Winter adults only ?

Winter, une artiste issue de la nouvelle génération de shoegaze, a annoncé la sortie de son nouvel album, « Adult Romantix », prévue pour le 22 août via son nouveau label Winspear. Cet elpee, inspiré par des textes de la période romantique comme…

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La couleur intérieure de The Intemperate Sons…

The Intemperate Sons a fait irruption sur la scène rock alternative de Dallas (Texas), à l'été 2019, se distinguant immédiatement par un son mêlant riffs de guitare brûlants, mélodies obsédantes et profondeur émotionnelle brute. En 2021, son talent…

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Natacha Atlas

Diaspora

Premier album solo pour la chanteuse de Transglobal Underground qui bénéficie pour la circonstance du concours de son groupe au grand complet, mais également du chanteur/compositeur tunisien Walid Rouissi, du maestro égyptien Essam Rashad, ainsi que d'une pléiade de musiciens sémitiques. Bien que née en Belgique et vivant aujourd'hui à Northampton, cette juive arabe a voulu, à travers ce "Diaspora" rallumer la flamme génétique de ses inflexions vocales. Une étude qu'elle met au service, non pas de la world music, mais d'une pop mélodique, sensuelle, sentimentale, sise, nonobstant le recours aux lignes dub, aux confins de l'Orient et de l'Occident. Bref un voyage exotique très agréable, même si certaines compositions auraient pu être un peu moins tirées en longueur.

 

Peter Arnout

Who cares about hookers

Une bonne blague à réserver a vos copains, surtout s'ils sont aficionados de Neil Young. Vous leur annoncez la sortie d'un album inédit de Neil Young. Une sorte de bootleg officialisé, issu de bandes démos poussiéreuses retrouvées quelque part dans une cave (ou un grenier) quelconque. Vous leur faites alors écouter quelques chansons de ce "Who cares about hookers", sans même vous soucier de la sélection des titres ; mais par précaution en n'exhibant pas la pochette. C'est d'ailleurs l'expérience que nous avons tentée à plusieurs reprises. Tout y est, même le timbre vocal gémissant, les chœurs, sans oublier le savant dosage entre ballades acoustiques, ‘harvestiennes’, écorchées par un harmonica fiévreux et les morceaux sculptés dans l'intensité électrique. Le titre maître bénéficie même de somptueux arrangements symphoniques. Il faut croire que Peter Arnout et ses Dry Livers sont des accros du loner. Nous ne nous imaginions d'ailleurs pas qu'un groupe, belge de surcroît, eut été capable un jour de réaliser un semblable exploit, sans même effectuer la moindre reprise. M'enfin, pour l'originalité, ils repasseront...

 

The Apartments

A life full of farewells

Depuis la gravure du sulfureux et troublant "The evening visits and stays for years", Peter Milton Walsh louche de plus en plus vers la postcard et le New Mersey sound. Postcard suite à l'arrivée de la bassiste Clare Kenny, intime d'Orange Juice. New Mersey circa Echo and The Binnymen, à cause de ce recours à la reverb pour épancher ses inflexions vocales mélancoliques, gémissantes qui suintent de malaise et de mystère. Les neuf titres de cette œuvre exhalent ainsi un romantisme désabusé mais tellement poignant. Neuf titres tout en atmosphère, où seuls trompette voilée, violoncelle fugitif, voire steel guitar sur "You became my big excuse", imprègnent les sonorités semi-acoustiques si particulières, minimalistes, mais abordées suivant l'esprit d'un Robert Foster ou d'un Grant Mac Lennon. Peter parvient même à épurer totalement son expression sur "She songs to forget you", en accompagnant uniquement son chant du piano. Une vie pleine d'adieux. Beau et triste à la fois!

 

Isabelle Antena

Plus acid que jazz / More acid than jazz

Rien que le titre vous permet de reconnaître la coloration sonore du dernier opus d'Isabelle (nous n'avons pas parlé de tentation!) Peu de nouvelles compositions cependant. Mais des adaptations trafiquées en mode acid-jazz. Parfois alanguies sous la forme d'une ballade, lorsqu'elles ne sont pas conjuguées au temps rap ‘solaarien’. Bref, on se demande ce que l'ex-Tuxedo Moon, Luc Van Lieshout, et le producteur Gilles Martin, qui ne produit d'ailleurs ici pas, sont venus faire dans cette aventure réservée exclusivement au public BCBG avide de sensualité vaporeuse et nightclubbienne...

 

Andyboy

One man, six strings, and a whole lotta misery

Rien que le titre de l'album doit vous donner une petite idée du style de musique en présence. Un homme, six cordes, et un tas de misère flaire le blues à plus de trois cents mètres. Vous n'avez pas tout à fait tort. Mais le blues d'Andyboy est conçu avec le même esprit que Tom Waits. C'est à dire destiné à projeter des images en noir et blanc de notre société décadente. Comme celles qui illustrent la pochette d'ailleurs. Andy Andersen, figure culte de San Francisco, chanteur, compositeur et multi-instrumentiste du groupe est un fervent admirateur de Tom. Mais ses talents, il les exerce surtout à la guitare. Et puis, si sa voix est aussi écorchée, sa musique n'est pas aussi tordue et marécageuse, laissant une place au rock'n'roll des Presley, Cochran, et même à la country de Johnny Cash. Mais le plus souvent, les chansons sont sculptées dans les cordes de râpe acoustique. Et dans ce domaine, Andy n'est pas un manchot!

 

Laurie Anderson

The ugly one with the jewels and other short stories

Enregistré au printemps dernier, lors du concert accordé au Sadler's Wells Theater de Londres, cet album met en exergue des extraits de son livre "Stories from the nerve bible", bouquin consacré à vingt années de carrière artistique. Dix-huit fragments, parmi lesquels figurent plusieurs extraits de son opus concocté en octobre dernier, "Bright Red". Mais pas de chant. Laurie effectue une lecture vivante de ses textes en s'accompagnant tantôt d'un clavier, tantôt d'un violon. Le minimalisme est ici poussé à l'extrême, puisque cinq plages seulement bénéficient d'un apport instrumental complémentaire. Notamment "Maria Teresa Teresa Maria", sur laquelle Brian Eno vient donner un petit coup de clavier.

 

Ian Anderson

Divinities / Twelve dances with god

Écrit par

Compositeur/flûtiste/chanteur/guitariste/showman du légendaire Jethro Tull, Ian Anderson vient d'enregistrer, à la demande d'EMI, un disque de musique totalement instrumentale. De musique de chambre pour flûte et orchestre, si vous préférez. Une formule, à première vue très classique, mais qui par le soin apporté aux arrangements prend une tournure plus contemporaine. Des arrangements que se partagent Leon Philipps, Andrew Giddings, nouvelle pièce maîtresse du Tull, et bien sûr Ian Anderson, qui cumule pour la circonstance les fonctions de producteur. Un excellent exercice de style qui témoigne de l'intérêt porté par Anderson aux différentes formes de religions et de cultures, mais exercice totalement à contre-courant de notre époque. Découpée en douze mouvements, caractérisée par le recours à la clarinette, le hautbois, le violon, le violoncelle, la harpe, le cor, la trompette et bien sûr les différentes flûtes que se réserve l'artiste, cette œuvre se rapproche davantage des envolées atmosphériques ‘mikeoldfieldiennes’ que du format classico/rock épousé par le célèbre single "Bourée" en 1969. A conseiller vivement aux mélomanes dont l'horloge n'est plus que "Living in the past"...

The Amps

Pacer

Lorsqu'en 1992, nous apprenions le split du mythique Pixies, nous ne pensions certainement pas que Kim Deal mènerait sa barque avec autant de succès. Bien sûr, la carrière solo de Frank Black peut être jugée de très intéressante. Quant aux deux autres, Joey Santiago et David Lovering, ils sont tout simplement tombés dans l'oubli. Voici donc le retour de Miss Deal. Pas pour un nouvel album des Breeders (prévu pour le début de l'année prochaine) mais au sein d’un nouveau groupe. The Amps. Constitué de musiciens empruntés à différentes formations. Des Methods, des Tasties, de Killjoys et bien sûr des Breeders. Du beau monde finalement, laissant augurer un excellent album. Et nos espérances n'ont pas été vaines, car "Pacer" est véritablement superbe. Plus instantané que les Breeders et plus puissant que les Pixies! Douze fragments crépitants, brûlants, sulfureux. Douze compositions empreintes de mélancolie, d'amertume, d'innocence et de colère. Du plus fragile, à l'instar du titre maître, au progressif "Dedicated", en passant par l'irrésistible single "Tipp city", "I am decided" coécrit avec Robert Pollard (Guided by Voices), le sombre "Mom's drunk" et le ‘breedersien’ "Bragging party". Sans oublier "Hoverin" dont le rythme ‘deusien’ (Cocorico!), machinal, explosif, fustige les guitares à la fois distordues et pétillantes, "First revival" à la simplicité désarmante, "Full on iddle", rock 'n roll semi-hispanique, semi-américain, réminiscent d'un certain Pixies, et "Breaking the split screen barrier" plutôt alternatif. Enfin, deux singles potentiels, "Empty glasses" et "She's a girl" dont les mélodies incandescentes et languissantes nous font véritablement tourner la tête! Dommage que cet elpee ne dure que trente-trois minutes...

 

Marc Almond

Treasure box

Sur les vingt-cinq titres gravés sur ce double CD, dix relèvent du répertoire de Marc, commis entre 88 et 90, c'est-à-dire les années EMI. Le reste est partagé entre remixes et démos inédites issus de la même période. Depuis "The stars we are" à "The desperate hours" en passant par " Waifs and strays", "Tears run rings" et quelques autres. Bref un véritable "Treasure box" pour tout ceux et toutes celles qui sont sensibles à la voix déchirée et bouleversante de l'ex-leader de Soft Cell...

 

The Verve

A northern soul

En 1993, Verve commettait un superbe opus, "A Storm in Heaven", un disque que la plupart d'entre vous ont sans doute snobé par manque d'audace ou tout simplement par paresse. C'est vrai que la musique de ce quatuor est intemporelle, atmosphérique, difficile même parfois, mais tellement vivifiante et surtout exaltante. Reflétant l'état d'esprit d'un chanteur/compositeur illuminé et fascinant, Richard Ashcroft. Depuis, le groupe a dû adapter son patronyme en The Verve, suite à une action judiciaire menée par un label yankee frustré. Commis une compile de singles. Passée totalement inaperçue, faute de promo, il faut le souligner. Enfin, s'est décidé à faire appel à Owen Morris, ingénieur du son chez Oasis, pour coproduire son nouvel opus. Et, il faut reconnaître que la formation galloise vient de frapper fort. Très fort même. Etablissant subconsciemment un pont naturel entre Oasis et les prémisses des Stones Roses. Rien que le titre maître, qui exhume les fantômes des Stooges, Doors et autres Thee Hypnotics originels, mérite un prix d'excellence. Et le reste ne manque pas de surprises. Comme cet "History" enrichi d'orchestrations symphoniques opérées dans le célèbre studio Abbey Road. Ou encore "A new decade" et "This is music" aussi stupéfiants qu'imprévisibles. Douze expérimentations stimulantes où violence, douleur, exaltation, sexualité, dépression, romance, mort et mysticisme alimentent un paysage sonore vertigineux, kaléidoscopique. Calme un instant, tumultueux le suivant, il s'évapore dans l'éther stratosphérique avant d'atteindre les rêves célestes de la "Northern soul"...

 

Townes Van Zandt

Je n’ai jamais cherché à être reconnu…

Townes Van Zandt est un mec dégingandé. Filiforme, les traits burinés par une cinquantaine d'années consacrées principalement au cafard, à la guitare et au whiskar... Le genre de type qui au lieu de gérer sa carrière en pro, a toujours préféré se tailler pour vivre des mois en ermite à cheval dans les montagnes. Difficile de devenir Garth Brooks dans ces conditions... Un peu malgré lui, le Texan est à présent reconnu, par ses pairs surtout, comme un des country-bluesmen ricains les plus importants de la 2ème moitié du siècle. Mais cette reconnaissance, un peu tardive, Townes s'en tape un peu, se réfugiant sans cesse derrière une modestie et une humilité qui sont tout sauf feintes.

Où en est ton projet de réenregistrer 62 anciens morceaux destinés à faire le point sur ta carrière ?

En fait, ce n'était pas mon idée, mais puisqu'on me l'a proposé, j'étais partant. D'ordinaire, je ne suis pas quelqu'un qui se penche volontiers sur son passé. En principe, le projet est en cours de finition. C'est en boîte. Il ne faut plus y apporter que quelques aménagements, faire le mix final et régler tous les détails de manufacture… J'ai travaillé selon trois formules différentes, avec un groupe d'Austin, un de Nashville et un mexicain. Ma préoccupation principale était de payer tout ce monde. J'y tenais absolument, mais les chèques de la compagnie de disques se faisaient parfois attendre. Maintenant, ils ont investi suffisamment d'argent pour ne plus faire marche arrière! J'ai quand même le sentiment que si ça traîne, c'est que ma firme de disques espère attendre ma mort pour sortir ce coffret ! (rires) Je ne sais pas s'ils font un bon calcul A leur place, je préférerais négocier avec un type comme moi, plutôt qu'avec ma future veuve... Jeanene est mon éditeur et elle est autrement plus forte en affaires que moi! En principe, ce sera un coffret de 3 Cd, uniquement composé d'anciennes chansons réenregistrées pour l'occasion, mais en utilisant les moyens actuels. Je garde les nouvelles compos pour d'autres projets.

La douche et la sieste

Quel genre de vie mènes-tu en 95?

Je suis tout le temps sur la route. C’est une vie où la douche et la sieste revêtent une importance aussi capitale que le concert du soir. Elle est dangereuse aussi. Quand on voyage tout le temps, on est forcément plus exposé aux accidents. Cependant, j'aime ce mode d’existence. Il me maintient en forme et m'aide à garder la santé. Bien sûr, je fume et je bois de la vodka…  mais ma femme et mon fils Will détestent me voir saoul!

Tu vis où?

A une cinquantaine de kilomètres de Nashville. Mon épouse et moi vivons dans 2 maisons différentes... Chaque fois que je rentre à la maison, après une tournée, j’ai toujours besoin d’un délai, d’un temps d'adaptation pour réaliser que je suis rentré chez moi. Au début, j'arrive difficilement à faire autre chose que regarder la télé!

Tu appartiens à cette catégorie de songwriters qui sont, au fil du temps, devenus des références et dont les chansons sont fréquemment reprises, même par les plus grands. Si tu devais en choisir une ?

C'est bien simple, je les aime toutes, sans exception. Même quand c'est un gosse de 5 ans ou quelqu'un qui n'arrive pas à reproduire les accords. Peu importe, c'est formidable! C'est un grand honneur pour moi. Je n'accorde aucune importance à la valeur de la reprise, il n'y a aucune qualité requise. Bien sûr, je sais que mes enfants (1) sont fiers d'entendre des stars comme Bob Dylan ou Willie Nelson interpréter les chansons de leur papa, mais pour moi, elles n'ont pas plus d'importance.

Tu es une référence, mais tu n'as jamais eu une grande popularité. Au départ, pourtant tu devais quand même rechercher une sorte de reconnaissance de la part du public, non?

Je ne crois pas. Je n'ai jamais cherché à être reconnu, ni par les connaisseurs, ni par le grand public. Au départ, je vivais des concerts au jour le jour, dans les arrière-salles de café où on me payait quelques dollars. Je ne rêvais à rien d'autre, mon optique était proche de celle de Woody Guthrie.

Composer une chanson, quelle serait ta définition?

Composer une chanson est à la portée de tout le monde, d'un électricien ou d'un garagiste. Mais ceux-là en général laissent passer l'idée, ne la figent pas. Je crois que les chansons nous traversent tous, et que le songwriter est celui qui est conscient qu'il doit noter ce qui lui traverse l'esprit. Tout est une question de moment.

Avec Sonic Youth

Les Cowboy Junkies t'ont invité sur scène. Je suppose dès lors que "Cowboy Junkies Lament", une des chansons de ton dernier Cd, leur est dédiée, non?

Eh oui, elle cause du groupe canadien. J'étais en tournée avec eux. J'ai écrit cette chanson au fond d'un car. C'était la toute première fois que je dédiais ainsi une chanson à quelqu'un. Ne me demande pas pourquoi, je l'ignore moi-même.

Comment vois-tu ta carrière évoluer maintenant? Tu as des souhaits?

Je voudrais m'éloigner un peu de Nashville, enregistrer ailleurs. C'était déjà le cas pour le dernier disque que j'ai réalisé en Irlande, en faisant auparavant un crochet par Seattle. Tu sais que le grunge m'intéresse beaucoup? Normalement pour mon prochain album, je devrais me faire accompagner par un grunge band.

Ah oui, lequel?

Il est peut-être un peu tôt pour le dire, mais il se pourrait bien que ce soit Sonic Youth. Ils me connaissent, je crois qu'ils m'apprécient. Bien sûr, rien n'est encore confirmé, mais apparemment ils en auraient envie.

Tu dis qu'ils te connaissent ; mais toi, tu les connais?

Pas fort bien, je dois avouer. Tu sais, je reçois des tonnes de K7 et de Cd. A commencer par les groupes qui assurent mes premières parties. Je mets tout ça dans ma valise. Mais à la maison, je préfère mettre sur ma platine Lightnin' Hopkins ou Hank Williams. Je ne m'explique pas pourquoi j’aime mieux me farcir quelque chose que je connais déjà. C'est comme ça, c'est tout... En tout cas, il y en a un que je n'écoute jamais, c'est Townes Van Zandt!

(1) Townes a trois enfants John alias JT (26 ans), Will (11 ans) et Katie Belle la petite dernière qui n'a que 4 ans.

(Article paru dans le n° 39 du magazine Mofo de décembre 95/janvier 96)

Hunters & Collectors

Demon Flower

Au début des eighties, cet ensemble australien nous avait livré deux elpees absolument remarquables, deux œuvres sculptées dans le funk blanc épileptique, cuivré et torturé. Le groupe va alors curieusement rencontrer les pires difficultés pour bénéficier d'une distribution décente. Et c'est au moment où le spectre de la séparation s'est manifesté que le groupe a décroché un contrat chez Atlantic. Mais pour n'accoucher que d'un album aussi insipide qu'inutile. En changeant à nouveau de label, le groupe kangourou vient surtout de changer de fusil d'épaule. "Demon Flower" devrait en tous cas réhabiliter le groupe dans le cœur de ses admirateurs. Il renoue enfin avec ses structures riches, déconcertantes, envoûtantes; ses climats étranges, inquiétants, rencontrés sur "H &C" et "The Human's Curse". Mais en plus, il parvient à jeter des ponts entre le garage (Neil Young), le métal (Hendrix) et même le jazz. Une excellente surprise !

 

Frank Zappa

Strictly commercial - the best of...

Écrit par
Entre 1964 et 1993, Frank Zappa a commis plus de 40 elpees, à travers lesquels il a multiplié les expériences musicales parmi les plus riches et les plus aventureuses de l'histoire de la rock music, tout en observant un formidable commentaire social du rêve américain. Au cours de sa trop brève existence, ses différentes formations –la plus célèbre demeurant, bien sûr les Mothers of Invention– accueilleront quelques uns des meilleurs musiciens et vocalistes du rock, du jazz et de la soul. George Dukes, Jean-Luc Ponty, Flo & Eddie, Aynsley Dunbar, Ian et Ruth Underwood, Chester Thompson, Roy Estrada, Adrian Belew figurent parmi ses plus illustres collaborateurs. Cette compilation posthume réunit les succès les plus involontaires de Zappa. Un choix qui ne reflète son œuvre que superficiellement, mais qui devrait permettre aux novices de pénétrer en douceur dans le monde fou-fou-fou de ce personnage hors du

Neil Young

Mirror Ball

En 1993, Neil Young et Pearl Jam se payaient une jam mémorable à l'occasion de la remise des MTV Music Awards. Une collaboration retransmise par la chaîne musicale qui allait déboucher sur la promesse de recommencer l'expérience, mais pour un véritable album. Ce "Mirror Ball" constitue donc le fruit de cette rencontre. Première constatation: toutes les compositions relèvent de la plume de Young, le cinq de Seattle jouant ici le rôle de backing group dévolu dans le passé au célèbre Crazy Horse. Mais quel backing group! Et malgré le quart de siècle qui sépare le ‘loner’ du quintet de Seattle, on a davantage l'impression d'être en présence d'une équipe soudée que d'un patriarche entouré de ses fils spirituels. Coproduit par Neil et Brendan O' Brien, cet opus dispense onze fragments tout bonnement remarquables. Depuis l'hymnique "Song X" jusqu'au grésillant, distordu, élaboré en cascade "Scenery", en passant par le spectral "Act of Love", le fragile mais rigoureux "Big Green Country", le vulnérable "I'm the Ocean", le lancinant "Truth be known", le presque ‘rollingstonien’ et single "Downtown", le mensonge hippie trempé dans le regret et l'amertume "Peace and Love" et le crépitant "Throw your hatred down" circa "Everybody knows this is nowhere". Le tout épicé de deux brefs intermèdes alimentés par l'inévitable orgue à soufflets, "What happened today" et "Fallen Angel". Une constante: l'intensité électrique. Torturée, distordue, marécageuse, blanche, savoureuse, que Neil, Stone Gossart et Mc Cready extirpent littéralement de leurs guitares. La section rythmique est d'une précision et d'une efficacité sidérantes. Et puis bien sûr, il y a la voix gémissante de Neil qui inocule à chacune des mélodies cette sensibilité irrésistible. Un must, cela va de soi!

 

The Young Gods

Only heaven

Il a donc fallu attendre trois bonnes années pour voir naître le nouvel opus studio de ce trio helvétique. Et l'attente n'aura pas été vaine, car le résultat va au-delà de nos espérances. Seulement, il se révèle beaucoup plus atmosphérique, éthéré, fiévreux, ne laissant exploser son intensité qu'en de plus rares occasions. Pas sur le remarquable single "Kissing the sun", qui semble avoir accumulé la somme des spécificités du tempétueux "TV Sky". Envolées d'orchestrations wagnériennes, tempo implacable, tribal, samplers organiques et puissants parviennent ainsi à remuer les entrailles du rock. Eléments que l'on retrouve dispensés plus parcimonieusement sur "Only heaven", laissant une plus grande place aux climats menaçants, étranges, pathétiques qu'irradie le vocal grandiose, opératique, passionnel de Franz Treichler. Et si "The Dreamhouse" peut se faire dangereusement convulsif, les seize minutes trente-quatre de "Moon revolutions" nous entraînent dans un univers cosmique, vertigineux, floydien circa "Meddle". Enregistré, comme par le passé, sous la houlette de Roli Mosiman, cet elpee constitue un nouveau pas en avant pour la musique hybride des Young Gods. Mais est-ce vraiment "Only Heaven"?

 

Gary Young

Hospital

Expérimentations ou élucubrations? Difficile de se prononcer sans le recours à une radiographie. Une chose est sûre, l'ex-drummer de Pavement peut enfin donner libre cours à son tempérament fantaisiste. Et il ne s'en prive pas pour l'extérioriser sur "Hospital". Amorcé par un pastiche de "Batman", rebaptisé pour la circonstance "Plant man", il opère tantôt suivant un schéma acoustique institué par Chris Knox, tantôt selon une méthode propre aux Residents, tordant aussi bien les cordes de guitare, les samples, les percussions que les bruitages, pour en extraire une substance totalement délirante. Docteur, est-ce grave? Non, mais ça se soigne!...

 

Trisha Yearwood

Thinkin' about you

Bien que capable de composer ses propres chansons, cette Georgienne préfère interpréter celles des autres. Une conception qui lui permet sans doute de truster les hits dans les charts country, aux USA. D'autant plus qu'elle possède une superbe voix, distinctivement sudiste, chargée d'émotion vulnérable. Encore que ses compositions ne correspondent plus tout à fait à l'esprit original de ce style musical traditionnel. Parce qu'enrichi légèrement de cordes de guitares électriques. Dans la plupart des cas classiquement à l’aide d’une ‘steel’ ou du ‘bottleneck’. Lorsqu'elles ne sont pas emballées d'orchestrations à cordes. Nul doute que les aficionados du country sentimentaliste vont se régaler. Et en particulier à l'écoute de "You can sleep while I drive" de Melissa Etheridge, du Bartender Blues de James Taylor ou du hit de Tammy Wynette, "Till I get right"...

 

Jean-Marc Zelwer

Les dieux sont fâchés

Destinée à sonoriser quatre chorégraphies de Fracesca Lattuada, cette œuvre nous propose un voyage imaginaire à travers le temps et les grandes religions. ‘… Si la joie se fixe dans l'œil de la mort, ce serait payer cher quelques réflexions jetées sur le sens de notre existence et du paradis promis… dieu joue-t-il avec nous ?… le jugement dernier nous attend…’ Un paradis qui n'attire pas particulièrement Jean-Marc Zelwer, car si tous les jours étaient décrétés dimanche, il ne resterait plus aucune place à la récré (!). Sur une musique tout à tout baroque, élisabéthaine, profane, ethnique ou filmique (Fellini ?), il aligne une série de métaphores, parfois lubriques, pour finalement atteindre cette angoisse inévitable où le temps s'arrête et le souffle du vent se confond avec les appels de l'au-delà… Un disque totalement déconcertant, disparate, surréaliste même, dont les différents fragments ne s'enchaînent que par ces brefs mais percutants intermèdes verbaux…

 

 

 

Hector Zazou

Chansons des mers froides

Iconoclaste, inclassable, ce sujet de l'Hexagone est un peu considéré comme une référence dans le domaine de la world music. Pas seulement à cause de sa collaboration privilégiée menée en compagnie du chanteur zaïrois Bonny Bikaye. Mais aussi parce que sa notoriété lui a permis de côtoyer des artistes aussi huppés que John Hassell, Ryuichi Sakamoto, John Cale, Manu Dibango ou Richard Horrowitz. Et aujourd'hui, pour confectionner son troisième album solo, il a reçu le concours de toute une panoplie de grosses pointures? Chanteuses et chanteurs d'abord. Siouxsie, Björk, Suzane Vega, Cale, etc. Et musiciens ensuite. Le cow-boy électrique Lone Kent, Brendan Perry de Dead Can Dance, Budgie drummer des Banshees, Harold Budd, le Balanescu Quartet et quelques autres. Un disque sur lequel on remarque la présence de Gilles Martin à la coproduction. Présenté sous la forme d'un coffret élégamment illustré de photographies du Grand Nord, il nous entraîne dans un périple emprunté à la tradition ethnique de Sibérie, de l'Alaska, du Groenland, de l'Islande, de la Suède, de la Finlande et du Japon, un périple envisagé sous son aspect le plus esthétique, celui des mers froides...

 

Witch Hazel

Landlocked

Bien qu'issu du Kent dans l'Ohio, ce quintet manifeste davantage d'affinités avec la musique insulaire que celle pratiquée aux States. A premier abord, exception faite de quelques exercices minimalistes, son expression rappelle d'ailleurs les deux premiers elpees de Boo Radleys. Sorte de noisy pop lustrée d'harmonies vocales limpides, blêmes, infectée d'accès de cuivres purulents, fouettée de cordes de guitare tantôt floydiennes, tantôt mybloodyvalentinesques. Mais en grattant le vernis psychédélique, on est agréablement surpris de découvrir une construction mélodique davantage inspirée par le prog rock des senventies. Celle du Barclay James Harvest originel notamment voire des Moody Blues. Le recours au mellotron, au moog ou aux orchestrations austères, pseudo symphoniques n'y est pas étranger. Mais également les drums. Tantôt luxuriants, frénétiques, tantôt feutrés, capricieux, d'inspiration crimsonienne pour être plus précis...

 

Wire

Behind the curtain

Ce groupe culte fait l'objet depuis quelques années, d'une multiplication de compilations et de rééditions en tous genres. Les dernières nous avaient ainsi permis de voir sa trilogie indispensable reproduite sur CD. "Behind the curtain" s'intéresse plutôt aux prémisses de son existence. Soit la période la plus difficile du groupe. Et sans doute aussi la plus excessive, sarcastique, amusante et fascinante. La rétrospective se limite cependant aux années 77 et 78. En trente et un titres, il faut le souligner. Ce qui permet à cette compilation de livrer une foultitude de raretés. Depuis les inévitables démos de derrière les rideaux, pardon les fagots, jusqu'aux flip sides de singles devenus aujourd'hui introuvables, en passant par les extraits d'Eps, les compositions éliminées des deux premier elpees, des titres plus connus comme "Map Ref 41° N 93° W" et "Pink Flag" dans des versions impitoyablement punk, moins connus tels que "Mary is a Dyke" concocté lorsque Georges Gill faisait encore partie de la formation, et enfin la cover de JJ Cale, "After Midnight". Une œuvre incontournable pour tout inconditionnel de Wire qui se respecte.