La première ébauche de Beguiling Junior

Le mystérieux duo Beguiling Junior, formé par Kaya Wilkins (Okay Kaya) et Oli Burslem (YAK), s'apprête à dévoiler son tout premier elpee intitulé « First Cut ». Attendu pour le 2 octobre 2026, ce disque marque la naissance officielle d'une collaboration aussi…

Claud et la musique

Claud sortira son troisième opus studio, « Me and the Music », ce 23 octobre 2026. Ce…

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The Cure

Blackest Sunset

Kingdom of Sorrow

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Autant le savoir à l’avance : Blackest Sunset a l’intention de nous balancer, mais gentiment, un pavé dans les dents. Une courte intro mystique, ponctuée de voix psalmodiées en arrière-plan, déroule assez brusquement un tapis noir pour « Kingdom of Sorrow », la plage titulaire de l’elpee. La voix puissante de Thibault Brassart, tantôt gutturale, tantôt hurlée, vient s’y poser et domine le paysage. L’air est saturé, la pression est constante, le Deathcore des Montois vous attrape par la gorge dès les premiers riffs et ne desserre jamais l’étreinte. Une mise sous étau qui nécessite dès lors plusieurs écoutes afin d’en apprécier réellement la saveur, sous peine de passer à côté d’une recherche musicale assez impressionnante pour un premier effort. En effet, Blackest Sunset use des codes du Deathcore, mais sans s’y empêtrer, en y insufflant d’autres influences musicales ; à l’instar du thrashy « This Darkest Night », « Forever Empty » ou encore « Ascension of Evil », des morceaux subtilement saupoudrés de Black Metal. Les onze pistes de cet opus vous entraînent au cœur d’un tourbillon de violence, au bout duquel, machiavéliquement bousculé, vous terminerez à bout de souffle. Pour être sincère : il ne faut pas trois plages pour comprendre où le quintet veut en venir. Mais alors que la formation pourrait, à la première écoute distraite, laisser l’impression qu’elle creuse sans cesse les mêmes sillons, les musiciens parviennent néanmoins à s’en extraire à plusieurs reprises, que ce soit par des breaks très intelligents ou par des sorties de route totalement imprévues. Un album très prometteur, où la richesse se niche définitivement dans les détails.

 

Michael Chapman

50

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Ce folk singer anglais est originaire de Leeds. Sa musique a traversé plusieurs générations. D’une voix instantanément identifiable, enchanteresse, ce gratteur classieux avait entamé son parcours, à la fin des années 60. Dès 1967, il se produit alors dans les clubs de folk, à Londres. Et il publie son tout premier elpee, "Rainmaker", en 1969, chez Harvest.

L’an dernier il a donc célébré ses 50 années de carrière. Il est considéré comme un des artisans du développement de ce style musical insulaire, volontiers progressif, aux côtés de John Martyn et Roy Harper.

Son dernier opus est tout simplement baptisé "50". Il a souvent traversé l'Atlantique pour enregistrer. Et c’est à nouveau le cas pour ce nouveau long playing. Qui a été réalisé au sein du studio Black Dirt, sis dans l'état de New York. Lors des sessions, il a reçu le concours de Steve Gunn (NDR : il est issu de Brooklyn). A la gratte et au chant. Ce jeune musicien de folk/rock américain assure également la production. Mais aussi de la collaboration de redoutables musicos, dont le bassiste Jimy Seitang, le batteur/banjoïste/claviériste Nathan Bowles et le guitariste/pianiste James Elkington…

"Spanish incident" se distingue par son exceptionnelle richesse sonore. Forgée par le temps, la voix colle parfaitement au style folk. Elle se détache des cordes acoustiques de la sèche et du banjo au son si métallique. "Sometimes you just drive" intègre des percussions et se distingue par la présence de cordes électriques aux sonorités floydiennes, réverbérées, en arrière-plan de la trame acoustique. Chargée de réverb, cette électricité est d’une grande pureté, presque magique même, tout au long de "The Mallard". Ce doigté me rappelle le Television de Tom Verlaine ou encore Felt, un groupe anglais de rock alternatif au sein duquel militait le talentueux gratteur insulaire, Maurice Deebank. Michael et l'Anglaise Bridget St John conjuguent leurs voix en harmonie. Superbe! Une formule qu’on retrouve lors de la finale, "Navigation". Folk song, "Memphis in Winter" décrit le mal-être éprouvé dans la grande ville du Tennessee, lorsque les conditions climatiques ne prêtent guère à sourire. Au bout de quatre minutes, les cordes électriques se détachent sur fond d'orgue. Elles entretiennent alors un climat d'épouvante, digne du Louisianais Tony Joe White. Epoustouflant ! Et la compo qui suit est aussi superbe. Une ballade intitulée "The Prospector", au cours de laquelle la voix de Michael fait merveille, alors que largement amplifiée, l’intensité électrique atteint la quintessence crazyhorsienne de Neil Young. D’ailleurs, la fin de cette longue plage laisse libre cours aux débordements de plusieurs guitares qui s’enchevêtrent… "Falling from Grace" opère un retour au folk/rock traditionnel. Un titre empreint de douceur, de beauté, et parfois tellement dépouillé. Country/folk, "Money Trouble" s’illustre par son refrain accrocheur. La voix de Michael est devenue grave et posée pour attaquer "That time of night", un morceau qu’il chante en harmonie avec Bridget St John, alors que les sonorités de la gratte empruntent celles d’une pedal steel. Très jolie piste instrumentale, "Rosh Pina" nous entraîne dans un trip acide entretenu par des grattes électriques et acoustiques. Et on soulignera encore l’excellent travail de mise en forme…

Tim Cohen

Luck Man

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Figure tutélaire de la scène indie de San Francisco, aux côtés d’autres doux allumés tels que John Dwyer (Thee Oh Sees) ou de l’insatiable Ty Segall, Tim Cohen participe lui aussi à une multitude de projets dont celui des très recommandables rockeurs psychés, The Fresh & Onlys ou autres Window Twins. L’artiste publie aujourd’hui le 4ème  chapitre de son aventure solo. « Luck Man » s’éloigne des productions réalisées au sein des différents groupes. A peine enrichie de quelques notes de piano, de discrètes interventions de trompette ou de subtiles percussions, l’enveloppe est essentiellement acoustique. De sa voix grave, Tim Cohen relate ses textes à l’humour –noir et absurde !– salutaire (l’artwork de la cover ne trompe pas… l’homme ne se prend pas au sérieux). A l’instar de « Meat is Murder » rappelant le tout aussi cool Baxter Dury, « I Need a Wife », dont l’ambiance est digne de feu Léonard Cohen, ou du judicieusement intitulé « Irony ». Le tout en affichant une attitude désinvolte qui doit autant à Adam Green qu’au légendaire artiste Canadien… qui porte le même patronyme, mais sans établir le moindre lien de famille. Entre folk (« Wall About A Window ») et psyché (« Shine »), l’Américain tisse constamment des mélodies contagieuses… Espérons simplement que Tim Cohen puisse rencontrer le même succès que ses comparses de la côté Ouest. Mais deviendra-t-il pourtant un homme chanceux ?

 

Youri Defrance

OnGod

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En parcourant le monde, Youri Defrance intègre dans sa musique toutes les expériences accumulées lors de ses voyages. Ce musicien français transforme ainsi sa ‘World Music’ en ‘Musique des Mondes’. S’il est originaire de Troyes, il a passé de nombreuses années en Bretagne, du côté de Brest. Il avait entamé sa carrière artistique sous le pseudo de Youri Blow, publiant même un elpee intitulé "The Corridor", en 2010. Lorsqu'il s'enferme dans son studio, c’est pour vivre seul dans son monde. Il y écrit, chante et joue d’une multitude d’instruments tant conventionnels (guitares, mandoline, percussions, violon, etc.) qu’insolites, et tout particulièrement à cordes. Et tout particulièrement issus de la Musique des Montagnes, en Mongolie, comme le Morin khuur, une espèce de violon à deux cordes, également baptisé Horsehead violin, car son manche est orné d'une tête de cheval ! Originale, sa musique emprunte autant au blues originel, à la World au classique qu’au psychédélisme. Elle reflète à la fois ses périples terrestres et spirituels. Alors bienvenue dans cette expédition initiatique à la rencontre de ce musicien visionnaire et humaniste, en quatorze plages distinctes.

"Ongod" nous entraîne au beau milieu des steppes mongoliennes. Les différents instruments produisent des sonorités étonnantes, étranges même, qui s'enchevêtrent alors que des raclements de gorge semblent émaner de l’au-delà. Empreintes de douceur, ces cordes acoustiques bercent "Spring tides" et fluctuent au gré des marées du printemps. Atmosphérique, la voix atteint son épanouissement, mais en prononçant des mots dans un langage incompréhensible. L’intro de "Wolf Tengri Totem" est relativement paisible, avant que les percus n’entrent en scène. Elles prennent le pouvoir, puis cèdent le relais aux accès du violon qui vous pénètrent littéralement. "Red Cloud" campe au cœur de cet Orient lointain. Des cordes s’élèvent autour d'une voix incantatoire qui implore. On entre en méditation. Semblant provenir d’un autre monde, ces sonorités envahissent votre inconscient. Des cordes amplifiées d'une rare beauté infiltrent "Koko". Elles se croisent, se multiplient et jaillissent par petits flots acides. Intensifiant l’activité sensorielle. Un peu comme lors d’un trip psychédélique. "Polar Circles" cherche à créer un lien entre le blues du Mississippi et le chamanisme des steppes asiatiques. La décomposition des différents éléments est complexe. Et la reconstruction est à la fois inattendue, impitoyable et improbable. Le voyage est toujours aussi intérieur. "Bad Mama" prend parfaitement ses racines dans le blues. Les accords de gratte sont sèchement plaqués. La voix est d’abord claire, mais violente. Mais Youri la refoule dans son pharynx. Avant qu’une guitare amplifiée et impétueuse, se met à délirer. Des délires entretenus par le Morin khuur tout au long d’un autre trip, baptisé "Antelope Island". "Snake Water dreaming" reflète l’esthétisme radieux d’un songe plutôt majestueux. Grisante, troublante, climatique, aventureuse, remarquable, "Makah Thunderbird" est la plus longue piste. Et son intro, abordée dans l’esprit de Jim Morrison, dans "The End", est d’une beauté à couper le souffle. Le rôle de la guitare amplifiée aux accords enfiévrés est, en outre, ici primordial. Caractérisé par le retour des voix et des différents instruments, "Tuvalakora Eagle feathers" joue en quelque sorte les prolongations. On signalera encore la présence de trois interludes, intitulés « OnGod », qui relient les différentes phases. Une œuvre achevée et d'une créativité rare.

 

Kendji Girac

Ensemble (live)

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Immédiatement après avoir remporté une victoire écrasante (méritée ?) lors de la troisième saison de ‘The Voice’, Kendji Maillé (NDR : de son état-civil) a immédiatement été propulsé sur les ondes radiophoniques grâce à « Bella », un single issu d’un album paru chez Universal ! Son succès a été aussi immédiat que fulgurant !

Son second opus studio, « Ensemble », a été suivi d’une tournée qui a enregistré pas moins de 100 dates sold out.

Et c’est lors du concert accordé à Forest National, en novembre dernier, que ce périple a été immortalisé.

Le succès est-il un gage de qualité ? Pas certain. Démonstration !

La prose. D’une légèreté éhontée, les textes tombent dans une facilité affligeante. Si on peut aisément comprendre que le noyau dur de ses aficionados figure parmi les plus jeunes, doit-on pour autant les considérer comme des imbéciles ?

Les thématiques aussi. Elles baignent dans un élan dramaturgique effarant et peu à propos. On y parle de l'amour, évidemment. Mais sans la moindre crédibilité. La portée de la déclamation faite à la Madré (« Les yeux de la mama ») est certes attendrissante, mais manque singulièrement de relief. Enfin, son regard porté sur une société qui baisse les bras (« Où va le monde ? »), n’est pas davantage convaincante. Il ne s’agit que de quelques exemples parmi d’autres, au beau milieu de ce qu’on pourrait comparer à un véritable massacre…

Par contre, le jeune artiste mise sur des chansons qui font la part belle à l’humeur festive communicative. C’est chantant. Très dansant aussi.

Au total, vingt chansons dans la parfaite continuité de la carrière de l’artiste. Tout est très formaté. Sans âme ! Cette musique gypsy revisitée par des sonorités modernes ne devrait soulever l’enthousiasme (grandissant ?) qu’auprès de fans énamourés qui pourront disposer là d’un bon sujet de conversation, dans les cours de récréation…

Manitoba Hal

Live in Ghent

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Canadien, Manitoba Hal Brolung est issu de Winnipeg. Mais c’est surtout un performer et un conteur. Il brille également au ukulélé. Il aime teinter son blues de références diverses : cajun, rock, gospel, country, folk et même celtique. De son impressionnante discographie, entamée en 1997 par l’album "Flatland Cafe", on épinglera surtout l’excellent "Ukulele Bluesman", paru en 2007. Lors de sa tournée européenne, il s’est produit au Missy Sippy Blues & Roots Club, à Gand. Il a donc immortalisé ce set, accordé le 28 avril 2016, sur ce double cd. Qui réunit 24 plages. Un spectacle conséquent qui lui a permis de réaliser ce projet. Et l’illustration de la pochette reproduit de jolies vues de la belle ville flamande. Une performance unique en son genre. Et pour cause, l’artiste est quasi-seul sur l’estrade. Cette véritable force de la nature possède une voix naturellement puissante et autoritaire.

Il entame les hostilités par "Come on in my kitchen", un classique signé Robert Johnson. Belle surprise, la cover remarquable du "Way down in the hole" de Tom Waits, pour laquelle il est épaulé par un second gratteur. Dont l’identité n’est pas révélée. Manitoba Hal alterne compositions originales, comme "Atlanta Moon", et canons du blues, qu’il filtre à travers son ukulélé. A l’instar du "Baby please don't go" de Big Joe Williams, qu’il interprète d’une voix impérieuse. Mais également du "Let the Mermaids flirt with me" de Mississippi John Hurt, du  "Sweet home Chicago" de Robert Johnson auquel il imprime un tempo très alerte, du "My babe" de Willie Dixon ainsi que de la version épatante réservée au traditionnel "St James Infirmary". Il brille également tout au long de "Dancing in the moonlight"… une danse exécutée au clair de lune, au sein d’un climat propice au culte vaudou…

Et son deuxième compact disc est tout aussi intéressant. Il est entamé par le "Ain't no grave" de Johnny Cash et recèle d'autres reprises, comme le "They're red hot" de Robert Johnson, le "Somebody on your bond" de Blind Willie Johnson, le "Key to the Highway" de Big Bill Broonzy et le "My Creole Belle" de Mississippi John Hurt. Sans oublier celle de "Built for Comfort", une titre que Willie Dixon avait écrit pour Howlin' Wolf. Plus expérimental, "Dig me a grave" se distingue par des échanges entre les instruments à cordes. Et le résultat est particulièrement réussi. Les deux titres finaux sont épatants. Tout d’abord le "Who do you love" de Bo Diddley. Caractérisé par son ‘Diddley beat’, cette longue piste (10’) bénéficie d’arrangements très personnels. Puis une version inoubliable du "The thrill is gone" de BB King. Que du bonheur !

 

Jenny Hval

Blood Bitch

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Un an après avoir publié « Apocalypse Girl », un album unanimement acclamé par la critique, Jenny Hval nous propose son deuxième elpee. Qui paraît sur le label indépendant new-yorkais (NDR : sis à Brooklyn, très exactement) Sacred Bones (John Carpenter, Pharmakon, Moon Duo, ...) A l’instar de la musique pratiquée par les autres groupes ou artistes hébergés au sein de cette écurie, celle de cette Norvégienne (NDR : elle est native d’Oslo) baigne au sein d’un univers sombre, personnel, mystérieux, oppressant (cet essoufflement qui tourmente « In the red »), mais original.

Le thème principal exploré tout au long de « Blood Bitch » concerne le sang. Que ce soit des histoires de vampires ou de menstruations, tout y passe. Certaines pistes pourraient servir de B.O. pour film d’épouvante. L’électro-noise de cette artiste est dominée par les claviers. Un peu dans l’esprit de Björk avec laquelle elle partage aussi de semblables capacités vocales. Si certains morceaux sont pour le moins conceptuels, d’autres adoptent un profil quasiment pop, à l’instar de Conceptual Romance » ou du plus rythmé « The Great Underssing ». Entre ces plages, elle intercale des interludes consacrés aux samples (« Untamed Region »).

Manifestement, l’expression sonore de Jenny Hval est unique en son genre. Et son style expérimental mérite une attention toute particulière. Suivant la formule consacrée, elle est à suivre de près…

 

La Féline

Triomphe

Écrit par

Ex-trio devenu ‘one girl band’, La Féline (merci Jacques Tourneur !) est devenu, depuis 2014 –date de la sortie du long playing « Adieu L’Enfance »– le projet solo d’Agnès Gayraud (NDR : également critique musicale à Libération et Docteur en Philo à ses heures perdues…) Elle publie aujourd’hui « Triomphe », un opus qui a reçu un accueil critique prophétiquement annoncé par son titre…

Sa pop véhicule des accents ‘variétés’ ou ‘chanson’ française. S’y pose des textes poétiques d’une belle richesse, liés aux monde du Japonais Miyazaki, à l’univers médiéval (NDR : oui, oui, même si cette description ne semble pas glamour, elle l’est, et franchement) ou à l’œuvre de Marguerite Duras. Et l’ensemble est entretenu par une instrumentation légère aux textures toutefois complexes, à l’instar de « Le Royaume », caractérisé par ses interventions tortueuses au saxophone ou de « Comité Rouge », dont le final monte progressivement en crescendo. Fauve délicate, La Féline ne sort pas ses griffes d’emblée mais propage plutôt de doux et racés miaulements pop à travers son double baptisé ‘Senga’ (anagramme d’Agnès) – aventurière tropicale incarnée dans le très convaincant et tribal morceau d’ouverture du même nom– ou par « Gianni », un morceau euphorisant dont le refrain est chanté en italien. Les compos sont variées. Les textures sont multiples. On a ainsi droit à des sonorités orientales sur « La Femme du Kiosque sur l’Eau » et un feeling pop instantanément accrocheur lors du magnifique « Séparés ».

« Triomphe » est un titre parfaitement judicieux, tant il est rare qu’un album de chanson française parvienne à marier accessibilité et exigence avec tant de maestria…

 

Mary's Little Lamb

Elixir for the Drifter

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Ce quintet belge pratique une forme de country alternative, autrement dit, de l’americana. Depuis 2015, le line up réunit le chanteur/guitariste/banjoïste Bart Hendrickxs, le contrebassiste Bert Cuypers, le batteur Mike Van Daele, ainsi que les trompettistes Kevin Van Hoof et Stijn Cumps. Son premier elpee, "Fortune and Chance", est paru en 2014. "Elixir for the Drifter" constitue donc son second.

Le disque s’ouvre par une sorte de B.O. pour western spaghetti à la ‘Enio Morricone’, une piste entretenue par la guitare baritone légèrement réverbérée, les deux cuivres et un quatuor à cordes. Bien que baignant dans une même atmosphère, tout en se distinguant par sa mélodie accrocheuse, "Hold your horses" intègre la voix grave et austère de Bart. Vraiment taillée pour cette musique roots, elle ne s’emballe jamais. Il chante ensuite, d’une manière aussi posée, "Hay", tout en s’accompagnant au banjo. Une gratte amorce "Blending in", une ballade dont le tempo est parfaitement balisé par la contrebasse, alors que le vibraphone de Mike Van Daele et les deux trompettes tirent leur épingle du jeu. Superbe ! "Incantation" change de cap. Direction le Mexique. Le climat latin est chaleureux. Percus, bongos et cordes acoustiques plantent le décor. La trompette de Kevin s’y immisce. Amplifiée, la guitare s’autorise de jolies envolées. "Saguaro" est une superbe ballade empreinte d’une profonde mélancolie. Soutenus par les trompettes aux sonorités magiques, Bart et Kathleen Vandenhoudt entament un dialogue vocal. "El Fuego" opère un retour dans l’ambiance latino. Et "Grind", western. Au galop, les chevaux empruntent des chemins poussiéreux. Et c’est la guitare baritone ainsi que le quatuor de cordes qui installent cet environnement cinématographique… Une seule reprise : "Alone and forsaken". Une somptueuse ballade country & western signée Hank Williams. Les arrangements sont particulièrement réussis. Soulignée par le chœur et les trompettes, la voix est grave et solennelle. Interprété en quartet, "Stray arrow" constitue un autre moment fort du long playing. On pénètre en territoire indien. Les percus sont lancinantes. Bart se sert d’un mellotron. Mais surtout, il se libère aux cordes électriques. Alors que l’expression sonore invite un ocarina et un dobro. Dobro qui alimente, tout comme le banjo, "Tell me how", un country blues de bonne facture. Avant qu’un trombone ne vienne rejoindre les autres cuivres pour se transformer en brass band qu’on imagine déambuler dans les rues de la Nouvelle Orléans. Et en finale, la voix de Bart est épaulée par les interventions du violoncelle de Koen Berger, tout au long du tendre "Forever gone"…

 

Delbert McClinton

Prick of the Litter

Écrit par

Aux Etats-Unis, Delbert McClinton est considéré comme une institution. Agé de 76 balais, ce Texan est particulièrement notoire outre-Atlantique, mais demeure une véritable énigme, au-delà des océans. Depuis ses débuts, il pratique un roots rock largement teinté de blues et de country, qu’on qualifie aujourd’hui d’americana. Il a entamé sa carrière solo en 1972. Delbert est un compositeur particulièrement estimé. Il a ainsi signé des chansons pour Emmylou Harris, Etta James, Bonnie Raitt, Tanya Tucker et bien d'autres encore! Ce qui ne l’empêche pas d’afficher une discographie prolifique. "Prick of the Litter" constitue déjà son 19ème elpee. Talentueux, son backing group baptisé Self-Made Men réunit le guitariste Bob Britt, le bassiste Michael Joyce et le batteur Jack Bruno. Les sessions se sont déroulées au sein du  studio Rock House à Franklin, dans le Tennessee, chez le claviériste Kevin McKendree qui assure également la coproduction.

Plage d'ouverture, "Don't do it" est incontestablement la meilleure. Cuivrée, parsemée de notes d’ivoire, l’orchestration est superbe. Digne d’un big band blues. Elle souligne la voix experte de Delbert, relayée par celle, féminine et identifiable, de Lou Ann Barton. Et c’est Jimmie Vaughan en personne qui s’autorise un excellent envol sur ses cordes électriques. Ballade americana, "Doin' what you do" se distingue par une ligne mélodique affirmée. Flemmarde, la voix de Delbert s’est forgée au fil des nombreuses années passées sur les routes. Et elle lui colle à la peau. Elle se fait volontairement douce sur "Middle of nowhere", une autre ballade de bonne facture qui baigne au sein d’un climat country. La gratte de Britt est lumineuse alors que l’orgue tapisse l’arrière-plan. Rock musclé et enlevé, "Skip Chaser" est balisé par le piano roadhouse, alors que la gratte prend un nouvel envol. McClinton devient ensuite crooner lors de ballades aux tonalités jazz manifestes. Il faut dire que Nat King Cole figure parmi ses modèles. Sa voix est un véritablement ravissement tout au long de "San Miguel". Et le piano l’épouse parfaitement pendant cette compo légère, belle et chargée naturellement de swing. Un climat cool jazz baigne judicieusement "Pulling the strings", une plage caressée délicatement par les ivoires de McKendree et traversée par des interventions de cornet. Funk néo-orléanais, "Neva" nous plonge dans une ambiance proche de Dr John. Toujours bien louisianaise, l’atmosphère vire au jazz sur "Like lovin' used to be". Des chœurs féminins entrent en piste alors qu’un souffle de saxophone souligne le chant. Et dans le même esprit, "Jones for you" implique trompette, orgue et piano. Retour au swing jazz pour Big Band lors du remuant et saignant "The hunt is on", un titre caractérisé par un dialogue percutant opéré entre le piano et la guitare. Indolent, "Bad haircut" mêle blues et jazz. Expressive, la voix est chargée de vécu. En finale "Rosy" est saupoudré de savoureuses touches de piano et de trombone…

 

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