L’école d’art de Library Card

Library Card a beaucoup joué en live à travers l'Europe et les États-Unis. Son nouveau morceau, "Art School", est devenu un favori du public lors de ses concerts. Ce titre marque un nouveau chapitre pour la formation, qui est rapidement devenue l'un des…

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Paddang à la poursuite des fantômes…

Paddang est un trio de rock psyché formé en 2020 à Toulouse. Osees et King Crimson à fond dans lʼautoradio et un nom de groupe inspiré d'un spot de surf en Indonésie, Paddang file à toute berzingue dans une épopée cosmique. Les trois voix dictent le ton et…

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Mattafix : report de date

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Le nouvel opus de Mattafix, dont la sortie était prévue pour le 12 novembre, paraîtra le 19 novembre. Intitulé « Rhythm & hymns », il s’agit de leur second elpee. « Living » constitue leur premier single issu de cet album. Vendu par Oxfam, il reflète la situation au Darfur.

Découvrez la vidéo de « Living » (Darfur) : http://www.youtube.com/watch?v=JJtvNHPWUO8

 

Pour plus d’infos : http://www.mattafix.com

 

Ben Ricour

Ton image

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‘Dans la vie, il y a le mot aventure, pourvu que ça dure, pourvu qu'on soit d'accord pour ne pas abandonner...’ Telle était l'invitation du premier album de Ben Ricour. Et c'est avec plaisir qu'on la poursuit son aventure de quotidiens extraordinaires en réglant nos horloges biologiques à « L'heure d'hiver ». Guidé par la voix décalée de cet artiste polymorphe, on se sent bien entourés pour emprunter sa folie douce puisque Patrick Renson, Olivier Lude (coréalisation), -M- et Albin de la Simone sont de ce voyage.

Le disque est teinté d'une saison qui l'inspire, de ces automnes consommés qui donnent envie de s'évader, à l'est de notre soleil par exemple: vers le Vietnam natal de sa mère et son « 1/4 de sang ». De ces après-midi blancs qui poussent au rapprochement aussi, à la recherche de chaleur: de rythmes ‘enrobants’ en bras accueillants. Poussés à une exaltante langueur dans l’érotique « Tu es attendue » on se retrouve hors d’haleine, poursuivant un train qui quitte la gare en faisant définitivement dérailler une belle rencontre (« 5 minutes »). La force est là, entre autres, dans la construction de ces mini-récits. A chaque plage son scénario, une construction cinématographique d'un film qui s'offre le luxe d'exister sans image. Les ambiances happent et génèrent un suspense schizophrène, coinçant le malheureux qui s'est laissé prendre entre l'envie de connaître l'issue et celle de courir à contre sens, pour s'éloigner de la dernière note.

Sur ce second album, qu’il qualifie de ‘plus mûr, plus corsé’ et plus proche de l’homme qu’il est aujourd’hui, Ben Ricour offre une continuité innovante à sa séduisante dernière « Aventure ».

Regardez le clip de « L’Heure d’Hiver »

http://www.youtube.com/watch?v=w-i6kQLB80U

http://www.dailymotion.com/jeansanteuil/video/x38zu6_ben-ricour-lheure-dhiver

http://www.wat.tv/playlist/660434/video/684431/attitude-ben-ricour-heure.html

 

Ben Ricour

Son image

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Ben Ricour, alchimiste des mots et sorcier des rythmes est de retour. Après son ‘Aventure’ plutôt solitaire, il s'est joliment entouré pour son second album, ‘Ton image’. Albin de la Simone, Thomas Bloch et autres talents ont mis les pieds dans ses ballades, de hasard en envies…

"Je ne voulais pas faire de collaborations à tout prix. C'est venu comme ça, au fil des rencontres. Au départ, il devait y avoir un truc avec Olivia sur l'album (NDR : Olivia Ruiz), mais ça ne s'arrangeait pas bien, c'était compliqué… et j'ai horreur de ce qui est compliqué. En ce qui concerne Mickaël de Mickey 3D il y avait un réel désir de collaboration. Pour -M-, c'était totalement imprévu. Il est passé au studio et je crois qu’il a été  électrisé de se retrouver une gratte dans les mains, du coup il m'a fait un truc très psychédélique." Et quand une improvisation chédidienne rencontre l'univers de Ben Ricour, ça donne ‘5 minutes’, un rendez-vous manqué, une aventure qui se termine à bout de souffle pour ne jamais finir à court d'idées. Une des nombreuses versions de ces passions, omniprésentes dans l'album: "J'aime m'adresser à une seule personne dans mes chansons. Cette proximité est indispensable". De l'amour donc ; forcément aventureux, entier, brûlant. Du sexe aussi, à la fois extension et genèse: "C'est un peu devenu une tradition. J'ai l'impression que quand on introduit du sexe dans les chansons on y met automatiquement de la légèreté. Puis il y a l'idée de tout lâcher, c'est cette évasion qui me plait."

Ces fugues hors du temps s'attaquent aux frontières dans ‘1/4 de sang,’ réflexion sur la filiation adressée à sa mère, Eurasienne arrivée en France à 14 ans: "C'est venu tout d'un coup, dans mon évolution. Petit, on m'appelait le Chintock, j'ai la trentaine et en grandissant on repense à tout ça. Puis je sens ce côté en moi, je mange asiatique et je ressens des choses qui m'interpellent." L’Asie fantasmée dans le regard, il évoque le Vietnam qui l'intrigue et l'appelle: "Je n'y ai jamais mis les pieds, je n'ai jamais rencontré ma famille là-bas, mais je pense que cette chanson va me permettre d'y aller. Je vais peut-être partir pour une tournée en septembre. J'espère…"

Impossible de parler de ‘Ton image’ sans évoquer la problématique écologique. Délicate déclaration d'amour à la nature, aveu de culpabilité et crainte de l'impuissance qui échappent à la moralisation: "Plus j'avance et plus je me dis que c'est important. Le premier album était déjà très nature, mais plus dans la description. Là j'ai vraiment la trouille pour la planète. Si j'ai l'occasion de faire quelque chose pour l'aider, si j'ai l'opportunité de faire des concerts, des actions, je n'hésiterai pas. Tout le monde veut réagir mais on est déjà tellement occupé d'essayer de s'en sortir soi même qu'on en oublie où l'on vit. On a quand même troué la couche d'ozone… c'est dingue!"

De l'amour, du sexe, des petits oiseaux… Résumé comme tel, l'album a de quoi laisser perplexe. Pourtant la force de ses ballades résulte de cette capacité de sublimer, par l'emprunt de chemins de traverse. Ben Ricour parvient à surprendre en tirant parti du trop entendu. Les pieds dans la neige, courant derrière un train, il se plait à apparaître là où nous ne l'attendions pas, tout en restant à distance raisonnable: "Je veux rester accessible, même si, la prochaine fois, je me lancerai peut-être dans quelque chose  de plus barré…" Il échappe aux tournures alambiquées des chanteurs prétentieux faute de mieux et livre, sans même chercher d'accords compliqués, des titres énergiques d'une profondeur aérienne. Alors quand, les traits de papier glacé, il lance en interview "Avant, j'ai été électricien, plombier. A force de m'être retrouvé sur différents chantiers, je pense que je pourrais carrément construire une maison, monter les murs,… " On ne s'étonne pas outre mesure tant la richesse du personnage est perceptible au premier contact. Il suffit qu'il ajoute: "J'adore le contact avec les matières, le toucher", pour qu'on retrouve la sensualité qui transpire des textes, de la voix subtilement rauque et que ce parcours atypique devienne l'évidence même.

Auteur, compositeur, interprète, cet artiste polymorphe prête à l'occasion sa plume à d'autres chanteurs, le temps d'émotions partagées: "Quand on écrit pour soi, on est en permanence dans le doute, poussé à extraire des choses de soi. Quand c'est pour quelqu'un d'autre, j'ai l'impression d’accomplir le travail d'un peintre. Il faut coller le plus possible à la personne qu'on a devant soi, c'est très intéressant." Outre sa présence auprès de Florent Pagny pour « Abracadabra », il a caressé de ses pinceaux ‘J'traine des pieds’, un des succès peps d'Olivia Ruiz. Une autre toile en vue? "Là, j'entame ma tournée, puis elle vient de terminer la sienne et je sais qu'il faut parfois plusieurs mois pour reprendre un contact complet avec la réalité. Mais si elle me redemande de bosser pour elle, j'y retourne avec plaisir. D'ailleurs, j'ai déjà une super chanson pour elle. Elle est fascinée par l'univers des Rita Mitsouko et ce que j'ai écrit c'est vraiment une Ritasong qui lui irait bien."

Sa tournée, il va la débuter, seul et impatient, avant d'être rejoint par ses musiciens: "Les concerts, c'est mon environnement. L'album est un peu un prétexte même si j'aime beaucoup le travail en studio. J'ai hâte de repartir sur la route, de redevenir un performer. En plus les musiciens sont des amis de longue date, on va pouvoir créer une confiance et se fabriquer une famille. On débutera dans des clubs, j'aime beaucoup cette idée de repartir de zéro."  L'album quant à lui sortira le 26 octobre.

 

 

Le Peuple de l’Herbe

Collectionneurs de sons

Écrit par

L’Audi Jazz Festival a commencé ce 22 septembre 2007 et s’achèvera le 10 décembre, au Botanique de Bruxelles. Une opportunité pour interviewer le Peuple de l’Herbe. Les Lyonnais se produisent volontiers sur la scène belge et jouissent d’une réputation d’interlocuteurs affables. Pour mieux les connaître et en savoir plus sur leur dernier album, rien de tel de les rencontrer. En me dirigeant vers les loges, Asian Z répète sur scène. Leur ‘sound check’ m’intrigue et surtout aiguise ma curiosité. Quelques volées d’escaliers et de portes entrouvertes plus loin, N’Zeng et Spagg sont d’attaque pour répondre à mes questions. Le dictaphone est enclenché, la bière est servie et trinquée, rouleeeeez jeunesse…

Vous semblez apprécier Bruxelles. J’ai assisté, auparavant, à deux de vos sets dans une autre salle de la capitale. Que pensez-vous du Bota ?

N’Zeng : On connaît bien l’Orangerie. On y a déjà joué. Le lieu est super beau. En plus si tu tiens compte de l’esprit du festival et de l’excellent choix de la programmation, c’est vraiment sympa. C’est convivial surtout ; tu te sens proche du public.

Justement la proximité, ça m’a l’air d’être un besoin chez vous. Vous ne faites pas rock star en tout cas.

Spagg : (rires) on essaye du moins… ça va peut-être venir (re-rires)

N’Zeng : la proximité c’est vraiment ce qu’on aime. On se produit également dans d’énormes salles, des festivals. Mais le public est loin. Tu sens moins leur retour ou l’ambiance réelle. On se produit dans ce genre d’événement avec modération. On préfère plus petit, on y recherche l’écho de notre énergie.

Spagg : Nous apprécions nous sentir proches des gens, c’est toujours plus intéressant

Le line up de ce soir est presque identique à la formation d’il y a 10 ans. Un seul un membre n’y est plus. Une explication ?

N’zeng : DJ Stany est parti. Il a été remplacé par Spagg. Il y a plus ou moins 2 ans. Au début il y avait DJ Pee, DJ Stany et moi. Ensuite ça a été plutôt du ‘rajout’. Entre autres lors de l’arrivée de JC (JC 001) qui est apparu sur le deuxième album et a participé à la tournée. Il n’est plus reparti depuis. Sir Jean (ancien chanteur de Mei Tei Sho) a participé au morceau « PH Thème » sur « Triple Zero » (leur premier album). « PH Thème » a super bien représenté et super bien fait démarrer le groupe. Sir Jean est revenu poser sa voix sur le dernier album, et nous suit pour la tournée. C’est sympa, la boucle est bouclée comme ça.

Que représentent tous ces rajouts en termes d’efficacité ? Avez-vous besoin de vous multiplier ?

Spagg : Pour ma part je suis à la technique depuis 2002. Je n’étais pas sur les planches, mais je travaillais déjà à la conception générale.

N’Zeng : L’efficacité de ces rajouts c’est surtout le développement musical. Plus on avance plus on tend vers quelque chose d’organique, nous avions déjà amorcé ce concept sur l’album précédent, mais nous n’avions pas trop creusé. Justement Spagg est arrivé dans le groupe avec sa manière d’utiliser les machines et est parvenu à bien faire progresser l’ensemble. Après la précédente tournée on a opéré des recherches sur base de remix. Nous avons réussi à bien faire évoluer le travail, même si le principe de base est toujours le même. Nous travaillons tous les quatre. Chacun participe à l’évolution sur sa machine. Une méthode qui nous a permis de garder un équilibre sur les quatre albums. On ne souhaite pas qu’il n’y ait qu’une seule personne qui écrit dans le groupe. Ce qui pourrait mettre d’autres un peu ‘sur la touche’ quant à leur développement artistique. Tout le monde doit et veut être impliqué, on espère que ça continuera.

Spagg : Sinon au niveau de l’équipe, ce que les gens voient en concert, c’est le travail de 12 personnes, tant à la technique que sur scène. On communique très bien, on fait constamment évoluer les choses. Notre petite bande est bien soudée, en fait.

12 personnes et 4 albums en 10 ans, vous y allez calmement. N’avez-vous pas envie d’en faire davantage ? Un album live par exemple ?

N’Zeng : Il y a un live qui est sorti sous la forme d’un mini elpee. Il est paru juste avant « Cube » (NDR : leur troisième opus). Il est sorti un peu en marge. Distribué à 10 000 exemplaires, il recèle beaucoup de remixes en version live.

Votre boulot prend une autre dimension sur scène et vous semblez apprécier l’exercice. N’avez-vous pas envie de creuser davantage dans ce créneau ?

N’Zeng : Absolument. Nous avions ce projet sur la tournée précédente, mais quand Stany a quitté l’aventure, on a abandonné l’idée. On devait laisser le temps au groupe de reprendre son équilibre et ses marques. Maintenant ça tourne bien. Nous avons décidé de récupérer tous les live depuis le début de cette tournée, pour voir ce qui en sort. Mais nous avons déjà connu quelques problèmes techniques…

Spagg : Arf !!

N’Zeng : …Spagg a quitté le noyau technique, mais nous n’avons pas engagé quelqu’un d’autre pour le remplacer. En outre, l’ingénieur su son a énormément de boulot pour tout gérer à la fois. On garde l’espoir d’y arriver. Nous avons le projet d’éditer un Dvd, mais ce travail est complètement différent.

Pourquoi ? Eprouvez-vous des difficultés pour maîtriser l’image que vous souhaitez apporter à votre musique ?

N’Zeng : Ce n’est pas simple en effet. Personnellement si je me tape un dvd d’une heure trente de concert, il a intérêt à être excellent et distrayant sinon je me lasse vite.

Spagg : A mon humble avis, il n’existe aucun format capable de relater fidèlement une ambiance concert. Faut y être c’est tout ! Ce que tu ressens sur la scène et dans le public ne se fait qu’au moment présent.

N’Zeng : La priorité des 43 dates de concerts sera l’enregistrement audio. Après, si on trouve quelque chose de sympa à mettre sur un Dvd, on y réfléchira à nouveau. Vu le stock d’archives accumulées lors des précédentes tournées, on pense proposer un panel de l’évolution de nos expéditions live, en mélangeant les années.

Au fur et à mesure des albums, vous ne souhaitez pas vous détachez de l’image de consommateur de pétards. Vous l’assumez d’ailleurs depuis le début… mais vous exprimez aussi, de plus en plus un côté réfléchi. Fumeurs oui, mais pas mou du cerveau ? C’est ça ?

N’Zeng : Ben on l’a bien cherché hein ! Depuis le début on provoque cette image via le nom du groupe, du label. A la base, cette démarche était purement ludique ; maintenant les choses évoluent, on ne se prend toujours pas au sérieux mais on mute constamment.

Spagg : Il est clair que ça date déjà d’une époque ou la légalisation allait dans tous les sens. Tout ça bougeait un peu partout autour en France. La gauche était au pouvoir, on s’est dit ‘on va pousser un peu’… A présent tout a bien changé. Cette époque est révolue.

N’Zeng : Tu sais, nous ne sommes pas toujours pris au sérieux. On nous considère plus  souvent comme des amuseurs, malgré le parcours que nous avons déjà accompli. De plus, musicalement on nous catalogue plus vers le dub ou le reggae, même si on respecte complètement ce courant. C’est un peu réducteur pour nous… La conso’ c’est depuis la naissance du groupe notre marque de fabrique ; mais elle ne nous empêche absolument pas d’évoluer

En parlant d’évolution, la dernière qui n’a pas dû vous plaire, c’est l’arrivée de Sarko au pouvoir. Ca vous fout pas la trouille d’être français avec vos idées ?

N’Zeng : Ben si, ce n’est pas vraiment génial ce qu’il s’y passe !

Spagg : Nous voulons essayer de lutter de l’intérieur, on va pas se casser non plus. De toute façon pour aller où ?

Ben, chez nous en Belgique par exemple, ça reste relativement cool par ici.

Spagg : (rires) Ouais, c’est vrai ! C’est sympa la Belgique mais ce serait pas notre genre d’abandonner le navire, ce serait vraiment trop simple.

N’Zeng : Justement le ton de « Radio Blood Money », c’est une constatation. On y a intégré des références à nos idées. Les gens creuseront s’ils en éprouvent l’envie. On ne cherche pas à s’impliquer en politique, mais elle est omniprésente malgré nous. Quand tu vois ce qu’il y avait dans le passé, les luttes pour les acquis sociaux par exemple ou les droits de l’homme. Quand tu vois aussi que l’Europe a vécu des périodes sombres et que les gens font mine d’avoir oublié en votant comme ils l’ont fait ! Moi ça me fait super flipper. On tape sur l’immigration, les problèmes de réinsertion, tout est prétexte à discréditer la conscience de l’histoire. Le pire c’est que ce phénomène s’étend sur tout le Vieux Continent. Tu as vu en Suisse ? Le mouton blanc qui fout un coup de pied au mouton noir ? Ben y sont élus ces gens, c’est affreux !! Les médias français ont, eu aussi, beaucoup changé. Pour exemple, Pias notre label, avait proposé de diffuser une de nos chansons sur une radio française (NDR : que nous ne citerons pas). On leur a répondu, ‘Si Mr Sarkozy arrive au pouvoir, il n’est pas question de diffuser quoique ce soit du Peuple de l’Herbe’. Quand tu reçois une réponse semblable, tu as le droit d’être inquiet. Sans parler de la multiplication des tests ADN et du ‘fichage’ que l’on en fait. Le pire c’est qu’on essaye de te faire croire que cette situation n’est pas grave et que tu es juste un peu paranoïaque. 

Revenons à un sujet plus musical. Et en particulier vos influences. D’abord, j’imagine que vous devez y comptez un large panel d’artistes. Quels noms vous viennent d’abord à l’esprit ?

Spagg : Notre particularité est d’apprécier chacun des trucs différents et d’apporter ces influences au groupe. Nous ne sommes pas comme pas mal d’artistes, dont tous les membres  écoutent le même truc ou sont d’accord sur les mêmes choses. Pour ma part j’écoute pas mal de métal, du lourd, du hiphop aussi. Le hiphop, étrangement, rassemble tous les membres du Peuple de l’Herbe. Beastie Boys, Public Enemy entre autres. Ce ne sont pas les seuls, il y en a plein d’autres. (NDR : Spagg portera ce soir là d’ailleurs un t-shirt noir placardé d’une énorme effigie de Public Enemy)

N’Zeng : La plupart des membres, sont des collectionneurs de vinyles depuis de nombreuses années. Pour certains, le stockage devient même problématique. Quand on débarque en Belgique, on visite souvent les disquaires. Nos recherches vont du vieux ska à tout ce qui touche la Jamaïque des années soixante et soixante-dix. Ca peut aussi tourner au funk, mais pas le ‘funk fluo’ années quatre-vingt, plutôt 60-70 avec Parliament, Funkadelic, la bande à Clinton. Le jazz a aussi une place importante. On ne nie pas non plus, une influence punk. Celle des Clash, par exemple. Strummer et sa bande ont sans cesse progressé pour faire évoluer leur propre son, et ce sans concession. Que ça plaise ou non, ils faisaient exactement ce qu’ils voulaient. Ca aussi on aime bien. L’esprit du Rock n’ Roll, transmettre du son et de l’énergie. Psychostick, le batteur, vient du milieu rock et punk, il a joué entre autre du rockab’. Toute cette énergie de la batterie est super importante pour nous.

Spagg : Mais le truc ou tout le monde kiffe dans le groupe, ce sont les bandes-son.

N’Zeng : Ah ouais, les bandes-son ! Nous sommes tous d’accord. Quand tu vois qu’il y a des gens comme Morricone qui n’ont plus rien à prouver, et dont tu retrouves sans cesse des enregistrements inédits ou des morceaux sortis de nulle part issus de films inconnus, c’est énorme. C’est super riche comme univers les bandes sonores de films. Elles nous servent énormément.

Spagg : Et même plus !!

Vous accordez de plus en plus de place aux ‘vrais’ instruments. Votre association machine – instrument prendrait-elle une tournure moins électronique ?

Spagg : On pousse l’un pour extraire l’autre, les machines sont sans cesse testées.

N’Zeng : Nous avons fait apparaître pas mal d’instruments en effet. La basse n’a pas sa place sur des morceaux plus electro, mais elle adoucit beaucoup de choses sur d’autres et on n’hésite plus à l’utiliser. La section de cuivres que nous avons utilisée comptait cinq instruments. Et un percussionniste est venu enregistrer sur deux morceaux. Ce qui représente beaucoup de travail sur du ‘vrai son’

Sur vos albums, vous blindez toujours vos morceaux d’intros, de dialogue de films, de bruitages. Comment les choisissez-vous et où les dénichez-vous ?

Spagg : Il n’y a pas de règle, ça peut venir de partout

N’Zeng : Films, documentaires, émissions télés. Une voix sortie de son contexte prend une autre dimension. Et cette recherche nous plaît assez. A une époque nous courrions les vinyles gravés dans les années 40-50-60. Ayant un but informatif ou éducatif, voire même médical. Un jour nous sommes tombés sur un stock incroyable de propagande communiste de cette époque. C’était des chants de ‘manifs’ entrecoupés d’interventions. On s’en est d’ailleurs servi pour la biennale de la dance à Lyon, l’année passée. On chipote toujours avec tous ces trucs là.

Spagg : Nous regardons pas mal de films qui influencent la création des albums. On utilise les VF en les posant dessus.

N’Zeng : Mais si on les cite on va se faire taper sur les doigts (rires)

Vous avez tellement de sons en stock, que vous pouvez même en refourguer à High Tone, entre autres sur leur dernier album. Vous leur en avez filé lors de la tournée de 2005 ?

N’Zeng : Ouais on s’entend super bien, nous nous serrons les coudes. Les ingés s’échangent du matos, on se soutient les uns les autres. Chacun a aidé l’autre à monter son studio, il n’y a pas de concurrence.

Spagg : C’est comme pour Asian Z qui assure notre première partie ce soir, nous signons tous chez Jarring (NDR : Jarring Effect, leur label). Eux aussi sont issus de Lyon. Nous les croisons souvent là bas. Tu connais Asian Z ? Tu vas voir c’est particulier. Avec eux et  High Tone, nous sommes de vrais potes. Nos liens se sont resserrés davantage en 2005 avec les gars d’High sur la tournée européenne du Lyon Calling Tour (23 dates dans toute l’Europe en un mois réunissant Le Peuple de l’Herbe, High Tone et Mei Tei Sho ). Une trentaine de personnes sur la route, c’était bien ! C’est clair que ça favorise l’échange.

Expérience à refaire ?

Spagg : Ah ouais direct !!

N’Zeng : Très chouette, mais dur. Il y a quand même des endroits où, quand tu arrives, genre Mostark ou Sarajevo, tu te sens privilégié. L’Europe de l’Est c’est souvent triste. Tu as l’impression que la guerre s’est achevée un an plus tôt. Tout est à reconstruire. Ils manquent de tout. C’est hyper dur pour eux. Parfois nous arrivions et il n’y avait même pas de courant. Nous étions obligés de nous approprier l’endroit vierge et de complètement le transformer pour faire tourner les machines. C’était intéressant de voir la relation entre l’endroit et notre technologie, mais déroutant aussi. Tout ça à coté de chez nous. Nous avons vécu des aberrations administratives aussi. Jean de Mei Tei Sho s’est vu refuser l’entrée d’un pays de l’Est parce que Sénégalais, il ne pouvait présenter de document médical sur lequel était stipulé qu’il n’avait pas le Sida. Cette épisode à inspiré le morceau « Judge Not » qui figure sur « Radio Blood Money ».

Spagg : Pauvre Jean, à chaque frontière il y avait un nouveau problème. Nous, nous passions sans stress en montrant nos passeports européens. C’est fou !

Vous vivez les problèmes que vous soulevez, juste parce que vous travaillez avec d’autres nationalités ? Ca motive vos compostions du coup, ce n’est pas innocent.

N’Zeng : En effet on peut dire qu’on le vit de l’intérieur. D’origine galloise et hindoue, JC (JC001) vient d’Angleterre ; et son point de vue sur la situation était déjà bien rôdé vu ce qu’il avait vécu là bas. Il a vécu l’apparition des caméras en rue et la surveillance à outrance des quartiers défavorisés. Il pose une réflexion cynique mais pertinente sur les caméras de rue justement. Il dit que ‘c’est beau d’avoir vu les mecs poser les bombes à Londres ; mais elles ont quand même explosé. C’est bien la preuve que ces caméras ne servent à rien !’

Comment voyez-vous le futur du Peuple de l’Herbe

Spagg : On t’avoue que pour le moment, nous vivons au présent. Nous ne sommes pas dans la phase de projection. Nous profitons de l’album qui vient de sortir et de la tournée qui en découle.

N’Zeng : C’est vrai. Au début, vu que nous avions super bossé sur l’album avant de l’enregistrer, on le maîtrisait en se contentant de le reproduire tel qu’on l’avait enregistré. Mais au fur et à mesure nous apercevons des pistes. On y réfléchira certainement après la tournée.

Spagg : Surtout que nous avons beaucoup de dates en préparation. Si tu y ajoutes les festivals de l’été prochain, ça nous laisse le temps d’observer. En plus nous sommes contents de ce qu’on vit. Tous ces live sont la récompense de notre travail.

N’Zeng : Nous sommes dans la phase de digestion.

Ok, merci beaucoup les gars, c’était très sympa

Spagg : Ben, merci à toi

N’Zeng : Ouais merci, on espère que tu passeras une bonne soirée

Ravi d’avoir partagé ces quelques minutes en leur compagnie, je prends congé de mes hôtes. Les poignées de mains sont franches. N’Zeng me promet de prendre la pose sur scène et de sourire à mon appareil photo lors de leur prestation du soir. Quelques réflexions personnelles partagées sur l’incompréhension du problème belge, et je quitte définitivement la loge pour m’en retourner vers la scène, où les Asian Z sont toujours en train de faire les pitres… Spagg les rejoint pour leur filer un coup de main. N’Zeng m’avoue qu’il va se reposer un peu avant d’affronter le public. Je sors rejoindre des amis. Cette soirée s’annonce sous les meilleurs auspices.

 

Asian Z

Un univers manga sur fond de karaoké…

Écrit par

La soirée du 25 octobre 2007 s’annonçait festive. En effet, Le Peuple de l’Herbe et Asian Z se produisaient ce soir-là dans le cadre de l’Audi Jazz festival, à l’Orangerie du Botanique. Les premiers étaient venus présenter et défendre leur dernier album « Radio Blood Money », les seconds m’étaient complètement inconnus et éveillaient en moi une curiosité amusée.

En surfant sur leur site, l’univers d’Asian Z m’a semblé farfelu, volontairement immature et particulièrement cocasse. Deux heures avant le concert, Spagg du Peuple de l’Herbe me confiait lors de l’interview : ‘Tu connais Asian Z, ils passent avant nous ? Tu vas voir c’est assez particulier, moi j’adore !’ Cette phrase est venue tout naturellement aiguiser ma curiosité à leur égard.

Sur le coup des 20h, la foule venue en nombre s’agglutine à l’entrée. Juste le temps de déposer mon sac et mes affaires au vestiaire. ‘Bad done’, le vestiaire est fermé. Et je suis forcé d’entrer dans la salle avec tout mon barda. J’essaye de dénicher une place près de moi pour les déposer, je sors l’appareil photo, mon carnet de notes, et je regarde se dérouler devant mes yeux ébahis un spectacle complètement délirant monté par cinq Japonais.

Asian Z plaque ses chansons sur fond de karaoké. Les titres sont projetés sur un écran placé dans leur dos. Les paroles reproduites en japonais, en phonétique et leur traduction en français clignotent entre des images et des phylactères dignes d’une bd. Nous sommes pongés en plein univers manga. Tels des samouraïs, la posture fière et le verbe fort, la pop/rock un rien eighties d’Asian Z enrobe le spectacle, et propulse une énergie sympathique et communicative. Il faut lire ces traductions pour essayer de suivre. On y parle de poils, de ‘rasage de chatte’, de trous du cul poilus, d’alcool à outrance, etc. Deux minuscules danseuses japonaises se dandinent derrière le chanteur, levant les bras et sautant sur une chorégraphie apprise par cœur. Le public derrière moi prête plus attention aux textes qui défilent, et se marrent en lançant des ‘rhooo’ à tout va. Je crois que, comme moi, il se demande si tout ça est bien sérieux. Manifestement, ils en ont tout l’air. De nombreux ados postés aux abords de la scène se fendent la poire et se délectent de la prestation. Hurlant pour un rien, tels des groupies de la première heure. Une ambiance ‘bon enfant’ se trame ; et après 9 chansons les Japonais (quoique Lyonnais d’adoption) prennent congé de la salle.

21h00. Les roadies s’affairent, les instruments et l’univers des prochains acolytes s’échafaudent. ‘Le Peuple de l’Herbe’ me gueule dans l’oreille un jeune chevelu, ‘mais ouais vieux !!’ lui rétorque son camarade. Ces deux énergumènes seront collés dans dos et à mes oreilles tout le long du concert, répétant sans cesse ces deux phrases énervantes au possible. C’est recta, à chaque coup je me tape un voisin de concert débile. Mais ces deux-là, c’est le pompon.

21h10. Le bruit des hélices d’un hélico vient ouvrir le jardin où Le Peuple de l’Herbe (‘mais ouais vieux !’) semble impatient de jouer. La batterie de Psychostick trône au centre. A l’arrière. A gauche, Dj Pee a les yeux rivés sur le laptop et ses platines. A droite Spagg se consacre aux claviers et à la basse. Une basse, qui fait pour la première fois son apparition sur scène, lors de cette tournée. Plus à droite encore, N’Zeng s’occupe aussi bien des claviers, de la programmation, du chant que des cuivres. Le décor est fidèle à l’univers graphique de la pochette du dernier opus ? Nous sommes embarqués dans une machine de guerre aux reflets métalliques. Nous nous dirigeons vers une ville perdue où un groupuscule d’irréductibles hisse le pavillon de la révolte. « Viva La Revolucion » ouvre les festivités Conséquence : le public s’enflamme autant que les artistes. Très vite JC001 débarque sur les planches, le pas chaloupé et la casquette vissée jusqu’aux oreilles. Sa voix caverneuse débite un flow mortel, et se lance aussi dans des ‘beat box’ vraiment excellents. Le tout sans postillons. Ce qui est une prouesse et nos objectifs lui sont reconnaissants. En vraie bête de scène, JC001 est souvent accompagné par N’Zeng ou/et par Sir Jean. Ce dernier est d’ailleurs accueilli en guest star par un public déjà conquis. La participation de Sir Jean sur le dernier elpee a des effets positifs sur le groupe qui l’a du coup embarqué dans ses valises. Tel un chef de tribu, il balance ses tresses et son dynamisme est propulsé par l’élément fédérateur du groupe : la trompette. Car si star il y a ce soir-là, c’est bien elle. Scintillante de mille feux, elle souffre contre les joues tendues de N’Zeng. Cet instrument nous rappelle un peu le sens du festival et le pourquoi de sa présence en ces lieux: le jazz. Ce dernier se dissipe assez vite entre les morceaux trip hop/dub/jungle du groupe, mais n’est jamais complètement enterré. Les nouveaux titres de « Radio Blood Money » ont un peu de mal à tenir l’énergie que diffusent les morceaux plus anciens des précédents albums comme « PH Theme », « Dawg Beat » ou « Cow Boy ». Le public semble ne pas avoir encore imprimé, complètement dans sa mémoire, les derniers titres. Il faut dire que l’album n’a que deux mois d’existence ; et ce sont ses premières transpositions scéniques. A l’instar du morceau « Plastic People » plus agressif dans sa conception, « Radio Blood Money » est plus tranché. Le temps sera nécessaire pour sa digestion. Malgré tout, des compos telles tels que « Judge Not », « History Ghost » ou « Traces » passent bien la rampe. On pourrait regretter le manque de freestyle ou d’impros lors du set, juste pour sentir mieux encore, l’unité et le sens d’équipe que les Lyonnais développent tout le long de leur prestation. Tout est bien huilé, bien calé, bien calculé. Il n’empêche qu’une ambiance surchauffée reste bien présente et les 75 minutes de concert s’écoulent à toute vitesse.

Au premier rappel, le groupe nous gratifie d’un quart d’heure supplémentaire, mais ne semble pas encore fatigué. C’est à l’issue du second, d’une durée de 10 minutes, qu’il décide de prendre congé de l’audience. 100 minutes : c’et le timing de cette soirée. On en a eu pour notre argent. D’ailleurs, l’énergie transportée par le public le long des couloirs, en se dirigeant vers la sortie, est la preuve qu’elle s’est collée à nous, et que nous continuerons à la diffuser un bon moment encore. Je rentre chez moi content mais encore surexcité. C’est que c’est tenace Le Peuple de l’Herbe, mais ouaiiiiis vieux …

(Organisation Botanique)

 

Le Peuple de l’Herbe

L’énergie verte du Peuple de l’Herbe

Écrit par

La soirée du 25 octobre 2007 s’annonçait festive. En effet, Le Peuple de l’Herbe et Asian Z se produisaient ce soir-là dans le cadre de l’Audi Jazz festival, à l’Orangerie du Botanique. Les premiers étaient venus présenter et défendre leur dernier album « Radio Blood Money », les seconds m’étaient complètement inconnus et éveillaient en moi une curiosité amusée.

En surfant sur leur site, l’univers d’Asian Z m’a semblé farfelu, volontairement immature et particulièrement cocasse. Deux heures avant le concert, Spagg du Peuple de l’Herbe me confiait lors de l’interview : ‘Tu connais Asian Z, ils passent avant nous ? Tu vas voir c’est assez particulier, moi j’adore !’ Cette phrase est venue tout naturellement aiguiser ma curiosité à leur égard.

Sur le coup des 20h, la foule venue en nombre s’agglutine à l’entrée. Juste le temps de déposer mon sac et mes affaires au vestiaire. ‘Bad done’, le vestiaire est fermé. Et je suis forcé d’entrer dans la salle avec tout mon barda. J’essaye de dénicher une place près de moi pour les déposer, je sors l’appareil photo, mon carnet de notes, et je regarde se dérouler devant mes yeux ébahis un spectacle complètement délirant monté par cinq Japonais.

Asian Z plaque ses chansons sur fond de karaoké. Les titres sont projetés sur un écran placé dans leur dos. Les paroles reproduites en japonais, en phonétique et leur traduction en français clignotent entre des images et des phylactères dignes d’une bd. Nous sommes pongés en plein univers manga. Tels des samouraïs, la posture fière et le verbe fort, la pop/rock un rien eighties d’Asian Z enrobe le spectacle, et propulse une énergie sympathique et communicative. Il faut lire ces traductions pour essayer de suivre. On y parle de poils, de ‘rasage de chatte’, de trous du cul poilus, d’alcool à outrance, etc. Deux minuscules danseuses japonaises se dandinent derrière le chanteur, levant les bras et sautant sur une chorégraphie apprise par cœur. Le public derrière moi prête plus attention aux textes qui défilent, et se marrent en lançant des ‘rhooo’ à tout va. Je crois que, comme moi, il se demande si tout ça est bien sérieux. Manifestement, ils en ont tout l’air. De nombreux ados postés aux abords de la scène se fendent la poire et se délectent de la prestation. Hurlant pour un rien, tels des groupies de la première heure. Une ambiance ‘bon enfant’ se trame ; et après 9 chansons les Japonais (quoique Lyonnais d’adoption) prennent congé de la salle.

21h00. Les roadies s’affairent, les instruments et l’univers des prochains acolytes s’échafaudent. ‘Le Peuple de l’Herbe’ me gueule dans l’oreille un jeune chevelu, ‘mais ouais vieux !!’ lui rétorque son camarade. Ces deux énergumènes seront collés dans dos et à mes oreilles tout le long du concert, répétant sans cesse ces deux phrases énervantes au possible. C’est recta, à chaque coup je me tape un voisin de concert débile. Mais ces deux-là, c’est le pompon.

21h10. Le bruit des hélices d’un hélico vient ouvrir le jardin où Le Peuple de l’Herbe (‘mais ouais vieux !’) semble impatient de jouer. La batterie de Psychostick trône au centre. A l’arrière. A gauche, Dj Pee a les yeux rivés sur le laptop et ses platines. A droite Spagg se consacre aux claviers et à la basse. Une basse, qui fait pour la première fois son apparition sur scène, lors de cette tournée. Plus à droite encore, N’Zeng s’occupe aussi bien des claviers, de la programmation, du chant que des cuivres. Le décor est fidèle à l’univers graphique de la pochette du dernier opus ? Nous sommes embarqués dans une machine de guerre aux reflets métalliques. Nous nous dirigeons vers une ville perdue où un groupuscule d’irréductibles hisse le pavillon de la révolte. « Viva La Revolucion » ouvre les festivités Conséquence : le public s’enflamme autant que les artistes. Très vite JC001 débarque sur les planches, le pas chaloupé et la casquette vissée jusqu’aux oreilles. Sa voix caverneuse débite un flow mortel, et se lance aussi dans des ‘beat box’ vraiment excellents. Le tout sans postillons. Ce qui est une prouesse et nos objectifs lui sont reconnaissants. En vraie bête de scène, JC001 est souvent accompagné par N’Zeng ou/et par Sir Jean. Ce dernier est d’ailleurs accueilli en guest star par un public déjà conquis. La participation de Sir Jean sur le dernier elpee a des effets positifs sur le groupe qui l’a du coup embarqué dans ses valises. Tel un chef de tribu, il balance ses tresses et son dynamisme est propulsé par l’élément fédérateur du groupe : la trompette. Car si star il y a ce soir-là, c’est bien elle. Scintillante de mille feux, elle souffre contre les joues tendues de N’Zeng. Cet instrument nous rappelle un peu le sens du festival et le pourquoi de sa présence en ces lieux: le jazz. Ce dernier se dissipe assez vite entre les morceaux trip hop/dub/jungle du groupe, mais n’est jamais complètement enterré. Les nouveaux titres de « Radio Blood Money » ont un peu de mal à tenir l’énergie que diffusent les morceaux plus anciens des précédents albums comme « PH Theme », « Dawg Beat » ou « Cow Boy ». Le public semble ne pas avoir encore imprimé, complètement dans sa mémoire, les derniers titres. Il faut dire que l’album n’a que deux mois d’existence ; et ce sont ses premières transpositions scéniques. A l’instar du morceau « Plastic People » plus agressif dans sa conception, « Radio Blood Money » est plus tranché. Le temps sera nécessaire pour sa digestion. Malgré tout, des compos telles tels que « Judge Not », « History Ghost » ou « Traces » passent bien la rampe. On pourrait regretter le manque de freestyle ou d’impros lors du set, juste pour sentir mieux encore, l’unité et le sens d’équipe que les Lyonnais développent tout le long de leur prestation. Tout est bien huilé, bien calé, bien calculé. Il n’empêche qu’une ambiance surchauffée reste bien présente et les 75 minutes de concert s’écoulent à toute vitesse.

Au premier rappel, le groupe nous gratifie d’un quart d’heure supplémentaire, mais ne semble pas encore fatigué. C’est à l’issue du second, d’une durée de 10 minutes, qu’il décide de prendre congé de l’audience. 100 minutes : c’et le timing de cette soirée. On en a eu pour notre argent. D’ailleurs, l’énergie transportée par le public le long des couloirs, en se dirigeant vers la sortie, est la preuve qu’elle s’est collée à nous, et que nous continuerons à la diffuser un bon moment encore. Je rentre chez moi content mais encore surexcité. C’est que c’est tenace Le Peuple de l’Herbe, mais ouaiiiiis vieux …

(Organisation Botanique)

 

 

Jenny Owen Youngs

Batten The Hatches

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Jenny Owen Youngs, jeune fille issue des faubourgs fermiers du New Jersey, s’offre une entrée moyennement réussie dans l’impitoyable univers indie. « Batten The Hatches », son premier essai, n’est qu’un instantané de plus, interprété par une jolie voix féminine légèrement trop banale. Privilégiant les ritournelles brèves ne dépassant que rarement les 3 minutes 30, Jenny Owen Youngs est une sorte de Regina Spektor éduquée à la guitare acoustique plutôt qu’au piano et à l’écriture sombre plutôt qu’à l’allégresse.

De l’ensemble, seuls un excellent « Fuck Was I », un « Voice On Tape » interrompu par une brève intervention téléphonique de sa chère amie, Regina Spektor, ainsi qu’une version bonus remixée par The Age Of Rockets de « Woodcut », couverte d’une délicieuse nappe d’electronica, font honneur au talent évident mais tristement sous-exploité de Youngs. « Batten The Hatches » connaîtra, au plus tard au bout de deux ou trois écoutes, le même et tragique destin de tant de disques un peu trop marqués par l’urgence du moment : au placard…

Robert Wyatt

Comicopera

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Pour enregistrer son douzième opus solo, Robert Wyatt a reçu la collaboration de quelques pointures et notamment Brian Eno, Paul Weller et Phil Manzanera. Sans oublier son épouse Alfie Benge, qui se réserve également les lyrics de plusieurs plages. Et puis du saxophoniste Gilad Atzmon, la tromboniste Annie Whitehead ainsi que le violoncelliste Aaron Stavi. Un album que Bob a produit et dont les sessions d’enregistrement se sont déroulées chez lui à Louth, mais également dans les studios Gallery de l’ex-guitariste de Roxy Music.

Vu la liste des invités, on se doute que Wyatt en est revenu à une forme plus prog. Prog jazz atmosphérique, bien évidemment ; et la structure de cet opus, découpé en trois actes, rappelle inévitablement la forme du concept album. Trois parties sous-titrées « Lost in noise », « The here an the now » et « Away with the fairies ». La première se révèle plus classique pour Waytt, dans l’esprit de « Rock Bottom » et de « Ruth is stranger than Richard », même si les cuivres sont beaucoup plus présents, Robert jouant de plus en plus de la trompette. La poésie y est davantage mise en évidence, également. Celle de son épouse, bien sûr. Wyatt y reprend également le « Stay tuned » d’Anja Garbarek. Un morceau remarquable d’intimisme et de profondeur qui baigne dans un climat mélancolique, presque sinistre. Et les quatre autres titres de ce premier acte sont de la même trempe. La voix de l’ex-Soft Machine, parfois rejointe par celle d’une invitée (Karen Mantler ? Monica Vasconcelos ?), épousant très souvent l’instrumentation éthérée, intense, très cuivrée, sculptée dans le soft jazz.

La deuxième est partagée entre expérimentation sonore et textes à l’engagement spirituel, politique ou social. Wyatt y condamne l’intervention en Irak sur l’intense « Out of the blue », un fragment électro-psychédélique au cours duquel la voix de Brian Eno est particulièrement triturée. Il enveloppe sa rage dans l’introspectif et faussement allègre « A beautiful war » et blâme l’incompétence du gouvernement britannique en matière d’urbanisme sur « A beautiful peace ». Mais nous propose aussi un concert de casseroles à résonnance cubaine sur l’insolite « On the town square » ou encore trempe « Serious », dont le swing très excitant est entretenu par Paul Weller, invité à bien syncoper ses accords de guitare. Reste « Mob rule » » qui s’inscrit davantage dans l’esprit du premier volet.

Pour la troisième partie, il a décidé de ne plus chanter dans la langue de Shakespeare. C’est sa manière de contester l’omnipotence de certains de ses compatriotes. Passons sous silence l’anecdotique « Pastafari », recherche pure sur les sonorités d’un vibraphone, et la minute trente-huit de « Fragment », dont une bonne moitié est consacrée au passage d’une bande à l’envers (NDR : à une certaine époque, cette forme d’avant-gardisme était à la mode), pour épingler « Cancion de Julieta », une plage envoûtante, énigmatique, hypnotique de 7’30, chantée en espagnol. Et sur un poème de Garcia Lorca. Le solennel (ces arrangements de cordes pincés et cet orgue d’église !) et bouleversant « Del mondo », chanté en italien. Et le final « Hasta siempre comandante », dont le climat jazz atmosphérique est tourmenté par des accès répétés de rythmes cubains, avant de succomber au charme de ces percus latino.

A 62 balais Wyatt est toujours aussi intrigant, touchant, amusant, audacieux et provocateur. Et il n’est pas prêt de retourner sa veste. « Comicopera » en est, une nouvelle fois, une belle démonstration.

Rick Vito

Rattlesnake Shake

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Ce chanteur/guitariste est surtout connu pour avoir milité chez le Fleetwood Mac entre 1987 et 1991. Mais aussi les Bluesbreakers de John Mayall. C’était en 1974. Il participera d’ailleurs à la confection de 4 albums. Bien sûr, ce ne sont pas les périodes les plus créatives des deux formations, mais il s’y est forgé une notoriété certaine. Il a également longtemps soutenu la chanteuse Bonnie Raitt. Entamée depuis maintenant plus de 15 ans, sa carrière individuelle est illustrée par d’excellents elpees. Son premier album solo, "King of hearts", remonte ainsi à 1992. Et dans la foulée, il a commis "Pink & Black" en 99, "Lucky devils" en 2001, "Crazy cool" en 2002 et "Band box boogie" en 2003. Cependant, la rumeur colporte qu’il aurait repris la route en compagnie d’un de ses meilleurs compagnons, au sein du Mick Fleetwood Band. Son prestige procède surtout de son talent de slider. Et cet opus en est un parfait témoignage. Un œuvre remixée et remasterisée, il y a quelque temps, pour le label allemand, Hypertension. Rick a reçu le concours de son groupe, les Lucky Devils. C'est-à-dire une section rythmique partagée entre le bassiste Charlie Harrison et le drummer Ricky Reed.

Huit plages sont signées par Mr Vito. La plaque recèle également deux reprises de Peter Green. Pas étonnant, lorsqu’on sait que Rick voue une admiration sans borne au mythique guitariste du british blues. Pourtant, il est beaucoup plus proche d'une autre figure marquante de Fleetwood Mac : Jeremy Spencer. A cause de son jeu sur la slide. Et cette influence se sent dès la plage d’ouverture, "My baby's hot". Un titre teinté de Chicago blues des 50’s. Celui d'Elmore James. Cependant, si on saisit bien le jeu de slide, on se rend compte rapidement que son style est à la fois très personnel et bien plus complexe. Il reprend alors –et ce n’est guère surprenant– une des meilleures compositions de Green : le fameux "Rattlesnake shake". Une compo qui était le prétexte à de longues jams accordées sur scène par le Mac, à la fin des sixties. En écoutant un peu plus attentivement, on discerne la profondeur du style de Vito à la slide. Manifestement, il est également inspiré par certains maîtres de la roots music, comme Ry Cooder et Sonny Landreth. Il transforme son instrument en être vivant, susceptible de manifester des sentiments et de déborder de force et de vitalité. "I do believe" en est la plus belle illustration. Les sticks de Charlie adoptent le rythme du chemin de fer sur "The lucky devil". Une bonne dose de country envahit ce blues du sud. "A change is gonna come" puise son inspiration chez Sam Cooke. Une plage instrumentale très lente, mélancolique. Les accents hawaïens de la slide y expriment subtilement une tristesse infinie. "Slide the blues" porte bien son titre. Un autre instrumental au tempo alangui. Epanouie, la slide exploite judicieusement la diversité des sons. Vito est davantage musicien que chanteur. Cependant, sa voix pas très puissante est empreinte de sensibilité. A l’instar du délicat "I am not alone" ou de "Hole in my shoe", à nouveau un roots rock vagabondant sur les routes du sud, quelque part entre le Texas, la Louisiane ou encore l'Arkansas. De bonne facture, cet opus s’achève par un nouvel hommage à Peter Green. Une adaptation assez large d’"Albatross", une célèbre compo qui avait longtemps trusté le faîte des charts, à la fin des années 60. Rick Vito a également livré un DVD en 2001 : « Rick Vito in Concert ». Enregistré en Allemagne, il a également reçu la collaboration des Lucky Devils. Et puis l’an dernier un autre DVD, intitulé "Complete guide to slide guitar"…

Various Artists

Fania Remixed

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Toujours occupé dans sa grande entreprise de réédition de l’énorme catalogue du label ‘numero uno’ de la musique latine, V2 a décidé de s’adresser un peu plus aux pieds des nightclubbers en herbe en proposant quelques versions remixées de classiques de la maison. Mais penchons-nous sur les dix titres (5 remixes et 5 originaux) proposés en avant goût dans l’exemplaire promo. L’elpee s’ouvre par « Happy Soul With a Hook », déjà entendu maintes fois sur les compilations Fania et récemment popularisé par Cristina Aguilera dans son dernier album. Un très bon titre remixé dans la plus pure tradition hip hop par le canadien Dj Format. C’est en effet le formidable break de batterie du morceau original qui est la vedette du remix. La relecture house-lounge de « Feel Like making Love » est un très beau titre de Ricardo Marrero & Time trempé dans le soul jazz. Mais cette relecture n’est pas assez franche pour susciter la danse et paraît bien pâlotte au regard de la luxuriance de l’original. Plus efficace, Louie Vega propose une version tout en crescendo du « Mi Gente » de Hector Lavoe, un des chanteurs vedette de Fania dans les années 70. Ces onze minutes de climax savamment orchestré devraient plaire aux amateurs de latin dance. Toujours au rayon des pointures, l’Anglais Gilles Peterson s’autorise une adaptation audacieuse de « Sanoe », pépite de latin jazz atmosphérique. Peterson reprend la ligne de piano hypnotique de l’original et n’hésite à fragmenter la matière sonore dans un traitement aux confins du dub. On termine par Aaron Jerome qui recycle le classique du boogaloo « I Like It Like That ». Une vision très ‘big beat’ qui à défaut d’être originale peut au moins se targuer d’être efficace. A vous les studios !

Bruce Springsteen

Magic

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Cinq ans que l’E Street Band n’avait plus enregistré en compagnie du boss. Aussi on pouvait s’attendre à un album très rock et énergique comme seul Springsteen est capable de nous fourguer. Ce n’est pas tout à fait ce qu’il nous a concocté. En fait, passé le premier titre, « Radio nowhere », plutôt enlevé et bien cadencé, l’opus fait la part belle à la pop mélodique hyper léchée. S’il n’y avait l’instrumentation luxuriante et les accès de saxophone, plusieurs compos auraient même pu figurer au répertoire de REM. On a même droit à des arrangements de cordes fastueux sur l’apaisant « Your own worst enemy » et à une chanson réminiscente du New Mersey Sound. Celui d’Icicle Works, très exactement, sur « Girls in their summer clothes » ; Bruce empruntant même les inflexions de Ian McNabb. Surprenant ! Heureusement, le reste de l’opus redresse la barque. Tout d’abord « Gypsy biker » et « Long walk home », deux plages sculptées dans un rock bien carré et hymnique ; voire « Last to die », malgré les arrangements symphoniques assez envahissants. Parcouru par un harmonica et élégamment balayé par une section de cordes, « I’ll work for your love » mêle habilement instrumentation électrique et acoustique. Une très belle chanson aux accents dylanesques. Tout comme le titre maître, une ballade émouvante privilégiant guitare sèche, mandoline et violon. Ainsi qu’un bonus track, au cours duquel Springsteen se fend d’un titre folk épuré, limité à la voix, au piano et à la sèche. Le spectre du Zim n’est pas loin. A moins que ce ne soit celui de Pete Seeger. Il ne faut pas oublier que l’an dernier, Bruce avait consacré l’intégralité d’un album à des reprises de l’activiste new-yorkais. Et aussi bien Bob que Bruce vouent une grande admiration à Seeger, tout en demeurant très engagés dans les domaines écologique, sociologique et politique. « Magic » n’échappe pas à la règle et notamment le bouleversant « Devil’s arcade ». Bruce dit tout le bien qu’il pense des pertes subies par les Etats-Unis en Irak. Construit en crescendo, ce morceau imprimé sur un tempo new wave oscille entre minimalisme et maximalisme. Bref, à 58 ans le boss a encore de beaux restes. Mais à mon humble, avis en choisissant Brendan O’Brien (Pearl Jam, Aerosmith, Red Hot) pour le produire, il n’a pas fait le bon choix.

I-tunes:

http://phobos.apple.com/WebObjects/MZStore.woa/wa/viewAlbum?id=263087969&s=143446

MSN-music:

http://sib1.od2.com/common/product/Product.aspx?shop=40&associd=5&catno=OD2DI6208931

 

 

 

Lofofora

Mémoire de Singes

Écrit par

Plus de quinze ans après ses débuts amorcés sur les cendres encore chaudes du rock alternatif ‘à la française’, Lofofora demeure un digne représentant de la scène hexagonale, au-delà des courants auxquels ils ont souvent été associés. La formule pour « Mémoire de Singes » n’a pas bougé d’un iota ; Lofofora tire à boulets rouges sur toutes les défaillances du système sociopolitique français. En chargeant leurs titres militants d’une fusion de hard core, métal et punk rock. Un sixième album studio qui séduira les fans, et laissera de marbre ceux qui n’ont pas crié au génie à la sortie de « Dur comme Fer », en mars 99.

Le chanteur Reuno, porte-parole particulièrement engagé, demeure extrêmement critique face au système sur les 13 plages qui forment cette nouvelle galette incendiaire. ‘Quand j’étais petit, on disait un clochard, maintenant on dit un SDF parce que c’est plus propre. On ne parle plus de maladies vénériennes mais bien de MST. J’estime toujours qu’on nous prend pour des cons’». A l’écoute de « Nobody’s Perfect » ou du particulièrement réactionnaire « Tricolore », impossible d’avoir des doutes sur la bonne foi du chanteur…

Sur le plan musical, cette nouvelle livraison ressemble à toutes les autres productions de Lofofora… Du bon travail, mais pas ma tasse de thé !

Hot Hot Heat

Happiness Ltd.

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Si on compte le split cd partagé avec Red Light Sting, paru en 2004, le groupe canadien en serait déjà à son cinquième album. Beaucoup de remue-ménage depuis leur formation, puisqu’après le départ du premier vocaliste, à l’issue de l’EP « Knock knock knock », c’est au tour de Dante DeCaro, le guitariste de se faire la malle. Il a rejoint Wolfmother. Fallait s’y attendre, après la livraison du décevant « Elevator ». Bref, Hot Hot Heat nous devait une revanche. Malgré ce départ, le quatuor de Victoria a décidé de se retrousser les manches. Faut dire que malgré tous les coups du sort qui se sont abattus sur leur tête, le combo n’a jamais baissé les bras ; et manifestement, on ne les a jamais sentis aussi soudés. Paradoxalement, les chansons de « Happiness Ltd » ont été écrites pendant la tournée d’ « Elevator ». Faut croire que la formation a pris conscience de l’échec de cet elpee et en a tiré les conclusions qui s’imposaient puisque « Happiness Ltd » s’inscrit ainsi davantage dans l’esprit du « Make up the breakdown », paru en 2002. Le chanteur/claviériste s’est montré bien inspiré en concoctant des chansons plus audacieuses et surtout convaincantes.

Onze plages figurent sur cet elpee. Onze titres dansants et vivaces qui ont bénéficié du concours de trois producteurs différents pour la mise en forme, dont Butch Walker et Rob Cavallo. Inspiré à l’origine par la new wave ou le power pop et en particulier par des artistes ou des formations comme Elvis Costello, Cure et XTC, Hot Hot Heat, mais aussi le punk funk, HHH semble avoir aujourd’hui élargi son champ d’influences en puisant dans le garage rock. Celui des Strokes, par exemple.

L’opus s’ouvre par le titre éponyme au refrain entraînant et embraie par « Let me in » à la mélodie pénétrante et excitante. Une attaque massive de drums pilonne « Harmonicas & Tambourines » ; elle est tellement puissante que votre rythme cardiaque risque d’en prendre un coup. Pour la ballade « Outta Heart », le groupe a bénéficié de la participation d’un orchestre et d’une chorale. Dans un style que n’aurait pas renié feu Marc Bolan. L’elpee recèle également une nouvelle version « 5 times out 100 », compo qui figurait sur l’EP « Knock knock knock ».

La réaction de Hot Hot Heat est judicieuse. Pourvu que ça dure !

 

High Tone

Underground Wobble

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Les week-ends de ce mois d’octobre n’ont pas fini de nous ravir, et le soleil présent nous réserve sans doute un hiver rigoureux. Afin de s’y préparer, dès lors, on en profite pour emmagasiner une tonne de rayons qui réchauffent. On peut commencer à se calfeutrer, ressortir les petites laines ou écouter « Underground Wobble » de High Tone. Apparu à la même période que les rayons du soleil de ce mois, la chaleur diffusée par cette plaque peut amortir, voire même sublimer cette descente irrémédiable vers le froid. Les cinq résidents lyonnais se sont remis à l’ouvrage, produisant à nouveau une galette dub/electro nickel chrome. De scratches en gimmicks, de batterie envoûtante en clavier organique, les éléments s’enchaînent et se superposent, telle une famille qui se réunit après sa dispersion. Suivant son habitude, DJ Twelve (Lionel Dumas) ne se contente pas de se frayer un passage à travers les musiciens, il est carrément le sherpa de l’équipe qui emmène sur des hauteurs enivrantes basse, guitare, clavier et batterie. Hauteur, où les artistes semblent parfaitement à l’aise pour lancer vers l’écho infini, un dub hypnotique. Ce dernier elpee du club des cinq Français, sonne résolument l’heure de la maturité, et prouve tout le bienfait des précédentes sorties emmagasinées. Bariolé aux sons arabisés, africanisés voire urbanisés, « Underground Wobble » dépeint un univers riche en sons, effets, et mixes aiguisés. Certains morceaux beaucoup plus dépouillés comme « Ask The Dust » ou « Soundscape » (qui s’affuble d’un texte qu’I Am avait déjà utilisé pour une intro) viennent poser un tempo plus calme proche de leurs compagnons d’armes, Zenzile. Ces moments ponctuent parfaitement l’intensité d’autres pistes, conférant à l’album un cachet bien cool, varié et délicieusement ‘peace’. Galette vivement conseillée, pour ma part.

 

The Good Life

Help Wanted Nights

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Projet parallèle de Tim Kasher, leader des géniaux Cursive, The Good Life dévoile pour la quatrième fois le côté tendre et plus lisse du bonhomme. « Help Wanted Nights » confirme l’amour de ce dernier pour les mélodies à la fois simples et raffinées. Pur produit Saddle Creek, ce nouvel essai nous invite à pénétrer dans le bar des émotions de Kasher. A l’intérieur de l’établissement, les âmes sont apaisées et les sourires amicaux s’esquissent sur le visage de la clientèle venue ici pour l’ambiance chaleureuse plutôt que la bibine. Les soucis, qui y sont interdits de séjour, demeurent à la porte d’entrée, sur laquelle une pancarte poussiéreuse annonce « Help Wanted Nights ». Mais le candidat potentiel découvrira assez tôt la supercherie. A peine un pied à l’intérieur, celui-ci prendra rapidement conscience que le personnel de The Good Life est loin d’avoir besoin d’aide, se débrouillant plutôt bien seul en matière de service et de fidélisation de la clientèle. Entre un délicieux « On The Picket fence », un agréable « You Don’t Feel Like Home To Me » et un exquis « So Let Go », qui n’aurait pas envie de remettre les pieds chez The Good Life, établissement qui fait plus qu’honneur à son nom ?

The Go ! Team

Proof Of Youth

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Depuis le succès surprise de l’album « Thunder, Lightning, Strike », The Go ! Team a cessé d’incarner le ‘bedroom project’ du multi-instrumentiste Ian Parton, pour devenir un groupe à part entière. Terminé les voix samplées, c’est Ninja et son phrasé old school qui monopolisent le micro sur cet album frénétique et ponctué d’apparitions de Chuck D, Marina Vello (Bonde Do Role) ou des Double Dutch Divas. Vu qu’on ne change pas une recette qui marche, Go ! Team reste fidèle à ce mélange ultra efficace de pop naïve, de hip hop old school, de funk épique et de guitares à la Sonic Youth. A la différence près qu’ici le son est un peu moins lo-fi et porteur de plus de fréquences basses (quasi absentes de « Thunder, Lightning, Strike »). Le très bon « Grip like a vice » entame les hostilités, une cavalcade diabolique basée sur un sample des Politicians, formation culte (et archi samplée) du funk U.S. Hormis les chansons pastorales « My World » et « I never needed it now so much », la suite est à l’avenant et réserve à l’auditeur quelques bombinettes pour les dancefloors. Elles s’apprécieront cependant davantage en écoute individuelle qu’enchaînées les unes aux autres, comme c’est le cas ici, créant par la même une certaine uniformisation du propos. Cette légère réserve ne doit pas vous empêcher d’apprécier les plaisirs frais et simples procurés par ce « Proof of Youth ».

Future Of The Left

Curses

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Trio de Cardiff responsable des excellents « My Pain And Sadness Is More Sad And Painful Than Yours » (2003), « The Difference Between You And Me Is That I’m Not On Fire » (2004) et, surtout, « McLusky Do Dallas » (2002), McLusky est l’une de ces formations qui n’auront connu qu’une brève carrière avant de s’évaporer dans le gris du ciel britannique, bien trop soudainement. Des cendres de McLusky est né Future Of The Left, à l’initiative d’Andrew Falkous et Jack W. Egglestone auxquels est venu se greffer Kelson L.T. Mathias, ex-Jarcrew. Cette nouvelle configuration, sans être un avatar grotesque de McLusky, s’avère constituer un enchaînement parfait et bien pensé.

Reprenant quelques uns des ingrédients majeurs qui ont fait le succès de leur ancienne formation, Andrew, Egglestone et leur nouvel allié balancent un « Curses » tout en éclats et en fureur. En 37 minutes, le trio réussit à réveiller les morts (« Plague Of Onces », « Real Men Hunt In Packs »), les faire danser tout en emplissant leur gosier inexistant de liqueurs en tous genres (« Manchasm », « My Gymnastic Past », « adeadenemyalwayssmellsgood ») et même leur permettre un court instant d’introspection (« The Contrarian ») avant de retourner gentiment s’allonger dans leur sombre et étroite résidence, en attendant la prochaine sortie nocturne de Future Of The Left. Tout ça ne nous rendra pas McLusky mais c’est un putain de bon début !

Ryan Francesconi & Lili De La Mora

Eleven continents

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“Eleven continents” constitue le premier opus né de la rencontre entre Ryan Francesconi et Lili De La Mora. Le premier cité est un musicien réputé dans le domaine de l’électronique. En quatre années, il a réalisé trois elpees. La seconde est chanteuse. Elle milite au sein de The Year Zero, une formation californienne. De Los Angeles, très exactement. Elle possède une superbe voix. Délicate, douce, éthérée, angélique et sensuelle. Proche d’une Miki Berenyi. Le second a mis ses laptops et ses synthés au placard. Il s’est concentré sur la basse, le piano Rhodes et la guitare. Acoustique surtout. Il la joue en picking. Le duo a reçu le concours de quelques collaborateurs. Joanna Newsom, tout d’abord. A la harpe. La chanteuse Fabiola Sanchez, ensuite. Dont le timbre est aussi fragile que celui de Lili. Curieux, parce qu’au sein de Familiar Trees, c’est Ken Negrete qui se charge des vocaux. Il est aussi de la partie. Au piano. Les autres guests se partageant violoncelle, trompette, flûte, alto et percussions.

Les arrangements sont complexes. Les compos introspectives, visionnaires et élégiaques. Comme si une brise rafraîchissante balayait avec grâce, sensibilité et élégance les douze fragments de cette œuvre aux tonalités chatoyantes et argentines. « Eleven continents » devrait plaire aux mélomanes qui ne jurent que par Cocteau Twins, Hammock, The Innocence Mission et bien sûr les Familiar Trees.

 

 

The Autumns

Fake noise from a box of toys

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The Autumns est une formation particulièrement populaire aux States. Et leur nouvel album, « Fake noise from a box of toys », devrait confirmer le statut de super groupe de cet ensemble californien. De Los Angeles pour être plus précis. A l’origine, The Autumns avait suscité l’intérêt de nombreuses écuries. C’est d’abord chez le label indépendant Risk qu’ils signeront, y réalisant leur premier opus « The Angel Pool », en 1997. Avant d’atterrir chez Bella Union chez qui on retrouve notamment The Dears et My Latest Novel. Le quintet a également collaboré au film d’Angela Shelton, « Searching for Angela Shelton », pour lequel il a décroché un Golden Globe.

Les véritables aficionados estimeront ce quatrième elpee plus mordant, agressif et tonique, capable d’alterner compos puissantes et douces mélodies. Estimant même leurs idoles métamorphosées et responsables d’une expérience enivrante au sein de laquelle se mêlent guitares frénétiques et vocaux à la fois puissants et angélique. Il faut d’ailleurs reconnaître que Matt Kelly possède un organe étonnant ; son timbre est même assez proche d’un Jeff Buckley voire de Matt Bellamy (Muse). Un Muse qui inspire manifestement The Autumns, même si dans leur solution sonore on y décèle des éléments empruntés à The Stone Roses, Radiohead et… Explosions In The Sky. Pas de mauvaises références en soi.

Maintenant, en prenant du recul, le résultat n’est pas aussi idyllique. Car si porter l’étiquette de groupe populaire aux U.S.A. n’est pas une chose aisée, il faut aussi confirmer. Le succès monte vite à la tête et la suite s’en ressent. Et ce « Fake noise from a box of toys » en est la plus belle démonstration. Le groupe semble finalement en panne d’inspiration et avare d’éclairs de génie. Un opus sans grand relief qui suscite rapidement l’ennui. Suffit pas de choisir les bonnes sources d’inspiration il faut également être capable de les transcender. Et on est loin du compte.

 

AC/DC

Plug me In (Dvd)

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Les inconditionnels d’AC/DC vont faire des bonds au plafond en découvrant dans les vitrines des disquaires ce très bel objet que constitue « Plug it In », box dvd qui retrace toute la carrière du plus célèbre groupe de hard rock de tous les temps. D’autant plus qu’on annonce la sortie en 2008 d’un nouvel opus signé par les frangins électriques et que les fans trépignent d’impatience depuis l’annonce du successeur de « Stiff uper Lip ». L’objet tombe donc à point ! L’occasion était trop belle ! Des centaines de milliers de frustrés vont se précipiter sur le box, qui, s’il n’est pas dépourvu d’intérêt, flaire néanmoins très sérieusement le pognon facilement gagné.

Plus qu’un simple dvd classique, « Plug » se présente sous deux formes différentes : un coffret double dvd (5 heures de disque) et une édition de luxe comprenant trois rondelles et une foule de gadgets Ayant reçu le format classique de Sony/Bmg (ce qui n’est déjà pas si mal, car les temps sont durs en matière de promo), c’est donc ce dernier que nous allons déballer sous vos yeux ébahis et écarquillés ! Tout d’abord, couleur café italien, l’étui noir est frappé du célèbre logo AC/DC en lettres rouges et en relief. Le pack est de la même facture mais il est illustré de photos argentées des deux chanteurs du combo aussie (Bon Scott et Brian Johnson). Outre les deux rondelles, on y découvre émerveillé deux livrets truffés d’anecdotes, de photos inédites, de copies de backstages, de documents divers, et de tickets des plus célèbres concerts accordés par Angus et sa meute. Notons la reproduction d’un billet d’entrée pour un concert accordé à Forest National, datant de juin 1986. A l’époque on ne déboursait que 500 francs pour se faire décrasser les cages à miel !

La première plaquette passe en revue les 5 premières années de la vie du groupe, et leurs premières prestations en compagnie de l’inégalable Bon Scott. Elle commence très fort par une performance aux premières heures du band à la télé australienne. En 1975. Au ‘King of Pop Awards’. Les frères Young sont à peine reconnaissables, et les boutons d’acné n’étaient pas un problème pour les maquilleuses de l’époque. Dès lors, on se rend compte que « Plug it In » ne s’adresse qu’aux archivistes et aux fans invétérés du plus célèbre groupe australien. Les documents, n’ont pas fait l’objet d’un nettoyage et la qualité d’image et sonore est trop souvent mise à mal. Parmi les meilleurs moments, nous retiendrons la première performance publique de « Highway to Hell » pour la télévision hollandaise en 79 ou encore la version costaude d’un « Do Eat Dog » captée à Glasgow. Les bonus regorgent d’interviews de Scott avant sa tragique disparition, mais on a vite l’impression de tourner un peu en rond…

Le contenu du DVD II est dédié, à juste titre, à la période Brian Johnson. La qualité des documents laisse une nouvelle fois souvent à désirer, malgré l’aspect plus ‘récent’ des 27 titres proposés. Et c’est à l’écoute des morceaux écrits pour Scott chantés par Brian ‘Casquette’ qu’on se rend compte que l’ex chanteur des Geordies a parfois frôlé le massacre lors de certaines de ses interprétations, et qu’il demeure beaucoup plus à l’aise dans le répertoire commençant dès l’excellent « Back in Black ». Il serait inutile de vous énumérer toutes les plages sous-titrées « 1981-2003 », mais nous apprécierons le beau geste de la production qui nous gratifie d’une interview à Bruxelles (ainsi que d’une version live du hit Hell’s Bells), ainsi que de la désopilante intro du ‘Ballbreaker tour’ commise par les affreux Beavis and Butt-head !

En conclusion, « Plug it In » s’adresse à de véritables marteaux (n’y voyez aucun jeu de mot) d’AC/DC et ne constitue pas une pièce indispensable dans votre dévédéthèque.  Mais bon, ce groupe est énorme et il ne sera pas aisé de ne point céder à la tentation !

The Electric Soft Parade

Un peu trop soft…

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Les frères White avaient surtout privilégié, au cours des dernières années, leur side project, The Brakes. Ces Britanniques (Brighton) viennent de réactiver leur véritable groupe : The Electric Soft Parade. En concoctant tour d’abord un troisième album, "No need to be Downhearted", paru en avril dernier. Et puis en partant en tournée. Leur périple passait par le Botanique de Bruxelles. Malheureusement, c'est dans les caves du Bota que leur set s’est déroulé. Le climat intimiste de leur musique aurait mérité la belle Rotonde, mais cette dernière était déjà occupée par nos compatriotes du collectif ‘Massacrés belge’. Aussi, c'est balayé par les courants d'air venant du bar et parmi les fauteuils rouge et feutrés et que le spectacle s’est déroulé.

La première partie est assurée par un étrange bonhomme. Son look androgyne me fait penser au chanteur de Simply Red, Mick Hucknall. Encore qu’il porte un chignon pas possible. Sa voix est puissante et surprenante. Il est accompagné par une bande son produite par un laptop. Son ami, à l’allure tout aussi équivoque, le rejoint un peu plus tard pour rendre un hommage à James Bond en interprétant le célèbre « Gold Finger »…

Paru en 2003, le deuxième opus d’Electric Soft Parade (« The American Adventure ») n'avait pas confirmé le succès du premier (« Holes in the wall »), un elpee sorti en 2002. De bonne facture, le troisième baigne dans une sorte de psychédélisme soft. Il était donc intéressant de voir et surtout d’entendre le résultat de la transposition live. Alternant climats empreints de quiétude et compos plus enlevées, le groupe accomplit une prestation sans faille, mais également sans éclat. Ni fièvre, d’ailleurs. Et le public plutôt cool semble écouter la prestation d’une oreille distraite. Certains n’écoutent même parfois plus rien du tout, préférant tailler une bavette avec le voisin. Faut dire que côté communication le groupe se montre très réservé. Très poli, également. A l’instar de la musique. Petits mouvements de têtes repérés dans le public lors de "Start Again" ou "Silent to the Dark" ; mais manifestement les spectateurs auraient espéré davantage de punch de la part de la formation. Et la formation aurait sans doute souhaité davantage de réaction de la part du public. Bref, l’un ne va pas sans l’autre. Mais manifestement, ça ne bouge pas autant que chez le projet alternatif de Thomas et Alex White…

(Organisation Botanique)