L’appel à débrancher des Burning Heads

La formation skate punk orléanaise Burning Heads vient de partager un second extrait de son nouvel opus « All Fired Up ». Attendu pour le 16 octobre 2026, ce disque succède au titre « SOS 2 » publié début septembre. À l'aube de ses quatre décennies de…

Le fossé à franchir par Snake Mountain Revival

« The Divide », le nouvel album du trio psychédélique indépendant américain Snake Mountain Revival, sortira le 23 octobre prochain. Formé sur la côte de Virginie à l’été 2017, Snake Mountain Revival est né de la rencontre entre des univers musicaux très…

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The Cure
Viagra Boys

Valkø

Un concert intimiste et vecteur d’émotion…

Écrit par

Etablie à Bruxelles, Valkø est une artiste belge. Elle est actrice, songwritrice, mais surtout chanteuse et violoncelliste. Votre serviteur l’avait découverte en supporting act d’Asaf Avidan, au mois d’août dernier. Ce soir elle se produit à la Rotonde du Botanique réputée pour l’excellence du son. En outre, le spectacle se déroulera devant un auditoire assis.

Slow Pilot, le projet de Pieter Peirsman, assure le supporting act. C’est également le guitariste de Valkø et après le départ de Noémie Wolfs, en 2015, il est devenu la première voix masculine de Hooverphonic. Sans oublier ses collaborations auprès de K's Choice et du pianiste de jazz, Jef Neve. Il a publié son premier elpee, « Gentle intruder », en 2018 et devrait sortir son second opus, l’an prochain. Il est d’ailleurs en préparation.

Sur les planches, il se consacre au chant (of course !) et à la guitare. Il est soutenu par un second gratteur, Sébastien Leye, également préposé aux backing vocals. Dès que Pieter se met à chanter, on reconnaît son timbre de voix puissant, frémissant et mélancolique… mais finalement familier.

Le set s’ouvre par « Black Widow » (NDLR : ne pas confondre avec un groupe sataniste et occulte, né fin des sixties). Les arrangements sont recherchés et les voix bien en place. « Fences » est une nouvelle compo (NDR : Pieter va d’ailleurs nous en proposer une majorité, qui figureront probablement sur son nouvel opus). L’amplitude vocale de Pieter est bien plus remarquable qu’on ne l’imaginait. Pas étonnant que ce soit un fan de Jeff Buckley. « Little Boy » baigne au sein d’une atmosphère réminiscence du « Nothing Really Ends » de dEUS. Et au fil du concert, on assiste à quelques jolies envolées de cordes, mais surtout, progressivement, on se rend compte que la musique de Slow Pilot puise ses références majeures chez les Beatles. Après 30’ de spectacle, Pieter signale que le laps de temps imparti pour son set était trop court pour pouvoir démontrer son potentiel. Une belle découverte quand même !

Setlist : « Black Widow », « Fences », « Little Boy », « Parasites », « Gentles, « Intruder », « Headstone », « Dance The Night Away »

Valkø se produit, ce soir, au Bota, dans le cadre de la release party de son second Ep « Monsters ». Un peu plus de 150 personnes ont répondu présent pour assister à cet événement. 

Sur les planches, elle est épaulée par un trio réunissant le (contre)bassiste Nicholas Yates, le guitariste Pieter Peirsman et le drummer Jordi Geuens. Valkø a enfilé une salopette et est chaussée de baskets customisées par une amie. Elle fait face à son clavier et son micro. Valkø au violoncelle et Nicolas à la contrebasse ouvrent le « Silence In The Dark ». Tout au long de « Monsters », la voix est bien mise en exergue. Une voix dont l’amplitude est impressionnante. Elle peut se faire douce ou lancinante, et même évoquer Björk. Lorsque ce n’est pas le drummer qui donne la mesure, Valkø l’assure à l’aide de son synthé. Elle plaisante d’ailleurs en avouant qu’elle doit regarder son ‘copion’ (L5, E6, c’est presque comme un jeu de ‘Combat Naval’) pour introduire les sons additionnels sur l’instrument. Elle enchaîne par « Daydream (Get Lost) » ; apparemment une nouvelle compo. Après une intro aux ivoires, elle l’interprète d’une voix douce. Elle attaque ensuite « Between You And Me », un morceau qui figurait au répertorie d’Auryn, son ancien projet, en le dédicaçant à un couple (certainement présent dans la salle) dont la rencontre s’est déroulée lorsqu’elle interprétait cette chanson. Hormis lorsque la musique s’emballe, le light show est plutôt sobre. Valkø excelle au violoncelle et le démontre tout au long de « The Mirror ». Elle n’en oublie pas pour autant la cover de « Can’t Get You Out My Head », traduite en hit par Kylie Minogue. Ce n’est qu’en fin de parcours que quelques dames se lèveront de leur siège pour esquisser quelques pas de danse…

A l’instar de son concert accordé deux mois plus tôt, à l’Arena 5, en supporting act d’Asaf Avidan, elle rappelle qu’il faut applaudir pour mériter un rappel. Elle revient donc exécuter « In The Sil », en solitaire. Avant que Pieter ne la rejoigne pour le dernier morceau, « Neverending » …

Un concert intimiste et vecteur d’émotion…

Setlist : « Silence In The Dark » (intro), « Heaven’s Door », « Monsters », « Daydream (Get Lost) », « Between You And Me », « Back Through The Maze », « The Mirror », « The Grace Of Peace », « Going Mad », « Can’t Get You Out My Head » (Cover Kylie Minogue), « The Kind Of Game », « All I Ever Dreamed Of »

Rappel : « In The Sil », « Neverending »

(Organisation Botanique)


 

Gruff Rhys

Seeking New Gods

Écrit par

La carrière de Gruff Rhys est loin de s’être arrêtée à l’issue de l’aventure des excellents Super Fury Animals ! Depuis, lorsqu’il ne s’investit pas au sein de ses projets parallèles (Neon Neon et Boom Bip), il mène une carrière en solitaire, plutôt prolifique et de très haute qualité, jalonnée à ce jour de 7 albums…

De son véritable nom Gruffudd Maredudd Bowen Rhys, le Gallois raffole des concepts albums aux thèmes plutôt uniques en leur genre. Et « Seeking New Gods » ne déroge pas à la bonne règle, puisqu’il raconte l’histoire d’un volcan (le mythique et mystérieux Mont Paektu) sis à la frontière sino-coréenne. En se servant d’arrangements géniaux et inventifs –et ce n’est pas une surprise– il conte le ressenti de ce mont sacré pour les Coréens et les Mandchous, à l’aide de cuivres et trompettes (le joyeux « Mauseleum Of My Former Self ») ou autres claviers loufoques. Légèrement psyché et diablement pop (« Can’t Carry On »), ces 9 titres sont littéralement irrésistibles et se terminent idéalement par la ballade « Distant Snowy Peak », une plage vraiment de toute beauté…


 

Durand Jones

Private space

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Durand Jones and the Indications

Deux ans après avoir gravé « American Call Love », qui avait révélé le groupe américain au public européen, et à peine 6 mois après la sortie de l’album solo d’Aaron Frazer (batteur/chanteur), Durand Jones and the Indications nous propose son troisième opus. Comme sur ses précédents elpees, la formation basée dans l’Indiana répète ses gammes soul en marchant dans les pas de Curtis Mayfield, Otis Redding et Charles Bradley. On retrouve tous les éléments caractéristiques du style : la voix langoureuse et sensuelle de Durand Jones, l’omniprésence des cuivres, des guitares funk ou encore une basse caoutchouteuse. L’instrumentation est enrichie d’une belle section de cordes. Et c’est nouveau !

Pourtant, alors qu’elle pourrait se contenter de tirer parti de son expérience, la formation américaine se réinvente et agrémente sa musique de touches disco, à l’instar de l’excellent « Witchoo ».

En outre, alors que sur le long playing précédent, les textes reflétaient un engagement politique marqué par la mandature Trump, « Private space » privilégie les paillettes et le thème de l’amour, thème qui alimente 95% des morceaux soul…

Une fois encore, Durand Jones and the Indications se fend d’un excellent opus.  Une discographie sans fausse note. Pour notre plus grand bonheur !

 


 

Valkø

Monsters (Ep)

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Etablie à Bruxelles, Valkø est une artiste belge. Votre serviteur l’avait découverte en supporting act d’Asaf Avidan, au mois d’août dernier. Actrice, songwritrice, mais surtout chanteuse et violoncelliste, sa voix semble danser sur une corde de son instrument (qu’elle pratique à merveille) avec la grâce et la fragilité d’une funambule. Vaporeuse, soignée, douce, lancinante ou hantée, mais surtout à l’amplitude impressionnante, elle est, en outre, susceptible de rappeler tour à tour Kate Bush, Beth Gibbons, Alison Goldfrapp, Björk voire encore Thom Yorke.

Les références à Muse ou au Velvet Underground peuvent paraitre surprenantes ; d’autant plus que l’artiste puise ses sources d’inspiration dans la mélancolie des paysages, la puissance des forces de la nature ainsi que la recherche de pureté et de beauté…

« Monsters » ouvre la plaque. C’est également le single. Le morceau baigne dans une forme de pop romantique, exprimant toute la versatilité de son humanité, les problèmes qu’elles rencontrent, les monstres qui la dérangent, mais la rendent plus forte. « Silence In The Dark » nous entraînerait-il jusqu’aux tréfonds de l’enfer ? Envoûtante, entêtante même, la voix semble vouloir nous y conduire subrepticement. Robert Berkeley Davis et Cathy Dennis ont composé « Can't Get You Out Of My Head » pour Kylie Minogue, une compo qui est devenue un mega hit. Valkø nous en propose sa propre version. Le disque s’achève par « All I Ever Dreamed Of », une plage qui comble probablement ses rêves…

Valkø a entièrement produit et arrangé cet Ep. Hormis les parties de guitare et de basse, elle se réserve tous les instruments. Ce qui démontre qu’elle est bien davantage qu’une chanteuse, rôle qui lui a souvent collé à la peau…


 

Clock Stretcher

Walking On Shell (Ep)

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Stanislas Micoud a décidé de fonder un power-trio en compagnie de ses comparses : le bassiste Alexandre Montel et le batteur Maxime Poux. Ce Français est en outre, grand fan d’Alt-J, de Radiohead et de Coldplay. Pas étonnant, dès lors, que son rock légèrement teinté d’électronique est taillé pour les stades, rappelant les trois groupes susvisés, et tout particulièrement la bande –souvent énervante– à Chris Martin, mais également U2.

Le tout est très bien réalisé et interprété, bénéficiant d’une belle qualité mélodique. Mais définitivement, tout y très/trop (biffer la mention inutile) propre…


 

Lemon Straw

Le puzzle reconstitué…

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Au fil du temps, le Zik Zak, à Ittre, devient une référence, en matière de salles de concerts. Et l’acoustique capable de rivaliser avec celle de l’Ancienne Belgique, constitue un argument de choix. Qui aurait imaginé qu’un jour, le drummer de Deep Purple, Mr Ian Paice, foule les planches du Zik Zak ? Et il n’est pas le seul. En 5 ans, des artistes tels que Les Négresses Vertes, Uli John Roth, Jasper Steverlinck, Eiffel, Graham Bonnet, Geoff Tate, The Nits, Channel Zero ou encore Nashville Pussy ont enflammé le public de la salle brabançonne.

Ce soir, Lemon Straw et Jane Døe en supporting act, sont à l’affiche. Une belle soirée en perspective.

Jane Døe est une expression anglaise qui désigne une personne non identifiée ou un homme de la rue. Un citoyen lambda, si vous préférez. C’est également le patronyme d’une formation issue d’Andenne, drivée par la chanteuse Garcia Geijo Léticia. Mais elle peut s’appuyer sur le drummer Gérard Nicolas, le guitariste Alain Mans et le bassiste/claviériste Patrice Brugneaux.

Le set s’ouvre par « Soon ». L’interactivité entre la vocaliste et l’auditoire est immédiate. Elle parle avec les mains, un peu comme feu le légendaire Joe Cocker. Mais se consacre également au ukulélé ou aux claviers. Sa voix évoque tantôt Björk ou encore l’Américaine Meryl Garbus (Tune Yard).

Nourrie aux références rock alternatives, la dream pop de Jane Døe cherche à nous plonger au sein d’un univers où se mêlent étrange et merveilleux. Mais cet univers peut aussi se révéler sombre, parfois même glacial, un peu comme s’il nous transportait au cœur des fjords du Grand Nord.

Ainsi, « If You Say » nous entraîne dans un périple qui éclot en Irlande, transite par l’Islande avant de s’aventurer sur un territoire tourmenté par les percussions tribales. Et puis, Léticia annonce que le prochain morceau, « My Suzy », est un poème dédié au pays des volcans et du feu. Vous devinez, ce pays, c’est l’Islande. Un pays qu’elle adule. Aux ivoires, elle tire parfaitement son épingle du jeu. Tout comme Patrice, d’ailleurs.

Les accords de gratte dispensés par Alain réverbèrent régulièrement des accents empruntés à The Edge (U2) ; et ils sont puissants. La section rythmique est solide, outre ce drumming qu’on pourrait qualifier de métronomique. 

Un petit message à l’ingé-son qui a parfaitement assumé son rôle, alors qu’il assurait un remplacement.

Jane Døe se produira le 18 décembre 2021, en première partie de Noémie Wolfs, au Belvédère de Namur.

Setlist : « Soon », « Big Bam Boum », « If You Say », « July Died », « My Suzy », « Walking Dead », « In A Lie », « Glow », « Jack Of Hearts », « Who You Are ».

En 2017, Lemon Straw a connu une mauvaise passe. Suite au départ du claviériste Xavier Bouillon (qui avait lui-même déjà remplacé Renaud Lhoest, emporté par la maladie), Giani Sabia et Boris Lori ont traversé une période de doutes et de remises en question. L’idée d’un projet solo a même germé dans l’esprit de Giani ; mais après quelques semaines de réflexion, le band a finalement décidé de reprendre le collier.

Si Martin Moreaux (Minga Wash, Feel) se charge aujourd’hui des fûts, Grégory Chainis est toujours préposé à la basse (NDR : les frère Chainis sont notoires dans la région du Centre ; ils sont d’ailleurs impliqués dans plusieurs groupes.  

Lemon Straw compte déjà 10 années de carrière. Son troisième elpee, « Puzzle », est paru début mars 2020 ; soit juste avant le premier confinement. Et le second n’a pas clarifié la situation, puisque le groupe n’a pu partir en tournée, pour défendre cet LP, que depuis peu.

Le drummer est placé à droite et de biais, de manière à faire face aux trois autres musicos plantés en ligne. Assis, Boris se consacre à la lap steel, à la dobro ou à la gratte électrique. Giani alterne la position assise ou debout, selon qu’il joue des claviers ou de la semi-acoustique. De couleur noire, c’est une Gibson. Au cours du set, il raconte qu’il a quitté son Frameries natal, en 2004, pour partir à New-York, pendant une année. Ajoutant, qu’il a fait des petits boulots pour manger, se vêtir, se loger et vivre. Ce qui lui a permis d’acheter cette guitare, qu’il appelle, sa compagne. Elles sont, selon ses dires, moins onéreuses, aux States.

Martin est en forme ; et hormis lors des morceaux interprétés en solitaire par Giani à la six cordes ou aux ivoires, il va booster de son drumming un set partagé entre folk, rock, blues et pop, hanté régulièrement par Bruce Sprinsteen, mais aussi Charlie Musselwhite et Ben Harper, lorsque Boris souffle dans son harmo ou se consacre à la slide.  

Lors du concert, Giani demande de ne plus lui balancer de la fumée à la figure, car il commence à suffoquer. Il justifie simplement cette doléance en signalant qu’il serait dommage d’endommager une belle voix…

La set list va reconstituer l’intégralité de « Puzzle », entrecoupé de morceaux plus anciens. Un chouette concert accordé face à public nombreux, au sein duquel il y avait même des… Parisiens

Setlist : « Change », « I Can’t Blame You », « I Don’t What’s going On », « Out Of Time », « Angels Never Die », « Gotta Be You », « Magic World », « I Never Do », « Like A Soldier », « Head In The Clouds », « Rider », « Kick Me Out », « Which Side Are You On », « Run »

(Organisation : Zik Zak + Rock Nation)


 

SüB

La Planète Sauvage revisitée…

Écrit par

Changement de concept ce soir au Zik-Zak. Place à la projection d’un film d’animation. Complices chez SüB et Organic, Joris Oster (YEL, Silver Riot) et Olivier Justin ont profité du confinement pour créer de la musique autrement ; soit en réarrangent et se réappropriant la B.O. du long métrage culte, ‘La Planète Sauvage’, signée Alain Goraguer (NDR : au départ pianiste de jazz, mais surtout notoire comme compositeur et arrangeur, ce natif de Rosny-sous-Bois, en Seine-Saint-Denis, a notamment bossé pour Serge Reggiani, Boris Vian, Boby Lapointe, Jean Ferrat et Serge Gainsbourg).

Le ciné-concert va se dérouler devant une cinquantaine de spectateurs. Beaucoup trop peu pour la performance. Joris et Olivier ont eu une énorme envie de travailler sur une nouvelle façon de vivre la musique, un besoin d’unir le cinéma et les concerts ; puis il a fallu passer au choix du film. On a souvent vu ce type d’exercice de style se focaliser sur des films d’avant-guerre ou proposer des adaptations mégalos du ‘Grand Bleu’ ou de ‘Star Wars. SüB cherchait quelque chose d’autre, plus proche de son univers. C’est en visionnant ‘La Planète Sauvage’ sur Arte que les deux artistes ont eu l’idée de réécrire la bande son.

Pour celle-ci, Joris Oster explique la conception du projet : ‘La musique du film est en réalité assez discrète dans la version originale, mais elle reste néanmoins très intéressante. Lors de notre prestation, il y a 32 séquences musicales que nous avons dû mettre en place chirurgicalement de la façon suivante : 10 d’entre-elles reprennent les thèmes originaux mais réadaptées pour qu’elles puissent être rejoués à deux à l’aide de samples qui tournent en background. Huit sont issues de morceaux du premier album de SüB et d’Organic, deux projets au sein desquels nous sommes impliqués. Les 14 autres séquences sont des compositions spécialement créées pour le film’. A ce sujet, il ajoute : ‘Il a fallu quatre années de travail pour réaliser, dans des studios tchèques, ‘La Planète Sauvage’ avec des dessins de Roland Topor. C'est un film de science-fiction qui relate les mésaventures du peuple des Oms, réduits en esclavage par des créatures géantes. Le dessin animé n'est pas spécialement destiné aux enfants, mais atteint un public adulte beaucoup plus large que celui du ‘Théâtre de Monsieur et Mme Kabal’ de Borowczyk. Le trait tient une place aussi importante que le volume et la couleur dans le style graphique de Topor (qui avait déjà dessiné ses ‘Escargots’ pour Laloux). Malgré la collaboration prestigieuse d'animateurs tchèques des studios de Prague (le film était une coproduction franco-tchécoslovaque), il semble que la technique du ‘papier découpé en phases’ adopté par Laloux n'ait pas été perfectionnée au point de donner toute la souplesse nécessaire aux personnages de Topor. ‘La planète sauvage’, film ambitieux et rare, restera une date dans l'histoire de l'animation française avec la musique obsédante d'Alain Goraguer’.

Olivier se plante à l’extrême gauche du podium, sur une estrade derrière son kit de batterie, son synthétiseur et ses cymbales. L’écran est suspendu en arrière-plan, au beau milieu. Joris s’installe à l’opposé, côté droit et tient à sa disposition sa basse, sa gratte semi-acoustique droite et son thérémine (NDR : Il s’agit d’un des plus anciens instruments de musique électronique, inventé en 1920 par le Russe Lev Sergueïevitch Termen ; composé d’un boîtier électronique équipé de deux antennes, l'instrument a la particularité de produire de la musique sans être touché par l’instrumentiste). Il ne sera cependant utilisé qu’à trois reprises.

Le film est difficile à assimiler ; surtout à la première vision. Plusieurs seraient nécessaires pour en cerner toutes les subtilités. Il est cependant émouvant.

En général, la musique de SüB est échafaudée sur deux lignes de basse. C’est ce qui forge la singularité de l’expression sonore. L’une libère des sonorités distinctes, incisives et mécaniques ; et l’autre, caoutchouteuses. Ces dernières sont absentes lors de ce ciné-concert. Saccadé, le tempo finit par envoûter au sein d’un univers grunge bien seattlenesque, abordé dans l’esprit des Nirvana, Pearl Jam, Soundgarden et autre Alice In Chains.

Celle d’Organic combine post-rock, électro, prog, psyché, stoner, new wave et post punk. Puissants, les accords de basse sont parfois au bord de la rupture (Peter Hook ?). Les drums sont percutants et les sonorités de synthé, spasmodiques.  

Huit morceaux sont manifestement hantés par les SüB et Organic. Pour le reste, les musicos retranscrivent le climat futuriste du film à travers des sonorités électroniques, quand il ne se frottent pas au funk, au jazz (NDR : c’est l’ADN du concepteur de la B.O.) ou au psychédélisme, tout en tenant compte de l’alternance entre climats doux et sombres. Bref, en mêlant création pure ainsi que réinterprétation propre et en ajoutant des compos originales, le tandem a tout simplement remodelé une bande-son digne de son compositeur, Goraguer.

(Organisation : Zik-Zak)


 

Lay This Drum

Frappant !

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Lay This Drum est un collectif réunissant cinq jeunes percussionnistes. Mais des dames ! Elles attendent de se produire en concert depuis plus de 200 jours. La Covid est passé par là, entretemps… Chacun de leurs concerts est désormais décrété sold out. Et c’est encore le cas, ce soir.

Pas de Covid Save Ticket, mais le masque buccal est obligatoire. Une nouvelle directive de la province du Brabant Wallon vient de tomber. Les organisateurs ainsi que le public présent n’y comprennent plus rien. Pas d’espace entre chaque bulle ni de distanciation sociale. Chaque place assise est occupée. Pas question donc de se lever.

Le quintet réunit Olympia Boule, Annebelle Dewitte, Laurence Loufrani, Aurélie Simenel et enfin Gaëlle Swann (c’est elle qui pilote le band). Et ce spectacle mis en scène par Pierre Lafleur est produit par la Compagnie du Scopitone. Une agréable interrogation sur la question du ‘genre’ féminin/masculin dans notre société moderne qui déboulonne les clichés avec puissance, un brin d’impertinence et beaucoup d’humour, ainsi que le sexisme qui est une réalité dans le monde de la musique (c’est un combat pour Gaëlle). Lay This Drum offre un regard rythmé et poétique sur l’identité dans le monde d’aujourd’hui en posant pour réflexion de départ : ‘Dis, c’est vrai que les femmes savent aussi faire de la batterie ?’

Sur les côtés, on remarque la présence de cinq estrades sur roulettes surmontée d’un tom bass et de deux petits fûts de batterie. Immense, une autre est surmontée d’un énorme tambour sur pieds et d’un tom bass. En général, c’est lui qui va imprimer la cadence. Il y a également dans le fond de la scène cinq cages métalliques tapissées sur le fond d’une toile et également montées sur roulettes

Les filles débarquent l’une derrière l’autre en exhibant un fût d’huile plastifié de couleur bleue, sur lesquels figurent de grandes lettres fluo. Elles se présentent en faisant tourner les fûts pour faire apparaître le logo ‘Lay This Drum’ en 3 phases. Les fûts sont couchés sur le sol. A gauche on amène un établi métallique au plancher en bois. Deux artistes y déposent violement deux caisses outils métalliques (sans faire de pub, de type Facom) qu’elles percutent sur le parquet tout en frappant des pieds sur le sol. Et la manipulation des différents clapets métalliques produit également du bruit.

Les cinq artistes ont enfilé des salopettes de teinte noire –qui arborent un petit logo ‘Lay This drum’ sur le haut, à droite– et sont chaussées de baskets hautes de couleur rouge.

Que faire d’une vieille machine à écrire ‘Remington’ ? Deux des membres du band en posent autant d’exemplaires sur un fût plastifié ; et en frappant sur les touches, créent une jolie mélodie.

Une grosse caisse et quatre caisses claires sont placées en croix et en carré dans l’obscurité. Il ne reste plus alors de visible, chez les percussionnistes, que les bandes réfléchissantes de couleur et les baguettes fluorescentes. Qui battent la mesure en synchro. Une séquence qui rappelle quelque part le groupe allemand Meute.

Une manifestation débute. Gaëlle apporte 10 manches de brosse et les distribue à ses partenaires. Dans le brouhaha, on discerne l’objet de la manif : les agressions à caractère sexuel dont sont victimes les femmes (mouvement incarné par #MeToo ou #BalanceTonPorc). Le band demande à l’auditoire de se répartir en trois sections pour crier des slogans. Et ça marche !

Les cages métalliques sont éclairées par l’arrière et sont retournées vers la foule, après avoir calé les roulettes. Chacun va exécuter un scénario prédéfini en frottant des baguettes contre les parois métalliques des cages.

L’expression des visages est suggestive. La mise en scène est soignée.

Des planches à clous aux seaux de peinture, des talons aiguilles aux boots de chantier, tout ce qui peut être percuté ou frotté est utilisé. Bref, tout est bon pour faire du bruit : des tambours et caisses claires, les pieds frappés au sol, claquements de mains entre elles, sur le corps, sur le torse, sur les épaules ou encore des pneus qu’elles font rebondir sur l’estrade. Et parfois, le tout est ponctué de cris.

En mêlant danse synchronisée et percussions diverses, Lay This Drum a séduit un public essentiellement constitué de quadras et quinquas. Il se produira encore à Bruxelles* et à travers la Wallonie*. Un spectacle qui mériterait de sortir des frontières de la Belgique…

(Organisation : La Ferme du Biéreau)

Photo : Alain Vanstraelen

En concert

VEN., 29 OCT. À 20:00
La Vénerie / esp. Delvaux
Bruxelles

SAM., 30 OCT. À 20:00
La vénerie/Esp. Delvaux
Bruxelles

VEN., 3 DÉC. À 20:00
Crac's/ Sambreville
Auvelais salle Emile Lacroix

VEN., 4 FÉVR. 2022 À 20:15
Braine le Comte
Centre culturel de Braine-le-Comte


 

Kid Francescoli

Mes chansons sont le pendant de ce que je vis dans la réalité…

Écrit par

Derrière Kid Francescoli, se cache Mathieu Hocine, un Marseillais dont le succès populaire est né en 2013, grâce à « Blow up », un titre électro surprenant.

Totalement inspiré par le grand écran, il a habillé à maintes reprises des spots publicitaires tels que Façonnable, Lanvin, Lacoste5, Chanel, Lancôme, Aldi, Citroën, et bien d’autre encore...

Après un arrêt forcé pour cause de crise sanitaire, le bonhomme accompagné sur scène par deux demoiselles, se lance dans un show assez peu conventionnel entre down et up tempo.

Dans le cadre du festival ‘Ceci n’est toujours pas LaSemo’, Il est venu défendre les couleurs de « Lovers », un nouvel album qui marque deux changements notables. La fin de sa collaboration avec Julia et l’expérimentation de différentes langues, dont le portugais.

C’est dans le salon cosy du Château que se déroule l’entretien. On y parle de musique, de femmes et de foot. Forcément !

Mathieu, tu portes à bout de bras ton projet ‘Kid Francescoli’ depuis plus de 20 ans. Beaucoup de collaborations y sont nées. Pourrais-tu imaginer réaliser un elpee sans celles-ci ?

Ma carrière musicale est effectivement ponctuée de collaborations. Je pense par exemple à Julia ou Simon Henner (French 79). Elles me permettent d’évoluer. Mais elles sont variables. A titre d’exemple, j’ai bossé en compagnie de Simon de Nasser (Oh! Tiger Mountain) à une certaine époque. Aujourd’hui, nous évoluons chacun de notre côté. Ce qui ne pose aucun problème, ni à l’un ni à l’autre. Même topo pour Julia. Ces rencontres enrichissent le projet. La nouveauté amène aussi une certaine excitation. Je crois qu’il est essentiel de ne pas tomber dans la routine.

Baigner dans l’univers de la musique depuis si longtemps te permet-il de prétendre à davantage de crédibilité ?

Je crois que la crédibilité s’acquiert avec le travail. J’ai la chance de pouvoir compter sur un public qui me suit et vient me voir en concert. C’est ça la crédibilité. Les années n’y sont pour rien. Si les gens ne répondent pas présent, il ne sert à rien de continuer.

Qu'est-ce qui différencie Mathieu Hocine de Kid Francescoli ? Est-ce un avatar derrière lequel tu te caches ?

Je n’incarne aucun personnage. Je ne suis jamais parvenu à m’en inventer un. Certains le font très bien et tant mieux. Je commence quasi systématiquement mes compos par ‘Je’, ‘I’ ou ‘Me’. Difficile donc de dire que je me cache derrière un avatar. Même sur scène, je ne suis pas toujours en costume ou dans de petits mocassins blancs. Pourtant, je pourrais tout à fait me le permettre.

En Belgique, Kid Noize dissimule son visage derrière une tête de singe…

Je ne connais pas cet artiste. Néanmoins, je comprends ceux qui font cette démarche. Elle te permet de séparer la carrière de la vie privée. Pour en revenir à Julia, nous avons parlé de notre relation dans l’album. La frontière entre l’artistique et la vie intime a toujours été un peu floue. Dans le dernier, je parle beaucoup de relations amoureuses avec Samantha, celle qui partage aujourd’hui ma vie. Ou encore d’autres filles et de leurs liaisons respectives. J’évoque aussi Marseille. Finalement, mes chansons sont le pendant de ce que je vis dans la réalité.

Si je comprends bien ta réflexion, un LP est le reflet d’une tranche de vie ?

Effectivement. Ce qui me plait, c’est de constater l’évolution opérée. A chaque disque, ses influences. Si je sortais en boîte au moment de la conception du disque, la couleur devenait un peu plus électro. Le tempo du dernier album est moins rapide et l’ambiance est un peu plus cheap. Tout simplement parce que j’ai rencontré Samantha et par conséquent, je ne suis plus sorti en boîte tous les week-ends. Ma chérie et moi, nous étions sous le soleil et cette situation a impacté les compos. Même constat pour la voix. Lorsque je les réécoute, la coloration peut être, parfois, soit timide ou plus affirmée. Tout dépend des circonstances et du moment…

Cette pandémie a permis de se réinventer sur le plan artistique en réalisant des collaborations à distance, du live stream, etc. Comment l'as-tu vécue tant en qualité d'homme que d'artiste ?

Personne ne savait ce qui allait se passer. C’était une situation très étrange. Aucun d’entre nous ne connaissait l’ampleur de la menace. Tous les scénarios étaient donc possibles. Durant les deux ou trois premières semaines, je pensais que nous alliions mourir. J’ai vraiment eu très peur. J’avais l’impression que c’était la fin de l’humanité. Faire de la musique était devenu totalement secondaire, je me disais à quoi bon… Lorsque cette pandémie s’est déclarée, nous étions en pleine tournée. Je terminais la troisième date la veille. J’ai très vite mis à profit la période qui s’en est suivie puisque j’ai composé une musique de film. J’ai pu sortir un inédit aussi. J’ai joué pour un label qui s’appelle ‘Cercle’ où j’ai eu la chance d’accomplir un tournage sur une lagune au milieu de la jungle mexicaine. Je n’ai pas voulu accorder de ‘live stream’ tout simplement parce je sortais d’une résidence ou j’avais préparé un show avec une belle pyramide et des chanteuses ; et je ne me voyais pas rester dans ma cuisine pour y jouer de la guitare après cet épisode. Et puis, honnêtement, les morceaux ne s’y prêtaient pas. La seule entorse à ce principe, si je puis dire, s’est limitée au 6 juillet 2020, lors d’un concert donné depuis une péniche, sur la Seine. Il a été retransmis en direct sur ARTE Concert. J’ai ensuite préparé mon prochain disque. Je me suis donc occupé. Je ne voulais surtout pas m’apitoyer sur mon sort plus longtemps.

Quel est ton processus de création ? Est-ce que la contrainte suscite la créativité ou as-tu besoin d'espace de liberté ?

Je l’ignore, même après cinq albums. Parfois, l’inspiration me vient immédiatement, alors qu’à d’autres moments j’ai besoin de plusieurs mois de réflexion. Cela peut aller de six mois à un an. C’est un processus complexe. Parfois, je m’interroge quant à l’opportunité de me limiter à l’instru ou d’ajouter des voix. Si je doute et j’ai peur, c’est bon signe. Peut-être que lorsque tu stagnes dans un processus formaté, c’est le début de la fin.

Ta musique oscille entre le dansant et le planant sans opter franchement pour l’un ou l'autre. Pourquoi ce choix ? Ou devrais-je dire ce non-choix ?

C’est une attitude très naturelle chez moi en fin de compte. Je crois que de manière générale, il faut éviter d’intellectualiser le processus de créativité. Tout dépend du contexte dans lequel tu te trouves au moment de la conception des chansons. J’aime l’idée de pouvoir passer de l’un à l’autre. Pour être tout à fait complet, je me vois très mal faire un album au clic durant douze morceaux. Il est nettement plus intéressant de changer d’atmosphère et sortir de sa zone de confort. Je me suis par exemple essayé au rap, mais les morceaux ne sont jamais sortis parce que cette musique n’était pas suffisamment imprégnée en moi. Et paradoxalement, c’est un genre qui m’a toujours fasciné.

Tu as souvent raconté que ta musique était influencée par le cinéma. Sans le 7ème art, ton parcours artistique aurait été différent ?

Oui, le cinéma et les musiques de films constituent une grande source d’inspiration. Mais pas que ! D’une manière plus globale, je reste attentif aux situations, à la scène, aux répliques ou encore aux acteurs. Je vénère des gens comme John Carpenter ou Ennio Morricone. J’ai l’impression d’avoir grandi avec le cinéma. Il m’a éduqué. Un écrivain dont j’ai oublié le nom disait que les livres enseignent des choses que la vie ou les parents ne t’enseignent pas. On y apprend ainsi parfois à se tenir à table, à se comporter auprès des autres ou encore à s’habiller. Lorsque tu regardes un film, il existe ce mimétisme. C’est peut-être une attitude ou une manière de se vêtir. Delon, Belmondo, McQueen ou dans un registre plus contemporain DiCaprio et Brad Pitt sont des personnages fascinants. Mais, je n’ai pas leur style. Par contre, lorsque j’ai vu Charles Denner dans ‘L’homme qui aimait les femmes’, j’en ai conclu que son personnage collait tout à fait au mien. Je vais porter le blouson de cuir et la petite cravate et ce sera parfait.

« Lovers » maque un changement radical par rapport aux deux long playings précédents. Je pense ici à la fin de la collaboration avec Julia et l'expérimentation de nouvelles voix, mais également le chant en portugais. Peux-tu m’expliquer la genèse de cette nouvelle orientation ?

J’ai réalisé deux albums en compagnie de Julia. On a aussi pas mal tourné ensemble. Le duo fonctionnait bien. Son grain de voix un peu jazzy à l’américaine correspondait à merveille au son électro. Je souhaitais prendre une autre direction, tout simplement. Je suis parti à la recherche de nouvelles voix. Des voix différentes surtout car je ne voulais pas retrouver un équivalent à Julia. Celle d’Alizée, grâce à cet accent venu de nulle part de Français qui chante en anglais est intéressante. Sarah Rebecca est plus américaine que diva. Celle de Nassee est plus chaude, lorgnant sur le r’n’b. Ma rencontre avec Samantha a été déterminante par contre. Lorsque je l’ai rencontrée, elle m’a expliqué qu’elle était franco-brésilienne et qu’elle chantait en portugais. J’y ai vu immédiatement un nouveau territoire à explorer. C’était une opportunité destinée à enrichir ma musique.

Tiens, au fait, comment s'opère le casting des voix avec lesquelles tu collabores ?

C’est la rencontre qui crée l’opportunité. J’ai rencontré Julia en allant à New-York. J’y suis resté deux mois. Au départ, je m’y rendais simplement pour poser mes instruments. Je partais du principe que si des gens souhaitaient apporter leur collaboration ou me présentait des voix, je restais totalement ouvert. Lorsque des alternatives se présentent, à toi de les accepter ou les refuser. Par contre, lorsque j’ai rencontré Samantha, il n’existait pas de plans particuliers. 

Simon Henner (French 79) a coproduit l’elpee. C’est aussi ton guitariste en tournée, non ?

C’est avant tout un ami. Il est marseillais et nous nous connaissons depuis longtemps. Nos studios sont voisins. Nous nous voyons pratiquement tous les jours.

Certains admettent que la mouvance electro/pop – dream/pop dresse un pont entre les musiques du passé et une véritable modernité. Imagines-tu qu’elle puisse être perçue, comme le fossoyeur du rock’n’roll ?

Pas du tout ! La musique ne meurt jamais. Regarde, les Strokes sont revenus en 2000 alors qu’on les croyait morts (NDLR : il a repris récemment « I'll try anything once »). Il s’est produit un renouveau pour le rock dans ces années-là, qui s’est perdu et s’est à nouveau effiloché peu de temps après. Aujourd’hui, le rap et le hip hop envahissent les ondes. Doit-on pour autant penser que l’électro n’a plus sa place ? J’ai commencé à créer de l’électro lorsque j’ai découvert LCD Soundsystem. J’estimais intéressant ce mélange hybride de voix et de sons. Ils étaient au sommet. A l’époque, tout le monde voulait suivre ce courant musical. Maintenant, ce style peut sembler ‘has been’ parce qu’il y a ce clic sur tous les temps. Aujourd’hui, les gens apprécient PNL, Vald ou Romeo-Elvis. Ce sont des artistes qui remplissent les salles, les festivals et les charts. Pourtant le rock est toujours présent et rencontre encore son public. Tout à l’heure, on a assisté à un concert de reggae, accordé par Naâman ; c’est bien la preuve que tous les styles ont leur place auprès du public.

Aujourd’hui, on observe un retour à langue française chez pas mal de groupes (Grand Blanc, Flavien Berger, Paradis, Feu! Chatterton, Perez…) La fin de ce complexe, par rapport au choix de la langue de Voltaire, c’est une bonne nouvelle ?

Lorsque j’ai entamé ma carrière, j’ai opté pour l’anglais. Laetitia chantait en italien sur les deux premiers albums. En ce qui me concerne, je ne me voyais pas adopter une autre langue. Ensuite, je me suis intéressé au français. François and the Atlas Mountain, Malik Djoudi, Voyou ou encore Fauve ont sans doute tracé la voie. Cette mouvance est liée à l’arrivée d’internet. Lorsque j’ai commencé à acheter des disques, ma musique était assez pop-folk. J’écoutais Belle and Sebastian ou Granddaddy. Aujourd’hui, Internet et ses sites de streamlng ont permis de découvrir un vivier de chansons très éclectiques avec ses langues et ses influences différentes, parfois au sein d’un même album. Billie Eilish représente pour moi la photographie de la musique d’aujourd’hui. Cette artiste trouve son équilibre dans des morceaux qui vont du piano-voix à la musique électro. Un grand écart qui lui va à ravir.

Tu es d’origine marseillaise. Les étrangers parviennent difficilement à comprendre ce qu’est la belgitude. Comment la ressens-tu ?

J’adore les autochtones qui possèdent un caractère bien trempé. Comme les Italiens ou les Espagnols d’ailleurs. Tu sais, nous sommes ici en pleine effervescence à cause du déroulement de l’Euro et j’estime que lorsqu’on parle de foot ou de compétitions sportives en général, on ressent immédiatement la culture de la nation. Il existe en filigrane cette fierté de porter les couleurs de l’étendard national. Objectivement, des équipes comme la Belgique ou l’Italie peuvent aller jusqu’au bout des épreuves parce qu’il existe chez elles cette fierté. Nous avons pourtant la meilleure équipe sur papier, mais nous n’avons pas cet esprit d’union sacrée. J’ai toujours adoré la Belgique. Je me souviens très bien que lorsque j’ai visité Bruxelles la première fois avec un copain, j’étais sidéré par le nombre de petites rues et puis cette multitude de bars dispersés. Paradoxalement, il y avait un monde fou et pourtant, c’est resté très cool parce que les gens ne se la jouaient pas. Alors que généralement, dans les grosses métropoles, c’est tout le contraire, les gens sont souvent stylés. Moi, Marseillais, lorsque je me rends à Londres, New-York ou Paris par exemple, je me fais petit tout simplement parce je ne maîtrise pas correctement les codes et j’ai toujours l’impression de passer pour un plouc. Alors que chez vous, ce côté humain reste bien présent et on se sent immédiatement à l’aide dès les premières secondes.  

Les Belges et les Français se sont vannés sur le net dans le cadre du Championnat d’Europe de football. Comment analyses-tu cette rivalité bon enfant ?

Oui, c’est vrai, je dois bien l’avouer. La Belgique est un pays voisin, comme la Suisse, l’Italie ou l’Espagne. Nous nous considérons au centre de l’Europe géographiquement. Il y a aussi cette arrogance, cette fierté à la française qui nous colle à la peau, ce qui rend les choses encore plus détestables.

Je suis content de rencontrer un Français qui le reconnaisse. Parce que franchement, la plupart des Belges te diront la même chose des Français …

L’arrogance française, c’est ce qui fait notre légende en fait (rires). Imagine, entre Marseille et Lille, la différence de mentalité qui peut exister. Finalement, c’est comme si nous étions face à deux pays différents.

J’adore en tout cas ton accent marseillais qui sent bon le soleil…

C’est vrai ? Tu sais on se moque souvent de mon accent. Comme celui des Toulousains et des Montpelliérains, d’ailleurs. Dès que tu passes Lyon, les gens se mettent déjà à rigoler de ton accent (rires)…


 

Tropical Fuck Storm

Deep states

Écrit par

Après avoir gravé « A Laughing Death in Meatspace » en 2018 et « Braindrops » l’année suivante, ce quatuor australien nous propose son troisième opus. Le line up de Tropical Fuck Storm implique Gareth Liddiard et Fiona Kitschin (ex-The Drones), Lauren Hammel (ex-High Tension) et Erica Dunndes (ex-MOD CON, Harmony et Palm Springs). Donc des musicos issus de la scène underground aussie.

Tout au long de « Deep states », T.F.S. recycle (post et art) punk, garage, psychédélisme, delta blues, noisy, hip hop, r&b, new et no wave ainsi que funk avant de nous régurgiter une solution sonore étrange, mais particulièrement originale. Au fil du sillon on pense successivement à The Birthday Party, Royal Trux, Tom Waits, Talking Heads, Captain Beefheart, Wu-Tang Clan, Tuxedomoon ou encore Missy Elliot. On y rencontre même des mélopées arabisantes sur « Bumma sanger » et « Suburbopia », morceau que chantent en duo Erice Dunn et Amy Taylor, la frontwoman d’Amyl & The Sniffers. Et le tout est parsemé de collages qu’on pourrait qualifier de dadaïstes…

Mais le plus impressionnant procède de cette habileté à laisser filtrer les mélodies à travers les différentes textures de l’expression sonore. A l’instar de « The greatest story ever told », morceau qui ouvre le long playing, et dont l’accroche palpable s’inscrit dans le refrain lyrique. Ou encore de « New Romeo agent », qu’interprète Erica d’un timbre aussi élégant, limpide qu’harmonieux. Parce que la voix de Gareth se révèle, la plupart du temps, gutturale. Encore qu’elle devient aussi empathique que celle de Blaine Reininger sur « The donkey », piste dont le final s’enfonce dans des stridulations noisy dignes de Sonic Youth. Ou alors adopte un phrasé hip hop, comme sur le punk/funk « G.A.A.F. ».

Pour T.F.S., nous vivons dans un monde en perdition où le bizarre est devenu la norme et c’est cette impression qu’il cherche à refléter à travers sa musique, mais aussi ses textes acérés, satiriques et polémiques, quelquefois proches du délire, mais surtout propices à une réflexion sur les conséquences de l’impérialisme américain sur de nombreuses régions de la planète.

Maintenant, oui, ce n’est pas une œuvre facile à assimiler ; mais elle a au moins l’audace de la créativité…

Du grand art !


 
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