La manille pour bébé de Panic Shack

Fondé en 2018, Panic Shack eéunit Sarah Harvey, Meg Fretwell, Romi Lawrence, Em Smith et Nick Williams. La formation a décidé de défier l'atmosphère exclusive des scènes indie et punk dominée par les hommes. Sa musique est décrite comme explosive et…

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Le parfum de vie de Goudi

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Film School

Film School

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Il n’est jamais trop tard. Jamais trop tard pour pénétrer les ténèbres. Aujourd’hui, la fumée noire recouvre les friches industrielles britanniques de Joy Division et My Bloody Valentine. Ne reste que de lointains échos (& The Bunnymen) d’une New-wave anglaise. Des résonances emportées au loin, souvent de l’autre côté de l’Atlantique. Les derniers efforts new-yorkais demeurent ainsi les témoins de cette déportation où les travers chic d’Interpol et les dessous kitsch de Bravery balisent les deux extrémités d’une résurgence avérée. Cette fois, c’est San Francisco qui se pare de mélodies eighties. Chez les Américains de Film School, le spleen tourbillonne et se répand à travers une bourrasque de guitares tendues. Le ciel est ombragé, l’orage menace. Et après quelques écoutes, un psychédélisme retors s’extirpe des marasmes épiques chantés par Krayg Burton. Une inexplicable joie de vivre s’insinue alors en filigrane de ces titres éplorés. La beauté de cet album est là, dans sa capacité à conjuguer les contradictions. Noirceur et bonheur. Chaleur et douleur. Film School s’apprivoise alors au gré de fulgurances pop : « On & On », « 11 : 11 », « Pitfalls ». Sans vêtements collants ni bijoux clinquants, Film School fait son cinéma. Seul, à l’ombre du soleil californien.

Euros Childs

Chops

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Le chanteur/guitariste/claviériste de Gorky's Zygotic Mynci a donc décidé de tenter l’aventure en solitaire. Ce qui ne l’a pas empêché d’inviter l’un ou l’autre pote pour enregistrer son premier album solo. Et notamment Pete Richardson, le drummer du groupe défunt ainsi que John Lawrence, un des membres fondateurs de cette formation mythique, née en 1991. On connaissait surtout le G.Z.M. pour sa musique pop déchirée entre le psychédélisme sinusoïdal des Fab Four, alors sous l'influence de " Lucy in the sky with diamonds ", et le folk de Stackridge (NDR : un ensemble né au cours de seventies, réputé pour son style à la fois pastoral et humoristique). Euros Childs a décidé d’en revenir à une forme plus minimaliste, moins excentrique. Limitée, la plupart du temps, à sa voix, un piano ou une guitare sèche et/ou un clavier bontempi. Une exception qui confirme la règle : « Slip slip way », une plage qui renoue avec la folie douce du passé. Tout au long de « Chops », Euros chante d’un timbre falsetto qu’il dédouble parfois pour mieux conjuguer les harmonies vocales. Elles sont même parfois aussi soignées que chez les Beach Boys ; et en particulier lors du refrain de « Hi Mewn socasau », une des deux chansons interprétées en Gallois. Une compo dont le couplet est presque rock’n roll et le final manifestement garage. Il arrive même à euros de chanter a cappella ou alors d’épouser des inflexions médiévales chères à Chumbawamba. Nonobstant cette volonté de dépouillement, Childs parvient quand même à élargir son horizon sonore. Et je pense tout particulièrement au tubesque « Donkey Island », au très beau « Circus time », enrichi d’un violon romantique et puis de l’hypnotique « First time I saw you », un morceau de techno folk de 8 bonnes minutes abordé dans l’esprit de Stereolab (NDR : à moins que ce ne soit du krautrock de Faust !).

 

Jason Collett

Idols of Exile

On connaît le bonhomme pour tenir une des nombreuses guitares dans Broken Social Scene, le super-groupe canadien qui révéla (Leslie) Feist et la blonde Emily Haines, de Metric. Ce qu’on sait moins, c’est que Jason Collett est avant tout un songwriter solitaire, auteur déjà de deux albums de folk à l’Américaine, entre Sparklehorse et Damien Jurado. Et si ce disque s’avère le premier à être distribué proprement en dehors de Montréal, il ne porte pas pour autant les stigmates d’un revirement FM. Mais où se cachent donc Linda Lemay, St Pier et leurs gorges profondes ? Loin d’ici, dans un monde où l’on écoute sans doute Daniel Balavoine, même s’il n’est pas un héros et qu’en plus il est mort. Au pays de Collett, les figurants s’appellent Lou Reed, Josh Rouse, voire Kris Kristofferson : ça sent le sang séché, le poil de vache et le lait de cactus. C’est du folk, donc, soyeux comme une brise dans le désert. Le type y parle de soleil, d’aigles et d’exil, comme s’il était un rescapé d’un film de Peckinpah. Kris, justement, était l’un des acteurs fétiches du maître. Crépusculaire, d’où cette vague impression d’entendre ici ou là d’émouvantes berceuses. Ca flotte en pleine mélancolie… Restons calmes : « Idols of Exile » n’est pas un disque d’île déserte. On peut certes le garder sous la main, mais seulement en cas de force majeure. Si quelqu’un vous a piqué l’intégrale de Neil Young par exemple, ce qui n’est pas gentil.

Cali

Menteur

Cali est une star. Intitulé « L’Amour Parfait » (et ça n’existe pas), son premier album s’est vendu à plus d’un demi million d’exemplaires chez nos voisins français. Et le type n’a pas arrêté entre-temps de donner des concerts, déversant ses tripes chaque soir comme si sa vie en dépendait. Devant lui, les jeunes (et moins jeunes) filles se pâment en buvant ses paroles, pourtant plutôt caustiques. Elles évoquent l’amour qui part en couilles, et ces hommes qui n’en ont pas vraiment, c’est-à-dire la plupart. La retenue, ce n’est pas son truc, même s’il a piqué pas mal à Brel. « Je sais », triste comptine sur l’être absent, donne ainsi la réplique à la chanson du maître belge, « Voir un ami pleurer », et de fait on verserait bien une larme. Pour le reste, Cali n’a toujours pas repeint sa chambre en rose bonbon, même si son cœur est pris, et qu’au final il n’a pas l’air si terrassé par l’amertume. Autrement dit on barbote toujours en plein désespoir matrimonial, ‘post-coïtal animal triste’, et vas-y que je tombe du balcon en pleine sérénade shakespearienne. Si les textes à l’anglo-saxonne (Brautigan, Fante, Salinger,…) se révèlent ici parfois moins inspirés (le pénible « Roberta »), l’écrin musical, lui, bénéficie des largesses de la maison de disques… Qui mise beaucoup sur Bruno Caliciuri, le phénomène, 500.000 disques, pour rappel. D’où les guitares de M, le duo avec le zombie Daniel Darc, et surtout la présence de Steve Wickham, violoniste chez les Waterboys, le groupe préféré du chanteur. La vie est belle pour Cali, dont beaucoup de gens se soucient malgré le single (« Qui se soucie de moi »), parce que c’est évident : ce type est sympathique. Et peu importe s’il joue de plus en plus au Calimero de la cause masculine : du moment qu’il n’aille pas chez Drucker, l’honneur lui sera sauf.

 

Camille

Live au Trianon

Écrit par

Enregistré le 18 octobre 2005 au Trianon de Paris, ce live surgit dans la discographie de Camille après (seulement) deux albums : « Le Sac des Filles » (2002) et « Le Fil » (2005), disque acclamé par le public, encensé par la critique. Sur scène, Camille pousse sa démence artistique au premier rang. Les mots se bousculent, les onomatopées dansent dans sa bouche, les refrains valsent avec les couplets. Folle. Devant son assistance, Camille semble habitée d’une folie furieuse, d’un déséquilibre stable, insaisissable. Pourtant, ce « Live au Trianon » tend à trahir une certaine réalité. Sur scène, Camille aime à bavarder, parloter et vider son sac (de fille). Or, cet album ne retient que l’image d’une chanteuse flirtant en compagnie du délire : une acrobate trottant sur « Le Fil » de la déraison. En concert, Camille est sympathique, suffisamment terre-à-terre pour ne pas déstabiliser son auditoire. Camille, c’est la voix de l’inconscience consciente. Mais ne boudons pas notre plaisir. Le « Live au Trianon » possède d’indéniables atouts. Un son excellent, un timbre ‘Camillien’ dénudé de toute sophistication et des chansons déjantées pour planer en français. Le tour d’horizon proposé par Camille passe par ses deux précédents albums. « Pour Que l’Amour Me Quitte », un « Vous » ahurissant, un enchantant « Quand Je Marche », « Mon Petit Vieux » ou « Les Ex ». Sans oublier ses incontournables « Janine » : ‘Pourquoi tu m’appelles coup franc alors que j’m’apelle corner ? Pourquoi tu m’appelles ovule alors que j’m’appellle ovaire ?’. Toutes ces questions farfelues définissent aujourd’hui la ficelle distordue tissée par Camille. Un univers forcené, reconnu à sa juste valeur par le prisme de « Ta Douleur », pétillant tube populaire. Reste à voir si Camille pourra encore étonner et rebondir sur ses acquis. Histoire de ne pas perdre « Le Fil »…

Young People

Young People E.P.

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Ces jeunes gens forment un trio compact, impénétrable. Réunis autour d’un nœud de guitare mal dégrossi, les six titres proposés sur ce disque tracent une tangente entre les univers de PJ Harvey, Electrelane ou Sonic Youth. Accompagnée de sa basse, Katie Eastburn pose sa jolie frimousse derrière le micro, épaulée par Jeff Rosenberg (guitare) et Jarrett Sillberman (batterie). Ensemble, ils s’acharnent à distordre les sons, à torturer les amplis suivant un code théorique mûrement réfléchi. Le timbre distingué de Katie constitue ici un squelette sonore, une trame vocale en forme de charpente. Sur deux titres (« The Mountain », « Wild Boys Of The Road »), la belle s’empare des baguettes et terrorise les tambours. Les chansons de Young People chavirent dans une atmosphère houleuse, entre vague à l’âme et flots de réjouissances. Les phases répétitives, lascives, s’enchaînent et positionnent la jeunesse aux abords d’une avant-garde enfermée depuis quatre décennies dans les albums du Velvet Underground. Une musique où le rock et la country s’embrassent et se noient, énamourés, dans une avalanche de bruits sensibles. La noise débarque alors sur la pointe des pieds. Et le raffut n’en est que plus beau.

Various Artists

World Circuit Presents...

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En vingt ans, le label World Circuit est devenu un emblème incontournable d’un terme générique, communément accepté de tous : la World music. Pour fêter ces deux décennies, cette petite entreprise nous propose une grande compilation. Deux disques, 28 chansons, quelques inédits et des versions live sorties de derrière les savanes. La sélection opérée demeure irréprochable. Les légendes côtoient ainsi les révélations, les bonnes vibrations.

A l’écoute de cette double compilation, un constat s’impose : le label possède un don évident pour consacrer tardivement les vétérans. Les exemples sont nombreux, somptueux : Ali Farka Touré, Ibrahim Ferrer, Rubén González, Nico Saquito ou encore, Miguel Angá Diaz. Tous ces artistes se sont aujourd’hui envolés, rejoignant paisiblement leurs paradis perdus. Mais par leurs idées, leurs visions, ils ont participé à rédiger les plus beaux chapitres de l’histoire de la musique. World ou pas. A côté de ces demi-dieux, une foule d’artistes prodigieux se pousse au programme de la compilation (Cheikh Lô, Oumou Sangare, Orlando Cachaito Lopez, etc.). Ce recueil est à la mesure de ses ambitions. Il contentera le monde entier. Pour satisfaire leurs ardeurs, les passionnés découvriront quelques chansons inédites (notamment le magnifique « Yumala » de Mustapha Baqbou). Les autres trouveront ici une clef magique, un point d’ancrage formidable, dépassant largement une simple introduction au label.

Willard Grant Conspiracy

La géographie interne..

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Depuis que Paul Austin a quitté le navire, Willard Grand Conspiracy n'a plus qu'un seul maître à bord : Robert Fisher. Ce qui lui permet, au fil de son inspiration, de recruter une multitude de musiciens différents. Pourtant, depuis l'enregistrement de « Regard the end », le pénultième opus, le line up semble s'être plus ou moins stabilisé. En outre, à l'instar de ce précédent elpee, les morceaux de base de « Let it roll », le tout dernier, ont de nouveau été concoctés aux studios Metro de Ljubljana, en Slovénie. Ce qui méritait une explication de la part de Robert, le leader de ce groupe, devenu culte auprès des aficionados de folk et d'americana.

Et manifestement, Robert adore cette ville. Il confirme : « C'est une très belle ville sise entre l'Italie et l'Allemagne. J'y compte des amis là-bas. Et puis on y trouve un studio de classe internationale. En fait, à cette époque nous étions en tournée et nous avons voulu immortaliser les prises dans cet esprit. Nous ressentions très fort le sentiment d'appartenir à un groupe. En profitant de toute l'alchimie du 'live' ! Donc notre démarche était tout à fait justifiée. Et manifestement nous sommes contents de l'avoir effectuée, car le résultat est à la hauteur de nos espérances… » Maintenant, il faut se demander si tous les musiciens qui ont participé à cette aventure vont contribuer à la nouvelle tournée du Willard Grant Conspiracy. Surtout quand on connaît les fluctuations permanentes de personnel en son sein. La réponse de Bob fuse : « Oui, ils participeront à ce nouveau périple. En fait, on ne peut pas dire qu'il y a de nouvelles têtes sur cet album. Jason Victor est le membre le plus récent. Les personnes qui ne connaissent que la discographie de Willard Grant Conspiracy pensent souvent que le line up est chaque fois différent. Mais il est quasi identique depuis au moins 6 ans. Et je peux te confirmer que toute cette équipe sera au grand complet lors de la tournée qui se déroulera en avril et en mai. » Enfin, ceux qui ont participé à la confection de ce nouvel opus, mais probablement pas les musiciens de studio qui ont apporté la touche finale lors des arrangements ; et je pense tout particulièrement au trompettiste de Lambchop, Dennis Cronin. Robert précise : « Deux des musiciens de Lambchop jouent avec nous. Ce sont des amis. Lamchop est un groupe que j'apprécie beaucoup. Leur approche des lyrics est comparable à celle de David Thomas. C'est ce qu'on appelle le 'stream of consciousness' (NDR : James Joyce et Virginia Woolf ont abordé de manière systématique et sous la forme d'un monologue intérieur les rapports entre pensée et langage à travers cette nouvelle façon de raconter des histoires). Je trouve cette formule fort intéressante, même si elle est parfois difficile à décrypter. Il y a parfois des idées très tranchées dans un texte, puis d'autres qui s'insinuent. Mais lorsqu'on réunit touts ces éléments, le résultat s'avère, la plupart du temps, impressionnant. D'autant plus que Lambchop est un collectif énorme qui tient la route depuis très longtemps… » Parler de Lambchop sans évoquer Sophia aurait été réducteur. Mais manifestement, Robert ne connaît pas grand-chose de la bande à Robin Propper Sheppard. « Un tas de personnes m'ont déjà dit qu'on devrait un jour se produire ensemble. Et que cette rencontre serait fructueuse. Pourquoi pas ? De toutes manières, si ça arrive, c'est parce que cela devait arriver… »

'Let it roll', le titre maître du nouvel album de W.G.C. est une chanson humaniste antimilitariste inspirée par un document issu de la guerre de Sécession. Pourquoi avoir écrit une semblable chanson aujourd'hui ? Robert argumente : « Il me semble que c'était une décision judicieuse. Je ne crois pas qu'il y ait un bon ou un mauvais moment pour écrire une chanson antimilitariste qui véhicule un message humaniste. Mais je pense que les meilleures 'protest songs' sont des chansons qui ne sont pas nécessairement liées à la politique ou au conflit lui-même. Elles ont plutôt enracinées dans l'aspect humaniste des choses ; c'est-à-dire tout ce qui nous relie ensemble. Ce qui me permet d'affirmer que quelle que soit votre propre vision politique, on peut s'identifier à la chanson. Par contre, lorsqu'on aborde un point de vue politique spécifique, automatiquement on coupe en deux le potentiel auditeur. Une moitié des gens ne vont pas être attentifs au message, parce qu'il est trop ciblé. Par contre, dans le cas présent, par rapport au conflit, à son coût et aux hommes qui y participent, j'espère que cette manière de voir les choses illuminera les consciences et amènera les gens à penser aux motifs véritables du conflit. Et parfois les raisons ne sont pas aussi évidentes qu'on pourrait l'imaginer… » Mais ce ‘Let it roll’ implique également le mot 'roll' comme dans rock'n roll. Est-ce également parce que ce nouvel elpee est plus électrique, plus live ? Notre interlocuteur réplique : « Nous interprétons aussi bien des compos calmes que des titres puissants. Tu sais, j'ignore quand le phénomène s'est produit ; mais à une certaine époque, les responsables du marketing international ont pris le contrôle du monde culturel. Et leur approche réductrice s'est progressivement transformée en une vision unique. Que ce soit dans le domaine du disque, du livre ou du film. Au cours des sixties, un album du Band pouvait aussi bien alterner des chansons calmes et des fragments plus rock. Quelque part, je suis fier de pouvoir encore jouir de cette liberté. Et mon nouvel album en est la démonstration la plus éloquente. » En embrayant sur le Band, 'Let it roll' épingle une cover de Dylan, 'Ballad of a thin man'. Il ne faut pas être devin pour comprendre qu'il s'agit d'un hommage à Zimmerman. Robert confirme. « En fait l'an dernier on m'a demandé de participer à la confection d'‘Uncut’, un tribute album consacré à Dylan, à l'occasion du 40ème anniversaire de la sortie de ‘Highway 61 revisited’. Et nous avons choisi ‘Ballad of a thin man’. Cet épisode s'est produit pendant l'enregistrement de 'Let it roll'. En Slovénie. Le mag voulait l'avoir rapidement. Et lorsque nous nous sommes rendu compte que le résultat était probant, on a décidé de la jouer en concert. C'est vrai que je suis très satisfait de cette version. Je pense que c'est un bel hommage à Dylan. D'ailleurs quand il la joue, elle est toujours différente. J'ai voulu accentuer l'aspect cauchemardesque de la chanson. Enfin, j'espère qu'on ne s'est pas trompé en choisissant d'interpréter cette cover… »

Au cours des seventies, Robert a écrit de la prose et de la poésie pour de petites publications de presse. Il faut croire que cet épisode de la vie lui a donné l'envie de passer à l'écriture de chansons. Il admet : « A une certaine époque de ma vie, j'ai conclu que la poésie n'était pas quelque chose que je recherchais en termes de moyen d'expression. Parce qu'elle n'était plus un moyen de communication populaire. Dans les 70's les poètes s'écrivaient, parce qu'il n'y avait plus de public pour les lire. Mais en tant qu'écrivain, j'étais plus intéressé par l'aspect du récit que par la structure poétique. Ce sont des récits qui sont suffisamment fidèles à ma propre expérience et à mes propres observations. Mais en même temps je les conçois d'un point de vue suffisamment fictionnel pour permettre aux gens d'investir ces chansons avec leur propre expérience. De façon à leur permettre de se réapproprier la chanson. Finalement le rock permet de toucher davantage de monde et d'une manière bien plus efficace que la poésie. Le fait de passer de l'écriture de la poésie à l'écriture de la chanson est donc tout à fait cohérent dans la démarche… » Son approche de la musique est donc conduite par les lyrics. Mais dans la tradition de la musique folk, compose-t-il les textes avant la musique ? Il reprend : « Les lyrics sont écrits sous la forme d'un récit. La musique est une réponse émotionnelle et un soutien pour l'histoire. Mais le moteur interne de la musique est plutôt de type narratif. Si vous voulez examiner la partie émotionnelle de la chanson, vous pouvez, bien entendu, la trouver dans la musique ; mais vous allez y relever des indices plus explicites à l'écoute du texte. Ce qui permet à l'auditeur d'intégrer la chanson sur plusieurs niveaux. Tu peux mettre un disque dans le lecteur de ta voiture et te concentrer sur la conduite ; mais quand tu écoutes ce disque chez toi de manière intensive, tu accèdes à d'autres niveaux… »

Après avoir séjourné quelques années à Boston, Robert est retourné vivre en Californie. Dans une région caractérisée par des paysages extrêmes : la montagne, la mer, le désert n'y sont ainsi séparés que de quelques kilomètres. Cette nature a influencé et influence toujours son inspiration. Aussi bien les textes que la musique. Robert admet : « Je suis né en Californie. Vous savez, la géographie, l'endroit où vous vivez a beaucoup d'influence sur ce que vous écrivez, même si l'auditeur n'en a pas conscience. Tout cela fait partie de votre processus interne. Votre géographie externe devient votre géographie interne. » Et la honte ainsi que la culpabilité sont des aspects de la géographie interne de Robert. En quelque sorte, le monstre dort toujours au plus profond de son âme. « Ce sont des montagnes émotionnelles, si vous me permettez l'analogie. Ces émotions sont des choses difficiles à contourner. Elles ne tiennent pas compte de la raison. Difficile de l'éviter. Et à cause de cela, vous commettez pas mal d'erreurs. Personnellement, j'ignore si ce choix était conscient ou inconscient. Quoique aujourd'hui je répondrai par l'affirmative. Très jeune déjà, je me soignais en consommant de l'alcool et de la drogue. Pour affronter les sentiments qui me rongeaient. Les peurs et les angoisses font partie de nos expériences. Je ne parle pas à contrecœur de la drogue ou de l'alcool, mais je ne suis pas enthousiaste de dévoiler mon vécu. Parce que cela signifierait que j'élève mes épreuves à un degré de romantisme. Or mon témoignage n'apporterait rien à autrui. Et je ne pense pas que ma propre expérience soit plus intéressante que celle de quelqu'un d'autre qui serait passé à travers. Tout ce volet confidentiel de mon existence, je le réserve à mes proches et à ma famille… »

De confession baptiste, Robert est fasciné par la foi qui soulève les montagnes. Mais il ne parle pas ici nécessairement de religion. Il s'explique : « La religion n'a pas la même signification pour tout le monde. Malheureusement comme n'importe quelle structure de pouvoir, elle peut être pervertie. C'est la nature propre de l'être humain. Quand j'évoque la foi, il ne faut pas nécessairement comprendre Eglise et religion. Mais plutôt la foi envers votre prochain. La foi envers vous-même. La capacité d'aller d'un point à un autre. La foi dans le sens de l'humanité qui est plus grand que n'importe quel élément de cette humanité (NDR : la foi serait donc plus grande que l'ensemble des éléments qui la constitue). Ces composants de foi sont vraiment très intéressants. On parle beaucoup moins de foi aujourd'hui que dans les années 50 et 60. Par contre le Dalaï Lama n'a jamais eu autant de succès. En fait il y a une demande de spiritualité émanant de la population. Ce qui démontre que notre société a créé un vide… »

Des nouvelles quand même de Paul Austin, l'ex comparse de Robert, et de son groupe Transmissionary Six. « Il a enregistré un nouvel album qui devrait sortir en août prochain ». Et puis de Barn Burning, une formation dont il avait produit le premier album. « Ce sont des amis. Ils sont issus de Rhode Island. Anthony Loffredio est un excellent compositeur. Un type remarquable, ambitieux. Il brûle d'un feu intense. C'est un futur grand groupe et j'espère qu'il va bientôt trouver une maison de disques. Ils ont deux albums à leur actif et leur deuxième vient de sortir. Il mérite vraiment la reconnaissance… »

Robert s'est rasé la barbe tout récemment. Il justifie sa décision : « Il y a 15 jours, j'étais en Australie. Il faisait 48° et l'air comptait 90% d'humidité. Il était impossible de continuer à porter la barbe dans ces conditions. Mais elle va repousser ; car la barbe repousse constamment. Et puis je suis un peu fainéant. Après m'être rasé pendant une semaine, je commence à en avoir marre. Et n'ayez crainte, elle va repousser… » On connaît Robert comme chanteur, guitariste, producteur et compositeur. Mais aussi comme manager et comptable. Cependant, peu de peu de monde sait qu'il est également agent immobilier. Il concède : « Oui, je sais que ce job intrigue les gens. Pour jouer la musique que j'aime, j'ai besoin d'argent. Et la musique ne m'en rapporte pas suffisamment. Je dois aussi gagner ma vie pour disposer d'un logement. Je ne pense pas que ce soit un mauvais choix. Parce que les groupes qui vivent de leur production sont souvent coupés de la réalité du monde. Et ce n'est pas nécessairement l'idéal. Je ne me plains pas, je donne simplement mon avis sur la question. Vous savez, le fait d'accorder une interview est une preuve de reconnaissance ; mais cela n'enlève rien au fait que je suis content de rentrer à la maison après ma journée de travail. Quand je serai chez moi mercredi prochain, j'irai au bureau. C'est une bonne nouvelle… »

Merci à Vincent Devos

 

 

 

The Tall Ships (Czech Republic)

Paint Lines On Your Glasses Look Up At The Stars And Play Th

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La République tchèque n’est guère rock’n’roll par essence. Néanmoins, le pays abrite Minority Records, structure qui, d’ici quelques temps, pourra se targuer d’avoir mis le doigt sur le talent clandestin de Tall Ships. A la proue du navire, Steve Kuhn (chant, guitare) et Kyle Conwell (basse, chant) se proclament seuls maîtres à bord. La batterie navigue quant à elle au gré des multiples changements d’équipage. Aux dernières nouvelles, c’est Keith Andrew qui s’y colle. The Tall Ships donc. Une sacrée rencontre, un bain de jouvence de pop postmoderne. Etabli à San Francisco, le trio croise le fer (guitare, basse, trompette), dans un paysage déjà esquissé par les subtiles mélopées de Pinback. Plus post-rock que lo-fi, The Tall Ships creuse un veine clairvoyante, antre de constructions complexes assujetties à une sensibilité indie à fleur de pop. Fervent partisan des boucles répétitives (« For Your Bird You Will Have No Other Model Than That of A Bat », « Literate »), The Tall Ships s’amuse également d’alternances rythmiques bien senties. Aux dépouillements relatifs qui plongent, ici et là, dans les flots de Swell succède une appétence affichée pour une fougue maîtrisée, à porter aux côtés d’un Death Cab For Cutie. Mais The Tall Ships ne peut cependant se réduire à un étiquetage sommaire. La formation délimite les contours de ses frontières, l’étendue de son territoire. Le champ d’action est vaste et les perspectives s’étendent au-delà de cet album au titre kilométrique. Les grands navires ont dressé les voiles. Désormais, le monde leur appartient.

The Specimens

The Quick and the Deaf

Écrit par

Issu de la scène australienne underground, The Specimens ne jurent que par le rock lourd et acide des Stooges, de Motörhead et surtout de Monster Magnet, formation dont ils ont digéré au moins quinze fois la discographie complète. Nos confrères de Aardshok, le mag métal hollandais, n’hésite pas à les qualifier de ‘petits frères’ du groupe Jet. Il est vrai que dans le genre riffs carrés et plombés ou refrains à la AC/DC, Rose Tatoo et autre Angel City, « Get on Top » et autre « Drama Queen » sont d’une redoutable efficacité. Les racines qui alimentent le hard rock australien sont ici omniprésentes : du blues électrique bien entendu, mais aussi une petite touche redneck, une pincée de hard old school, des rythmiques punkysantes, et surtout un groove susceptible de faire battre le record de saut du kangourou le plus frénétique. Avec cette nouvelle livraison, la formation, née en 2001, marque encore des points, et prouve donc que l’Australie n’est pas en reste en matière de hard seventies graisseux et psychédélique. A découvrir !

Stereophonics

Live From Dakota

Écrit par

Et oui, il est loin le temps où les Stereophonics se produisaient en première partie de U2. Depuis la sortie de son premier album, "Word Gets Around", en 1997, le trio gallois a fait du chemin. Aujourd'hui, Kelly Jones est toujours préposé au chant et à la guitare et Richard Jones se réserve la basse ; mais Javier Weyler a remplacé Stuart Cable à la batterie. Et leur style campe toujours une pop-rock héritée en ligne droite de dinosaures comme Oasis et Blur, un style où les guitares s'imposent et l'émotion nous envahit… Rendu populaire par son single "Maybe Tomorrow ", le groupe avait également commis l’an dernier "Language. Sex. Violence. Other ? ", un tout bon album. "Live from Dakota" est une excellente surprise. Il réunit des morceaux exécutés ‘live’, lors de la tournée 2005-2006. Qui remporta un énorme succès!!! A la première écoute, on tombe immédiatement sous le charme. On a même l’impression de revivre l’ambiance d’un de leurs concerts. Et d’être très près du groupe! De se mouvoir avec la foule. Le talent du trio s’impose morceau après morceau, tout au long d’un tracklist qui oscille de la pop immaculée de "Devil" au rock dynamique de "Madame Helga", en passant par de belles ballades comme "Traffic" ou "Just looking. Mais l’apothéose de cet opus est atteinte par "Dakota", probablement le tube incontournable de ce ‘live’.

Kelley Stoltz

The Sun Comes Through (Ep)

Écrit par

Kelley watch the stars. Oui, Kelley Stoltz a toujours regardé en direction des étoiles. Et ses nuits étaient musicales. Les Beatles, les Beach Boys, les Kinks, Syd Barrett, il les a tous consommés. Jusqu’au filtre, il les a absorbés et s’est réfugié à San Francisco, antre d’une veine néo-psychédélique. Et depuis 1999, l’ami Stoltz vit en autarcie dans son deux pièces, entre une guitare et une pizza. Ponctuellement, il sort de chez lui, s’achète une bouteille de lait et court enregistrer la suite de son périple discographique. A tous les coups, c’est magnifique ! Ces voisins n’en reviennent pas : ils n’ont jamais entendu un type qui reprenait aussi bien les Beatles. Kelley est affligé. Ses voisins n’y comprennent rien. D’ailleurs, il les emmerde. Lui, il préfère s’enfermer dans sa chambre, grimper sur son pieu, agripper sa gratte et graver cinq titres de bonne fortune. Et, comme à chaque fois, c’est magnifique ! Mais personne ne le sait. Exceptés ces enculés de voisins, bien sûr.

Rogue Wave

Descended like vultures

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Ce chouette album squatte ma platine depuis au moins trois semaines. Si la bio dit vrai, ce serait le troisième de cette formation californienne, drivée par le chanteur/compositeur/guitariste Zach Rogue. Faut dire qu’à l’origine, Zach jouait à l’homme orchestre. Ce n’est qu’après son retour de New York, où il avait séjourné quelque temps, qu’il s’est entouré d’un véritable groupe. Si vous aimez ou avez aimé Guided By Voices, Built To Spill, Folk Implosion, les Shins, Tall Dwarfs et Death Cab For Cutie, vous ne pouvez passer à côté de ce « Descended like vultures ». Les mélodies sont contagieuses, les harmonies vocales limpides, les accords de guitare – acoustique et/ou électrique – croustillants, distordus, luxuriants, déchiquetés, chatoyants, vaporeux ou cristallins. Les arrangements souvent complexes, parfois somptueux (le climatique, contrasté, presque prog « Catform »), les conjugaisons instrumentales surprenantes, impliquant même tantôt un xylophone et une contrebasse (la valse lente psychédélique « Bird on a wire »), un orgue à soufflets et un accordéon (le final « Temporary »), un glockenspiel et une lap steel guitar (le country sinueux « Medecine ball »), la trompette, le violon, toute une armada de claviers et j’en passe. Un véritable régal pour les oreilles !

Pretty Girls Make Graves

élan vital

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C’est la dernière bataille, l’« élan vital », le tout pour le tout. Andrea Zollo et ses sbires veulent y croire ! Une fois encore, pour le meilleur et pour le pire. Dès 2001, Pretty Girls Make Graves remue les cendres d’un revival rock en proie à ses balbutiements. Trop tôt…. Une écurie estampillée Strokes double la caravane des cinq rockeurs de Seattle. Sans trahir ses ambitions, la formation poursuit sa route, à l’ombre des sentiers battus. En résulte un premier album (« Good Health », 2002), suivi dès l’année suivante par l’entêtant « The New Romance », disque primesautier, enfermant le tubesque « This Is Our Emergency », véritable machine à danser. Mais au bout du dancefloor, le vide commercial : une fin de soirée au bar en compagnie d’irréductibles nerds mélomanes. Comment expliquer la mésaventure des Pretty Girls ? Un problème d’identité peut-être. Pas assez rock, un peu funk, légèrement punk, trop classieux et suffisamment Emo pour ne pas être expérimental. La question est réglée : les Pretty Girls Make Graves sont des métèques stylistiques, des apatrides catégoriels. Fiers de ce troublant constat, Zollo et ses zigotos se resservent deux boules glacées, aromatisées d’un arc-en-ciel de guitare. Pur frisson avant le grand plongeon ! Certains prônent la banane, d’autres la crème glacée. Les Pretty Girls sont de ceux-ci. La première écoute de leur « élan vital » laisse un goût de trop peu. On replonge alors dans la glacière. Et le léchage en devient inquiétant. Les riffs fondent sur la langue, les papilles gustatives sont en effervescence. Comme des goinfres, on léchouille les pépites pop (puisque c’est bien de cela qu’il s’agit !) servies à nos oreilles : « The Number », « Selling the Wind » et son accordéon foldingue, la montée jazzy de « Pictures Of a Night Scene » ou le timbre vicelard d’Andrea sur « Wildcat ». Envie d’une boule de glace ? Deux boules, toujours deux boules !

 

 

Faris Nourallah

Near The Sun - The Best Songs of Faris Nourallah

Il y a trois ans, on découvrait la soft-pop de Faris Nourallah, et avec elle tout un pan du songwriting anglo-saxon, de Bill Fay à Ray Davies. Voilà un type qui savait trousser de jolies mélodies folk, en apparence altières et optimistes, mais écorchées aux entournures… Si le soleil brillait sur ces chansons douces-amères, il menaçait aussi de les carboniser, à force de trop d’exposition. Trois albums plus tard (« I Love Faris », « Problematico », « King of Sweden »), Faris Nourallah n’est toujours pas une star. Comprenne qui pourra à l’écoute de ces 20 titres ici compilés, ses ‘meilleurs’, et c’est vrai qu’ils arrachent. Rien que ces deux plages qui ouvrent et ferment la marche, « A Famous Life » et « The Road », donnent envie de répéter qu’on l’aime, ce vieux Faris. Et le reste, pour une introduction, mérite qu’on s’y attarde. C’est déjà ça de pris, à l’heure où l’industrie du disque préfère le prêt à consommer. Faris Nourallah pourrait ne pas connaître la consécration, et sa musique rester quasi confidentielle… Mais les ‘trésors cachés’ ne servent à rien s’ils restent enfouis sous terre. Encore un peu de patience, et peut-être qu’un jour on louera Nourallah, sa musique, son œuvre magnétique. Lumière, nous sommes à tes côtés.

 

 

Nonstop

Road Movie en Béquilles

‘Là où ça sent la merde, ça sent l’être’, disait Artaud en plein délire surréaliste, et il avait raison. Le cloaque, voilà ce qui nous attend, et on s’y étouffera la panse en attendant qu’arrive le radeau, embarcation maudite, destination l’Enfer de Dante, prisonniers de tombes en feu, et pour ceux qui résistent, la noyade dans du sang bouillant. « S’en sortir pour aller où ? », titre la dixième chanson de ce disque retors : nulle part mon vieux, si l’on en croit ton accent toulousain. Frédo Roman ne mâche pas ses mots, tellement ils sont coriaces : on dirait qu’ils lui brûlent le palais, avant d’être recrachés de travers. Pour les textes, allons voir du côté d’un Michaux, d’une Zürn, ou d’un bon vieux Fedor. Roman habite les sous-sols de notre société, qu’il scrute l’œil inquiet comme si lui-même, dernier rescapé raisonnable, n’était plus qu’une putain de légende. L’homme agonise, il pactise avec le diable, sous toutes ses formes. Alors, mieux vaut crier ses amygdales, dans un dernier sursaut d’amour : pour son prochain, qui court à sa perte, à toute vitesse, le cou tendu vers l’abîme. Il faut y aller, dans ces endroits de la terre où l’on peut trouver quelqu’un d’assez dégénéré pour vous tirer dessus. Après… Mieux vaut prendre tout ça avec un brin d’humour. On peut même danser sur Nonstop, en levant ses béquilles sur le breakbeat hip hop, le gimmik electro, le juron rock. Michniak (Diabologum, Programme) et le frérot (Richard, ex-Diabologum lui aussi) s’occupent de donner la cadence aux consoles, tandis que Roman se plaint qu’on lui ‘dit jamais rien’, et c’est pour ça qu’il gueule. Poète parano, le Toulousain préfère nous foutre la trouille que chanter des mensonges : c’est un insurgé du corps, qui se sert du langage pour conjurer la peur et la colère. Tout ira bien, vous allez voir.

 

Nobody & Mystic Chords of Memory

Tree Colored See

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DJ Nobody n’est plus seul. En solitaire, Elvin Estela (alias Nobody) a toujours aimé accoupler les sons. Jazz, hip-hop, électro, secoués au fond d’un panier psychédélique tissé par des amis proches : Postal Service, Mars Volta, Beachwood Sparks. Mais cette fois, c’est en compagnie de Chris Gunst (ex-Beachwood Sparks) qu’Elvin souhaite s’évaporer, s’oublier. Cet ami, membre fondateur du groupe Mystic Chords of Memory, évolue dans une sphère cosmique intraveineuse où ne subsiste que les plus belles émanations sixties. La rencontre entre les deux hommes était donc prometteuse. Et, conformément à nos espérances, les idées de ces deux-là étaient faites pour se rencontrer, se dissiper dans un trip abyssal. Un voyage mystique au-dessus des nuages, une musique bucolique destinée à planer, les pieds cloués au plancher. Pour surveiller ces deux messieurs, Jennifer Cohen est de cette croisière sonore empreinte de touches folk et de beats éthérés. Le rassemblement des trois personnalités matérialise finalement un album impromptu, point d’ancrage de mélopées développées chez Her Space Holiday, The Zombies, Parsley Sound et autres Beach Boys. La musique réchauffe, apaise et le corps se laisse porter par ses loopings de flûtes, ces boucles légères, légères, légères…

Milow

The Bigger Picture

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Un Belge… Qui l'eut cru ? A l'écoute de la musique de Milow on penserait plutôt avoir affaire à un jeune Américain exorcisant ses peines de cœur à coup de chansonnettes pour teen-ager. Et puis, à la lecture du livret, on se rend compte qu'il n'est point ici question d'un bon petit ‘Johnny Something’ mais plutôt d'un certain Jonathan Vandenbroeck. Un Flamand dont l'album (intitulé " The Bigger Picture ") tend à confirmer la tournure FM radiophonique prise par une bonne partie de la production musicale issue du Nord de la Belgique. En voilà un qui va faire des heureux chez Humo, après Sioen et le Zita Swoon nouvelle mouture… En effet, Milow dispose de toutes les ‘qualités’ pour faire un bon ‘Bekende Vlamingen’. Petites ritournelles folk inoffensives, emphase maîtrisée, voix plaintives à souhait… Pour ma part, même si l'ensemble est bien ficelé, ce genre de musique me laisse totalement indifférent. Elle devient, de surcroît, carrément insupportable dans ses moments les plus cabotins. A l'instar d'un " Born in the eighties " d'une complaisance horripilante ou d'un " One of it " scandaleusement calibré. Jonathan Vandenbroeck a tout pour devenir le gendre parfait de toute une génération de minettes en mal d'émotion facile. Il est bon à marier qu'on vous dit…

Laakso

My Gods

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Laakso est un mot finnois, issu d’un dialecte finlandais pratiqué par plus ou moins 50.000 personnes en Finlande. C’est également le nom d’une région où se situe la région natale de cette formation finlandaise. De Tornedalen très exactement, où s’est formé ce combo, en 1999. Avant de concocter « My gods », il avait commis un ep (« Long beach »), un premier elpee (« Miss you, I’m pregnant ») et un single : « Aussie girl ». Des plaques qui sont passées complètement inaperçues chez nous. Signé par Chrysalis, Laakso bénéficie donc aujourd’hui d’une distribution via V2. Leur style ? A mi-chemin entre Starsailor (sur le même label !) et Arcade Fire ; la voix de Wim Butler y est d’ailleurs bien imitée… Les plages sont brèves. Le plus souvent elles épousent la forme de ballades. Les mélodies sont bien présentes, mais elles parviennent trop rarement à accrocher l’oreille. Les textes parlent de leur vie au quotidien, des soirées après concert, de leurs rencontres et de l’amour. C’est ce qu’ils racontent sur « True love » : ‘Nous faisons l’amour dans les toilettes à bord du bateau reliant Stockholm à Helsinki, c’est ça le vrai amour’. Drôle de mœurs ces Finlandais ! Hormis cette anecdote, cette plaque devrait permettre à Laakso de continuer à passer inaperçu…

The Great Crusades

Four thirty

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Four Thirty constitue déjà le cinquième opus de The Great Crusades. Un quartet chicagolais responsable d’une musique qui mêle lubriquement blues, punk, americana et rock’n roll. Pour vous donner une petite idée, imaginez un croisement hypothétique entre Sreamin’ Jay Hawkins, Captain Beefheart, les Replacements et les Bad Seeds, et vous aurez une idée plus ou moins exacte du style pratiqué par cette formation. Encore que abstraction faite des vocaux, il me rappelle quelque part les Godfathers. Venons-en justement au chanteur. Brian Krumm. Son timbre est unique en son genre. Eraillé, rauque, probablement ravagé par le whiskey, il campe un hybride entre Joe Cocker, Tom Waits, Don Van Vliet, Nick Cave, Stuart Staples (Tindersticks) et Bruce Dickinson (Iron Maiden). C’est également le guitariste. Et aussi le lyriciste. Ses textes ? Trempés dans l’alcool, ils parlent de l’amour, du sexe, de la colère, de la haine, de la rue ou de la route. Des choses de la vie pour un pilier de comptoir, quoi ! Tout en manifestant un talent certain pour l’autodérision. Découpé en 11 fragments, « Four thirty” libère une énergie phénoménale, comme en ‘live’. Parce que le combo est parvenu à la reproduire en studio. En enregistrant pratiquement toutes leurs compos en une seule prise. Oui mais la musique ? Tour à tour électrique, marécageuse, tumultueuse, viscérale, tendre ou dramatique elle privilégie l’instrumentation basique (guitare/basse/batterie/claviers) ; mais n’hésite pas à impliquer, suivant les circonstances, des instruments spécifiquement country comme le violon, la pedal steel ou le banjo… Une chose est sûre cet elpee décoiffe. Même ceux qui n’ont plus un poil sur le caillou…

 

Elysian

Blend

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Lors de l’enregistrement de son premier album, Elysian avait reçu le concours de David Poltrock, le pianiste de Hooverphonic, à la production. Ce dernier est encore venu apporter sa collaboration à la finition ; mais il a cédé le relais au guitariste d’Arno, Geoffrey Burton pour la mise en forme. Et il faut avouer que les 12 fragments de cet opus sont particulièrement soignés, pour ne pas dire raffinés. On nage ici en pleine britpop (pas étonnant pour un groupe issu du Nord de la Belgique) dans l’esprit de Coldplay, Starsailor ou autre Keane. Et puis la chaleur du timbre vocal de Didier Colsoul colle bien à ce style musical. Le disque recèle même l’une ou l’autre compo contagieuse, à l’instar de l’hymnique « Time ». Et pour que le tableau soit complet, sachez que le guitariste y va régulièrement d’envolées ‘u2esques’ ou atmosphériques. Maintenant pour l’originalité, faudra repasser…