Fence n’en a rien à foutre…

Le combo rock limbourgeois Fence sortira son nouvel album, « Nobody Gives A Fuck », le 16 octobre 2026. Un titre qui laisse peu de place à l'imagination, quoique... Propulsés par un nouveau batteur, Wim Coppers, installé derrière les fûts, les musiciens de…

Le fossé à franchir par Snake Mountain Revival

« The Divide », le nouvel album du trio psychédélique indépendant américain Snake Mountain Revival, sortira le 23 octobre prochain. Formé sur la côte de Virginie à l’été 2017, Snake Mountain Revival est né de la rencontre entre des univers musicaux très…

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Afghan Whigs
The Cure

Girls In Hawaii

Il n’y manquait plus que Sitting Bull…

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Les ‘Summer Nights’ tirent doucement à leur fin. Après Axel Red, Hooverphonic ou encore Jasper Steverlinck, c’est au tour de deux groupes phares de la scène belge de se produire : BRNS (prononcez Brains) et Girls in Hawaii. Ils laisseront ensuite la place à Suarez le lendemain qui aura la lourde tâche de clôturer cette superbe édition.

Les concerts se déroulent une nouvelle fois au cœur d’un joyeux amphithéâtre bucolique, sis en pleine nature, au centre de la ville de Lessines, bourgade connue essentiellement pour avoir vu naître le célèbre peintre surréaliste, René Magritte, à la fin du XIXème siècle.

Ici aussi, il est question de surréalisme puisqu’en guise de tables, de vieux panneaux d’entrée d’agglomération ou de sens interdits ont été installés. Présentes aussi, de vieilles chaises dispersées ci et là ayant certainement eu la lourde tâche de supporter les popotins de calotins, jadis. Sans oublier quelques bancs conçus en palettes. Un confort rudimentaire, mais très à propos.

La scène enjambe curieusement le cours d’eau qui dort paisiblement dans son lit. Un contraste saisissant avec les pluies torrentielles qui se sont abattues encore il y a quelques jours sur le pays.

Point négatif de cette soirée, la fraîcheur automnale qui a plombé ce mois d’août. Pourtant quelques extraterrestres se promènent en t-shirts et pantacourts.

BRNS assure le supporting act. La naissance du band est plutôt cocasse. C’est à la suite d’un nouvel-an arrosé qu’Antoine Meersseman (basse/chœurs) et Tim Philippe (batterie/chant) décident de créer un projet commun. Diego Leyder (guitariste) et César Laloux (multi-instrumentiste) les rejoignent peu de temps après.

Depuis, Laloux s’est lancé dans une nouvelle aventure (Mortalcombat) en compagnie de Sarah Riguelle (Italian Boyfriend).

Quant à Antoine, il s’est lui aussi échappé du groupe, en incarnant le corps et l’esprit de Paradoxant, le temps d’une parenthèse.

Caractérisé par le drumming tentaculaire de Meersseman (qui frappe de la main gauche sa Charley ; ce qui trahit très vraisemblablement son absence de formation académique), ce nouvel espoir de la nouvelle génération noir-jaune-rouge avait marqué les conduits auditifs au fer rouge, lors de la sortie de l’excellent « Mexico », en 2012.

La musique de cette jeune formation est difficile à cataloguer ; hybride à souhait, parfois pop ou rock, elle est alimentée par des rythmiques complexes et non conventionnelles, mais est également épicée d’une dose judicieuse d’électro.

Certaines sonorités effleurent le psychédélisme, pourtant pas vraiment représentatif de l’esprit du groupe. Il faudra alors attendre des compos comme « My Head Is Into You » (« Patine 2014 »), « Money ou Suffer » (dont le clip est à découvrir ici) pour retrouver les fondamentaux du combo.

« Get something », servi en guise de teaser, annonce un nouvel opus qui devrait voir le jour en octobre.

Les puristes regretteront l’absence de « Clairvoyant » (NDR : issu de « Wounded », un Ep sept titres paru en 2013) au cours duquel riffs de guitares et beats syncopés tourbillonnaient, sans jamais s’y perdre, autour de la voix particulière de Tim.

Trente minutes, c’est trop peu. Un laps de temps qui ne permet pas d’évaluer le potentiel artistique du groupe.

On a toutefois compris que la détermination de BRNS résulte d’une volonté de s’éloigner de la banalité, l’expression sonore se révélant moins pop que chez les Girls. C’est ce qui rend de toute évidence l’écoute moins abordable pour le public lambda.

Au tour des Girls in Hawaii de monter sur les planches. Ils (oui, ce sont des hommes) se sont produits ici en 2002 en première partie de Dead Man Ray.

Ce concert amorce une grande tournée. Une mise en condition en quelque sorte. Et pour s’y préparer, le combo s’est vu proposer de passer cinq jours en résidence dans l’enceinte de l’ancien hôpital. Avec pour seul objectif de balayer ces longs mois de douleurs et de sacrifices au profit d’une musique à l’énergie rayonnante.

Il est 21 heures lorsque les premières notes d’« Organeum » retentissent. Un titre issu de l’album « From Here To There » qui marque le début d’un show aux allures de ‘best of’. La setlist naviguera de tubes en tubes, l’ensemble de la carrière du quintet étant passée en revue pour le plus grand bonheur d’une foule qui s’est pressée ce soir malgré les incertitudes de la météo.

Antoine, au chant lead, la voix légèrement éraillée, possède une identité vocale très singulière, mise en exergue sur « No dead ». Sa rythmique syncopée et ses chœurs viennent lécher encore un peu plus ce tableau arc-en-ciel. Aucun doute, le groupe n’a rien perdu de sa logorrhée musicale.

Si Lionel jongle entre chant, piano et guitare, Antoine, multi-instrumentiste, alterne guitare et clavier selon les titres avec une facilité déconcertante, comme sur ce « Walk », ersatz de marche militaire lunaire, tout droit venu du petit dernier « Nocturne », né en 2017.

Davantage électronique, cet opus recèle quelques pépites dont « This Light » qui, malheureusement, ne figurera pas dans la setlist. Qu’importe, « Indifference » et ses loops synthétiques martelés en guise de refrain font rapidement oublier cette déception personnelle.

A contrario, « Time To Forgive The Winter » constitue la bonne surprise. Un titre qui n’a plus été interprété depuis longtemps. La précision du jeu des uns et des autres prouve une fois encore que ces quelques mois d’inactivité ont été mises à profit pour partager un spectacle qui restera gravé dans les mémoires des Hennuyers.

L’atmosphère s’échauffe inexorablement. C’est alors que le batteur s’enivre avec charley, ride, caisse claire et grosse caisse sur l’entraînant « This Farm Will End Up In Fire ». Une chanson où la tessiture vocale du singer ressemble par moment à cette de David Bartholomé (Sharko), un autre artiste belge.

Ses comparses profitent de cette ambiance survoltée pour laisser libre cours à une folie passagère ou têtes et membres inférieurs communient ensemble, laissant apparaître un spectacle étrange entre mouvements saccadés et danse de sioux, prêts à déterrer la hache de guerre…

C’est à ce moment qu’une horde de fans sauvages s’abandonne sur le devant de la scène, passant du mode statique au comportement hystérique, bravant honteusement les interdits encore de mise dans le cadre de cette crise sanitaire.

Les uns entraînant les autres, c’est une bonne centaine de badauds, qui, animés par cette envie de danser, campent en front stage. Un effet de masse qu’on ne peut plus maintenant maîtriser. Bref, au sein de cette tribu, il n’y manquait plus que Sitting Bull…

« Bees and butterflies » réfrène quelque peu cette folie collective. Un morceau d’une douceur âcre et mielleuse où la chacun des membres conjugue le refrain.

Généreuse à souhait, la clique a souhaité faire profiter d’un tout nouveau morceau en forme de teaser dans la lignée parfaite de son univers musical. Et si cette exclusivité cachait la sortie prochaine d’un nouvel album ?

Le grandiloquent « Misses » rappelle, quant à lui, oh combien l’ombre de Denis Wielemans qui militait derrière les fûts et décédé tragiquement d’un accident de la route en 2010, plane encore dans l’esprit de son frère Antoine. Le deuil durera deux longues années. Une longue période au terme de laquelle naîtra le gargantuesque « Everest » et son légendaire « Switzerland » où l’électro et le piano s’allient parfaitement au service de la chanson.

Des sommets, il y sera encore ; et notamment cet hommage rendu à l’alpiniste George Herbert Leigh Mallory (« Mallory’s Heights ») aperçu pour la dernière fois le 8 juin 1924, sur la crête nord de… l'Everest…

Un set tout en beauté qui se clôture par « Rorschach » sous un flot de guitares salvatrices.

« Found in the ground », « 9.00 AM », et « Flavor » (réclamé par le peuple) et son intro répétitive à la basse marquent un retour en guise de rappel bien trop court.

Une fin de set où Antoine reste prostré, genoux au sol et la tête entre les mains, complètement absorbé par les sons incantatoires de ses comparses.

GIH a prouvé ce soir qu’il reste l’un des groupe phares et incontestable de la scène indé-pop musicale belge grâce à un show très inspiré et une véritable ode à la liberté. Un retour à la vie après une longue période de doutes et d’incertitude.


 

Tars

Juste le temps d’accrocher, et c’était terminé…

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Au Zik-Zak, c’est le denier concert de la saison soumis aux règles sanitaires qui exigent distanciation sociale, jauge réduite à 200 spectateurs et masque lors des déplacements. Le tout prochain libèrera le public de ces contraintes. En espérant que la page soit définitivement tournée.

Ce soir, Tars est à l’affiche. La formation wallonne a publié son premier elpee, « 90% of Honesty », en 2019. Il s’agit du projet satellite du multiinstrumentiste, producteur et ingénieur du son, Damien Polfliet. Le band pratique une forme de métal instrumental et ténébreux qui ne concède guère de parties vocales ou alors à partir d’une machine. Du stoner qui frôle parfois l’univers de la prog…

Peu de lumières pour éclairer les musicos. Un drummer (Geoffrey ‘Cho’ Jamar qui remplace Cyril Wilfart). Trois guitaristes (Damien, Roland Orban, Christophe Davenne) et un bassiste (Amaury Chavepeyer). Un claviériste devrait enrichir le line up, dans un futur plus ou moins proche.

Les trois gratteurs entrent constamment en duel. Ils possèdent, cependant, une excellente technique. Et en parfaite synchro, la section rythmique fédère, en quelque sorte les compos. Parfois l’expression sonore semble hantée par Metallica ou alors un combo viking. Néanmoins, elle n’est pas de nature à glacer le sang. Elle libère même une certaine fièvre, notamment lorsque l’électricité s’aventure dans le psychédélisme réminiscent des 70’s. Mais tout en conservant un fil mélodique. Le combo est bien en place, mais peut-être un peu trop…

Comme prévu, pas de chant, mais une voix ‘off’ lors de l’intro et sur « Endurance », le morceau qui ouvre réellement le set. Le volume sonore a littéralement soufflé les premiers rangs, mais près de la table de mIxage, là où votre serviteur à l’habitude de se planter, il était excellent. Enfin, on regrettera la brièveté du concert. 45 minutes ! Juste le temps d’accrocher, et c’était terminé…

Dans le cadre du Concours Circuit, Tars se produira au Botanique le samedi 4 décembre 2021.

Setlist : « Intro », « Endurance », « Murphy », « Gargantua », « Cooper », « Panger1- I’M Not Afraid », « Miller’S Planet », « Ranger 2- Hello Case », De Mann », « Tessecact », « Outro » 


 

Saule

Fédérer pour ne pas être Saule au monde…

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La quarantaine, quinze années de carrière et cinq albums derrière lui, Baptiste Lalieu s’est imposé auprès du grand public grâce à « Dusty Men », un titre qu’il a interprété en compagnie de Charlie Winston, en 2012.

Dans le cadre du (presque) festival ‘Ceci n’est toujours pas LaSemo’, l’artiste s’est prêté à l’exercice d’une interview qui s’est rapidement transformée en conversation à bâtons rompus, loin du tumulte des caprices météorologiques dignes de l’automne, puisque celle-ci s’est déroulée dans le salon cosy de l’ancien Château.

Issu de la nouvelle chanson française, ce rebelle et rêveur est venu défendre son dernier opus, qui a reçu d’excellentes critiques.

Si Saule reste un des rares chanteurs à fédérer autant en brandissant pour seule arme un réel amour de son art, il reste toutefois accessible et humble malgré ce succès en augmentation constante.

Décryptage !

Saule, la quarantaine, quinze ans de carrière, « Dare-Dare », est-ce l'album de la maturité ?

A chaque album, on me dit que c’est l’album de la maturité. Je dirais plutôt qu’il s’agit d’un accouchement qui a été plus long que les autres. Outre la problématique du Covid, il y avait cette volonté de ne pas s’installer dans la routine. Comme tu l’as très bien résumé, après 15 années de carrière et 5 albums derrière moi, je n’avais pas envie de me caser dans un truc ‘plan plan’. Je me suis enfermé en studio à Paris et on a enregistré 12 titres. Lorsque je suis sorti de là avec ce que l’on appelle les mises à plat, c'est-à-dire les pré-mixes, je n’étais pas satisfait du tout du résultat. J’étais pourtant entouré d’une super équipe composée de mes musiciens et de Nicolas Quéré du studio La Frette. C’est lui qui a réalisé l’album. J’avais entamé celui-ci en compagnie de Babx, un artiste français que j’admire. Charlie Winston était venu également mixer quelques titres comme il l’avait fait précédemment pour l’album « Géant ». J’avais l’impression d’une redite ou d’avoir déjà exploré certaines pistes. J’ai ressenti le besoin d’avoir une excitation. Je suis allé voir mon label pour leur annoncer la couleur.

Quelle a été la réaction du label ? J'imagine que ce genre de situation leur a coûté un pont ?

La grosse panique évidemment. On m’a fait remarquer que l’enregistrement avait nécessité des investissements et que la date de sortie du disque avait déjà été programmée. Mais au final, tout le monde m’a suivi. J’ai pu prendre mon temps. J’avais initialement demandé 6 mois et j’ai obtenu un an et demi, crise sanitaire oblige.

Sortir un elpee avant la rentrée, c’est un peu couillu quand même !

Le disque est sorti en juin. Mais, il va y avoir un tel embouteillage en septembre que je crois avoir pris la bonne décision. La presse a pu se concentrer presque exclusivement sur cet album. Pari gagné donc !

Tu as reçu le concours de pas mal d’invités pour cet elpee (Cali, Ours, Jasper Maekelberg de Balthazar, Antoine Wielemans de Girls in Hawaii, …) Qu’est-ce qu’ils t’ont apporté ?

Durant cette période de crise sanitaire, j’ai repris goût à la musique. J’en avais marre de cette dynamique marketing. J’ai donc contacté un tas d’artistes comme Puggy, Antoine Wielemans, Jasper Maekelberg, Cali, Ours, etc. Ces sessions ont non seulement donné naissance à de vraies compos, mais elles m’ont rendu l’envie et l’énergie de rejouer de la musique. C’est comme si on avait ouvert des vannes et que les chansons avaient coulé à flots. C’est donc un album dont je suis fier.

C'est une constante chez toi, un album n'est jamais identique au précédent. L'artiste aurait-il besoin de se réinventer à chaque album pour exister ? En d’autres termes, on a presque envie de dire que « Dare-Dare » est un condensé d'humeurs. Il passe du rire aux larmes. Certaines chansons plombent le moral alors que d'autres sont nettement plus joyeuses en proposant quelques duos comme tu viens de l’indiquer. Ces chansons représentent-elles des tranches de ta vie, entre enthousiasme et tristesse ?

J’avais abordé précédemment des thématiques comme la rupture par exemple. Je voulais passer à autre chose. Je pense à la chanson « Je suppose » où je n’avais pas l’impression que cet angle avait été déjà abordé dans la chanson française. C’est l’histoire d’un couple séparé qui se met à supposer tout ce que l'autre est en train de penser. Je trouvais l’idée intéressante. L’amour a été abordé des milliers de fois. Ce qui m’intéresse, c’est l’angle de vue différent que l’on peut proposer. Il y a dans cet album des chansons qui traitent de la rupture ou le sentiment de désolation amoureux, mais sous un angle non encore exploité jusqu’à présent. Il y a aussi des sujets positifs comme « Regarde autour de toi ». Il est important d’amener de la lumière aux gens. Ils en ont un grand besoin. Certains s’interrogent au sujet du duo avec Alice on The Roof ou encore du morceau « Dans nos maisons », qui a pas mal tourné en France ; parce qu’ils ne figurent pas sur l’album. Je n’avais pas l’envie de produire un disque estampillé Covid. L’idée est que « Dare-dare » puisse traverser le temps et que l’on s’en souvienne dans 4 ou 5 ans comme un disque à part entière. J’espère de tout cœur que mes chansons resteront indémodables, mais que le Covid lui le sera …

Un des titres qui m'a le plus touché est « Marta Danse ». Il raconte l'histoire d'une vieille dame, Marta Gonzalez, atteinte de la maladie Alzheimer. A l'écoute du « Lac des signes » elle se remémore les gestes qu'elle exécutait lorsqu’elle était danseuse étoile. Comment t'est venue l'idée de cette chanson ?

Je suis tombé sur cette vidéo qui a pas mal tourné sur les réseaux sociaux. J’ai été très ému en la découvrant. Lorsqu’une émotion me touche, très vite les paroles suivent. Je ne calcule pas. C’est une réponse à cette émotion. Ce texte était écrit depuis un moment. Il traînait dans une farde parmi d’autres compos. Je travaille parfois sur des instrus et l’idée d’une valse m’a traversé l’esprit, en pensant à Tim Burton. L’alchimie a fonctionné immédiatement, j’ai chanté sur la mélodie et « Marta Danse » est née. Je pense que ce morceau évolue dans le même esprit que « Madame pipi » issu de mon premier album.

La chanson « Rebelle rêveur », vient d’un test de personnalité pour orientation professionnelle. Ce sont les deux personnalités type sur les six possibles qui ressortaient en ce qui te concerne. Si les gens connaissent ton côté rêveur, on a dû mal à t'imaginer rebelle.

C'est quelque chose qui est ressorti du test, effectivement. Je me rends compte quand même qu’à 43 piges, je suis moins nounours et moins gentillet que ce qu'on voudrait bien croire. Avec l’âge, j'apprends de plus en plus à dire non. J’ai des coups de gueule comme tout le monde, mais surtout, aujourd’hui, je les assume. Lorsque j'étais plus jeune, j'avais toujours cette obsession de plaire au plus grand nombre. Je voulais que tout le monde me trouve super. C’est un truc d’ado, mais qui est resté parce que je suis un ado retardé. Il est important d’exprimer ses opinions. C’est le côté rebelle. Cet état d’esprit colle aussi parfaitement à celui du rêveur. Tant que tu n’emmerdes pas le rêveur, tout se passe bien. A partir du moment, où tu lui mets des bâtons dans les roues, il doit défendre sa part de rêve. En résumé, il ne faut pas m’emmerder…

OK, le message est passé ….

Tu as compris, c’est bien (éclats de rires).

Dare signifie « Oser ». Que pourrais-tu faire par amour de la musique ?

Beaucoup de choses, je pense. Mon parcours me l'a prouvé jusqu'ici. Surtout me mettre en danger. Il est vrai que sur cet album, il y a énormément de prise de risques. Franchement, je ne suis pas convaincu que les gens s'en rendent compte à la première écoute. A titre d’exemple, je chante plus dans les basses, j’ose des reprises complètement insensées comme « Les démons de minuit ». Je peux te dire que lorsque tu t’attaques à un morceau des années quatre-vingt que ton tonton écoutait cravate sur la tête à un mariage alors qu’ici je propose une version en mode Johnny Cash, il faut oser tout de même. Plusieurs personnes m’ont aussi avoué que l’album avait des consonances à la Alain Bashung. Donc, oui, j’assume ce côté osé. On pourrait même y ajouter Joséphine, ça donnerait ‘Dare dare Joséphine’ (rire).

On aime t’entendre parler de musique avec une telle persévérance. Ce rêve de musicien te poursuit-il depuis l’enfance ?

Dès l’âge de 8-9 ans, j’ai eu envie de devenir musicien suite à une fête de famille. Je me suis surpris à chanter. J’ai vraiment le souvenir de voir toute ma famille bouche bée. C’était la première fois de ma vie que je vivais le regard émerveillé d’autrui. C’est un souvenir de môme qui ne m’a jamais quitté. Mon cousin m’avait même proposé d'intégrer son groupe et d’aller répéter les jeudis soirs. Ma mère évidemment ne me prenait pas au sérieux. C’est marrant parce que je crois qu’à partir de ce jour-là, mon destin prenait forme.

« Dusty Men » est devenu un phénomène presque par accident puisque cette chanson au départ n'était pas destinée à devenir le single de l'album « Géant ». Ne t'es-tu pas dit, à un certain moment, que ce titre était susceptible de t'enfermer dans une zone de confort dans laquelle tu aurais du mal de sortir ?

Lorsque j’ai composé cette chanson, à aucun moment je n’ai fait d’étude de marché. Jamais, je ne me suis dit ‘Tiens, je vais mettre des cowboys, ce sera sympa’. Ce succès a été le fruit du hasard. Je connaissais Charlie. Peu de gens le savent, mais il a produit l’album « Géant ». Musicalement, il a mis en forme l’intégralité du disque. A la base, ce duo ne devait pas exister. Les choses doivent rester spontanées pour conserver une certaine fraîcheur.

Cette crise sanitaire a été catastrophique pour le monde de la scène. En quelque sorte, les artistes ont été privés de leur raison d’être. Comment te sens-tu aujourd’hui ?

L’été dernier, j’avais déjà eu l’opportunité de me produire en ‘live’. Covid oblige, les concerts étaient organisés devant de petites jauges. Il y a donc un an que je n’avais pas ressenti ce plaisir de monter sur les planches. J’ai accordé un concert test, il y a deux ou trois semaines à Louvain-la-Neuve. On a joué les deux premiers titres, ensuite le public s’est mis à applaudir durant une minute. L’émotion a commencé à m’envahir et je n’ai pu retenir les larmes. Je me suis rendu compte de l’importance de la liberté. La scène constitue un trait d’union entre le public et les artistes. C’est ce que l’on appelle un art vivant et en ce qui me concerne, j’ai mal vécu cette tragédie. Je me mets aussi à la place du public. Je voulais emmener ma mère assister à un concert au cirque Royal, mais il a déjà été reporté à trois reprises. C'est quelque chose dont on a vraiment besoin. Pour répondre précisément à la question, bien évidemment que c’est quelque chose qui m'a beaucoup manqué. Le fait d’être là aujourd’hui revêt une importance toute particulière.

La liberté n’est pas encore totale. Des quotas sont mis en place, les conditions sanitaires restent strictes, le port du masque est obligatoire et la distanciation sociale devient la norme. Comment plaire aux médias et au public dans de telles conditions ? C’est presque mission impossible …

Ecoute, ça se passe très, très bien. J’ai été assez touché de bénéficier des faveurs des journaux télévisés de RTL et de la RTBF. A la sortie de l’album, la presse écrite a été très positive dès la première semaine. Tous les médias étaient unanimes pour dire qu’il s’agissait du meilleur album de Saule en ajoutant trois ou quatre étoiles sur chaque papier. J’ai eu tellement de doutes sur ce disque. Spielberg affirmait que l'intuition, c'est une petite voix qui murmure, ce n’est pas un parlophone qui hurle. Avoir écouté cette petite voix qui disait non, c'est pas bien, tu peux faire mieux, me réconforte au plus haut point. Le plus beau cadeau qu’on a pu me faire, ce sont ces retours aussi élogieux.

On le sait moins, mais tu as tourné dans ‘Une part d’ombre’, un long métrage réalisé par Samuel Tilman. As-tu l’intention de poursuivre une carrière sur le grand écran ?

Suite à cette expérience cinématographique, j'ai reçu des propositions, surtout pour le théâtre. Tourner dans un petit film resterait encore compatible avec ma carrière musicale. Cette pièce de théâtre aurait nécessité un mois et demi de répétition et un mois de représentation, sans le lundi, jour de relâche. Ce qui aurait impacté négativement ce pour quoi je suis fait, c’est-à-dire, la musique qui reste quand même ma vocation principale. Néanmoins, je ne ferme pas la porte, mais je ne l'ouvre pas non plus. Je ne suis pas à la recherche d’un rôle à tout prix. Si on vient m’en proposer un, c’est tant mieux ; si pas, tant pis. Ce n’est pas une fin en soi, bien que cette expérience restera gravée dans ma mémoire. J’aimerais, par contre, participer à l’écriture d’un scénario avec Samuel Tilman et Fabrizio Rongione dans lequel je pourrais éventuellement obtenir un petit rôle. Mais, mon souhait majeur serait de me charger de l’habillage musical. J'ai touché à un peu à chacune de ces disciplines, mais je n’ai jamais eu l’occasion de m’investir dans les trois à la fois. J’aimerais être à l’origine d’une histoire, me charger de son exploitation et de la post-production musicale. Faut-il encore déterminer le sujet ou l'angle intéressant afin d’y parvenir.

‘La magie’ est un livre que tu adules et qui traite de la gratitude. En résumé, plus on dit merci dans la vie, plus de belles choses vous arrivent. A contrario, plus on peste, plus des choses négatives vous tombent dessus. Continues-tu à écrire, au quotidien, 10 préceptes pour lesquels tu dis merci.

C'est effectivement toujours le cas. C’est devenu maintenant un rituel que j’ai encore observé ce matin. A vrai dire, je ne l’avais pas pratiqué depuis deux ou trois jours et j’ai senti que quelque chose n’allait pas. Sincèrement, c'est comme une espèce de gymnastique intellectuelle et de l'âme à la fois parce qu’elle te permet de chercher de la gratitude tous les jours et se dire ‘Tiens, qu'est ce qui s'est passé hier et à qui je peux dire merci pour ce qui s'est passé ?’. Encore, hier, j’ai participé à un concert organisé à l’arrache au Conte de Chiny. Je me suis retrouvé seul, guitare-voix, devant un parterre de 150 personnes. Et là, surprise, on m’a offert un saule en bois orné de petites lampes au néon. Je suis arrivé sur un tapis et lorsqu’elles se sont allumées, j’étais vraiment très touché. J’ai encore dit merci ce matin pour cette belle attention et à toutes ces personnes qui sont venues m’écouter. Il faut bien se rendre compte que, dans la période que nous traversons, acheter des billets, assister à un concert et soutenir des artistes, est devenu un acte de bravoure presque militant, civique et culturel.

Si tu devais te définir en un seul mot, quel serait-il ?

Fédérer ! La musique est la plus belle arme pour fédérer. Dans le cadre de cette tournée, on invite des artistes qui ne sont pas connus à monter sur scène avec nous. Ça permet de créer une dynamique. On ne le fait pas lorsque nous nous produisons en festival comme ici, mais plutôt en caravane comme dernièrement à Strépy-Thieu. J’invite aussi une association qui a œuvré dans la ville. On place un canapé VIP devant le podium et on convie 2 personnes à assister à la prestation. Ce sont donc nos invités d’un soir. Ce qui permet à ces associations de se faire connaître.

Par exemple, lorsque je me suis produit à l’Envol, je me suis lié d'amitié avec toute l'équipe. On a réalisé une ‘release party’ aux ascenseurs de Strépy-Thieu. L’équipe est venue nous aider à construire les décors. Les liens sont tellement forts que l’on pourrait les comparer à la famille. Et celle-ci ne cesse de s’agrandir parce que l’on croise des gens en route et qu’on les embarque et ainsi de suite. C’est le point de départ de belles histoires.

Dès lors, si tu devais là maintenant remercier des artistes, quels seraient-ils ?

Plein ! Depuis le début de ma carrière, j'ai fait de belles rencontres. Je pense notamment à Dominique A, qui m’a toujours soutenu dès mon premier Ep 4 titres. Honteusement, je dois l’avouer, je ne le connaissais pas. Charlie Winston m’a aussi énormément apporté. Je dirais encore Cali qui participe à l’album. Lio qui a été ma marraine et m’a assuré de son soutien sans faille. Matthieu Chedid m’a souvent sollicité pour des collaborations. Il m’a coaché en me communiquant des conseils précieux. C’est une démarche à laquelle je ne peux rester insensible évidemment. Lorsque des gens s’intéressent à ce que tu fais, c’est forcément gratifiant. Cette démarche étant sincère, sans aucune idée de calcul. Enfin, il y a aussi un tas de personnes moins connues qui ont jalonné ma carrière. Je suis conscient de la chance que j’ai eue…

Photo : Valérie Lecat

Asaf Avidan

Si tu veux l’arc-en-ciel, tu dois supporter la pluie… (Dolly Parton)

Écrit par

Site éphémère, l’Arena 5 est planté sur le Plateau du Heysel, juste devant le Palais 5. Bel espace en plein air (pas sous chapiteau, malheureusement), mais un peu vide quand votre serviteur débarque à 18h30 pour s’installer près de la table de mixage, sur une chaise numérotée. Pas de panique, l’endroit va se remplir progressivement, malgré la pluie qui retarde l’arrivée des spectateurs…

Etablie à Bruxelles, Valkø est une artiste aux multiples facettes. Tour à tour actrice, chanteuse, musicienne, violoncelliste, cette auteure/compositrice à la crinière rousse s’inscrit dans la lignée des grandes dames de la pop que sont Kate Bush, Beth Gibbons ou encore Alison Goldfrapp. C’est son deuxième Ep, « This Kind of Game », mixé à Londres par Max Prior, assistant de Craig Silvey (Arcade Fire, Portishead, Goldfrapp, The PeeChees, Anna Calvi, Florence & The Machine), qui va permettre à Valkø d’imprimer sa griffe, à travers un son ‘british’ bien particulier.

Sur les planches, elle est soutenue par un trio réunissant le (contre)bassiste Nicholas Yates, le guitariste Pieter Peirsman et le drummer Patrick Dorcéan. Comme il pleut à verse, les claviers placés devant la vocaliste sont protégés par une bâche de couleur noire.

Le set s’ouvre par « Silence in The Dark ». Non, ce n’est pas une cover de Curses, mais une compo originale. Le (contre)bassiste tire parfaitement son épingle du jeu. Séverine semble ravie d’être sur scène ; et pourtant, pour l’instant, il n’y a pas grand monde dans l’auditoire. 

Tout au long de « Monster », une nouvelle compo, la voix est bien mise en exergue. Une voix dont l’amplitude est impressionnante. Elle peut se faire douce ou lancinante, et même évoquer tantôt Björk voire Thom Yorke. On aurait bien aimé danser sur la cover du « Can’t Get you Out Of My Head » de Kylie Minogue, mais vu la pluie qui refroidit fatalement les ardeurs et les mesures sanitaires en vigueur, c’est mission impossible…

Enfin, dommage qu’elle n’ait pas prévu « Strange Weather » (NDR : un titre qu’elle interprète sur disque, en compagnie de Nicola Testa) dans sa setlist, mais aussi qu’elle n’ait pas sorti son violoncelle. Elle craignait peut-être qu’il prenne l’eau…

Sans quoi, Valkø a surtout privilégié son nouveau répertoire, compos qui figureront plus que probablement sur son futur elpee. Elle se produira, en outre, le 23 octobre dans le cadre des Nuits Botanique, à Bruxelles. 

 

Setlist : « Silence in The Dark », « Heaven’s Door », « Monsters », « Get Lost », « Back Through The Maze », « The Mirror », « This Kind Of Game », « Can’t Get you Out Of My Head » (cover Kylie Minogue), « All I Ever Dreamed Of »

A l’approche de la quarantaine et après 10 ans de tournées non-stop, Asaf Avidan a décidé de prendre une pause pour réfléchir à son avenir. Cette prise de recul lui a été totalement bénéfique. Il en a d’ailleurs profité pour jeter les bases et écrire les chansons de son septième LP studio, « Anagnorisis », paru en janvier 2020, un opus enregistré entre Tel Aviv et l’Italie, et tout particulièrement dans une vieille ferme transformée en studio d’enregistrement. Pour vivre et écrire autrement, il a donc choisi la solitude. S’il puise toujours son inspiration majeure chez des artistes comme Léonard Cohen, Bob Dylan, Neil Young, Tom Waits et David Bowie, pour ce nouvel essai, il s’est frotté –et d’une manière inattendue– au hip hop des années 90, la pop moderne et le gospel…

Vêtu, comme d’habitude, d’un costume couleur moutarde, il monte sur le podium, suivi de son nouveau band. Un quatuor impliquant la claviériste/choriste Shelly Levy (NDR : une jolie claviériste aux cheveux blonds platine, qui s’installe sur une estrade), le drummer Yoav Arbel et le bassiste Adam Sheflan, également préposé aux synthés.

Le set s’ouvre par le groovy « Lost Horse », au cours duquel Avidan se sert d’‘une gratte électrique. Il opte ensuite pour une semi-acoustique tout au long de « 9000 Days ». Puis ôte sa veste, salue la foule et la remercie. Il semble heureux d’être sur les planches et le fait savoir. Le concert s’enfonce ensuite tantôt dans le blues ou le r&b. Ou alors le néo folk ou encore le gospel, lors des ballades véritablement déchirantes. Même que parfois, le spectre de feu Janis Joplin se met à planer. Six titres du nouvel elpee seront interprétés, le reste est majoritairement issu de l’album « Gold Shadow ».

Simple, attachant et sensible, Asaf fascine par son charisme, mais surtout pour sa voix. Il possède un grain totalement androgyne, capable de passer du falsetto particulièrement aigu au baryton le plus profond. Mais il est également capable d’emprunter un timbre enfantin ou alors carrément écorché. Une voix qui évoque même parfois celle d’Aretha Franklin, de BJ Scott ou de Tina Turner. Et puis, Avidan peut aussi compter sur la claviériste pour l’épauler. Elle excelle aux backing vocaux, un peu dans un registre gospel.

Tout au long d’« Anagnorisis », les claviers se chargent d’intensité… pourtant, et c’est étonnant, en fin de parcours, on entend des samples d’accordéon. Pourquoi pas… 

Circonstanciellement, des roadies apportent un piano sur le podium, trimballé sur une estrade à roulettes. Il est destiné à Asaf. Il arrive également au natif de Jérusalem de passer aux percus électroniques. Et il s’y révèle brillant.

Asaf revient seul lors du rappel, armé de sa gratte semi-acoustique, pour nous réserver « God Shadow ». Avant que sa formation revienne pour les deux derniers morceaux. Saignants et bien plus rock. « Earth Odyssey » rappelle que l’artiste voue un grand respect à son maître, David Bowie, même si ce morceau est bien moins morbide que le déprimant « Lazarus » … Et le concert de s’achever sur « I see her, don’t be afraid », suivi d’un long silence…

Bref, un chouette concert, mais face à un public pas assez réactif au goût de votre serviteur ; maintenant il faut reconnaître que ce temps pluvieux et venteux n’était pas de nature à déchaîner les passions…

Asaf Avidan reviendra en concert en Belgique, le 17 mars 2022 à l’AB.

Setlist : « Lost Horse », « 900 Days », « Different Pulses », « Green & Blues », « The Study On Falling », « Over My Head », « The Jail That Sets You Free », « My Tunnels Are Long And Dark These Days », « Bang Bang », « Anagnorisis », « The Labyrinth Song », « Reckoning Song », « Love It Or Leave It ».

Rappel : « Gold Shadow », « Earth Odyssey », « I See Her, Don't Be Afraid ». 

(Organisation : Greenhouse Talent)

Nicolas Michaux

Quelque chose ne tourne pas rond dans ce monde…

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Si Nicolas Michaux s’est fait connaître en drivant Eté 67, une formation qui a sévi de 1998 à 2002, il a depuis embrassé une carrière solo. Il a vécu quelques années à Bruxelles avant de rejoindre l’île de Samsø au Danemark pour des raisons familiales. Son deuxième album, « Amour colère », est paru en septembre 2020. Depuis, il n’a pas eu beaucoup l’occasion de se produire en ‘live’. C’était donc une belle opportunité de le rencontrer dans le cadre du (presque) festival Lasemo rebaptisé (forcément) pour l’occasion ‘Ceci n'est toujours pas LaSemo’, en raison des contingences liées aux mesures sanitaires encore d’application en cette période de l’année. Ce nouvel opus est moins pop que le précédent, un disque davantage orienté vers les années 60-70. La prise de risque est d'autant plus grande…

La musique que je produis est le reflet de ce que je vis. Le premier album était effectivement plus pop. Je l’ai réalisé lorsque je vivais à Bruxelles. Je m’étais entouré de musiciens établis dans la capitale. C’était une phase assez folle et urbaine de mon existence. C’était en quelque sorte un nouveau départ comme le titre éponyme d’ailleurs. Le son était clairement influencé par la scène pop bruxelloise qui s’est révélée entre 2014 et 2016. Le nouvel album représente une autre partie de ma vie. Sa couleur est donc naturellement différente. J’ai enregistré ce second opus à la maison, à Samsø très exactement, là où je vis la plupart du temps avec ma compagne et ma fille. Je dirais qu’il est plus intimiste et sans doute plus proche de mes racines originelles. Plus en adéquation avec les années 60-70 aussi. Ce sont mes références. Ces années m’ont guidé dans l’apprentissage de la musique. Raison pour laquelle le disque emprunte cette direction...

Dix nouvelles chansons, tantôt en anglais, tantôt en français. As-tu choisi de chanter dans ta langue maternelle pour communiquer davantage d'émotion ?

Je ne le pense pas. Chaque langue est susceptible de faire passer des émotions. Le Buena Vista Social Club et George Harrison travaillent avec le même matériau. C’est une discipline à laquelle les songwriters doivent se soumettre. Si j’avais dû parler une autre langue, j’aurais pris un plaisir identique à chanter. Je crois qu’il s’agit avant tout d’une question de moyens que l’on se donne. Avant, le seul outil à ma disposition était le français. Par la suite, la vie m’a amené à lire et parler davantage dans la langue de Shakespeare. Cette langue s’est peu à peu immiscée dans mes textes. Ce qui m’a permis d’élargir mon chant d’action. Mais finalement, les questions linguistiques ne sont pas très importantes.

« A la vie à la mort » était un disque davantage collectif et déstructuré. « Amour Colère » a suivi un processus plus personnel et direct. Cette volonté de sobriété traduit-elle une recherche d’authenticité ?

Lors de l’enregistrement du premier album, on appartenait à cette fameuse scène. Aussi, quand tu es en studio entouré d’une équipe, fatalement, elle t’influence et du deviens, quelque part, un porte-parole. Les chansons sont destinées à un collectif qui peut y voir une manière de s’exprimer. « Amour Colère » est un essai qui a été confectionné en mode ‘bedroom pop’. Hormis la batterie, j’ai joué tous les instruments. Je me suis aussi aidé de boîtes à rythmes. Morgan s’est ensuite chargé d’y mettre les frappes. Le processus est solitaire et donc plus personnel. J’espère néanmoins qu’il y a un peu d’universalité dans ce que je raconte parce qu’on passe tous par les mêmes épreuves et les mêmes bonheurs. Le côté porte-parole d’une scène est inexistant ici contrairement au disque précédent.

Il s'agit d'un opus sans artifice et sans fioriture. Une œuvre à la fois classique et complexe. Un minimalisme qui n’enlève rien à l’efficacité parce là où je constate que tu te démarques, c’est dans la sélection des mots simples et directs.

Merci ! Ce compliment me touche énormément. La composition et l’écriture de chansons constituent un travail proche de l’orfèvrerie. Mon arrière-grand-père, que je n’ai pas connu, était graveur sur armes en région liégeoise. Je l’imagine toujours en exécutant ce job qui exige précision et minutie. Je crois avoir hérité de cette maîtrise, mais dans mon domaine. Si Picasso a pu peindre ou Dylan écrire rapidement une chanson sur une serviette au restaurant pendant que tout que le monde parle, d’autres auront besoin de plusieurs années avant d’y parvenir. J’appartiens à la seconde catégorie. Ça me prend beaucoup de temps. Et je me pose beaucoup de questions. Mais finalement, il y a cette intemporalité. Je peux interpréter, ce soir, des chansons que j’ai écrites il y a dix ans. Mais surtout toujours réussir à les chanter en y croyant…

Le clip de « Parrot » (à découvrir ici) met en scène la bêtise des politiciens et des médias de masse à coup d’images violentes issues de manifestations réelles, qu’un montage malin transforme en chorégraphie absurde. L'artiste, aujourd'hui, a-t-il l'obligation morale de véhiculer des messages à la place des assermentés ou des intellectuels ?

Je pense que oui ! C’est une très bonne question ! Elle m’a d’ailleurs occupé l’esprit. Au mois de septembre, lorsque l’album est sorti, on vivait entre les deux confinements. On approchait la sortie du premier tout en ignorant qu’il y en aurait un second. On avait le sentiment, moi y compris, qu’on vivait dans une société malade. Même bien avant cette crise sanitaire. J’ai profité de la sortie du disque pour exprimer ma vision des choses par rapport à ce qui se passait. Je suis un peu sorti du bois. Ce clip montre des images de violences policières. La première partie met en évidence l’oppression dont nous souffrons et la seconde vise ces quelques mouvements qui s’opposent à cette chape de plomb. Ce clip est relativement engagé, je le reconnais. On m’a aussi proposé de réaliser l’édito du focus ‘Vif’. J’ai hésité pour finalement répondre favorablement. L’édito était lui aussi plutôt engagé. J’ai l’impression que la société est malade et que, peut-être, le Covid a permis cette prise de conscience. Si on ne connaît pas la maladie, on ne peut évidemment pas la soigner. On est maintenant un peu plus conscients qu’il y a un vrai problème et qu’il faut changer les choses profondément.

L’amour et la colère sont deux mots a priori opposés. Est-ce le signe de l’expression d’un artiste partagé entre l’appréciation de la beauté, de la nature, de la famille (ça c’est côté amour) et l’angoisse causée par l’actualité politique et écologique (côté colère donc) ?

Je pense que ces notions sont proches et qu’elles cohabitent. On possède tous deux faces, comme une pièce de monnaie. Personnellement, j’ai été traversé par ces émotions pendant la phase d’écriture. Je me suis rendu compte que bon nombre d’entre vivions entre ces deux pôles. C’est légitime ! En réalité, je n’ai pas grand-chose à dire là-dessus. Chacun interprète ce discours à sa manière. Mes idoles ont exprimé de l’amour et de la colère à travers leurs compositions, que ce soit John Lennon, Bob Marley, Bob Dylan ou Neil Young. En tant qu’artiste et auteur-compositeur, il est nécessaire de creuser ces deux axes.

Lorsque tu militais chez été 67, tu fonctionnais beaucoup plus à l’instinct et à l’énergie. Spirituellement, politiquement, artistiquement, énormément de sujets étaient déjà abordés mais ils devaient être raffinés. Ton projet solo t’a permis d’acquérir cette paix intérieure ?

Oui, a fortiori. Surtout par rapport à ce dont on parlait tout à l’heure dans le cadre de la représentation de la scène et du collectif. Sur « A la vie à la mort », il y avait un peu de ça. Lors de l’aventure d’Eté 67, c’était essentiellement ça. Il fallait parler au nom du groupe, faire des chansons qui lui correspondaient. Il fallait aussi penser à son l’évolution. Il y avait beaucoup d’exercices de style. J’étais au service du groupe. Depuis que je me suis lancé en solo, beaucoup de paramètres ont évidemment changé. A l’époque, le côté porte-parole du collectif était très fort. Dès lors cette situation limitait fortement ma liberté d’expression alors que dans le même temps j’apprenais le métier. Par contre, c’était une école magnifique qui m’a permis de me réaliser en tant qu’artiste.

Donc, le fait de poser tes valises au milieu du Danemark sur l’île de Samsø a eu une incidence sur la conception de « Amour Colère » ?

C’est une évidence ! Je dirais pour le côté assez sombre de l’album. Il y avait cette volonté de produire un disque assez nu et dépouillé. Samsø m’a influencé en ce sens. C’est un endroit qui ressemble à « Amour colère ». Il y fait intolérablement froid, pluvieux, gris et sombre à certaines périodes de l’année. Alors qu’à d’autres, c’est un jardin d’Eden où tout fleurit en quinze jours. Durant ces périodes, la lumière et l’air sont d’une pureté incroyable. On profite aussi des bienfaits de la mer pour s’y baigner. C’est donc à la fois un paradis et un enfer. Une bipolarité que l’on retrouve dans l’album.

Paradoxalement, si cette île est à la fois brute et organique et énergétiquement vertueuse, on y fait encore pousser certaines cultures grâce à des produits hautement toxiques. Une île finalement complexe, nuancée et paradoxale.

Oui, tout à fait. J’ai vécu à Bruxelles durant huit années pour ensuite me rendre au Danemark partir vivre à la marge des grandes villes pour finalement me rendre compte que les problèmes sont identiques. Des agriculteurs prônent le bio et essaient de lancer une coopérative et d’autres nagent complètement dans le business. Dans ce domaine là aussi, les luttes y sont farouches. 

Une parade à ton image ?

Oui. Je pense que nous sommes tous confrontés à des situations antinomiques. L’être humain est inconstant. Comme disait Héraclite, on ne se baigne jamais deux fois dans la même eau. C’est toujours vrai ! On n’est jamais deux fois pareils. Nos cellules se renouvellent sans cesse. C’est une lutte permanente… On évolue tous avec ces tensions.

La Belgique est un pays où s’épanouit un vivier musical hors du commun. Comment le plat pays est-il perçu au Danemark. Et sa musique ?

C’est une très bonne question ! Malheureusement, je ne suis pas le mieux placé pour y répondre. J’ai défendu mon album en Allemagne, en Angleterre, au Canada, aux Etats-Unis, en France, en Belgique et en Suisse, mais pas au Danemark. J’en ignore les raisons. Sans doute que je n’y ai pas encore mis le temps et l’énergie. Je pense que les gens pourraient s’y intéresser en toute humilité car il y a un amour très grand de la langue française. Je vis sur cette île comme un expatrié. Ostracisé même. Et puis, je crois que je n’ai pas envie de refaire ce que je fais ici. J’ai besoin de m’y sentir tranquille.

De ces voyages, qu’as-tu importé ? Et qu’as-tu exporté de cette culture belge ?

Très bonne question une fois encore. Je ne me considère pas comme un grand voyageur. Pourtant, c’est ce qui était indiqué dans la bio du premier album. J’ai accompli quelques voyages, certes, mais bien peu par rapport à d’autres. Je me rends compte, avec le temps, que ce ne sont pas les voyages qui me nourrissent le plus. Voyager peut s’avérer intéressant pour rencontrer des gens, mais il y a tellement d’autres moyens pour y parvenir. Pour l’instant, je circule entre le Danemark et Bruxelles. Par la force des choses, je suis devenu un navetteur européen. J’utilise le transport ferroviaire pour polluer le moins possible. Ces moments me permettent de faire le point. Je les vois comme des sas de décompression.

Tu cites régulièrement Dylan et Neil Young comme sources d’inspiration. Y-a-t-il d'autres artistes qui t’inspirent ?

Oui. Mais une telle sélection s’avère un exercice difficile car il y en a tellement. Je pourrais citer Serge Gainsbourg, Léo Ferré, Lou Reed, Marianne Faithfull, Buena Vista Social Club, les Beatles ainsi que les carrières solos qui ont suivi. Dans l’univers du cinéma, j’épinglerai Pialat, Tarantino ou encore Akira Kurosawa.

Nous vivons toujours dans la crainte du Covid. Comment as-tu appréhendé cette pandémie en tant qu’homme, mais aussi comme musicien ?

Sujet sensible…

En tout cas, j'imagine que les déplacements entre la Belgique et le Danemark ont été extrêmement compliqués….

Oui, effectivement ! En ce qui me concerne, j’ai été relativement peu impacté par le Covid. Je n’ai pas contracté ce virus à ce jour. Mes parents n’ont plus. Pour être complet, j’ai eu quelques craintes pour ma mère qui travaille dans un supermarché. Je me rends compte, avec le recul, avoir eu beaucoup de chance. Certains ont vécu des drames. J’en ai connu un aussi, sans être totalement convaincu de la relation de cause à effet… « Amour colère » prend encore ici tout son sens. C’est un constat désolant. Cette situation a permis à de nouvelles voix de s’exprimer et de se rendre compte que des choses ne fonctionnent pas… Lorsque j’avais 20 ans, en caricaturant un peu, on connaissait déjà le mouvement altermondialiste. La crise de 2008 a vu le capitalisme craqueler de partout. Le Covid a mis en évidence les travers de ce régime, même si évidemment cet évènement s’est produit de manière fortuite. Un tas de gens se sont retrouvés du côté noir de cette frontière invisible de la mondialisation. Cette frange de la population reste persuadée que cette crise a éclaté parce que quelque chose ne tourne pas rond. Ce courant est large et trouve sa source d’inspiration dans des cercles politiques et spirituels différents. Le mouvement éco-socialisme, dans lequel je me retrouve, a sans doute un peu plus de voix au chapitre qu’avant la crise sanitaire. J’espère sincèrement que des gens comme Bernard Friot, François Ruffin ou encore Frédéric Lordon auront davantage d’audience qu’auparavant. Même ceux qui appartiennent à la bourgeoisie ont le sentiment que les choses doivent maintenant changer vers plus d’écologie. Dans une direction plus juste, plus résiliente, plus durable et plus respectueuse de l’environnement. Et il y a peut-être un pont à établir entre les écolos bobos et la gauche marxiste altermondialiste qui jouit de davantage de crédibilité. La situation que nous traversons est ridicule, presque burlesque. Regarde, nous sommes en plein festival et nous portons tous des masques. Un business s’est développé autour de cette tragédie. Tout est source de fric : sauver la planète, bien manger, etc. Celui qui dispose d’agent a tous les pouvoirs. De plus en plus de gens se rendent compte qu’il est nécessaire de changer le monde...

The Rolling Stones

Décès de Charlie Watts, drummer des Rolling Stones…

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Le batteur des Rolling Stones, Charlie Watts, s’est éteint, ce mardi 24 août, à Londres. Il était âgé de 80 ans.

‘C'est avec une immense tristesse que nous annonçons le décès de notre cher Charlie Watts’, a indiqué dans un communiqué son agent, précisant qu'il était décédé paisiblement dans un hôpital de Londres plus tôt dans la journée, entouré de sa famille.

Un porte-parole de l'artiste avait déjà communiqué début août qu'il ne participerait pas à la tournée américaine du groupe, prévue cet automne, pour des raisons de santé. ‘Charlie a subi une intervention couronnée de succès, mais ses médecins estiment qu'il a besoin de repos’, avait indiqué cet agent à l'époque, sans autre précision.

Charlie avait rejoint les Rolling Stones en 1963. A l’instar de Mick Jagger et Keith Richards, Il était un des membres les plus anciens de la formation, au sein de laquelle ont également milité, parmi les plus notoires et pour des périodes plus ou moins longues, feu Brian Jones, Mick Taylor ou encore Bill Wyman.

Atteint d’un cancer de la gorge, il avait été soigné en 2004, à l'hôpital Royal Marsden de Londres, un combat contre la maladie qui avait nécessité six semaines de radiothérapie intensive.

Au début du mois d’août, son porte-parole avait annoncé que Charlie Watts ne participerait pas à la prochaine tournée américaine des Rolling Stones, car il était encore en convalescence.

Charlie avait mené une vie bien moins perturbée que celle des autres membres du groupe. Pendant qu’ils se distinguaient par les divorces, les addictions, les arrestations et les altercations, Charlie Watts, le taciturne, passait une vie sereine aux côtés de Shirley Shepherd, sa femme depuis 50 ans, et leur fille, Seraphina, dans leur haras pour chevaux pur-sang, en Angleterre.

Il a cependant vécu également une période de dépendance à l'héroïne et à l'alcool, au cours des eighties. Désintoxiqué, il avait assuré avoir complètement décroché.

Né le 2 juin 1941 à Londres, Charlie Watts est passé par le jazz avant de plonger dans le rock. C'est son voisin Dave Green qui l'y a initié à 13 ans. 30 ans plus tard, ils ont même fondé le quartet The A, B, C & D of Boogie-Woogie.

Autodidacte en batterie, le musicien a appris à jouer à l'oreille, en observant les drummers se produire dans les clubs de jazz londoniens. Il avait d’ailleurs avoué : ‘Je n’ai jamais fréquenté une école pour apprendre à jouer du jazz. Ce n'est pas ce que j'aime. Ce que j'aime dans le jazz, c'est l'émotion…’

Tout au long de sa carrière, il a développé, en parallèle des Rolling Stones, des projets consacrés au jazz. Il a enregistré plusieurs disques au sein de Charlie Watts Quintet puis Charlie and the Tentet Watts, un collectif réunissant la bagatelle de dix musicos.

Considéré comme le douzième meilleur batteur de tous les temps par le magazine Rolling Stones, Charlie reconnaissait en toute honnêteté avoir eu plusieurs fois envie de tirer sa révérence.

Après chaque tournée, il déclarait qu’il rentrait définitivement chez lui. Puis au bout de deux semaines, il tournait en rond et sa femme lui conseillait de revenir sur sa décision, car il devenait invivable...

Suite à cette disparition, le futur des Rolling stones est devenu incertain. Mais dans le passé, malgré les épreuves, le tandem Jagger/Richards est toujours retombé sur ses pattes. Maintenant, il leur appartiendra de retrouver un drummer aussi sobre et efficace que Mr. Watts. Ce qui n’est pas gagné d’avance !

RIP

Smiling

Devour

Écrit par

Avant d’opter pour le patronyme Smiling, ce groupe répondait au nom d’Annie Girl and the Flight. Il avait gravé un elpee éponyme en 2012, et un Ep trois ans plus tard. C’est donc dès 2016 que la nouvelle aventure a commencé. Pourtant, Il ne s’agit que du premier opus de Smiling. Faut dire qu’Annie multiplie les projets parallèles : Book of Eyes, un combo acoustique pour lequel elle écrit un bouquin destiné à accompagner sa musique, Premium Destiny, afin d’y dispenser de la dream pop et des musiques de films, et enfin le concept électronique Thirst.

« Devour », a été enregistré sur un 16 pistes analogique, en partie aux défunts Dock studios, là où Thee Oh Sees et Ty Segall, ont concocté bon nombre de leurs productions. Les autres sessions se sont déroulées au Hyde Street de San Francisco (NDR : il est devenu notoire pour avoir hébergé le Creedence Clearwater Revival) et au Coyote Hearing à Oakland ; c’est là que Sivan Lionclub (Everyone is Dirty) est venu enrichir astucieusement l’expression sonore de ses interventions colorées, mais jamais dramatiques, au violon.

Si Annie se réserve le leadership du band, elle a aussi pu s’appuyer sur son guitariste Josh Pollock, mais surtout sur John Baccigaluppi (Sea of Bees, 7 Seconds, Calexico, …) à la coproduction.

A l’écoute de cet opus, on ne peut s’empêcher de penser à la musique pratiquée au sein du mouvement Riot Grrrl qui a sévi au début des 90’s, et incarné alors par des groupes comme Blake Babies, Veruca Salt, voire Throwing Muses ou les Breeders (NDR : bien qu’ici, il n’y ait que la seule Annie comme membre féminin du band), mais qui auraient injecté du psychédélisme, du space rock et du shoegaze (My Bloody Valentine ?) dans son expression sonore, tout en n’hésitant pas à changer de tempo ou de le booster (« Devour », le titre maître), mais Smiling à le bon goût de préserver un sens mélodique particulièrement accrocheur. Enfin, on épinglera l’excellent « Take your time », au cours duquel un soin tout particulier a été apporté aux arrangements de cordes…

Pas mal du tout !

Modest Mouse

The golden casket

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Avant d’entamer les sessions d’enregistrement, Isaac Brock, le leader de Modest Mouse, avait déclaré qu’il sacrifierait ses parties de guitare pour enregistrer cet album, afin d’élargir l’espace de créativité. Mais au fil de ces sessions, elles sont revenues en force. Invité de marque, Johnny Marr est même venu donner un bon coup de gratte à « We are between », une piste enrobée de chœurs hymniques et dont la ligne de basse aurait pu être tracée par Simon Gallup. Outre l’instrumentation organique, le combo s’est également servi d’instruments moins conventionnels (banjo, marimba, mélodica), électroniques (synthés, boîte à rythmes) mais surtout insolites dont des percus cognées sur tout ce qui leur tombait sous la main...

Première constatation, caractérisé par ses arrangements luxuriants, l’elpee est parfaitement produit ; à tel point que parfois on se demande si ce n’est pas Brian Eno qui s’est chargé de la mise en forme.

A la limite du rap, la voix de Brock est souvent déclamatoire. Ce qui ne l’empêche pas de se muer en falsetto un peu à la manière des frères Mael chez Sparks ; comme sur le post punk « Walking and running ». Du post punk qu’on retrouve tout au long du vigoureux « Japanese trees ». Et dans le même esprit, « Fuck your acid trip » évolue sur un tempo mid new wave.

De cet LP on épinglera encore « We’re lucky », dont l’intensité monte en crescendo et se gonfle d’une section de cuivres. Puis « Wooden soldiers », un morceau qui s’ouvre dans une ambiance à la Tom Waits, puis vire à l’allègre (ces sifflotements) et invite même une pedal steel. Et enfin « Transmitting receiving », un manifeste anti-technologie caractérisé par sa mélodie et sa contre-mélodie ; une plage qui synthétise le thème de cet album qui met en garde contre les dangers d’Internet…

La Jungle

Fall Off the Apex

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La musique de La Jungle libère une énergie phénoménale. Que ce soit sur disque ou en ‘live’. Et ce depuis ses débuts… le tout avec des moyens qui pourraient être qualifiés de ‘limités’ : une guitare bien distordue, un casio et un kit de batterie. Ce qui n’empêche pas le duo montois, mais alors le moins du monde, d’explorer de multiples univers et de se faire plaisir... En effet, les cerveaux en ébullition de Mathieu Flasse et Rémy Venant ne se refusent rien : entre noise bien crasse, techno primitive, math-rock ou réminiscence krautrock…

Les idées se bousculent au portillon tout au long de ce 4ème elpee enregistré à Honfleur, en Normandie. « Fall Off the Apex » propage des incantations amérindiennes sur l‘hypnotique « Marimba », des rythmes technos mutants sur « Du Sang Du Singe », de la noise psyché sur « Le Jour du Cobra » ou déflagrent nos tympans sur les 14 minutes bien barrées du bien nommé et final « The End The Score » …

Un album bien jouissif !

Rum Tum Tiddles

It is a story

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« We Could Be Pirates », premier elpee de Rum Tum Tiddles, était paru en 2011. Dix années plus tard, la formation franco-britannique refait surface et nous propose son second opus.

Si les compos de « It is a story » sont fondamentalement folk/pop, elles ont bénéficié d’une multitude d’arrangements qu’une vingtaine de collaborateurs ont apportés, via l’échange de fichiers, mesures sanitaires oblige. Des interventions d’instruments à vent ou à cordes, des percussions, de l’harmonica et même des chœurs ont ainsi été intégrés dans l’ensemble, sous la houlette d’un véritable chef-d’orchestre ; en l’occurrence le producteur/mixeur/arrangeur/multi-instrumentiste Matt Bauer (Alela Diane, Mariee Sioux, Jollie Holland) qui a également apporté sa pierre à l’édifice, en assurant les parties de glockenspiel, de flûte et d’orgue Würlitzer… Mais toutes ces contributions ne dérapent jamais dans la démesure, se limitant à enrichir la palette sonore, par petites touches, comme l’appliquerait un peintre impressionniste.

Et puis il y a la voix délicate, angélique, candide et enchanteresse, mais très british, de Madeline Mosse, qui vient rafraîchir l’ensemble, paradoxalement, en traitant de thèmes plutôt sombres…

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