La nation fantôme de The Besnard Lakes…

Le septième opus de Besnard Lakes, « The Besnard Lakes Are the Ghost Nation », paraîtra ce 10 octobre, confirmant ainsi son statut de l'un des groupes les plus constants de ces 20 dernières années, dont la vision et la qualité sont difficilement égalables…

Winter adults only ?

Winter, une artiste issue de la nouvelle génération de shoegaze, a annoncé la sortie de…

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Wholes passe son chemin…

Wholes (ex-The Van Jets, Hypochristmutreefuzz, Pink Room, Elefant, etc.) a partagé une première chanson torride. Brute, non filtrée et chargée d’émotion. "Till We Don't Meet Again" est une collision de guitares tordues, de rythmes implacables et de voix qui…

La vérité selon RORI

Après avoir marqué les esprits en assurant la première partie de Lana Del Rey, au…

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Le Singe Blanc

LSB 02 (Ep)

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Trio qui se mue en quintette selon les envies, LSB se tapit en marge, au sein d’une culture alter musicale. C’est sûr. Ce besoin d’exprimer la différence, cette diversité se traduit à tous les niveaux. D’abord, parce que le line up du band repose sur la formule du trio basse/basse/batterie. Comme ils disent, les portes sont ouvertes et d’autres énergumènes complètent parfois le groupe. Dans la langue utilisée ensuite. Pas de franglais, ni d’anglais francisé pour bercer nos oreilles. Non, plutôt une éructation dans une langue hirsute, faite de râles, de cris et autres onomatopées. Attention, pas de Sigur Ros à l’horizon. Non, LSB n’est (vraiment ?) pas là pour se taper des cars de midinettes en chaleur. Et le tout sans regrets... Je ne m’avance pas les gars, hein ? Dans le style musical ensuite. Vous l’aurez compris, LSB ne fait pas dans la variétoche tubesque. Fusion jazzy noise jusque dans les encoignures, on se met à rêver à l’envergure du groupe s’il était estampillé Skin Graft, par exemple. Ensuite, en matière de tournée. Là encore, c’est l’alternative. Les salles réputées pour leur intransigeance, leur éclectisme et leur engagement dans la propagation d’une idée qui ne se veut pas unique. Bientôt notre primate convolera en noce de miel dans les salles comme La Zone de Liège ou encore le Magasin 4 à Bruxelles. Dans notre plat pays, c’est significatif. A la croisée du squat, de la galerie d’art ou des clubs, ces salles respirent la tolérance, la curiosité, la remise en question et le débat. Pour clore l’aspect ‘tournée’, LSB donnera une série de concerts en soutien à la toute jeune CNT belge. Finalement le style de vie détermine le style musical. Ce mini CD 5 titres reçu voilà bien longtemps annonçait la sortie d’un véritable album. A attendre de pied ferme donc.

Leave

The June Parade + Schizoid Disorder

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Leave est une formation française originaire de la Picardie, quelque part entre Amiens et Beauvais. Sous la forme d'un trio, le groupe a commis deux démos (" Lick the pavement " en mai 2000 et " Perfect Skin en automne 2001), avant d'élargir le line up à un quatuor tout en procédant au remplacement du drummer. Sous ce format le band décide de passer à la vitesse supérieure et signe chez Furtive Records. Il enregistre " The June parade " qui devait être leur premier EP. Malheureusement, le label met la clef sous le paillasson, et le projet demeure dans les cartons. A première écoute, la musique de Leave fait immédiatement penser à Radiohead et surtout à Muse. Les guitares sont cinglantes, les mélodies hymniques et la jolie voix de Christophe possède un timbre haut perché, fort proche de Matthew Bellamy. Un bémol, dès que les compos se calment, il éprouve plus de difficultés à la poser. Sur le premier morceau de plastique, " Life & death of a vegetable " et " Save this dance for me " épousent des envolées de guitares métalliques empruntées à Queen. Une tendance qui s'amplifie sur " Schizoid disorder ", le dernier-né de Leave. Les compos y sont plus musclées et s'aventurent même parfois dans le métal prog. A l'instar de " Nasty girl " et de " Brutal tango ". La formule me plaît moins. Surtout à cause du style trop démonstratif du soliste (NDR : savoir jouer, c'est bien, mais en remettre deux couches, c'est un peu beaucoup). En outre, le mixing a un peu trop négligé les nuances de jeu aux drums. Ce n'est pas une raison pour jeter le bébé avec l'eau du bain, car Leave possède un énorme potentiel. Il lui faudra cependant et impérativement trouver un meilleur équilibre pour pouvoir prendre son envol. C'est tout le mal qu'on lui souhaite.

 

Robin Leduc

Robin Leduc

Robin Leduc ‘lutte pour le droit à la diversité’. C’est très bien parce que, franchement, ça commençait à bien faire : Pagny qui se plaint du contrôle fiscal, Obispo qui se prend pour Michel Polnareff, Garou qui (malheureusement) « Reviens », Johnny qui n’en finit pas de revenir, Claude François qui ressuscite par la grâce d’un autre Belge,… Tout ça c’est bien moche, parce que non, « On n’est pas tous des Cloclo » : la preuve par Robin Leduc, qui lui au moins ne se prend pas la tête. D’accord, ces paroles ne sont pas des plus intelligentes, et son accent est un peu lassant… Mais ses arrangements valent toujours mieux que ceux de Goldman (qui puent les pieds comme le suggère le titre de son dernier album). D’accord, Robin Leduc n’est pas un génie. Sans doute qu’il restera toujours dans l’ombre d’un Biolay ou d’un Murat, mais qu’importe : ses chansons d’amour restent tout à fait valables. On évitera donc tout jeu de mot stupide avec Leduc, parce que non, franchement, ce ne serait pas très sympa.

The Leeds

24 Hours

24 heures dans la vie des Leeds, ça doit être amusant : on se lève de bon pied le matin en écoutant Magnapop et Eden (" 24 Hours "), puis on déjeune sur la terrasse en plein soleil, en fredonnant le dernier tube de Belle and Sebastian, la bouche pleine de Special K… Une fois l'estomac bien rempli, on part en promenade dans la campagne environnante, à pied ou à vélo, voire en van multicolore, comme au temps béni du Flower Power. Après quelques kilomètres de sain batifolage, on s'arrête dans une clairière ombragée et on déplie la couverture : c'est l'heure du pique-nique. On sort la guitare acoustique et les flûtes (" Napoli "), puis, histoire de bien digérer le saucisson et la salade (Salad ?) de pommes de terre, on se couche entre les marguerites, le temps de piquer un petit somme à l'ombre des bouleaux en fleur. Vers 18h00, on est réveillé par le bruit d'un tracteur : ça pète, ça vrombit, autant mettre les voiles (" Pain In The Ass "). Sur la route du retour, on pense déjà au bon gigot qui nous attend à la maison : en sifflotant des airs pop-rock bien connus, on accélère la cadence, pressés d'être rentrés. Il est 19h30 et le soleil se couche : dans la lumière réconfortante du crépuscule, on s'attable avec empressement, l'odeur de la viande épicée (" Laziness ", à la Calexico) aguichant nos papilles avec force et malice. Bon appétit ! Une fois la dernière côte grignotée et le pantalon déboutonné, il est presque l'heure d'aller coucher. Juste avant, on termine la soirée avec une petite veillée au coin d'un feu préparé à la sauvette : quelqu'un a pensé à prendre des trompettes. On s'amuse à souffler dedans comme dans un Alcotest (" You'll Never Know "), " Come Out to Play "), parce qu'il faut bien le dire, on est un peu pompette. C'est çà les vacances, et ce disque nous les rappelle avec tendresse.

Ted Leo

Hearts of oak

Écrit par

Ted Leo & The Pharmacists

Ted Leo n'est pas né de la dernière pluie, puisque avant de se lancer dans une carrière solo, il a sévi sur la scène hardcore de New-York, au sein de groupes comme les Citizens, les Animal Crackers puis Chisel, dont il a été le leader entre 1990 et 1997. Son aventure solo, il l'a entamée en 1997, alors qu'il drivait encore Sin Eaters, tout en participant à une tournée des Spinanes. Infatigable ce type ! D'autant plus que " Heart of oak " constitue déjà son quatrième opus en solitaire. Il fait suite à l'excellent " The Tyranny of distance ", paru en 2001. Tout comme cet elpee, il est davantage tourné vers la pop/rock, puisque les deux premiers lorgnaient davantage vers le folk. Ted est à l'indie rock ce que Springsteen était au rock'n roll en 73 ; mais dans un style totalement différent. A cause des lyrics engagés qui traitent des problèmes liés à la politique, aux relations sociales, à la guerre, aux religions. Bref, des questions bien dans l'air du temps ! Côté musical, Ted pratique plutôt une forme de punk pop, mais un punk pop mâtiné de dub, de folk irlandais, de rock, de power pop, de mod, de ska, de folk irlandais, de rythm'n blues, de funk, de new wave, et la liste n'est pas exhaustive. Avec pour principales sources d'inspiration Billy Bragg, Alex Chilton, XTC, Jam, Joe Jackson, Clash, Elvis Costello, les Buzzcocks, Fugazi et le Fall. Ted rend même un hommage aux Specials sur le remuant " Where have all the rude boys gone ? ". Un punk pop qui évolue sur un mode uptempo en tirant parti au maximum de la fluctuation des instruments (guitare, basse, batterie, claviers, violon) ; à charge du falsetto souple de Ted d'opérer le lien entre toutes les composantes pour tisser les mélodies. Un chouette album !

Smokin' Joe Kubek & Bnois King

Roadhouse Research

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Que de chemin parcouru depuis ses débuts ! En treize années, Joe aura commis la bagatelle de 9 albums. "The axe man" en 1990, "Steppin' out Texas style" en 91, "Chain smokin' Texas style" en 92, "Texas Cadillac" en 94 et quatre autres elpees, avant de sortir ce "Roadhouse research". Joe est texan et cela s'entend !

Dès les premiers accords dispensés sur "Healthy mama", il étale toute sa puissance de feu. Tous les instruments sont bien en place. La guitare pousse lourdement le riff. Constituée de Paul Jenkins à la basse et de Ralph Power aux drums, la section rythmique exhibe tout le groove naturel en réserve. Sans doute trafiquée pour la rendre menaçante, la voix de Bnois King est ravagée. Pendant ce temps, Joe ne tient plus en place et reste à l'attaque jusqu'au bout, comme si sa vie en dépendait. Joe Kubek se lance à la poursuite de Carlos Santana pour introduire "Tell me why". Il embraie par un thème funky. Les guitares sont bien en rythme pour talonner la voix de King, davantage à son affaire dans ce registre. Joe joue, explose et s'évade au sein de cette trame musicale latino-américaine. Excellent ! Bnois apprécie la tournure des événements. Sa guitare rythmique remet le couvert funky pour se farcir "Cryin' shame", alors que la section de Paul et de Ralph brillent par leur cohérence. Une assise naturelle qui permet à Kubek de décoller. Il se sent si bien, qu'il n'en peut plus et en remet une couche. Quelle santé ! "Got to get paid" s'autorise des chorus à la Albert King. La paire se sent tout aussi à l'aise. La communion consentie entre Joe et Bnois prend tous les risques et opère une sortie en distorsion. "Better be getting it on" est un shuffle bien texan, presque un blues rocker, tant Joe laisse sa guitare dériver, déraper, mais toujours en prenant bien soin d'en garder le contrôle. "Runnin' blind" est un très bon blues lent, dont les échanges de riffs de guitares, entretenus entre Joe et Bnois, pourraient être qualifiées d'orgiaques. Ce dernier dans un style plus roots, naturellement plus blues ; a contrario de la touche plus flashy de son leader. Joe Kubek a sévi au sein du groupe de Freddie King. Une expérience qui l'a sans doute marqué. Et qu'il manifeste encore parfois. Surtout quand il maîtrise son blues. A l'instar du superbe "The blues is still with us". Pour la circonstance, nous pouvons clairement déceler les qualités complémentaires des deux musiciens : le style texan de Joe qui pratique le blues à Dallas depuis trente ans, et celui de Bnois, un louisianais d'origine dont les racines appartiennent davantage au jazz. Chantée divinement par Bnois, "Make it right" est une ballade très douce. Joe y accorde un solo mesuré. Chaque note ajoutée participe à la mise en valeur d'une jolie mélodie. Pourtant, ce n'est plus du blues, mais c'est tellement beau! Toujours bien électrique, "I need more" va droit au but. Kubek a empoigné sa slide au son bien réverbéré pour ce blues classique, d'une grande simplicité. Le combo est d'une solidité à toute épreuve. Pas étonnant lorsqu'on sait que les deux compères ont uni leur destinée musicale depuis déjà 14 ans. Cet excellent album s'achève par "Standing in my door", un long blues brûlant, très atmosphérique ; une finale "de luxe" qui ravira tous les amateurs de blues sur terre…

Dayna Kurtz

Postcards From Downtown

Cette Américaine pure souche traîne sa steel guitare et sa voix burinée (masculine ?) sur les scènes country depuis 10 ans, en " backing " de Chris Whitley et d'autres (lone) stars de Nashville. Il aura donc fallu bien des tournées de rodage pour que la belle se jette enfin à l'eau, ou plus exactement en solo : " Patience est mère de sagesse " dit le proverbe… C'est peu dire, tant ce " Postcards… " fait montre d'un talent hors pair, celui d'une femme mature qui sait transcender le genre (la country, donc) pour lui redonner une nouvelle jeunesse. Waltz entre Nina Simone et Jonie Mitchell (" Fred Astaire "), soul acariâtre à la Meshell Ndegeocello (" Somebody Leave A Light On "), country-rock sonnant la rencontre entre PJ Harvey et Neko Case (" Postcards From Downtown "), miaulements dignes d'un Jeff Buckley qui aurait trop écouté son père (" Miss Liberty "), bluette Bagdad Café (" Last Good Taste ", entre Sade et l'" I'm Your Man " de Leonard Cohen), carbone 14 de blues 'tomwaitsien' (le beau " Paterson "… qui vire tex mex après quatre minutes) : Dayna Kurtz jongle avec les styles sans jamais tomber dans l'exercice de style prétentieux. S'il nous faudra patienter encore 10 ans pour la suite, on saura prendre notre mal en patience : mieux vaut la qualité que la quantité. Ou plutôt : mieux vaut une Diana Kurtz sporadique que dix Shania Twain prolifiques.

 

Candye Kane

Whole lotta love

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Originaire de l'est de Los Angeles, la sulfureuse Candye est devenue chanteuse et même compositrice, contre vents et marées. Il est vrai que le récit de sa vie est une source intarissable d'anecdotes croustillantes. Autrefois paumée, strip-teaseuse et actrice porno dans ses mauvais jours, activiste féminine, provocatrice le reste du temps, cette fille est parvenue à se forger une place dans le giron du blues contemporain. A force de travail. Mais aussi de talent et de persuasion. Selon la légende, cette mère célibataire continue à vendre des produits Tupperware. Notre diva est particulièrement populaire à San Diego. Pourtant, ses trois premiers albums ont été enregistrés chez les Texans d'Antone's. "Home cookin" en 94, "Knock out" en 95 et "Diva la Grande" en 96. Il faudra cependant attendre 99 pour voir sortir "Swango". Sur Sire. En 2000, elle signe chez Rounder pour y commettre "The toughest girl alive". Elle s'est souvent produite chez nous. Chaque fois (ou presque !) en compagnie d'un nouveau backing band. Et je dois avouer qu'elle a rarement déçu. Impossible d'échapper à la magnifique photo qui illustre la pochette de cet elpee. Candye y apparaît plus voluptueuse et séductrice que jamais. Pour la confection de cet opus, Thomas Ruf lui a permis de s'entourer d'une sacrée brochette de musiciens.

Elle entame ce nouveau CD, les cordes vocales en transe. Elle aime les mettre en exergue, et ça se sent! "Something's got a hold on me" est mené tambour battant. Le chant est assez gospel. La première intervention de cordes est très réussie. Faut dire que pour la circonstance, elle est secondée par Jeff Ross et Kyle Jester. Son adaptation du "Wrap around joy" de Carole King bénéficie d'un excellent arrangement. Un morceau de soul R&B très funky enrichi par l'orgue Hammond et les cuivres. Signé Wild Child Butler, "Put it all in there" est un shuffle comme on les adore. Tous les musiciens sont bien soudés. La section rythmique assure, pendant que R.J Mischo se démène, comme un beau diable, à l'harmonica. Issu de la plume de Billy Valentine, "Fit, fat and fine" nous ramène dans l'ambiance de la fin des années 40. Ce fragment libère beaucoup de swing, de rythme. Le chant est caractérisé par un échange entre Candye et Kyle Jester. Au cours de ce duo, Brandon Fields prend un solide solo de sax et Kyle se réserve une superbe sortie dans le style West Coast jump. Assez rocker, "A lion in my house" est un blues très rythmé. Le chant de Candye est furieux. Mais il me semble reconnaître l'ami Charlie Musselwhite qui pointe le bout du nez. La cover du "What's that I smell?" de Big Bill Broonzy constitue le moment le plus roots de l'opus. Elle met en exergue un duo vocal échangé avec ce bon vieux Charlie qui tient aussi la guitare acoustique. Candye s'attaque alors au canon de Willie Dixon, "Whole lotta love". Elle emprunte cependant les arrangements du Led Zeppelin. Ce qui n'est guère étonnant, car elle jouait ce titre live depuis pas mal de temps. Elle accomplit ici le rôle de Robert Plant. Ce qui n'est pas davantage surprenant lorsqu'on connaît son registre vocal. Et la guitare est aussi d'un bon niveau. Ce qui ne gâter rien. Des violons sirupeux introduisent "When the hangover strikes", une ballade enivrante très fin de soirée, qu'elle interprète à la manière d'une crooneuse. Pourtant, je la préfère lorsqu'elle déménage. C'est une certitude. A cause du volume de son registre vocal et de sa prestance. Alors, nous ne sommes jamais déçus. Sa puissance, sa hargne sont inégalables. A l'instar du rock'n'roll furieux "I'm just a sucker who believes in love". Un morceau qu'elle a composé. C'est bien dans ce registre qu'elle est la meilleure. Elle remet le couvert pour "27 times", au rythme plus relaxant. Mené à la manière de Jimmy Reed, cette compo se termine en swing. Mais est-ce donc Larry Taylor qui se réserve la basse acoustique et R.J Mischo l'harmonica? Cet excellent album se termine dans une atmosphère très barrelhouse, honky tonk. Le duo échangé avec le piano (NDR : est-ce celui du Reverend Billy C. Wirtz ?) est tout à fait excellent. Dommage que les notes de pochette soient si avares d'informations. Un album très excitant pour la très excitante Candye!

Kaz

Hier ou demain

Écrit par

En mentionnant au dos de la pochette, ‘Si vous ne vous appelez pas B Cantat, B Corgan, T York ou JJ Daran, votre graveur s'autodétruira’, Kaz affiche clairement, mais de manière très originale, ses influences majeures. Encore qu'après avoir écouté ce mini CD 6 titres, je n'y ai décelé que l'ombre (NDR : mauvais calembour !) de Noir Désir. D'ailleurs tout au long de cet opus habillé d'une pochette au cubisme mystérieux, l'ambiance n'est vraiment pas à la fête. D'abord, il y a les lyrics qui posent un regard sur l'homme, ses sentiments, ses joies, ses erreurs, ses côtés sombres. Ensuite la musique qui, hormis le dispensable " Rêver un cauchemar " et le très joli instrumental " Aya ", un fragment dont les accents électro-acoustiques me rappellent Bel Canto, se nourrit aux mélodies lancinantes, douloureuses, ténébreuses. Un peu comme chez Yel. Et c'est un compliment ! Le très intense " L'idiot " en est la plus belle démonstration. Mais le plus souvent, Kaz semble hanté par l'esprit de Nirvana. Celui de l'elpee " In Utero ", nonobstant le vocal haut perché de Guillaume (NDR : une belle voix qui ne colle pas nécessairement au style pratiqué par le trio issu du Loiret), dont les inflexions peuvent rappeler parfois Anthony Kiedis (Red Hot Chili Peppers). C'est évident sur " Le ciel me brûle " et puis sur la valse lente " Les amants ". On y retrouve même cette mélancolie maladive, torturée, criblée d'accès de fièvre électrique. Si l'impression globale reste positive, avec de meilleurs arrangements, des enchaînements un peu mieux soignés et une production à la pointe, ce disque prendrait une toute autre dimension…

 

Kékélé

Congo Life

Écrit par

Deuxième long format pour ce projet qui réunit cinq vieux routiers de la musique congolaise. Fatigués de jouer du soukous, nos gaillards ont décidé de dépoussiérer la rumba congolaise des années 50 et 60. Depuis 2001, cette idée judicieuse les a catapultés sur les scènes du monde entier où ils ont rencontré un succès croissant. Le principe de cet opus charmant et désuet, qui a reçu le concours de l’arrangeur François Bréant, fait un peu penser au « Flor de Amor » d’Omara Portuondo, mais en moins mélancolique. La musique de « Congo Life » est un croisement entre des éléments sud-américains (percus, violons) et typiquement congolais (voix et guitares). Quoique de qualité variable, cette agréable collection de chansons s’écoute avec plaisir. Les excellents « Delali », « Lolita » et « Lili » surclassent les nombreuses compos où la dextérité musicale des Kekele prend le pas sur la mélodie avant de s’achever par des impros qui tournent vite en rond. Pas toujours réussi donc, même si quelques morceaux valent largement le détour.

 

Keren Ann

Not Going Anywhere

Après deux albums chantés en français, Keren Ann s'attaque au marché anglo-saxon. De toute beauté, ce " Not Going Anywhere " voit la copine de Biolay et de Salvador s'imaginer suivre les traces de Joni Mitchell et damer le pion à toutes ses prétendues descendantes (de Suzanne Vega à Beth Orton). Au départ, cet album ne devait être qu'une resucée anglophile de " La Disparition " : au final, on compte pas moins de sept nouvelles chansons pour seulement quatre reprises du disque précédent. Sur ces quatre titres, l'empreinte de Biolay n'a forcément pas disparu, même qu'il est présent sur un autre morceau, " Road Bin ", jolie comptine bluesy à la slide guitare… Mais c'est encore toute seule que Keren Ann impressionne le plus : sur " Sailor & Widow ", petite merveille de pop mélancolique, et sur les deux morceaux qui ouvrent l'album, " Not Going Anywhere " et " Polly ", empreints d'une force mélodique qui va droit au cœur. Avec Keren Ann, la chanson, qu'elle soit française ou anglaise, n'a pas à s'inquiéter quant à son avenir : il apparaît déjà radieux, malgré quelques maladresses de jeunesse (ces ambiances parfois trop surannées, cette tendance un peu complaisante pour les trop jolies notes). En solo, flanqué de Biolay ou de Bardi Johannsson (Bang Gang, Lady and Bird), Keren Ann réussit pour l'instant un (quasi) sans fautes. Reste au temps à donner à sa musique encore davantage de consistance, et à ses textes de profondeur. " Not Going Anywhere " ? Bien au contraire. Car à l'horizon, se profile la consécration.

 

Kerplunk

Brotherhood

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Kerplunk tranche d’emblée par un professionnalisme suffisamment poussé pour revendiquer et espérer des retours positifs aussi bien des médias que des tourneurs. C’est évident, on est frappé par l’importance du visuel, de l’informatif pur. Tout est mis en place pour que, sans écouter une seule seconde de zique, l’intérêt soit éveillé. Nous reviendrons sur le contenu plus tard. Imaginons une seconde le chaland devant la foule de production classée en métal de leur Fnac ou disquaire préféré : pochette signée Cumpaz (IV My People, 113); enregistrement accompli par André Gielen (Lofofora, Mass Hysteria, Oneyed Jack); mixage opéré par Stephan Kraemer (Pleymo, Watcha, Enhancer). Techniquement donc, la crème de la crème de la scène néo-métal a été conviée pour accoucher de “Brotherhood”. Le moment de bravoure procède d’une collaboration commise entre le band et rien moins qu’H-F Thiéfaine pour les paroles de “Lobotomie sporting club” !!! Seul titre chanté en français, soit dit en passant. Ensuite, des premières parties, disons de ‘prestige’ Kittie, mais surtout System Of A Down... Alors, une ombre au tableau ??? Pas vraiment. Et c’est bien là le problème. Sur papier, le groupe arrache et tend à arpenter courageusement le chemin tracé par les formations susvisées plus haut, entre parenthèses. Oubliées ces infos, mes baffles diffusent une musique, certes efficace, mais qui manque de personnalité. Pourtant, le band se distingue sur un mix d’Aphex Twin et d’Atari Teenage Riot (un peu comme l’a fait Dillinger Escape Plan et Mike Patton sur “Come to daddy” justement). Intitulé “The Flex” et chanté de manière hardcore, ce titre drum n’ bass sent le souffre. Parfois, mieux vaut une famille recentrée qu’une smala éclatée.

The Kills

Keep On Your Mean Side

Du rock revêche et lo-fi qui laisse des traces (NDR : de cambouis !). De sales rengaines hypnotiques et coriaces, d'une évidence rare. " Un gars, une fille " version trash, vêtus de cuir noir et le sourire narquois, qui croisent les guitares tels des Adam et Eve destroy, après avoir mangé la pomme et fait la nique au Diable, au Tout Puissant et au reste ; le doigt levé et les pieds tapant en cadence, d'un rythme binaire et agaçant. On a déjà entendu The Kills chez PJ Harvey (" Dry "), Royal Trux, Pussy Galore, le Velvet, Jesus & Mary Chain, Sonic Youth et dans le blues : celui qui fout la trouille. On les comparera sans doute aux White Stripes, pour cet incroyable talent à faire du rock à quatre mains et à du cent à l'heure, droit contre le mur (du son). VV et Hotel unis pour le meilleur (du rock'n'roll pur jus, qui n'oublie rien de ses ancêtres), et c'est la trique pendant une heure. Parfois sauvage (" Fried My Little Brains ", quel titre !), souvent retors, entre je-m'enfoutisme salvateur et morgue CBGB, le rock de ces Bonnie and Clyde d'un nouveau genre (plus teigneux, plus cool) devrait tout balayer sur son passage. " You Got It ? I Want It ! " (" Cat Claw ") : VV et Hotel ont tout pour eux. La classe, le talent, le sex-appeal. Bref, la foi en une musique qui sue à pleines gouttes, qui mord à pleines dents, qui hurle sa rage. " Fuck The People " : ce slogan, qu'on a plus entendu depuis le punk, revêt chez The Kills un nouveau sens, celui du rock même, de sa quintessence. A la fin, sur deux ballades blues gangrenées par une guitare vitupérante, The Kills semble pourtant s'assagir. Derrière l'accalmie se tapit pourtant, encore et toujours, ce rock prêt à bondir, que vous croyez mort depuis déjà des lustres. L'histoire se répète. C'est vrai ; quels seront nos prochains héros dans trois mois ? Qu'importe : avec The Kills, on savoure l'instant, le temps présent. Et c'est la seule chose qui compte.

King Creosote

Kenny and Beth´s musakal boat rides

Écrit par

King Creosote nous vient de Fife, en Ecosse. Depuis 1995, il a enregistré un tas de chansons qu'il a gravé sur CDR. Des disques parus chez Bad Jazz, Fence et Domino ; mais extrêmement difficiles à se procurer. " Kenny and Beth's musakal boat rides " constitue, en quelque sorte, une compile de son ancien répertoire. Et il faut avouer que les 13 chansons réunies sur cet elpee, et qu'il interprète flanqué de son quintette, ne manquent pas de charme. Sculptées dans un folk/pop alternatif, et légèrement teintées de psychédélisme, elles peuvent se révéler tantôt contagieuses, allègres, tantôt ténébreuses, spectrales. Balayée de bruitages post industriels, " Space " aurait même pu figurer au répertoire d'un 16th Horsepower. Accordéon, drums feutrés, percus et guitare acoustique (NDR : jouée le plus souvent en picking) forgent l'ossature de l'instrumentation. Sans oublier la voix de Kenny. Bien timbrée, chaleureuse, elle épouse même parfois les inflexions de Mark Chadwick (Levellers). Mais au sein de cet espace sonore, les samples inventifs, les bruitages et les oscillations du clavier nous entraînent dans un monde visionnaire, surréaliste, mais au lyrisme empreint de mélancolie. James Yorkston et Pip Dylan, deux potes à Kenny, sont venus lui filer un coup de main, sur l'excellente ballade " Lavender moon ". Mais, j'ai surtout flashé sur " Lonepigeon's wine glass finale ", une plage soulignée par un orgue qu'on croirait emprunté à Eyeless in Gaza ". " Pulling up creels " et ses samples en boucle décalés par le rythme. " Harpers's dough " et ses harmonies vocales dignes de Peter Paul & Mary. Et surtout " So forlorn ", qui nonobstant son riff de guitare obsessionnel, me rappelle James. Même la voix de Kenny est ici aussi sinusoïdale que celle de Tim Booth. A la croisée des chemins de Syd Barrett, des Nits et de Chris Knox, cet opus a vraiment tout pour plaire…

King Crimson

The Power to believe

Écrit par

A l'instar d'une poignée d'autres groupes, King Crimson peut être considéré comme l'un des pères fondateurs de ce qui sera ultérieurement étiqueté 'Rock progressif'. Au cours de sa (longue) carrière, le groupe a toujours respecté l'esprit qui, théoriquement, devrait animer tous les groupes de cette mouvance: volonté de progresser, découvrir, défricher, innover. Après quelques albums disons 'ardus', le groupe nous offre rien de moins qu'un de ses meilleurs CDs ; et du même coup un des albums de l'année, si pas de la décennie. Les inconditionnels du mellotron et autres claviers n'y trouveront toutefois pas leur compte. Chez King Crimson, la guitare électrique est désormais reine. Il faut dire que le groupe se compose d'un maître des rythmes et de trois (!) guitaristes. Tous excellents. Après une brève intro, on est directement plongé dans l'univers obsessionnel et contraignant du groupe. 'Level five' accroche par sa force et ses riffs entêtés. Il rappelle un peu la période 'Red' du groupe (soit il y a bientôt 30 ans ). Ce qui est révélateur de la répartition des rôles, car à part Robert Fripp, aucun des actuels musiciens ne faisait alors partie du groupe. Point de nostalgie cependant. L'album est résolument moderne, voire précurseur (une manie chez King Crimson ). Le son est énorme, les petites trouvailles innombrables, la symbiose entre les musiciens parfaite et la production irréprochable. Détailler l'œuvre par le menu serait illusoire. C'est un concept, avec quelques ingrédients récurrents. Il n'y a rien à jeter. Tout est mature et abouti. La réelle complexité des compositions est éclipsée par leur beauté formelle. C'est noir et souvent torturé, lancinant et envoûtant, dense et en transpiration (ah, ces crescendo de braise dont ils ont le secret !). Quelques passages en suspension offrent de judicieux moments de (fausse) quiétude. La vérité, c'est que King Crimson a tôt fait de nous tenir en son pouvoir et on succombe bel et bien à son charme, incapable d'appuyer sur le bouton 'stop'. C'est le roi cramoisi qui décide de la fin des hostilités. Et lorsque finalement il prend congé de nous, on déplore amèrement la brièveté de l'entrevue et on n'a qu'une envie: le rejouer dans son lecteur CD ! Ce maître incontournable du Prog, qui n'a jamais confondu progression et vieillissement, vient de commettre un album majeur. Longue vie au Roi!

 

King Of Woolworths

L´illustration musicale

Ca commence un peu comme de la muzak (Woolworths est une chaîne de… supermarchés), et pourtant ce n'est pas de la musique " numéro 1 " de chez Carrefour. " L'Illustration musicale " s'arrête donc fort heureusement au titre : Jon Brooks n'a pas encore vendu son âme aux compiles lounge du rayon CD de chez GB. Si " G-Plan ", le morceau d'ouverture, sonne un peu trop comme de la blaxploitation de bazar, le reste, quoiqu'un peu lisse, ne risque donc pas d'être périmé de si tôt. " Montparnasse " joue les hommages francophiles (Air en tête), puis c'est au tour de l'électro la plus câline de déployer ses charmes, insidieusement (Dot Allison au chant sur " Sell Me Back My Soul ", puis " Hub 100 " et " Evelsong "). Sur " 123 (Brillo's Beat) ", le BPM nous invite à la danse, mais pas pour longtemps : la langeur d'un trip-hop évasif reprend vite ses droits, jusqu'à engourdir le moindre de nos gestes. On pense alors à Morcheeba (" Nuada "), voire à Saint-Etienne (un des groupes préférés de Brooks), pour cette habilité à jouer franc-jeu sur le terrain du beat moite et chaleureux (qui a dit " paresseux " ?). Une berceuse au piano (" A12 "), ensuite raffermie de quelques bleeps légers (" This is Radio Theydon "), remplit quant à elle sa mission : nous plonger dans un sommeil bienveillant, pour avoir bien la pêche au réveil. Jon Brooks, notre roi du matelas ?

Kinski

Airs Above Your Station

Le disque commence par un bruit aérien, brièvement synthétique, puis une guitare volage surgit à l'improviste, affable et sympathique… Mais pas pour longtemps : très vite, l'instrument lâche la mitraille, les riffs lacèrent nos tympans et balancent le gros son, ses bombes soniques explosent sous un ciel noir et plombé… Ce qui avait débuté dans le calme s'achève dans la tempête, le stoner et la fureur. C'est la guerre. Aux commandes de cette musique-bombardier, qui fait beaucoup de dégâts à notre ampli, quatre types de Seattle, qui aiment sans doute Mogwai, Sonic Youth, King Crimson, Sunn O))), le krautrock, la noisy et les Japonais (de Melt Banana aux Acid Mothers Temple). Hiroshima, Nagasaki, Kinski : même combat. Faut qu'ça pète. D'abord, on fait semblant d'arriver en amis (riffs à l'amiable, violons à peine grinçants, batterie fureteuse), puis on sort sans crier gare la grosse artillerie (riffs B52's, violons à hydrogène, batterie-kalashnikov). C'est toujours ainsi chez les belligérants : tu fais croire au peuple que tout va bien se passer, avant d'appuyer sur le détonateur. Chez Kinski, c'est pareil : au début c'est gentil, puis ça s'embrase comme un feu de brousse. Parfois, le climat se calme, le drapeau blanc flotte bien en évidence (" I Think I Blew It ", " Your Lights Are (Out or) Burning Badly "), mais il y a toujours un soldat qui finit par tirer dans le tas. Au prochain album, on assurera mieux nos arrières.

Christian Kjellvander

Songs from a two-room chapel

La scène musicale scandinave est partagée, à peu de choses près, en trois courants majeurs : le rock'n'roll (The Hellacopters, The Hives, Turbonegro,… + le black metal), l'électro (Röyksopp, Erlend Oye, Biosphere, le label Rune Grammofon,… + le jazz " numérique " à la Bugge Wesseltoft) et le folk (St Thomas, Nicolai Dunger, Kings of Convenience, Kristofer Aström,…). Christian Kjellvander fait assurément partie du troisième groupe : songwriter précieux bien connu en Suède (il a publié cinq albums avec les Loosegoats et Songs of Soil), il éprouve, comme bon nombre de ses compatriotes gelés 6 mois sur 12, une vive admiration pour l'americana le plus chaleureux, de la famille Carter à Bonnie Prince Billy. Qu'on aime ou qu'on déteste le country-rock galeux et geignard, fort est de constater que ce Kjellvander sait y faire avec les images d'Epinal du grand West : on se croirait presque chez les allumés de Palace. Le meilleur : " Oh Night " et ses violons majestueux, clef de voûte de cette belle collection de chansons souffreteuses, et le solennel " Rid ", d'une puissance chorale incontestable. Parfait pour réchauffer les froides journées d'hiver, ce disque s'écoute comme on boit une bonne tisane : au coin du feu, en pantoufles et l'esprit à la dérive.

 

Knife In The Water

Cut The Cord

Dans " Le Couteau dans l'Eau ", le premier film de Polanski, la tension monte inexorablement, sans gros moyens ni scies musicales à la Miklos Rozsa : du bon boulot, le premier chef-d'œuvre du maître polonais, aujourd'hui abonné aux honneurs d'Hollywood et de Cannes. Pour Knife In The Water, groupe d'Austin (Texas), les récompenses ne risquent pas de pleuvoir : leur troisième album, " Cut The Cord ", lorgne trop du côté du remake. On a déjà entendu ces mélodies traînantes chez Dirty Three, les Walkabouts, Spain, My Morning Jacket. Dans presque tous ses films, Polanski a toujours su distiller un suspense tendu et un érotisme morbide. Les cinq bobos de Knife in the Water se révèlent eux moins talentueux pour installer des ambiances de film noir : leur country-folk paresseuse n'est bonne qu'à passer tard la nuit, juste après Chasse et Pêche. Qu'ils changent vite de nom ! Sinon l'année prochaine, sûr qu'ils remporteront haut la main la " Groseille d'Or de la pire BO ", sous les huées des tous leurs potes slowcore… Coupez !

Kraftwerk

Tour de France Soundtracks

Depuis le début de leur carrière (il y a 33 ans), les Allemands de Kraftwerk ont toujours vénéré les machines et tenté de mettre en son leur environnement urbain et technologique. De l'électricité (" Radioactivity " en 1975) aux moyens de transport et de communication (" Autobahn " en 1974 et " Trans-Europe Express " en 1976), ce duo a souligné la beauté high-tech du monde moderne et déblayé ainsi le terrain pour les fondateurs de la techno, à Detroit. Dix-sept ans après leur dernier album (" Electric Cafe " en 1986) et vingt ans après la sortie de leur single " Tour de France ", Ralf Hütter et Florian Schneider sortent enfin de leur studio Kling Klang flanqué d'un nouveau disque sous leurs bras (articulés ?) : " Tour de France Soundtracks ". Manœuvre marketing en hommage au Tour qui vient de fêter ses cent ans ? Raclage de fonds de tiroirs compilés par la maison de disque ? On connaît l'obsession des Allemands pour le cyclisme, finalement une affaire de boucles et de répétition, comme leur musique. On finit par comprendre en écoutant les trois premiers morceaux, bâtis sur ce " Tour de France " fédérateur, dont le thème principal revient sans cesse comme un coup de pédale. Le cyclisme, c'est comme la techno : le cycliste avance (le futur) en répétant les mêmes gestes jusqu'à la transe, sur un tempo rythmé et inlassable. C'est le premier " cycle " de l'album (15 minutes). Puis Kraftwerk s'intéresse davantage aux facultés physiques de l'homme face à la machine, son alter ego sans les problèmes de " Vitamin ", de " Titanium " et d'" Elektro Kardiogramm ". Le dépassement de soi, l'endurance, la discipline, la force presque mécanique : dans ce deuxième cycle (25 minutes), les Allemands reviennent à leur manie de l'homme entouré de machines, qui fait ami avec elles, jusqu'à la fusion (" The Man Machine ", 1978). Puis c'est l'heure du relâchement, procuré par " La Forme " et " Regeneration ", plus downtempo, avant le final " Tour de France ", qui boucle la (grande) boucle et relance une dernière fois la machine. Face à de tels champions, le peloton (l'électro d'aujourd'hui) reste loin derrière. Et dire qu'il y en a pourtant qui se shootent.

Jaga Jazzist

A Livingroom Hush

Même si cet album est sorti il y a plus de deux ans en Norvège, pays d'origine de ce big band électro-jazz-fusion de haute volée, il n'a toujours pas, depuis lors, quitté notre lecteur de salon. C'est que " A Livingroom Hush " (notez la contrepétrie) ne fait pas partie de ces disques qui s'apprivoisent en une écoute. Imaginez Aphex Twin, Tortoise et Herbie Hancock tapant le bœuf en plein désert arctique, avec Tom Jenkinson et Nils Petter Molvaer servant du vin chaud entre chaque impro décervelée. Jagga Jazzist, ce serait donc un délirant Big Bazar, un supergroupe aux pensionnaires infidèles (on les retrouve aussi chez Supersilent, Jazzkammer, Bugge Wesseltoft, Biosphere, etc), qui malaxent le jazz, l'électro et le rock en toute innocence, comme si rien avant eux n'avait existé. Comme si tout était encore à faire. Parce que la musique mutante de Jagga Jazzist ne ressemble à rien de connu ; et c'est ça qui la rend si attachante.

" Animal Chin ", le morceau d'ouverture, sonne ainsi d'abord comme du Tortoise, pour se transformer brutalement en drum'n'bass plein de flûtes et de cuivres, jusqu'à l'explosion finale, parasitée d'interférences. La suite (" Going Down ") accueille des guitares acoustiques et des bleeps timides, alors que, de temps en temps, une contrebasse, un tuba, un xylophone, un sampler s'en mêlent, sans se tirer la couverture. Pour se partager tous ces instruments aux sonorités chaudes et tactiles, aux contacts desquels tous les genres se confondent, il fallait du monde : Jagga Jazzist compte ainsi dix personnes (!), dont le leader reste incontestablement le batteur, Martin Horntveth, d'une technicité impressionnante. En tout cas, rarement pop music et avant-gardisme auront fait si bon ménage… Car malgré l'aspect parfois revêche (ces cassures) de ce magma sonore sans cesse bouillonnant, les compos de Jagga Jazzist restent étonnamment joviales et séduisantes. " The Stix ", leur deuxième album, vient de sortir. Si vous fondez pour ce genre de musique organique, qui bat en brèche tous les lieux communs du rock, du jazz et de l'électro, un conseil : achetez directement les deux… Vous ne serez pas déçus !