L’école d’art de Library Card

Library Card a beaucoup joué en live à travers l'Europe et les États-Unis. Son nouveau morceau, "Art School", est devenu un favori du public lors de ses concerts. Ce titre marque un nouveau chapitre pour la formation, qui est rapidement devenue l'un des…

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Le jeu d’échecs de Vera Daisies

Margaux Jaudinaud, illustratrice multi-casquettes et binôme du groupe Ottis Cœur, se lance en solo sous le nom de Vera Daisies. Après avoir ouvert pour The Libertines, Tess Parks ou encore le band londonien Sorry, elle dévoile un premier titre incisif, "Chess…

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L’esprit torturé de Hoa Queen

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Hoa Queen, c’est le nom d’une fleur vietnamienne qui n’éclot qu’une seule fois, le temps d’une nuit, avant de mourir au petit matin. Mais c’est également le patronyme choisi par Eric Cervera et Aurélie Guiller, pour leur nouveau groupe. Qui vient de graver son premier Ep, un disque dont les lyrics parlent des destins de femmes, réelles ou imaginaires, sombres et violentes, victimes ou bourreaux. L’album devrait sortir au cours du printemps 2018.

https://fr-fr.facebook.com/Hoa-Queen-244565869375727/

 

L’anxiété de Grant-Lee Phillips

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Tourmenté par les tensions sociales aux States, l’ex-leader de Grant Lee Buffalo publiera son nouvel album ce 23 février 2018. Intitulé « Widdershins », il a été enregistré au Sound Emporium de Nashville, mixé par Tucker Martine (The Decemberists, My Morning Jacket) et produit par Phillips. Lors des sessions, il a reçu le concours du drummer Jerry Roe et du bassiste Lex Price. Son premier single « Totally You Gunslinger » rend hommage à Roy Orbison et aux Smiths (en écoute ici)

 

 

Orchestral Manœuvres in The Dark (OMD)

Obligatoirement Magistral et Divin...

Ce 6 décembre, dans la hotte de Saint-Nicolas, il y a OMD (Orchestral Manoeuvres in the Dark) et Holygram, au sein de la salle De Roma, à Anvers. Un présent résolument 'dark', car les formations émargent à la 'new-wave', l'une comme pionnière et fondatrice (OMD) et l'autre, bien que jeune pousse, prête à reprendre le flambeau.

La jeune pousse, Holygram, est un quatuor colonais extrêmement prometteur. Il s’était illustré dans le cadre du festival Amphi, à Cologne. Au programme, un post-punk sophistiqué, aux frontières de la shoegaze et du krautrock. Lorsqu'il entame « Hideaway », impossible de ne pas penser à The Cure, The Chameleons mais aussi à The Jesus and The Mary Chain! Le chanteur, Patrick Blümel, ressemble quelque peu à Liam Gallagher ; mais ici s’arrête la comparaison. La setlist privilégie les plages du premier Ep (NDR : un éponyme) ; et tout particulièrement le superbe « Still There ». Mais les deux compos inédites, « She's Like The Sun » et « Signals », laissent entrevoir une évolution vers un style plus éclectique.(Pour les photos, c'est ici)

Après une pause de 30 minutes, OMD prend possession de la scène. Cette formation anglaise, issue de Liverpool, a marqué les années '80 en dispensant une new-wave électronique spécialement mélodique et très dansante. Formée en 1978, elle a connu une ascension fulgurante jusque dans les nineties, où elle a été balayée par les mouvements grunge et britpop. Mais en 2006, elle s'est reformée, surfant sur une vague nostalgique des eighties. A contrario d’une belle brochette de groupes 'rétros', OMD a préféré composer de nouveaux morceaux, enregistrant d’ailleurs trois long playings : « History of Modern », « English Electric » et, cette année, le petit dernier : « The Punishment of Luxury ».

Après une intro sur bande, constituée de « Art Eats » / « La Mitrailleuse », le show commence par deux titres récents, « Ghost Star » et « Isotype », tous deux extraits du nouvel opus. Sur l’estrade, on reconnaît le chanteur, Andy McCluskey. Derrière lui, aux claviers, on retrouve son compère, Paul Humphreys, la cinquantaine, les cheveux grisonnants et un visage de poupon souriant. Constat remarquable : les deux autres musiciens : Malcolm Holmes, à la batterie, et Martin Cooper, préposé aux synthés ainsi qu’au saxophone, sont les membres du line up ‘live’ emblématique, soit celui de 1980.

'Nous avons aussi des anciennes chansons', ironise McCluskey en introduisant « Messages », un morceau qui date de 1980. La réaction du public est enthousiaste. Il est clair que l'écrasante majorité des quadragénaires et quinquagénaires présents s’est déplacée pour entendre les hits de l'époque dorée '79-85!

« History of Modern (Part 1) » prouve néanmoins qu'OMD est encore capable encore d’écrire des hits, 30 ans plus tard. Le riff au synthé est simple mais d'une efficacité redoutable. Et Humphreys d'entamer un pas de danse. ‘I know why we play in Antwerp : it's because the people like my dancing', déclare-t-il, sur un ton humoristique… typiquement britannique.

Sur « (Forever) Live and Die », le claviériste abandonne son instrument pour venir chanter au devant du podium, alors que McCluskey le remplace derrière les claviers. Paul reste seul au micro pour « Souvenir », une compo qui nous rappelle de très beaux... souvenirs, avant que « Joan of Arc » et « Maid of Orleans » n'imposent leurs atmosphères hypnotiques et fascinantes. Le roulement de batterie de « Maid of Orleans » ainsi que la mélodie au mellotron nous transportent au cœur d’un univers médiéval, mystique et presque dark folk. Un grand moment, ponctué par une ovation de plusieurs minutes.

« Of All the Things We've Made » est interprété en formule quasi-acoustique. Les quatre musicos sont alors tous disposés au devant de la scène. Le batteur joue d'un simple tom sur pied ; ce qui nous permet d'apprécier la musique sans les interventions de batterie, qui, sur l'ensemble du concert, se sont révélées bien trop lourdes et bruyantes.

‘Is the sound loud enough ?’, s’enquiert McCluskey. ‘Because it's the end of the cultural part : now it's time for pop and kick-ass dance music !’ « So In Love » et « Locomotion » démontrent une fois de plus l'étonnante capacité de ce combo anglais à composer des chansons irrésistibles qui incitent furieusement à se remuer. Certaines parties vocales préenregistrées, sont circonstanciellement destinées à soutenir McCluskey. On ne lui en tiendra pas rigueur, vu ses incroyables performances, derrière le micro, accordées tout au long du set.

Les hits se succèdent à un rythme effréné : « Sailing On The Seven Seas », composé en trio avec Nick Kershaw, cède le relais au dernier titre du show, « Enola Gay ». Sans doute le plus grand hit décroché par la formation, en 1980. Un morceau 'explosif', qui emporte les fans au septième ciel ; et en fin de parcours, l’ensemble de l’auditoire tape dans les mains en criant 'Hey !' sur le tempo de la boîte à rythmes. Les musiciens se retirent, laissant la machine jouer 'ad libitum' avec le public : très fun !

Le combo revient sur le podium pour « Walking on the Milky Way », suivi du dispensable « If You Leave ». 

Enfin, « Electricity », son premier single gravé en 1979, parvient une dernière fois à faire grimper la tension devant une fosse... survoltée...

Une conclusion ? On a vécu un excellent concert, car ces vétérans ont donné une leçon cinglante aux formations contemporaines. Tout y était : génie musical, énergie, présence, humour et modestie. On regrettera juste la présence trop envahissante de la batterie (cette caisse claire assourdissante!) et l'utilisation par moments un peu trop systématique de 'gros' sons de synthé plus modernes. Une déception quand on apprécie davantage les sonorités vintage, voire même lo-fi des années '79-'85. OMD est un groupe de 'minimal synth', s'il vous plaît, pas de 'maximal synth' !

Mais ne boudons pas notre plaisir : ce soir, l’acronyme OMD aurait tout aussi bien pu se traduire par ‘Obligatoirement Magistral et Divin’... (Pour les photos, c'est )

Setlist :

Art Eats Art/La Mitrailleuse (Intro)
Ghost Star
Isotype
Messages
Tesla Girls
History of Modern (Part 1)
One More Time
Dreaming
(Forever) Live and Die
Souvenir
Joan of Arc
Joan of Arc (Maid of Orleans)
Time Zones 2016 (tape)
Of All the Things We've Made
What Have We Done
So in Love
Locomotion
The Punishment of Luxury
Sailing on the Seven Seas
Enola Gay

Encore:

Walking On The Milky Way
If You Leave

Electricity

Photo : Grégory Lécrivain

Org: De Roma, Anvers

 

Mountain Bike

La der des der ?

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Ce serait le dernier concert de Mountain Bike. Les quatre joyeux drilles auraient décidé de mettre leurs vélos au clou… Une info qui est tombée via un communiqué de presse laconique. En fait, la formation a décidé d’arrêter la compétition et de prendre une pause, car pour eux, la musique reste une passion et ne constitue pas un job à plein temps. Après avoir couru de nombreux shows à travers le monde, remporté des tas d’étapes et même décroché des maillots jaunes, les cyclistes peuvent se targuer d’afficher un fameux palmarès. Leur parcours s’arrête donc ici, en souhaitant que ce ne soit pas une décision définitive… Il ne fallait donc pas manquer cet évènement.

Le supporting act est assuré par Mind Rays. Il y a du peuple, au sein duquel on remarque la présence des quatre membres de Mountain Bike. Quartet gantois, Mind Rays pratique un punk/rock/garage old school. Et il est venu présenter de larges extraits de son dernier elpee, « Nerve Endings ». Energique, sauvage, sa musique se caractérise par ses accords de gratte incisifs, ses drums sauvages, frénétiques et, une ligne de basse ronflante. Le chanteur se démène comme un beau diable. Oscillant entre 1 et 2’30, les titres sont courts. A revoir…

Mountain Bike a publié, en mars 2017, un second opus baptisé « Too Sorry for Any Sorrow ». Un disque davantage pop que vraiment garage. Les refrains y sont davantage accrocheurs et les mélodies soignées. Mais quand il est sur les planches, le combo franco-belge aime faire la fête et permettre aux spectateurs d’y participer. Des canettes de houblon d’une célèbre marque belge sont disposées au pied de chaque cycliste. Il faut éviter la déshydratation, dans l’effort. Depuis 2012, le line up réunit Etienne (chant, guitare), Charles-Antoine (guitare), Aurélien (batteur) et Stefano (bassiste). Tous les potes et les aficionados on répondu présent pour assister au set des vététistes…

La première partie est plutôt pétillante. On y reconnaît « Absolutely », « Is That All About The Money » « This Lonely Place » et « Escape Plan ». Furtivement, dans votre esprit, les références aux Kinks, à Oasis, à Ty Segall, aux Stranglers ou encore aux Buzzcocks se mettent à circuler. Au bout de 40’, Etienne signale que le premier acte est terminé.

Les musicos sont partis se changer et reviennent sur l’estrade en calbuttes et tee-shirts de basketteurs. Un look qui reflète parfaitement leur humour au second degré. Et puis cette envie inextinguible de faire la nouba. En compagnie des spectateurs qui vont d’ailleurs participer à un lancer de boîtes de bière, mais également oser le crowdsurfing. Le set s’achève par une solide reprise du « The Sweater Song » de Weezer. Etienne invite, ensuite, tout le monde à prendre un dernier pot au bar. Généreux, Mountain Bike n’est donc pas seulement porteur d’eau, mais aussi de houblon. Une chose est sûre, il ne s’est jamais caché dans le peloton. D’ailleurs on espère déjà que lorsqu’il reviendra sur la route (NDR : le plus rapidement possible), il mettra le grand braquet… 

(Organisation : Ancienne Belgique)

FùGù Mango

Le travail de composition doit être rapide, sinon, ça ne fonctionne pas…

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Souvenez-vous ! Jean-Yves et Vincent Lontie s’étaient d’abord illustrés au sein de Bikinians. Deux Eps, publiés respectivement en 2008 et 2009 leur procureront d’ailleurs une critique impressionnante dans les pages d’un célèbre magazine français, qui les compare alors à Oasis et Supergrass. Les deux frangins fondent alors Fùgù Mango en 2013. En compagnie d’Anne Hidalgo (basse, percus, synthés) et Frank Baya (drums). Ce dernier a été cependant récemment remplacé par Sam Gysen. Depuis, la formation s’est davantage orientée vers une musique qu’on pourrait qualifier de cocktail subtil entre pop, afro et électro…
C’est dans le cadre de la treizième édition du festival ‘Août en éclat’ que la fratrie est venue défendre l’étrange déclamation d’amour « Alien Love », un arc en ciel brut, riche en émotions. Un entretien qui va s’avérer particulièrement chaleureux et sympathique…

Vous avez fait appel à du beau monde pour collaborer à l’enregistrement de votre premier opus, comme Luuk Cox (Stromae, Girls in Hawaii, Roscoe) et Alex Gopher. Peut-on affirmer aujourd’hui que Fùgù se donne le moyen de ses ambitions ?

V : On a beaucoup tourné pendant trois ans afin d’expérimenter les morceaux. Nous voulions vraiment marquer le coup en réalisant ce premier album. Raison pour laquelle nous nous sommes entourés des collaborateurs les plus pointus dans le domaine. A commencer par Luuk Cox, compositeur, producteur, interprète et multi-instrumentiste hollandais. Il a joué chez Buscemi et a formé Shameboy, en 2004, un projet de musique électronique éclectique. Son expérience nous a été fort utile.
J-Y : Luuk a une bonne connaissance de la musique des vingt voire même des trente dernières années. On en a conclu, que c’était une bonne idée de travailler avec lui. Nous avons enregistré à l’ICP de Bruxelles. C’était une très chouette expérience. Ce studio regorge d’instruments en tout genre : guitares, synthés, percussions classiques et autres. Luuk a l’habitude d’y bosser. Il est donc un peu chez lui (rires). On y a passé douze jours au total. Ensuite, nous nous sommes rendus en Angleterre pour le mix. Là-bas, nous avons reçu le concours d’Ash Workman qui a notamment bossé pour Metronomy, mais également Christine & The Queens. Puis, enfin, le mastering a été opéré à Paris par Alex Gopher, musicien et réalisateur artistique français de musique électronique.
V : Alex ressentait bien la pulse dans laquelle nous souhaitions nous diriger, ce mix de musique acoustique et électronique. Luuk et lui avaient déjà travaillé ensemble auparavant.

« Alien Love » est un titre surprenant pour un elpee. Par quel hasard, l’avez-vous choisi ?

V : C’est également celui d’un morceau de notre album. Sans doute le plus surréaliste. Il raconte l’histoire d’un alien qui débarque sur terre afin de suivre des cours dans le domaine de l’amour et le sexe. Au départ, il s’agit d’un délire que nous partagions auprès d’Anne (NDR : Hidalgo)…
J-Y : On estimait que la compo reflétait parfaitement le climat du disque. Ce choix nous paraissait assez évident. Ce qui me plaît dans cette chanson, c’est le mélange des genres : il y a de l’électro, beaucoup de percussions, des nappes de synthé, des claviers et des guitares. Elle est assez complète dans la sonorité. En outre, les voix de Vince et d’Anne se complètent à merveille.

Lors d’une interview, vous avez déclaré que vous étiez fans des accidents musicaux. Le départ de votre batteur attitré (Frank Baya) vous a amené à utiliser des percussions électroniques et à programmer certaines mélodies sur des machines, ce qui réduit la flexibilité au profit de la rigueur. S’agit-il d’une remise en question ou tous simplement de maturité nouvellement acquise, dans le processus musical ?

V : C’est une excellente question ! Lorsque nous avons réalisé cet LP, nous nous sommes fortement remis en question. FM devait évoluer ! Pas mal de sons samplés sont davantage disponibles aujourd’hui sur le net, ce qui élargit grandement notre champ d’action. C’est un travail de recherche qui nous a quand même pris entre six mois et un an. Le temps nécessaire pour dénicher ce qui nous plaisait vraiment. Tu parlais de maturité. Oui, je confirme ! Il en faut dans la composition et dans la maîtrise de celle-ci. Lorsque tu bosses en production, face à un ordinateur, tu es dans le ressenti. Mais quand tu crées une chanson, tu dois puiser dans ton expérience pour définir des directions ou des grooves. Certains morceaux ont bénéficié du concours de batteries électroniques. L’ICP regorge de petits bijoux technologiques. Les fûts traditionnels n’ont pas été oubliés pour autant. Au final, le rendu procure un produit assez riche et complexe…

Ces machines apportent une coloration très 80’s. Et parfois, difficile de ne pas penser à Fleetwood Mac. Une filiation que vous revendiquez ?  

V : Oui, effectivement ! C’est ce que Luuk nous a avoué de suite, au studio ICP, lorsqu’il a entendu les maquettes. Il était très content que nous l’ayons choisi parce qu’il apprécie beaucoup notre univers. Comme je te l’ai déclaré tantôt, c’est quelqu’un de pointu dans le milieu. Il nous a permis de partager son vécu en nous communiquant de belles références d’albums, et notamment « Rumours ». Personnellement, « Tango In The Night » m’a particulièrement marquée ; les sonorités de cette chanson sont géniales. Il nous a aussi conseillé d’écouter « So » de Peter Gabriel. J’ai découvert une sphère musicale qui m’était jusque là inconnue…

Si je puis me permettre, n’était-ce pas justement le jeu de Frank qui incarnait l’âme de Fùgù Mango ?

V : Frank a apporté beaucoup au groupe, c’est vrai. Au départ, c’est moi qui ai mis en place le set up de drums. Mais lorsque je les crée, les patterns ne sont pas vraiment adaptés pour les batteurs. Raison pour laquelle celui qui assure la rythmique sur FM doit faire preuve d’une grande souplesse parce que l’exercice n’est pas des plus traditionnels. Les beats sont désarticulés, si tu veux. Néanmoins, notre projet reste très ouvert et ludique. Celui qui se démerde un peu sur cet instrument pourrait facilement donner sa touche personnelle. Je ne pense pas que le gars aurait énormément de difficultés. En session live, Sam Gysen, notre batteur, a su faire preuve de tact et d’intelligence afin de conserver ce fil rouge particulier et unique.

En parlant de Sam Gysen, qui a notamment bossé pour Arno et Arsenal, comment l’avez-vous rencontré ? Est-ce que la passation de flambeau s’est déroulée sans heurts ?

V : Nous avons gardé des contacts avec Frank Baya. On ne s’est pas brouillés ! Il remplace d’ailleurs Sam dans son groupe de musiciens africains. La rencontre n’a rien de spectaculaire puisque c’est par l’entremise de notre ingé son que nous l’avons croisé. Ils sont tous deux originaires de Gand. Et le contact a été immédiatement excellent. Il était emballé par le projet. Mais outre Fùgù, il en mène d’autres. C’est un résident régulier du ‘Charlatan’, un bar à Gand. Il y mixe plus d’une fois par mois. Il est particulièrement connu en Flandre. Il aime faire danser les gens en live !

Généralement, on décide d’aller voir un groupe sur scène, après avoir écouté son disque. Le vôtre déclenche un processus contraire. De quoi être persuadé que celles et ceux qui vont l’acheter ou l’ont déjà acheté, ont d’abord assisté à un de vos concerts…

V : L’album est un aperçu de ce qu’on est. Les live sont plus vivants et énergiques. Explosifs même ! En enregistrant « Alien love », notre premier objectif était de combiner la pop des eighties à une certaine modernité. Je crois que c’est plutôt réussi ! Nous sommes assez fiers du produit fini. Il est agréable à écouter et dégage une énergie hors du commun…

Le début d’une longue série alors ?

V : Nous nous sommes remis à composer. Notre optique est la même : essayer de transmettre cette énergie d’ensemble.

Mais cet opus est-il suffisamment taillé pour le live ?

V : Il a été d’abord pensé pour le studio. Nous avons composé et enregistré dans notre home studio. La principale difficulté a donc été de l’adapter à la scène…
J-Y : Auparavant, nous travaillions de manière différente. Au début, les idées émergeaient essentiellement de jams ou de morceaux rôdés en live. Pour cet album on a été davantage dans un travail de réflexion.

Une bonne musique naîtrait de la complicité entre ses musiciens. Vous confirmez ?

V : Jean-Yves et moi, nous sommes frères. Tu dois donc te douter que ce n’est pas facile tous les jours (rires). Je pense qu’il est important de créer, d’étonner les autres, de faire plaisir et d’animer, c’est la base d’une bonne dynamique de groupe. FM est très familial. On se connaît depuis pas mal de temps, ce qui rend le déroulement des opérations encore plus intenses. Tu sais, on n’a pas forcément besoin de se parler pour se comprendre. Il serait vraiment dommage que cette connexion nous échappe un jour. Mais, pour l’instant, on avance bien dans le processus de gestion du combo. On est parvenu à exploiter au maximum les qualités de chacun. On a ainsi évité de perdre du temps. Le travail de composition doit être rapide, sinon, ça ne fonctionne pas…

Vous avez commencé vos répétitions dans une cave sans fenêtres. Pour ce long playing, vous avez emménagé dans un studio à la campagne. Le single « Blue Sunrise » reflète justement cette sensation de liberté et d’évasion. Est-ce que ce nouvel environnement de travail a influé sur le développement créatif ?

V : Absolument ! On a beaucoup travaillé l’été, ce qui a rendu les conditions de travail, plus agréables. Je dirais que cet environnement a sans doute contribué à la couleur de notre disque, même si la partie studio était forcément plus confinée.
J-Y : Bénéficier d’une vue magnifique donne des ailes effectivement. Les idées deviennent tout de suite plus simples. Je crois que c’est important pour favoriser la créativité. Lorsque tu regardes par la fenêtre, tu contemples de grands espaces. Tu te sens libre. Ce qui est sympa dans ce genre d’endroit, c’est que tu peux prendre ta gratte et riffer tranquillement sur la terrasse quand tu veux. Tu rentres dans une sorte de bulle. Une transe qui peut durer plusieurs heures…

Vous avez repris « Golden Brown » des Stranglers, un standard musical qui permet sans doute de se faire connaître plus facilement en touchant un public plus large. Est-ce qu’il s’agit d’un ‘one shot’ ou peut-on imaginer un exercice du même style dans le futur ?

V : On a déjà repris un titre de Noir and Haze qui s’intitule « Around », dans le passé. Une chanson qui avait été d’ailleurs interprétée par Solomun. Cette question est une pure coïncidence parce que figure-toi que nous venons récemment de franchir un nouveau cap. En fait, on s’est attaqué à un standard du rock français, « J’aime regarder les filles » de Patrick Coutin. Mais oui, ces deux reprises, on les joue parfois en soirée et elles plaisent au plus grand nombre.
J-Y : La compo de Coutin est très psyché rock. On a vraiment voulu la redynamiser. A l’instar de « Golden Brown », qui n’a rien à voir avec la version originelle. C’est cet écart qui rend l’exercice périlleux. Mais, ces versions resteront toujours une belle expérience.
V : Oui, ce sont des compos d’une puissance inégalable. C’est comme si tu étais au volant d’une voiture confortable. Tu roules et tout va bien (rires). J’aime cette métaphore !

Vous baignez dans l’univers de la musique depuis plus de vingt ans maintenant. Cette longévité vous permet-elle de prétendre à une certaine crédibilité sur la scène belge ?

V : Je dirais plutôt que cette longévité a fédéré petit à petit une masse de gens autour du projet ! Cette notoriété ne s’est pas construite du jour au lendemain. Nos tournées s’étendent aujourd’hui au-delà de la Belgique. On a un label en France et on y accomplit des tournées. Mais pas que ! En Allemagne aussi. Parmi les autres pays étrangers dans lesquels nous avons eu la chance de se produire, je citerai la Croatie, l’Italie et la Slovénie. Ces périples sont nécessaire, si tu veux vendre ton produit. En Belgique, nous avons été beaucoup aidé par Paul-Henri Wauters, le programmateur des Nuits Botanique. Il nous a ouvert pas mal de portes. Mais, une réussite n’est possible que si le projet séduit les gens. Et c’est plutôt fâcheux, dans le cas contraire…

Quelques dates d’une tournée précédente ont été assurées en présence des sœurs BINTI (NDR : elles sont égyptiennes !). Ce qui a rendus vos compos plus douces et sucrées. Envisagez-vous de remettre le couvert prochainement ?

V : Oui, je te rejoins ! Je pense qu’une des filles est retournée en Egypte récemment. Nous avons encore des contacts avec elles. Nous les avons d’ailleurs revues lors d’une fête privée, il y a quelque temps. Non, pour être honnête, ce n’est pas au programme. A l’époque, elles devaient nous accompagner pour un seul show, au Bota. Les spectateurs ont accroché, on a donc décidé de réitérer l’exercice. C’était une expérience fabuleuse, mais il était compliqué d’assimiler tous ces nouveaux paramètres, sur les planches. On s’est rendu compte aussi que nous devions concéder tout un pan de notre dynamique ; mais, je persiste à dire qu’elles possèdent un talent inné. D’autre part, je pense que nous avons suffisamment d’objectifs à atteindre pour cette année. Le premier sera le visuel que nous souhaitons mettre sur pied, dans le cadre de notre spectacle prévu à l’Ancienne Belgique, en février prochain. Nous allons collaborer avec une boîte française. On va se relancer dans le DJing aussi. Mais dans un cadre plus ambitieux que nos tentatives précédentes. On souhaite communiquer davantage de sensations. Tout en conservant cet esprit festif…

 

RIVE

Complices dans la musique comme dans la vie…

Écrit par

Treize années déjà que le Centre culturel de Soignies organise son ‘Août en éclat’. Gratuit et pluridisciplinaire, ce sympathique festival se déroule dans le centre historique de la ville.
Un évènement qui fédère à lui seul une vingtaine de spectacles. Outre ceux consacrés à la musique, il accueille un village des enfants, un marché du monde et des saveurs ainsi que des animations de rue.
Votre serviteur se dirige tout droit vers les loges de Rive, binôme électro pop sexué, découvert en novembre 2016 à Frasnes-lez-Anvaing dans les locaux de la Cense de Rigaux, un ancien corps de ferme gracieusement réhabilité, avec goût et raffinement…
Un véritable coup de cœur !
Formé en 2015, le tandem s’est rapidement illustré en décrochant des prix au dernier Franc’Off de Spa ainsi qu’au Bota, dans le cadre du concours ‘Du F. dans le texte’…
Plutôt populaire dans le plat pays, le tandem vient tout juste d’achever une prestation dans le cadre du festival ‘Les Solidarités’, à Namur… Il reste très en verve malgré une fatigue légitime…

Vous avez l’un et l’autre évolué au sein de projets plutôt rock. On pense notamment à ‘Juke Boxes et Arthur’. Aujourd’hui, vous formez un binôme éléctro pop en proposant des textes dans la langue de Molière. C’est un sacré changement, non ?

J. : Notre projet a pris forme, fin 2015. Nous écoutions pas mal d’électro auparavant comme celle proposée par Moderat ou Breton. Virer vers ce style musical s’est opéré assez naturellement. Quant aux textes, ils sont dans notre langue maternelle, parce qu’elle est agréable autant à parler qu’à écouter. Elle offre une palette de nuances tant dans le sens, que dans l’interprétation. Je pense que c’était un bon choix. Nous n’en retirons que du positif !

Si cet idiome permet d’insuffler davantage de subtilités dans le texte et le chant, il est plus difficilement exportable que l’anglais… Est-ce une manière de privilégier l’artistique au détriment du marketing ?

J. : Je partage ton avis ! Le français permet effectivement de faire passer davantage de subtilités. Chanter dans la langue de Voltaire nous a probablement ouvert plus d’opportunités. Nous avons ainsi joué en Suisse. Les gens ont accroché assez vite au concept. C’est très agréable. Je suis à chaque fois surprise d’un tel engouement ! Nous devrions décrocher quelques dates au Québec. En France également. Il n’y a aucune préméditation de notre part. Nous avons mené à bras le corps ce projet, sans penser une seule seconde à l’aspect stratégique ou marketing. Ne perdons pas de vue que le français s’exporte aussi. Tu sais, nous ne sommes pas les seuls à avoir fait ce choix. J’ai même l’impression que, depuis quelque temps, une nouvelle scène francophone prend progressivement forme. La Femme, en est un bel exemple. Je suppose que la formation parvient à tourner dans des pays non francophones…
K. : Personnellement, je m’en fous complètement. J’ai la chance de pouvoir faire de la musique que j’aime. Le reste n’a pas d’importance…

Lorsqu’on choisit de chanter en français, il est souvent aussi difficile de trouver un compromis dans la manière de poser les sons, la musicalité et les textes. Or, à l’écoute de votre Ep, l’équilibre est atteint. La patte de Rémy Lebbos ? Comment cette collaboration est-elle née ?

J. : Nous avons coopéré sur d’autres projets auparavant. Nous avions apprécié sa vision du travail. Nous lui avons apporté nos arrangements et lui est parvenu à magnifier le tout intelligemment. Que demander de plus ? Il est très précis et rigoureux dans son approche. Il comprend très vite le niveau d’exigence des artistes. C’est aussi un personnage haut en couleur, humainement. Nous sommes vraiment satisfaits du produit fini. Et pourquoi pas une nouvelle collaboration dans le futur ?

Il y a quelques années, Kévin, tu t’es rendu en Angleterre pour y monter un projet. On ressent dans la musicalité de Rive des relents anglo-saxons. Est-ce que ce voyage a façonné la façon dont tu conçois la musique ? Cette filiation s’est-elle dessinée naturellement ?

K : J’ai découvert la chanson française pratiquement à la naissance de Rive. J’en écoutais très peu. J’ai baigné dans la culture anglo-saxonne grâce à cette sonorité particulière et l’émotion qu’elle véhicule à travers l’instrumentation. Si tu écoutes attentivement nos compositions, tu te rendras compte de la dualité permanente entre la puissance de l’électro et la douceur des mélodies. Les textes ont du sens et recèlent ci et là quelques jolies métaphores. Juliette a énormément de talent !
J. : Les textes poétiques et ouverts étaient notre leitmotiv. J’ai par contre remarqué qu’ils pouvaient connaître parfois un double sens, ce qui n’était absolument pas prémédité. Par exemple, « Nuit » parle de toutes celles qui ont mené des combats féministes dans les années 70 afin de se réapproprier la sphère publique. Pour moi, le message est très clair. J’en ai parlé il n’y a pas très longtemps dans une interview. Des amis l’ont écoutée et m’ont avoué n’en avoir pas saisi le message. Mais, tant mieux ! Au final, chacun crée sa propre histoire.

Les événements se sont précipités pour vous. Rive est né en 2015. Vous remportez douze prix au dernier Concours ‘Du F. dans le texte’ en mars 2016. Un premier Ep est salué par la critique. Est-il plus stimulant d’avancer dans un projet en réalisant des objectifs à court terme ?

K. : Participer à ce concours a été le détonateur de notre carrière. Nous venions de réaliser un titre en studio. Nous l’avons envoyé et avons été sélectionné à notre grande surprise. Même si nous en rêvions, nous ne nous y attendions pas. Nous nous sommes retrouvés au pied du mur en quelque sorte. Nous n’avions d’autres choix que d’avancer. Et pour y parvenir, il fallait bosser dur. Les efforts ont payé ! Nous avons gagné les demi-finales et ensuite la finale. Nous avons raflé douze prix au total, ce qui n’est pas mal quand même. Nous étions assez fiers de nous. Ce succès inespéré nous a encouragés à poursuivre encore et toujours dans cette voie. Ce concours nous a permis aussi de rencontrer du beau monde avec lequel nous travaillons et de te parler, par exemple, aujourd’hui. Cette aventure est merveilleuse…
J. : Aujourd’hui, la dynamique de travail que nous nous sommes fixée nous permet d’anticiper. Nos échéances restent sur le court et le moyen terme. Pas le long terme, car le monde de la musique est tellement instable qu’il est difficile de s’y projeter dans le futur. On essaie d’avoir un maximum d’actualités aussi. Ce qui nous permet au moins de rester positif par rapport à ce que l’on fait et de continuer à travailler le plus fidèlement possible !

Vous venez de m’expliquer que participer à un concours, comme celui ‘Du F. dans le texte’, sous-entend un investissement personnel important : l’enregistrement d’une démo, tenir vingt minutes devant un jury d’experts et trente pour la finale. Aviez-vous une ligne de conduite tracée en terme de dynamique ?

J. : Pour être franc avec toi, nous n’avions que peu de dynamique de travail. On s’intéressait aux sorties d’albums et aux concerts. Nous avons connu des hauts et des bas. C’est le propre de tous les musiciens, je crois. Ce qui est chouette dans ce projet, c’est que nous n’avons pas eu de temps mort jusqu’à présent. A vrai dire, nous avons toujours vécu dans l’urgence. Produire un set de vingt minutes, de vingt-cinq ensuite, de trente et enfin de quarante-cinq. Ici, on sait qu’on doit tenir au-delà d’une heure. Ce n’est pas évident. Il n’y a pas vraiment de latence. Il y a toujours du travail et du coup, on garde toute l’énergie nécessaire… 

Le contraste est étonnant. Juliette incarne le côté ouaté de la formation par la douceur dans le grain de voix, une ligne mélodique sulfureuse et une pointe de mélancolie. Et Kévin, ton drumming est plutôt tribal. Sur scène, la magie opère. Comment vous définiriez-vous l’un par rapport à l’autre ? Complices ou complémentaires ?

J. : Pour moi, il y a les deux sans aucun doute !
K. : Je pense qu’effectivement, il existe de la complicité et de la complémentarité. Ca ne fait aucun doute. Rive est un projet commun ! On compose ensemble, on s’occupe des arrangements, des mélodies, etc. Nous avons chacun un rôle à jouer sans la moindre rivalité. Juliette et moi avons vécu nos chansons en amont au moment de leur confection dans notre home studio. Tu nous as déjà vus en concert, tu as donc remarqué que c’est sur scène qu’elles s’expriment véritablement. Ma batterie me procure un côté instinctif, voire animalier. Lorsque je suis face au public, je vis pleinement les compositions. J’ai parfois l’occasion de voir mes prestations en replay, je le conçois, j’exécute de drôles de gestes. Et alors ? Ca me fait plutôt rire ! Je te rassure, dans la vie de tous les jours, je suis quelqu’un de très calme et posé…
J. : Nous sommes assez complices dans la musique, mais aussi dans la vie. Il y a plus de dix que l’on se connaît. Ici, on vit en colocation, c’est pour te dire… On se voit donc tous les jours. Ca aide ! C’est même plutôt une chance. Nous sommes assez complémentaires aussi. Je m’attache aux mélodies, aux paroles et à l’aspect des chansons. Kévin, lui, se consacre davantage aux arrangements. Il n’y a aucune compétition entre nous. Les tâches sont bien réparties. C’est très agréable de travailler de cette manière…

A votre avis, la mouvance electro pop/dream pop dresse t-elle un pont entre les musiques du passé et une véritable modernité ou alors doit-elle être perçue comme un fossoyeur du rock’n’roll ?

K. : Je ne pense pas qu’il faille voir les choses sous cet angle. C’est l’époque qui veut ça. Aujourd’hui, il y a plus de techniques et de technologies qu’auparavant. Les musiciens aiment expérimenter. Certains de nos titres regorgent d’arrangements, d’autres moins. En tous cas, nous pouvons sans problème les adapter en piano/voix.
J. : Sur les planches, il y a une batterie, une guitare et un piano. Nous restons attachés aux instruments. Nous aimons en jouer, c’est sûr ! Je partage l’avis de Kévin, quand il affirme que tenter de nouvelles expériences peut devenir très vite agréable. A la maison, nous disposons de matériel assez minimaliste qui ne nous coûte pas très cher. Juste un ordinateur et une carte son. Ce qui nous apporte plus d’autonomie. On prend le temps de chercher et de composer à notre rythme. On reste assez libre…

« Vermillon » a été financé par la plateforme de crowdfunding ‘Kiss Kiss Bang Bang’. Est-ce que le financement participatif est devenu une formule inéluctable aujourd’hui ?

J. : Non, ce n’est pas un passage obligé. Chacun finance ses projets comme il le sent. Ce métier est difficile. Des moyens financiers importants sont exigés. Pour ma part, je crois qu’il faut vivre avec son époque. J’estime qu’il faut considérer cette démarche comme une prévente, nous assurant au moins d’écouler quelques albums.
K. : Se produire en duo rend forcément la part contributive de chacun plus importante. Lorsque tu milites au sein d’un quintet par exemple, ce sera de facto plus facile parce que l’investissement par tête de pipe sera moins important mathématiquement. D’où cette idée du crowdfunding.

Sur cette plateforme, le don maximal (850€ ou plus) donnait droit notamment à un concert privé chez le donateur. Avez-vous obtenu le succès escompté ? Dans l’affirmative, combien de concerts ont été accordés sous cette forme ?

J. : Nous n’avons pas eu cette chance (rire). Le projet était encore peu connu. Nous n’avons donc pas eu le succès escompté (rire).

A propos de l’artwork, que représente la symbolique du corps modelé ‘Renaissance’ et le bateau à la place de la tête ?

J. : Il faut appréhender ces éléments sous l’angle du contraste. Le corps de cette femme au buste corseté représente l’enfermement, tandis que le bateau, lui, tend vers l’imaginaire et le rêve. Tu as envie de crier ‘Allons à l’attaque, larguons les amarres’. Une jolie manière d’aborder la vie en quelque sorte…

Le clip de la chanson « Vogue » vous a propulsés auprès du grand public en cumulant plus de 115 000 vues sur Vimeo. Le clip réalisé par Julie Joseph évoque le même contraste que la chanson. Aviez-vous des idées bien définies sur le sujet ou lui avez-vous laissé carte blanche ?

K. :  Julie était notre colocataire. Nous avons vécu ensemble et sommes restés très proches. Nous avons vraiment démarré le projet ensemble. Nous à la musique et elle à la réalisation du clip. C’était une chouette collaboration !

Vous étiez déjà bookés dans certains festivals avant même la sortie de votre premier Ep. Au final, vu la crise que traverse l’industrie musicale, les concerts ne sont-ils pas plus un environnement et le disque un prétexte ?

K. : Les programmateurs avaient écouté les morceaux préalablement. Je pense que le disque est important en tant qu’objet. Nous y avons mis tout notre cœur. Il s’agit donc d’une carte de visite à ne pas négliger. Lorsque nous jouons en live, la dynamique est différente. Les gens qui ne te connaissent pas nécessairement viennent te voir et apprécient ou pas, l’univers musical dans lequel tu tentes de les porter. Je dirais que le disque et les concerts se complètent assez bien. Quitte à choisir, nous préférons quand même la scène…

Vous êtes d’origine française ! La Belgique est souvent perçue de l’extérieur comme un pays surréaliste à bien des égards. Comment percevez-vous cette assertion ?

K. : C’est drôle que tu poses cette question parce que nous en discutions justement tout à l’heure dans la voiture. La Belgique est un pays qui accueille énormément de festivals. Le public est réceptif et sympa en général. Il existe aussi pas mal d’échanges entre les groupes. Nous avons découvert de belles choses depuis que nous y sommes. Je trouve qu’on a beaucoup de chance de vivre et de jouer dans ce pays…

La mode est aux reprises iconoclastes. Il y a quelques minutes, sur scène, vous avez formidablement repris un titre de Léo Ferré. Là maintenant, si vous deviez tenter à nouveau le coup, quelle chanson choisiriez-vous ?

K. : En ce qui me concerne, j’aimerais reprendre un titre de Françoise Hardy. J’adore cette artiste. Juliette l’ose parfois et sa version lui va très bien.
J. : Avant de reprendre un morceau, il faut déterminer ce que l’on peut y apporter. Il faut pouvoir accomplir les tâches étape par étape, sans se précipiter. D’abord l’aimer et ensuite lui apporter une plus-value, sans quoi l’exercice risque d’être inutile…

Marilyn Manson

Au bord du précipice…

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Le moins qu’on puisse dire, c’est que 2017 a été une année rock’n’roll pour Marilyn Manson. Quelques mois après avoir perdu son père, l’homme qui terrorise toujours les Etats-Unis sort son dixième opus studio, « Heaven Upside Down ». Ce dernier a été reçu tièdement par les critiques et surtout va largement en deçà des espoirs de renaissance formulés par un « The Pale Emperor » prometteur, publié en 2015. Mais c’est un Manson amoché qui a assisté à la sortie de son nouvel elpee. Son décor de scène s’est en effet effondré sur lui, quelques jours plus tôt. Une jambe doublement cassée a entraîné un gros retard dans la tournée. Ainsi, neuf dates ont été postposées. Le 20 octobre, Twiggy Ramirez, son ami et bassiste, est accusé de viol par une ancienne petite amie. Manson prend de suite la décision de l’exclure du band et de le remplacer par Juan Alderte, qui milite alors chez The Mars Volta. Bref, en cette soirée de décembre, Forest National accueille un Marilyn Manson affaibli.

Contrairement à ce qu’on pourrait croire, le Maître de la provocation attire aujourd’hui toutes tranches d’âges et tous styles confondus. Les éternel·le·s gothiques en cuir et latex croisent des quadras et quinquas en tenues civiles. Quelques motards sirotent une bière, à deux pas d’un père et sa fille qui ont l’air d’assister à un concert pour leur première fois. Manson n’incarne plus uniquement l’icône d’une jeunesse révoltée mais a visiblement engendré, en plus de deux décennies, quelques générations d’anticonformistes. Mais… pas autant que nécessaire afin de remplir totalement la salle bruxelloise. Certains gradins sont bâchés, les rangées de sièges les plus hautes resteront inoccupées. Idem pour la fosse, où le peuple se concentre véritablement aux abords de la scène, laissant l’arrière pour le moins aérée. La salle baigne dans l’obscurité, seules les lumières de GSM éclairent des visages d’une lueur blafarde. Sur les planches, six faisceaux bleus illuminent une table.

Marilyn Manson a toujours cultivé l’art de surprendre là où on ne l’attendait pas. Cette soirée ne figurera pas parmi les exceptions. Alors qu’une myriade de groupes rêveraient d’arracher quelques headbangings en jouant les ‘opening acts’, le trublion grandiloquent a préféré faire appel à un DJ, en l’occurrence Dinos Chapman, afin d’ouvrir son show. On pourrait dès lors espérer un mix nourri de Rock, de Metal ou autres styles proches. Que nenni ! Une demi-heure d’électro ambiant. Tomorrowland parachuté au pays des clous et des riffs. Un étonnement qui se muera très rapidement en lassitude. La linéarité du set finit par avoir raison de ma bonne conscience, qui m’avait alors poussé jusque là à rester sur place, intimement convaincu que l’atmosphère allait s’enflammer d’un moment à l’autre. Niet popov. Une décision s’impose donc : direction le bar.

La salle est à présent voilée et laisse apparaître sur les côtés ce qui pourrait s’apparenter à des croix orthodoxes renversées. L’hémicycle est plongé dans le noir. Les baffles crachent du Cure, puis les Doors avant de s’envoler sur du Mozart. Le rideau finit par tomber, deux énormes pistolets croisés et posés sur leur crosse envahissent l’arrière du podium. Un véritable stéréotype de Rap US (et ces mêmes pistolets qui avaient eu raison de la gambette de Manson, deux mois plus tôt !) Originalité : au lieu d’être rejetée en fond de scène, la batterie du groupe est disposée à l’extrême droite, perpendiculairement à la stage. Tyler Bates et Paul Wiley, grimés, sont accrochés à leur guitare. Il en va de même pour la toute nouvelle recrue, Juan Alderte, de plus petite carrure et dont la basse paraît donc exagérément grande pour lui. Derrière, on remarque la présence d’un siège hybride ; il est effilé au-dessus, à mi-chemin entre la chaise roulante et électrique. Tel un empereur, Marilyn Manson y repose et entame « Revelation #12 », titre d’ouverture du dernier LP, « Heaven Upside Down ». Alors qu’on pourrait croire à un effet de scène, fréquemment usité par le Révérend, ce dernier demeure immobile dans son fauteuil, se contentant de le faire rouler sur l’estrade de quelques mètres ou de tourner sur lui-même. Le constat est implacable : Manson souffre encore bel et bien de sa jambe. Une suspicion qui se transforme en certitude lorsque le vocaliste balance un ‘This is the New Shit’, toujours bien ankylosé sur sa Manson-Mobile tunée. Les bras se lèvent, certains crient, le morceau commence à sortir timidement la fosse de sa léthargie. Ce n’est plus un secret : on est aujourd’hui loin des déchaînements de foule de la période « Antichrist Superstar ». Fin du morceau, l’obscurité retombe et deux faire-valoir du musicien, habillés pour l’occasion en médecins, viennent l’aider à se placer à l’avant du podium. Tel un Ozzy Osbourne dernière mouture, Manson ne lâchera plus son pied de micro, cloué au sol par une jambe encaquée dans une grosse botte médicale.

 Il va de soi que cette immobilité du chanteur, d’ordinaire beaucoup plus amène à arpenter les planches de long en large, ne manquant jamais l’une ou l’autre pose suggestive avant de ramper par terre, finira par rapidement infecter la foule. C’est mou, très mou, trop mou ! Quelques jeunes éméché·e·s sautent quand même en l’air sur « Disposable Teens », mais sont bien esseulé·e·s. L’arrière-plan arbore à présent le faciès du chanteur, mais de profil. Il ne faut pas attendre le quatrième morceau pour qu’un moment de gêne, plutôt embarrassant, engourdisse la salle : « Mobscene » est complètement massacré. Conscient que l’interprétation part en eau de boudin, Manson stoppe la machine au beau milieu du parcours et convoque Tyler Bates à ses côtés, qui se prend pour l’occasion une remontrance publique. Tant bien que mal, Manson et son gratteur le clôtureront à deux. Alors qu’une majorité de formations auraient tout simplement repris le morceau –tout le monde peut se planter– Manson préfère embrayer sur la suite. Je-m’en-foutisme, quand tu nous tiens…

Il en remettra d’ailleurs une couche quelques minutes plus tard, en interrompant « The Dope Show », sous prétexte que des personnes dans le public le filment. ‘A chaque fois que je vois une lumière rouge’, prévient-il les premiers rangs, ‘je stoppe et chante le refrain de « I don’t like the drugs but the drugs like me »…’ Une mise en garde qu’il met évidemment en application, menaçant même de vider les lieux si les spectatrices et spectateurs ne mettent pas leur poing dans la figure –mais de manière douce, précise-t-il quand même– à celles et ceux qui s’amuseraient à l’enregistrer. De longues minutes d’attente avant que la Diva Manson ne daigne quand même poursuivre. Dur d’accepter de se faire filmer quand on est plus que l’ombre de soi-même…

Même si la soirée peut être globalement créditée d’un flop, il faut néanmoins reconnaître que Manson maîtrise aujourd’hui davantage ses nouvelles compositions. « Third Day of a Seven Day Binge » et « Deep Six » permettent au chanteur d’exploiter une énième facette de sa palette vocale, chargée en émotions et qui ne manquera pas d’électriser la foule. Il en va de même pour « Say 10 », qui envoûte graduellement l’audience jusqu’à l’inciter à crier, comme un seul homme : ‘You say God and I say Say 10’. Un lointain arrière goût de ce qu’ont pu incarner ses anciennes messes révolutionnaires de la fin des années 90…

C’est finalement par le très émouvant « Coma White » que l’Antéchrist prend congé. Une fois de plus, typiquement du Manson : après avoir énervé, déçu ou lassé son public, l’artiste finit par une très belle interprétation de ce langoureux morceau. Un dernier ‘fuck’ adressé à l’auditoire, qui adoucit néanmoins ce goût amer, devenu de plus en plus prononcé au fur et à mesure que le show s’est déroulé. Il n’empêche que de ce concert émanait le dérangeant fumet d’une prestation bâclée. Pourquoi persister à poursuivre son périple alors qu’il n’est pour le moment pas capable d’offrir un show digne de sa réputation ? Il s’agit certes d’un détail, mais en jetant un bref coup d’œil au merchandising on se rend compte que des t-shirts sont vendus à des prix exorbitants, alors qu’on aurait presque pu dire qu’il s’agissait de transferts faits maisons (Manson ?). Un détail, évidemment, mais qui dénote du peu de respect que l’artiste réserve à ses fans. Il se permet de vivre de son aura, et devrait certainement en profiter pendant encore de nombreuses années ; cependant, son public finira bien par s’éroder s’il poursuit dans la même voie. De cette soirée en ressort en tout cas un triste constat : le Révérend glisse dangereusement vers le précipice… déjà qu’il s’est brisé la jambe…

(Voir aussi notre section photos ici)

Organisation : Live Nation Belgium

Front 242

Un fameux coup de poing… en plein Front…

Ce week-end, c'est la fête à Front 242. Et elle se déroule dans la grande salle de l'AB ! La formation belge culte, qui a créé l'Electronic Body Music au début des années '80, a exercé une influence majeure sur les courants techno, electro, industrial, etc.. Elle célèbre donc les 35 ans de la parution de son tout premier opus, « Geography ». Les deux concerts, accordés vendredi et samedi, sont archi-complets et ont attiré des fans issus des quatre coins du pays et même de l'étranger. Grâce à l'AB, Musiczine et Radio Vibration, votre serviteur a pu assister aux deux représentations et nombreux sont les aficionados qui ont opéré ce choix, curieux de découvrir deux shows qui, le groupe l'a promis, seront différents et complémentaires.

Un mot sur le premier spectacle, programmé le vendredi. C'est Metroland, qui a ouvert le feu, un combo de musique électronique, réduit à un duo depuis la mort du Passenger L, alias Louis Zachert. Le tandem malinois pratique toujours une musique très influencée par Kraftwerk, en plus punchy. A (re)découvrir ! Quant au set de Front 242, s’il s’est avéré intéressant, il a souffert de plusieurs passages à vide, surtout en milieu de parcours. De quoi laisser le mélomane quelque peu sur sa faim. 

On s’attardera donc davantage à la performance de samedi. Car on y a vécu un moment inoubliable, probablement un des meilleurs concerts jamais accordés à l'AB.

Reprenons la chronologie de cette soirée d'anthologie : c'est Cruise [Ctrl], le duo belge francophone réunissant John et Gore, qui se charge d'ouvrir les hostilités. La salle est déjà bien remplie quand Jean-Luc De Meyer, le chanteur principal de Front 242, monte sur les planches pour présenter les musicos. Un hommage touchant de sa part ! Mêlant electronica, minimal techno et ambient, la musique de Cruise [Ctrl] est unique en son genre. Debout derrière une table de DJ, les deux bidouilleurs triturent leurs synthés et leur 'drone commanders' pour générer une bande-son répétitive et hypnotique, aux atmosphères très ‘lynchéennes’. La setlist parcourt leurs 4 albums en date, soutenue par les superbes vidéos d'Ab Strakt (alias Valérie). Une prestation captivante. On attend donc impatiemment le cinquième elpee studio !

Ce qui va se produire ensuite, restera, à notre avis, dans l'histoire. Après 20 minutes de pause, le rideau, sur lequel est projeté le logo ‘242’, s'entrouvre sur une musique d'introduction très solennelle. Richard 23, portant un masque vénitien, apparaît immobile au-devant de la scène et petit à petit les sons de « Happiness » envahissent la salle. Le rideau s'ouvre complètement et le groupe entame une progression rythmique hallucinante, comme pour retarder l'explosion le plus longtemps possible. ‘You modern angels, You modern angels...’ Enfin, c'est l'orgasme et le rythme frénétique du hit des années '90 retentit. Richard arrache son masque et se met à danser comme un possédé. Immédiatement, c'est la folie totale au sein des premiers rangs. Un pogo monstre éclate et pour nombre d'entre nous, il est temps de se réfugier en dehors du 'circle pit'. A la fin du premier titre, qui se sera étendu sur plus 8 minutes, la messe est déjà dite et on sait qu'on est parti pour un concert de rêve.

Le groupe enchaîne par « Take One » et c'est au tour de Jean-Luc De Meyer de prendre possession de l'avant-scène. Derrière, à côté de Richard 23, Patrick Codenys trône en maître des claviers et Tim Kroker défonce ses fûts. Il faut bien sûr ajouter Daniel B., alias Daniel Bressanutti, un des 4 piliers originaux de la formation, qui officie toujours derrière la table de mixage. Les vidéos sont, comme à l'accoutumé, tout simplement époustouflantes. Tantôt fractales, tantôt réalistes, toujours passionnantes. « Tragedy For You » déçoit un peu par un manque, tout relatif bien sûr, de puissance dans les arrangements mais, cette baisse de régime est bien vite oubliée grâce à « Moldavia », une autre bombe EBM qui déclenche à nouveau l'hystérie.

Intelligemment, les musiciens se ménagent une séquence plus calme, constituée de « Together », « One With the Fire », un titre qui figure très rarement dans les setlists, et « 7rain ». La machine-tueuse se remet ensuite en marche pour « WYHIWYG », enchaîné à « Master Hit » mais c'est surtout pendant « No Shuffle » que l'ambiance redevient torride. A la fin du morceau, le public continue à hurler ‘Always Ahead’ et on perçoit un émerveillement sincère sur les visages de Richard 23 et Jean-Luc De Meyer. On a beau avoir joué sur toutes les scènes du monde en 35 ans, rien ne vaut le public belge !

L'intensité baisse ensuite à nouveau quelque peu pendant « Lovely day » et « Circling overland », mais c'est pour mieux préparer le galop final, qui commence par « Commando mix » et bien entendu, « Headhunter ». ‘Make some fucking noise !’, éructe Richard et c'est le classique des classiques, le plus grand hit de la formation, articulé autour de ce refrain devenu culte: ‘One you lock the target, Two you bait the line, Three you slowly spread the net and Four you catch the man’. Plus de 1 500 fans lèvent les bras et la clameur du public couvre même le son des enceintes : un moment inoubliable !

« Im Rhythmus bleiben » et enfin, « Funkahdafi » maintiennent la pression jusqu'à la fin du set officiel. En premier rappel, Jean-Luc De Meyer introduit « Operating Tracks » en ces termes laconiques: ‘First album, first track’. La vidéo projetée est celle réalisée à l'époque, en 1982. Délicieusement vintage ! Après « Welcome to Paradise » et son fameux ‘No sex until marriage !’, ponctué par un amusant ‘You bloody hypocrites’ de Richard, on en conclut que le concert est terminé mais, nouvelle surprise, le band revient pour un second rappel. Ce qui est très rare ! Et, en plus, c'est pour jouer l'hallucinant « Punish Your Machine », une tuerie hypnotique et technoïde à souhait, soutenue par les stroboscopes et les images en noir et blanc de la guerre au Vietnam. L'outro est enfin complètement dingue, les sons s'agglomérant dans un délire bruitiste inouï.

Pas de doute, on a assisté à un concert historique. Peu de groupes parviennent à offrir un spectacle aussi puissant, aussi énergique et en même temps, si sophistiqué, si élaboré, à l'exception, sans doute, des inégalables Nine Inch Nails... Jean-Luc, Patrick, Daniel et Richard ont prouvé que, même s'il ne proposent plus de titres nouveaux depuis les années 2000, ils n'en restent pas moins un des meilleurs groupes 'live' de ce côté-ci du Rio Grande (et de l'autre côté aussi, d'ailleurs). Ce soir, Front 242, c'était un coup de poing dans les yeux, dans les oreilles et... dans le Front ! C'était juste le bonheur... « Happiness !». Thank you, guys !

Pour regarder la vidéo de « Happiness », c’est ici et de « Headhunter », c’est

Et pour la section photos (crédit Patrice Hoerner), c'est encore ici

 

Setlist Front 242 (2 décembre) :

Happiness
Take one
Tragedy for you
Moldavia
Together
One with the fire
7rain
WYHIWYG/Masterhit
No shuffle
Lovely day
Circling overland
Commando mix
Until death (us do part)
Headhunter
Im Rhythmus bleiben
Funkahdafi.

Rappel 1 :

Operating tracks

Rappel 2 :

Punish your machine

Setlist Cruise [Ctrl] :

Letters under nails
In the heart of a circle of twelve sycamores
Pomona road
White Lodge
Two men getting sick

(Organisation : AB)

Témé Tan

La machine n’a toujours pas d’âme…

Écrit par

De son véritable nom Tanguy Haesevoets, Témé Tan est impliqué dans différents projets. Dont Goulash, un duo qu’il partage en compagnie de Noza et le sien en solo. Son 'one man show' avait réalisé le ‘buzz’, lors de son passage au dernier festival Esperanzah. Son coeur balance entre Kinshasa et Bruxelles. Faut dire qu’il a grandi entre les deux villes. Sa musique est le fruit d’un cocktail entre soul ‘motownesque’, world latino et surtout congolaise (pensez à Kasai Allstars, Konono n°1, Staff Benda Bilili ou encore Jupiter & Okwess International). Il vient de publier son premier elpee.

Youri assure le supporting act. Il y a déjà bien du peuple dans la salle. Très interactif, l’artiste signale être blanc, mais avoir longtemps vécu au Congo. En outre qu’il va nous montrer ce qu’est la musique africaine. Il a donc des racines black. Sur les planches, il se sert d’une guitare, d’une basse, d’un iPad et d’une loop machine.

« Chem Chem  » ouvre le set. Youri est plutôt doué pour créer ses boucles. Ce qui engendre parfois des moments vraiment magiques. Il est particulièrement interactif. Ses morceaux oscillent entre la world, le reggae, le jazz et l’électro. Dans ce dernier cas de figure, il nous bombarde d’infra-basses. Heureusement, le pilonnage ne dure que trois à quatre minutes. Et le set de s’achever dans un climat réminiscent des eighties. Pas mal du tout pour une première partie !

La Rotonde est pleine comme un œuf. Témé Tan va également nous proposer un 'one man show'. Un artiste plutôt sympathique et également très interactif. Pas besoin de se prendre la tête, cependant, pour assister à ses spectacles. Il ne transporte pas tous ses instruments, à l’instar de Rémy Bricka, mais les garde à portée de main. Soit deux machines et un ukulélé. Les compos sont rythmées. Et l’artiste semble prendre son pied sur les planches. Mais laisser des machines diriger la manœuvre déshumanise les sonorités. La machine n’a toujours pas d’âme. Bien sûr, il tripote de temps à autre ses curseurs, pour modifier les courbes musicales. Mais ces manipulations méthodiques finissent rapidement par lasser. Sous cette approche, la sueur et l’émotion sont les parents pauvres. De l’émotion, il y en aura quand même lorsque l’artiste se servira de son ukulélé. Au bout d’une demi-heure, quand même. Mais la transition sera de courte durée, Témé Tan en revenant à ses machines. Dans ces conditions, votre serviteur préfère alors s’éclipser…

(Organisation : Botanique)

 

Mac DeMarco

En marche vers la gloire…

Écrit par

Il y a un peu plus de 3 ans, Mac DeMarco se produisait au Witloof Bar du Botanique. Il n’y avait qu’une trentaine de personnes, y compris votre serviteur, dans la salle. L’artiste avait accordé son set en solo, uniquement armé de sa gratte semi-acoustique. Assis, au milieu de l’auditoire. Un moment véritablement magique. Il revient ce soir dans la capitale, mais à l’Ancienne Belgique, en compagnie d’un groupe électrique, et le concert est soldout.

Le supporting act est assuré par Montero, un Australien établi en Grèce. Il et flanqué d’un backing group. Tour à tour un sextuor ou un septuor, dont trois guitaristes, un drummer, un claviériste et deux préposés aux cuivres et flûtes traversières.

Pop, élégante, subtilement psyché, la musique proposée nous replonge dans les 60’s et même les seventies. Et on ne peut s’empêcher de penser aux Beatles. A cause du soin apporté aux harmonies vocales. Mais aussi à Pond, une autre formation aussie pour laquelle Montero avait réalisé l’illustration de la pochette de l’album « Man It Feels Like Space Again ». Faut dire que l’artiste est devenu notoire pour son graphisme surréaliste…

Mac s’est installé depuis peu à Los Angeles. Agé de 27 balais, il vient de graver son nouvel opus studio, « This old dog », un disque pour lequel il a joué à l’homme-orchestre ; depuis la batterie à l’harmonica, en passant par sa célèbre gratte déglinguée qu’il avait achetée pour une poignée de dollars, mais qui sonne comme aucune autre.

Le show commence à 20h15 précise. Une intro présente chaque musico de manière humoristique. « On The Level », un des singles de son dernier long playing, ouvre le bal. La scène baigne dans les teintes bleues. Mac a revêtu un tee-shirt de couleur orange et est coiffé d’une casquette retournée. Extraits de « 2 », « Ode To Viceroy » et « Freaking Out The Neighborhood » incitent la foule à danser. La version acoustique de l’indolent « My Kind Of Woman » est splendide.

L’auditoire reprend régulièrement les chansons en chœur, qu’il connaît… par cœur… Le natif de Duncan est particulièrement interactif. Sa voix est douce et bouleversante. Le concert va alterner titres énergiques, explosifs même et morceaux plus lounge voire jazzyfiants. Mais la fosse est réceptive à l’ensemble de son répertoire, et ovationne régulièrement la bande au Canadien. En fin de set, il prend la place de son drummer, qui en profite pour avancer en première ligne, afin de livrer une version plutôt burnée du « Californication » de Red Hot Chili Peppers. Manifestement, la route du succès est toute tracée pour Mac DeMarco

(Organisation : AB + Live Nation)

 

Simple Minds marche entre deux mondes

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Le nouvel album de Simple Minds paraîtra ce 2 février 2018. Il a été mis en forme par Andy Wright et Gavin Goldberg (qui ont aussi bossé sur « Big Music », paru en 2014). L’elpee devrait proposer deux facettes ; l’une revisitant les guitares froides et le groove de la New Wave post-punk, et l’autre des sons plus cinématiques, notamment ceux qui ont bénéficié des arrangements opérés à Abbey Road. A l’instar de la pochette, dont Heitor Magno a créé l’image centrale, cet LP adresserait un clin d’œil à l’époque de « Sons And Fascination ». On ne demande que ce dessein ce confirme…

Tracklist Cd Standard

1. Magic
2. Summer
3. Utopia
4. The Signal and The Noise
5. In
Dreams
6. Barrowland Star
7. Walk Between Worlds
8. Sense Of Discovery

Titres Bonus Editions Deluxe

1. Silent Kiss
2. Angel Underneath My Skin
3. Dirty Old Town (live)

En concert le 18 février à l’Ancienne Belgique de Bruxelles

https://www.simpleminds.com/

 

Du changement pour Cindy Wilson

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Cofondatrice des B52’s, Cindy Wilson publiera son premier elpee solo, ce 1er décembre. Il s’intitulera « Change ». Lors des sessions d’enregistrement, elle notamment reçu le concours de Ryan Monahan (Easter Island, PacificUV), Lemuel Hayes (Electrophoria, PacificUV), Suny Lyons (Dream Boat, Lovers, PacificUV) et Marie Davon (Powerkompany). La musique proposée devrait constituer un mix entre new-wave et electro-pop, un style que l’artiste a qualifié de ‘Turbo Chill’. L’opus recèlera également des covers, une du « Things I’d Like to Say » de New Colony Six et « Brother » originellement écrit et interprété par Oh-OK, groupe particulièrement apprécié à Athens.

http://www.cindywilsonb52s.com/

https://cindywilson.bandcamp.com/album/change-2

 

Doom Wood 2017 : samedi 25 novembre

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En cette froide soirée de novembre, cinq formations ont décidé de convertir cette seconde édition du Doom Wood Festival en manifestation toute aussi lourde en riffs qu’en décibels. Sur l’autel : du Drone, du Doom et du Sludge. Selon leurs vices respectifs, les groupes vont proposer des sets courts mais d’une incroyable intensité, au cours desquels chaque band aura le loisir de déverser sur la fosse, la noirceur de son âme. Un chapelet de bulles opaques et crades juste comme on les aime, et que tout amateur du genre ne devait pas louper pour la circonstance. Un peu moins de cent personnes s’étaient déplacées pour cet événement. Immersion.

Tamines, petit village de Sambreville. Les rues sont plutôt calmes voire même désertiques en cette fin de journée d’automne. Un certain contraste par rapport au déferlement de décibels qui s’annonce à 300 mètres du lieu où une place de parking est disponible pour votre serviteur. En pénétrant dans la rue de la Maison des Jeunes de Tamines, théâtre des opérations du jour, impossible de ne pas tomber sur un food-truck au menu plutôt varié et alléchant. Le bougre fera son beurre ce soir, ne manquant pas d’assouvir la faim des badaud·e·s avides de musique épaisse. Quelques personnes grillent une cigarette ou s’enfilent à leur aise une bouteille de vin face au modeste bâtiment dont l’écriteau, au graphisme digne d’un des meilleurs vendeurs de kebab, ne permet pas de se tromper sur l’emplacement. Le mur de droite de la petite salle sert de présentoir aux t-shirts, cd, vinyles et autres patches et stickers des combos qui se produisent ce soir. Au fond, l’arène.

Le Passeur entame cette soirée. Costumes noirs de rigueur, les deux musiciens se font face sur le podium, assis sur une chaise. Sur la gauche, de longues notes graves sont tirées d’une guitare, torturées par les multiples pédales de distorsion. A droite, posés une petite table, une boite à effets et un bol tibétain. Le vocaliste de la formation interrompt à intervalles réguliers le bourdonnement de la gratte, tel un parolier lançant des appels à l’aide, d’avance perdus dans l’océan. On pourrait croire à une discussion schizophrénique. Bien que certains éléments perturbateurs parasitent le set, les deux musiciens parviennent à rester dans leur bulle surréaliste. Devant eux et dos au public, une artiste laisse courir un fusain (ou du moins, ça y ressemble) sur le papier d’un flipchart. La noirceur des sons traduite en traits, formant des illustrations abstraites. Après une vingtaine de minutes, la prestation atteint son point d’orgue. Les cris s’étranglent en une envolée dépressive, la guitare n’émet plus qu’un chaos sonore et tout finit par retomber. Les musiciens quittent l’estrade aussi abruptement qu’ils y sont arrivés. Les vannes sont ouvertes. Il y plane désormais une ambiance lourde et froide qui collera au mur jusqu’en fin de parcours…

Le temps de s’offrir une bière et de s’autoriser une brève prise d’air à l’extérieur, Lethvm est déjà prêt à démarrer les hostilités. Une prestation quelque peu symbolique puisqu’elle célèbre la sortie, la veille, de son premier album « This Fall Shall Cease ». L’apocalyptique et dépressif « Wandering at Dawn » entame le concert. Les rangs se sont resserrés. Beaucoup de métalleux semblent avoir fait le déplacement pour l’occasion. Les musicos prennent pleinement possession de la scène. Pendant que Ben semble hanté par la noirceur des morceaux, ne faisant plus qu’un avec sa basse, Mathieu, le guitariste, planté à l’autre extrémité du podium, conserve un visage impassible comme s’il était enfermé au sein d’une bulle musicale hermétique. En chef d’orchestre bienveillant, Tony, quand il ne martèle pas ses fûts, veille à insuffler par sa frappe ce tempo lent et hypnotique. Face à lui, Vincent se démène comme un beau diable, tout en barbe et cheveux blonds. Ses hurlements écorchés et plaintifs –très susceptibles d’évoquer ceux du chanteur de Burzum, Varg Vikerness– le traversent de part en part. Son registre vocal est incroyable ; ce qui lui permet d’ailleurs ensuite de s’autoriser des envolées plus graves et solennelles, bras tendu vers un infini, par définition inaccessible. Ou encore cet autre instant où il préfère abandonner son micro derrière lui, s’époumonant à blanc face à l’audience. Du meilleur effet ! Peine perdue de vouloir poser le pied pour reprendre un quelconque équilibre, Lethvm vous rattrape de suite par la gorge. Alors que l’ambiance s’enfonçait dans une atmosphère sombre et dépressive, « Winter’s Journey » réveille les âmes et leur colle un coup de pied bien placé, direction le purgatoire. Quelques bras se lèvent, des applaudissements émergent mais la majorité des spectatrices et spectateurs semblent être, à juste titre, happés par les morceaux. Vincent finit par sauter dans la fosse, s’empare d’une grosse caisse déposée à côté, rue dans le public et finit par se poser face à la scène, formant à présent un duo en compagnie du batteur pour clore ce set. Tous les ingrédients sont réunis pour que Lethvm monte en puissance dans les mois et années à venir. Et surtout, qu’il ne laisse plus au fond de la gorge ce goût amer de trop peu. 

Attention, ça colle aux poumons ! Atomic Trip débarque pour la première fois, en Belgique. Il a emmené dans ses bagages un OVNI instrumental, entremêlé de Sludge et de Doom. Impliquant un batteur et deux guitaristes (dont l’un des deux n’est autre que le vocaliste de Cult of Occult, programmé en tête d’affiche), le trio va dispenser, pendant une bonne demi-heure, une musique extrêmement grasse, lente, parfois minimaliste et surtout crasseuse à souhait. Les mots sont parfois difficiles et vains à placer pour décrire une ambiance. C’est le cas ici. Le plus efficace serait peut-être de vous imaginer confiné·e dans un espace clos et que les murs se rapprochent petit à petit, à vitesse égale, finissant par froidement vous broyer, sans aucun état d’âme. Une stérilité qui se traduit également sur les planches, où les musiciens ne sont pas venus pour taper dans les mains et divertir la plèbe. C’est à prendre ou à laisser. Une hallucination acide, éveillée et partagée par celles et ceux qui se montrent ouvert·e·s et fait appel à ce qui se situe au-delà des mots. Atomic Trip a proposé ce soir un voyage, toutes fenêtres ouvertes et à contresens. Seul·e·s les mordu·e·s ont continué le périple jusqu’au bout.

C’est encore sous l’épais brouillard sonore laissé par leurs prédécesseurs que débarquent les Allemands de Phantom Winter. Deux pieds de micro sont disposés en vis-à-vis, plaçant les deux vocalistes parallèlement à la scène. Vous pouvez définitivement laisser de côté les ballons multicolores, la soirée se poursuit dans la suie. Les niveaux sonores sont pour le coup montés d’un cran, conférant aux lentes et chaotiques compositions une impressionnante couche anxiogène. Face au public, les growls impassibles et martiaux répondent aux vociférations aigues et possédées, le tout noyé dans une soupe de riffs glacés et démoniaques. Il règne une tension particulière, un confluent où l’aura nihiliste du punk finit par rencontrer l’appel funéraire propre au Doom. Seule une lumière bleue foncée, posée au sol, illumine l’ensemble de la scène, conférant aux visages des musiciens des traits aussi tirés que ravagés. Une haine froide et contenue face à un déchirement sans filtre, fréquemment entrecoupée de samples déclamatoires, qu’on pourrait croire sortis d’une chaîne de news allemande. Un peu comme si la musique de Phantom Winter reflétait un négatif inversé de la réalité, ce qui se passe de l’autre côté du miroir, ce no man’s land d’où on ne peut revenir une fois la ligne franchie. Alors que le quintet arrive petit à petit à instaurer cette ambiance atypique, les rangs se déforcent graduellement, préférant aller tailler le bout de gras à l’extérieur. Dommage !

Quelque peu éméchés, certains s’amusent à faire cracher les baffles de leur voiture parquée en face de la Maison des Jeunes. D’autres vident joyeusement leur bouteille de vin ou s’enfilent un dernier hamburger avant de se prendre la tête d’affiche dans l’estomac. Ces derniers effectuent les derniers réglages. Les vibrations parviennent jusque dans la rue. Les bouchons d’oreille sont vivement conseillés, car les Lyonnais de Cult of Occult ont plutôt la main lourde sur les niveaux sonores. Quelques spots à l’arrière inondent à présent la scène d’un rouge sang. Tous encapuchonnés, les artistes s’emparent de l’espace. Alors qu’il était plutôt discret lors de sa prestation chez Atomic Trip, caché derrière un ampli, le vocaliste a désormais laissé tomber la guitare pour s’emparer du micro et venir se planter à proximité de l’audience, pied sur l’ampli, dominant d’un regard froid et déshumanisé. La machine démarre. C’est lent, très lent. Le son emplit toute l’atmosphère, pousse les murs. Un long cri guttural sature les lieux. La décadence s’est désormais invitée aux festivités macabres. Ne cachant pas son attrait pour la boisson, le vocaliste s’abreuve d’une Rochefort en deux ou trois gorgées, nourrissant sa barbe par la même occasion, avant d’attraper et de vider, quelques instants plus tard, un gobelet rempli de houblon. La trentaine de personnes encore présente dans la fosse balance lentement la tête au rythme du claquement des cymbales. Les vibrations s’infiltrent insidieusement dans le corps, tel un venin qui grappille et infecte sans interruption les cellules saines. Une petite quarantaine de minutes, hors du temps, véritable expérience misanthropique et malsaine qui ne peut que souiller l’âme et y laisser des traces indélébiles. Seule stigmate physique de ce passage infesté : les oreilles bourdonnent dangereusement. Après avoir vomi toute leur haine, les artistes dégagent un à un de la scène, laissant les baffles hurler un larsen sillant littéralement les tympans. Le chanteur finit par remonter sur l’estrade et coupe d’un geste sec les amplis. Soulagement. La tempête est passée, il ne reste plus qu’à s’en remettre.

A l’heure où la tendance se porte plus que jamais sur la musique lisse et exempte de remous, le Doom Wood Festival prend le risque de mettre sous les projecteurs des formations atypiques et parfois loin de susciter l’intérêt général. Une organisation qui a le cran d’aller à rebrousse poils et d’offrir à son public des expériences sensorielles, davantage que des classiques prestations. Un saut à pieds joints dans la flaque d’eau, et peu importe si on en ressort les pieds mouillés. Il est donc plus que jamais nécessaire de soutenir ce type de manifestation, du moins si on veut que le Metal puisse rester cet antre d’expressions multiples, certes parfois dérangeant, mais ô combien salutaire...

(Organisation M.J. Tamines)

 

 

Dani Wilde

Live at Brighton Road

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Elle a fêté ses 32 ans et vient de signer chez l’écurie américaine Vizztone. A 22 printemps, cette chanteuse britannique avait alors décroché un contrat pour le dynamique label allemand, Ruf Records, y publiant, l’année suivante, "Heal my blues". Depuis, elle a tourné inlassablement et enregistré plusieurs long playings. Mais également participé à différents projets impliquant des chanteuses du label, auxquels avaient participé la regrettée Candye Kane, mais aussi Sue Foley, Deborah Coleman, Samantha Fish et Cassie Taylor, à des époques différentes.

Paru sous la forme d’un cd et d’un dvd, "Live at Brighton Road" est partagé entre une session acoustique et électrique. Deux fois cinq titres. Elles se sont déroulées au Brighton Road Studio, à Hassocks, au Nord de Brighton, en Angleterre.

La partie acoustique met bien en relief la voix pure et vivace de Miss Wilde ; et tout particulièrement lors du blues d'ouverture "Bumble Bee", une compo issue de la plume de la légendaire Memphis Minnie. Son frère, Will Wilde, s’y révèle particulièrement convaincant à l'harmonica. Les autres plages baignent au sein d’un climat unplugged ou si vous préférez, folk. Elle dédie "My old man" à son grand-père. Trois voix féminines l’épaulent tout au long de "Glorious day", un morceau qui s’achève en gospel, rythmes et claquements de mains compris. Le "The living years" de Mike Rutherford (Genesis) bénéficie du concours de Sarah Davison au violoncelle. 

La partie amplifiée est bien plus intéressante. Pour la circonstance, elle est soutenue par un claviériste, un bassiste, un drummer et un harmoniciste, Will en l’occurrence. "Deeper than black" ouvre la plaque. Les interventions de Mrs Wilde aux cordes sont parcimonieuses, mais chargées de feeling ; et elles montent en puissance tout naturellement. Elle adapte le classique de Jerry Leiber and Mike Stoller, "Hound dog", un blues très rythmé enregistré à l'origine par Big Mama Thornton en 1952, mais dont la version interprétée par Elvis Presley, décrochera un n°1 rock'n'roll, quatre années plus tard. Et c’est Gregory Coulson qui y tire son épingle du jeu au piano. De ses ivoires, il balise "High on your love", une compo signée par Will, un pur rock’n’roll au cours duquel Dani brille aux cordes. La fratrie se distingue encore sur le shuffle, "Don't quit me baby", l’une à la gratte, l’autre à l’harmo, dans lequel il souffle à pleins poumons. "Refugee" clôt ce long playing. Une ballade roots qui traite, bien sûr, du problème actuel des réfugiés. Une interview de l’artiste figure également sur le dvd…

 

Trailer Trash Tracys

Althaea

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Trailer Trash Tracys a été fondé par Susanne Aztoria et James Lee, en 2011. Ce duo londonien a été rejoint, un peu plus tard, par une section rythmique. Et « Althaea » constitue son second elpee. Il s’ouvre et s’achève par un morceau instrumental, qui évoque tout simplement Japan. Les premières plages baignent d’ailleurs au sein d’un climat new wave à connotation orientale, comme le pratiquait si bien la bande à David Sylvian. Bien sûr, la voix de Susanne est plutôt atmosphérique, parfois même aussi éthérée que celle d’Elizabeth Frazer (Cocteau Twins). Le corps de l’opus s’ouvre cependant à des tas d’autres influences musicales. Comme la lounge, la pop et surtout l’électro. Mais aussi le carnaval philippin ainsi que les rythmes latinos, afros, asiatiques ou tropicaux. Sans oublier les orchestrations, plutôt soignées. Certains titres sont cependant plus complexes, voire ésotériques ou sépulcraux. Il y a même une valse (« Betty’s Cavatina ») et un slow crapuleux (« Singdrome »). Bref du grain à picorer dans un ensemble au sein duquel il est nécessaire de séparer le bon grain de l’ivraie…

 

Nesles

Permafrost

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François Nesles n’est pas né de la dernière pluie, puisque son premier essai, un Ep, remonte à 1997. Soit il y a déjà 20 ans ! Son dernier elpee, « Permafrost » a été réalisé sous la houlette d’Alain Cluzeau, un personnage (parfois chanteur) qui a quand même bossé pour Bénabar, Olivia Ruiz, Hubert-Félix Thiefaine, Dinonysos, Juliette Greco, Yves Duteil, Christian Vander (Magma) et une multitude d’autres. 

En outre, quand on prend connaissance des commentaires laissés par la bio, mais aussi dans la presse hexagonale, attribuant à l’artiste des dispositions dignes de Jean-Louis Murat, Dominique A voire Alain Bashung, quoi de plus naturel que la curiosité se double d’un intérêt particulier pour cet opus.

Première constatation, l’écriture de Nesles est poétique. Mais une poésie faite de métaphores qui se collent l’une derrière l’autre afin de tramer le texte de la chanson. Dès lors, pas toujours facile de déchiffrer ces figures de style. De quoi, peut-être aussi entretenir le mystère.

Tout au long de cet opus, il a recours aussi bien à l’instrumentation organique qu’électronique. Collant finalement à un genre qui a été baptisé electronica folk. Donc aussi bien de la guitare (souvent acoustique), de l’orgue, des cordes (violon, violoncelles ou samples, on n’en sait rien), des drums, de la basse, des boucles, des chœurs, des programmations et des tas d’arrangements. Et le tout ne tient pas trop mal la route. Surtout la sèche et les instrus à archet. Quand il a recours à ces derniers, on se sent même très souvent bercé ou alors tout simplement transporté.

Le seul souci émane du ton général de l’œuvre. Un peu trop monocorde. Et la voix, en général confidentielle ou susurrée n’est pas de nature à communiquer davantage de relief aux compos. Qui baignent, le plus souvent, au sein d’un climat mélancolique, même sur si « Montagnes Vallées revisitées » et le titre maître, un sifflement allègre voire insouciant vient compenser cette amertume. De l’album, on épinglera néanmoins, l’excellent « Mes forêts », une plage à la mélodie contagieuse.

Là où le bât blesse, c’est que les pistes ne parviennent que trop rarement à accrocher. On ne jettera pas le bébé avec l’eau du bain. Surtout si c’est sur du « Permafrost ». Il va instantanément geler. Nesles a du talent, c’est sûr, mais pour l’instant, il marche un peu trop sur les plates-bandes de Miossec. Pas vraiment une bonne idée, car dernier n’a, à ce jour publié qu’un seul album qui tienne vraiment la route. Alors, mieux vaut peut-être parfois changer de chemin, si on ne veut pas se casser la figure…

 

Rob Lutes

Walk in the dark

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Chanteur/compositeur, Rob Lutes est issu de Montréal. Son style musical, qui oscille entre le folk et le blues, est considéré aujourd’hui, comme de l’américana! Son premier elpee, "Gravity", est paru en 2000. Et "Walk in the dark" constitue son septième. Pour la circonstance, il a reçu le concours de musiciens locaux. La prise de son s'est déroulée à Montréal. Sur les treize plages, le Canadien en signe douze, s’autorisant en outre, une reprise du chanteur folk américain, John Prine.

Roots song, "A little room" bénéficie d’une jolie mélodie. Grave et un tantinet éraillée, la voix de Rob émerge d’un ensemble, au cours duquel la basse se révèle très présente, alors que piano électrique, orgue, cordes acoustiques et électriques tissent la structure instrumentale. Abordé sous la forme d’une ballade, "There's no way to tell you that tonight" rend un très bel hommage au bluesman James Cotton. Le ton reste solennel. La voix monte facilement en puissance, alors que la guitare de Rob MacDonald se réserve un bel envol, relayé par l'harmonica de son compatriote –un pote– Guy Bélanger. Excellent! Et "Spence", au regretté guitariste bahaméen Joseph Spence, disparu voici plus de trente ans. Caractérisé par sa conjugaison de cordes acoustiques et électriques, "I am the blues" est un blues cool. Et on a même parfois que Rob chante juste en face de nous. Le titre maître est aussi le meilleur. Grâce à son sens mélodique et à sa construction harmonieuse. Mais également aux interventions d’orgue et de piano que se réserve Bob Stagg. Un véritable régal ! Le long playing recèle plusieurs ballades roots, dont le "Rocky Mountain time" de John Prine est certainement la plus intéressante. Caractérisé par la guitare quasi-manouche, "Believe in something" est souligné par l'harmonica de Guy Bélanger. Et ce dernier brille encore sur "Better past", une plage dynamisée par la basse acoustique. Deux titres qui achèvent le long playing et ne manquent certainement pas de swing.

 

Lew Jetton

Palestine Blues

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Chanteur/guitariste, Lew Jetton vit aujourd’hui dans le Tennessee. Ce qui ne l’empêche pas de présenter la météo sur une chaîne de télévision locale, à Jackson. Ses débuts, il les a accompli dans le Kentucky voisin, au sein de 61 South, à partir de 1994. Et il va finalement en devenir le leader. Depuis le début de ce millénaire, le band à gravé quatre elpees, dont ce "Palestine blues", qui reflète une période difficile traversée par Jetton, ces 10 dernières années. Une décennie au cours de laquelle il a été confronté aux addictions à l'alcool et aux drogues, à la dépression, à la frustration et à l'absence de travail! "Palestine" est un quartier de Paducah qui abrite une communauté urbaine où il vit! La Palestine est aussi bien sûr un lieu de conflit, c'est un peu ce qu'il a vécu lui-même. Dix épisodes personnels, qui bénéficient, pour l'essentiel, du concours de la section rythmique de 61 South ; en l’occurrence le batteur Erik Eicholtz et le bassiste Otis Walker.

"Will I go to hell" pose d’emblée une question existentielle. Introduite par des sonorités de cordes empruntées à John Lee Hooker, la plage est rapidement contaminée par l'harmonica percutant de J.D. Wilkes (NDR : il a autrefois, milité au sein de 61 South et se consacre, depuis de nombreuses années, au chant, chez les Legendary Shack Shakers). Un brûlot abordé à la manière d’un boogie. Les riffs rythmiques sont puissants tout au long de "Oh my my", un rockin' blues dont le vocal solide ouvre la voie à envol enflammé sur les cordes. Ballade roots, "For the pain" est un morceau savoureusement suranné. Remarquable, la voix de Letton rappelle parfois celle du Van Morrison de la grande époque. Des riffs ‘rollingstoniens’ découpent "Mexico", une piste aux tonalités southern rock. Excellent ! Shuffle entraînant, "Sold us out" annonce le retour de J.D. Wilkes à l'harmonica ; et ses interventions sont toujours aussi saignantes ! Imprimé sur un mid tempo, "Don't need no devil" macère dans le delta. Les percus d’Erik tirent parfaitement leur épingle du jeu, alors que la voix est possédée et autoritaire. Très soudée, la section rythmique balise le troublant "Christ have mercy". Elle talonne les cordes du leader qui crachent des notes menaçantes. Roots/rock, "Drama" ne manque pas de charme. Une compo qui se singularise par l’excellente intervention vocale. Et l’elpee de s’achever par "Bout time", un blues/rock rapide et de toute bonne facture…

 

Broken Social Scene

Hug of Thunder

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Il y a quand même sept longues années que Broken Social Scene n’avait plus publié d’album. C’était l’excellent « Forgiveness Rock Record ». Bien sûr, depuis, les membres du collectif ont participé à de multiples projets. « Hug of thunder » constitue donc son sixième LP studio. Auquel ont participé trois vocalistes féminines. Et tout d’abord Emily Haines, celle de Metric. Elle pose sont timbre éthéré sur l’offensif « Protest song », alors que les cordes de guitares sont carrément déchiquetées. Puis Leslie Feist. Dont le lead vocal atmosphérique nous plonge dans une forme de mélancolie rêveuse, sur le titre maître. Et enfin Ariel Engle, nouvelle recrue, dont la voix se révèle aussi stratosphérique que celle d’Elizabeth Frazer sur le plus électro « Gonna get better » ainsi que « Halfway home ». Brendan Canning et Kevin Drew sont toujours à la baguette d’une formation dont la musique reste, en général, luxuriante et célébratoire, même si certaines plages sont un peu plus downtempo. Et la plus riche, « Vanity hail kids », lorgne même vers Arcade Fire. Luxuriante et puissante comme sur le très électrique « Old dead young », la piste qui clôt ce long playing. On regrettera cependant ce recours un peu trop systématique à l’électro (synthés, boîte à rythmes) et parfois même aux samples. Pas que ces sonorités synthétiques soient envahissantes, mais plutôt inappropriées. Et puis surtout l’absence de titres véritablement irrésistibles…

 

Bacon Caravan Creek

Odd places

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Il a fallu six longues années, avant que Bacon Caravan Creek ne publie son troisième elpee. Faut dire que dans l’intervalle, les membres du groupe ont traversé épreuves et événements heureux. La vie quoi ! Les textes de cet opus sont d’ailleurs autobiographiques. Et l’attente valait vraiment la peine. A première écoute, on pense immédiatement à dEUS, Hollywood Porn Stars et Ghinzu. Mais au fil des auditions, la musique dévoile de multiples autres nuances.

Ouvrant la plaque, « Shaking river » trempe dans le folk/blues/psyché/garage, un sifflotement lorgnant vers les B.O. pour western de Sergio Leone. Un climat filmique qu’on retrouve sur le single « Bloody », une plage ténébreuse, traversée de chœurs et dont les inflexions vocales sont très susceptibles de rappeler les Beatles. Des chœurs qui infiltrent « Echoes », une ballade balisée par le piano et enrichie d’orchestrations de cordes, qui vire à mi-parcours en electro/punk. Et encore sur « The saddest man on earth », une autre ballade mais expérimentale, mystérieuse, d’abord imprimée sur un mid tempo, mais émaillée de multiples soubresauts rythmiques, de subtiles interventions électroniques, d’arrangements somptueux, de chœurs (NDR : of course !), et entrecoupée de passages atmosphériques, alors que le chanteur emprunte parfois le timbre de Richard Ashcroft. Des changements de tempo qui dynamisent le capricieux « Cassandre », une piste écorchée par des cordes de gratte grinçantes, crépitantes. Sauvage, très électrique, « Hert » replonge dans l’électro punk, mais dans l’esprit de Muse. Et l’œuvre de s’achever par « Grass ballad ». Qui est amorcée sous cette forme. Etrange, planante, parfois cosmique, réminiscente des seventies, frôlant même parfois les univers du Floyd voire d’Alan Parsons Project, avant de s’emballer définitivement… Un chouette album !

 

Arkhon Infaustus

Passing the Nekromanteion

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Arkhon Infaustus appartient à cette catégorie de formations incontournables, qui pratiquent le metal extrême, en France. Tapi dans l’underground de 98 à  2007, il a, endéans ces quelque années, non seulement gravé quatre albums studio et deux Eps, mais s’est aussi produit sur les même planches que de grosses pointures, comme Mortician, Vader, Deicide, Enthroned et Belphegor. Une décennie plus tard, le combo parisien reprend les armes, motivé par l’idée d’être entendu au-delà de l’Hexagone, en publiant un nouvel Ep, sobrement intitulé « Passing the Nekromanteion ». En quatre titres, le band rappelle que son univers est toujours aussi oppressant. Tel un gaz sournoisement diffus, qui se répand dans un espace calfeutré, Arkhon Infaustus vient subtilement vous asphyxier. Et il est bien déterminé à y parvenir ! Ce disque plante le décor dès les premiers instants. Les envolées de gratte ‘slayeriennes’ sont soutenues par le drumming de Skvm, semblable à une marche funèbre vers la potence. Et la voix gutturale et possédée de Deviant Von Blakk vient finalement s’imposer en emplissant tout l’espace sonore. À l’image de l’artwork de ce mini album, représentant le Nécromantion (un ancien temple grec et oracle de nécromancie), la musique du duo français est non seulement très sombre, mais également bourrée de détails. Une accumulation de motifs qui se superposent les uns aux autres, jusqu’à calfeutrer toute lumière. Après quelques coups de basse bien gras clôturant un chaotique « Yesh Le-El Yadi », c’est par un sinistre titre instrumental qu’Arkhon Infaustus se retire lentement de la scène apocalyptique qu’il a engendrée. Alors que certaines formations se servent parfois de l’instrumental pour combler l’espace, Arkhon Infaustus déploie alors, et pendant dix minutes, tout son potentiel pour créer une ambiance aussi martiale que démoniaque. Bien qu’à réserver principalement à des oreilles friandes de Metal extrême, « Passing the Nektromanteion » marque un retour plutôt réussi pour le groupe français. Ou plus particulièrement de son ombre, car une demi-heure, c’est encore trop court pour pouvoir juger du réel come-back de la bête. Mais tout laisse présager que les artistes ont en réserve un bon paquet d’ondes malsaines à propager…