La clef de TOPS git 6 pieds sous terre…

TOPS sortira son nouvel elpee, "Bury the Key", ce 22 août. Le quatuor propose une musique intemporelle qui allie profondeur et immédiateté. Il s’agit de son premier album complet depuis 2020, un opus qui explore des tons plus sombres tout en restant maîtres…

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La vision de l’art prônée par Superchunk…

Superchunk sortira son nouvel album, « Songs in the Key of Yikes », ce 22 août. En attendant, il a partagé le single, « Is It Making You Feel Something ». ‘Il a toujours été vrai que tout le monde traverse quelque chose dont on n'est pas forcément conscient’,…

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Le monde asymptomatique d’Yves Tumor…

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L'artiste révolutionnaire Yves Tumor continue de débloquer la perception de la réalité en proposant une offrande rock psychédélique et décalée à travers un Ep baptisé "The Asymptotical World". Découpé en 6 titres, ce disque constitue la première sortie d'Yves Tumor depuis l'album « Heaven To a Tortured Mind », paru en 2020. Yves Tumor continue de manipuler les genres en défiant les contraintes de la musique traditionnelle et en déplaçant les frontières de l'art contemporain ainsi que de la culture dans une signature sonore authentique et viscérale.

Extrait de cet Ep, « Secrecy Is Incredibly Important To The Both of Them » est en écoute ici

En concert le 2 mars 2022 au Vooruit de Gand.

Une nouvelle décade pour Phew…

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"New Decade", le nouvel elpee de Phew sortira chez Mute le 22 octobre 2021.

Avant de graver son premier album solo en 1981, enregistré au studio de Conny Plank à Cologne en compagnie de Holger Czukay et Jaki Liebezeit, Phew militait chez Aunt Sally. L’artiste japonaise n'est cependant pas près de s'attendrir, puisqu’elle a déclaré : ‘Je voulais exclure toute sentimentalité’, dit-elle à propos de "New Decade". ‘Vu la situation actuelle, j'ai eu de la chance. L'année dernière, en particulier, le simple fait d'être en vie était une sorte de chance. Pouvoir exprimer ouvertement ce que l'on ressent, malgré tout cela, est une sorte de privilège que l'on a en tant que musicien ou artiste, et j'ai senti que je ne devais pas en abuser.’

En attendant, elle nous propose la vidéo réalisée Lisa Aoki et consacrée à "Into The Stream"

 

John Mary Go Round

Bienvenue dans le bayou des Ardennes walliforniennes…

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Le confinement est terminé ; enfin, on l’espère. On devrait pouvoir reprendre une vie normale. C’est la réouverture des salles de taille moyenne, dont le Zik Zak, à Ittre. Comme en juillet et août 2020, il reprend son cycle de spectacles intimistes (50 personnes par bulle, masque et distanciation sociale de rigueur).

John Mary Go Round est à l’affiche ce soir. Il s’agit du chanteur de Country Cooking, Michel Brasseur, qui se pour la troisième fois au Zik-Zak. Un petit jeune de 56 balais, qui nous vient du delta dinantais, en plein bayou des Ardennes walliforniennes. Ce projet est né dans son esprit, après avoir traversé le sud des States. C’est là qu’il a eu, pour la première fois, l’opportunité de jouer sur une ‘Cigar Box’, instrument primitif fabriqué à l’origine, par les esclaves noirs.

Le concert est partagé en deux parties. Malheureusement, votre serviteur a pris du retard et débarque juste avant que la seconde ne commence. Dès que Michel monte sur les planches, on le reconnaît bien à sa dégaine. Il est toujours tiré à quatre épingles, un stetson enfoncé sur le crâne. Très interactif, il plaisante, signale que le confinement a du bon, car il lui a permis d’écrire de nouvelles chansons.

Il reprend donc sa prestation par « Rolling And Tumbling ». Ce morceau a été enregistré pour la première fois en 1929 par Hambone Willie Newbern. Ce Delta blues classique a été très souvent interprété, parfois avec des paroles et des titres différents, aussi bien par des artistes du Delta que du Chicago blues ou du blues rock ; la version la plus célèbre demeurant celle de Muddy Waters, gravée en 1950. Issu de l’elpee « Take a ride », le rock bien sudiste « Death Walk Blues » nous entraîne au Texas, à la rencontre de Billy Gibbons. Faut dire que la musique de John Mary Go Round nous transporte tout au Sud des States. Au Texas, mais aussi et surtout en Louisiane. Qu’il traverse de long en large, en transitant par les bayous. Jusqu’à la Nouvelle-Orléans pour y goûter les gospels chers à la Tamla Motown. 

Blind Lemon Jefferson avait réalisé deux versions différentes de « See That My Grave Is Kept Clean », en 1927 et 1928. Et celle de Michel tient parfaitement la route. Sa voix est graveleuse. Outre sa cigar box à 3 ou 4 cordes, il se sert également d’un dobro, d’une gibson, d’une cymbalette à pieds, d’un cajon et chante devant un micro américain. Il change de gratte à chaque morceau. Sa technique y est irréprochable. Et le son métallique produit par la cigar box ou la dobro est imparable. Toujours dans un style très roots, Brasseur nous réserve, bien sûr, quelques morceaux issus de son album…

Une petite faveur que Michel pourrait vous accorder si vous ne partez pas en vacances. Qu’il vous invite à monter à bord de sa DeLorean DMC-12 en compagnie du docteur Emmett Brown. Vous pourriez ainsi replonger dans les années 30… là-bas, aux USA… 

Setlist : « Rolling And Tumbling », « Death Walk Blues », « See That My Grave Is Kept Clean », « Walking Through The Back Door », « I Wanna Hear », « Cross Road Blues », « Sandra blues », « Roadhouse Blues »

Rappel : « Walking Blues », « Dust My Broom », « Wet »

(Organisation : Zik Zak et Rock Nation)

Laurent Saïet

After The Wave

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Laurant Saïet est avant tout un compositeur de musiques de films. Et l’écoute de cet « After the wave » le confirme, même si l’artiste a déjà publié 7 albums en solo et un DVD. Sans oublier ses multiples projets collectifs ou participations diverses.

Pour enregistrer ce nouvel opus, il a quand même reçu le concours de toute une vague (?!?!) d’invités. Dont Edward Ka Spel (Legendary Pink Dots), sur deux titres, et tout particulièrement sur l’étrange et angélique « Bypass », au cours duquel sa voix caverneuse a de quoi vous communiquer le frisson. Frissons que l’on rencontre encore sur « Lunar eclipse » et « The third wave », deux pistes qui projettent dans le subconscient de votre serviteur, le film d’un convoi ferroviaire lancé à toute vitesse, les sonneries de passages à niveau accentuant le suspense. Et quand la guitare se met à gémir, on pense au sifflements émis par la locomotive ; et on imagine le pire…

Si le spectre de King Crimson circa Lizard plane tout au long du titre maître, impression accentuée par les incursions au saxophone de Quentin Rollet (Nurse with Sound), rappelant celles de Mel Collins ; en général, ces interventions jazz et free jazz, tout comme celles à la clarinette de Ben Ritter, évoquent les arabesques de Steven Brown chez Tuxedomoon.

Le tempo cubain de « Mambo of the 21st century » (NDR : qui a dit schizoïd man ?) macère dans le jazz noir…

L’électronique infiltre astucieusement la plupart des morceaux de cet LP. Elle domine même le ténébreux, « The second wave ». Et le recours au mellotron est destiné à enrichir les arrangements. Plus étonnant, « Hell ride », s’inspire ouvertement du « One of these days » du Floyd. En moins frénétique, d’accord ! On n’en n’oubliera pas le drumming ample de Paul Percheron, qui s’adapte remarquablement à toutes les figures de style.

Quant au thème principal, il relate les incertitudes de la période tourmentée que nous vivons pour l’instant.

Enfin, quelques mots sur la pochette imaginée par Thierry Müller. Faite de collages, elle réunit des images de sculptures, mais surtout de peintures, parfois proposées en miroir ; et notamment « Le radeau de la méduse » de Théodore Géricault, « Rivage de bohème » de George de la Tour », « Femme nue allongée lisant un livre » de Jean-Jacques Henner, « La partie d’échecs » de Sofonisba Anguissola, la « Tour de Babel » de Brueghel ainsi que le « Jour du jugement dernier » de Hans Memling. Il y en a d’autres, mais on vous laisse le soin de les découvrir. Bon amusement !

Laurent Saïet & Guests

Kira Skov

Spirit tree

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En 20 années de carrière, Kira Skow a publié 15 albums, dont le dernier, « Spirit tree », est paru en mai dernier. Etablie aujourd’hui à Londres, elle compte, parmi ses amis, des artistes incontournables comme Jeff Beck (en compagnie duquel elle a enregistré un elpee), Tricky, Trentemøller, Bonnie Prince Billy, Mark Lanegan ou encore John Parish. Et pour concocter son nouvel opus, la Danoise en a invité beaucoup d’autres, dont les trois derniers cités. Elle y partage 14 duos en 56 minutes.

Le long playing s’ouvre par « We won’t go quietly », une compo écrite suite au décès de George Floyd, à laquelle Will Oldham apporte sa touche vocale masculine.

Steen Birger Jørgensen chante d’un baryton profond, à la manière de Leonard Cohen, « In the end », sur le rythme d’une valse…

Mette Lindberg s’autorise des envolées à la Kate Bush sur « Dusty Kate », un morceau cajolé par les superbes effluves au violon de Maria Jagd. Des interventions judicieuses qui illuminent de nombreuses plages de cet LP.

Les envolées lyriques de « Pick me up » nous plongent au cœur des Balkans, alors que le timbre Stine Grøn entretient un climat de mystère…

Derrière le micro, Mark Lanegan se forge sa propre « Idea of love ».

Les voix de Kira et Marie Fisker se conjuguent et s’enroulent autour du violon, dans l’esprit d’un Warren Ellis, tout au long du vaporeux et mélancolique « Tidal Heart ». Marie chante également « Burn down the house », un titre jazzyfiant (ce saxophone !) qui aurait pu figurer dans le répertoire de Jay-Jay Johanson. Johan Parish ne s’est pas chargé de la mise en forme, mais il tâte des percus sur ce morceau, chante avec Kiria sur « Marie », mais aussi répond et interpelle Jenny Wilson sur le cuivré, presque raggaeton « Horses ».

Lionel Liminana s’exprime en spoken word sur « Deep poetry », une piste qui s’achève dans une atmosphère ‘cabaret’.

Ballade mid tempo, « Ode to the poets » reproduit un dialogue imaginaire entre Kerouac et Dylan Thomas, alors que si la voix de Mette Lindberg emprunte des inflexions à Melanie, la mélodie semble parfois calquée sur le « Walk on the wild side » de Lou Reed.

En finale, Lenny Kaye, le fidèle gratteur de Patti Smith, contribue aux vocaux, pendant que la trompette de Tobias Wiklund épouse des arabesques dont Steven Brown était si friand chez Tuxedomoon.

Un album introspectif qui aborde les thèmes de l’amour et de ses fragilités, mais aussi de la mort, sujet qu’elle développe, suite à la disparition de son compagnon, le bassiste Nicolai Munch-Hansen…

Cvantez

A smile to reset

Écrit par

« A smile to reset » constitue, apparemment, le quatrième elpee de ce band parisien (NDR : le patronyme est inspiré d’une compo de Spoon !), un groupe qui implique une chanteuse (Eloïse Dandoy) et un chanteur (Frédéric Oscar), dont les voix se complètent parfaitement. Membre fondateur, Olivier Salaün, en est aussi le compositeur, guitariste et bassiste. Le line up est complété par un second gratteur, un drummer et un préposé aux percus insolites (daf et hang). 

Si la voix féminine est plutôt laconique, un peu dans le style de Kim Gordon, celle de Frédéric se révèle plus ébréchée, voire voilée. Pas vraiment étonnant, donc, que la musique de Cvantez évoque celle d’un Sonic Youth, mais minimaliste. A cause de la voix d’Eloïse, mais aussi de ces grattages de cordes qui grimpent progressivement en intensité, comme sur le blues « Blind authority », et parfois s’enflamment, mais toujours avec retenue. Des cordes qui empruntent un ton flamenco pendant « Lion fight ». Des arpèges qui se révèlent malicieux sur « Hey Lino » avant un final incandescent. Subrepticement, un filet d’orgue vient s’immiscer dans l’ensemble ; et ce drumming aride et sans concession colle parfaitement à cette expression sonore bien indie…

Une bonne surprise !

Jeweler

Tiny Circles

Écrit par

Premier album pour Jeweler, un sextuor basé à Minneapolis. Quelque part entre shoegaze, post punk et noise, dream ou brit pop, sa musique se distingue par son parfait équilibre entre chaque instrument, voix et/ou harmonies vocales. Superbes, elles sont souvent atmosphériques, quelquefois éthérées, rappelant même celles cultivées chez Tears For Fears sur « Lion tamer » et « A spoonful of poison », une entrée en matière allègre caractérisée par des cordes de guitare délicates, chatoyantes et une ligne de basse carrément cold. Et ces cordes ondoient tout au long de cet opus, comme une rivière sonore rafraîchissante. Construite sur un refrain accrocheur, « Don’t cry for me » navigue aux confins des univers fréquentés à une certaine époque par Travis et Gene. Certaines plages nous réservent des envolées bien électriques, mais subtiles, élégantes et pétillantes, elles n’affrontent jamais le mélomane de plein fouet, jouant plutôt sur les variations d’intensité.

Le ton peut cependant se révéler plus menaçant ; à l’instar de « Savior complex », une piste enténébrée par la ligne de basse post punk. Un climat dark qu’on retrouve sur l’excellent « Old souls », un morceau dont les envolées lyriques sont domptées par des arrangements champêtres (des flûtes ?). Et dans le même esprit, d’abord contemplatif, « End of days » libère de douces rafales que le chant égrise.

Côté lyrics, les compos traitent des situations récurrentes de l’existence, de ses épreuves et des craintes qu’elles engendrent…

Tannhauser Orchestra

The Fade

Écrit par

En 2013, après la sortie de l’album « The house of sleep », Tannhauser a décidé d’ajouter Orchestra à son patronyme. Issu de Louvain ce trio pratique une forme de noisy/shoegazing très susceptible de rappeler Swervedriver, Slowdive, Lush et surtout My Bloody Valentine. Notamment à cause de ces sonorités sinusoïdales, vertigineuses, tellement caractéristiques chez la bande à Kevin Shields.

Alternant passages doux ou tumultueux, atmosphériques ou intenses, mystérieux ou percutants, sa musique est nappée d’harmonies vocales éthérées. Et le tout est furtivement traversé de claviers ouatés. Bref la potion magique pour ce style qui a tant marqué les 90’s.

Parmi les 10 pages de cet opus, on épinglera l’envoûtant « True enough » et l’enlevé (9’ quand même) « Deaf », qui clôt magistralement le long playing…

Major Murphy

Access

Écrit par

Major Murphy est une formation issue de Grand Rapids, dans le Michigan. Depuis la sortie de son premier LP, « N°1 », en 2018, le line up est passé d’un trio à un quatuor.

Hormis « Attention », morceau au cours duquel la voix a été ridiculement vocodée, les 8 autres plages tiennent bien la route. D’ailleurs, pourquoi avoir synthétisé cette voix, alors que les harmonies vocales sont remarquables, très souvent inspirées par Crosby, Stills & Nash. Musicalement, le band aime brouiller les pistes. Entre indie folk, psyché/pop et noise/pop voire shoegaze, le style n’est jamais bien défini. Malgré l’alternance entre passages tempétueux ou ensoleillés, et entre la douceur ou l’effervescence, les transitions entre moment empreints de délicatesse et crescendos chargés d’intensité coulent de source.

Mention spéciale pour le titre maître dont les arpèges sont très susceptibles de rappeler un certain House of Love...

Peter Broderick

Blackberry

Écrit par

Major Murphy est une formation issue de Grand Rapids, dans le Michigan. Depuis la sortie de son premier LP, « N°1 », en 2018, le line up est passé d’un trio à un quatuor.

Hormis « Attention », morceau au cours duquel la voix a été ridiculement vocodée, les 8 autres plages tiennent bien la route. D’ailleurs, pourquoi avoir synthétisé cette voix, alors que les harmonies vocales sont remarquables, très souvent inspirées par Crosby, Stills & Nash. Musicalement, le band aime brouiller les pistes. Entre indie folk, psyché/pop et noise/pop voire shoegaze, le style n’est jamais bien défini. Malgré l’alternance entre passages tempétueux ou ensoleillés, et entre la douceur ou l’effervescence, les transitions entre moment empreints de délicatesse et crescendos chargés d’intensité coulent de source.

Mention spéciale pour le titre maître dont les arpèges sont très susceptibles de rappeler un certain House of Love...

Jasper Steverlinck

Une fenêtre qui s’ouvre vers de grands espaces de liberté…

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Lessines, principalement notoire pour avoir vu naître le célèbre peintre surréaliste René Magritte, à la fin du XIXème siècle, accueille dans le cadre des ‘Summer Nights’, une déferlante d’artistes. Depuis Axel Red à Girls In Hawaii, en passant par Hooverphonic ou encore Typh Barrow.

Si les premiers concerts de juin ont élu domicile dans la cour de l’enceinte même du prestigieux Hôpital Notre-Dame de la Rose, la suite des festivités se déroulera à l’ombre Hôtel-Dieu du XVIème siècle, un site en phase de reconnaissance par l’Unesco.

La scène enjambe curieusement la rivière. Le terrain, un joyeux amphithéâtre bucolique en pleine nature où blancs en palettes sont dispersés ci et là. En guise de table, des panneaux d’entrée d’agglomération où toutes les régions du patelin sont représentées. Une originalité sous bien des aspects, certes, mais pas de quoi profiter confortablement du spectacle qui va se jouer ce jeudi.

Des poules et des oies se sont aussi pressées au portillon sur une parcelle voisine. A défaut d’applaudissements, des gloussements en tout genre viennent perturber les moments de silence…

Les pluies torrentielles qui sont se sont abattues ces dernières heures sur le plat pays ont fait craindre une annulation de dernière minute. Les nuages pissent de temps à autre, histoire de rappeler que Dame Nature a les pleins pouvoirs. Mais, inutile de préciser que si la météo a épargné relativement cette partie du pays, il fallait s’armer d’une sacrée dose de motivation pour assister au concert de Steverlinck.

Ponchos sur les épaules et parapluies sous le bras, la bonne centaine de courageux aficionados a encore dû se soumettre aux mesures sanitaires (encore) obligatoires.

Ce soir, francophones et néerlandophones se réunissent d’ailleurs solennellement. Comme quoi la guerre linguistique n’a véritablement de sens que sur l’échiquier politique.

Kris Dane assure la première partie de ces festivités. Anversois de souche et Bruxellois d’adoption, cet auteur-compositeur-interprète a participé à une multitude de projets artistiques, parmi lesquels on épinglera l’opéra de Philippe Boesmans, Aka Moon, Ictus, dEUS (pour lequel il a frappé les peaux), mais également Ghinzu au sein duquel il a longtemps milité.

Armé de sa seule gratte, il apporte ce degré de légèreté douce-amère, grâce à sa voix très singulière.

Digne héritier d’un Damien Rice ou d’un Ben Howard, il caresse les cordes sensuellement et nous emmène dans un univers sonore où la bienveillance et l’amour font loi.

Aucun doute, la musique est bien le reflet de ce que l’on est. En néerlandais, on dit qu’on apprend en tombant et en se relevant. Un adage qui lui va comme un gant !

Une prestation d’une trentaine de minutes intéressante, mais un peu redondante par la longueur et le manque de relief dans l’interprétation des morceaux…

Les quelques flaques d’eau enlevées de la main stage, la pièce maîtresse de cette soirée est présentée par deux animateurs, histoire que la cour saisisse correctement le message dans sa langue natale.

Comme bon nombre de ses pairs, Jasper Steverlinck n’a pu rencontrer le moindre public depuis des lustres. C’est donc un retour très attendu.

Son nom est évidemment associé à celui d’Arid, formation belge qui a connu la gloire, notamment après avoir gravé l’excellentissime « Little Things of Venom ».

Le groupe a suspendu son aventure, dès 2012, en partie à cause de ce succès. Parenthèse définitive ? Nul ne le sait probablement. Lueurs d’espoir, une reformation éphémère s’est d’ailleurs produite, il y a quelques mois, à la demande des fans.

Le concert de ce soir risque d’être riche en émotion, vu le nombre de musicos qui entoure le Gantois : un contrebassiste, un drummer, un claviériste (qui a failli déclarer forfait suite à une blessure de la main), un violoncelliste et deux violonistes. De quoi rassurer quant à la nature de la prestation !

L’utilisation des projecteurs est réduite à sa plus simple expression ; une lumière alternant le blanc et le bleu met en exergue ses principaux acteurs.

Depuis la sortie de son dernier album « Night Prayer », enregistré ‘live’ (mais sans public), c'est-à-dire en ‘one take’, sauf en ce qui concerne les cordes, pour une question de budget, son actualité musicale a pratiquement été rencardée au Panthéon.

Les premières notes plongent immédiatement l’auditoire dans une atmosphère empreinte de douceur, feutrée même… Elles sautillent joyeusement comme les gouttes d’eau qui rebondissent sur l’herbe…

Haut-perchée, la voix de Jasper Steverlinck semble parfois ressusciter Jeff Buckley ou encore Freddie Mercury. Ses doigts glissent agilement sur le manche, un peu comme s’il manipulait de la porcelaine, plus qu’ils ne s’agitent. C’est un sacré musicien.

C’est à la gratte électrique et accompagné de son pianiste qu’il chantonne un « So far away from me » du feu de Dieu en dévoilant encore une facette inattendue de son répertoire. C’est joliment interprété. Avant d’emboîter le pas sur une reprise de K’s choice (NDR : groupe qu’il affectionne particulièrement) et qu’il avait arrangée pour les besoins d’une émissions télé.

Les cordes qui enrichissent « Our love got lost » rendent la texture sonore, moelleuse.

Des reprises, il en sera encore question, dont celle d’Arid, « You are », issu de « All Is Quiet New ». Il signale même avoir acheté tous leurs disques. Un bobard à deux balles qui a quand même déclenché l’hilarité dans la foule.

Autre cover, celle carrément décalée d’« Ice queen » du groupe néerlandais de métal symphonique, Within Temptation. Faut dire que le charme de Sharon den Adel rencontrée lors d’une émission de télé ‘Liefde voor muziek’, n’a pas laissé indifférent notre hôte d’un soir.

« Colour me blind », relate l’histoire d’un gamin en passe de perdre la vue et l’ouïe par la faute d’un virus. Mélancolique et voluptueux, ce titre est presque exclusivement centré sur la précision et l'écriture ; un exercice de style dans sa forme la plus pure et la plus directe.

Le set s’achève naturellement par un « Night prayer », qui aborde le thème de la guérison. La nuit montre le bout de son nez, les parapluies sont repliés depuis une trentaine de minutes.

Après avoir retenu son souffle durant une bonne heure trente, Jasper et son équipe décident de quitter les lieux durant quelques secondes, le temps d’un vrai/faux rappel de trois chansons.

Après avoir exploité les aigus de son organe sous un air d’opéra italien, il réinterprète le « Life on Mars » de Bowie (NDR : cette chanson figure sur l’album « Songs Of Innocence » de Jasper) pour rendre hommage aux sinistrés des inondations. Une adaptation particulièrement émouvante…  

En guise d’adieu, c’est à l’aide d’un vieil orgue en bois fraîchement installé sur l’estrade que le set prend fin.

Plus qu’un concert, une fenêtre qui s’ouvre vers de grands espaces de liberté, réanimant de vieux feux sacrés. De jolis moments qu’une bonne frange de la population semblait avoir oublié.

Pourvu que ça dure …

Gnô

Stereofish

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Issu d’Annecy, en France, Gnô a enregistré son nouvel elpee au sein du studio de Peter Gabriel, ‘Real world’. Suite au départ du membre fondateur, le guitariste Christophe Godin, le trio a fait appel à l’ex-Alpha Blondy, Djul Lacharme, pour le remplacer.

Ornée de deux poissons aux dents particulièrement acérées, l’image de la pochette s’affiche dans un t(h)on proche du « Trout Mask Replica » de Captain Beefheart ou du « Hit Me With The Surreal Feel » de Kim Salmon & The Surrealists (paradoxal, mais Kim est un grand admirateur de feu Don Van Vliet !).

La musique de Gnô baigne dans le pop/metal. Pop pour les jolies harmonies vocales (Weezer ? Muse ?), parfois traduites en chœurs, et les refrains contagieux. Sans oublier le filet (de sole ?) épisodique de synthé. Metal pour les petits solos dégoulinants (Van Halen ?), mais surtout pour ce groove irrésistible, parfois rampant (un chabot ?) voire reptilien (« Smile », « Let it all go »). Plus pop/punk, « Animals » (NDR : des vertébrés aquatiques ?) met vraiment le turbo (turbot ?). Mais si les compos ont vraiment la pèche (la pêche ?), on regrettera quand même ce mauvais pli(e) pris par le gratteur de plonger en apnée, en solo…

Il y a toujours quelque chose qui ne tourne pas rond chez Konoba…

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Konoba est de retour avec un nouveau single intitulé « There’s Always something wrong » !  Un morceau groovy et catchy qui va vous faire danser tout l’été !

Dans les paroles, Raphaël Esterhazy exprime sa frustration envers le flux interminable de mauvaises nouvelles auquel nous sommes constamment exposés. Le single est accompagné d’un clip réalisé par Mehdi Semoulin, dans lequel Konoba joue un personnage haut en couleurs, confiné dans un petit appartement, au cours des années 70 !

La sortie du nouvel elpee de ce chanteur, musicien et producteur belge est prévue pour le début 2022. Le premier single annonciateur de l’album, « There’s Always Something Wrong » est sorti ce 25 juin 2021. Et le clip est disponible

https://www.facebook.com/KonobaMusic/

https://www.instagram.com/roandkonoba/?hl=fr

Saule

Fédérer pour ne pas être Saule au monde…

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La quarantaine, quinze années de carrière et cinq albums derrière lui, Baptiste Lalieu s’est imposé auprès du grand public grâce à « Dusty Men », un titre qu’il a interprété en compagnie de Charlie Winston, en 2012.

Dans le cadre du (presque) festival ‘Ceci n’est toujours pas LaSemo’, l’artiste s’est prêté à l’exercice d’une interview qui s’est rapidement transformée en conversation à bâtons rompus, loin du tumulte des caprices météorologiques dignes de l’automne, puisque celle-ci s’est déroulée dans le salon cosy de l’ancien Château.

Issu de la nouvelle chanson française, ce rebelle et rêveur est venu défendre son dernier opus, qui a reçu d’excellentes critiques.

Si Saule reste un des rares chanteurs à fédérer autant en brandissant pour seule arme un réel amour de son art, il reste toutefois accessible et humble malgré ce succès en augmentation constante.

Décryptage !

Saule, la quarantaine, quinze ans de carrière, « Dare-Dare », est-ce l'album de la maturité ?

A chaque album, on me dit que c’est l’album de la maturité. Je dirais plutôt qu’il s’agit d’un accouchement qui a été plus long que les autres. Outre la problématique du Covid, il y avait cette volonté de ne pas s’installer dans la routine. Comme tu l’as très bien résumé, après 15 années de carrière et 5 albums derrière moi, je n’avais pas envie de me caser dans un truc ‘plan plan’. Je me suis enfermé en studio à Paris et on a enregistré 12 titres. Lorsque je suis sorti de là avec ce que l’on appelle les mises à plat, c'est-à-dire les pré-mixes, je n’étais pas satisfait du tout du résultat. J’étais pourtant entouré d’une super équipe composée de mes musiciens et de Nicolas Quéré du studio La Frette. C’est lui qui a réalisé l’album. J’avais entamé celui-ci en compagnie de Babx, un artiste français que j’admire. Charlie Winston était venu également mixer quelques titres comme il l’avait fait précédemment pour l’album « Géant ». J’avais l’impression d’une redite ou d’avoir déjà exploré certaines pistes. J’ai ressenti le besoin d’avoir une excitation. Je suis allé voir mon label pour leur annoncer la couleur.

Quelle a été la réaction du label ? J'imagine que ce genre de situation leur a coûté un pont ?

La grosse panique évidemment. On m’a fait remarquer que l’enregistrement avait nécessité des investissements et que la date de sortie du disque avait déjà été programmée. Mais au final, tout le monde m’a suivi. J’ai pu prendre mon temps. J’avais initialement demandé 6 mois et j’ai obtenu un an et demi, crise sanitaire oblige.

Sortir un elpee avant la rentrée, c’est un peu couillu quand même !

Le disque est sorti en juin. Mais, il va y avoir un tel embouteillage en septembre que je crois avoir pris la bonne décision. La presse a pu se concentrer presque exclusivement sur cet album. Pari gagné donc !

Tu as reçu le concours de pas mal d’invités pour cet elpee (Cali, Ours, Jasper Maekelberg de Balthazar, Antoine Wielemans de Girls in Hawaii, …) Qu’est-ce qu’ils t’ont apporté ?

Durant cette période de crise sanitaire, j’ai repris goût à la musique. J’en avais marre de cette dynamique marketing. J’ai donc contacté un tas d’artistes comme Puggy, Antoine Wielemans, Jasper Maekelberg, Cali, Ours, etc. Ces sessions ont non seulement donné naissance à de vraies compos, mais elles m’ont rendu l’envie et l’énergie de rejouer de la musique. C’est comme si on avait ouvert des vannes et que les chansons avaient coulé à flots. C’est donc un album dont je suis fier.

C'est une constante chez toi, un album n'est jamais identique au précédent. L'artiste aurait-il besoin de se réinventer à chaque album pour exister ? En d’autres termes, on a presque envie de dire que « Dare-Dare » est un condensé d'humeurs. Il passe du rire aux larmes. Certaines chansons plombent le moral alors que d'autres sont nettement plus joyeuses en proposant quelques duos comme tu viens de l’indiquer. Ces chansons représentent-elles des tranches de ta vie, entre enthousiasme et tristesse ?

J’avais abordé précédemment des thématiques comme la rupture par exemple. Je voulais passer à autre chose. Je pense à la chanson « Je suppose » où je n’avais pas l’impression que cet angle avait été déjà abordé dans la chanson française. C’est l’histoire d’un couple séparé qui se met à supposer tout ce que l'autre est en train de penser. Je trouvais l’idée intéressante. L’amour a été abordé des milliers de fois. Ce qui m’intéresse, c’est l’angle de vue différent que l’on peut proposer. Il y a dans cet album des chansons qui traitent de la rupture ou le sentiment de désolation amoureux, mais sous un angle non encore exploité jusqu’à présent. Il y a aussi des sujets positifs comme « Regarde autour de toi ». Il est important d’amener de la lumière aux gens. Ils en ont un grand besoin. Certains s’interrogent au sujet du duo avec Alice on The Roof ou encore du morceau « Dans nos maisons », qui a pas mal tourné en France ; parce qu’ils ne figurent pas sur l’album. Je n’avais pas l’envie de produire un disque estampillé Covid. L’idée est que « Dare-dare » puisse traverser le temps et que l’on s’en souvienne dans 4 ou 5 ans comme un disque à part entière. J’espère de tout cœur que mes chansons resteront indémodables, mais que le Covid lui le sera …

Un des titres qui m'a le plus touché est « Marta Danse ». Il raconte l'histoire d'une vieille dame, Marta Gonzalez, atteinte de la maladie Alzheimer. A l'écoute du « Lac des signes » elle se remémore les gestes qu'elle exécutait lorsqu’elle était danseuse étoile. Comment t'est venue l'idée de cette chanson ?

Je suis tombé sur cette vidéo qui a pas mal tourné sur les réseaux sociaux. J’ai été très ému en la découvrant. Lorsqu’une émotion me touche, très vite les paroles suivent. Je ne calcule pas. C’est une réponse à cette émotion. Ce texte était écrit depuis un moment. Il traînait dans une farde parmi d’autres compos. Je travaille parfois sur des instrus et l’idée d’une valse m’a traversé l’esprit, en pensant à Tim Burton. L’alchimie a fonctionné immédiatement, j’ai chanté sur la mélodie et « Marta Danse » est née. Je pense que ce morceau évolue dans le même esprit que « Madame pipi » issu de mon premier album.

La chanson « Rebelle rêveur », vient d’un test de personnalité pour orientation professionnelle. Ce sont les deux personnalités type sur les six possibles qui ressortaient en ce qui te concerne. Si les gens connaissent ton côté rêveur, on a dû mal à t'imaginer rebelle.

C'est quelque chose qui est ressorti du test, effectivement. Je me rends compte quand même qu’à 43 piges, je suis moins nounours et moins gentillet que ce qu'on voudrait bien croire. Avec l’âge, j'apprends de plus en plus à dire non. J’ai des coups de gueule comme tout le monde, mais surtout, aujourd’hui, je les assume. Lorsque j'étais plus jeune, j'avais toujours cette obsession de plaire au plus grand nombre. Je voulais que tout le monde me trouve super. C’est un truc d’ado, mais qui est resté parce que je suis un ado retardé. Il est important d’exprimer ses opinions. C’est le côté rebelle. Cet état d’esprit colle aussi parfaitement à celui du rêveur. Tant que tu n’emmerdes pas le rêveur, tout se passe bien. A partir du moment, où tu lui mets des bâtons dans les roues, il doit défendre sa part de rêve. En résumé, il ne faut pas m’emmerder…

OK, le message est passé ….

Tu as compris, c’est bien (éclats de rires).

Dare signifie « Oser ». Que pourrais-tu faire par amour de la musique ?

Beaucoup de choses, je pense. Mon parcours me l'a prouvé jusqu'ici. Surtout me mettre en danger. Il est vrai que sur cet album, il y a énormément de prise de risques. Franchement, je ne suis pas convaincu que les gens s'en rendent compte à la première écoute. A titre d’exemple, je chante plus dans les basses, j’ose des reprises complètement insensées comme « Les démons de minuit ». Je peux te dire que lorsque tu t’attaques à un morceau des années quatre-vingt que ton tonton écoutait cravate sur la tête à un mariage alors qu’ici je propose une version en mode Johnny Cash, il faut oser tout de même. Plusieurs personnes m’ont aussi avoué que l’album avait des consonances à la Alain Bashung. Donc, oui, j’assume ce côté osé. On pourrait même y ajouter Joséphine, ça donnerait ‘Dare dare Joséphine’ (rire).

On aime t’entendre parler de musique avec une telle persévérance. Ce rêve de musicien te poursuit-il depuis l’enfance ?

Dès l’âge de 8-9 ans, j’ai eu envie de devenir musicien suite à une fête de famille. Je me suis surpris à chanter. J’ai vraiment le souvenir de voir toute ma famille bouche bée. C’était la première fois de ma vie que je vivais le regard émerveillé d’autrui. C’est un souvenir de môme qui ne m’a jamais quitté. Mon cousin m’avait même proposé d'intégrer son groupe et d’aller répéter les jeudis soirs. Ma mère évidemment ne me prenait pas au sérieux. C’est marrant parce que je crois qu’à partir de ce jour-là, mon destin prenait forme.

« Dusty Men » est devenu un phénomène presque par accident puisque cette chanson au départ n'était pas destinée à devenir le single de l'album « Géant ». Ne t'es-tu pas dit, à un certain moment, que ce titre était susceptible de t'enfermer dans une zone de confort dans laquelle tu aurais du mal de sortir ?

Lorsque j’ai composé cette chanson, à aucun moment je n’ai fait d’étude de marché. Jamais, je ne me suis dit ‘Tiens, je vais mettre des cowboys, ce sera sympa’. Ce succès a été le fruit du hasard. Je connaissais Charlie. Peu de gens le savent, mais il a produit l’album « Géant ». Musicalement, il a mis en forme l’intégralité du disque. A la base, ce duo ne devait pas exister. Les choses doivent rester spontanées pour conserver une certaine fraîcheur.

Cette crise sanitaire a été catastrophique pour le monde de la scène. En quelque sorte, les artistes ont été privés de leur raison d’être. Comment te sens-tu aujourd’hui ?

L’été dernier, j’avais déjà eu l’opportunité de me produire en ‘live’. Covid oblige, les concerts étaient organisés devant de petites jauges. Il y a donc un an que je n’avais pas ressenti ce plaisir de monter sur les planches. J’ai accordé un concert test, il y a deux ou trois semaines à Louvain-la-Neuve. On a joué les deux premiers titres, ensuite le public s’est mis à applaudir durant une minute. L’émotion a commencé à m’envahir et je n’ai pu retenir les larmes. Je me suis rendu compte de l’importance de la liberté. La scène constitue un trait d’union entre le public et les artistes. C’est ce que l’on appelle un art vivant et en ce qui me concerne, j’ai mal vécu cette tragédie. Je me mets aussi à la place du public. Je voulais emmener ma mère assister à un concert au cirque Royal, mais il a déjà été reporté à trois reprises. C'est quelque chose dont on a vraiment besoin. Pour répondre précisément à la question, bien évidemment que c’est quelque chose qui m'a beaucoup manqué. Le fait d’être là aujourd’hui revêt une importance toute particulière.

La liberté n’est pas encore totale. Des quotas sont mis en place, les conditions sanitaires restent strictes, le port du masque est obligatoire et la distanciation sociale devient la norme. Comment plaire aux médias et au public dans de telles conditions ? C’est presque mission impossible …

Ecoute, ça se passe très, très bien. J’ai été assez touché de bénéficier des faveurs des journaux télévisés de RTL et de la RTBF. A la sortie de l’album, la presse écrite a été très positive dès la première semaine. Tous les médias étaient unanimes pour dire qu’il s’agissait du meilleur album de Saule en ajoutant trois ou quatre étoiles sur chaque papier. J’ai eu tellement de doutes sur ce disque. Spielberg affirmait que l'intuition, c'est une petite voix qui murmure, ce n’est pas un parlophone qui hurle. Avoir écouté cette petite voix qui disait non, c'est pas bien, tu peux faire mieux, me réconforte au plus haut point. Le plus beau cadeau qu’on a pu me faire, ce sont ces retours aussi élogieux.

On le sait moins, mais tu as tourné dans ‘Une part d’ombre’, un long métrage réalisé par Samuel Tilman. As-tu l’intention de poursuivre une carrière sur le grand écran ?

Suite à cette expérience cinématographique, j'ai reçu des propositions, surtout pour le théâtre. Tourner dans un petit film resterait encore compatible avec ma carrière musicale. Cette pièce de théâtre aurait nécessité un mois et demi de répétition et un mois de représentation, sans le lundi, jour de relâche. Ce qui aurait impacté négativement ce pour quoi je suis fait, c’est-à-dire, la musique qui reste quand même ma vocation principale. Néanmoins, je ne ferme pas la porte, mais je ne l'ouvre pas non plus. Je ne suis pas à la recherche d’un rôle à tout prix. Si on vient m’en proposer un, c’est tant mieux ; si pas, tant pis. Ce n’est pas une fin en soi, bien que cette expérience restera gravée dans ma mémoire. J’aimerais, par contre, participer à l’écriture d’un scénario avec Samuel Tilman et Fabrizio Rongione dans lequel je pourrais éventuellement obtenir un petit rôle. Mais, mon souhait majeur serait de me charger de l’habillage musical. J'ai touché à un peu à chacune de ces disciplines, mais je n’ai jamais eu l’occasion de m’investir dans les trois à la fois. J’aimerais être à l’origine d’une histoire, me charger de son exploitation et de la post-production musicale. Faut-il encore déterminer le sujet ou l'angle intéressant afin d’y parvenir.

‘La magie’ est un livre que tu adules et qui traite de la gratitude. En résumé, plus on dit merci dans la vie, plus de belles choses vous arrivent. A contrario, plus on peste, plus des choses négatives vous tombent dessus. Continues-tu à écrire, au quotidien, 10 préceptes pour lesquels tu dis merci.

C'est effectivement toujours le cas. C’est devenu maintenant un rituel que j’ai encore observé ce matin. A vrai dire, je ne l’avais pas pratiqué depuis deux ou trois jours et j’ai senti que quelque chose n’allait pas. Sincèrement, c'est comme une espèce de gymnastique intellectuelle et de l'âme à la fois parce qu’elle te permet de chercher de la gratitude tous les jours et se dire ‘Tiens, qu'est ce qui s'est passé hier et à qui je peux dire merci pour ce qui s'est passé ?’. Encore, hier, j’ai participé à un concert organisé à l’arrache au Conte de Chiny. Je me suis retrouvé seul, guitare-voix, devant un parterre de 150 personnes. Et là, surprise, on m’a offert un saule en bois orné de petites lampes au néon. Je suis arrivé sur un tapis et lorsqu’elles se sont allumées, j’étais vraiment très touché. J’ai encore dit merci ce matin pour cette belle attention et à toutes ces personnes qui sont venues m’écouter. Il faut bien se rendre compte que, dans la période que nous traversons, acheter des billets, assister à un concert et soutenir des artistes, est devenu un acte de bravoure presque militant, civique et culturel.

Si tu devais te définir en un seul mot, quel serait-il ?

Fédérer ! La musique est la plus belle arme pour fédérer. Dans le cadre de cette tournée, on invite des artistes qui ne sont pas connus à monter sur scène avec nous. Ça permet de créer une dynamique. On ne le fait pas lorsque nous nous produisons en festival comme ici, mais plutôt en caravane comme dernièrement à Strépy-Thieu. J’invite aussi une association qui a œuvré dans la ville. On place un canapé VIP devant le podium et on convie 2 personnes à assister à la prestation. Ce sont donc nos invités d’un soir. Ce qui permet à ces associations de se faire connaître.

Par exemple, lorsque je me suis produit à l’Envol, je me suis lié d'amitié avec toute l'équipe. On a réalisé une ‘release party’ aux ascenseurs de Strépy-Thieu. L’équipe est venue nous aider à construire les décors. Les liens sont tellement forts que l’on pourrait les comparer à la famille. Et celle-ci ne cesse de s’agrandir parce que l’on croise des gens en route et qu’on les embarque et ainsi de suite. C’est le point de départ de belles histoires.

Dès lors, si tu devais là maintenant remercier des artistes, quels seraient-ils ?

Plein ! Depuis le début de ma carrière, j'ai fait de belles rencontres. Je pense notamment à Dominique A, qui m’a toujours soutenu dès mon premier Ep 4 titres. Honteusement, je dois l’avouer, je ne le connaissais pas. Charlie Winston m’a aussi énormément apporté. Je dirais encore Cali qui participe à l’album. Lio qui a été ma marraine et m’a assuré de son soutien sans faille. Matthieu Chedid m’a souvent sollicité pour des collaborations. Il m’a coaché en me communiquant des conseils précieux. C’est une démarche à laquelle je ne peux rester insensible évidemment. Lorsque des gens s’intéressent à ce que tu fais, c’est forcément gratifiant. Cette démarche étant sincère, sans aucune idée de calcul. Enfin, il y a aussi un tas de personnes moins connues qui ont jalonné ma carrière. Je suis conscient de la chance que j’ai eue…

Photo : Valérie Lecat

Ceci n'est toujours pas LaSemo 2021 : dimanche 11 juillet

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Seconde et dernière journée pour ce semblant de festival comme à la bonne vieille époque où tout était permis sans aucune restriction.

Les pluies diluviennes de la veille ont laissé place à quelques rayons de soleil. Et c’est de bon augure ! Les pulls et parkas sont d’ailleurs remplacés par les lunettes de soleil et les t-shirts à manches courtes. Les canards et les vers de terre, quant à eux, tirent la gueule.

La boue et les flaques d’eau se sont substituées à une herbe d’un vert éclatant. Le contraste est saisissant. Même, le marchand de glaces est pris d’assaut ; une image rendue impossible il y a encore vingt-quatre heures.

Vu la programmation un peu plus pop que la veille, ‘Ceci n'est toujours pas LaSemo’ risque d’attirer un public un peu plus mainstream...

En débarquant sur la plaine du Château d’Enghien, c’est Kid Francescoli qui s’y colle. Le gaillard est derrière ses machines.

Il est accompagné pour l’occasion de deux belles et plantureuses demoiselles figées derrière les touches d’ivoire. Une black et une brune à la plastique avantageuse.

Mathieu Hocine à l’état-civil a constitué ce projet musical en 2002. À partir de 2009, il accueille Julia Minkin en compagnie duquel il co-écrit les chansons.

Mais, c’est véritablement en 2013 qu’il rencontre le succès populaire grâce à son titre phare, « Blow up ».

Le Marseillais d’origine n’est pas un inconnu puisque sa musique à maintes fois servi à sonoriser des spots publicitaires (Façonnable, Lanvin, Lacoste5, Chanel, Lancôme, Aldi, Citroën...)

Le trio empiffre les spectateurs d’une multitude de sons électro. Comme une oie qu’on gave, on se sent obligé d’écouter, d’apprécier et d’attendre le morceau suivant. On en redemande encore et encore. C’est captivant à souhait. Mais un set qui ne prend jamais le parti d’une direction affirmée ; c’est soit planant ou dansant.

Il est venu défendre les couleurs de « Lovers », un nouvel album qui marque deux changements notables. La fin de sa collaboration avec Julia et l’expérimentation de différentes voix, dont le portugais.

Le timbre grave du Kid et les vocalises de ses deux demoiselles d’honneur flirtent allègrement, au sein d’un climat très sensuel, mais également suave et cosy qu’alimentent des sonorités chaudes et latines inspirées par sa région d’origine.

La black qui possède un corps sculpté à faire damner un Saint, prend un malin plaisir à émoustiller les nombreux mâles postés aux premiers rangs. Les mouvements de son fessier en disent longs sur ses intentions. De quoi rendre jalouses toutes les compagnes.

Direction la Guinguette, pour y assister au set de David Numwami. Sans doute la plus belle surprise de cette édition.

Ce jeune Africain, ayant élu domicile à Bruxelles, monte sur les planches. Vêtu de noir, il ne possède pour seules armes qu’une sèche bariolée de jaune et rouge et d’une gratte électrique d’une blancheur classieuse. Quoique, cette dernière a certainement bien bourlingué, quand on voit les quelques traces essuyées par sa carcasse…

Plutôt discret, le claviériste semble s’ennuyer ferme…  

Numwami a autrefois milité au sein de Le Colisée, formation pop qu’il avait créée à l’aide de ses potes de lycée. Les fidèles aficionados l’ont aussi aperçu sur scène auprès de Frànçois and The Atlas Mountains et Charlotte Gainsbourg, entre autres. Il a aussi enregistré l’album « Concrete And Glass » en compagnie de Nicolas Godin, la moitié du groupe Air, en 2019.

Depuis, il se produit en solitaire. Il puise son inspiration au sein du post-rock dans l’esprit et du rock dans l’attitude. Entre joie et tristesse, humour et mélancolie, ses compos correspondent parfaitement à l’air du temps ; et si elles ne se distinguent pas par leur originalité, elles atteignent une grâce incomparable.

Sur scène, il se révèle décontracté, chaleureux ou (super) rêveur. Ses compos libèrent un spleen très communicatif. On l’écoute religieusement, sans un bruit, sans un mot.

Ce garçon est vraiment très doué. Sa technique n’a rien à envier à Gilmour ou Knopfler. Impressionnant pour quelqu’un de vingt-six printemps, à peine.

Né au Rwanda, une semaine avant le début du génocide, il aime s’évader au quotidien et sortir de l’ombre, à l’instar de son titre « Beats ! ».

Après un set plutôt feutré et statique, l’artiste sort tout à coup de ses gonds, quitte le podium et se trouve nez à nez avec les spectateurs du premier rang médusés, avant de slalomer entre les chaises au plus grand bonheur des aficionados. Sa seule limite émanant du câble de son micro.

On le sent très fortement impliqué dans son monde, comme il le rappelle à travers « Numwami World ».

La fin de sa prestation est plus étonnante encore. Il frotte son instrument contre le bord du podium comme un schizophrène. Ce qui provoque la rupture de deux de ses cordes. Pas facile dès lors de poursuivre dans de telles conditions.

Bref, on peut en conclure que son concert était à la fois hors norme, sympa mais quand même décalé…

Le concert de Naâman and co vient de démarrer sur l’estrade du Château.

De son vrai nom Martin Mussard, il est issu d'Offranville, près de Dieppe en Normandie.

Ses influences oscillent entre reggae, raggamuffin, hip-hop et soul. Pas vraiment de quoi susciter un intérêt particulier chez votre serviteur qui préfère se remplir l’estomac d’une nourriture thaïlandaise dont les qualités diététiques laissent cependant à désirer.

Direction la Guinguette et son Saule. Le gaillard bâti comme un rock et à l’explosion capillaire ébouriffante, ne laissera pas un bon souvenir dans la mémoire des préposés à la sécurité.

Baptiste Lalieu s’est imposé auprès du grand public grâce à « Dusty Men », un titre qu’il a interprété en compagnie de Charlie Winston, en 2012. Il le reprend d’ailleurs, pour la circonstance ; mais Winston est ici remplacé par le guitariste qui endosse ce rôle avec une facilité déconcertante. Effet différent, mais plaisir intense identique.

Une formule à trois donc, puisque guitariste et chanteur sont accompagnés pour l’occasion d’un drummer qui impressionne par sa dextérité.  

Le combo fonctionne à merveille. Le Montois d’origine enchaîne ses chansons dare-dare à l’instar du titre de son dernier album… qui a failli ne pas voir le jour. En fait, l’artiste avait jeté à la poubelle une première mouture qui ne lui convenait pas au grand dam du label qui voyait là une dépense budgétaire à laquelle il ne s’attendait pas.

Un concert audacieux (Dare se traduit par audace en français), au cours duquel le spectre de Gainsbourg s’est mis à planer ; mais surtout qui a permis de combler l’urgence à (re)donner de la musique au peuple.

Une prestation unique où riffs de guitare et rythmiques syncopées viendront surligner la voix légèrement ébréchée de l’auteur procurant à l’ensemble davantage de hargne et vergogne.

La déferlante de compos « Tu boudes », « Rebelle Rêveur », mettent en évidence un réel amour de la chanson française et cette exigence de la précision. Sans oublier les doubles sens à la Antoine Hénaut, un artiste bien de chez nous.

Les premières notes du « Nevermind » de Nirvana, jouées seulement quelques secondes, histoire d’éviter de payer des droits à la Sabam (dixit les dires du gaillard), ont mis le feu aux poudres, provoquant l’exaltation des festivaliers.

Pogos, embrassades et danses de Sioux – honteusement encouragés par l’artiste, il faut aussi le souligner – ont certes mis une ambiance de feu fort compréhensible, mais ont surtout provoqué une profonde injustice face à tous ceux qui se battent chaque jour pour maintenir des conditions sanitaires acceptables depuis près d’un an et demi. Un comportement déplorable qui aurait le mérite d’être sanctionné !

Bref, une prestation durant laquelle, on passe du rire aux larmes et de la surprise à l’écœurement sur fond de chansons festives et épicuriennes à l’instar de son auteur, entre part d’ombre, enthousiasme et joie de vivre.

On regrettera enfin l’absence de la très jolie « Marta Danse ». Une histoire inspirée d'une vieille dame, Marta Gonzalez, atteinte de la maladie Alzheimer qui à l'écoute du « Lac des signes » se remémore les gestes qu'elle faisait autrefois. Sans doute, une compo hors du temps et bien trop tristounette en un jour qui se doit de tourner la page vers quelque chose de nettement plus positif…

Saule salue le public et clame haut et fort avoir une pensée pour les sans-papiers en grève de la faim à l’église du Béguinage sous une belle salve d’applaudissements.

‘Ceci n’est toujours pas Lasemo’ en version minimale aura en tout cas le mérite d’avoir surmonté un ensemble de contingences entre conditions sanitaires difficiles, météo capricieuse et envie furieuse de recouvrer la vie … la vraie !

Voir aussi notre section photo ici

(Organisation LaSemo)

Kid Francescoli

Mes chansons sont le pendant de ce que je vis dans la réalité…

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Derrière Kid Francescoli, se cache Mathieu Hocine, un Marseillais dont le succès populaire est né en 2013, grâce à « Blow up », un titre électro surprenant.

Totalement inspiré par le grand écran, il a habillé à maintes reprises des spots publicitaires tels que Façonnable, Lanvin, Lacoste5, Chanel, Lancôme, Aldi, Citroën, et bien d’autre encore...

Après un arrêt forcé pour cause de crise sanitaire, le bonhomme accompagné sur scène par deux demoiselles, se lance dans un show assez peu conventionnel entre down et up tempo.

Dans le cadre du festival ‘Ceci n’est toujours pas LaSemo’, Il est venu défendre les couleurs de « Lovers », un nouvel album qui marque deux changements notables. La fin de sa collaboration avec Julia et l’expérimentation de différentes langues, dont le portugais.

C’est dans le salon cosy du Château que se déroule l’entretien. On y parle de musique, de femmes et de foot. Forcément !

Mathieu, tu portes à bout de bras ton projet ‘Kid Francescoli’ depuis plus de 20 ans. Beaucoup de collaborations y sont nées. Pourrais-tu imaginer réaliser un elpee sans celles-ci ?

Ma carrière musicale est effectivement ponctuée de collaborations. Je pense par exemple à Julia ou Simon Henner (French 79). Elles me permettent d’évoluer. Mais elles sont variables. A titre d’exemple, j’ai bossé en compagnie de Simon de Nasser (Oh! Tiger Mountain) à une certaine époque. Aujourd’hui, nous évoluons chacun de notre côté. Ce qui ne pose aucun problème, ni à l’un ni à l’autre. Même topo pour Julia. Ces rencontres enrichissent le projet. La nouveauté amène aussi une certaine excitation. Je crois qu’il est essentiel de ne pas tomber dans la routine.

Baigner dans l’univers de la musique depuis si longtemps te permet-il de prétendre à davantage de crédibilité ?

Je crois que la crédibilité s’acquiert avec le travail. J’ai la chance de pouvoir compter sur un public qui me suit et vient me voir en concert. C’est ça la crédibilité. Les années n’y sont pour rien. Si les gens ne répondent pas présent, il ne sert à rien de continuer.

Qu'est-ce qui différencie Mathieu Hocine de Kid Francescoli ? Est-ce un avatar derrière lequel tu te caches ?

Je n’incarne aucun personnage. Je ne suis jamais parvenu à m’en inventer un. Certains le font très bien et tant mieux. Je commence quasi systématiquement mes compos par ‘Je’, ‘I’ ou ‘Me’. Difficile donc de dire que je me cache derrière un avatar. Même sur scène, je ne suis pas toujours en costume ou dans de petits mocassins blancs. Pourtant, je pourrais tout à fait me le permettre.

En Belgique, Kid Noize dissimule son visage derrière une tête de singe…

Je ne connais pas cet artiste. Néanmoins, je comprends ceux qui font cette démarche. Elle te permet de séparer la carrière de la vie privée. Pour en revenir à Julia, nous avons parlé de notre relation dans l’album. La frontière entre l’artistique et la vie intime a toujours été un peu floue. Dans le dernier, je parle beaucoup de relations amoureuses avec Samantha, celle qui partage aujourd’hui ma vie. Ou encore d’autres filles et de leurs liaisons respectives. J’évoque aussi Marseille. Finalement, mes chansons sont le pendant de ce que je vis dans la réalité.

Si je comprends bien ta réflexion, un LP est le reflet d’une tranche de vie ?

Effectivement. Ce qui me plait, c’est de constater l’évolution opérée. A chaque disque, ses influences. Si je sortais en boîte au moment de la conception du disque, la couleur devenait un peu plus électro. Le tempo du dernier album est moins rapide et l’ambiance est un peu plus cheap. Tout simplement parce que j’ai rencontré Samantha et par conséquent, je ne suis plus sorti en boîte tous les week-ends. Ma chérie et moi, nous étions sous le soleil et cette situation a impacté les compos. Même constat pour la voix. Lorsque je les réécoute, la coloration peut être, parfois, soit timide ou plus affirmée. Tout dépend des circonstances et du moment…

Cette pandémie a permis de se réinventer sur le plan artistique en réalisant des collaborations à distance, du live stream, etc. Comment l'as-tu vécue tant en qualité d'homme que d'artiste ?

Personne ne savait ce qui allait se passer. C’était une situation très étrange. Aucun d’entre nous ne connaissait l’ampleur de la menace. Tous les scénarios étaient donc possibles. Durant les deux ou trois premières semaines, je pensais que nous alliions mourir. J’ai vraiment eu très peur. J’avais l’impression que c’était la fin de l’humanité. Faire de la musique était devenu totalement secondaire, je me disais à quoi bon… Lorsque cette pandémie s’est déclarée, nous étions en pleine tournée. Je terminais la troisième date la veille. J’ai très vite mis à profit la période qui s’en est suivie puisque j’ai composé une musique de film. J’ai pu sortir un inédit aussi. J’ai joué pour un label qui s’appelle ‘Cercle’ où j’ai eu la chance d’accomplir un tournage sur une lagune au milieu de la jungle mexicaine. Je n’ai pas voulu accorder de ‘live stream’ tout simplement parce je sortais d’une résidence ou j’avais préparé un show avec une belle pyramide et des chanteuses ; et je ne me voyais pas rester dans ma cuisine pour y jouer de la guitare après cet épisode. Et puis, honnêtement, les morceaux ne s’y prêtaient pas. La seule entorse à ce principe, si je puis dire, s’est limitée au 6 juillet 2020, lors d’un concert donné depuis une péniche, sur la Seine. Il a été retransmis en direct sur ARTE Concert. J’ai ensuite préparé mon prochain disque. Je me suis donc occupé. Je ne voulais surtout pas m’apitoyer sur mon sort plus longtemps.

Quel est ton processus de création ? Est-ce que la contrainte suscite la créativité ou as-tu besoin d'espace de liberté ?

Je l’ignore, même après cinq albums. Parfois, l’inspiration me vient immédiatement, alors qu’à d’autres moments j’ai besoin de plusieurs mois de réflexion. Cela peut aller de six mois à un an. C’est un processus complexe. Parfois, je m’interroge quant à l’opportunité de me limiter à l’instru ou d’ajouter des voix. Si je doute et j’ai peur, c’est bon signe. Peut-être que lorsque tu stagnes dans un processus formaté, c’est le début de la fin.

Ta musique oscille entre le dansant et le planant sans opter franchement pour l’un ou l'autre. Pourquoi ce choix ? Ou devrais-je dire ce non-choix ?

C’est une attitude très naturelle chez moi en fin de compte. Je crois que de manière générale, il faut éviter d’intellectualiser le processus de créativité. Tout dépend du contexte dans lequel tu te trouves au moment de la conception des chansons. J’aime l’idée de pouvoir passer de l’un à l’autre. Pour être tout à fait complet, je me vois très mal faire un album au clic durant douze morceaux. Il est nettement plus intéressant de changer d’atmosphère et sortir de sa zone de confort. Je me suis par exemple essayé au rap, mais les morceaux ne sont jamais sortis parce que cette musique n’était pas suffisamment imprégnée en moi. Et paradoxalement, c’est un genre qui m’a toujours fasciné.

Tu as souvent raconté que ta musique était influencée par le cinéma. Sans le 7ème art, ton parcours artistique aurait été différent ?

Oui, le cinéma et les musiques de films constituent une grande source d’inspiration. Mais pas que ! D’une manière plus globale, je reste attentif aux situations, à la scène, aux répliques ou encore aux acteurs. Je vénère des gens comme John Carpenter ou Ennio Morricone. J’ai l’impression d’avoir grandi avec le cinéma. Il m’a éduqué. Un écrivain dont j’ai oublié le nom disait que les livres enseignent des choses que la vie ou les parents ne t’enseignent pas. On y apprend ainsi parfois à se tenir à table, à se comporter auprès des autres ou encore à s’habiller. Lorsque tu regardes un film, il existe ce mimétisme. C’est peut-être une attitude ou une manière de se vêtir. Delon, Belmondo, McQueen ou dans un registre plus contemporain DiCaprio et Brad Pitt sont des personnages fascinants. Mais, je n’ai pas leur style. Par contre, lorsque j’ai vu Charles Denner dans ‘L’homme qui aimait les femmes’, j’en ai conclu que son personnage collait tout à fait au mien. Je vais porter le blouson de cuir et la petite cravate et ce sera parfait.

« Lovers » maque un changement radical par rapport aux deux long playings précédents. Je pense ici à la fin de la collaboration avec Julia et l'expérimentation de nouvelles voix, mais également le chant en portugais. Peux-tu m’expliquer la genèse de cette nouvelle orientation ?

J’ai réalisé deux albums en compagnie de Julia. On a aussi pas mal tourné ensemble. Le duo fonctionnait bien. Son grain de voix un peu jazzy à l’américaine correspondait à merveille au son électro. Je souhaitais prendre une autre direction, tout simplement. Je suis parti à la recherche de nouvelles voix. Des voix différentes surtout car je ne voulais pas retrouver un équivalent à Julia. Celle d’Alizée, grâce à cet accent venu de nulle part de Français qui chante en anglais est intéressante. Sarah Rebecca est plus américaine que diva. Celle de Nassee est plus chaude, lorgnant sur le r’n’b. Ma rencontre avec Samantha a été déterminante par contre. Lorsque je l’ai rencontrée, elle m’a expliqué qu’elle était franco-brésilienne et qu’elle chantait en portugais. J’y ai vu immédiatement un nouveau territoire à explorer. C’était une opportunité destinée à enrichir ma musique.

Tiens, au fait, comment s'opère le casting des voix avec lesquelles tu collabores ?

C’est la rencontre qui crée l’opportunité. J’ai rencontré Julia en allant à New-York. J’y suis resté deux mois. Au départ, je m’y rendais simplement pour poser mes instruments. Je partais du principe que si des gens souhaitaient apporter leur collaboration ou me présentait des voix, je restais totalement ouvert. Lorsque des alternatives se présentent, à toi de les accepter ou les refuser. Par contre, lorsque j’ai rencontré Samantha, il n’existait pas de plans particuliers. 

Simon Henner (French 79) a coproduit l’elpee. C’est aussi ton guitariste en tournée, non ?

C’est avant tout un ami. Il est marseillais et nous nous connaissons depuis longtemps. Nos studios sont voisins. Nous nous voyons pratiquement tous les jours.

Certains admettent que la mouvance electro/pop – dream/pop dresse un pont entre les musiques du passé et une véritable modernité. Imagines-tu qu’elle puisse être perçue, comme le fossoyeur du rock’n’roll ?

Pas du tout ! La musique ne meurt jamais. Regarde, les Strokes sont revenus en 2000 alors qu’on les croyait morts (NDLR : il a repris récemment « I'll try anything once »). Il s’est produit un renouveau pour le rock dans ces années-là, qui s’est perdu et s’est à nouveau effiloché peu de temps après. Aujourd’hui, le rap et le hip hop envahissent les ondes. Doit-on pour autant penser que l’électro n’a plus sa place ? J’ai commencé à créer de l’électro lorsque j’ai découvert LCD Soundsystem. J’estimais intéressant ce mélange hybride de voix et de sons. Ils étaient au sommet. A l’époque, tout le monde voulait suivre ce courant musical. Maintenant, ce style peut sembler ‘has been’ parce qu’il y a ce clic sur tous les temps. Aujourd’hui, les gens apprécient PNL, Vald ou Romeo-Elvis. Ce sont des artistes qui remplissent les salles, les festivals et les charts. Pourtant le rock est toujours présent et rencontre encore son public. Tout à l’heure, on a assisté à un concert de reggae, accordé par Naâman ; c’est bien la preuve que tous les styles ont leur place auprès du public.

Aujourd’hui, on observe un retour à langue française chez pas mal de groupes (Grand Blanc, Flavien Berger, Paradis, Feu! Chatterton, Perez…) La fin de ce complexe, par rapport au choix de la langue de Voltaire, c’est une bonne nouvelle ?

Lorsque j’ai entamé ma carrière, j’ai opté pour l’anglais. Laetitia chantait en italien sur les deux premiers albums. En ce qui me concerne, je ne me voyais pas adopter une autre langue. Ensuite, je me suis intéressé au français. François and the Atlas Mountain, Malik Djoudi, Voyou ou encore Fauve ont sans doute tracé la voie. Cette mouvance est liée à l’arrivée d’internet. Lorsque j’ai commencé à acheter des disques, ma musique était assez pop-folk. J’écoutais Belle and Sebastian ou Granddaddy. Aujourd’hui, Internet et ses sites de streamlng ont permis de découvrir un vivier de chansons très éclectiques avec ses langues et ses influences différentes, parfois au sein d’un même album. Billie Eilish représente pour moi la photographie de la musique d’aujourd’hui. Cette artiste trouve son équilibre dans des morceaux qui vont du piano-voix à la musique électro. Un grand écart qui lui va à ravir.

Tu es d’origine marseillaise. Les étrangers parviennent difficilement à comprendre ce qu’est la belgitude. Comment la ressens-tu ?

J’adore les autochtones qui possèdent un caractère bien trempé. Comme les Italiens ou les Espagnols d’ailleurs. Tu sais, nous sommes ici en pleine effervescence à cause du déroulement de l’Euro et j’estime que lorsqu’on parle de foot ou de compétitions sportives en général, on ressent immédiatement la culture de la nation. Il existe en filigrane cette fierté de porter les couleurs de l’étendard national. Objectivement, des équipes comme la Belgique ou l’Italie peuvent aller jusqu’au bout des épreuves parce qu’il existe chez elles cette fierté. Nous avons pourtant la meilleure équipe sur papier, mais nous n’avons pas cet esprit d’union sacrée. J’ai toujours adoré la Belgique. Je me souviens très bien que lorsque j’ai visité Bruxelles la première fois avec un copain, j’étais sidéré par le nombre de petites rues et puis cette multitude de bars dispersés. Paradoxalement, il y avait un monde fou et pourtant, c’est resté très cool parce que les gens ne se la jouaient pas. Alors que généralement, dans les grosses métropoles, c’est tout le contraire, les gens sont souvent stylés. Moi, Marseillais, lorsque je me rends à Londres, New-York ou Paris par exemple, je me fais petit tout simplement parce je ne maîtrise pas correctement les codes et j’ai toujours l’impression de passer pour un plouc. Alors que chez vous, ce côté humain reste bien présent et on se sent immédiatement à l’aide dès les premières secondes.  

Les Belges et les Français se sont vannés sur le net dans le cadre du Championnat d’Europe de football. Comment analyses-tu cette rivalité bon enfant ?

Oui, c’est vrai, je dois bien l’avouer. La Belgique est un pays voisin, comme la Suisse, l’Italie ou l’Espagne. Nous nous considérons au centre de l’Europe géographiquement. Il y a aussi cette arrogance, cette fierté à la française qui nous colle à la peau, ce qui rend les choses encore plus détestables.

Je suis content de rencontrer un Français qui le reconnaisse. Parce que franchement, la plupart des Belges te diront la même chose des Français …

L’arrogance française, c’est ce qui fait notre légende en fait (rires). Imagine, entre Marseille et Lille, la différence de mentalité qui peut exister. Finalement, c’est comme si nous étions face à deux pays différents.

J’adore en tout cas ton accent marseillais qui sent bon le soleil…

C’est vrai ? Tu sais on se moque souvent de mon accent. Comme celui des Toulousains et des Montpelliérains, d’ailleurs. Dès que tu passes Lyon, les gens se mettent déjà à rigoler de ton accent (rires)…


 

Nicolas Michaux

Quelque chose ne tourne pas rond dans ce monde…

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Si Nicolas Michaux s’est fait connaître en drivant Eté 67, une formation qui a sévi de 1998 à 2002, il a depuis embrassé une carrière solo. Il a vécu quelques années à Bruxelles avant de rejoindre l’île de Samsø au Danemark pour des raisons familiales. Son deuxième album, « Amour colère », est paru en septembre 2020. Depuis, il n’a pas eu beaucoup l’occasion de se produire en ‘live’. C’était donc une belle opportunité de le rencontrer dans le cadre du (presque) festival Lasemo rebaptisé (forcément) pour l’occasion ‘Ceci n'est toujours pas LaSemo’, en raison des contingences liées aux mesures sanitaires encore d’application en cette période de l’année. Ce nouvel opus est moins pop que le précédent, un disque davantage orienté vers les années 60-70. La prise de risque est d'autant plus grande…

La musique que je produis est le reflet de ce que je vis. Le premier album était effectivement plus pop. Je l’ai réalisé lorsque je vivais à Bruxelles. Je m’étais entouré de musiciens établis dans la capitale. C’était une phase assez folle et urbaine de mon existence. C’était en quelque sorte un nouveau départ comme le titre éponyme d’ailleurs. Le son était clairement influencé par la scène pop bruxelloise qui s’est révélée entre 2014 et 2016. Le nouvel album représente une autre partie de ma vie. Sa couleur est donc naturellement différente. J’ai enregistré ce second opus à la maison, à Samsø très exactement, là où je vis la plupart du temps avec ma compagne et ma fille. Je dirais qu’il est plus intimiste et sans doute plus proche de mes racines originelles. Plus en adéquation avec les années 60-70 aussi. Ce sont mes références. Ces années m’ont guidé dans l’apprentissage de la musique. Raison pour laquelle le disque emprunte cette direction...

Dix nouvelles chansons, tantôt en anglais, tantôt en français. As-tu choisi de chanter dans ta langue maternelle pour communiquer davantage d'émotion ?

Je ne le pense pas. Chaque langue est susceptible de faire passer des émotions. Le Buena Vista Social Club et George Harrison travaillent avec le même matériau. C’est une discipline à laquelle les songwriters doivent se soumettre. Si j’avais dû parler une autre langue, j’aurais pris un plaisir identique à chanter. Je crois qu’il s’agit avant tout d’une question de moyens que l’on se donne. Avant, le seul outil à ma disposition était le français. Par la suite, la vie m’a amené à lire et parler davantage dans la langue de Shakespeare. Cette langue s’est peu à peu immiscée dans mes textes. Ce qui m’a permis d’élargir mon chant d’action. Mais finalement, les questions linguistiques ne sont pas très importantes.

« A la vie à la mort » était un disque davantage collectif et déstructuré. « Amour Colère » a suivi un processus plus personnel et direct. Cette volonté de sobriété traduit-elle une recherche d’authenticité ?

Lors de l’enregistrement du premier album, on appartenait à cette fameuse scène. Aussi, quand tu es en studio entouré d’une équipe, fatalement, elle t’influence et du deviens, quelque part, un porte-parole. Les chansons sont destinées à un collectif qui peut y voir une manière de s’exprimer. « Amour Colère » est un essai qui a été confectionné en mode ‘bedroom pop’. Hormis la batterie, j’ai joué tous les instruments. Je me suis aussi aidé de boîtes à rythmes. Morgan s’est ensuite chargé d’y mettre les frappes. Le processus est solitaire et donc plus personnel. J’espère néanmoins qu’il y a un peu d’universalité dans ce que je raconte parce qu’on passe tous par les mêmes épreuves et les mêmes bonheurs. Le côté porte-parole d’une scène est inexistant ici contrairement au disque précédent.

Il s'agit d'un opus sans artifice et sans fioriture. Une œuvre à la fois classique et complexe. Un minimalisme qui n’enlève rien à l’efficacité parce là où je constate que tu te démarques, c’est dans la sélection des mots simples et directs.

Merci ! Ce compliment me touche énormément. La composition et l’écriture de chansons constituent un travail proche de l’orfèvrerie. Mon arrière-grand-père, que je n’ai pas connu, était graveur sur armes en région liégeoise. Je l’imagine toujours en exécutant ce job qui exige précision et minutie. Je crois avoir hérité de cette maîtrise, mais dans mon domaine. Si Picasso a pu peindre ou Dylan écrire rapidement une chanson sur une serviette au restaurant pendant que tout que le monde parle, d’autres auront besoin de plusieurs années avant d’y parvenir. J’appartiens à la seconde catégorie. Ça me prend beaucoup de temps. Et je me pose beaucoup de questions. Mais finalement, il y a cette intemporalité. Je peux interpréter, ce soir, des chansons que j’ai écrites il y a dix ans. Mais surtout toujours réussir à les chanter en y croyant…

Le clip de « Parrot » (à découvrir ici) met en scène la bêtise des politiciens et des médias de masse à coup d’images violentes issues de manifestations réelles, qu’un montage malin transforme en chorégraphie absurde. L'artiste, aujourd'hui, a-t-il l'obligation morale de véhiculer des messages à la place des assermentés ou des intellectuels ?

Je pense que oui ! C’est une très bonne question ! Elle m’a d’ailleurs occupé l’esprit. Au mois de septembre, lorsque l’album est sorti, on vivait entre les deux confinements. On approchait la sortie du premier tout en ignorant qu’il y en aurait un second. On avait le sentiment, moi y compris, qu’on vivait dans une société malade. Même bien avant cette crise sanitaire. J’ai profité de la sortie du disque pour exprimer ma vision des choses par rapport à ce qui se passait. Je suis un peu sorti du bois. Ce clip montre des images de violences policières. La première partie met en évidence l’oppression dont nous souffrons et la seconde vise ces quelques mouvements qui s’opposent à cette chape de plomb. Ce clip est relativement engagé, je le reconnais. On m’a aussi proposé de réaliser l’édito du focus ‘Vif’. J’ai hésité pour finalement répondre favorablement. L’édito était lui aussi plutôt engagé. J’ai l’impression que la société est malade et que, peut-être, le Covid a permis cette prise de conscience. Si on ne connaît pas la maladie, on ne peut évidemment pas la soigner. On est maintenant un peu plus conscients qu’il y a un vrai problème et qu’il faut changer les choses profondément.

L’amour et la colère sont deux mots a priori opposés. Est-ce le signe de l’expression d’un artiste partagé entre l’appréciation de la beauté, de la nature, de la famille (ça c’est côté amour) et l’angoisse causée par l’actualité politique et écologique (côté colère donc) ?

Je pense que ces notions sont proches et qu’elles cohabitent. On possède tous deux faces, comme une pièce de monnaie. Personnellement, j’ai été traversé par ces émotions pendant la phase d’écriture. Je me suis rendu compte que bon nombre d’entre vivions entre ces deux pôles. C’est légitime ! En réalité, je n’ai pas grand-chose à dire là-dessus. Chacun interprète ce discours à sa manière. Mes idoles ont exprimé de l’amour et de la colère à travers leurs compositions, que ce soit John Lennon, Bob Marley, Bob Dylan ou Neil Young. En tant qu’artiste et auteur-compositeur, il est nécessaire de creuser ces deux axes.

Lorsque tu militais chez été 67, tu fonctionnais beaucoup plus à l’instinct et à l’énergie. Spirituellement, politiquement, artistiquement, énormément de sujets étaient déjà abordés mais ils devaient être raffinés. Ton projet solo t’a permis d’acquérir cette paix intérieure ?

Oui, a fortiori. Surtout par rapport à ce dont on parlait tout à l’heure dans le cadre de la représentation de la scène et du collectif. Sur « A la vie à la mort », il y avait un peu de ça. Lors de l’aventure d’Eté 67, c’était essentiellement ça. Il fallait parler au nom du groupe, faire des chansons qui lui correspondaient. Il fallait aussi penser à son l’évolution. Il y avait beaucoup d’exercices de style. J’étais au service du groupe. Depuis que je me suis lancé en solo, beaucoup de paramètres ont évidemment changé. A l’époque, le côté porte-parole du collectif était très fort. Dès lors cette situation limitait fortement ma liberté d’expression alors que dans le même temps j’apprenais le métier. Par contre, c’était une école magnifique qui m’a permis de me réaliser en tant qu’artiste.

Donc, le fait de poser tes valises au milieu du Danemark sur l’île de Samsø a eu une incidence sur la conception de « Amour Colère » ?

C’est une évidence ! Je dirais pour le côté assez sombre de l’album. Il y avait cette volonté de produire un disque assez nu et dépouillé. Samsø m’a influencé en ce sens. C’est un endroit qui ressemble à « Amour colère ». Il y fait intolérablement froid, pluvieux, gris et sombre à certaines périodes de l’année. Alors qu’à d’autres, c’est un jardin d’Eden où tout fleurit en quinze jours. Durant ces périodes, la lumière et l’air sont d’une pureté incroyable. On profite aussi des bienfaits de la mer pour s’y baigner. C’est donc à la fois un paradis et un enfer. Une bipolarité que l’on retrouve dans l’album.

Paradoxalement, si cette île est à la fois brute et organique et énergétiquement vertueuse, on y fait encore pousser certaines cultures grâce à des produits hautement toxiques. Une île finalement complexe, nuancée et paradoxale.

Oui, tout à fait. J’ai vécu à Bruxelles durant huit années pour ensuite me rendre au Danemark partir vivre à la marge des grandes villes pour finalement me rendre compte que les problèmes sont identiques. Des agriculteurs prônent le bio et essaient de lancer une coopérative et d’autres nagent complètement dans le business. Dans ce domaine là aussi, les luttes y sont farouches. 

Une parade à ton image ?

Oui. Je pense que nous sommes tous confrontés à des situations antinomiques. L’être humain est inconstant. Comme disait Héraclite, on ne se baigne jamais deux fois dans la même eau. C’est toujours vrai ! On n’est jamais deux fois pareils. Nos cellules se renouvellent sans cesse. C’est une lutte permanente… On évolue tous avec ces tensions.

La Belgique est un pays où s’épanouit un vivier musical hors du commun. Comment le plat pays est-il perçu au Danemark. Et sa musique ?

C’est une très bonne question ! Malheureusement, je ne suis pas le mieux placé pour y répondre. J’ai défendu mon album en Allemagne, en Angleterre, au Canada, aux Etats-Unis, en France, en Belgique et en Suisse, mais pas au Danemark. J’en ignore les raisons. Sans doute que je n’y ai pas encore mis le temps et l’énergie. Je pense que les gens pourraient s’y intéresser en toute humilité car il y a un amour très grand de la langue française. Je vis sur cette île comme un expatrié. Ostracisé même. Et puis, je crois que je n’ai pas envie de refaire ce que je fais ici. J’ai besoin de m’y sentir tranquille.

De ces voyages, qu’as-tu importé ? Et qu’as-tu exporté de cette culture belge ?

Très bonne question une fois encore. Je ne me considère pas comme un grand voyageur. Pourtant, c’est ce qui était indiqué dans la bio du premier album. J’ai accompli quelques voyages, certes, mais bien peu par rapport à d’autres. Je me rends compte, avec le temps, que ce ne sont pas les voyages qui me nourrissent le plus. Voyager peut s’avérer intéressant pour rencontrer des gens, mais il y a tellement d’autres moyens pour y parvenir. Pour l’instant, je circule entre le Danemark et Bruxelles. Par la force des choses, je suis devenu un navetteur européen. J’utilise le transport ferroviaire pour polluer le moins possible. Ces moments me permettent de faire le point. Je les vois comme des sas de décompression.

Tu cites régulièrement Dylan et Neil Young comme sources d’inspiration. Y-a-t-il d'autres artistes qui t’inspirent ?

Oui. Mais une telle sélection s’avère un exercice difficile car il y en a tellement. Je pourrais citer Serge Gainsbourg, Léo Ferré, Lou Reed, Marianne Faithfull, Buena Vista Social Club, les Beatles ainsi que les carrières solos qui ont suivi. Dans l’univers du cinéma, j’épinglerai Pialat, Tarantino ou encore Akira Kurosawa.

Nous vivons toujours dans la crainte du Covid. Comment as-tu appréhendé cette pandémie en tant qu’homme, mais aussi comme musicien ?

Sujet sensible…

En tout cas, j'imagine que les déplacements entre la Belgique et le Danemark ont été extrêmement compliqués….

Oui, effectivement ! En ce qui me concerne, j’ai été relativement peu impacté par le Covid. Je n’ai pas contracté ce virus à ce jour. Mes parents n’ont plus. Pour être complet, j’ai eu quelques craintes pour ma mère qui travaille dans un supermarché. Je me rends compte, avec le recul, avoir eu beaucoup de chance. Certains ont vécu des drames. J’en ai connu un aussi, sans être totalement convaincu de la relation de cause à effet… « Amour colère » prend encore ici tout son sens. C’est un constat désolant. Cette situation a permis à de nouvelles voix de s’exprimer et de se rendre compte que des choses ne fonctionnent pas… Lorsque j’avais 20 ans, en caricaturant un peu, on connaissait déjà le mouvement altermondialiste. La crise de 2008 a vu le capitalisme craqueler de partout. Le Covid a mis en évidence les travers de ce régime, même si évidemment cet évènement s’est produit de manière fortuite. Un tas de gens se sont retrouvés du côté noir de cette frontière invisible de la mondialisation. Cette frange de la population reste persuadée que cette crise a éclaté parce que quelque chose ne tourne pas rond. Ce courant est large et trouve sa source d’inspiration dans des cercles politiques et spirituels différents. Le mouvement éco-socialisme, dans lequel je me retrouve, a sans doute un peu plus de voix au chapitre qu’avant la crise sanitaire. J’espère sincèrement que des gens comme Bernard Friot, François Ruffin ou encore Frédéric Lordon auront davantage d’audience qu’auparavant. Même ceux qui appartiennent à la bourgeoisie ont le sentiment que les choses doivent maintenant changer vers plus d’écologie. Dans une direction plus juste, plus résiliente, plus durable et plus respectueuse de l’environnement. Et il y a peut-être un pont à établir entre les écolos bobos et la gauche marxiste altermondialiste qui jouit de davantage de crédibilité. La situation que nous traversons est ridicule, presque burlesque. Regarde, nous sommes en plein festival et nous portons tous des masques. Un business s’est développé autour de cette tragédie. Tout est source de fric : sauver la planète, bien manger, etc. Celui qui dispose d’agent a tous les pouvoirs. De plus en plus de gens se rendent compte qu’il est nécessaire de changer le monde...

Ceci n'est toujours pas LaSemo 2021 : samedi 10 juillet

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Après avoir vécu une vague successive de (dé)(re) confinements, qui aurait pu imaginer une seule seconde qu'il serait un jour possible de se rincer à nouveau les portugaises comme au bon vieux temps ? Pas grand monde !

Pourtant les organisateurs du LaSemo y ont cru jusqu’au bout et déployé des moyens (in)humains pour perpétuer ce qui fait le fleuron du parc du château d’Enghien depuis toujours : de la musique, de la culture et surtout de la curiosité.

Rebaptisé pour l'occasion ‘Ceci n'est toujours pas LaSemo’, le festival a de nouveau mis en pratique ses principes de développement durable. Ainsi, outre le tri des déchets, on récupère aussi le fruit des entrailles déposé délicatement dans les toilettes sèches (NDR : pas besoin de faire un dessin) pour nourrir les légumes du jardin de bobonne. On demande aussi aux festivaliers ne pas fumer dans les espaces publics (en plein air). Une première en Europe paraît-il ! Ou encore, on préfère la récupération du vieux mobilier et des tourets dispersés çà et là, sur le site, histoire de boire son godet en toute tranquillité. Parfois sur un ton décalé et rempli de bonne humeur.

A l’instar des années précédentes, toute une série de stands permettront aux parents de chiner en toute quiétude en attendant que bambin termine son petit tour de tourniquet avec, pour seul moteur, la seule force d’une paire de guibolles.

Quand on vous dit durable, il ne s'agit pas d'un doux euphémisme.

Parka trop grand et pantalon trop court, l’inimitable et incontournable JeanJean est prévu dans le casting. Le géant givré de service est chargé d’introduire avec humour et légèreté les artistes. Et la verve qui le caractérise est demeurée intacte.

Mesures sanitaires oblige, afin de contenir un maximum de festivaliers, la programmation a été établie en demi-journées identiques.

Un festival mi-figue mi-raisin donc puisque les pluies diluviennes qui se sont abattues ces dernières heures ont fait craindre le pire. De la boue et de grosses flaques d'eau parsèment le parcours et il faut faire des pas de géant pour atteindre sa cible. Ce qui ressemble presque à un décor de film post-apocalyptique.

La programmation est une fois de plus relativement éclectique. Il est 17 heures, lorsque votre serviteur passe le traditionnel portique de sécurité. Cette année, plus aucune fouille n’est permise. Ce qui n’est pas pour autant très rassurant.

La fournée d'avant-midi vient de quitter le parterre, laissant place à quelques centaines de nouveaux spectateurs venus se délecter de l’affiche.

Nicolas Michaux est fin prêt à grimper sur les planches de la Guinguette, un espace joliment décoré de palettes et de vieux vinyles.

Quelques courageux rafistolent le toit de la baraque en y posant une toile de manière à rendre imperméable l’endroit, tandis que d’autres s’évertuent à chasser l’eau du sol à l’aide d’une raclette.

L'ex-chanteur d’Eté 67, une formation qui a sévi de 1998 à 2002, est venu défendre son second album solo studio, « Amour Colère », un opus qui s’inscrit parfaitement dans la lignée parfaite des années 60-70.

Nico est soutenu par deux comparses. Ses soldats amoureux comme il aime les appeler.

Tout en soignant ses arrangements et étalant une dextérité sur sa gratte à faire frémir, celui qui se partage entre le Danemark et la Belgique, interprétera durant près d'une heure des chansons tantôt en français, tantôt dans un ‘franglais’ impeccable et amusant, une série de compositions empreintes de candeur, de douceur et de fraîcheur, dans un style qui oscille entre pop et folk.

D’une voix timorée, le chanteur survole autant les titres de son dernier bébé que ceux du précédent opus, « A la vie, à la mort », sur fond de déclinaisons dichotomiques de la vie (l’amour, le déchirement, etc.).

Plutôt nonchalant et la plupart du temps la bouche ouverte (voulait-il gober les mouches ?), on ne peut pas dire que le gaillard se soit évertué à mettre une ambiance de feu. De l’amour, oui, mais pas une once de colère.

Bien que sa prestation soit quelque peu maniérée, elle a été avant tout réussie, se reposant surtout sur des accords de cordes, sensibles et délicats.

Un bon moment de partage d’une musique de qualité reflétant une finesse dans l’écriture. De quoi rappeler un certain Dominique A dont il pourrait être le parfait héritier...

Que demander de plus ?

Direction la grande scène, derrière l'édifice du château pour entendre une jeune demoiselle, subtilement rebaptisée pour la circonstance ‘L'Impératrice’.

Impliquant 6 membres –Charles de Boisseguin (clavier), Flore Benguigui (chant et texte), Hagni Gwon (claviers), David Gaugué (guitare basse), Achille Trocellier (guitare électrique) et Tom Daveau (batterie)– ce groupe atypique se nourrit clairement de pop chic, d’électro débridée, de french touch et de disco/funk cosmique à coloration 70’s.

Non seulement la gonzesse s'est affublée d'un accoutrement à la Star-Trek, mais elle arbore une chevelure de couleur bleue, telle une Schtroumpfette des temps modernes.

Révélé au grand public par un troisième Ep intitulé « Odyssée », le sextuor embarque immédiatement le public à bord de son vaisseau spatial où les sons disco, funk et groove se succèdent pour le plus grand bonheur des popotins qui trouvent là un bon moyen de s'exprimer chacun derrière sa chaise. Ambiance post-nuke on vous le disait.

Le groupe est venu défendre les couleurs de son nouveau joujou, « Tako Tsubo » (une expression japonaise ‘pièce à poulpe’ signifiant ‘le syndrome des cœurs brisés’) qui marque un tournant dans sa direction artistique post-nuke. Manifestant un sens de l’érotisme décomplexé, les musicos s’appuient sur des synthés rétros, des cuivres chaloupés et des percussions tribales. Et vu l’approche très Frech touch de l’expression sonore, la filiation avec le défunt Daft Punk est inévitable.

Taillé pour le live, le band n’hésite pas à balancer ses tubes (« Peur des filles », « Hématome »), tout en proposant des textes à l’esthétisme léché et visionnaire.  

En naviguant entre mystère, féminité et l'élégance, L'Impératrice ressemble finalement à son avatar.

Les quatre joyeux lurons de La Rue Kétanou embraient. Dès les premières notes, on se rend compte que les chansons seront festives, mais aussi réalistes et engagées très second degré.

Si la liberté de ton et d'expression y est, ce n’est pas du tout la tasse de thé de votre serviteur qui préfère profiter de l’offre proposée par la poignée de food-trucks dispersés sur la plaine.

Retour à la Guinguette pour y découvrir La Yegros, combo menée de front par la grande et plantureuse Mariana Yegros, chanteuse argentine originaire de Buenos Aires.

L’estrade est jonchée de (fausses) plantes qui laissent planer une (fausse) impression d’être plongés dans la jungle.

A l’arrière-plan, une nana un peu rondelette siège derrière les fûts.

Accusant un accent à la Cristina Cordula, la donzelle entame tout de go un show rythmé par des musiciens dont la joie communicative et l’insouciance reflètent bien le tempérament sud-américain…

D’ailleurs les compos sont issues d’un mélange subtil entre différentes influences latino-américaines ; de la cumbia au chanamé, en passant par le carnavalito, la Yegros a le chic pour dégripper les corps les plus rouillés, même si cette musique est plutôt répétitive et finalement sans grand relief.

Son énergie folle, sa liberté de ton et d’action irradie les plus léthargiques. Mais bon, il faut vraiment apprécier ce style pour s’en s’imprégner.

Hormis le plaisir des yeux face à la sensualité de ces corps en mouvement, la prestation n’apporte pas vraiment de plus-value à la soirée.

Malgré les paillettes et l’ambiance festive, il est sans doute plus opportun de regagner ses pénates que de rester les yeux écarquillés devant une telle plastique.

Mais comme le trio invite au lâcher prise –et y parvient– de concert restera, selon les spectateurs présents, comme l'un des plus stimulants de cette édition sur le plan festif.  

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Organisation LaSemo     

Damon Albarn à la claire fontaine…

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« The Nearer The Fountain, More Pure The Stream Flows » était à l'origine une pièce orchestrale inspirée par les paysages de l'Islande. L'année dernière, Damon Albarn a repris la musique en boucle et a développé l'œuvre en 11 morceaux qui explorent davantage les thèmes de la fragilité, de la perte, de l'émergence et de la renaissance. Le résultat est une collection panoramique de chansons avec Albarn comme conteur. Le titre de l'album est tiré d'un poème de John Clare, Love and Memory.

« The Nearer The Fountain, More Pure The Stream Flows », c’est aussi le titre de son nouvel album studio qui paraîtra ce 12 novembre 2021.

Pur écouter le titre maître, c’est

 

Hey quoi ? C’est un nouvel album de Low…

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« Hey What », c’est le titre du nouvel elpee de Low qui paraîtra ce 10 septembre 2021. Ce sera son seizième en 27 années de carrière ; et il fait suite à « Double Negative », paru en 2018. En outre, la production a été confiée à BJ Burton ; ce sera sa troisième mise en forme pour le band de Duluth.

En attendant, le trio partage "Days Like These", le premier single, et sa vidéo officielle, réalisée par leur ami de longue date et réalisateur, Karlos Rene Ayala. Vous pouvez découvrir le clip de "Days Like These" en cliquant ici.

On y retrouvera les harmonies ineffables et familières d'Alan Sparhawk et de Mimi Parker ainsi que des couches de sons déformés qui s'accumulent à chaque nouveau couplet, se construisant puis se brisant, colossales puis retenues, comme un vœu solennel seulement murmuré…

LIVE TRIX ANTWERP 4 MAI 2022

L’autre personnalité de Steve Gunn…

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« Other You » constitue le sixième opus de Steve Gunn. Il a été enregistré, lors de deux visites à Los Angeles fin 2020 et début 2021, sous la houlette du producteur vétéran Rob Schnapf (Beck, Elliott Smith, Cass McCombs, Kurt Vile). Un œuvre qui rappelle, manifestement, la précédente « Way out weather’.  

Sur le nouvel elpee, on y retrouve ces belles et chatoyantes mélodies et puis cette voix douloureuse, au bord du ténor, sans oublier les superbes harmonies…

En attendant, traduites en vidéo, les morceaux « Other You » et « Reflection »

Sont disponibles ici et