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Ora Cogan
Biohazard 8/8/26

The Bardots

V-Neck

Les Bardots font un peu la somme de tout ce qui se fait de mieux dans le domaine de la britpop. Depuis Suede à Verve, en passant par Gene, Radiohead et Whipping Boy. Mais ce quintet ne se contente pas d'en calculer le produit, élevant le résultat à une multitude d'exposants référentiels. Dérivés tantôt de la new wave des Only Ones, de Joy Division, d'Echo & the Bunnymen, voire, et surtout pour les arrangements, de Tubeway Army. Tantôt du glam de Bolan ou de Bowie. Avec un coefficient antipodal mélodique attribué par Midnight Oil et Church. Sur un dénominateur commun électriquement immaculé, carillonnant, théoriquement inspiré par le House of Love. Dont l'équilibre précaire entre la beauté et la sauvagerie est atteint avec une précision infinitésimale! Trêve d'élucubrations mathématiques, cet album recèle beaucoup trop de poésie et de sensibilité pour s'en accommoder. Découpé en douze compositions, il délivre une pop somptueuse, sensuelle, visionnaire dont la qualité languissante, sinueuse, vagabonde, est stimulée à la fois par le brio du guitariste Krzysztof Fijalkowski (Jeremy: à vos souhaits!) - frère de Piotr, soliste chez Adorable - et du vocaliste Simon J Dunford, doué d'un timbre falsetto, éthéré, exquisément angoissé, coincé quelque part entre celui de Steve Kilbey, de Richard Ashcroft et de Pete Garrett. Excellent!

 

Dodgy

Free peace sweet

Si Dodgy n'est pas le chef de file de la scène britpop, il constitue certainement la formation qui symbolise le mieux ce style musical. Et pour cause; le trio reprend à son compte les recettes infaillibles, mijotées aux cours des sixties, par les Beatles, le Who et les Kinks. Et en particulier, la diversité des arrangements et le soin des harmonies vocales apportées par le duo Lennon/McCartney, le fruité mélodique ainsi que la vision caustique des lyrics de Ray Davies; enfin, l'énergie contagieuse, hymnique développée, devinez par Qui?... En trois albums, Dodgy est parvenu à bien digérer toutes ses influences pour les conjuguer au temps et au mod(e) (!) contemporain. Sur "Free peace sweet", on peut aussi y trouver quelques traces de Primal Scream, LA's, Stone Roses, Oasis et même de Beck. Mais tellement diluées qu'elles n'altèrent jamais le charme implacable, irrésistible de toutes leurs chansons. Dodgy a une telle habileté à faire ressembler des mélodies ordinaires, extraordinairement ordinaires, qu'il éveille en nous l'image d'une famille londonienne qui passe un après-midi d'été à Hyde Park...

 

Goya Dress

Dress rooms

Si Goya Dress présente certaines affinités avec le Throwing Muses contemporain, au fil du temps cette impression s'estompe, pour finalement disparaître totalement. En fait ce trio aux deux-tiers féminin, cherche à faire vibrer la corde sensible de la vulnérabilité à l'aide d'une musique intimiste, mystérieuse, syncopée (Everything But The Girl? Week End?), dont les impulsions conflictuelles sont manucurées d'arrangements méticuleux, veloutés, somptueux. Produit par John Cale, " Dress rooms " arbore une formidable richesse de sentiments. Tour à tour juvéniles, satiriques, frivoles mais également graves. A l'instar de PJ Harvey. A travers des chansons dont la poésie satirique conjuguée aux accords de piano glacés, vibrants, et au vocal limpide, féroce d'Astrid Williams nous rappelle quelque part Kate Bush, mais dans sa période la plus décapante. Superbe!

 

Wayne Kramer

The Hard Stuff

Entre 1965 et 1972, Wayne Kramer a sévi au sein du mythique Motor City Five comme guitariste. Rôle qu'il disputait, ou partageait, avec feu Fred ‘Sonic’ Smith, disparu depuis quelques mois seulement. Disparition qui ampute la formation légendaire de son deuxième membre original, puisque Rob Tyner a succombé à une crise cardiaque en 1976... Wayne avait participé à l'enregistrement des trois premiers elpees. Une trilogie indispensable pour ce quintet issu de Detroit, dont le rock sauvage et dévastateur incitait à la révolte et à la guérilla urbaine. Depuis cette époque, on ne peut pas dire que les musiciens du groupe se soient particulièrement illustrés. Fred peut être. En épousant Patti Smith. Puis en la laissant veuve. Wayne davantage. Pas à cause de ses cinq années de détention pour deal de coke. Mais plutôt pour avoir côtoyé Johnny Thunders au sein de Gang War, participé à la reformation éclair des Deviants et transité par le Black Flag d'Henry Rollins. Ce qui explique sans doute pourquoi il est devenu une figure légendaire dans l'histoire du punk. Des artistes comme les Clash, Dead Boys, Ramones, et plus récemment Soundgarden, Bad Religion ou les Melvins se réclament de lui. Aussi un album de Kramer, même en solitaire, constitue un évènement. Surtout si le disque est de bonne facture. Ce qui est le cas. On y retrouve bien sur la griffe métallique urbaine de son MC5. Avec une production plus raffinée et des textes moins séditieux. Mais l'ensemble tient bien la route. Surtout lorsqu'il est jalonné de riffs dévastateurs, imprimé sur un tempo irrésistible, et bénéficie d'une flopée de collaborateurs huppés, parmi lesquels nous avons remarqué la présence de John Freeze (Suicidal Tendendies/ Vandals), des Melvins, de Brett Gurewitz (Bad Religion) et du bassiste James Jamerson Jr...

 

Marc Almond

Treasure box

Sur les vingt-cinq titres gravés sur ce double CD, dix relèvent du répertoire de Marc, commis entre 88 et 90, c'est-à-dire les années EMI. Le reste est partagé entre remixes et démos inédites issus de la même période. Depuis "The stars we are" à "The desperate hours" en passant par " Waifs and strays", "Tears run rings" et quelques autres. Bref un véritable "Treasure box" pour tout ceux et toutes celles qui sont sensibles à la voix déchirée et bouleversante de l'ex-leader de Soft Cell...

 

The Amps

Pacer

Lorsqu'en 1992, nous apprenions le split du mythique Pixies, nous ne pensions certainement pas que Kim Deal mènerait sa barque avec autant de succès. Bien sûr, la carrière solo de Frank Black peut être jugée de très intéressante. Quant aux deux autres, Joey Santiago et David Lovering, ils sont tout simplement tombés dans l'oubli. Voici donc le retour de Miss Deal. Pas pour un nouvel album des Breeders (prévu pour le début de l'année prochaine) mais au sein d’un nouveau groupe. The Amps. Constitué de musiciens empruntés à différentes formations. Des Methods, des Tasties, de Killjoys et bien sûr des Breeders. Du beau monde finalement, laissant augurer un excellent album. Et nos espérances n'ont pas été vaines, car "Pacer" est véritablement superbe. Plus instantané que les Breeders et plus puissant que les Pixies! Douze fragments crépitants, brûlants, sulfureux. Douze compositions empreintes de mélancolie, d'amertume, d'innocence et de colère. Du plus fragile, à l'instar du titre maître, au progressif "Dedicated", en passant par l'irrésistible single "Tipp city", "I am decided" coécrit avec Robert Pollard (Guided by Voices), le sombre "Mom's drunk" et le ‘breedersien’ "Bragging party". Sans oublier "Hoverin" dont le rythme ‘deusien’ (Cocorico!), machinal, explosif, fustige les guitares à la fois distordues et pétillantes, "First revival" à la simplicité désarmante, "Full on iddle", rock 'n roll semi-hispanique, semi-américain, réminiscent d'un certain Pixies, et "Breaking the split screen barrier" plutôt alternatif. Enfin, deux singles potentiels, "Empty glasses" et "She's a girl" dont les mélodies incandescentes et languissantes nous font véritablement tourner la tête! Dommage que cet elpee ne dure que trente-trois minutes...

 

Ian Anderson

Divinities / Twelve dances with god

Écrit par

Compositeur/flûtiste/chanteur/guitariste/showman du légendaire Jethro Tull, Ian Anderson vient d'enregistrer, à la demande d'EMI, un disque de musique totalement instrumentale. De musique de chambre pour flûte et orchestre, si vous préférez. Une formule, à première vue très classique, mais qui par le soin apporté aux arrangements prend une tournure plus contemporaine. Des arrangements que se partagent Leon Philipps, Andrew Giddings, nouvelle pièce maîtresse du Tull, et bien sûr Ian Anderson, qui cumule pour la circonstance les fonctions de producteur. Un excellent exercice de style qui témoigne de l'intérêt porté par Anderson aux différentes formes de religions et de cultures, mais exercice totalement à contre-courant de notre époque. Découpée en douze mouvements, caractérisée par le recours à la clarinette, le hautbois, le violon, le violoncelle, la harpe, le cor, la trompette et bien sûr les différentes flûtes que se réserve l'artiste, cette œuvre se rapproche davantage des envolées atmosphériques ‘mikeoldfieldiennes’ que du format classico/rock épousé par le célèbre single "Bourée" en 1969. A conseiller vivement aux mélomanes dont l'horloge n'est plus que "Living in the past"...

Laurie Anderson

The ugly one with the jewels and other short stories

Enregistré au printemps dernier, lors du concert accordé au Sadler's Wells Theater de Londres, cet album met en exergue des extraits de son livre "Stories from the nerve bible", bouquin consacré à vingt années de carrière artistique. Dix-huit fragments, parmi lesquels figurent plusieurs extraits de son opus concocté en octobre dernier, "Bright Red". Mais pas de chant. Laurie effectue une lecture vivante de ses textes en s'accompagnant tantôt d'un clavier, tantôt d'un violon. Le minimalisme est ici poussé à l'extrême, puisque cinq plages seulement bénéficient d'un apport instrumental complémentaire. Notamment "Maria Teresa Teresa Maria", sur laquelle Brian Eno vient donner un petit coup de clavier.

 

Andyboy

One man, six strings, and a whole lotta misery

Rien que le titre de l'album doit vous donner une petite idée du style de musique en présence. Un homme, six cordes, et un tas de misère flaire le blues à plus de trois cents mètres. Vous n'avez pas tout à fait tort. Mais le blues d'Andyboy est conçu avec le même esprit que Tom Waits. C'est à dire destiné à projeter des images en noir et blanc de notre société décadente. Comme celles qui illustrent la pochette d'ailleurs. Andy Andersen, figure culte de San Francisco, chanteur, compositeur et multi-instrumentiste du groupe est un fervent admirateur de Tom. Mais ses talents, il les exerce surtout à la guitare. Et puis, si sa voix est aussi écorchée, sa musique n'est pas aussi tordue et marécageuse, laissant une place au rock'n'roll des Presley, Cochran, et même à la country de Johnny Cash. Mais le plus souvent, les chansons sont sculptées dans les cordes de râpe acoustique. Et dans ce domaine, Andy n'est pas un manchot!

 

Isabelle Antena

Plus acid que jazz / More acid than jazz

Rien que le titre vous permet de reconnaître la coloration sonore du dernier opus d'Isabelle (nous n'avons pas parlé de tentation!) Peu de nouvelles compositions cependant. Mais des adaptations trafiquées en mode acid-jazz. Parfois alanguies sous la forme d'une ballade, lorsqu'elles ne sont pas conjuguées au temps rap ‘solaarien’. Bref, on se demande ce que l'ex-Tuxedo Moon, Luc Van Lieshout, et le producteur Gilles Martin, qui ne produit d'ailleurs ici pas, sont venus faire dans cette aventure réservée exclusivement au public BCBG avide de sensualité vaporeuse et nightclubbienne...