballade écrite pour ses enfants, où elle explique que chaque problème finit par trouver sa solution. Une œuvre intime qui touche une large frange du public namurois.

Viennent ensuite les premières notes de « Don't Be So Shy », son titre le plus populaire. Sortie en 2014 pour le cinéma, la chanson décolle l'année suivante grâce au remix des DJ Filatov & Karas, qui la hisse au sommet des classements européens. Des milliers de festivaliers reprennent le refrain en chœur, prouvant que ce tube dépasse le simple succès éphémère.

Le concert touche à sa fin. « I Am Who I Am » permet d'explorer des sonorités plus brutes, véritable manifeste d'émancipation totale dans l'esprit de son dernier disque. Ce morceau referme la prestation sur la note d'affirmation qui l'a traversée de bout en bout. Aux Solidarités, Imany a livré un moment authentique et passionné, révélant une artiste sincère. Rupture, réinvention, renaissance : un triptyque gagnant pour une musicienne à vif.

Retour à la Place des Arts pour retrouver un Christophe Maé fidèle à lui-même.

Si un nom résume deux décennies de chanson française consensuelle, c'est bien celui de Christophe Maé. Né Christophe Martichon à Carpentras en 1975, repéré par le producteur Dove Attia pour incarner Monsieur dans la comédie musicale Le Roi Soleil, l'homme ne se destinait pas à ce genre de carrière. Il interprétait alors du Bob Marley et du Ben Harper dans les pianos-bars du sud de la France, loin des paillettes.

Le succès arrive en 2007 grâce à « Mon Paradis» et son titre fétiche « On s'attache ». S'ensuivent « On trace la route » (2010), « Je veux du bonheur » (2013), « L'Attrape-rêves » (2016) — emmené par « Il est où le bonheur » —, « La Vie d'artiste » (2019) puis « C'est drôle la vie » (2023). Vingt ans de carrière et une bonne cinquantaine de titres débouchent sur un anniversaire célébré en 2025 avec « 50 ans déjà », avant l'ultime opus, « Fête foraine » (2026), qui donne son nom à la tournée.

Sur le papier, la promesse s'avère belle : deux décennies de tubes, un auditoire conquis et des concerts à guichets fermés. Dans les faits, la soirée peine à convaincre. À l'instar de nombreux artistes de variété qui misent sur une sincérité affichée, comme Vianney ou Kendji Girac, Christophe Maé privilégie la proximité et le sourire. Mais l'écriture reste désespérément sage : des refrains taillés pour une mémorisation immédiate, des mélodies solaires qui filent sans surprendre et un univers figé entre la fête foraine et la kermesse de quartier. Les mêmes accords tournent en boucle d'une chanson à l'autre.

Le set défile pourtant à un rythme soutenu. De « Fête foraine » à « La lune », extrait récent écrit en hommage à sa mère, en passant par « Ça va mal », « Une star » ou « J'ai laissé », la formule varie peu : bonne humeur de façade, textes lisses et voix chaude comme unique atout. « Il est où le bonheur », son titre le plus identifiable, tente d'apporter du relief sans y parvenir totalement, car l'ensemble manque de cohérence.

Malgré l'énergie déployée par l'artiste, la plaine commence sensiblement à se vider. Les allées se dégarnissent, les familles amorcent un repli discret vers les sorties. Difficile de trancher : est-ce la faute d'un tour de chant qui peine à retenir l'attention passé le cap de l'heure ou celle du calendrier, un dimanche soir précédant une rentrée matinale ? Un peu des deux, sans doute. Finalement, Maé ne convainc que les plus indulgents. Une prestation qui s'essouffle avant l'heure. Dommage.

Gaëtan Roussel propose l'ultime concert de cette édition hétérogène. Le décor s'avère plutôt minimaliste. Des dizaines d'écrans posés en arrière-plan captent l'attention ; ils servent à projeter des images au gré des compositions. À l'heure dite, après une brève introduction, le chanteur grimpe sur l'estrade et s'installe en position centrale. Une armada de musiciens l'accompagne, ce qui rassure ceux qui craignaient un exercice trop solitaire. Il prévient les spectateurs : la soirée accorde une place de choix à « Marjolaine », son nouveau long playing solo, sans pour autant bouder les incontournables de Louise Attaque. C'est un concert taillé sur mesure pour les fans de la première heure, qui réserve son lot de titres inédits et de surprises.

« Marjolaine » ouvre logiquement les hostilités. Le morceau-titre du nouveau disque donne le ton : une écriture plus mûre, toujours nerveuse, portée par des arrangements rock pleins d'allant. Enchaîne aussitôt « Les Nuits Parisiennes », premier vrai pic d'émotion de la soirée, qui rappelle le talent de compositeur de Roussel. « Passe la vie » et « La frousse » confirment que le nouveau répertoire dépasse le simple exercice de style. La plume reste incisive, la mélodie accrocheuse, et la foule rechante déjà certains refrains. « Amours » ralentit ensuite le tempo, offrant une parenthèse intime, avant que « Je reste là », premier extrait dévoilé de « Marjolaine », ne vienne rappeler pourquoi cet elpee a suscité une telle attente.

Roussel possède une voix remarquable, éraillée, qui touche les tympans sans les heurter : une richesse absolue pour susciter l'émotion. Sa plume se révèle unique, incisive, touchante et légère, ce qui procure à l'ensemble des chansons une beauté simple et sincère. Vient alors l'un des moments les plus inattendus du set : une reprise de « Je vous trouve un charme fou », signée Hoshi, à laquelle Roussel offre une lecture plus rugueuse, presque rock, sans trahir la fragilité du texte original. Une manière habile de tendre la main à une génération d'auteurs sous son influence. « Léa » et « Ton invitation » raniment ensuite la ferveur des premières minutes, deux pépites issues du répertoire de Louise Attaque que la fosse reprend en chœur, avant que « Nos blessures », plus sombre et âpre, ne vienne rappeler que l'écriture de Roussel sait aussi se faire grave, sans jamais sombrer dans le pathos.

Embraient deux reprises supplémentaires comme un clin d'œil appuyé à ses propres influences : « Il y a » de Vanessa Paradis, servie sous une pudeur touchante, puis « Résidents de la République » d'Alain Bashung, dont Roussel reprend l'écriture ciselée avec un respect évident. Le chanteur apparaît alors en gros plan sur les dizaines d'écrans, rappelant l'étendue de son talent. Trois générations de chanson française se croisent en l'espace de quelques minutes, de Hoshi à Bashung en passant par Paradis : la preuve que Roussel évolue naturellement à la lisière de plusieurs époques.

Tout y est : l'émotion, les textes, l'instrumentation, sans oublier le charisme du leader qui communique sans cesse avec un auditoire décidément très réceptif. « Si l'on marchait jusqu'à demain » relance la dynamique sur un tempo plus enlevé, avant que « J'entends des voix » ne confirme la solidité de la formation instrumentale qui l'accompagne ce soir. « Help Myself (Nous ne faisons que passer) », plus habité encore, referme cette section du set sur une note suspendue où sa voix se fait plus fragile.

Influencé par la musique anglo-saxonne, c'est dans la langue de Voltaire qu'il dispense ses incantations. Gaëtan Roussel est parvenu à transformer le succès engendré par Louise Attaque ou Tarmac en une quête de liberté artistique, parfait exutoire pour raconter le quotidien, ses joies et ses travers. Chez lui, tout réside dans la nuance, la subtilité et l'intensité. L'artiste aux multiples facettes fédère simplement, en injectant cette dose d'humanité qui lui est propre. Les écrans disposés intelligemment confèrent à l'ensemble une dimension quasi-cinématographique ; un support visuel qui mène la danse. « Encore » et « Lovés » profitent pleinement de ce dispositif, les images défilant en cadence avec le tempo.

Après avoir invité les milliers de festivaliers à allumer la lampe de leur portable, le chanteur convie la foule à s'envoler lors du tube « J't'emmène au vent », repris en clôture comme un écho à ses années Louise Attaque. L'artiste propose avec conviction un florilège de chansons destinées à procurer un grand plaisir, et l'objectif s'avère pleinement réussi.

Trois jours, autant de visages différents : le rock du vendredi, la marée familiale du samedi, et la chanson plus intimiste dominant les dernières heures, de Ben Mazué à Gaëtan Roussel en passant par Imany. Cette hétérogénéité constitue finalement la vraie signature de cette édition, entre franches réussites (Youssef Swatt's, Ben Mazué, Imany, Roussel) et rendez-vous plus mitigés (Louane, Christophe Maé, Suzane). Les Solidarités confirment leur vocation de festival intergénérationnel ouvert à tous les publics, quitte à y perdre parfois en identité. Rendez-vous est pris pour l'an prochain, avec la curiosité intacte de découvrir le visage de la prochaine cuvée.

(Organisation : Les Solidarités)

Les Solidarités 2026 : samedi 5 septembre

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Changement de décor et changement de ton sur le site d'Ecolys.

Après une première journée résolument tournée vers les amateurs de rock, place à une affiche bien plus grand public, où se bousculent quelques-uns des noms les plus populaires de la chanson française actuelle.

Le contraste par rapport à la veille saute d'ailleurs aux yeux avant même le premier accord : là où votre serviteur slalomait, hier, entre quelques poignées de festivaliers déjà trempés jusqu'aux os, c'est une véritable marée humaine qui envahit ce samedi le site namurois.

Les familles, en particulier, ont répondu présentes en nombre, landaus et enfants juchés sur les épaules formant désormais l'essentiel du paysage, entre les stands de restauration et les premiers rangs des podiums. Les Solidarités, décidément, savent aussi se montrer festival pour toutes les générations.

Autre différence, et non des moindres : le ciel, hier si prompt à se montrer capricieux, a cette fois choisi son camp. Un soleil radieux a définitivement chassé la pluie battante de la veille, comme pour mieux accompagner une programmation résolument tournée vers la fête et le partage.

De quoi promettre une journée à l'image de ce nouveau climat : chaleureuse, populaire, et résolument tournée vers le grand nombre.

Originaire de Belgique, la chanteuse Mentissa s'est installée en France afin d'y développer sa carrière. Le contraste par rapport aux prestations de la veille saute aux oreilles. Là où le rock régnait en maître sur la plaine, Mentissa propose une pop chaleureuse, élégante et immédiatement accessible. C'est aussi l'intérêt d'un festival : passer d'un univers à l'autre, multiplier les découvertes et varier les plaisirs.

La chanteuse s'est entourée de musiciens aguerris pour parfaire son set.

Un auditoire plutôt jeune lui réserve un accueil enthousiaste. Mentissa reste liée à son parcours remarqué dans la dixième saison de The Voice France, où elle révèle toute l'étendue de son talent. Ironie du destin, elle devient ensuite coach de l'émission dans sa version belge, une belle étape dans son parcours.

Mentissa ne se cache pas derrière un personnage. Elle évoque ses doutes, ses complexes et ses aspirations. Sa voix claire sert notamment « Balance », où elle revient sur son rapport au corps, les injonctions esthétiques et les sacrifices consentis pour répondre à certains standards de beauté.

Revenue jouer sur ses terres, elle défend logiquement son nouvel opus, « Enfants Difficiles », paru en juin dernier. Le précédent, « La Vingtaine », lui avait permis de collaborer auprès de plusieurs auteurs reconnus, Vianney en tête, fidèle complice depuis ses débuts télévisuels.

Entre pop contemporaine et chanson française, Mentissa livre une prestation solide et maîtrisée. Une mélancolie discrète traverse le concert, nourrie par des arrangements soignés qui apportent profondeur et émotion à l'ensemble.

« Attendez-moi » et « Mamma Mia », deux titres-phares de « La Vingtaine », confirment la belle popularité de la chanteuse auprès de la foule, visiblement conquise dès les premières mesures.

Lorsque résonnent les premières notes d'« Et Bam », chanson écrite et composée par Vianney, Mentissa touche une foule déjà largement acquise à sa cause. Sa voix, capable de nuances délicates, confirme la maturité artistique d'une chanteuse encore jeune.

« Désolée », titre grâce auquel elle avait défendu les couleurs de la Belgique lors de la sélection Eurosong 2025, clôture un concert assez classique dans sa construction, mais très agréable.

Peu à peu, les festivaliers jusque-là statiques se laissent gagner par le refrain et accompagnent l'artiste dans une ambiance chaleureuse.

Un set sans artifices, mais taillé pour rassembler : Mentissa confirme, aux Solidarités, qu'elle a bel et bien pris sa place parmi les valeurs sûres de la pop francophone actuelle.

Miki arrive sur le site d'Ecolys, côté scène PV, visiblement grippée, la voix un peu voilée, le teint pâle des mauvais jours.

Rien n'y change pourtant : dès les premières notes, la Franco-Coréenne retrouve une énergie insoupçonnée, comme si les planches agissaient chez elle en guise de remède le plus fiable qui soit. Preuve, s'il en fallait, que certains maux ne résistent pas à une bonne dose d'adrénaline scénique.

Autre particularité de cette date namuroise : il s'agit ni plus ni moins de la toute dernière étape de sa tournée. Un symbole qui n'échappe à personne, et qui confère à cette prestation une intensité particulière, comme un dernier tour de piste avant la page blanche.

« Yes » n'a, paradoxalement, jamais été sa préférence en matière d'écriture amoureuse, mais il claque comme une évidence en ouverture de concert et cerne complètement l'univers artistique de la jeune dame.

« Ça Pik Un Peu Quand Même », l'un de ses plus grands succès, confirme d'emblée cette mélancolie dansante qui caractérise toute l'œuvre de la frontwoman. Le titre suivant déploie ensuite un groove plus organique, presque western, où la chanteuse démontre une belle aisance scénique malgré la fatigue du corps.

Vient alors « Jtm Encore », lettre adressée à un amour passé, jamais tout à fait refermée. Miki en profite pour interroger une spectatrice au premier rang sur les raisons qui l'ont poussée à quitter son ancien compagnon. Un vrai dialogue se noue entre les deux femmes, la spectatrice se prêtant volontiers au jeu sous les rires complices de la fosse. Pour un peu, on se serait cru autour d'une table de bistrot, entre deux copines refaisant le monde, et les histoires de cœur, un verre à la main.

Deux morceaux plus mordants relancent ensuite la machine, avant qu'un autre titre ne vienne confirmer l'écriture ciselée et volontiers autobiographique de la chanteuse. L'artiste, visiblement soutenue par l'envie malgré la lassitude du corps, continue de créer et d'avancer.

Puis résonnent les premières notes de « Particule ». La fosse, hystérique, connaît les paroles presque aussi bien que l'artiste elle-même, scandant en chœur ce refrain devenu hymne générationnel.

Pour Miki, la chanson prend, ce soir-là, un sens tout particulier : dernière date d'une tournée qui s'achève, elle qui chante « j'suis qu'une particule qui orbite autour de toi » semble, l'espace d'un instant, s'adresser directement à son auditoire, dont elle s'apprête à s'éloigner après des mois de route commune, avant que « Échec et Mat » ne serve de prétexte à un moment de mise en scène particulièrement bien orchestré.

Miki se plante ensuite au centre d'une estrade dédiée à l'occasion à un jeu bien particulier : c'est au tour du public de circuler tout autour d'elle, obéissant au doigt et à l'œil aux consignes de l'artiste, comme suspendue à son geste. Une manière habile, et redoutablement efficace, de mettre en mouvement toute une foule sans qu'un seul mot d'ordre ne soit vraiment nécessaire. Une touche artistique qui referme les débats sur une note à la fois mordante et intense, fidèle à l'esprit de toute une soirée placée sous le signe de la fièvre, au sens propre comme au figuré.

Malgré la maladie, malgré la fatigue d'une tournée qui touche à sa fin, Miki referme son passage aux Solidarités sur une prestation habitée, généreuse, et visiblement soutenue par l'émotion du dernier soir.

Louane débarque Place des Arts. La majorité de l'auditoire réunit des familles : parents, enfants, souvent très jeunes, et même grands-parents. L'artiste ratisse large. Mais la fosse est pleine.

Elle a été révélée lors de la seconde saison de « The Voice ». Actrice à ses heures perdues, c'est surtout son rôle dans « La Famille Bélier », pour lequel elle a remporté un César, qui lui a valu cette reconnaissance médiatique. Depuis, la demoiselle a multiplié les casquettes : représentante de la France à l'Eurovision l'an passé grâce à « Maman » (7e place, tout de même), et plus récemment initiatrice d'un projet baptisé « Solo », dans lequel elle affirmait vouloir s'éloigner de ses complexes d'adolescence pour mieux expérimenter. Sur le papier, la promesse était belle.

Alors que son tour de chant est déjà bien entamé sur des compositions qui sentent le bonbon, « Solo », cri de détresse chargé d'émotion, du moins sur le papier, fait une apparition remarquée.

Mais en alignant des morceaux comme « Avenir » ou encore « La Pluie », l'un de ses plus gros succès, le répertoire devient rapidement gnangnan et pompeux. Il attise toutefois l'éveil chez les plus jeunes. Les Solidarités est un festival intergénérationnel, ne l'oublions pas !

Hormis la fan base qui voit en Louane la déesse de la nouvelle chanson française, ses chansonnettes à deux balles ne prennent qu'un essor tout relatif dans les « portugaises » de votre serviteur. C'est niais et ennuyeux à s'en décrocher la mâchoire.

Mais, pour que la critique soit objective, il est nécessaire qu'il suive le concert jusqu'à son terme, ou presque. C'est donc en manifestant un enthousiasme refréné qu'il se mue en parfait spectateur.

Même si artistiquement la jeune dame peine à convaincre les plus exigeants, sa prestation reste dans la moyenne, les efforts consentis commencent à produire leurs effets auprès de la fan base.

La reprise de « Where Is My Mind ? » des Pixies crée une véritable surprise. L'exercice, plus habité, tranche nettement sur le reste du répertoire et offre, l'espace de deux minutes, un vrai moment de grâce. Comme quoi, quand elle sort de sa zone de confort, la demoiselle sait aussi surprendre.

Grâce à des compositions dans l'air du temps, Louane prend du plaisir et entraîne la fosse dans son show infantile. « Tout Pour Toi », dont le refrain est repris par une bonne partie de la foule, confirme cette règle immuable.

Votre serviteur file tout droit vers la scène PV, Youssef Swatt's va y entamer son set.

Originaire de Tournai, c'est un rappeur dans l'âme, auteur et manager d'artistes belgo-algériens, connu pour son style introspectif, poétique, ancré dans le hip-hop à l'ancienne, tant il reste digne dans ses propos en semant ici et là des messages remplis de bon sens.

Si le Tournaisien n'en est pas à sa première visite sur ce site, il se souvient y avoir posé ses valises en 2015, jamais son retour n'aura semblé aussi habité. Mieux : cette date referme sa tournée. Une manière d'ériger les Solidarités en véritable charnière, comme si la plupart des artistes présents aujourd'hui y avaient, chacun à sa façon, tourné une page de leur carrière.

Il a déjà bien bourlingué. Il compte plusieurs albums à son actif, des collaborations auprès d'artistes belges et français notoires tels qu'Oxmo Puccino (« Le poids des mots ») ou Demi Portion (« Maintenant ou jamais »), et a assuré le supporting act des concerts d'IAM en 2022, mais aussi de Bigflo et Oli en 2023.

Swatt's s'est très vite popularisé lorsqu'il a remporté le concours organisé par l'émission française de rap, Nouvelle École, d'autant plus qu'en apothéose, la finale a été diffusée sur Netflix.

L'histoire de cet artiste s'apparente à un véritable conte de fées. Âgé de seulement 14 ans, il sort un premier EP, « L'Amorce », qui lui permettra d'être repéré par le phénomène belge Scylla. Prolifique, il a déjà gravé « Vers l'infini et au-delà » (2017), « Poussières d'espoir » (2020), « Pour que les étoiles brillent » (2022) et enfin « Chute libre », son petit dernier.

La plaine, ce soir, est loin d'être clairsemée. Preuve, s'il en fallait, que la cote du jeune homme grimpe de jour en jour, et que le conte de fées continue de s'écrire.

Fidèle à son patronyme, Swatt's frappe d'une précision chirurgicale, chaque texte assené comme un coup pesé, jamais gratuit. Et sur les planches, l'homme se révèle aussi joueur que précis : il livre une composition encore inédite, pas même enregistrée en studio, et invite la fosse à sortir les smartphones pour la filmer, laissant aux réseaux sociaux le soin d'écrire la suite de son histoire.

Lorsque le gaillard livre sa version de « L'ordre des choses », extrait de son dernier elpee, ce sera dans une mouture qui n'existe qu'ici, en live : guitare-voix d'abord, presque à nu, avant que ses comparses ne viennent progressivement étoffer le morceau. Un régal !

La complicité qui l'unit à Joseph, son claviériste, saute aux yeux. Logique : les deux hommes se sont rencontrés dans une cour d'école, alors qu'ils n'avaient que sept ans.

Le frontman prévient : celui qui se trouve derrière les ivoires, prêt à en découdre, s'apprête à jouer un titre connu. Lorsque les premières notes de « Personne » résonnent, un morceau interprété notamment lors de la saison 3 de Nouvelle École, Youssef Swatt's glisse, explicitement, un clin d'œil au chanteur dans ses propres paroles.

Le gimmick mélodique de ce titre n'est pas sans rappeler l'esprit des refrains populaires et entraînants, à l'instar de ceux que Renaud a burinés dans le patrimoine de la chanson française. Une filiation reconnue, amplifiée par les liens étroits qui unissent le rappeur à cet univers : il a déjà assuré les premières parties de Renaud, avant de le rejoindre sur les planches.

Couronné de succès d'estime et critique, Swatt's est devenu une figure de proue dans le paysage noir-jaune-rouge.

Précision, complicité, filiation : ce soir, aux Solidarités, la boucle semble bouclée. Une tournée s'achève. Une étoile, elle, continue de grimper.

Si un nom incarne à lui seul la traversée du rap vers la grande chanson populaire française, c'est bien celui de Soprano.

Né à Marseille en 1979, Saïd M'Roumbaba forge ses premières armes dès le milieu des années 90 au sein des Psy 4 de la Rime, repérés par Akhenaton en personne, une filiation qui en dit long sur sa légitimité dans le paysage hip-hop hexagonal.

C'est en 2007, sur « Puisqu'il faut vivre », que l'aventure solo démarre, boostée par le tube « À la bien ». S'ensuivent « La Colombe » (2010), « Le Corbeau » (2011), puis « Cosmopolitanie » (2014), qui amorce un virage pop-rap. Mais c'est surtout à partir de « L'Everest » (2016) que Soprano bascule dans une autre dimension, enchaînant les certifications diamant, à l'instar de « Phœnix » (2018) ou « Chasseur d'étoiles » (2021).

Sincérité, gravité et refrains fédérateurs : la formule Soprano tient en ces trois mots. L'homme n'élude jamais les sujets qui fâchent, harcèlement, deuil, mémoire familiale, sans jamais renoncer à la lumière qui a fait de lui l'un des artistes les plus rassembleurs de sa génération, et le premier rappeur français à avoir rempli un stade.

Malheureusement, votre serviteur n'a pu assister au concert du jeune homme, le moment ayant été plutôt consacré à se rassasier.

Dernière prestation pour cette seconde soirée, celle de Suzane. Autant le dire clairement, l'univers de cette artiste est à mille lieues de celui de votre serviteur.

Si Suzane a bâti sa notoriété sur un discours engagé et une gestuelle insaisissable, son passage aux Solidarités aura confirmé un déséquilibre déjà pressenti à Ronquières : impossible de nier la force visuelle du spectacle, tout aussi impossible d'ignorer sa fadeur musicale. Mais le costume, ici, lui va mieux.

Là où Ronquières donnait le sentiment d'une proposition en décalage par rapport à son public, les Solidarités, et cette journée en particulier, taillée pour un auditoire plus jeune, offrent à l'artiste un écrin qui lui correspond enfin. Suzane n'est plus l'invitée qui détonne ; elle est, ce jour-là, chez elle.

De son vrai nom Océane Colom, l'Avignonnaise se révèle dès 2019, avant même la sortie de son premier elpee. « Toï Toï » paraît l'année suivante et lui vaut la Victoire de la révélation scène. « Caméo » (2022) confirme ensuite une écriture consacrée aux violences sexistes et sexuelles, à l'homophobie ordinaire et aux assignations de genre.

Comme Angèle ou Hoshi, elle appartient à une génération de chanteuses pop qui transforme les planches en espace de témoignage autant qu'en plateau de variétés. Sa récente collaboration auprès de Grand Corps Malade, où elle adopte le point de vue d'un homme le temps d'un slam à deux voix, élargit encore sa notoriété.

Le décor, aux Solidarités, affiche également de l'ambition : une estrade à deux niveaux facilite les déplacements de la chanteuse, sous des rampes LED. Suzane se produit en compagnie d'une armada de danseuses, toutes coiffées d'une perruque rousse. Des bandes assurent l'accompagnement musical et laissent la première place à la chorégraphie.

Et de chorégraphie, il en sera question tout au long du set. Sur « Mouvement », « Dégaine » ou « Virile », les corps oscillent entre brusquerie et retenue, comme pris dans des contraintes invisibles ; sur « Champagne », c'est une table installée au centre du podium que Suzane escalade, entourée de ses choristes, pour un moment de satire sociale mordante.

Difficile de contester que la mise en scène, sur le plan strictement visuel, tienne la route ; c'est même là que le spectacle trouve sa vraie cohérence.

Mais le presque sans-faute chorégraphique ne suffit pas à sauver la prestation musicale, restée en net retrait. Le set, sur « Marche ou rêve », « Un sens à tout ça » ou « Au grand jour », peine à convaincre au-delà de l'électro-pop de circonstance ; et si « Je t'accuse », titre frontal sur les violences sexuelles, ou « T'as raté » cherchent à électrifier le propos, l'ensemble reste froid, sans relief, parfois même soporifique à s'en décrocher la mâchoire.

Alors que « Millénium » esquisse le portrait d'une génération fatiguée et lucide, « Humanoïde » s'en prend au monde algorithmique, « Lendemain de fête » referme le concert sur un appel à vivre avant qu'il ne soit trop tard : les intentions sont là, l'exécution beaucoup moins.

Reste qu'ici, contrairement à Ronquières, Suzane ne s'adresse pas à un public de circonstance mais à celui, naturel, des Solidarités : plus jeune, davantage happé par le geste et le symbole que par l'exigence de l'écriture ou de l'interprétation.

Et c'est précisément là que la proposition cesse de sonner comme un malentendu pour devenir une évidence : cet auditoire-là n'attend pas la même rigueur qu'ailleurs, parce que ce n'est tout simplement pas ce qu'on vient chercher ici.

Le geste politique, la gestuelle habitée, le symbole avant le propos : la grammaire de Suzane et celle des Solidarités parlent, ce jour-là, la même langue.

Gestuelle, générosité et geste politique : Suzane aura eu ce triptyque pour elle aux Solidarités. La musique, en revanche, restera à quai.

Une seconde journée de demi-teinte, allant du bon au très médiocre ! Que nous réserve la suite ?

(Organisation : Les Solidarités)

Les Solidarités 2026 : vendredi 4 septembre

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Si le festival des Solidarités se déroulait jusqu'alors à la Citadelle, il a pris ses quartiers sur le site d'Ecolys depuis 2023, à quelques minutes du centre-ville de Namur, en raison des travaux nécessaires à la restauration complète du Stade des Jeux et du Théâtre de Verdure.

Ce nouvel emplacement est certes moins bucolique, mais il présente l'avantage d'être plat, plus facile d'accès et plus étendu, ce qui permet une meilleure fluidité dans les déplacements. Une aubaine, donc, pour les festivaliers.

Mais que les esprits les plus critiques se rassurent : il se murmure que le festival pourrait retrouver son emplacement d'origine dans quelques années.

En attendant, le festival devra déménager une fois encore, certaines entreprises souhaitant s'implanter dans le zoning. Des réunions de travail devraient d'ailleurs débuter prochainement à cet effet. Wait and see donc...

Le festival des Solidarités est singulier et ne ressemble à aucun autre : il fédère le vivre-ensemble, la justice sociale et la lutte contre les inégalités.

Durant trois jours, il propose une programmation musicale particulièrement qualitative. Mais l'offre ne se limite pas à la musique, puisqu'une kyrielle d'activités gravitent autour de ces thématiques : conférences, spectacles pour enfants, activités ludiques, découverte de la culture hip-hop, programmation off des associations, etc. L'offre est telle qu'elle en donne le tournis !

Depuis ses débuts, les Solidarités soutiennent des artistes émergents ou des découvertes coup de cœur. On pense à Clara Luciani, Aya Nakamura, Hoshi, Juliette Armanet, 47ter, Gauvain Sers, Rori ou Suzane, invités lors de leurs débuts scéniques et dont on connaît aujourd'hui le formidable parcours.

Point de cristallisation dans de nombreuses manifestations, la mobilité demeure, comme les années précédentes, au centre des préoccupations. Des navettes relient le site à la gare ferroviaire et à l'aérodrome, deux endroits capables à eux seuls d'accueillir plusieurs milliers de véhicules.

Côté musique, deux podiums principaux de taille quasi identique se côtoient, la Place des Arts et la Scène PV, tandis que deux estrades plus modestes accueillent des artistes émergents. Il est loin le temps où les planches iconoclastes baptisées Magic Mirrors, empreintes de magie et de mystère, valaient à elles seules le coup d'œil. L'adage « On ne peut pas être et avoir été » prend ici un sens tout particulier !

Il est de tradition que cette première journée soit réservée à un auditoire davantage enraciné dans la culture rock. Ce sera on ne peut plus vrai aujourd'hui !

Lorsque votre serviteur foule enfin le sol namurois, il se presse vers la scène PV pour y découvrir les vétérans de Pony Pony Run Run.

Confidence pour confidence, votre serviteur guettait d'une impatience à peine dissimulée le retour sur les planches du trio nantais, disparu des radars depuis une dizaine d'années.

« Intro » à peine amorcée, le ciel namurois s'invite à son tour dans l'équation : les premières gouttes tombent sur le site d'Ecolys au moment précis où le trio attaque son set. Le chanteur, pince-sans-rire, ne laisse pas passer l'aubaine et lâche, sourire en coin, que le timing est « relativement bien choisi ». La formule fait mouche et donne d'emblée le ton d'une soirée où l'autodérision servira de parapluie.

Sur les planches, difficile d'ignorer que les frangins Réchin Lê Ky-Huong et leur acolyte Antonin Pierre ont quelques années de plus dans le coco depuis leurs premiers pas médiatisés. Le temps a œuvré, mais l'énergie, elle, n'a visiblement pas pris une ride.

Vêtu d'une espèce de robe et de grandes chaussettes rayées, le guitariste arbore un look aussi improbable qu'assumé, à mi-chemin entre l'excentricité pop et le défi vestimentaire pur et simple.

Si dix années d'absence suffisent parfois à essouffler une monture, elles n'auront visé, chez Pony Pony Run Run, qu'à affûter le trot.

Sur les planches des Solidarités, ces vieux briscards ont prouvé, le temps d'un set aussi dense que direct, que l'on ne dresse pas si facilement un cheval fougueux : celui-là galope encore comme au premier jour.

Le ciel, lui, avait pourtant décidé de jouer les trouble-fête : une pluie battante s'est abattue sur le site au moment où le trio est monté sur les planches. Il n'en aura pourtant rien été. Malgré l'averse, c'est bien le feu qui a pris dans la fosse : ambiance électrique, chaleur immédiate, comme si Pony Pony Run Run avait pour vocation de sécher les nuages à coups de riffs.

L'entrée en matière file tout droit au but : « Intro » sert d'écurie de départ, puis « Can't Get Enough » lance immédiatement la charge, presto. « 1997 (She Said It's Alright) » et « Out Of Control » enchaînent sans reprendre souffle, le trio imposant d'emblée son évidence : synthés eighties acérés, guitares en lame de rasoir.

Les riffs, précisément, cisèlent chaque titre d'une précision chirurgicale, tandis que la basse, elle, martèle chaque note comme on frappe un métal encore chaud : section rythmique en forge, guitare en lame.

« Boom » et « Belong » creusent le sillon dans cette même veine incisive, avant que « Show Me » ne vienne rappeler à quel point l'écriture du trio a toujours su marier l'électro et la power pop sans jamais sacrifier l'un à l'autre.

Puis vient « Never Give Up », et le titre, ce soir-là, sonne moins comme une chanson que comme une profession de foi. Car s'il y a une chose que votre serviteur retiendra de cette prestation, c'est bien celle-ci : l'absence totale de lassitude chez des musiciens qui pourraient, à l'instar de tant d'autres formations revenues sur le devant des planches après une décennie de silence, se contenter de jouer les nostalgiques de service.

Rien de tel ici. Pony Pony Run Run n'est pas revenu pour ressasser, mais bien pour courir !

Et puis vient l'attendu et le nécessaire « Hey You », hymne générationnel s'il en est, dont les premières notes suffisent à ébranler la fosse. Et c'est là, précisément, que la foule offre au concert sa touche la plus inattendue : point d'adolescents en émoi, mais des rangs de vieux rockers aux cheveux gris, chantant chaque syllabe d'une ferveur intacte, comme on retrouve un serment d'adolescence qu'on croyait pourtant enterré. Le temps, décidément, ne mord pas sur tout le monde de la même façon, pas plus que la pluie, ce soir-là, n'aura mordu sur l'ardeur de la fosse.

En toute fin de prestation, quelques quidams sont conviés à rejoindre les planches pour un moment de danse collective, refermant ainsi la course sur une note tout aussi vive que l'ouverture, sans temps mort ni complaisance. Et franchement, à les voir se trémousser d'un enthousiasme plus débridé que chorégraphié (K-way passé par-dessus le manteau, pluie oblige), on pense davantage à une bonne blague partagée qu'à une démonstration de professionnels des parquets.

En tout cas, pluie battante, look décalé et tubes intacts, Pony Pony Run Run aura prouvé, sous l'averse, que son retour n'a rien d'un feu de paille.

Skip The Use compte parmi ces rendez-vous que votre serviteur ne pouvait manquer en cette après-midi namuroise.

Certains festivaliers, dans la fosse, semblent pourtant ignorer la formation qui va monter sur les planches dans quelques instants. Lorsqu'on leur rappelle qu'il s'agit du combo lillois porté par Mat Bastard, les regards changent et deviennent complètement médusés.

Normal : cette formation a atteint des sommets rarement approchés par un band rock hexagonal. Né en 2008 sur les cendres du groupe punk Carving, le quintette a publié un premier elpee éponyme en 2009, avant que « Can Be Late » (2012) ne lui vaille, l'année suivante, la Victoire de la musique de l'album rock. Séparé en 2016, le combo s'est reformé quelques années plus tard et livre aujourd'hui « Love & Anxiety », son tout dernier disque. Après les frasques solo de son frontman, le voilà de retour au complet, visiblement animé d'une envie intacte d'en découdre.

En fond de podium trône un grand cœur blanc : signe que la troupe est venue pour donner et recevoir de l'amour. Ce sera aussi le fil conducteur d'une prestation qui va marquer les esprits.

Les premières notes se perdent à l'horizon ; ça décoiffe sec ! Le son est bien rock. Malsain même. Et l'attitude, plutôt punk.

Dès « Anxiety », qui ouvre le bal, la mécanique impressionne : ce n'est plus une simple bande de potes surexcités, mais bien une machine de guerre rodée, où chaque musicien connaît sa place au millimètre près. Le batteur, en particulier, frappe ses fûts d'une vigueur qui confine à la démonstration de force, un jeu musclé, sec, qui cravache littéralement le tempo et tient la salle en respiration.

« Good Old Days » et « Say That You Love Me » confirment cette impression : le quintette, professionnel jusqu'au bout des doigts, ne laisse rien au hasard, ni les transitions, ni les silences calculés, ni les montées en tension.

Les riffs, eux, restent entraînants, irrésistibles. « Second Love » puis « Silence » font sautiller, déhancher, pogoter toute une fosse déjà acquise. Un noyau réunissant plusieurs dizaines de personnes s'agite, corps contre corps, telle une offrande servie au grand sioux qui la leur avait demandée.

Sur les planches, la mise en scène distille son propre mystère. L'un des guitaristes porte une cagoule cloutée, lui conférant un côté bourreau : jamais son visage ne sera dévoilé. Le secret reste total ! Le préposé aux synthés, lui, arbore une cagoule plus sobre, rouge, laissant deviner ses yeux.

Par intermittence, des images défilent en fond de podium, mettant en scène des personnages eux aussi cagoulés. Décidément, la cagoule est maîtresse des lieux.

« We Are Good » et « Ghost » relancent la machine, avant que le frontman n'égrène quelques tubes qui ont marqué les vingt ans de tout un pan de la fosse, à une époque où la radio nationale belge s'appelait encore PureFM, devenue depuis Tipik, selon ses dires, sous les rires du public belge, qui, lui, ne reste jamais insensible aux joutes verbales du gaillard.

À un moment parfaitement inattendu, un gamin tranquille, accompagnant ses parents, est gentiment pris pour cible par Mister Bastard. Hissé sur les planches, il devient l'espace de quelques minutes un véritable compagnon de route. Pour le remercier de cette collaboration brève mais intense, le généreux chanteur lui offrira, ainsi qu'à ses parents, une place pour le concert que le combo donnera prochainement au Cirque Royal de Bruxelles.

Celui dont les frasques sont connues et reconnues invite ensuite les quidams à scanner un énorme QR code projeté sur les planches : « une place achetée, une place gratuite », lance-t-il, au grand désarroi des membres de son équipe. Mais personne ne parvient à effectuer la manœuvre, le réseau internet étant totalement indisponible à ce moment précis. Du grand n'importe quoi, assumé et savouré.

« Cup Of Coffee », « PIL » et « People In The Shadow » referment la partie la plus incisive du set, toujours portée par cette même rigueur d'exécution qui distingue les grands rodés des planches des simples entertainers.

Un pogo plus tard, les musiciens s'offrent, en guise de dessert, un moment de pur bonheur : plongés dans la fosse, ils livrent une reprise punk et furieuse de « Boys Don't Cry » du mythique The Cure. Osée, mais magistrale.

L'équipe s'éclipse alors, tandis que retentit « Porcherie » et son fameux refrain « La jeunesse emmerde le Front national » du band Bérurier Noir.

Amour, mystère et anarchie : Skip The Use n'a, décidément, rien perdu de son insolence.

Changement radical d'ambiance sur la scène PV : après les vieux briscards, place à la nouvelle génération, celle de Sam Sauvage, jeune auteur-compositeur-interprète venu du Boulonnais et révélé au grand public par ses clips postés sur Instagram.

Il affiche un air de dandy, un peu à la manière de Pierre De Maere, que les Solidarités ont eu le plaisir d'accueillir lors d'une précédente édition.

Il grimpe sur les planches, l'air hagard et complètement désarticulé, engoncé dans un costume mal ajusté. Ses musiciens sont habillés tout de blanc, la panoplie assumée des gars qui n'ont jamais vraiment su comment se tenir en société, mais qui en ont tiré une signature.

Auteur-compositeur-interprète, Sam Sauvage jongle aisément entre chanson et pop française, un équilibre qu'il confirme d'entrée dès « Les Gens Qui Dansent (J'Adore) », ouverture idéale où l'on perçoit, çà et là, des intonations à la Stromae, mâtinées d'une écriture bien plus corrosive. Les cheveux hirsutes à l'instar d'un savant fou, le jeune homme emmène immédiatement son auditoire dans son univers déluré et instable.

« Le Chant Des Sirènes » ouvre ensuite une parenthèse plus feutrée, presque envoûtante, où la voix grave et suave du chanteur, déjà reconnaissable entre mille, prend toute sa dimension. La comparaison à l'énergie de l'ouverture n'en est que plus saisissante.

Épaulé par ses comparses, Sam évoque, sur « J'Suis Pas Bo », des moments de malaise liés à son apparence et une quête d'identité artistique à travers son style. Aujourd'hui, à le voir sur les planches, force est de constater qu'il semble avoir largement surmonté cette période difficile, l'autodérision ayant visiblement pris le pas sur la gêne.

Entre liberté, désamour et jeunesse désinvolte, le garçon solitaire s'épanche encore un peu plus sur « Ne T'en Fais Pas Pour Elle », avant qu'un clin d'œil appuyé à ses propres origines ne vienne ponctuer le set : sur « Boulogne », référence directe à sa ville natale, la fosse découvre un Sam Sauvage plus ancré, presque nostalgique, loin de l'image de dandy parisien qu'on voudrait parfois lui coller.

« Hypocrisie » et « Je Ne T'aime Plus » enchaînent, incisifs, enrichis par des textes délicats à la fausse candeur, grâce auxquels l'artiste est parvenu, en très peu de temps, à s'attirer la sympathie d'un auditoire pourtant pas nécessairement acquis à sa cause.

Puis vient « Un Cri Dans Le Métro », récit urbain et poétique où l'on retrouve toute la plume ciselée et romantique d'Hugo Brebion, à l'état civil. « Avis De Tempête » relance ensuite la machine sur un tempo plus mordant, avant que « Garder Le Sourire » ne vienne, l'espace d'un refrain, jouer les contrepoints lumineux dans un répertoire pourtant volontiers désabusé.

Malgré ses apparences, sa dégaine et ses pas hésitants, le bonhomme promet qu'il n'est « Pas Bourré », sous les cris hilares d'une fosse déjà largement conquise.

« La Fin Du Monde » referme les débats sur une note à la fois grinçante et tendre, fidèle à l'esprit d'un artiste qui n'a jamais cherché à choisir entre gravité et légèreté.

Après une prestation d'à peine une heure, Sam Sauvage a gagné son pari : dévoiler son univers, et gagner la sympathie d'un auditoire qui, pour une bonne partie, n'était pas nécessairement venu pour lui.

Il fait nuit noire lorsque les vétérans d'Orchestral Manoeuvres In The Dark (plus connus sous l'acronyme OMD) montent sur les planches.

La pop et le rock, en général, ont connu un nouvel essor dès le début des années 80, et notamment sous une forme plus électronique. Les synthés et les boîtes à rythmes se sont donc intégrés à la solution sonore, quand ils ne se sont pas substitués à l'instrumentation organique. Un choix qu'a opéré, dès l'origine, ce duo anglais.

Le light show discret se mêle à l'obscurité, alors qu'on entend les premières notes d'« Atomic Ranch », suivies de celles d'« Isotype ». Deux morceaux au son très contemporain, davantage instrumentaux qu'à vocation de tube, qui constituent une entrée en matière atmosphérique typique du duo. De l'électronique, de l'intelligence dans la composition, et cette dose d'on-ne-sait-quoi qui creuse la différence.

La fan base namuroise est peuplée de sexagénaires assumés, cheveux gris fièrement portés, ventre nostalgique et peau burinée par les décennies. L'âge et la sagesse font bon ménage !

Faut dire que la formation fondée par Andy McCluskey (chant, basse, guitare) et Paul Humphreys (chant, claviers) en 1978 a enregistré son premier single, « Electricity », en 1979, et son premier album, éponyme, début 1980.

Contrairement à ce que d'aucuns pourraient croire, cette étape belge ne s'inscrit pas dans une tournée d'adieu : la « Summer of Hits Tour » qui les mène cette année à travers l'Europe se veut avant tout une célébration de leur répertoire, quarante-huit ans après leurs débuts.

Les deux amis semblent impressionnés par l'accueil très chaleureux que leur réserve la fosse noire/jaune/rouge.

Le décor est minimaliste. Un écran géant est dressé en toile de fond. Paul Humphreys est planté à droite devant son synthé. Un autre préposé au clavier est posté à gauche du podium. Le batteur s'installe légèrement en retrait, son kit recélant des fûts en tout genre. Vêtus de noir, ils affichent tous la soixantaine bien sonnée. Ils sont perchés sur des estrades, ce qui permet de les distinguer très distinctement.

« Electricity » embrase véritablement le set. La communion s'opère rapidement entre les musiciens et la fosse. Andy devient complètement hystérique. Sans doute peu doué pour la danse, son corps est tout à coup pris de saccades violentes, ses bras ne cessent de rouler, tandis qu'il arpente la scène de long en large. Une attitude qui va perdurer l'intégralité du set. Son visage dégouline de sueur.

Parfaitement à l'aise tant à la guitare qu'à la basse, il reste proche de son public, venant régulièrement taper ses paluches dans celles de ceux qui ont la chance d'assister au show, près des barrières.

« Messages » puis « History Of Modern (Part I) » creusent ensuite un sillon plus nostalgique, rappelant de bons vieux souvenirs à celles et ceux qui les ont connus à l'époque. Une période que les moins de vingt ans ne peuvent, eux, pas connaître.

À 67 ans, la voix d'Andy McCluskey reste quasiment intacte, un exploit au regard de tant d'autres artistes de sa génération.

Pour « (Forever) Live And Die », Andy se consacre au clavier, tandis que Paul se charge des vocaux. Contrairement à son comparse, sa voix souffre, épisodiquement, de quelques petites faiblesses. « If You Leave » et « Souvenir » enchaînent, imparables.

« Joan of Arc (Maid of Orleans) » constitue le point d'orgue. La jouissance onirique est alors à son comble, la fosse au bord du malaise, l'ambiance à son paroxysme. Andy invite l'auditoire à frapper dans les mains pour accompagner cette fameuse rythmique syncopée dont le duo a le secret.

« The Rock Drill » et « Veruschka », tous deux issus de leur dernier opus en date, « Bauhaus Staircase », prouvent que le tandem n'est pas venu uniquement pour ressasser le passé.

Retour ensuite aux classiques : « So In Love » ne manque pas d'attrait.

Le duo aime la Belgique. Pour le lui rappeler, il se lance dans une « Locomotion » qui n'a pas pris une ride, un des plus gros succès du groupe dans le pays, à l'époque de sa sortie.

« Sailing On The Seven Seas » relance une dernière fois la machine, avant que « Enola Gay », caractérisé par ses beats froids et synthétiques, ne signe le clap de fin d'un concert qui restera ancré dans les mémoires. Une chanson aux relents particuliers, puisqu'elle narre l'histoire de l'avion qui a largué la bombe atomique sur Hiroshima. Une tragédie de l'histoire de l'humanité, transformée et embellie ici par la seule puissance de la musique.

Sous l'effet de l'émotion, Paul et Andy viennent saluer chaleureusement une fosse décidément très réceptive, alors que le sample continue de produire, durant de longues minutes, cette rythmique devenue un véritable hymne.

Ne leur faites pas l'injure de les traiter de vieux ringards. Non ! Durant plus d'une heure, ils ont accompli un travail éblouissant, extraordinaire, bien loin des archétypes du genre.

Résistance, résilience, résurgence : Andy et Paul sont peut-être des papys, mais des papys qui n'ont manifestement pas fini de faire de la résistance.

Girls In Hawaii ne s'était plus produit depuis plusieurs années, à l'exception de la tournée célébrant les vingt ans de son premier opus, « From Here To There », en 2023, qui avait rempli l'Ancienne Belgique quatre soirs durant.

Né au début des années 2000, le quintette s'est imposé au fil du temps parmi les repères de l'indie rock européen. De « From Here To There » (2003) à « Nocturne » (2017), en passant par « Plan Your Escape » (2008) et « Everest » (2013), la formation a bâti, disque après disque, un univers musical qui accompagne toute une génération d'auditeurs, celle qui a grandi à ses côtés, et qui se retrouve ce soir sur la plaine namuroise.

Cette étape des Solidarités s'inscrit dans la tournée européenne relancée cet été, amorcée par une semaine de résidence et de répétitions au Manège de Mons. Elle accompagne la sortie annoncée d'« Eldorado », cinquième album du quintette et premier chez Capitane Records, attendu pour ce mois de septembre, soit quelques semaines à peine après ce passage namurois. Une manière, pour la formation, de rôder son nouveau répertoire directement devant l’auditroire, avant même que le disque ne soit dans les bacs.

Sur les planches, cinq silhouettes bien connues du public belge s'installent sans effet inutile. Pas de mise en scène tapageuse, pas de superflu : Girls In Hawaii a toujours préféré laisser parler la musique plutôt que l'esbroufe visuelle, et cette philosophie se confirme d'entrée. La foule s'est déplacée surtout pour entendre, moins pour voir !

Le combo ouvre le bal par « Is It Happening Right Now? », titre extrait du disque à paraître et premier à avoir été porté aux oreilles des auditeurs radiophoniques. Le morceau oppose matières organiques et textures synthétiques, invite à lever les yeux vers le ciel et à savourer l'instant présent : un choix d'ouverture qui sonne presque comme un manifeste, celui d'une formation qui refuse de se contenter d'un simple exercice de nostalgie.

L'accueil se révèle chaleureux, la fosse accompagnant déjà les premiers refrains d'un titre qu'elle découvre pourtant à peine. Très vite, « Eldorado », lui aussi inédit, dévoile une écriture plus rythmée, plus brute, presque conceptuelle, qui déroute agréablement une partie de l'auditoire, davantage habitué aux mélodies plus feutrées du quintette.

Le souvenir de Denis Wielemans, ancien batteur du combo disparu dans un accident de la route en 2010, demeure présent lors des concerts de Girls In Hawaii. « Misses », extrait d'« Everest », lui adresse un hommage sobre et sensible, nourri d'une retenue qui en dit plus long que n'importe quelle emphase. Ce disque, né dans un contexte de deuil et de reconstruction, reste sans doute l'un des plus accomplis de leur parcours, et son empreinte continue, plus de dix ans après, de planer discrètement sur chacune de leurs prestations.

L'atmosphère gagne peu à peu en tension. Sur l'entraînant « Found In The Ground », le batteur imprime sa cadence à la charley, à la ride, à la caisse claire et à la grosse caisse, d'une régularité métronomique qui tranche sur la fougue apparente du morceau. La voix légèrement éraillée du chanteur, elle, prend tout son relief, portée par des harmonies vocales soignées qui rappellent à quel point le quintette a toujours cultivé un sens aigu du détail.

« Not Dead » suit, titre qui retrouve une place de choix dans le nouveau tour de chant de la formation, résonnant presque comme une affirmation, ce soir-là, tant le combo semble avoir traversé les années sans jamais réellement s'essouffler.

« Drifting In The Summer Rain » et « Birthday Call » alternent ensuite inédit mélancolique et pièce plus ancienne, extraite de « Plan Your Escape », preuve que la formation n'a jamais rompu le fil entre ses différentes époques : les nouvelles compositions cohabitent naturellement auprès de celles d'il y a près de vingt ans, sans rupture de ton ni effet de couture visible.

La précision instrumentale, constante tout au long du set, se confirme sur « Who's To Blame », « Guinea Pig », respectivement extraits d'« Eldorado » et de « Nocturne », et « Not Your Fault », où rythmique syncopée et chœurs dessinent un ensemble aux couleurs nettes. Plus de deux décennies après ses débuts, le quintette conserve une réelle force de proposition, loin d'une formation qui se contenterait de vivre sur les acquis de son répertoire passé.

Quelques minutes plus tard, l'incontournable « Switzerland », où l'électro et le piano servent la mélodie, ravive l'élan du combo et rappelle, s'il en était besoin, sa capacité à concilier délicatesse mélodique et efficacité live. « Rorschach », tout en guitares saturées, est aussitôt servi dans une tension maîtrisée, le morceau gagnant en intensité jusqu'à son ultime déflagration.

Avant de quitter les planches, le combo livrera évidemment une parenthèse attendue, « Flavor », caractérisée par son intro de basse répétitive. Un titre qui referme finalement les débats dans une dernière montée en intensité, laissant le public namurois dans un état d'épuisement heureux.

Girls In Hawaii signe un retour solide aux Solidarités, sans renier vingt ans de répertoire, et confirme sa place parmi les formations majeures de l'indé-pop belge.

La soirée se refermera un peu plus tard sur Faithless, tête d'affiche de cette première journée de festival. Votre serviteur n'aura hélas pas eu l'occasion d'assister à cette ultime prestation, la fatigue et la générosité de la programmation ayant eu raison de sa présence jusqu'au bout de la nuit. Aux dires de ceux qui y étaient encore, le combo londonien aurait clôturé les festivités dans l'énergie qu'on lui connaît. De quoi, sans doute, nourrir un prochain compte-rendu.

(Organisation : Les Solidarités)

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